Warning : Certains personnages peuvent être OOC. Toutes les œuvres citées existent, ainsi que les meurtres, les affaires criminelles, les victimes, et les lieux évoqués.

TW : Scènes graphiques / cannibalisme / PTSD ( post-traumatic stress disorder ) / violence / relation malsaine

( Si besoin est, d'autres tw seront rajoutés en début de chapitre, Dieu seul sait où est-ce que cette histoire va me – nous – conduire. )

/ Merci à Flora, d'être toujours ma bêta lectrice.


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A Song of Blood and Fire

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Chapitre 1

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Paris, Novembre 1942.

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Il y avait un espace creux, dans le placard sous l'escalier, qui s'ouvrait grâce aux cinquième et sixième planches. Le trou était minuscule, conçu pour une seule personne de petite taille. Son père l'avait construit à la main, à l'aide d'une cuillère à soupe, dont le métal s'était tordu à force de mordre dans la terre compacte sous leur petit pavillon de Paris. Sa mère l'utilisait pour cacher de la nourriture de contrebande : du sucre, de la farine, du café, et parfois même du tabac. Son père lui avait expliqué que ce refuge devait rester secret, jusqu'à ce que les Allemands cessent d'occuper la ville. Du haut de ses huit ans, il avait hoché la tête, conscient sans vraiment l'être, du sérieux de la situation. Il se souvenait vaguement avoir eu envie de pleurer, ce jour-là. Peut-être parce que son père retenait ses propres larmes. Heureusement, sa mère lui avait appris à être un enfant sage, à ne pas pleurer, à ne pas faire de bruit.

L'espace creux sous les cinquième et sixième planches du placard sous l'escalier était fait pour une personne de la taille d'un enfant uniquement. Et dans une froide nuit d'hiver de l'année mille neuf-cent quarante-deux, sa mère l'y poussa sans ménagement.

-Reste sage, ne fais pas de bruit., Elle lui avait ordonné avan de replacer les planches au-dessus de sa tête.

Et il avait obéi.

Il n'avait émis aucun son, aucun bruit.

Même lorsque la porte de leur petit pavillon s'ouvrit avec force, même lorsque les cris de son père et les supplications de sa mère retentirent. Aucune larme ne vint obstruer sa vue lorsque des coups de feu déchirèrent la nuit, et surtout pas lorsque l'air s'imprégna de l'odeur lourde du sang frais.

Il y avait un espace creux, dans le placard sous l'escalier, sous les cinquième et la sixième planches.

Reste sage, ne fais pas de bruit. Reste sage, ne fais pas de bruit. Reste sage, ne fais pas de bruit.

Reste sage.

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ONZE ANS PLUS TARD

Paris, mars 1953.

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L'affaire Taman Shud était déjà une impasse et elle serait toujours une impasse. Will Graham en était conscient, son professeur aussi. Alors pourquoi l'homme avait choisi de la leur donner en sujet d'étude ? C'était en cela que résidait le vrai mystère, selon Will.

Il ne pouvait pas nier que cette affaire était des plus passionnantes, non, évidemment, mais il voyait mal en quoi ils pouvaient apporter un regard nouveau sur ce cas.

Le premier décembre mille-neuf cent quarante-huit, le cadavre d'un individu masculin non identifié avait été retrouvé sur la plage de Somerton, près d'Adélaïde, dans le sud de l'Australie.

Will avait quatorze ans lorsque la radio française l'avait évoqué pour la première fois. Les médias du monde entier s'étaient passionnés pour cette affaire, par le mystère qui s'était installé autour de l'identité de l'homme, mais aussi par les théories complotistes qui étaient propres à ce climat de guerre froide.

Et bien sûr, il y avait aussi le code.

Le nom de l'affaire « Taman Shud » venait d'un morceau de papier retrouvé dans la poche de la victime, déchiré depuis la dernière page d'une édition rare des Rubaiyat d'Omar Khayyam. Le recueil de poèmes – en persan – avait été retrouvé dans une valise appartenant à l'homme, dans une consigne. Au dos du livre, une série d'inscriptions manuscrites tracées au crayon gris.

Les lettres étaient gravées dans sa rétine, à force d'avoir épuisé ses yeux à essayer d'y trouver un sens.

WRGOABABD

MLIAOI

WTBIMPANETP

MLIABOAIAQC

ITTMTSAMSTGAB

La similitude entre la deuxième ligne qui était barrée et la quatrième, révélait qu'il y avait une logique, un sens à cette série. Mais personne n'avait réussi à le comprendre pour le moment.

Et Will ne se croyait pas supérieur au point de penser qu'il allait réussir là où des experts avaient échoué avant lui.

Avec un soupir, il ferma la copie du dossier, laissa tomber sa tête en arrière, ses pieds inclinant avec lui la chaise.

Cela aurait été beaucoup plus simple s'il s'était rendu lui-même en Australie le jour où le corps avec été découvert. La piste avait eu largement le temps de refroidir et les photos ne lui évoquaient rien de plus qu'un malaise qu'il n'arrivait pas à identifier.

-Taman Shud, encore ?., Demanda doucement une voix derrière lui.

Laissant sa chaise retomber, il tourna suffisamment la tête pour voir Alana contourner sa table pour tirer la chaise en face de lui.

-Encore, oui., Il confirma avec un nouveau soupir.

