Les commentaires sont source de motivation et preuve de votre présence et de votre intérêt. Aucun signe de passage de votre part, c'est comme un arbre qui tombe, seul, au milieu de la forêt et personne ne l'entend… un participant qui termine sa course sans aucun applaudissement…

Oui, j'en ai besoin. Merci.

CHAPITRE 10.

Lundi matin, Emma fut réveillée par des coups frappés à sa porte.

Le week-end, elle avait profité que son fils était retourné chez son père pour rattraper toutes les dossiers qu'elle avait négligés. Comme il s'agissait d'affaires de cœur, d'affaires privées, les clients n'étaient pas contrariés à ce qu'elle les contacte et leur donne rendez-vous. Ils étaient plutôt enchantés qu'Aphrodite s'occupe, enfin, d'eux.

À cela s'ajoutaient ses visites quotidiennes, à l'hôpital, auprès de Killian et ponctuaient ses temps libres. La jeune femme lui apportait chaque jour une seule et unique rose de couleur différente. Le lendemain, elle la sortait de son vase, la suspendait, tête vers le bas, pour la faire sécher en face du lit du malade. S'il se réveillait et qu'elle n'était pas présente, il saurait qu'elle était venue tous les jours, selon l'avancée du séchage, et qu'elle avait pensé à lui, scellant ainsi sa promesse.

Tous les matins et tous les soirs, depuis cinq jours, Emma s'asseyait à côté de son lit. Parfois elle lui prenait la main, silencieuse. À d'autres moments, elle lui parlait à voix basse. Elle ne manquait pas de lui rafraichir le visage, le cou, la nuque, le torse et les bras avec un linge humide et parfumé. Elle le regardait longuement avec un air triste, hantée par ses regrets.

Elle n'avait pas répondu aux derniers messages de Regina, ni préparé ou anticipé le plan de Ruby. Naïvement, elle souhaitait – elle avait besoin de – reprendre sa vie là où elle l'avait laissée et d'ignorer les derniers événements.

Si elle ne leur prêtait pas attention, peut-être qu'ils disparaitraient d'eux-mêmes, espérait-elle comme une enfant qui se cache derrière ses mains croyant disparaitre aux yeux du monde.

La jeune femme se revêtit de son peignoir et se traina jusqu'à la porte d'entrée, décoiffée et la mine chiffonnée. Deux silhouettes masculines entrèrent sans attendre et se secouèrent dans son hall d'entrée, comme des chiens trempés.

– Quel temps pourri !

Neal retira sa capuche tandis que l'eau se déversait sur le carrelage. Il se passa la main dans les cheveux puis l'essuya ensuite sur son pantalon. Il demanda à son fils :

– Débarrasse-toi, puis va dans ta chambre le temps que je parle à ta mère. Je t'appellerai.

Il était pressé, limite irrité.

– Ok, répliqua le jeune adolescent, le visage souriant.

Celui-ci se fichait royalement de l'humeur de son père et du sujet de la conversation. Tout ce qui comptait, c'était que son idée avait fonctionné et qu'il était là, près de sa mère.

– Alors, tu m'expliques ? Il est 6h30, Neal, punaise !

La jeune femme se dirigea vers la cuisine et se prépara une tasse de café. Elle fit signe à son ex-mari s'il en voulait également une :

– Ça ne serait pas de refus. Imagine à quelle heure j'ai dû me lever pour te l'amener.

– Me l'amener ? Tu pars ? Tamara ne peut pas le garder ?

– Non, ça n'a rien à voir. Dis-moi, tu n'as pas des choses à me dire ? Qu'est-ce qu'il t'arrive pour que notre fils me supplie presque de te le laisser une semaine supplémentaire ? Tout va bien ?

Neal avait cette particularité de l'agacer très rapidement et au plus haut point. Elle sentit ses nerfs se tendre et sa mâchoire se crisper. Même plus de 12 ans après leur divorce, il ressentait toujours ce besoin de la paternaliser. Cela partait toujours d'une bonne intention et très certainement d'un sentiment de culpabilité.

