Traduction : Tressym383

Relecture : Zodiaaque

Résumé : Momo envisage une alliance pendant que Bakugo planifie son évasion [CW].

TW : pensées suicidaires.


Momo, de manière général, n'avait pas une très haute opinion de Bakugo. Il était bruyant, agressif, et avait un contrôle terrible sur ses impulsions, mais elle devait au moins admirer son assurance. Depuis qu'elle était coincée avec lui dans un travail de groupe, il avait, en cours de route, cessé d'autant l'agacer. Parfois, elle ressentait même une sorte d'étrange affinité qu'elle ne comprenait pas.

Son expérience n'avait rien d'extrême. Elle s'était développée plus rapidement que les autres filles durant le collège et devait déboutonner sa chemise pour utiliser son alter. Ce ne fut donc pas surprenant qu'elle ait été prise pour cible, mais ça ne rendait pas la situation moins cruelle.

Un groupe de garçons avait créé un jeu basé sur des attouchements. Son éducation polie l'avait poussée à simplement l'accepter et les ignorer. Peut-être était-ce un accident la première fois ? Ça avait cependant continué et les ricanements s'étaient mis à la suivre. Elle avait fini par avoir peur de se faire remarquer et peur d'être seule. Ils étaient devenus de plus en plus audacieux, jusqu'au jour où une enseignante le remarqua enfin, lorsqu'un élève plus âgé avait abaissé son t-shirt dans un couloir bondé pour lui palper la poitrine. Son père s'était assuré de faire expulser tous les garçons impliqués, mais le mal avait été fait. Elle avait changé d'école pour échapper à l'insupportable humiliation.

Ses poumons se glacèrent alors qu'elle regardait Bakugo partir, poussé par une honte et une terreur qui lui étaient trop familières.

"Ochako." demanda anxieusement Mina. "Qu'est-ce qu'il se passe ?"

L'interpelée ne bougea et ne répondit pas. Momo finit par le faire à sa place.

"Bakugo vient de révéler quelque chose de très personnel par accident." elle expliqua, tremblante. "Je pense qu'il vaudrait mieux respecter sa vie privée et ne pas en parler."

"Je suis vraiment inquiète pour lui." insista Mina. "Kirishima avait l'air tellement effrayé après ce qu'il s'est passé hier."

"Que s'est-il passé ?" elle questionna, se demandant combien d'incidents liés à Bakugo pouvaient se produire en vingt-quatre heures.

"Il a eu une violente crise de panique pendant l'entraînement." rapporta Mina, glissant une chaise inoccupée sous elle pour se joindre au bureau de la brune. "Il s'est brûlé par accident et quand je suis arrivée, il était complètement inconscient. Kiri a dû le porter."

"Je vois." Momo intégra cette nouvelle information, la comparant à sa propre expérience avec l'anxiété. Ils étaient tellement différents en tant que personne, mais elle comprenait désormais les comportements chaotiques récents de Bakugo.

"Ochako ?" Elle posa sa main sur la sienne avec inquiétude. "Tu vas bien ?"

Elle avait l'air à la fois stupéfaite, paniquée et nauséeuse.

"Je pensais qu'il s'en fichait, mais c'est pas ce qu'il voulait dire." Ses yeux commencèrent à s'embuer. "Il pense que personne ne se soucie de ce qui lui est arrivé."

"C'est vrai." elle admit tristement.

"Il pense que ça ruinerait sa réputation." elle continua de réfléchir à haute voix, faisant de son mieux pour penser de la même manière que Bakugo, de toute les personnes possibles. "Qu'être une victime serait tout ce pour quoi il serait connu, que personne ne le respecterait."

Momo acquiesça d'un signe de tête.

"Je ne voulais pas…"

"Je sais." elle la rassura doucement. "Ce n'est pas de ta faute. Tu ne pouvais pas savoir."

"Okay, j'abandonne ma tentative de respect pour sa vie privée." interrompit anxieusement Mina. "J'entends bien que Blasty a paniqué parce qu'il vient de hurler au milieu de la classe qu'il a été agressé sexuellement ?"

"En quelque sorte." Momo garda sa voix basse, reconnaissante que les deux autres filles fassent de même malgré leurs états émotionnels compromis.

Ochako sursauta lorsque son téléphone vibra pour lui signaler un nouveau message. Son contenu sembla raviver sa panique.

