N/A : Je vous remercie pour tous vos commentaires et les traces de votre passage. Cela me motive énormément. Ça fait vraiment très plaisir ! Vous ne pouvez pas savoir à quel point c'est important.
CHAPITRE 9.
– Je suis fatiguée de vos jeux, Regina. C'est ce qui arrive à … Killian… qui m'intéresse et que lui est-il arrivé ? … Comment avez-vous pu l'anticiper ? Pourquoi vous le saviez ?
Emma était lasse. Vidée de sa nuit, chahutée depuis une semaine comme dans un grand huit mécanique, elle n'avait plus l'énergie de lutter.
La jeune femme brune se retourna pour cacher sa déception. Elle sentit son cœur se serrer. C'était l'occasion pour elle de lui expliquer la signification de ses actes, de trouver, espérait-elle, une sorte de rédemption ou un peu de compassion. Elle se dirigea vers le bar et se servit à boire. Elle vit son reflet dans la vitrine, elle était pathétique. Elle pouvait se moquer d'elle-même, elle entendait sa mère rire dans ses oreilles : « L'Amour est une faiblesse ». Elle haussa les épaules, résignée. Peut-être une faiblesse, cependant, elle ne s'était jamais sentie aussi stimulée que depuis qu'elle avait rencontré Emma Swan. La jeune femme blonde la défiait constamment, l'excitait intellectuellement, elle la remettait sans cesse en question, elle provoquait en elle une explosion de ressentis qu'elle n'avait jamais connus auparavant.
Et comme toutes ces émotions étaient nouvelles, il lui fallait patienter et composer. Ne t'emballe pas. Contrôle-toi ! Elle devait apprendre à les approprier et à s'adapter. La blonde l'interrompit dans ses pensées :
– Alors rien de tout ceci n'est vrai ?
– Vous dites ?
Emma s'était levée et s'était approchée de son interlocutrice. Celle-ci ne l'avait pas entendue bouger trop absorbée par ses réflexions.
– Killian qui se réveille dans un hôpital fou d'amour pour moi et de regrets… C'est ce que vous vouliez signifier quand vous parliez de « votre fait » ? Killian est bien un de vos cobayes, sous les effets de ce Sérum.
Regina se concentra et enfouit ses pensées au plus profond d'elle-même. Elle s'encouragea mentalement à se prendre en main et parla d'un ton léger, neutre. Surtout ne pas lui montrer son hésitation :
– En effet. Cela faisait 18 mois que vous vous croyiez malheureuse parce qu'il ne voulait plus rien avoir affaire avec vous et j'ai agi...
– Qu'avez-vous fait ?
Emma avait tressailli face à cette vérité. Elle ne corrigea pas le désespoir dans son affirmation : malheureuse ?! Cela lui donnait une mauvaise image d'elle face à cette inconnue et la faisait paraitre pour quelqu'un de pitoyable. Surtout l'ignorer, montrer son indifférence. Même si Regina en savait déjà tellement et qu'elle avait toujours un coup d'avance.
Après une semaine de tensions, ses sentiments qui la reliaient à Killian lui paraissaient également si loin et si étrangers. Il lui semblait qu'une année s'était écoulée depuis. Tout s'était précipité et elle n'avait plus eu le temps d'y penser.
Regina sourit, elle essayait de reprendre son rôle de maitresse du jeu. Ça, c'était un domaine dans lequel elle excellait :
– Hé bien, j'ai réparé cette erreur, bien qu'elle ait été contre-nature… Vos goûts sont discutables.
Emma avait besoin d'air. Elle s'énerva au milieu du salon. Cette femme se permettait d'interférer dans sa vie amoureuse et se moquait ouvertement d'elle :
– L'amour n'est pas un jeu ! On ne joue pas avec les sentiments des gens ! Allez-vous me dire ce que vous lui avez fait ?