Alana dissimula un rire derrière une de ses mains. De quelques années son aînée, Alana Bloom venait d'une famille anglaise dont les ancêtres avaient immigré en France à la fin de la Seconde Guerre Mondial. Elle était une brillante étudiante en psychologie humaine qui avait toujours des manières délicates lorsqu'elle s'exprimait. Ils avaient certains cours magistraux en commun. La criminologie étant à la croisée des chemins de la science et de la psychologie.

-C'est une bonne chose que votre professeur vous fasse travailler sur ce cas., Elle commença à voix basse., Cela vous prépare à la frustration de ne pas résoudre à tous les coups des enquêtes.

Will pinça les lèvres, se retenant de lui dire que s'il avait été présent sur les lieux du crime, celui-ci ne serait pas resté au rang de cold-case très longtemps. Il n'était pas certain qu'elle puisse comprendre – que quiconque puisse comprendre, à dire vrai. C'était quelque chose qu'il savait faire, quelque chose qui faisait partie de lui depuis aussi longtemps qu'il pouvait s'en souvenir.

Une particularité qui le caractérisait, mais dont personne n'était au courant.

Will Graham pouvait voir à la place des gens. Il ne pouvait l'expliquer, et il doutait que cela soit explicable, mais les choses étaient ce qu'elles étaient.

C'était en partie pour cela qu'il avait choisi la criminologie, quand à l'âge de dix-ans il avait compris que non, tout le monde n'était pas en mesure de comprendre la nature d'une personne juste en croisant son regard et, pire, que personne en dehors de lui n'était capable de comprendre les agissements d'un tueur juste en étant présent sur la scène de crime.

Le cas se rapprochant le plus de son « don » à sa connaissance était Sherlock Holmes, le célèbre détective de Conan Doyle, mais il savait qu'il ne se basait pas que sur des observations pour tirer ses conclusions.

C'était quelque chose d'autre, encore.

-Je pense surtout que c'est un sadique, et qu'il sait très bien que cette affaire ne pourra jamais être résolue., Il marmonna à la place., Il y a trop de facteurs inconnus et, il y a ce recueil de poèmes en persan., Il ajouta en montrant du doigt une traduction qu'il avait réussi à dénicher – difficilement – à la bibliothèque Mazarine, dans le sixième arrondissement de Paris., La traduction me semble fiable, mais pour réussir à tirer quelques choses de ce code, si lien il y a avec le recueil, je devrais apprendre le persan pour lire l'originale directement.

Alana émit un « hm » pensif avant de reprendre la parole :

-Et tu as creusé du côté des causes de la mort ?

Will hocha la tête, mais le sujet n'était pas plus réjouissant de ce côté-là non plus. Il tira, de sous une pile d'autre bouquins, un livre qui était resté ouvert sur une double page et le lui fit glisser d'un doigt.

Alana parcourut rapidement la page des yeux, ses sourcils se fronçant un peu plus à chaque seconde.

-Digitalis ?, Elle demanda, la perplexité filtrant dans sa voix.

Il hocha la tête, passant une main parmi le désordre de ses boucles brunes.

-C'est un type de plantes originaires d'Europe, d'Afrique du nord-ouest et d'Asie occidentale et centrale. C'est un glycoside cardiotonique utilisé pour traiter les maladies du cœur. Mais on sait aussi que dans les années dix-huit cent trente, Marie Becker s'en est servie pour empoisonner onze personnes.

-Je croyais que le rapport d'autopsie du médecin légiste australien disait qu'il n'y avait pas eu de signe d'empoisonnement ?

Will balaya l'argument d'un geste de la main.

-Le rapport dit qu'il n'y avait pas de trace de vomissures sur et autour de la victime, mais cela est logique si le corps a été rejeté par la mer., Il dit en se penchant vers Alana.

Un « chut ! » depuis l'entrée de la bibliothèque universitaire retentit et il contracta la mâchoire pour retenir le commentaire agacé qui lui montait aux lèvres. A la place, il prit une inspiration et se força à baisser la voix.

-Ses chaussures étaient encore cirées, Alana. Et il n'y avait pas de trace de pas ou de combat dans le sable autour du corps., Il secoua la tête., Le médecin légiste a précisé qu'il ne pouvait pas être mort d'une cause naturelle, et il n'y a pas de marque visible sur son corps. Conclusion, c'est forcément un poison qu'on lui a fait ingérer, ou, qu'il a ingéré volontairement.

-Et donc., Commença la brune., Tu penses à de la digitaline.

-Cela correspondrait avec l'engorgement des organes., Il répondit en haussant les épaules., Mais c'est impossible de le prouver, dans tous les cas., Il faudrait mener les expériences sur des organes, et trouver comment la substance a été ingérée.

Alana resta un instant silencieuse, avant de sortir un bloc-notes de son sac, et d'emprunter l'un de ses stylos pour inscrire quelque chose avant de le pousser avec l'index dans sa direction.

Son écriture était féminine, tout en boucles et en courbes.

-Il est en troisième année de médecine., Elle expliqua., Mais il suit des cours de psychologie sociale en option en même temps que moi., Elle marqua une pause, tapotant le mot de son ongle vernis à la française., Je m'avance peut-être, mais je suis quasiment certaine qu'il pourrait être en mesure de t'aider à prouver ta théorie.

-Comment ? Il faudrait réussir à se procurer de la digitalis en assez grande quantité – ce qui, je me doute, ne peut se trouver à l'apothicaire du coin – et ensuite il faudrait le faire ingérer à une personne vivante.