"Tout va bien ?" demanda la brune, comme si tout allait bien présentement. Ochako posa silencieusement son téléphone sur la table avant de devenir la troisième personne à sprinter hors des trente minutes de pause les plus dramatiques qu'elle ait jamais eu.

Deku :

J'ai besoin que tu ailles chercher Aizawa. Dis-lui de venir au dortoir des garçons, c'est une urgence.

Eh bien, ce n'était pas rassurant. Elle avait presque oublié l'autre fille de la conversation lorsque Mina se pencha pour lire.

"Oh merde." elle souffla.

"Qu'est-ce qu'il se passe avec Midoriya ?" Kirishima demanda à Ochako à leur retour commun, distinctement sans leur professeur.

"Kiri !" Mina répondit à la place. "Tu connais Bakugo mieux que personne. S'il avait accidentellement laissé échapper quelque chose de très intense et personnel au milieu de la classe, tu penses qu'il réagirait comment ?"

"Vraiment très mal." il lui répondit, sceptique. "Il s'est passé quelque chose ?"

"Ouais."

"Grave à quel point ?"

"Le pire possible." Mina déclara avec énergie.

"C'est très mauvais."

"Oui, très mauvais."

Momo garda pour elle une plaisanterie sur le fait que les amis de Bakugo partageaient son vocabulaire émotionnel.

"Il va paniquer." reprit sérieusement Kirishima. "Je devrais aller le voir."

"Laisse Aizawa s'en occuper." Momo commanda soudainement.

"Mais Bakugo me parle plus facilement."

"Je sais." elle concéda. "Mais actuellement, il a peur et honte. Je pense que moins il y a de personnes qui le voient dans cet état, mieux ce sera. Il a une grande fierté."

"Je suis déjà au courant de tout." la surprit Kirishima. "Et il sait que je sais."

"Tout de même." Elle ne trouvait pas les mots pour lui expliquer pourquoi il devait rester.

"Momo, qu'est-ce qui ne va pas ?"

Elle se cache derrière sa sauveuse, Madame Miyashiro, la professeur de chimie qui a mis fin à tout son tourment.

"Pourquoi tu pleures ?"

"Je suis contente que tu te soucies de ton amie, mais je pense que Momo a besoin d'être un peu seule."

Madame Miyashiro la protège alors qu'elle quitte l'infirmerie pour rejoindre son père.

"Tu vas revenir ?!"

Elle n'avait plus jamais reparlé à quelqu'un de son premier collège. Bakugo et elle ne se ressemblaient pas, mais elle voulait au moins lui donner la chance qu'Aizawa soit sa Madame Miyashiro. Pour que quelqu'un se tienne entre lui et le monde jusqu'au moment où il sera prêt à y faire face.

Peut-être qu'elle avait tort. Elle ne connaissait pas Bakugo aussi bien que Kirishima, mais elle sentait que c'était la bonne chose à faire.

"Depuis combien de temps le sais-tu ?" elle s'enquit.

"Seulement depuis hier." Kirishima se tordit anxieusement les mains. "C'est pour ça qu'il agissait si bizarrement au départ. Enfin, ça et l'alcool."

"Depuis quand Bakugo boit ?" s'inquiéta Mina.

"Je l'ai jamais vraiment vu boire par plaisir." se remémora Kirishima. "Je pense qu'il boit que lorsqu'il est bouleversé ou contrarié. Ce qui est pas mal le cas ces derniers temps."

"C'est courant que les victimes se tournent vers des consommations toxiques pour faire face au traumatisme." récita Ochako.

"C'est trop bizarre de parler de Bakugo comme ça." Mina se mordit la lèvre. "Je sais que t'as raison, je pense juste au fait qu'il détesterait ça."

"Je me demande..." Momo tenta d'assembler les pièces du puzzle. "Ce qui lui est arrivé, était-ce une conséquence du refus de l'invitation des vilains ?"

"Non." répondit immédiatement Kirishima, avant de reprendre. "Enfin, pas la majeure partie, on va dire."

"Il te l'a dit ?"

"Un peu. Je veux pas trahir sa confiance ou quoi, mais si vous savez déjà..." il lutta avec les priorités contradictoires. "Cette fille, Toga, lui a fait quelque chose, mais il m'a dit que c'était pas allé si loin. Le vrai truc s'est passé il y a plusieurs années."

"Ça pourrait être encore pire." Mina pâlit.

"Sa mère l'avait mis à la porte, il était seul en plein orage et…" Son ton calme commença à s'effriter. Momo ne put qu'observer les fissures se former et éclater alors que le roc qu'était Kirishima se brisait finalement.

