Bonjour.
Au fur et à mesure de l'écriture des chapitres, je prends des libertés et je m'éloigne du scénario original. Je crois que je peux m'avancer, sans fausse modestie, en disant que la moitié du récit a été tissée par mes soins. Je me suis détachée, j'ai approfondi, j'ai élaboré de nouvelles scènes à partir du chapitre 2.
L'intrigue initiale, certains points de départ dans les dialogues de « Matchmaker, the real Cupid » et des références à l'historique des personnages d'OUAT ne sont pas, par contre, miens.
Et donc, si je sais exactement où cela nous mène, si le squelette est bien clair dans ma tête, le fond et la forme viennent au grès des semaines et de l'inspiration. L'histoire devrait se situer entre 12 et 15 chapitres.
Merci pour vos commentaires, ils sont l'essence de mon écriture.
CHAPITRE 7
Emma avait éteint les lumières après s'être couchée et regardait les heures s'écouler lentement sur son réveil digital. Encore un peu de patience. Les encodages, les documents administratifs qu'elle avait complétés et faits transférer au service juridique à l'époque où elle travaillait à la police allaient lui servir. La plupart des cambriolages avaient lieu entre 3h et 5h du matin. C'était la période de la nuit où les citoyens dormaient le plus profondément et où les agents de sécurité baissaient leur garde sous l'effet de la fatigue et de l'inactivité.
Elle repensa à sa soirée… et à sa danse. Quelle danse ! Son cœur s'emballait, son ventre se contractait dès qu'elle se remettait à penser à cet instant. Pourquoi perdait-elle tous ses moyens dès que Regina apparaissait ? Comment cela se faisait que cette femme ait tant d'emprise sur elle ? Emma se sentait irrémédiablement attirée, malgré les menaces, malgré les dangers qui planaient au-dessus de sa tête. Il s'était passé quelque chose, il y a une semaine. Jamais elle n'avait vécu de si brefs échanges si intenses. C'était comme un déclic, comme une connexion. Pour l'une comme pour l'autre. Elle en mettrait sa main à couper. Des bribes de mots « Vous le ressentez aussi, n'est-ce pas ? ». Il y avait ce jeu de chat et de souris. C'était plus que ça … Des étincelles. Regina avait allumé un feu qu'Emma ne croyait pas existant.
Avant de s'allonger, elle avait tenté de repérer les endroits où les caméras avaient été fixées. Si elle était certaine de l'emplacement de l'une, elle pouvait être sûre qu'il y en ait d'autres. Elle devait la jouer finement. Elle avait préparé ses vêtements du lendemain sous lesquelles elle avait glissé une tenue noire et moulante. Quand elle se coucha, dans le noir, elle avait rassemblé les oreillers en ligne, le long de son dos pour leur donner une forme humaine. On n'était jamais trop prudente.
A 2h, elle se coula le long de son matelas et rampa sur le sol. Elle avait veillé à laisser toutes les portes ouvertes. Elle s'habilla, assise, derrière le canapé, à la lueur des lumières de la ville qui filtrait sous les tentures. Elle rassembla ses cheveux longs en queue de cheval, prit un sac à dos, ses clefs et son gsm qu'elle glissa dans les poches intérieures de sa veste et quitta silencieusement son appartement.
X
La jeune femme avait fait le tour du bâtiment plusieurs fois. Elle avait approximativement saisi l'infrastructure interne des lieux. Sur la rue principale, il y avait l'entrée de « Chasse-cœur ». Les différentes salles occupaient les trois-quarts du rez-de-chaussée. Les fenêtres des toilettes étaient fermées et verrouillées. La porte de secours, à l'arrière, était éclairée et il n'y avait pas de poignée extérieure. Sur le côté, un écran digital avait été fixé au mur, près de l'ouverture. Mais il fallait un code.
Puis, l'accès s'ouvrit. Deux jeunes hommes sortirent, tous deux vêtus de la même chemise rouge. L'un dit :
– Bloque la porte. Ça me casse les pieds de devoir toujours me scanner l'œil.