Alana pinça les lèvres, avançant sa main jusqu'à ce qu'elle touche son poignet. Will attendit trois secondes avant de se soustraire à son contact.

-Essaie quand même., Elle répondit., Cela ne coûte rien. Il est assez influent, tu sais ? Assez en tout cas pour obtenir la clé du laboratoire de médecine.

Will poussa un soupir et son regard se porta de nouveau sur le nom et le prénom inscrit sur le morceau de papier entre eux.

Hannibal Lecter.

-D'accord., Il concéda., Cela ne coûte rien, effectivement.

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La façade de la grande école de Médecine de Paris avait été bâtie en dix-sept cent soixante-neuf par l'architecte Jacques Gondouin. Will avait un vague souvenir de sa mère lui contant l'histoire de ce bâtiment. Il n'en était pas sûr, mais il avait l'impression que sa mère avait toujours aimé l'architecture et qu'elle se plaignait souvent de la taille du petit pavillon dans lequel il avait grandi.

« Il y avait un espace creux, dans le placard sous l'escalier, qui s'ouvrait grâce aux cinquième et sixième planches. »

Le souvenir fusa dans son esprit, sans qu'il ne soit préparé à le stopper. S'adossant à un mur du bâtiment, il plia les genoux, se concentrant sur sa respiration pour faire passer la nausée qui l'avait saisi.

Il devait se reprendre. Cela faisait des années qu'il avait quitté cette demeure, et tout ce qu'elle contenait, ou ne contenait plus. Pendant toutes ces années, il avait réussi à donner le change avec le personnel hospitalier qui le suivait, ce n'était pas pour qu'il flanche maintenant. Pour une raison aussi anodine qu'une façade.

Frottant ses yeux fatigués au travers de ses lunettes, il se redressa et arrangea ses vêtements, plus par reflexe que par nécessité.

Il pouvait toujours sentir son cœur battre dans ses tempes, et sa respiration était un peu trop élevée, mais ce n'était rien qu'il ne pouvait gérer par lui-même.

Rien dont il n'avait déjà l'habitude.

Il avait de toute façon mieux à faire que de s'attarder sur ses traumatismes. Il avait rendez-vous avec Hannibal Lecter, et il avait comme l'impression qu'il n'était pas une personne qui appréciait les retards.

C'était Alana qui avait joué les entremetteuses pendant ces dernières semaines pour organiser une rencontre. Will ne lui aurait jamais avoué, mais sans cela, il n'aurait jamais entrepris de faire les démarches lui-même. Il n'était pas certain que ce partenariat engendre quelque chose de constructif, et donc, il ne se serait jamais donné autant de mal pour que cela soit réalisable.

Mais puisqu'Alana était persuadée du contraire, il supposait qu'il devait au moins faire un effort, par égard pour l'amitié qu'elle semblait lui porter. Au moins, elle ne pourrait pas lui reprocher de ne pas avoir essayé.

S'offrant encore le temps de trois longues inspirations pour ralentir son rythme cardiaque, il se décida finalement à passer l'entrée de l'école, entre les hautes clôtures en fer forgé.

Tirant sur le col de sa chemise pour le remettre droit et vérifiant une dernière fois sa cravate, il s'orienta sans mal en direction de l'imposante bibliothèque. Ne se laissant pas le temps de réfléchir pour ne pas prendre le risque de faire demi-tour, il poussa l'une des lourdes portes ornées de dorures.

Will reconnut Hannibal Lecter à l'instant où il posa ses yeux sur lui, bien qu'ils soient séparés de quelques mètres. Assis sur l'un des fauteuils de la large bibliothèque près de l'une des grandes fenêtres en arc, sa présence semblait écraser celle des autres personnes présentes autour d'eux. Les cheveux bruns, disciplinés et tenant un livre à la couverture bleu roi, d'une main pâle aux doigts de pianiste. Il portait une chemise blanche d'une bien meilleure qualité que la sienne, et un pantalon sombre, suivant les codes de la mode parisienne du moment. Comme s'il avait senti son regard sur lui, le jeune homme – qui devait être plus vieux que lui, sans que Will n'arrive à lui donner un âge précis -, leva les yeux de son livre pour les plonger dans les siens.

Will se sentit prendre une inspiration. Son premier réflexe fut de détourner le regard, mais son corps n'était pas du même avis que lui.

Hannibal se redressa dans son fauteuil, et coinça son index dans l'entre-deux pages qu'il lisait, croisant ses jambes dans un même mouvement. Dans son dos, une masse sombre vibra, bourdonnant dans l'air, avant de s'étendre, de grandir, jusqu'à se calquer sur sa forme, lui dessinant des bois de cerf.

Will n'avait jamais rencontré quelqu'un comme lui, c'était un fait.

Hannibal inclina la tête sur le côté, l'invitant à le rejoindre.

Le brun laissa s'échapper sa respiration – qu'il ne se souvenait pas avoir retenue – avant de s'avancer jusqu'à s'asseoir sur le fauteuil qui lui faisait face. Il posa son sac en cuir usé sur la table basse qu'il y avait entre eux.

-Tu dois être William ?, Demanda le jeune homme.

Il y avait un accent dans sa voix. Un petit quelque-chose qui évoquait à Will les pays nordiques. Des forêts enneigées et des grands espaces de nature sauvage.

-Will, en fait., Il répondit., Juste, Will.