"Elle lui a crié dessus, l'a frappé, l'a jeté dehors et… et ça s'est produit, et il pense que c'est de sa faute parce qu'elle lui remet toujours la faute dessus pour tout ! Elle lui a reproché son kidnapping, comme s'il aurait dû l'empêcher d'une manière ou d'une autre, et ça craint tellement. Il avait si peur lors de l'entraînement, c'était comme s'il n'était même plus là. Et c'est moi qui lui ai fait ça ! Je l'ai retenu et lui ai rappelé tout ça, c'était si insupportable pour lui qu'il s'est blessé pour juste pouvoir s'éloigner de moi. Je sais qu'en parler est censé aider, mais quand il essaie, il arrive plus à respirer. Je... Juste- Je sais pas quoi faire !"

Mina l'enlaça par les épaules alors qu'il pleurait derrière ses poings serrés.

"Okay, j'ai essayé de pas être trop curieux, mais maintenant Kirishima, mon homme, pleure. Et ça, ça ne va pas." Kaminari s'ajusta une place dans le cercle.

"La version courte : Bakugo a vécu des choses vraiment horribles et Kiri est le meilleur ami au monde." résuma Mina.

"Eh bien, je peux au moins confirmer cette dernière partie." il plaisanta avec un léger coup de coude sur l'épaule du concerné, provocant un petit sourire à travers ses sanglots.

"Merci, les gars." Il renifla et essaya en vain de chasser les larmes de son visage. "Ça fait beaucoup et j'ai l'impression que je peux pas faire grand-chose pour l'aider."

"A-t-il déjà été pris en charge pour des problèmes de santé mentale ?" demanda Momo.

"J'en doute..." il répondit. "Je pense qu'il en avait jamais parlé avant."

"C'est sur ça qu'Aizawa devrait intervenir pour commencer alors, il démontre des symptômes évidents de stress post traumatique." Elle se retrouvait finalement sur un terrain qui lui était plus confortable, comparant la situation à ses connaissances concrètes pour la classer et diagnostiquer un monde qu'elle ne comprenait pas jusqu'à ce qu'il ait un peu plus de sens.

"Comme quoi ?" Kaminari lui rappela que les amis de Bakugo étaient l'opposé exacte de la pertinence.

"Comme..." Elle hésita à dissocier l'explication du vécu personnel de Bakugo, mais c'étaient ses amis, après tout. "Ce que Kirishima décrit a définitivement l'air d'être des flashbacks. Et une mauvaise régulation émotionnelle. Sans aucun doute de l'hypervigilance."

"...Il a une pression artérielle élevée ?" Bon Dieu, Kaminari.

"Ça signifie être très méfiant et réagir de manière excessive à ton environnement. Comme, par exemple, savoir où sont toutes les sorties d'une pièce et si des personnes se trouvent derrière toi."

"Il a toujours détesté que les gens le touchent." songea Mina. "Mais je pensais que c'était juste parce qu'il aimait pas les gens."

"Je pensais que ça allait mieux ?" Kirishima demanda anxieusement. "J'avais pas réalisé que ça le mettait encore mal à l'aise… Merde, je- "

"Relax, Kiri, t'es l'exception."

"Vraiment ?" Il la regarda avec espoir.

"T'as vraiment jamais remarqué que t'es le seul à pouvoir le toucher sans se faire hurler dessus ?"

"Maintenant que j'y pense, elle a raison." confirma Kaminari. "Comment t'as réussi ça, d'ailleurs ?"

"Bakugo est un peu comme un chat." Kirishima haussa les épaules. "Tu peux tendre la main, mais après tu dois le laisser venir à toi par lui-même."

"Midoriya lui a couru après." soupira fortement Ochako. "Je doute que ça se soit bien passé."

"Ils s'aiment peut-être pas, mais ils se connaissent depuis longtemps." il songea. "Il comprend certaines choses sur Bakugo qu'on ne peut pas. On peut juste espérer que ce soit suffisant."


Bakugo arriva dans sa chambre et le regretta immédiatement. Il aurait dû fuir par dehors. Maintenant, il était piégé ici.

Ils savent ils savent ils-

Sa vision commençait à se brouiller. Quelque part au fond de son esprit, il était vaguement conscient qu'il hyperventilait et que c'était mauvais, mais il ne pouvait pas s'arrêter.

Comment me sortir de ça ?