– Ha mais si, c'est un jeu ! Du chat et de la souris, c'est vous, pauvres mortels, qui en avez inventé le concept. Nous ne faisons que modifier quelques compositions. Et à franchement parler, le mois de février est le moment de l'année le plus prolifique. Toutes ces âmes qui errent lamentablement à la recherche de l'Autre… comme si ce mois avait plus de pouvoirs que d'autres ! Et vous êtes la première à y croire…
Et Regina rit. Faussement. Elle-même ne croyait plus en ses mots. Cependant, elle avait tellement mal, à l'intérieur. Elle se protégeait un peu, elle faisait mine d'être insensible et détachée… parce qu'elle se sentait blessée, sans qu'elle puisse en comprendre les raisons. Alors ses instincts naturels revenaient en première ligne et élevaient une carapace dure et implacable. Aussi, pourquoi devait-elle lui montrer de la compassion ou de l'empathie, Emma Swan ne lui devait rien après tout. Au contraire, elle était la cause de tout ceci.
Emma la gifla sèchement. Regina recula de quelques pas, surprise par la violence de sa réaction. La jeune femme blonde porta immédiatement sa main à sa bouche :
– Excusez-moi, je ne voulais pas.
Regina se frotta la joue, abattue :
– Je l'ai méritée.
– Peut-être mais je n'aurais pas dû perdre mon sang froid. Je suis désolée.
Emma repensa à l'altercation qu'elle avait entendue du placard d'alimentation électrique. Elle se doutait que Regina subissait de mauvais traitements de la part de sa mère. C'était faire preuve d'insensibilité que de réitérer un tel acte. Un long silence s'installa entre elles. Elle s'adoucit et demanda :
– Dites-moi comment vous avez fait ? S'il vous plait.
Le désespoir, encore et toujours. Emma s'accrochait à ces explications comme à une bouée de sauvetage. Tout cela avait bien un sens !
Regina s'assit dans le petit fauteuil et posa ses bras sur l'accoudoir. Elle fit couler son cidre sur les parois de son verre et semblait absorbée par son geste. Elle inspira longuement pour se donner des forces et ralentir les battements de son cœur qui perdait contrôle :
– Le Sérum lui a été administré.
– J'avais compris. En quoi ça consiste ?
– C'est ce que vous appelez dans votre jargon un philtre d'amour.
– Ça, c'est tout sauf un philtre d'amour…
– Nous l'avons amélioré.
– C'est-à-dire ?
– Le Sérum a amplifié, paroxysé les fragments de sentiments que M. Jones ressentait encore, en quelque sorte, pour vous. Cela n'a fait que renforcer ce qui ... a existé.
– « Qu'il ressentait encore pour moi… a existé… », vous dites ?
Regina opina de la tête sans répondre, elle attendait que ses phrases s'infiltrent dans son cerveau et établissent les bonnes connexions.
– Il m'aimait encore, après 18 mois d'absence. C'est ce que vous insinuez ?
– Non. Il y persistait encore des traces, …
– Des souvenirs, en fait ? … Je n'étais qu'un souvenir… du passé.
– C'est exact.
– Et ce Sérum a ravivé cela, a ravivé des cendres éteintes !
– Oui.
La jeune femme fulminait. Tout ce petit monde, ce Temple, comme ils s'appelaient, jouait avec ses pieds, jouait avec eux, avec elle comme si elle était un pantin !
– Sans que personne ne vous ait rien demandé !
Emma fit les cent pas. Elle devait se calmer. Et dieu seul savait combien c'était difficile après sa nuit, sa fatigue, … après ces divulgations : des dieux ! Putain, des putains de dieux !
Tout se bousculait dans sa tête, toutes ces informations, ces réalités... Son cerveau bouillonnait au point d'exploser. C'était plus que ce qu'il ne pouvait assimiler.
– Mais pourquoi ? Pourquoi moi ? Parce qu'il s'agit bien de moi, la cible ? Vous êtes-vous seulement présentée devant d'autres de vos victimes ?
– Non. Jamais.
Regina lui avait promis d'être sincère. Jamais, elle ne s'était montrée aussi franche et aussi vraie dans ses réponses. Elle lui dirait la vérité, mais il fallait qu'Emma la lui demande précisément et lui pose les bonnes questions. Elle ne faisait pas dans la charité.