Un début de sourire se dessina sur ses lèvres.

-Très bien, Will., Il concéda.

-Est-ce qu'Alana t'a expliqué en quoi consiste mes recherches et pourquoi tu pourrais peut-être m'être utile ?

-Elle a vaguement évoqué l'affaire Taman Shud, et aussi quelque chose à propos de la digitaline., Hannibal fit une pause, plaça un marque page pour remplacer son doigt., Tu penses que c'est cela qui a tué l'homme de Somerton.

Will remarqua qu'il portait une chevalière à la main droite. Elle semblait être assez lourde, et elle ne ressemblait pas à celles qu'il avait déjà vues. La bague de Hannibal Lecter était en argent – et non en or – et un jeu de pierres sombres ornaient les épaules, encadrant le chaton où un blason était gravé dans un morceau d'argent aussi gros qu'un ongle.

Se forçant à relever la tête pour donner l'illusion qu'il lui parlait en face, Will posa les mains sur ses cuisses, paumes à plat.

-C'est ce que je pense, oui. Et même si ce que j'avance sur le papier est cohérent, il reste encore à le prouver scientifiquement, et c'est là que tout se complique.

-Parce que le corps a été enterré depuis longtemps., Compléta Hannibal en hochant la tête., Mais dans tous les cas, trop de temps a passé depuis. Si le médecin légiste n'a rien détecté en faisant son autopsie, je doute qu'à l'heure actuelle – même en sachant quoi chercher – il reste des traces suffisamment exploitables.

-C'est bien ce que je craignais., Admit Will en ébouriffant un peu plus ses cheveux.

-Est-ce qu'on vous a fourni des photographies des organes ou une copie de la description du médecin légiste ?, Demanda l'étudiant en médecine après un instant de silence.

Will pinça les lèvres.

-Nous n'avons pas de photographie individuelle des organes, hélas. Nous devons nous baser uniquement sur le compte rendu de l'autopsie, mais certains détails sont soit trop vagues soit incomplets., Expliqua Will tout en tirant de ses affaires le dossier, épais d'une quarantaine de pages, pour le lui tendre.

Hannibal le parcourut rapidement des yeux pendant les minutes qui suivirent.

-Je vois., Il dit finalement, brisant le silence et les réflexions dans lesquelles était plongé le brun., Les enquêteurs ont voulu aller au plus vite pour couper court aux rumeurs sur l'identité de l'homme et son implication au sein de la guerre froide.

Will hocha la tête :

-C'est aussi ce qui m'a semblé. A l'époque de l'affaire, les radios françaises parlaient déjà d'espionnage.

-Il me semble en avoir entendu parler, effectivement., Confirma l'étudiant en médecine, les yeux toujours posés sur le dossier.

Will ouvrit la bouche, puis la referma. Les lèvres de Hannibal s'étirèrent en un sourire amusé.

-Tu as une question ?

-J'ai peur qu'elle soit déplacée.

Cette fois-ci, Hannibal releva les yeux vers lui, attentif.

-Dis toujours.

Will hésita une dernière fois avant de finalement pousser un soupir et se résigner :

-Tu étais déjà arrivé en France pendant les faits ? J'ai.., Il marqua une pause., Tu as un léger accent, dans ta voix, lorsque tu prononces les 'r'.

Hannibal l'étudia du regard, son visage ne laissant filtrer aucune émotion particulière, hormis un intérêt soudain.

-Mon oncle m'a recueilli en France en mille neuf-cent quarante-six, à la mort de mes parents.

Le brun redressa les yeux à la mention de la disparition de ses parents. Ce n'était pourtant pas un fait surprenant. Après la longue guerre qu'ils venaient de traverser, nombreux étaient ceux qui n'avaient plus de famille.

-Oh., Commenta Hannibal., Tu as donc perdu tes parents, toi aussi.

Will se figea.

-Comment est-ce., Il commença faiblement avant de se faire couper.

-Hormis la première fois où tu as posé tes yeux sur moi, tu évitais de me regarder dans les yeux., Commença à expliquer l'étudiant d'un ton posé., Mais à la mention de mes parents tu as redressé l'intégralité de ton corps, ce qui prouve que tu es concerné de près par mes propos. Tu as donc perdu un ou des parents., Il conclut calmement.

Ils se dévisagèrent en silence. Will, quelque peu déconcerté, et – légèrement – agacé de s'être fait analyser de la sorte. Et Hannibal, affichant le calme tranquille qui semblait être son masque public.

-J'ai perdu mes parents., Il confirma, se forçant à afficher une neutralité qu'il ne ressentait pas.

Hannibal ne le prit pas en pitié, ni ne lui dit qu'il était désolé. Il se contenta de hocher la tête, et de rassembler les photos de l'homme de Somerton pendant l'autopsie et de les disperser sur la table basse entre eux.

Will s'offrit trois inspirations pour se calmer et se recentrer sur le sujet qui les intéressait. Pas une de plus, pas une de moins. Il savait que cela ne serait pas suffisant pour que le goût acide de l'angoisse quitte sa langue, mais c'était tout ce qu'il pouvait faire le temps de regagner la tranquillité de sa chambre étudiante.

-Comment en es-tu arrivé à penser qu'il avait été empoisonné à la digitaline ?, Demanda Hannibal, appuyant sa joue droite contre son poing.

-Par déduction logique., Il répondit automatiquement.