Quitter UA. Il y avait d'autres écoles ailleurs, et peut-être qu'avec le temps, les secondes A finiraient par oublier tout ce qui le concernait. Mais ses parents voudraient savoir pourquoi et... non.

Peut-être que tout n'était qu'un rêve, peut-être qu'il se réveillerait le lendemain matin, sans que ça ne se soit réellement passé. Rien ne semblait réel en ce moment, donc il y avait une chance que ce soit le cas. Il trébucha sur un livre de physique partiellement brûlé alors qu'il titubait vers la salle de bain.

C'est vrai.

Il avait saccager sa chambre la veille. Il avait détruit tout ce qui lui était passé sous la main, parce que Kirishima savait, que c'était réel et que ça s'était réellement produit. Jusqu'à récemment, il n'avait jamais accepté le... l'événement, même dans l'intimité de son propre esprit, comme quelque chose qui s'était réellement passé. Mais c'était le cas. Et désormais toute la putain de classe le savait, bientôt Aizawa le saurait, ses parents le sauraient et, putain, si jamais les médias le découvraient…

Il ne pouvait pas y faire face, mais il n'y avait aucune issue.

À moins que...

L'idée lui vint comme la réponse à une prière.

Je pourrais mourir.

Ça lui faisait peur, mais réaliser qu'il pouvait en quelque sorte encore y échapper le soulagea de la panique.

Il avait toujours été dans les extrêmes : tout ou rien. Il serait le meilleur, et s'il ne l'était pas, alors il ne vaudrait rien. Il serait un putain de gars talentueux, protecteur, puissant et putain d'intouchable. L'image de lui-même qu'il avait peint dans son esprit sur des couvertures de magazines imaginaires de héros ne s'en remettrait jamais. C'était fini.

Il était fini.

Quelle putain d'ironie ce serait d'avoir comme derniers mots « j'ai pas besoin d'une putain de thérapie ». Un fou rire lui échappa et il se demanda s'il avait l'air aussi fou qu'il le ressentait.

Mais comment le faire ? Il plaça ses mains sur ses tempes et imagina l'explosion qui lui retirerait instantanément la conscience. Physiquement parlant, ce serait facile. Mais pour réellement le faire

Des années de brûlures accidentelles et de contrôle durement appris lui criaient il n'y a aucun moyen qu'on fasse ça.

Et s'il merdait dans sa panique et ne... finissait pas le travail ? Les dommages au cerveau affectaient les performances dans tous les domaines. Sans mentionner la destruction définitive de sa faible audition.

Tout ou rien.

Sa chambre était-elle assez haute pour... une bonne chute ? Si ce n'était pas le cas, il se briserait juste les jambes et serait absent pour le trimestre, mais il serait encore bien vivant. Il avait besoin d'une méthode plus contrôlée.

Un couteau de poche, peut-être ? Il fouilla ses affaires à proximité jusqu'à trouver un couteau suisse à la lame relativement bien aiguisée. Maintenant, il fallait juste appuyer…

Oh merde, c'était bien plus difficile que la télé le faisait croire. Il n'avait jamais réalisé à quel point la peau était résistante jusqu'à ce qu'il commence à exercer une pression volontaire sur la sienne. Quelques gouttes de sang perlèrent en ligne rouge, qui n'allait définitivement pas le tuer non plus.

La solution « facile » mon cul.

"Kacchan !"

Oh bordel

"Qu'est-ce que tu fais ?!" Deku lui saisit le bras et lui prit le couteau sans hésitation. Il fût si surpris par l'audace du nerd qu'il en oublia de riposter. Ou peut-être qu'il était vraiment ailleurs à ce moment-là. C'était dur à dire.

Putain, putain, PUTAIN, c'était tellement stupide !

"Dis-moi que t'essayais pas de te tuer !" Oh bordel, voilà les larmes.

"J'essayais pas de me tuer, espèce de débile !"

"Je te crois pas !" il pleura avec colère, l'énervant davantage.

"Pourquoi tu veux que je le dise alors, putain ?!"

"Tu peux pas faire ça !" Deku répliqua. "Tu m'as dit de sauter du toit pour avoir une autre vie en espérant qu'elle soit meilleure que celle-ci et je l'ai pas fait, alors tu peux pas te tuer quand tu es... toi !"

Il ne comprenait pas vraiment les mots actuellement, mais Deku faisait définitivement l'un de ses discours les plus sincères. Putain, il avait dit au nerd de se suicider ? Il s'en souvenait à peine. Quelle merde.

