CHAPITRE 8

Emma était désorientée et regarda tout autour d'elle. En une fraction de seconde à peine, elle était passée d'un emplacement de parking à un lieu totalement inconnu. Elle était dans une pièce fermée, sans meuble. Une porte et une fenêtre, elles aussi fermées, pour seules ouvertures. C'était à n'y rien comprendre.

– Com-

Dégagée de l'étreinte, elle se retourna et tomba nez à nez avec Regina. Elle recula, effrayée, et se cogna contre le mur :

– Vous ? Que m'avez-vous fait ? Qu'est- ? Où suis-je ?

La jeune femme brune leva les mains en signe d'apaisement :

– Vous êtes en sécurité, ici. Mais les réponses seront pour plus tard. Il y a une urgence. Dites-moi comment avez-vous déjoué leur surveillance ?

– Cela ne vous regarde pas ! La jeune femme blonde se dressa, arrogante et provocatrice : On se sent comment, quand on se fait damner le pion ? Hein ? … Alors répondez : Qui êtes-vous ? Les flashs de la nuit s'enchainaient dans sa tête et elle se corrigea : Qu'êtes-vous ? Qu'est-ce que vous me voulez ?

Regina fit un geste de la main et Emma se tut, les lèvres scellées. Ses yeux s'écarquillèrent de panique face à ce nouveau tour.

– Je suis désolée. Vous posez trop de questions et c'est une question de vie et de mort… pour Killian, pour vous. Pour Henry.

À l'évocation du prénom de son fils, la jeune mère perdit ses moyens et se jeta sur son agresseuse, les mains en avant, prête à en découdre physiquement. Regina la figea net dans son mouvement. Emma était éveillée, toutes ses facultés intellectuelles et sensorielles en alerte, mais elle était paralysée, maintenue par un champ de force invisible. Elle grogna, semblait se débattre mentalement. Regina tentait de la calmer et de s'expliquer. La brune était nerveuse et pressée. Aussi, elle perdait patience face à l'insoumission de la blonde :

– Je suis venue vous aider, bon sang ! Si vous pouviez m'écouter une minute ! Je dois couvrir votre fugue. S'ils s'apercevaient de votre disparition, ils s'en prendraient immédiatement à vos proches pour vous retrouver. Vous comprenez ?!

La magicienne défit son premier sort et la gérante de l'agence de rencontres reprit sa respiration à grandes inspirations, par purs reflex instinctifs, car elle n'avait pas souffert de suffocation. Elle plissa les yeux, soupçonneuse :

– Pourquoi vous ferais-je confiance ?

– Je répondrai à toutes vos questions. Je vous le promets. Mais avant, il faut que vous me disiez comment vous vous êtes échappée de votre appartement sans qu'ils ne vous aient repérée…

Regina paraissait plus petite, plus frêle. Quelque chose avait changé dans son attitude et Emma devina que la scène dont elle avait été témoin plus tôt devait en être à l'origine. Mais que se passait-il donc ? Elle la regarda plus attentivement et Regina le remarqua. Elle se reprit, droite et durcit le ton, limite menaçante :

– Ce n'est pas comme si vous aviez le choix, mademoiselle Swan.

Emma pouvait aussi se montrer butée et inflexible. Elle la défia :

– Peut-être… Après tout ce que j'ai traversé en une semaine, s'il y a bien une chose que j'ai apprise, c'est de ne pas me jeter dans la gueule de la louve parce qu'elle me fait les yeux doux. Je ne le répéterai pas. Ce sera du donnant-donnant : Qui êtes-vous ?

Elles se jaugeaient du regard. Regina comprit qu'Emma ne céderait pas et qu'elle n'arriverait à rien tant qu'elle ne faisait pas un pas pour gagner sa confiance. Elle ne savait pas encore ce que la détective en herbe avait fait cette nuit. Cependant il était évident que celle-ci était effrayée et qu'elle n'avait plus grand-chose à perdre. Aussi, Regina lui répondit le plus sérieusement du monde :

– Je suis la fille de la Déesse Aphrodite.

Il lui fallait faire simple, aller droit au but, brève et nette.