C'était ce qu'il disait toujours pour expliquer la plupart de ses éclairs de génie. De ce fait, les gens qui le côtoyaient pensaient que Will était soit naturellement intelligent, soit un futur meurtrier lui-même. Après tout, personne d'assez sain d'esprit ne pouvait être autant à l'aise dans ce genre de réflexions, n'est-ce pas ?

-Je n'aime pas les mensonges, Will., Répondit Hannibal, à son plus grand désarroi., Comment est-ce que tu en es arrivé à penser à la digitaline parmi tous les poisons connus dans le monde ?

-A quoi bon que je te l'explique ?, Il demanda, s'enfonçant dans son fauteuil, croisant les bras sur sa poitrine., Tu ne me croiras pas, de toute façon.

-J'ai un esprit étonnamment large., Répondit Hannibal, ses yeux ne quittant pas les siens.

-Je…, Commença Will avant de s'interrompre.

Il détourna le regard pour contempler l'extérieur du bâtiment par la fenêtre. Elle donnait sur la cour intérieure, où des étudiants profitaient de l'air frais en attendant que la pluie ne se manifeste.

-Il y a quelque chose qui ne va pas avec moi., Il souffla finalement, si bas qu'il douta que Hannibal ait pu l'entendre.

-Mais encore ?, Demanda pourtant l'étudiant.

-Parfois, j'arrive à… sentir, à voir à travers les yeux des personnes., Il commença, buttant sur certains mots, son esprit luttant pour trouver les termes adéquats pour décrire ce qui n'allait pas chez lui., Mais je n'ai pas forcément besoin d'être en présence d'une personne pour cela… A dire vrai, ce « truc » qui ne va pas chez moi, est étonnamment efficace sur les scènes de crimes et quelque fois, devant des photos., Il conclut, avant de se taire.

Will ne savait pas trop à quoi il s'attendait. C'était la première fois qu'il évoquait sa particularité avec quelqu'un, et il ne savait pas comment son interlocuteur allait réagir. La moquerie aurait été une réaction logique, humaine. Le scepticisme encore plus. Pourtant, c'est avec surprise qu'il sentit l'atmosphère changer autour d'eux. Si Hannibal s'était manifesté positivement curieux envers sa personne au milieu de leur échange, celui-ci semblait à présent intrigué.

Et lorsque le brun tourna la tête pour l'observer et confirmer son intuition, il tomba dans les yeux couleurs ambre de l'étudiant, qui le dévisageait bel et bien avec un intérêt renouvelé. Seulement, Will ne pouvait dire si cela était une bonne chose ou pas, d'être ainsi le centre de ce genre de sentiments, quand il s'agissait de Hannibal Lecter.

Il n'avait pas oublié la forme aux cornes de cerf.

-Fascinant., Souffla Hannibal.

-Fascinant ?, Ne put que répéter bêtement le brun.

-Oui., Confirma patiemment l'autre, tendant une main au-dessus de la table pour toucher de ses doigts son front.

La respiration de Will se coupa et son corps se figea. Il avait soudainement la désagréable impression d'être une proie qui venait de se faire repérer, et dont le dernier espoir de salut était son immobilité totale.

Hannibal ne le dévora pas.

Il se contenta d'écarter doucement les boucles qui tombaient devant ses yeux, et de les ramener sur le côté de son visage.

Lorsque sa main ne fut plus en contact avec son visage, il s'obligea à prendre une inspiration, se forçant à agir comme s'il ne sentait plus le tracé froid que ses doigts avaient laissé sur sa peau.

-Je peux effectivement t'aider., Déclara Hannibal sans transition.

Il fallu deux longues secondes à Will pour comprendre de quoi il parlait.

-Vraiment ?

-Oui., Il répondit en laissant filtrer un sourire amusé sur ses lèvres, comme si la suite des évènements allait être particulièrement plaisante pour lui., Alana a bien fait de te guider vers moi, parce qu'il se trouve que la personne chargée de garder les clés du bâtiment m'en doit une pour ne pas avoir révélé à la direction l'un de ses petits secrets., Il expliqua sur le ton de la confidence., Tu sais ce que cela veut dire ?

-Que l'on va pouvoir avoir accès aux laboratoires de recherche.

-Mieux que ça. Nous allons pouvoir entrer dans la réserve.

Sans qu'il ne puisse s'en empêcher, Will se sentit sourire à son tour, à mesure qu'il comprenait tout ce que cela voulait dire.

-Si nous arrivons à mettre la main sur de la digitaline raffinée, nous pourrons découvrir si c'est vraiment ce poison qui a été injecté à la victime, et si oui, sous quelle forme et comment., Il dit, ne pouvant rien faire d'autre que de ressentir de l'excitation à cette idée, ne s'arrêtant même pas sur le « nous » qui venait les englober tous les deux.

Hannibal hocha la tête à son encontre.

-Il faut que tu sois conscient que si l'on se fait attraper, on risquera gros. Toi comme moi.

-J'en suis conscient., Répondit Will., Je te suis reconnaissant de vouloir m'aider, mais rien ne t'oblige à me suivre jusqu'au bout, Hannibal.

C'était la première fois qu'il prononçait son prénom.

-Je sais., Répondit l'étudiant., Mais il se trouve, Will, que tu es la chose la plus intéressante qui me soit arrivée ces derniers mois. Alors je ne vais pas gâcher mon plaisir en ne courant pas le risque.