Tous deux s'étaient rencontrés quand elle avait 16 ans. Il avait eu un accrochage au coin d'une rue, sans gravité. Neal qui était en tort, lui avait proposé de payer, par échelonnage, les dégâts de sa petite voiture. Et ils s'étaient liés et plus, après affinité. Il avait 22 ans et était encore aux études, en dernière année de Fac.

Très, trop, vite, Emma était tombée malencontreusement enceinte. Se sentant responsable, le jeune homme l'avait demandé en mariage et elle avait accepté. Au bout de trois ans, après de nombreuses disputes et des différences inconciliables, ils s'étaient séparés d'un commun accord et étaient restés en bon terme. Cependant, Neal gardait toujours, malgré qu'il ait refait sa vie et une famille, un œil sur Emma et intervenait souvent, contre son gré. Cette attitude de bon samaritain envahissant avait le don d'exaspérer la jeune femme. Et elle devait prendre son mal en patience.

– Oui, tout va bien. Tu n'as pas une femme et une fille à t'occuper ?

Neal ne prêta pas attention à la remarque et continua :

– Henry m'a dit pour Killian. Tu n'as pas à t'inquiéter pour cet abruti. Tu n'es pas responsable et tu ne lui dois rien.

– Ça ne te regarde pas.

– Au contraire. C'est Henry et moi qui t'avons ramassée à la petite cuillère. C'est lui qui a veillé à ce que tu manges correctement et moi qui faisais tes courses et limite ton ménage. C'est un imbécile et tu vaux mieux que lui !

– Je sais. Ce n'est pas la peine de me le rappeler… Ça ne se reproduira plus.

Pourquoi avait-elle toujours encore besoin de se justifier à ses yeux ? Elle grogna contre elle-même :

– C'est juste que je suis la seule qui lui reste.

– Peu m'importe. Pense aussi à Henry. Il n'a jamais accroché, ils n'ont rien en commun. Et il a vu le mal que cet homme t'a fait. Il ne l'oubliera jamais. Son avis compte pour toi, non ?

– C'est bas, Neal. Vraiment. Même pour toi. Bien sûr que son avis compte.

– Ce n'est pas à moi que tu dois le dire.

L'ex-mari posa sa tasse vide sur le comptoir et remonta sa capuche.

– Merci pour le café. J'espère que j'éviterai le trafic, avec tout ça. À plus !

Neal referma la porte derrière lui, alors qu'Emma regarda vers la chambre de son fils, en soufflant.

Quand elle franchit le seuil, Henry était assis dans son pouf à lire un comics. Il ne la regardait même pas entrer.

– Alors ?

– Alors ?

L'adolescent leva les yeux par-dessus son magazine et lui sourit :

– Je n'irai pas chez Ruby un jour de plus et tu vas rattraper notre semaine perdue.

Ce n'était pas une demande, c'était une affirmation. Et elle percuta immédiatement.

– Je suis désolée, mon chéri.

Emma s'assit sur le bord de son lit et lui caressa les cheveux.

– Je sais que tu l'es et je ne t'en veux pas. Mais fais-moi plaisir, ne retombe pas entre ses griffes.

– Il n'y a aucun risque, lui répondit-elle évasivement.

– Bien, alors je te pardonnerai ta négligence si tu me prépares des œufs au bacon ce matin et ton fameux poulet rôti ce soir.

– Ça met 3h à cuire.

– Oui et ? Tu comptes sortir ce soir ? lui demanda-t-il, provocateur.

– Tu n'en rates pas une !

Il sourit, victorieux et ajouta, non sans humour :

– Allez dépêche-toi, tu vas nous mettre en retard.

Elle lui tapota l'arrière de la tête et partit en rigolant :

– Esclavagiste !

– Mère indigne !

– Nous voilà bien assortis.

X

Henry fit signe à sa mère et attendit que la voiture tourne au bout de la rue. Quand il fût convaincu qu'elle était partie sur le chemin du travail, il fit demi-tour et se dirigea vers l'arrêt de bus. Assis dans le fond du véhicule, il prit son portable et vérifia le trajet sur son application.