Si Emma n'était pas figée dans l'espace, ses bras en tomberaient. Elle s'attendait à tout sauf à cela. C'était une chose de l'avoir entendue à demi-mots, dans un autre contexte et une autre dans la bouche même de Regina.

– Ne vous moquez pas de moi. Aphrodite ? Je pensais que seule votre folle de mère s'attribuait ce titre, se moqua-t-elle. Vous aussi, alors ?

Ces derniers mots lui avaient échappé. Poussée à bout, dans ses derniers retranchements, Emma était fatiguée et à cran. Elle n'avait plus de filtres et ne pouvait plus contenir ses émotions. Ces états mélangés à la colère la rendaient acerbe. Regina releva la tête et planta son regard dans le sien. Son visage se referma aussitôt, elle questionna d'un ton revêche :

– Qui…

– J'étais là, cette nuit. J'ai entendu votre conversation.

– Qu'avez-vous entendu ?

– Tout.

Il était inutile de rentrer dans les détails. Elles savaient toutes les deux à quoi Regina faisait allusion et ce qui l'embarrassait. Emma ne cilla pas. Même si elle regrettait la brutalité de ses mots, elle ne devait pas fléchir. Le danger était toujours présent.

Pourtant, la jeune femme brune détourna la tête, elle semblait honteuse… et fragile. C'était comme si toutes ses protections avaient fondu comme neige au soleil et qu'elle se trouvait démunie. Regina pensa alors qu'Emma avait assisté à ces scènes humiliantes et à tous ces moments de… violence, tandis que personne ne savait. Personne ! Pas même les membres de son personnel. Regina serra les poings et ses mains tremblaient. Les mots de sa mère, ses gestes hantèrent son esprit et elle ne parvenait pas à les chasser. Emma avait assisté à ça ! Regina voulait dire quelque chose, n'importe quoi, interrompre ce silence pensant. Elle ouvrit la bouche pour rétorquer mais, contre toute attente, Emma lui coupa la parole :

– Votre mère est une vieille femme sénile, Regina.

La jeune femme blonde avait senti le besoin de se corriger, même si la situation ne s'y prêtait pas. Elle était en danger, que Diable ! … Et pourtant, un doute, en elle, l'incitait à aller de l'avant… et à la réconforter :

– Vous êtes bien plus brave et intelligente qu'elle ne vous laisse le croire… Je ne comprends pas la raison de son comportement, ni du revirement du vôtre maintenant… Mais je peux vous assurer, qu'à ses yeux, et même s'il m'en coûte de le dire, tout ce qu'elle attend de vous, vous l'avez accompli… avec moi. Vous êtes une adversaire farouche !

Regina était déroutée par tant d'honnêteté :

– Vous … vous inversez les rôles. Pourquoi cherchez-vous à me … rassurer alors que vous vous sentez menacée ?

– Parce que je ressens aussi autre chose… Cette contradiction dans vos paroles et votre attitude… Je vous sens sincère. Si j'ai bien une intuition à laquelle je me fie, c'est à mon détecteur de mensonge.

– Vraiment ?

Cette discussion devenait absurde. Elle n'était pas de cette trempe-là. Elle n'était pas là pour cela.

– Vraiment. Oui. Emma perçut de l'hésitation, un conflit dans les pensées de son enleveuse. Elle poursuivit ses explications. Si elle voulait s'en sortir, elle devait l'amadouer, la convaincre qu'elle ne lui ferait aucun mal, qu'elle ne lui voulait aucun mal, psychologiquement : La preuve en est votre présence ici. Je suis à votre merci, si je devais me fier à vos avertissements d'il y a une semaine. Et vous voilà, aujourd'hui, à vouloir me sauver la vie.

Regina la regarda. Les yeux d'Emma s'étaient adoucis. La jeune femme blonde était en attente d'un retour positif. La confiance n'était pas installée mais un lien s'était établi. Cette femme était extraordinaire et arrivait encore à la désarmer. Elle devait se recentrer, le temps pressait. Elle se reprit et relança le fil de la conversation qui avait été interrompu :

– Nous sommes la réincarnation de la Déesse Aphrodite, de mère en fille, depuis des générations.

Emma la regardait avec scepticisme :

– De mes connaissances, Aphrodite est la Déesse de l'Amour avec un grand A. Elle aide les âmes esseulées.