– Qu'est-ce que je vous ai fait ? Qu'est-ce que j'ai bien pu faire pour-
Elle pensa aux premiers dossiers qu'elle avait parcourus et reprit ses questions pratiques. Il y avait une urgence : Killian était mal en point.
– Qu'en est-il des personnes qui sont mortes… Comment sont-elles mortes ? C'est à cause du Sérum ? Est-ce que c'est ce qui attend Killian ?
Les interrogations défilèrent à vive allure. Elle avait besoin de savoir, elle avait besoin d'agir et de se rendre utile. Une once de doute s'immisça en elle. Emma s'assit en face de Regina, sur la table basse. Tout partait tout azimut. Il y avait trop d'informations à prendre en connaissance et trop de sujets à aborder. Même s'ils étaient liés, leurs sources ou leurs finalités divergeaient. Si Emma était persuadée d'être la seule cible, cela signifiait que Killian n'était qu'un moyen… et donc son sort n'avait pas réellement d'importance aux yeux de ces dieux. Son existence ne valait pas mieux que les dossiers qui prenaient la poussière dans leur salle d'archives.
La jeune femme avait besoin d'être proche, de construire un lien réel entre elles. Quelque chose de concret, de vivant, d'existant. Ne surtout pas être reléguée en un numéro anonyme de plus. Et surtout, elle voulait détecter toute parade, tout signal d'un éventuel mensonge.
– Oui. C'est une des conséquences quand l'Amour n'est pas réciproque. Si tel n'est pas le cas, il mourra d'un infarctus… Autrement dit, du syndrome du cœur brisé. Et c'est exactement ce qu'il se passe actuellement. Son cœur commence à se briser littéralement dans sa poitrine et est en train de le tuer à petit feu.
Emma prit sa tête entre ses mains, abattue. C'était trop. Toute cette histoire était inimaginable. Le monde, les lois, ses croyances… n'étaient basées que sur des mirages. L'Amour, la société, ses valeurs… Tout ce en quoi elle croyait : la bonté, la gentillesse, la générosité, les âmes, n'étaient que du vent ou des pions que les dieux déplaçaient à leur guise.
– Je ne comprends pas… Vous me dites que vous êtes les descendantes d'Aphrodite… Mais tout ce que vous faites… ça n'a rien à voir avec l'Amour.
– Vos connaissances sont limitées et la mythologie est édulcorée. Celle qui est enseignée à l'école est transmise par l'Homme, lui-même. Il se fait fort d'être le messager, le porte-parole des dieux, mais il transmet ce qu'il veut. Les origines sont vraies, pourtant et je pense que c'est la raison de notre perte de statut dans votre monde actuel… Cela a quelque chose d'effrayant et … d'incontrôlable de croire que vous n'êtes que des marionnettes entre nos mains. Alors, je suppose que c'est ce que le siècle des Lumières (1) vous a apporté : votre liberté, votre émancipation.
Elle but une gorgée, sa bouche était sèche et pâteuse. C'était la première fois qu'elle partageait ses réflexions. Depuis ses 18 ans, depuis qu'elle savait, elle observait l'être humain et ses congénères d'un œil neuf. Et c'était risible et triste leur destin était irrémédiablement lié et ce refus de cohabiter, de s'associer… était insensé.
Elle reprit ses explications :
– Nous, les dieux, sommes tous égaux et ouverts, hommes, femmes, gay, hétéro, bi, métamorphe, … C'est vous, les petits êtres primitifs … vous vous soumettez par vous-mêmes, par nature. Vous arrivez même à créer un autre dieu, Unique, Lui, pour tenter d'échapper à notre soi-disant emprise, un dieu qui vous impose des règles au nom de l'Amour afin de justifier votre misandrie, votre misogynie, votre sexisme et votre intolérance. Alors oui, à vous regarder interagir entre vous, nous nous amusons. Réfléchissez un peu ! Croyez-vous vraiment que nous, nous sommes là pour satisfaire les caprices de simples mortels ? Certainement pas ! Par contre, pigmenter un peu vos vies, c'est un de nos nombreux plaisirs que nous comblons. Et oui, en effet, cela n'a rien à voir avec l'Amour. Parce que l'Amour, comme vous dites, n'existe pas !