"Tu sais pas ce que j'aurais donné toutes ces années pour être toi ! Tu es incroyable, Kacchan. Alors tu peux pas mourir !"

"T'es trop bruyant." il souffla.

"Est-ce que tu m'écoutes au moins ?" le nerd demanda dans un rire hystérique.

"Non."

"Kacchan." Deku glissa à ses côtés sur le sol de la salle de bain, parce que c'était qu'il avait fini, d'une manière ou d'une autre. "Je sais que tu souffres."

En quoi ça te concerne, putain ? Il ne le dit pas à haute voix, il ne voulait pas savoir à quel point Deku se souciait de tout.

"Tu as vécu des choses horribles," il sous-estima. "Mais tu peux pas les laisser t'abattre."

"Personne me bat." le blond contesta mollement avant de ricaner tout seul. "À part ma mère."

"Mon Dieu, Kacchan." Deku jurait rarement, mais chaque homme avait ses limites. "Allez, laisse-moi au moins t'aider à te relever."

"Me touche pas, espèce de perdant, j'ai compris." Il se redressa maladroitement. "Qu'est-ce que tu fous même ici, bordel ?"

"T'avais l'air bouleversé quand t'es partie et j'étais inquiet. À juste titre, apparemment."

Ah oui, le truc sur la thérapie. Il avait presque oublié ce qui avait déclenché toute cette spirale.

"Je sais que tu veux pas en parler." reprit Deku. "Mais peu importe ce qui est arrivé, je pense toujours que t'es incroyable."

"Arrête de me prendre pour un gosse, putain !" Il poussa Deku en passant. "J'ai pas besoin d'un discours niais sortit de ton cul sur la manière dont je suis si courageux et le fait que tout ira mieux, n'essaye même pas de me sortir ce genres de conneries ou je vais faire exploser ta putain de tête."

"D'accord." l'autre se rendit.

"C'est une première." il souffla, sarcastique. Il se tenait au milieu de sa chambre, sans aucune idée de ce qu'il avait prévu de faire, mais Deku était là pour qu'il puisse lui crier dessus, c'était toujours une bonne distraction. "Si jamais tu racontes un seul mot de ce que tu penses avoir entendu aujourd'hui, t'es un homme mort."

Ça semblait étrangement... normal. Peut-être parce que la manière dont il craignait que les autres le regardent était celle avec laquelle Deku l'avait toujours fait. Il l'avait vu au plus bas déjà tellement de fois, c'était une routine pour eux.

Peut-être qu'il est le seul à y avoir fait attention.

Deku était un stalkeur, alors bien sûr qu'il avait tout entendu. Tête d'œuf le savait aussi, mais il criait tout le temps, peut-être que la plupart l'avaient simplement ignoré. S'il pouvait acheter son silence, peut-être qu'il pourrait enterrer toute l'histoire et prétendre que cette journée n'avait jamais eu lieu.

Bordel, il pleurait à nouveau.

"C'est arrivé quand ?" demanda doucement Deku.

Il ne répondit pas.

"Quand tu étais... Les vilains t'ont- "

"Tais-toi." Sa voix était trop faible pour qu'il puisse être menaçant, mais Deku ferma tout de même miraculeusement sa bouche. L'épuisement écrasant était un soulagement bienvenu, le renvoyant sur le sol qui semblait être devenu son nouveau meilleur ami. C'était bien d'être fatigué. Le sommeil était un peu comme la mort, mais avec moins d'engagement.

"Pourquoi t'es là, Deku ?"

"Je te l'ai dit, t'avais l'air bouleversé et- "

"Non, je veux dire, pourquoi tu t'en soucies ? J'ai été une crevure avec toi toute notre enfance, alors pourquoi tu te soucies de ce qui m'arrive ? Ça a aucun sens."

"On a été ensemble toute notre vie, Kacchan."

"Je te connais depuis que tu es bébé."

Putain de Midoriya.

"Et alors ? Je suis pourtant sûr d'en avoir rien à faire de toi."

Ça le fit taire. C'était loin d'être la chose la plus méchante qu'il ait pu dire à Deku. Putain, même le surnommer Deku l'était. Mais la partie de lui qui avait appris à respecter le nerd lui murmura qu'il devrait s'en préoccuper.

"J'ai longtemps essayé de comprendre pourquoi tu me détestais autant." déclara Deku avec mélancolie. "Et je crois que je commence à comprendre."

"Ah ouais ?" le blond défia avec scepticisme.