– C'est ce que nous faisons… entre autre… et à notre manière.

– Tuer les gens est une manière ? Les obliger à tomber sous des charmes … imposés ou que sais-je est aussi une méthode ?

Regina se rendit compte qu'Emma en savait beaucoup plus qu'elle ne le laissait supposer. Elle sourit, impressionnée. Elle savait qu'il ne fallait pas la sous-estimer. Emma s'était même montrée supérieure au défi qu'elle lui avait lancé. De plus, Regina se rendit compte qu'elle aimait être en sa compagnie et interagir avec elle. Elle allait de surprise en surprise. La jeune femme blonde était plaisante et vivante. C'était exactement cela. Regina se sentait également en vie, à ressentir mille émotions à la fois en sa présence. Cela ne lui était plus arrivé depuis… Depuis… jamais.

Elle la regarda encore, ou … à nouveau… avec un regard neuf, comme si elle la découvrait pour la première fois. Mise au pied du mur, consciente des dangers qui planaient sur elle, sa prisonnière se débattait tout en respectant ses valeurs, tout en respectant son adversaire. Les cloches d'une église au loin sonnaient la demi. 6h30. Par contre, elle devait se ressaisir :

– Nous n'avons plus le temps ! À mon tour, que vous le vouliez ou non, il me faut savoir comment contrecarrer votre fuite. Dites-moi comment y êtes-vous parvenue ? Il ne nous reste que très peu de temps pour corriger le tir, insista-t-elle.

– Je me suis exfiltrée de chez moi, dans la nuit, vers 2h du matin et j'ai mis des coussins à ma place dans mon lit. J'ai rampé, j'ai gardé les lumières éteintes.

– C'est si simple et si … enfantin, constata Regina, incrédule.

– Oui, on se sent stupide aussi, pas vrai ? fanfaronna Emma, fière.

– Ecoutez-moi très attentivement, je vais vous téléporter dans votre lit, à la place du leurre. Et vous allez vous lever comme si vous n'étiez jamais partie. Ne laissez rien paraître, agissez naturellement. Je reviendrai vous voir. Attendez un signe de ma part. Ne faites confiance à personne. Est-ce que … Qui d'autre est informé de votre escapade ? Henry ? Mademoiselle Lucas ?

Regina posa la question mais connaissait déjà la réponse. Elle fit apparaitre le gsm d'Emma dans ses mains et vérifia son contenu.

– Ne vous gênez pas !

– On n'est jamais trop prudente ! Parfait, les messages ont été réceptionnés, mais non lus…, remarqua-t-elle.

– Ruby va appeler la police. Peu importe ce que vous ferez de moi… Je sais qu'il est trop tard… Au moins vous ne ferez plus de mal à personne !

– Vous ne comprenez décidément rien. Et dire qu'i peine quelques secondes vous m'impressionniez, ironisa-t-elle.

Regina pianota sur le clavier :

« Tout va bien. Je suis à l'appart', je te retrouve au bureau. »

– Voilà une bonne chose de faite. N'oubliez pas : soyez naturelle ! C'est moi qui reprendrai contact avec vous. Ne parlez de rien ni dans votre société ni chez vous.

– Vous-

Emma disparut à nouveau dans un écran de fumée, tandis que Regina leva les yeux au ciel, exaspérée. Tout ne tenait qu'à un fil. Pourvu que la jeune blonde suive ses instructions.

X

Emma ouvrit les yeux. Elle était dans son lit, allongée, habillée, son sac sur le dos. Si elle ne portait pas sa tenue de la nuit, elle aurait pu croire qu'elle avait rêvé son expédition. Machinalement, elle remonta la couverture sur sa tête et réfléchit à tout ce qu'elle avait vu et entendu. C'est de la magie ? De la sorcellerie ? Aphrodite, vraiment ? À quoi avait-elle assisté exactement ? C'était tellement incroyable. Si jusqu'alors elle avait pensé à une sorte d'espionnage industriel de quartier, elle prenait conscience de l'importance de sa découverte et de sa dangerosité. Cette entreprise devait être une société écran qui dissimulait des accords sur la traite d'humains. Mais de quel type ? Quel est l'arrangement et quelle est la finalité ? Elle réalisa également que vu l'ampleur de l'affaire, elle avait mis sa vie en danger… ainsi que celle des siens. Qui allait la croire ? Même Ruby doutait de la sanité de son esprit.