Regina parlait d'un ton détaché et monocorde. La passion qui l'animait, ce plaisir justement qu'elle ressentait auparavant avaient complétement disparu. Mais est-ce vraiment du plaisir ? Une satisfaction, tout au plus et encore. Cela ne remplissait pas ce gouffre sans fond qui l'habitait. Elle ne ressentait plus rien. Elle se sentait vide et … seule. Tellement seule. Elle regarda longuement Emma, sans élaborer davantage. Elle attendait une réaction à cette révélation, que le message qu'elle avait tenté de transmettre avait bien atteint son objectif. Elle cherchait une étincelle dans son regard qui confirmerait qu'elle ne s'était pas trompée, que tout cela n'était pas vain. Mais voir le désemparement d'Emma l'affligeait davantage.
– Qu'est-ce qu'il vous est arrivé ? lui rétorqua la blonde avec un sentiment de pitié dans le regard.
Regina se redressa, piquée à vif :
– Je vous retourne la question : vous êtes gérante d'une agence de rencontres et vous ne croyez même pas en ce que vous faites ! Je suis au moins cohérente dans mes propos et dans mes actes. Je provoque des relations, sans promesse et sans fausse conviction ! Qu'en est-il de vous ? Je vous ai entendu parler à tous vos clients, à leur prêcher l'Amour véritable, ces histoires d'Âmes sœurs, … Combien de fois vous ai-je entendu citer ou raconter le Banquet de Platon (2) ? … tout en vous raccrochant ridiculement à cette chimère qu'est ce … ce … croquenote, ce musicastre !
– Et pourtant vous voilà à vouloir nous jeter dans les bras de l'un et de l'autre … Que cherchez-vous à démontrer ?
Emma aussi s'était levée. Un regain d'adrénaline, de colère la poussait à l'affronter. Toutes les deux se faisaient face et se tenaient tête.
– Que seuls les dieux détiennent ce pouvoir, Mademoiselle Swan ! Personne ne peut usurper une place qui n'était pas la sienne, personne ne peut s'autoproclamer comme telle : Aphrodite, Ha ! … sans en payer le prix. Vous vous êtes appropriée des pouvoirs qui ne vous appartiennent pas !
– C'est la raison de toute cette mascarade ? Pour me donner une leçon de… de … d'humilité ? à moi, pauvre mortelle ?
– Oui !
– Et vous vous servez d'un innocent ? … Killian n'y est pour rien !
– M. Jones ou un d'autre, quelle différence ? … À vous entendre, vous êtes tous innocents !
– Tuer, c'est pour prouver votre divine supériorité ?
– Tuer est un bien grand terme ! Nous ne tuons pas … Nous vous laissons le soin de commettre ce genre d'ignominie.
– Infarctus, coma, suicide déguisé… Vous appelez ça comment ?
– « Rien ne se perd, tout se transforme » (3)…
– Ce qui veut dire ?
Regina perdait le contrôle de ses émotions et de la discussion. Elle se rendit compte qu'elle en dévoilait trop. Elle devait se ressaisir et revenir au sujet qui les préoccupait :
– Ce sont des arrangements, qui ne vous concernent pas. Du moins, pour le moment. Vous voulez le sauver, non ?
– Oui. Dites-moi comment. Pourquoi ce filtre d'Amour n'a pas fonctionné ?
– Je vous laisse y réfléchir. Ce n'est pas à moi à vous le dire. Et ce n'est pas comme si je ne vous avais pas donné des indices…
Emma ne semblait pas se rendre compte que la réponse était dans sa question et dans le retour de Regina. Son affirmation ne l'avait pas percutée. De ce fait, elle surenchérit :
– Et pour le sauver, rien de plus simple, rétorqua-t-elle sarcastiquement : M. Jones doit être convaincu que vous l'aimez en retour.