Son cœur battait la chamade et il pouvait sentir la pression dans ses tempes et dans le creux de son ventre. Il avait laissé dans ses brouillons un mail destiné à sa mère au cas où la situation se compliquerait. Il n'était pas fier, plutôt craintif même. Henry regarda par la fenêtre le paysage urbain défiler sous ses yeux. Il avait peur. Il avait entendu tout ce que sa Emma et Ruby avaient dit. Et s'ils étaient vraiment dangereux, genre une mafia ou une secte… comme le supposait leur amie.

Il avait vu la série Waco et un film horrible sur la traite des blanches… Ces gens n'étaient pas des rigolos et ils ne prenaient pas de gants… Cependant, une intuition l'avait poussé à agir. Et le voilà parti à l'aventure.

Il descendit au dernier arrêt, à la périphérie sud de la métropole. Le jeune homme regarda les alentours pour s'orienter. Il traversa le boulevard, hésitant, tout en suivant les instructions que lui donner son gsm. Quand il arriva à destination, Henry rangea son portable dans sa poche arrière et appuya sur la sonnette de l'entrée du Club. Il leva les yeux vers la caméra de surveillance :

– Ouvrez, je sais que vous êtes là.

De l'autre côté de l'écran de sécurité, de la salle d'observation, les sbires ne bougeaient pas, interloqués.

– C'est un enfant, dit une informaticienne.

– Qu'est-ce qu'on fait ? questionna un autre.

– Où est Jefferson ? demanda plutôt inquiet un troisième.

Une vague d'angoisse s'infiltrait dans la pièce.

Le dernier se leva de sa chaise et attendit la réponse. Il semblait plus confiant et plus décidé que ses collègues.

– Il fait partie du service de l'après-midi depuis que Vous-savez-qui a repris le contrôle du Temple, répondit l'un d'entre eux.

– Parfait. Alors, on va ouvrir au gamin.

Il fut rejoint par l'informaticienne, concernée :

– August, tu es sûr de toi ?

– Non, mais si la prophétie disait vrai, tu ne penses pas que le risque vaudrait la chandelle ?

– Je ne sais pas. Que nous arrivera-t-il si cela échoue ? Si ce n'était qu'une légende ?

– Nous vivons la légende, Violette. Je sais très bien que ce sont les enfers qui nous attendent… Une vie de damnés sans fin. Mais te sens-tu à l'aise dans celle-ci ?

– D'autres y ont été envoyés avant nous, on ne les a plus jamais revus.

Elle a changé. C'est un signe. Il me… nous faut saisir cette opportunité. Tu l'as remarqué, toi aussi… Et sa mère aussi, sinon elle n'aurait pas repris le contrôle du Temple. Ne t'inquiète pas … si la Reine Mère venait à l'apprendre, je dirai avoir été le seul à agir et n'avoir jamais parlé à personne. Je te le promets.

August s'adressa aux autres collègues :

– Si vous ne souhaitez pas être mêlés à tout ceci, vous pouvez partir et rejoindre vos quartiers. J'assumerai tout et je vous déchargerai totalement.

Personne ne bougea. L'espoir les portait tous. Et si Augsut avait raison… Et si tout ceci était bien le résultat d'une malédiction et qu'elle pouvait enfin prendre fin. La liberté… enfin ? Ils avaient constaté que le comportement de leur leader avait changé, qu'elle s'était adoucie, voire même humanisée. Peut-être qu'il y avait une chance pour qu'ils puissent enfin être tous délivrés de leur sort. Le jeune homme s'adressa à un autre de ses compagnons roux, maladroit, timide.

– Archie fait rentrer le garçon et attend que je revienne…

August écarta son collègue du groupe et s'adressa à lui à voix basse :

– Fais-moi confiance ! Je sais ce que je fais.

– Très bien.

X

Archie ouvrit la porte et fit l'étonné :

– Bonjour, je peux vous aider, jeune homme ?

– Ne faites pas semblant de ne pas me connaitre. Je parie que vous savez qui je suis. Je sais que vous espionnez ma mère depuis des semaines. Laissez-moi entrer.