Son réveil sonna et elle se rappela les consignes de Regina « Agissez naturellement ». Bien qu'éreintée psychologiquement et physiquement, Emma se leva. Elle avança à tâtons et se défit de ses vêtements par la même occasion. Les tentures tirées et l'obscurité matinale et hivernale l'aidaient à dissimuler son style de ses vêtements. Elle entra en sous-vêtements dans la salle de bain, referma la porte et alluma la lumière. La journée allait être très longue.

X

Emma sortit de son immeuble et bondit au bruit du klaxon.

– Emma ! Monte !

Ruby était garée en double file, le moteur tournait.

– Salut ! Ha, j'étais impatiente de te voir.

– Où est Henry ?

Emma regarda sur la banquette arrière, inquiète.

– Bonjour à toi aussi … À l'école. Où veux-tu qu'il soit ? Je me fais du souci pour toi ! Tout va bien ? Il n'y avait pas plus inquiétant comme message, dis donc. Heureusement que je ne les ai pas reçus en pleine nuit. J'aurais eu l'air fin avec les flics à la porte de la boite et toi, tranquillement dans ton lit ! Raconte-moi, qu'est-ce qu'il s'est passé ? Tu agis bizarrement, tu es limite paranoïaque, tu sais.

La dernière remarque de son amie la fit tiquer. Si elle lui avouait tout, dans l'état dans lequel elle était, Ruby appellerait le centre psychiatrique dans la minute et elle la ferait interner. Le lieu et l'instant n'étaient pas l'idéal. Il lui fallait de la réflexion et du recul pour lui répondre.

– Ça va. Je vais bien ! Je suis très fatiguée. Ce soir, je viens chez toi et je te raconte tout autour d'un bon repas que tu vas me préparer, lui rétorqua-t-elle pour détendre l'atmosphère.

– Ben tiens !

– Et pour preuve, je te laisse mon butin, ici dans ta voiture, et je rentre avec toi. On ira chercher Henry ensemble. OK ?

Elle ne pouvait décemment pas lui avouer que sa voiture était de l'autre côté de la ville, près du lieu du crime.

– Tu m'intrigues.

– Tu verras, c'est mieux que n'importe quel film. Ça vaudra la peine d'attendre. On mangera même du popcorn.

Emma reçut un sms qu'elle lut : « Envoyez un message à M. Jones et dinez avec lui ce midi. R. » C'était au tour de la jeune femme de lever les yeux. Vraiment ? Elles en revenaient à ça ? Mais sa conscience et la lecture partielle des dossiers la convainquaient que ce texto ne faisait plus partie de son jeu et qu'il était à prendre au sérieux. Elle écrivit un message rapide : « Hello Killian, merci pour la soirée et le restau. J'ai adoré ce retour dans le passé. Ça te dit que je vienne diner avec toi, ce midi ? Je m'occupe de la réservation. »

– Tout va bien ?

– Oui, je vais manger avec Killian, ce midi. Je peux emprunter ta voiture ?

X

Killian était transpirant quand il entra dans le restaurant. Il avait la mine blafarde et ses cheveux collaient sur son front. Quand il sourit, on aurait dit qu'il grimaçait.

– Bonjour, Amour. Tu ne peux pas t'imaginer à quel point ton message m'a fait plaisir. J'ai cru que la soirée avait été ratée et que tu ne voudrais plus jamais me revoir.

– Pourquoi penses-tu un truc pareil ?

Il s'assit péniblement. Emma crût qu'il avait maigri en une nuit, qu'il avait perdu plusieurs kilos, si cela pouvait être possible. Il était pâle, diaphane, les joues creusées, des valises profondes sous les yeux.

– Killian, tu n'as pas trop l'air d'aller bien. Tu es malade ?

– Je ne sais pas, Amour. Dis-moi, est-ce que j'ai tout gâché, hier ? Je suis désolé d'être parti et de t'avoir planté… As-tu cru que je t'abandonnais comme l'autre fois ? Tu sais, j'ai vraiment été appelé pour une histoire de vérification d'identité. Ils se seraient trompés de client, apparemment.