– Tu es sûr ?
– Oui, et puis je suis pas certain que ces trucs soient inoffensifs… T'as pas remarqué qu'il y a de plus en plus de lunettes ? Moi je te dis, ça a lien… Allez, laisse, c'est pas pour 2 minutes et puis, on est là. On ne fait rien de mal…
Emma s'était réfugiée derrière les bennes à ordures. Elle avait baissé son bonnet sur ses oreilles et cachait ses cheveux blonds.
Les deux hommes s'éloignèrent de quelques mètres à la recherche d'un air un peu plus frais et meilleur que celui que dégageait les poubelles. Ils sortirent leur paquet de cigarette.
– Rapproche-toi un peu. Avec ce petit vent, la flamme s'éteint.
Le premier tendait son briquet près de sa cigarette et les couvrait de sa main libre. La petite flamme s'éteignait sans cesse. Le seconde fit deux pas et vint lui prêter main forte. Il les disposa en paravent. Ils rapprochaient ensuite leur visage près du briquet. C'était le moment.
Emma se faufila telle une ombre subtile et se glissa à l'intérieur de l'établissement. Elle avança, prudemment dans le long couloir. Son sens de l'orientation lui permit de se situer aisément. Il y avait plusieurs portes et chacune portait une plaque d'immatriculation.
D'abord, il lui fallait trouver un endroit où se cacher pour ne pas tomber nez à nez avec les deux employés qui n'allaient pas tarder à rentrer. Elle ouvrit la première porte à sa droite et découvrit les vestiaires. Elle referma immédiatement derrière elle et se colla contre le mur, près d'un casier. Elle attendit.
Elle reconnut les bruits de pas et la voix des deux hommes. Ils parlaient fort comme si les lieux leur appartenaient. Une porte s'ouvrit, puis elle claqua et le silence s'installa. Emma prit son gsm et alluma sa lampe de poche. Elle regarda autour d'elle et vit dans un casier ouvert et une manche rouge en ressortir. Cela ne tenait pas à grand-chose. Elle retira la chemise de son cintre et s'en revêtit. Cela pouvait peut-être marcher. Elle fouilla les étagères et tomba sur le badge de sécurité de l'employé. Ce n'était pas possible, les dieux devaient être avec elle. Elle nota quelque part dans le coin de son cerveau que si elle s'en sortait, elle devait jouer au loto plus tard dans la journée.
La jeune femme sortit avec plus d'assurance de sa cachette et parcourut d'un pas franc le couloir. Elle s'orientait grâce aux bruits et estima la distance approximative de la sortie qu'avaient empruntée les deux hommes auparavant.
Elle lut attentivement, au milieu du couloir, le plan d'évacuation et elle situa les lieux les plus importants du bâtiment. Les deux derniers étages étaient des appartements privés. Et les avant-derniers étages étaient composés de chambres individuelles. Au sous-sol, il y avait un garage, une salle d'archives et un laboratoire. Emma ne perdit pas plus de temps que nécessaire et poussa la porte des escaliers de secours. Elle avança prudemment dans le hall et tendit l'oreille.
Aucun son.
Elle dévala les quatre rangées d'escaliers et s'arrêta au niveau -2. C'est ici. La réponse à toutes ses questions était de l'autre côté du mur. Elle tira la porte à elle et pénétra dans un autre couloir éclairé par les lampes de secours. Emma regarda autour d'elle et lut toutes les plaques, jusqu'à ce qu'elle tombe enfin sur la salle des archives. Elle tourna les poignées et contre toute attente, la porte n'était pas fermée. Quelle imprudence ou quelle prétention que de croire les murs externes infranchissables et de baisser sa garde à l'intérieur du bâtiment !