– Ha mais je ne peux pas vous laisser faire une chose pareille, c'est une propriété privée.

– Je voudrais parler à Regina, celle qui se fait appeler Aphrodite ! Je ne bougerai pas d'ici tant que vous ne l'aurez pas appelée.

Le steward feignit de réfléchir. Tout était bon pour gagner du temps :

– Ecoutez, je vais vous conduire à la salle d'attente. Il me faut la prévenir avant.

Il espérait ainsi qu'August ait pu mettre en place Dieu sait quel plan dont lui seul avait les clefs. Il tremblait de la tête aux pieds, même s'il essayait de se contenir.

Dans la salle d'attente, Archie se tenait debout face à la porte, les bras croisés, stressé. Henry en profita pour le questionner :

– Alors qu'est-ce que ça vous fait d'épier les gens, 24h sur 24. Ça ne fait pas de vous des voyeurs ou des… pervers ?

Le jeune homme roux rehaussa ses lunettes rondes sur le bout de son nez mais ne dit pas un mot. Il se racla le fond de la gorge, mal à l'aise. Il n'avait pas l'habitude de contacts si francs et n'était pas à l'aise dans les réparties. Décidemment, cet enfant en savait déjà beaucoup.

– Pourquoi vous ne me répondez pas ?

Aphrodite vous donnera toutes les réponses qu'elle souhaitera vous donner.

Le fait de lui avoir répondu avait encouragé, d'une certaine façon, l'adolescent de poursuivre la conversation. Henry se leva et serra les poings :

– Ce sont de graves infractions ! C'est punissable par la loi.

Il utilisait les termes qu'il avait entendus dans des émissions de télévision et des enquêtes policières. Il avait ainsi l'impression de se montrer sérieux, voire peut-être menaçant. Cela le grandissait un peu, espérait-il, aux yeux de ces adultes. Il continua :

– Ma mère a peut-être peur de vous, mais moi pas ! Vous ne vous en sortirez pas comme ça.

– Ha ! Jeune homme, cela fait plusieurs siècles que nous nous en sortons très bien, déclama-t-il avec un léger regret dans la voix : Vous, pauvres mortels, ne pouvez rien contre nous.

– Quoi ? Des siècles ? Mais … mais …

L'adolescent se rassit, abasourdi par l'information. Que voulait-il dire par là ? Se pouvait-il qu'il s'agisse d'une erreur ? Siècle ? Mortels ? Non, il avait bien entendu. Et malgré son jeune âge, il savait que la spontanéité dévoilait souvent des parts de vérités, déliait les langues. Archi regretta aussitôt son impatience et sa perte de sang-froid. Il tenta de se reprendre :

– Je me suis trompé, je voulais dire décennies. Oubliez ce que je viens de dire.

– Je sais ce que j'ai entendu.

La porte s'ouvrit subitement. Regina les interrompit dans leurs échanges et imposa le silence :

– Ça suffit, sombre crétin ! Laissez-nous seuls maintenant.

– Je suis désolée, patronne. Vraiment.

– Vous en avez assez fait.

August était derrière, dans l'embrasure de la porte, les sourcils froncés. Il tira son collègue par le coude et referma derrière lui.

– J'ai engagé une bonne bande d'abrutis. Tu me vois confuse, expliqua-t-elle à l'enfant, sincèrement embêtée. Excuse-le, Archibald n'a plus toutes ses idées en place… mais il exécute bien le travail que je lui demande.

Henry regarda la jeune femme de haut en bas. Elle était assez imposante, sûre d'elle malgré ce différend. Son ton était doux voire même … chaleureux.

– Bien essayé…. Je m'en fous de vos problèmes de personnel. Me prenez pas pour un de vos imbéciles, c'est tout ce que je vous demande.

La jeune femme l'observa attentivement. Elle fut attendrie par tant de volonté et d'énergie.

– Très bien.