Malgré lui, Will sentit le sang envahir ses joues. Il n'avait jamais rencontré de personnes comme lui, capables de le faire passer par tout une gamme de sentiments aussi extrapolés soient-ils. Et il détestait cela.

-Je ne vous trouve pas intéressant, moi., Il attaqua pour masquer sa gêne.

Le sourire de Hannibal ne faiblit pas, comme s'il savait exactement ce qu'il se passait dans la tête de Will. Et au vu de la facilité avec laquelle l'étudiant semblait lire entre ses lignes, cela était fort probable, après tout.

-Cela viendra., Il répondit simplement.

Will se détesta aussi de ne pas être capable de remettre son affirmation en question.

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Ils avaient convenu de faire ça le samedi soir.

-Il y a trop d'activité nocturne le samedi soir pour que quiconque se préoccupe de la surveillance de l'école., Avait expliqué Hannibal.

Will n'avait pas cherché à le contredire. Dans cette histoire, ils avaient autant à perdre l'un que l'autre – peut-être même Hannibal plus que lui, si l'on considérait qu'il ne gagnerait absolument rien à l'aider à résoudre un meurtre datant de presque cinq ans – et le brun supposait que l'autre devait savoir ce qu'il faisait.

C'est donc avec une confiance toute relative qu'il se posta pour attendre à l'écart de la route, dans une alcôve d'un mur, devant l'Ecole de Médecine de Paris.

La nuit était étonnamment calme dans cette partie de la ville, mais ce n'était pas surprenant. Les étudiants désertaient les abords de leurs facultés les fins de semaines pour se regrouper dans les lieux animés de la capitale, aux alentours de Pigalle et de Montmartre. Dans le sixième arrondissement, ils étaient bien loin de l'effervescence de la nuit.

Soufflant sur ses mains pour les réchauffer du vent de mars, Will se balança sur ses talons d'avant en arrière. Soudain, il entendit des bruits de pas, discrets et légers. Il tourna la tête et s'avança dans la rue, au moment où Hannibal s'avançait dans sa direction.

Will fit circuler son regard sur lui. Il était vêtu d'un long manteau noir qui lui tombait jusqu'aux genoux, et qui allongeait et affinait sa taille. Le vêtement était sûrement plus cher que l'intégralité des biens qu'il possédait. Ne pipant mot sur l'analyse silencieuse que le brun avait effectué sur lui, il se contenta de lui offrir un sourire satisfait quand il croisa son regard.

Sans que Will n'ait besoin de lui demander, Hannibal sortit une main de sa poche et fit tourner au bout de son index ce qui semblait être un jeu de clés en argent, reliées entre elles pas un cercle de fer.

-C'était presque trop simple., Commenta Hannibal comme s'il était désappointé de ne pas avoir rencontré de difficulté supplémentaire.

Will songea que Hannibal faisait partie de ces personnes qui n'appréciaient un défi que s'il était stimulant. Les choses trop simples ne leur conféraient qu'un profond ennui. Assurément, il pouvait affirmer qu'il ne deviendrait pas un banal médecin de campagne, condamné à traiter des rhumes et soigner des grippes.

-Je me demande ce que tu peux savoir sur le gardien pour qu'il t'ait donné son jeu de clés sans poser de question., Il dit en saisissant les clés que Hannibal lui tendait.

-Si je te le dis, la pression de ce chantage n'aura plus aucun effet., Commenta Hannibal en l'observant avant de laisser filtrer un sourire ironique., De plus, il s'agit d'une copie que j'ai faite faire. A son insu, bien sûr., Il expliqua., Je lui ai vaguement expliqué que j'en avais besoin pour mes recherches, vendredi après-midi, et que je les lui rendrai en fin de journée.

Will eut un souffle amusé.

-Pour pouvoir accéder à la réserver et aux laboratoires pour tes expériences personnelles ?, Il demanda en arquant un sourcil dans sa direction.

-Peut-être., Eluda l'autre en consultant sa montre., Nous avons presque cinq heures devant nous.

Et ce fut tout, avant qu'il ne se dirige vers l'entrée de l'école, ne regardant pas en arrière pour s'assurer que Will le suivait, ou pas.

Si ce qu'il était venu chercher n'était pas aussi important, le brun aurait été tenté de faire demi-tour et de le laisser là, uniquement pour observer de plus loin l'expression de son visage lorsqu'il se serait rendu compte qu'il était désormais seul.

Au lieu de cela, il s'engagea à sa suite. Ils ouvrirent la porte grillagée de l'entrée, veillant à refermer derrière eux, et Will laissa l'étudiant le guider dans les couloirs d'inspirations gothiques de l'école.

De l'extérieur, le bâtiment n'avait pas l'air grand, mais il leur fallu plusieurs minutes, et de nombreux détours aux coins de couloirs pour y parvenir.

Dans les profondeurs de l'école, à l'écart de toute les autres salles, Hannibal s'arrêta devant une porte métallique – la seule de tout le bâtiment. Son utilité n'était pas inscrite sur la porte.

Will supposait que soit personne n'en avait vu la nécessité, soit que c'était pour protéger ce qu'elle contenait en lui offrant un anonymat relatif.

Avec un grincement, la porte s'ouvrit lorsque Hannibal la poussa après l'avoir déverrouillée.