La jeune femme observa les alentours. Elle se crût dans une énorme bibliothèque. La salle s'étendait sur toute la superficie de l'édifice et comptait des centaines d'étagères métalliques. Toutes contenaient des cartons scellés avec une ficelle ou du scotch. Elles étaient hautes, larges et renforcées. Sur la tête de banc, il y avait des indications de rangements et des références. La jeune femme parcourut plusieurs allées et lues les informations sans en comprendre le sens. Elle se décida à prendre une boite et à l'ouvrir.
A l'intérieur, elle découvrit plusieurs classeurs classés par ordre décroissant. Ils portaient tous une étiquette avec des codes chiffrés et 3 lignes concises :
1983.02-14.283 Sérum injecté. Réussite.
Le sujet est retombé amoureux de son ancienne compagne.
Test concluant.
1983.02-14.159. Sérum injecté. Complication.
Le sujet a subi une crise cardiaque. Coma.
Asservissement du contractant.
1983.02-14.124. Sérum injecté. Echec.
Le sujet est décédé d'une crise cardiaque.
Asservissement du contractant.
1983.02-14.98 Sérum injecté. Réussite.
Le sujet s'est séparé de son compagnon. Expérience interrompue.
Asservissement du contractant.
Par curiosité, elle ouvrit le classeur du dernier dossier et feuilleta le rapport complet de l'étude. Il s'agissait d'un registre. La première partie relevait l'identité complète d'une personne et était accompagnée d'une photo. La deuxième relayait des actions issues d'observations. Et la troisième concluait un résultat final.
Quelle est cette histoire de Sérum ? Que signifie Asservissement du contractant ?
Emma referma la boite et la remit en place. Elle remonta deux allées et en prit une autre :
2005.02-14.27. Sérum injecté. Echec.
Le sujet est décédé d'une crise cardiaque.
Asservissement du contractant.
Toutes les synthèses relevaient les mêmes particularités : Réussite, complication ou échec. Coma, décès, union ou séparation. Test concluant ou Asservissement du contractant.
La jeune femme blonde eut alors un doute. Elle sortit de la poche arrière de son pantalon une feuille de papier qu'elle déplia. Elle avait noté des noms, des dates et des lieux. Et elle se mit à chercher un rayon précis, sur base de cette idée. Lorsqu'elle le trouva, elle prit sans hésiter le carton et le déposa sur le sol. Elle s'assit en tailleur et retira le couvercle, les doigts tremblant. Tous les classeurs étaient sur les genoux et elle les ouvrit un à un rapidement et les referma aussitôt, sans lire davantage. Seules les photographies l'intéressaient. Et IL apparut. Elle le reconnut immédiatement, même s'il était codé, même s'il ne comportait aucune identification précise : Eric Anderson.
1948.02-14.2. Sérum injecté. Complication.
Le sujet rencontre des troubles obsessionnels du comportement.
Arrangement avec le contractant.
Cette découverte confirma son appréhension au sujet du système de classement. Les rayons rassemblaient les années, en décennies, l'événement avait lieu en février, toujours le 14 et le dernier chiffre référençait l'individu. Plus de cent ans étaient rassemblés dans ce sous-sol.
Emma feuilleta la fiche et lut attentivement les informations qui y étaient relatées. Les faits rapportés la consternaient, elle n'en croyait pas ses yeux. C'était au-delà de ce qu'elle avait imaginé. Abasourdie, elle dût prendre une minute pour se recentrer. Elle posa la tête contre l'étagère derrière elle et ferma les yeux. Il fallait qu'elle contrôle ses nerfs. Elle devait se reprendre. La jeune femme prit le classeur et le glissa dans son sac à dos.
Forte de cette révélation, elle se leva et courut à travers les allées à la recherche des pistes qu'elle avait listées. Elle n'avait plus de temps à perdre. Les minutes et les heures tournaient. Quand elle trouvait le dossier correspondant à sa référence, elle le prit sans l'ouvrir et le plaça dans son sac à dos avec le premier. Après plusieurs tours et détours, elle finit sa liste. Elle s'arrêta, essoufflée. Il ne lui en restait plus qu'un, le plus délicat, le plus sensible.