– Aussi simple que ça, vraiment ?
Emma regarda par la fenêtre. Une ombre, un doute s'insinua dans son esprit et semait le trouble. Aussi, hésitante, elle demanda timidement :
– Suis-je… m'avez-vous administré ce… Sérum, également ? Pour pigmenter votre jeu stupide…
La jeune femme brune secoua négativement la tête.
– Ramenez-moi, j'ai besoin … d'être loin d'ici, souffla-t-elle, à bout.
En un geste, Regina exécuta sa demande.
Emma se retrouva derrière le volant de sa voiture.
– Evidemment…
A quoi s'était-elle attendue réellement ? Regina avait peut-être les pouvoirs du Génie de la lampe, mais elle ne portait en rien les bracelets qui la liaient à son possesseur. Cela lui ferait trop mal que de réaliser un vœu qu'Emma lui demanderait. Enfin, elle avait récupéré sa voiture, n'était-ce pas déjà une bonne chose. Dans sa main, ses clefs de voiture n'attendaient qu'à être insérées. Elle quitta le quartier pour en rejoindre un autre, ne sentant à l'abri nulle part.
X
Le repas s'était déroulé dans un silence plombant, malgré les tentatives légères de Ruby. Henry se posait des questions sur les absences répétées de sa mère. Cela ne lui ressemblait pas d'être si renfermée et si secrète.
Quand Killian l'avait quittée, elle avait pleuré pendant des jours dans le fond de son lit, se trainant de temps à autre devant la TV à regarder des feuilletons à l'eau de rose. Même quand elle ne parlait pas, son non-verbal dévoilait ses états d'humeur. Et depuis leurs recherches sur internet, depuis son retour de la bibliothèque, elle n'avait pas dit un mot. Elle dormait mal la nuit, elle ne s'occupait plus de lui et son visage, ses cernes, son regard soucieux l'interpelaient. Henry ne savait rien… et il s'inquiétait.
Il connaissait sa mère. Si elle avait décidé de ne pas lui parler, il pouvait faire tout ce qu'il voulait, elle ne lui dirait rien en sa présence. Il devait alors se montrer plus rusé. Aussi, il feignit d'être fatigué de sa journée et bailla plusieurs fois. À une heure correcte, ni trop tôt pour ne pas éveiller les soupçons, ni trop tard pour les persuader qu'il dormait déjà à poings fermés, Henry annonça qu'il allait se coucher. Il leur souhaita une bonne nuit et partit dans la chambre d'amis. Il colla un ruban adhésif sur le pêne afin de le maintenir dans sa gâche. Il revêtit un vieux t-shirt, se défit de son pantalon et de ses chaussettes et s'allongea sous les draps.
Emma vint quelques minutes plus tard pour le border, comme à son habitude. Elle lissa ses cheveux d'une main affectueuse, lui dit combien elle l'aimait, l'embrassa sur le front et sur la tempe et referma la porte, crut-elle, derrière elle.
En catimini, le jeune garçon s'extirpa du lit et se faufila vers la porte. Il écarta doucement le panneau de bois. Il tendit l'oreille et écouta attentivement la conversation.
– Voilà ton sac et toutes les affaires qu'il contient. Je n'ai rien regardé, Emma. Mais je crois que vu ta tête, il est temps que tu me dises ce qu'il t'arrive. Que te veut cette femme étrange ? Il y a quelque chose qui ne va pas. Ça te dévore de l'intérieur. Je le vois.
Emma ne savait pas si elle devait tout lui raconter ou si elle devait rester évasive. A quel point étaient-ils tous en danger ? Ne prenait-elle pas un risque en la mettant dans la confidence ?