Une odeur de vieux livres, de poussière, et de plante coupée s'en échappa, lui faisant retrousser le nez. Hannibal y entra sans attendre et alluma l'interrupteur. Il y eu un grésillement électrique, suivi de plusieurs clignotements, avant qu'enfin les ampoules ne puissent éclairer la réserve. C'était un espace rectangulaire, avec un toit assez bas et des étagères assez hautes, où s'entassaient des centaines de milliers de boîtes plus ou moins énigmatiques, étiquetées dans un ordre plus ou moins logique.

Il n'y avait qu'une seule entrée.

Il n'y avait pas de fenêtre.

Will sentit la raideur familière de son dos prendre place le long de ses épaules, les tendant, alors qu'il luttait pour se convaincre qu'il n'allait pas manquer d'oxygène.

Tout irait bien. Il avait connu des endroits plus étroits, moins grands.

« L'espace creux sous les cinquième et sixième planches du placard sous l'escalier était fait pour une personne de la taille d'un enfant uniquement. »

Will se sentit vaciller. Et ce n'est que la prise soudaine des mains de Hannibal sur ses bras qui lui permit de reprendre pieds avec la réalité.

Il cilla, et fit un effort pour soutenir son regard.

Sous la lumière artificielle, ses yeux semblaient plus clairs, de la couleur du whisky. Et ils étaient minutieusement en train de l'analyser.

Will tenta de se dégager de sa prise mais Hannibal le tenait fermement.

-Lâche-moi., Il articula.

-Tu es mal à l'aise dans les endroits dépourvus de fenêtre.

Will ne daigna pas confirmer ses propos.

-Nous pouvons laisser la porte ouverte., Déclara Hannibal en le relâchant doucement, ses mains glissant le long de ses avant-bras.

Lorsqu'il lui tourna le dos pour s'emparer de la liste de l'inventaire, Will se rendit compte qu'il avait retrouvé son souffle, et qu'hormis une torsion dans son ventre, toute trace de son angoisse avait disparu.

-Les digitalis sont en L-1753.

Will hocha la tête par mécanisme et se mit en quête de la section L. Pour cela, il dut circuler entre les immenses rayons de la réserve, le nez en l'air. Il avait conscience de la présence de l'autre étudiant, faisant la même chose que lui, mais avec moins de difficulté. Finalement, il repéra l'endroit ou les L commençaient, et de son doigt, il se mit à remonter les chiffres. Il traversa sur sa largeur deux rayons supplémentaires, avant que son index ne rencontre celui de Hannibal au numéro mille sept-cent cinquante-trois.

-Trouvé., Souffla Hannibal.

Will n'eut pas besoin de lever les yeux de beaucoup, pour croiser le regard de Hannibal. Ils étaient beaucoup trop proches l'un de l'autre. Hannibal lui faisait l'effet d'un prédateur s'approchant suffisamment de sa proie pour tester sa réactivité. Avec agacement, Will sentit qu'il rougissait et il fit un pas sur le côté, pour pouvoir rétablir une distance de sécurité convenable avec son vis-à-vis, et se focalisa sur la petite mallette noire qui portait l'étiquette qu'ils recherchaient.

Hannibal fit une moue avec ses lèvres, quelque chose qui permit à Will de comprendre qu'il s'était attendu à trouver la mallette noire, et qu'il n'aimait pas avoir constamment raison sur certains points. Il l'ouvrit, permettant au brun de voir les longues graines méticuleusement mises sous vide dans du film étirable.

-J'aurai dû penser qu'ils n'auraient pas de feuilles fraîches., Dit Will en plissant les yeux.

-Les digitales pourpres ne se trouvent pas dans le commerce, mais dans les montagnes françaises. Toi comme moi n'avons pas le temps pour ce genre de randonnée, alors, il va falloir les faire pousser.

-Combien de temps est-ce que tu penses que cela va prendre ?

-Quelques semaines pour les faire germer avec un hiver artificiel., Commença l'homme en évaluant les graines., Quelques autres semaines supplémentaires pour que les fleurs fleurissent.

Will ferma les yeux. Son rapport sur ce cas était pour juin. La fenêtre n'était pas très grande, mais cela serait suffisant, d'une façon ou d'une autre.

-Très bien, comment est-ce qu'on crée un hiver artificiel ?, Il demanda en se massant les tempes.

Hannibal lui tendit une dizaine de graines toujours entourées de plastique, avant de reposer la boîte sur l'étagère. Puis, avec un sourire amusé il dit :

-On aura besoin de passer par le laboratoire, finalement.

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Il était non loin de trois heures du matin lorsque Will referma la porte de ce qui lui servait d'hébergement. Il supposait qu'il ne pouvait pas se plaindre, lui, au moins, avait un toit sur la tête. Néanmoins, le minuscule appartement que lui offrait le gouvernement français pour la durée de ses études n'était pas ce qu'avait connu de mieux le brun.

Ce n'était pas non plus le pire.

A dire vrai, Will se sentait profondément neutre face à cet endroit, et y passait le moins de temps possible. Malgré le fait que cela faisait deux ans à présent qu'il occupait les lieux, il n'y avait aucun signe distinctif parmi la décoration. Les murs étaient d'un gris terne, et ne servaient qu'à épingler des choses sur lesquelles Will voulait pouvoir mettre la main rapidement, sans devoir chercher parmi les montagnes que formaient ses autres cours et ses livres.

Allumant la lumière, Will enleva ses chaussures dans l'entrée, puis son manteau, avant de sortir de son sac tout ce que lui avait fourni – tout ce qu'avait volé – Hannibal.