Année 2021. 2021.02-14. Tous les classeurs n'avaient pas été rangés dans une boite. Ils étaient posés, debout, en rang d'ognons, les uns à côté des autres. L'année était en cours, les « expériences », forcément, également. Emma parcourait du bout de l'index chaque étiquette. Elle ouvrit les fardes fébrilement et analysa les différentes photos. Celui qu'elle cherchait était dans le milieu de la pile. N°116. Quand elle vit Killian, elle comprit. Son cœur battait à tout rompre. Elle s'interdit de le lire et l'enfourna dans son sac avec les autres. Elle n'était pas en état émotionnel de l'étudier. Aussi, il lui fallait la présence de Ruby. Ruby, elle, saurait quoi faire et pourrait la guider au mieux.
La jeune femme quitta à pas de loup la salle des archives et monta à grandes enjambées les volées d'escaliers. Lorsqu'elle arriva à la porte, elle sentit une pression venant de l'extérieur. Quelqu'un venait à sa rencontre. Elle n'eût pas d'autre choix que de continuer à monter. Ces voix vinrent combler le couloir et la poussèrent dans ses retranchements. Elle continua à grimper aux étages supérieurs, craignant d'être rattrapée. Dieu seul savait ce qu'ils étaient capables de lui faire s'ils la trouvaient en leurs lieux, avec ce qu'elle avait emporté avec elle. Arrivée au dernier niveau, elle risqua le tout pour le tout et tira la porte de la seule issue qui lui restait.
Silence.
Personne.
Comment allait-elle s'en sortir ? Comment allait-elle sortir ? Par l'ascenseur, en faisant preuve de culot ? En utilisant la chemise rouge et le badge ? Elle avança à tâtons dans le hall sombre. Elle reconnut sous ses semelles la texture de la moquette qui adoucissait sa marche. Elle n'était pas n'importe où, c'était évident ? Mais où était-elle ?
Soudain, des éclats de voix, encore, attirèrent son attention :
– Je vais la chercher tout de suite, Madame.
Puis un ton chevrotant mais sec et assuré ordonna :
– Ne trainez pas, Jefferson, j'ai horreur d'attendre. Vous savez ce qu'il peut vous en coûter !
– Oui, Madame.
Emma ouvrit l'armoire des conduits de ventilation à ses côtés et se faufila rapidement à l'intérieur. Doucement, tout doucement, en surélevant le battant pour que les gonds ne grincent pas. Puis elle le referma derrière elle. Dans l'entrebâillement, elle vit une silhouette passer à vive allure sous ses yeux. Elle n'avait pas été repérée. Ouf ! Elle entendit les portes de l'ascenseur coulisser dans un sens puis dans l'autre. Et de nouveau le silence.
Elle préféra ne rien entreprendre de peur d'être démasquée. S'il fallait qu'elle passe la nuit dans ce cagibi, elle le ferait. Quelques minutes plus tard, l'ascenseur s'ouvrit à nouveau et libéra deux passagers. Emma distingua dans le fin espace dessiné entre le chambranle et la plaque de bois Regina et Jefferson, l'homme qu'elle avait vu quelques instants plus tôt. Ils avançaient d'un pas précipité, le regard inquiet :
– Qu'est-ce qu'elle me veut ?
– Ce n'est pas avec moi qu'elle va partager ses pensées, Madame.
– Je le sais bien, je parlais pour moi-même, lui rétorqua-t-elle.
Emma se colla contre le mur et se glissa jusqu'au sol. La tension sur ses nerfs la faisait trembler de tous ses membres et chavirer. Dans quoi s'était-elle fourrée ?