Regina l'invita à s'asseoir sur un des fauteuils. Ce qu'il ne savait pas c'est qu'il était dans une des arrières salles du club. Une de ses salles privées et surveillées. Elle réfléchit, allait-elle accepter d'être filmée ou allait-elle ordonner la fermeture des caméras. August et Archie s'étaient occupés d'accueillir le jeune garçon et de l'avertir, elle. C'était pour une bonne raison. Elle devait faire confiance à son équipe. Elle n'avait pas vraiment le choix, non plus. Regina espérait qu'ils feraient preuve de bon sens et qu'ils les laissaient seuls. Résolue, elle joua, cartes sur table :

– Que puis-je faire pour toi, Henry ? N'es-tu pas censé être à l'école ? Et ta mère, je doute qu'elle sache que tu es venu ici…

L'adolescent fut interloqué par ses questions et par le fait qu'elle connaissait son prénom. Ainsi donc, sa mère avait raison : ils étaient bel et bien espionnés. Il la regarda droit dans les yeux. Ou cette femme avait cherché à le déstabiliser en lui dévoilant son jeu ou elle lui tendait la main …

Ressaisis-toi et réfléchis. Ne fiche pas tout en l'air ! Il lui fallait contrôler sa peur. Surtout ne pas la lui montrer et faire preuve de ruse. Pour cela, il décida de dévoiler ses intentions également, d'un coup sans sommation et sans détour. Henry sortit une feuille pliée en quatre de l'intérieur de sa veste. Il la déploya et la posa sur la table, sous les yeux de Regina :

– C'est votre mère ou vous ?

La question ne prêtait pas à confusion. D'une part, elle divulguait ce qu'il savait et de l'autre, elle faisait preuve de sincérité.

C'était la photocopie de l'article qu'Emma avait trouvé, il y a une semaine. Il était retourné à la bibliothèque, lui aussi, samedi. Il avait demandé à aller voir les archives et à suivre sa trace. Il n'eut aucun mal à tomber sur ce qu'il cherchait : sa mère avait mâché tout le travail de recherches comme le Petit Poucet.

Regina ne sourcilla pas d'un cil mais elle n'en pensait pas moins. Ce jeune homme était non seulement très courageux mais il était également impressionnant. Elle avait constaté que ses doigts tremblaient au bout du papier. Malgré son stress, il semblait tout aussi décidé qu'elle pour mener à bien la mission qu'il s'était imposée.

– Ma mère, répondit Regina immédiatement.

– Elle vous a eue très tard.

– Nous vieillissons différemment.

– Parce que vous êtes immortelles ?

Les réparties fusaient rapidement, comme au ping-pong. Henry s'arrêta deux secondes et la jaugea. Cette dame semblait franche. Bien que son ton était net, ses yeux étaient doux, sans aucune animosité.

Comme la propriétaire des lieux semblait se conformer à lui, il reprit son interrogatoire :

– Qu'êtes-vous ?

– Des dieux.

– Que vous a fait ma mère ?

– C'est une longue histoire et une histoire de famille.

– J'ai tout mon temps.

Henry joignit le geste à la parole. Il s'installa confortablement dans son siège, le dos renfoncé dans son dossier.

– Tes parents ne vont pas s'inquiéter ? Le lycée ne va pas les appeler ?

– Ne vous occupez pas de ça. Je veux bien quelque chose à boire, demanda-t-il en la défiant.

Regina ne put que sourire face à ce comportement. Décidément, cette attitude était de famille. Elle vit les traits d'Emma dans le visage déterminé d'Henry… Emma. Elle n'avait plus eu de ses nouvelles depuis plusieurs jours et n'avait pas répondu à ses textos. Regina s'était empêchée de la voir sur les écrans, respectant son besoin de distance. Bien que sa mère lui faisait suffisamment de rapports pour la maintenir, malgré tout, informée. De ce fait, elle savait qu'Emma ne quittait pas le chevet du musicien et que la santé de ce dernier se dégradait.

Bientôt le coup de grâce ! s'exaltait sa mère quand elle la croisait.

Et pour le moment, Regina était impuissante, tant qu'Emma l'excluait de toutes possibilités de communication… Puis elle regarda le jeune garçon. À moins que …

– Que veux-tu boire ?

– Un chocolat chaud avec un bâton de cannelle.