Pourtant, il lui fallait un regard neuf et un point de vue objectif. Aussi Emma lui raconta ces derniers jours, le résultat de son investigation la veille et l'hospitalisation de Killian. Elle opta pour les faits et les éléments prosaïques. Elle évita de lui faire part de ses impressions et de ses éventuelles élucubrations. Peut-être étaient-ce des hallucinations dues à la fatigue ? Elle n'avait pas eu le temps de se poser et de réfléchir. Et il valait mieux, parfois, ne pas se confronter tout de suite à la réalité. Peut-être était-ce aussi une façon de se protéger ? Savoir qu'elle n'avait pas son destin en main… Tout pouvait lui exploser en pleine figure. Elle saturait totalement. La présence de Ruby, son écoute attentive et ses éclaircissements seraient les bienvenus.
Après lui avoir relaté ces vingt-quatre dernières heures, Emma se tut et laissa son amie s'approprier l'histoire :
– C'est incroyable !
– Pourtant c'est vrai ! Cette femme veut ma perte en s'attaquant à mes proches… Les sentiments de Killian sont bel et bien l'œuvre de ce Sérum, qui est en train de le tuer à petit feu.
– Ça doit être une drogue, un hallucinogène aux puissants pouvoirs hypnotiques… Je suis désolée, Emma. Je sais que tu le souhaitais vraiment…
La jeune femme blonde n'était plus du tout aussi convaincue. Les mots que Regina avaient employés firent échos : « des conséquences quand l'Amour n'est pas réciproque ». Emma lui avait alors suggéré d'être sous l'emprise du Sérum, ce qui expliquait son attirance pour la fille d'Aphrodite mais également son étrange désintérêt pour Killian. Mais elle ne l'était pas. Regina avait écarté cette théorie et ce qu'elle craignait se confirmait. Elle secoua la tête pour chasser ses idées. Maintenant n'était pas le moment d'y apporter une réflexion.
– Je pense qu'il faut que nous appelions la police. Cette affaire nous dépasse complétement. Cela me fait penser à une secte qui maitrise et exerce les facultés du mentalisme, à la tête d'un trafic d'êtres humaines. Et tu sembles être leur prochain objectif …
Si Emma avait volontairement omis de lui parler de magie et de divinité - Mieux valait ne pas précipiter les informations…et amener le doute dans l'esprit de son amie car elle aurait tôt fait de lui conseiller d'aller voir un psy – elle regrettait à présent son choix. Elle-même avait de mal à croire ce qu'elle a vu et vécu. Pourtant l'avis de Ruby n'était pas du tout approprié et partait dans une toute autre direction.
– Non. Non. La police ne peut rien faire. Tu l'as vu par toi-même, cette … entreprise a des contacts, elle a des liens avec la justice. Ces gens ont le bras long et savent l'utiliser. Ils s'en sortiront bien avant que je n'ai décroché le téléphone. Et regarde dans quel état, leurs victimes ont été retrouvées. Je suis encore saine de corps et d'esprit, j'ai encore de la marge si je réagis bien et pertinemment. Et si je parvenais à mettre un terme définitif à leurs agissements ? Hein ? Si j'étais la seule justement à voir clairement dans leur stratégie… ça pourrait sauver d'autres vies…
Ruby se leva et leur prépara une tasse de thé. Elle était sceptique et … elle avait peur. Peur pour son amie, peur qu'elle se fasse embarquée, impuissante, par cette secte et qu'elle finisse comme cette Belle ou pire comme cet Eric.
– Très bien. On va la jouer à ta façon pour commencer, mais dès que je sens que ça tourne mal, j'appelle la Police, tu entends.
– D'accord. Tu as une idée ?
– Oui, j'en ai une. Et c'est toi qui viens de me la donner. Il y a bien quelque chose qu'on peut faire… Mais résumons, basiquement, tu veux bien.
– Pas de souci.
– Bien. Cette Société s'attaque à toutes les personnes qui lui sont liées par contrat, qui lui tiennent tête et à ses concurrents directs.
– Oui.
– Elles droguent ses victimes ou les manipulent mentalement de façon à les rendre codépendant.
– C'est bien ça.