Elle saisit son gsm et envoya un message à son amie. Elle regarda l'écran dont elle avait baissé la luminosité. Les flèches qui indiquaient que le récepteur avait reçu et lu le texto n'apparaissaient pas. Elle regarda son antenne. Pas de réseau. Les murs devaient être trop épais pour capter quoi que ce soit. Qu'à cela ne tienne ! Elle envoya sa localisation, expliqua brièvement la raison de son effraction… Au cas où. Elle lui demanda d'appeler la police si elle n'avait plus de nouvelles d'elle.
– Laissez-nous.
– Oui, Madame.
Emma leva la tête. Dans le coin supérieur gauche, il y avait une grille d'évacuation. Les conduites métalliques d'air devaient probablement s'étendre sur tout l'étage. L'acoustique du matériau portait la conversation jusqu'à ses oreilles. Elle l'entendait comme si elle avait lieu dans la même pièce qu'elle.
– Bonsoir Mère. Comment allez-vous ? Je suis étonnée que vous ne dormiez toujours pas.
La jeune femme blonde reconnut immédiatement la voix de Regina.
– Oh s'il te plait ! cassa l'autre interlocutrice. Cesse tes mièvreries tout de suite !
– Je ne comprends pas.
– Comment as-tu pu croire que je ne sais pas ce qu'il se passe dans mon propre Temple ? Ne t'ai-je pas bien élevée ? Ne t'ai-je pas donné tout ce que tu souhaitais ? Et c'est comme cela que tu me remercies, en agissant derrière mon dos.
– Je-
– Assez !
Et une claque résonna en écho à travers tout le placard. Emma eut le réflexe de se couvrir la bouche de sa main et d'étouffer son cri. Elle entendit un gémissement et un choc lourd d'un meuble qu'on déplace.
X
Regina se rattrapa sur le dossier de la chaise et le fit crisser sur le parquet impeccablement ciré. Elle se frotta sa joue douloureusement meurtrie. Elle comprit qu'il valait mieux ne pas répondre.
– Relève-toi, on dirait une bossue. Tiens-toi droite ! Aie la prestance que je t'ai enseignée.
Cora, sa mère, s'approcha d'elle, lentement et la jugeait de haut en bas. Seuls son ton et ses gestes trahissaient sa fureur. Elle ne levait jamais la voix, elle parlait toujours calmement, distinctement. Elle reprit un ton mielleux :
– Ne me manque pas de respect et dis-moi la vérité.
– Je suis désolée de vous avoir blessée. Je suis encore maladroite.
Regina obéit et tenta de se reprendre. En apparence seulement. A l'intérieur, elle tremblait de la tête aux pieds. Bien qu'elle en soupçonnait la raison, elle ne savait pas pourquoi sa mère l'avait fait appeler et était contrariée.
– C'est bon. Ne revenons plus dessus. Tu sais que je déteste quand tu me contraries.
La jeune femme baissa la tête soumise. Elle ne dit rien. Sa mère insista :
– Alors explique-moi ton projet.
– J'agis exactement comme vous me l'avez appris, comme vous le souhaitiez. Notre vengeance est en cours, finit-elle par avouer.
– Ne me fais pas l'effronterie de mentir.
L'avertissement était là. Regina pouvait sentir ses poils s'hérisser sur sa nuque. Elle savait qu'elle était sur le fil du rasoir. Consciente des risques, elle objecta :
– Je ne vous mens pas. Pourquoi devez-vous toujours douter de moi et me critiquer ?
– Je ne te critique pas. Je t'apprends. Sans moi, tu n'arriveras à rien. Tu es une incapable et tu le resteras toute ta vie, si je n'étais pas là à veiller sur toi. Tu as une mission à remplir. Tu dois nous venger… Qu'attends-tu ?
Cora se dirigea vers la fenêtre et regarda la ville de Storybrooke éclairée par ses lampadaires.
– Justement, Mère, je l'ai à portée de doigts. Rien ne nous empêche de nous amuser un petit peu…
Quelque chose dans son timbre trahissait un manque d'assurance, son peu de conviction. Et cela ne manqua pas. Cora balaya l'air d'un mouvement de la main et Regina reçut un nouveau coup qui la propulsa de l'autre côté de la pièce.