"Tu voulais pas qu'un faible te considère comme un égal, parce que tu voulais pas associer ta propre image avec la notion de faiblesse. L'idée que quelqu'un puisse te voir comme autre chose qu'indestructible t'effraie."

"T'es sur une putain de pente glissante, Deku."

"Je suis sur une pente glissante avec toi depuis qu'on a quatre ans. J'y suis habitué." il répondit avec un sourire ironique avant d'ajouter, plus sérieusement. "Mais voilà, que les gens te pensent faible est la pire chose qui puisse arriver à tes yeux."

"Tu veux en venir où, putain ?"

"Peu importe ce qui est arrivé, tu restes la personne la plus forte et la plus incroyable que je connaisse."

"Je le sais déjà." il assura avec arrogance.

Me fais pas ça, espèce de perdant pleurnicheur au complexe héroïque.

"Tu le sais là," Deku se tapota la tempe. "Mais quelqu'un t'a quand même fait te sentir faible, et c'est faux."

Il voulait s'énerver, mais le puit de rage qu'il pensait être sans fin s'était finalement épuisé. À sa place, il n'y avait plus que la fatigue. Ou quelque chose du genre, mais pas tout à fait non plus ? Comme si son cerveau s'était transformé en bouillie amorphe. La bouillie amorphe ne se souciait pas spécialement de la présence de Deku. Pire encore, la sensation étrange était de retour, se faisant sentir de son estomac à l'arrière de ses yeux.

Quelqu'un t'a fait te sentir faible.

C'était vraiment le nœud du problème, hein ? Il pourrait peut-être faire face à la terreur rampante et nauséabonde qui le prenait lorsque les gens le touchaient s'il pouvait simplement échapper aux dommages causés sur lui-même. S'il pouvait annuler le changement de fort, intelligent et talentueux à dégoûtant, pathétique et faible, il pourrait alors peut-être apprendre à faire face au reste.

Deku pensait toujours qu'il était « incroyable », mais Deku était aussi un idiot. Le reste du monde ne serait pas si indulgent.

Kirishima le serait.

Son estomac se retourna à la pensée de son voisin de chambre et de ce qu'il prévoyait de faire il y a dix minutes. Kirishima aurait été condamné à vivre à côté du gars suicidé. De la chambre hantée où la mauvaise chose s'était produite. En plus, il aurait certainement manqué à l'idiot.

"T'envoie un message à qui, putain ?!" Il le cria si soudainement que le nerd en échappa son téléphone.

"J'ai demandé à Ochako d'aller chercher Aizawa, puisqu'elle sait déjà ce qu'il s'est passé."

"Putain, t'impliques les profs là-dedans ?" il se plaignit, même si dans le fond, il savait déjà que ça allait être inévitable. "Pourquoi t'es le pire des gars sur lesquels j'aurai pu tomber ?"

"Kacchan, t'as essayé de te tuer."

"Non, c'est faux !" il nia avec véhémence. "J'ai brièvement envisagé de me tuer. Si j'avais décidé de mourir, je serais putain de mort à l'heure qu'il est. Je fais pas les choses à moitié, espèce de nerd !"

Il pourrait presque se croire s'il n'y avait pas la fine coupure coulant sur l'intérieur de son avant-bras gauche.

Super, les deux bras possèdent désormais des blessures auto-infligées, ça rendra bien lors du diagnostic psychologique.

"Salut, Gamins turbulents." Aizawa s'autorisa à entrer. "Uraraka m'a dit que c'était une urgence."

"Non."

"Oui."

L'adulte soupira avant de les rejoindre sur le sol.

"Dîtes-moi tout."

"Kacchan a voulu se tuer." lâcha immédiatement Deku.

"J'y ai pensé quelques minutes à peine, putain. C'est pas si grave !"

"T'es pas croyable, t'étais jus- "

"Je vais prendre la relève ici, Midoriya." le coupa Aizawa. Face à l'hésitation évidente de l'adolescent, il adoucit son ton. "Je sais que vous avez tous les deux été déçus par vos anciens professeurs, mais j'ai besoin que tu me fasses confiance."

Deku finit par hocher la tête à contre cœur et partir.

"C'est un sacré bordel que tu nous as fait là." remarqua Aizawa en montrant le contenu éparpillé et calciné de son bureau.

"Allez vous faire." claqua Bakugo, renfrogné.

Le professeur s'installa quelques pas plus loin et croisa les jambes. "Reprenons du début."