La vision pragmatique de Ruby permit à Emma de respirer, enfin. Tout lui semblait soudain plus réel, plus concret et plus … réaliste. Elle était prête à en pleurer.
– Et elle apporte une attention particulière, elle l'a dit elle-même, à ta personne.
– Oui. Que peut-on faire ? La vie de Killian et probablement d'autres sont dans sa ligne de mire. Et je suis à la merci d'une immortelle, d'une déesse complétement folle, avec une armée de chemises rouges à sa botte.
Cette deuxième réflexion, elle la garda pour elle.
– Je sais, Emma. Ne me mets pas la pression. C'est moi qui suis prête à appeler les flics, tu te souviens… ? Laisse-moi réfléchir… Je crois …
Son amie fit le tour de la table, lui tendit sa tasse et s'assit, les mains en coupe, autour de la sienne. Elle avait froid. À l'intérieur. Cette histoire ne lui présageait rien de bon. Elle sentait qu'Emma ne lui avait pas tout dit et que la folie devait la guetter :
– Peu importe ce qu'elle t'a dit. Ne prends en compte que ses actes : elle s'en est prise à toi et elle s'est découverte, … Tu es une rivale qui l'inquiète. Ce que vous avez toutes les deux négligé et qui est, je suis sûre, à l'origine de tout ceci… c'est un atout disposé visiblement dans ta manche.
– Lequel ?
Le cheminement de Ruby intriguait son amie. Y avait-il une lueur d'espoir ? Emma ne voyait plus rien. Elle était tellement submergée de tous côtés qu'elle avait l'impression d'étouffer. Accablée par la fatigue et la culpabilité qui se distillait comme un poison dans sa tête, elle luttait pour ne pas penser à lui, pour ne pas penser à elle. Elle se refusait à songer que la situation de l'un était à cause des sentiments qui naissaient pour l'autre… L'autre … une psychopathe ! Une meurtrière ! Mais que lui arrivait-il ? Comment cela pouvait-il lui arriver sans être sous les effets du Sérum !?
Ruby lui fit part de sa réflexion :
– Je ne connais personne d'autre que toi qui sois arrivée à autant de résultats positifs. Tu as un don, ma chérie, et ce don c'est de lire dans les gens. Tu les perçois, tu les connais. Qu'est-ce que tu ressens quand tu lis en elle ?
– Ruby…
Emma fut prise de court.
– Tu peux la battre à son propre jeu. Tout ce qu'il te faut, c'est de trouver la raison principale pour laquelle elle s'acharne personnellement sur toi et de la contrer... Le fait que tu sois gérante d'une agence de rencontres n'est qu'une excuse… il y a autre chose. Pour ça, "Sois proche de tes amis, et encore plus proche de tes ennemis".
– Ça ne marchera jamais ! Elle se méfiera certainement de mes tentatives d'approches.
– Ecoute, Em', c'est une femme qui a été seule toute sa vie, qui vit encore avec sa mère ! Totalitaire, tyrannique… Elle doit se sentir vraiment seule au fond d'elle. Elle ne demande qu'un peu d'attention, un peu de lumière, ... Elle te parle beaucoup. Trop même si j'en crois son objectif premier. Elle baisse sa garde et c'est le moment d'en profiter ! J'en mettrais ma main à couper.
– Je ne sais pas, ça me semble un peu trop tiré par les cheveux. Que veux-tu que je fasse ? Que je lui demande un rendez-vous ?
XXX
Sources :
(1) Le siècle des Lumières : est un mouvement philosophique, littéraire et culturel, au XVIII e siècle, qui se propose de dépasser l'obscurantisme (attitude d'opposition à la diffusion du savoir) et de promouvoir les connaissances.
(2) Le banquet de Platon : est un texte de Platon écrit aux environs de 380 av. J.-C., constitué principalement d'une longue série de discours portant sur la nature et les qualités de l'amour.
(3) « Rien ne se perd, tout se transforme » : est une citation supposée d'Antoine Lavoisier sur la conservation des masses lors du changement d'état de la matière.