– Insolente ! Je t'ai mieux élevée que ça ! Me prends-tu pour une parfaite idiote pour me répliquer de telles inepties et penser que je puisse les gober ?!
La mère frappa à nouveau sa fille, mais sans la toucher, d'un simple mouvement de poignet. Et c'était comme si Regina venait de recevoir un coup de bambou ou de ceinture dans le dos. Cela lui arracha un cri aigu. Elle pouvait sentir la chaleur du contact et les traces apparaitre sous sa peau. Sa respiration se fit rauque et elle serra les dents. Elle ne lui ferait pas ce plaisir de lui montrer sa peine. Elle cligna plusieurs fois des yeux pour chasser ses larmes de douleurs. L'ainée s'avança menaçante. Regina ne recula pas mais courba l'échine :
– J'ai de grandes aspirations et tu as des devoirs ! Tu oses mentir en ma présence, Petite ingrate ! Quel gâchis ! Quelle déception !
Elle s'arrêta soudainement et regarda sa fille dans les yeux. Celle-ci la fuyait du regard, de peur qu'elle lise dans son esprit.
– Je te connais. Je ressens ta retenue, je perçois ton hésitation. Qu'est-ce qu'il y a ?
– Je … je …
Elle savait. Elle le sentait. Regina comprit qu'il lui fallait ruser. Sa mère ne devait pas deviner les véritables raisons de sa duplicité. Elle détourna l'attention sur ses premières pensées :
– Pourquoi je ne peux pas agir pour moi-même ? Pourquoi je ne peux pas vivre ma vie ?
Une nouvelle gifle résonna dans toute la pièce. Regina s'effondra sous la brutalité du geste.
– Je pensais qu'on était au-dessus de tout cela. Veux-tu vraiment reprendre un débat pourtant clôt ? Tu peux être tellement…
Cora ferma les yeux et recentra ses pensées. Sa fille jouait un double jeu. Pourquoi ? Que lui dissimulait-elle ? Et quelles en étaient ses motivations ? Elle changea de tactique :
– Tu peux être plus que ça. C'est ton destin, ma chérie.
Cora passa sa main sur la joue endolorie et guérit d'un geste sa blessure :
– Tu es liée à moi pour l'éternité. Je suis ta mère. Je saurai toujours ce qu'il y a de mieux pour toi. Je te l'ai dit, des grands pouvoirs amènent de grandes responsabilités. Quand finiras-tu par les accepter ?
L'ainée des femmes glissa sa main sur son épaule, puis sur sa poitrine. Regina appréhendait ses mouvements. Cette douceur, cette soudaine affection n'était pas de bon augure. Cependant, elle osa contester :
– Je n'en veux pas. Je vous l'ai dit. Mère, que faites-vous ?
Cora enfonça soudainement sa main dans son corps et prit son cœur palpitant entre ses doigts. Elle se rapprocha de sa fille et lui murmura à l'oreille :
– Est-ce ça que tu appelles à portée de doigts, Regina ? Je suis la Reine des Cœurs, je suis la Déesse Aphrodite. La seule, la vraie, issue d'une longue descendance, je sais ce qui anime ceci.
Elle pressa l'organe et la jeune femme gémissait.
– Tu dois t'en montrer digne.
Regina se plaignit :
– Je fais de mon mieux, Mère. Lâchez-moi. Vous me faites mal.
– Ce n'est pas assez, rétorqua-t-elle, sans prendre en compte ses plaintes. Tu crois que tu peux m'apprendre les démêlés du cœur et les sentiments qui les accompagnent ? Tu as hérité de mes pouvoirs. C'est dans ton sang. Sers-t-en !