Emma tenta de le rassurer et lui prit la main. Elle était fort soucieuse de son état. Sa peau était moite et brulante. Elle se leva soudainement et posa la paume de sa main sur son front et son cou :

– Tu es brulant. Tu as de la fièvre.

– Ce n'est pas grave. Réponds-moi. J'ai besoin de savoir.

Il chassa sa main de son visage et s'essuya du dos de sa manche ses tempes et son front dégoulinant. Il se frotta vigoureusement la poitrine gauche de son poignet comme s'il revigorait son pectoral.

La jeune femme se rassit et referma ses mains sur les siennes. Elle le regarda droit dans les yeux. C'était comme si sa réponse était vitale pour lui :

– Je sais et je te crois. Je ne me suis pas sentie abandonnée et je n'ai pas pensé un seul instant que tu le faisais.

– Pourquoi étais-tu distante, alors ? Quand je t'ai retrouvée, tu étais ailleurs, tu n'avais qu'une envie, c'était de partir… loin de moi.

Emma repensa à la danse et au baiser échangé. Elle voulut lui dire la vérité quand son gsm sonna : « Toilettes. Maintenant. R »

– Excuse-moi une minute. Ne bouge pas. Je reviens.

Elle se remit debout et l'embrasse sur sa joue piquante : Je te le promets. Passe la commande pour moi. Je ne traine pas.

X

Regina l'attendait les bras croisés derrière l'encadrement de la porte. Elle avait vérifié qu'elles étaient seules, les sanitaires étaient vides. Emma entra, énervée et explosa :

– Je fais exactement ce que vous me dites de faire et je vous retrouve encore, ici. Mais qu'est-ce que vous nous voulez, à la fin ?

Regina balaya la remarque et lui ordonna :

– Emmenez-le à l'hôpital.

– Comment ?

– Vous l'avez constaté par vous-même. Il est malade.

– Killian, mon Dieu.

Les mots s'imbriquaient dans sa tête comme des morceaux de puzzle. Elle n'avait pas besoin de plus d'explications, elle l'avait constaté par elle-même. La demande de Regina faisait juste écho aux signaux qu'elle ne voulait pas voir. Voir c'était faire face à la réalité.

– C'est le Sérum, n'est-ce pas ?

– Comment … le connaissez-vous ?

– Nous aurons cette discussion plus tard. Vous vous rappelez ? Chacune ses petits secrets. Cela va dans les deux sens. Répondez à ma question ! C'est cela, n'est-ce pas ? … Et le test n'est pas concluant ?

– En quelque sorte. Disons plutôt qu'il réagit au Sérum comme il devrait, justement. Et il est en train de faire ce que vous appelez une insuffisance cardiaque.

– Je ne comprends rien à tout cela. C'est ça, l'objectif de ce Sérum ? … de ces tests ?

– J'espérais qu'il ne soit pas trop tard. Il nous reste une toute petite chance. Amenez-le à l'hôpital, ils le placeront dans un coma artificiel. Cela ralentira son rythme biologique et je chercherai un antidote.

– Pourquoi faites-vous tout ça ?

– C'est une longue histoire… Et nous devons-

Regina se retourna, elle ne devait pas montrer ses sentiments. Elle ne devait pas faire preuve de faiblesse. Et c'était exactement de ça qu'il s'agissait vu qu'elle œuvrait contre les principes qui lui ont été appris… et qu'elle essayait d'aider sa pire ennemie. Mais l'était-elle vraiment ?

– Non. Ne vous sauvez pas ! Emma la retint par la manche et attira son attention : Pourquoi faites-vous tout cela … ? Je le vois bien que ça ne fait pas partie de votre business.

– Si je ne le fais pas... Vous ne me pardonnerez jamais, avoua-t-elle.

– Quelle importance ?

– Cela en a pour moi.

Un serveur ouvrit précipitamment la porte et Regina disparut aussitôt :

– Madame, madame, votre ami ! Vite.

Emma courut jusqu'à sa table. Killian était étendu sur le sol la chemise ouverte. Un client lui faisait un massage cardiaque.

– Nous avons appelé une ambulance, elle est en chemin.

X

– Ne me laisse pas.