Hannibal.

Will poussa un soupir alors qu'il posait sur le petit plan de travail de sa cuisine les graines de digitales pourpres, deux boîtes de pétrie avec des couvercles troués, ainsi que du coton de culture.

Son partenaire de crime – ? – avait pris soin de lui dicter deux fois ce qu'il allait devoir faire pour les faire germer au plus vite. Will lui avait répondu avec une voix agacée qu'il n'était pas stupide, et qu'il avait parfaitement retenu la marche à suivre la première fois. Mais il avait remarqué qu'Hannibal était un jeune homme particulièrement méticuleux, et que cela ne ferait qu'empirer avec le temps. Ils étaient tous les deux encore jeunes, bien que majeurs. Les fondements de leurs caractères étaient déjà là, mais l'un comme l'autre savaient que certains traits iraient en se fortifiant.

La minutie pour Hannibal, l'asociabilité pour Will.

Le brun n'avait pas honte d'admettre que l'étudiant en médecine le déstabilisait. Il y avait quelque chose, chez lui, qu'il n'avait pas réussi à identifier. Cela l'intriguait autant que cela le troublait. Il n'arrivait juste pas à dire de quel côté la balance penchait le plus.

Lui aussi, semblait attiser Hannibal pour une raison qu'il n'arrivait pas à comprendre. Il n'y avait rien d'intriguant, chez lui. Hormis peut-être une curiosité malsaine sur sa faculté à entrer dans la tête des criminels pour les cerner.

Après réflexion, Hannibal Lecter lui semblait totalement être le type de personne à être attirée par de tels détails sinistres chez les gens.

Repoussant ce genre de questionnements pour plus tard dans la nuit, lorsque l'insomnie le saisirait, il entreprit de préparer les graines déshydratées afin de leur faire passer un hiver artificiel.

Il fallait pour cela, les garder toujours à l'humidité dans une boîte perforée, et ensuite les placer dans l'un de ces nouveaux réfrigérateurs domestiques qui avaient commencé à se répandre dans tous les foyers de France depuis l'année précédente. Will en possédait un qu'il n'utilisait presque jamais, sauf en été, quand il avait compris qu'il pouvait conserver la fraîcheur des fruits et des légumes plus longtemps. Et aujourd'hui, il allait s'en servir pour accélérer la germination de fleurs toxiques pour ainsi prouver – ou pas – que l'homme de Sumerton était bien mort à cause de la digitaline.

Il ne doutait pas de la véracité de son instinct – il ne lui était jamais arrivé de se tromper jusqu'à ce jour -, mais des incertitudes subsistaient toujours.

Comment la toxine avait-elle été extraite de la plante ?

Quelle forme le poison avait-il ?

Comment avait-il été injecté ?

Et il ne voulait même pas songer au mobile du meurtre, ou à l'identité du ou des meurtriers, et sans oublier celle de la victime elle-même.

Il y avait trop d'inconnus. Trop de zones d'ombre. Et son foutu professeur le savait très bien.

Si Will arrivait au moins à trouver et prouver ce qui l'avait tué, cela serait une victoire personnelle dont la saveur serait toute particulière sur sa langue.

Refermant la porte du réfrigérateur, Will se demanda ce qui le contentait le plus, dans toute cette histoire.

Trouver ce qu'en cinq ans la police d'Australie n'avait pas réussi à découvrir, ou se risquer à entrer dans l'étrange dance que Hannibal semblait vouloir commencer avec lui.

Un peu des deux, il supposait.


Eh bien, me voilà de nouveau dans le fandom de Hannibal.

Pour ceux qui ont lu ma note à la fin de Osso Bucco, oui : c'est de cette histoire dont je parlais. Osso Bucco était un avant-gout, ma manière à moi de me chauffer les doigts et l'esprit avant d'attaquer le vif du sujet, et d'explorer en profondeur ce qu'il se passe dans les coins et les recoins sombres de l'esprit de Hannibal, et de Will.

Pour les besoins de l'histoire et être un minium cohérente avec l'époque qui me sert de toile, il a fallu toucher un peu à la backstory de Will mais, qui s'en soucie, puisque ni Thomas Harris, ni les scénaristes de la série ne se sont donnés la peine de lui en fournir une, alors, tel un membre de la rédaction de Disney, je lui ai fait sauter ses parents (littéralement).

Pour ceux qui ne me connaissent pas et qui n'ont pas lu Osso Bucco : Prenez une inspiration, tout va bien se passer, je sais en général ce que je fais.

Une dernière chose concernant le délai de publication entre chaque chapitre : soyez patient.

C'est une histoire dont la chronologie est réglée comme du papier musique, et j'ai des pages, et des pages, et des pages, de chose à faire attention pour que tout ait un sens. Certains le savent également, mais je ne me base quasiment que sur des faits réels, et pour que tout soit détaillé et crédible (que cela soit de tout le lexique de la médecine, des lieux dans Paris, de la façon dont fabriquer un poison, et plein d'autre choses qui arriveront plus tard), cela me demande du temps et énormément de recherche (effectués entre minuit et trois heures du matin).

J'essaie aussi de faire résoudre à Will un cold-case vieux de presque 70 ans, ce qui veux dire que j'essaie de résoudre un crime pendant que j'écris.

Anyway : soyez-patient.e et bienveillant.e envers moi, et vous aurez des chapitres d'une qualité label rouge, i promise.

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