Cora serra davantage car sa fille ne craquait toujours pas. Elle continua sa litanie alors que Regina grimaçait de douleur :
– Dis-moi ce qu'il t'arrive ? … Tu le sais, quand tu possèdes le cœur de quelqu'un, tu le contrôles. Et toi, ma chérie, tu as encore un cœur… Tu sembles ressentir les choses beaucoup plus profondément que moi. Alors parle-moi…
– Je suis désolée… de vous avoir déçue… S'il vous plait,… Je ne pourrai jamais… Je n'en veux pas, je ne veux pas.
– JE le veux, Regina. Ce n'est pas à toi à décider. Je continuerai jusqu'à ce que tu te soumettes, jusqu'à ce que tu agisses comme enfin il se doit, comme tu le dois.
– S'il vous plait… arrêtez…
– J'arrêterai quand tu seras enfin obéissante et reconnaissante. Je t'écoute…
– Je… ferai tout ce que vous voudrez, Mère, finit-elle par dire, essoufflée.
Cora lâcha sa prise et Regina s'écroula sur le sol, vidée et transpirante :
– Parfait, c'est tout ce que je souhaitais. Je me demande parfois ce que tu cherches chez ces gens-là. Maintenant, relève-toi, rafraîchis-toi et nettoie ces larmes…
D'un geste de la main, Cora rangea le désordre que leur échange avait causé.
– Je ferai tout pour toi, même ce que tu n'es pas capable de faire.
– Qu'est-ce que cela signifie ?
– Que je reprends les choses en main à partir de maintenant. J'ai cru trop vite en toi. Tu n'es pas prête. Enfin… Je reprends le contrôle du Temple jusqu'à ce que tu y voies un peu plus clair. Je ne peux pas te laisser gâcher cette deuxième opportunité que nous attendions depuis presque plus d'un demi-siècle. Pas après le premier échec.
– Je n'en étais pas à l'origine… C'est vous qui-, elle s'interrompit et se reprit : Mère, je vous promets …
– Oh mais c'est déjà arrangé. Cette discussion n'est qu'une formalité. D'ici quelques temps, tout sera réglé. Et nous serons enfin vengées ! … Maintenant, laisse-moi me reposer. Tu m'as épuisée.
X
Emma attendit une bonne heure avant de sortir de son placard. Le cœur battant à tout rompre, les nerfs à fleur de peau et la tête bourdonnante, elle s'approcha de l'ascenseur. Elle n'était plus à ça près. Le petit matin allait se présenter, le service de jour, s'il y en avait un, allait prendre ses marques. Ces facteurs augmentaient le risque qu'elle se fasse capturer. Elle devait sortir très rapidement d'ici et parfois, le plus court chemin était la ligne droite et la témérité.
Elle passa son badge sur le pavé digital. Un voyant vert s'alluma et l'ascenseur monta à son niveau. Quand les portes s'ouvrirent, il était vide. Elle entra dans la cabine et appuya sur le 0.
C'était la minute la plus longue de sa vie. Arrivée au rez-de-chaussée, elle avança à pas pressés jusqu'à l'accès de secours arrière mais celle-ci était fermée. Le clavier numérique confirma qu'il fallait un code chiffré ou un scan organique. Le badge n'avait plus aucune utilité. Il ne devait être utilisé que pour les entrées en interne. Elle regarda de tous côtés et s'orienta à nouveau. Elle se rappela des toilettes ! Les fenêtres étaient fermées pour l'extérieur, mais il lui suffisait d'en atteindre une à l'intérieur… Elle ouvrit la première porte à sa gauche et entra dans les latrines. Elle grimpa sur une cuvette et déverrouilla le loquet d'une baie vitrée. Portée par l'adrénaline, elle se hissa sur le rebord et enjamba l'ouverture. Elle sauta pour atterrir à pieds joints dans l'allée déserte. Elle courut jusqu'à perdre haleine à sa voiture. Lorsqu'elle voulut insérer sa clef dans la serrure, une main lui couvrit la bouche pour étouffer sa surprise tandis qu'une autre l'enserra. Elle disparut dans un écran de fumée violet.
XXX