Killian était allongé sur le dos, sur son lit d'hôpital et tenait la main d'Emma avec force, malgré le sédatif qu'une infirmière lui avait injecté quelques secondes auparavant.

Ils étaient entourés par deux membres du personnel hospitalier tandis que le docteur Whale s'affairait à préparer la sonde et le respirateur.

– Non, je ne te laisse pas. Je te le promets. Ils vont t'endormir. Il faut que ton corps récupère.

Emma lui caressa le front de l'autre main et cherchait à dissiper toutes ses craintes :

– Ils savent ce qu'ils font. Et je viendrai te voir tous les jours. Je serai là à ton réveil. Tout ira bien.

– Tu me le promets ?

– Oui.

– Chaque jour, une fleur ?

– Chaque jour, une fleur !

– Mademoiselle, s'il vous plait, nous devons procéder …

Une seconde infirmière disposa un masque sur la bouche et le nez du patient et tourna un bouton de l'appareil de monitorage.

– Il s'endormira vite, maintenant. Il est encore résistant, c'est très bon signe. Vous verrez. Il ne souffrira pas, lui dit le médecin.

Emma ne put retenir les larmes d'inquiétude qui coulaient le long de ses joues. Elle s'éloigna de quelques pas et regarda la scène se jouer sous ses yeux. En effet. Killian ferma ses paupières, le masque lui fut retirer et le docteur présenta le tube au-dessus de son visage.

– Il serait plus judicieux que vous nous attendiez dehors. C'est fort impressionnant.

Emma quitta la chambre et attendit dans le couloir, dos au mur. Elle expira toute sa nervosité et son stress. Elle posa son front sur sa main et pleura.

– Je suis sincèrement désolée.

– Quand allez-vous m'expliquer ce qu'il se passe, Regina ? Je ne comprends rien à tout ceci. Je ne bougerai pas d'ici, tant que je n'en saurai pas plus… Peu importe les conséquences !

D'un geste de la main, Regina les fit disparaitre.

X

– Où sommes-nous encore ? Assez avec ces tours de passe-passe, je suis totalement déboussolée.

– Vous êtes chez moi.

– Dans … le Temple ?

– Oui.

Regina fronça les yeux. Comment était-elle également informée de cette information ? Seuls les disciples utilisaient ce terme et en savaient la signification.

Un flash apparut dans son esprit et elle revit la silhouette d'Emma qui se faufilait dans le coin d'une caméra de surveillance à l'extérieur de la ruelle. Elle avait vérifié, elle-même, auparavant que la jeune femme s'était couchée. Comment pouvait-elle être à deux endroits en même temps ? Tant de questions et si peu de réponses… Pour l'heure, il lui faudrait gagner en confiance afin d'apprendre tout ce qu'elle avait découvert et comment elle l'avait obtenu :

– Vous ne craignez rien. Mes appartements ne sont pas surveillés et personne ne peut y entrer sans mon autorisation.

Emma fit le tour du salon. Il était spacieux et très peu meublé. Un large canapé en cuir devant une énorme baie vitrée ouverte sur la ville agitée, une table basse. Un peu plus loin, une grande table de réception vide, six chaises tristes. Les murs ne portaient aucun cadre, aucune peinture. Ils étaient nus. Son appartement manquait de présence, de chaleur. Il était froid et impersonnel. De part et d'autre de la pièce, il y avait une ouverture de chaque côté qui devait mener vers les chambres, la salle de bain et la cuisine certainement. A sa droite, il y avait un bar magnifique, éclairé et vitré.

– Je vous en prie, asseyez-vous. Voulez-vous quelque chose à boire ?

– Cherchez-vous à m'empoisonner ?

– Après vous avoir soutiré tout ce que vous savez, rétorqua-t-elle sur le ton de la plaisanterie, pour détendre l'atmosphère.

C'était inapproprié. Trop tôt, pas au bon moment. Emma ne souriait pas. Regina lui tendit son verre :

– De l'eau. Plate et fraiche. Buvez l'esprit tranquille.

La jeune femme blonde le vida d'un trait et s'affaissa dans le fauteuil. Elle passa sa main sur ses yeux puis dans ses cheveux. Elle le laissa au-dessus de sa tête, elle était épuisée.

– Alors ?

– Voulez-vous connaitre mon histoire ?

XXX