– Tu n'es pas difficile !

– Je sais ce que je veux. C'est différent.

– D'accord Henry. Mais on ne peut pas rester ici. Cela devient trop dangereux pour toi et … pour moi.

L'adolescent se raidit mais ne dit pas un mot. Il écoutait attentivement, ouvert à ce qui allait venir.

– Je vais t'emmener dans mon appartement. On sera en sécurité là-bas. Es-tu d'accord ?

– Oui.

– Parfait. Je vais, par contre, te demander de me faire confiance et de fermer les yeux. Tu veux bien ?

– J'ai couvert mes arrières, vous savez. Sa voix chevrotait et il la maudit de trahir sa peur. Il serra les poings et poursuivit sa menace : S'il m'arrive quelque chose…

Regina posa sa main sur la sienne et la serra, rassurante :

– Je te promets qu'il ne t'arrivera rien et que tu rentreras quand tu le décideras, chez toi, sain et sauf.

Avait-il vraiment le choix ? C'était lui qui s'était mis dans cette situation. C'était lui qui cherchait la vérité et à aider sa mère. Cette femme, en face de lui, à l'air triste et pourtant tendre, voulait-elle vraiment l'aider ? Il ferme les yeux et répondit au geste de Regina en lui pressant la main.

– Tu peux les ouvrir, maintenant, dit-elle doucement.

Une seconde. Même pas. Le temps de fermer les paupières et de les rouvrir. Pas plus. Et il était dans un autre endroit. Dans un salon. Luxueux, mais vide. Son cœur s'emballa. Encore. Combien de crises cardiaques son jeune âge lui a-t-il évitées ?

Henry regarda autour de lui. Où était-il ? Comment en était-il arrivé ici ? Sans avoir bougé un muscle. Sans n'avoir rien ressenti. C'était inimaginable. D'ailleurs, aucune explication raisonnable ne lui venait à l'esprit pour le moment.

– Tu es chez moi. Tu ne crains rien.

Il contenait sa peur et sa désorientation. Il se concentra sur la pièce. Pas un cadre, pas un tableau, pas un miroir. Rien. Pas de fleurs, pas de bibelots, pas de décorations. Aucun élément sur lequel se raccrocher.

Et il pensa à sa mère.

– Maman sait ?

Regina opina de la tête.

Il comprit alors le comportement erratique de sa mère ces derniers jours.

– Je vais te préparer ta boisson. Ensuite, on parlera.

La jeune femme souhaitait lui laisser un peu de temps pour s'en remettre et réfléchir. Curieusement, il était plus ouvert, plus réceptif qu'Emma. Il ne cédait pas à la panique et tentait d'assimiler les choses. Elle réalisa alors que les enfants avaient une capacité d'adaptation étonnante et infinie. Elle se leva et se dirigea vers la cuisine, le laissant seul avec ses pensées.

Quelques minutes plus tard, Regina revint avec un chocolat chaud fumant et un bâton de cannelle.

– Je n'ai pas pour habitude de préparer ce genre de … boisson. J'espère qu'elle te plaira.

– Chocolat en poudre ?

Elle rit :

– Je n'ai pas ces ingrédients, ici. J'ai fait fondre du vrai chocolat noir.

– Alors il sera bon. Merci.

– Explique-moi les raisons de ta présence maintenant.

– D'abord vous allez tout me raconter. Pourquoi vous en prenez-vous à ma mère ? Que vous a-t-elle fait ?

– Tu n'es pas une mince affaire ! Tu ne lâcheras pas, n'est-ce pas ?

– Aucune chance !

– Je sais me soumettre quand je rencontre plus fort que moi.

Ils se sourirent d'un air complice et entendu. Henry but une gorgée de son cacao en prenant garde de ne pas se brûler. Il était attentif et détendu. Il ne saurait le justifier mais il se sentait bien et en sécurité près de cette femme. Elle le mettait en confiance.

Regina, quant à elle, s'était fait un café fort. Elle prit sa tasse dans ses mains comme pour se réchauffer d'un frisson qu'elle tentait de contenir. L'effet de la vérité, sans doute.

XXX