Hello !

Nous sommes le 10 juillet. Et le 10 juillet c'est un jour tout particulier : Notre administratrice et amie Arthygold fête son anniversaire ! Donc qui dit anniversaire, dit cadeau !

Poussin, je profite de l'occasion pour te remercier de tous les efforts que tu fais pour gérer le Discord avec Sea. Bien que le doute semble parfois te saisir, n'oublie pas que tu es une fille très intelligente et pleine de ressources ! C'est toujours un plaisir d'échanger avec toi (et de provoquer des révolutions, te provoquer gratuitement, parler de Zelos, ... 3)

J'espère que ce premier texte te fera plaisir et que j'ai fait honneur à ton personnage préféré ! ... Oui, premier texte. Une suite arrivera très vite ! (parce que forcément, pour un anniversaire, il faut du fluff et de la romance, n'est-ce pas ? :D )

Merci Sea d'avoir corrigé/jeté un coup d'œil au texte !

Je blablate plus ! Bonne lecture !

Et Joyeux anniversaire Arthy !


Partie I - Ce ne sont que des humains

La terre avait des allures d'enfer. Un constat qu'il lui était venu simplement. Qui le surprit, un petit peu. Qui se confirmait à chaque gouttes qui frappait l'asphalte glaciale. Sous ses yeux, d'incessants allées et venues s'enchaînaient, certains relativement calmes malgré l'averse qui leur tombait dessus, d'autres excédés, courant au plus vite pour se mettre à l'abris tandis que de gros nuages gris grondaient au-dessus de leur tête. Un paysage sereinement chaotique qu'appréciait le troisième juge des enfers.

Assis dans l'ombre de la marquise qui le protégeait de la pluie, cela faisait plusieurs heures que l'ancien roi d'Egide observait le comportement de ces humains. Instant de vide qu'il se permettait parfois, attisé par une interrogation particulière pour ces êtres aussi insignifiants que particuliers.

C'est vrai, Eaque n'avait jamais eu de véritable intérêt pour les humains depuis se renaissance en demi-dieu. Les âmes avaient défilé devant lui, se ressemblant dans leur vice, mais aussi leur vertu. Il avait vu dans cette création qu'était « L'Homme » le plus beau comme le pire. Et à force, il finit par en déceler toutes les nuances. Non, le Garuda connaissait les humains et il ne leur donnait que peu d'importance. Ce n'était que ça, justement. Des humains.

Et pourtant, c'était arrivé. A deux reprises, d'une manière aussi folle qu'elle était véritable.

Minos et Rhadamanthe s'étaient épris de simples humains.

Eaque poussa un soupir, relevant ses yeux mauves vers le ciel toujours plus sombre. Il devait l'admettre, ce n'était pas de simples humains. On parlait de la chevalerie dorée d'Athéna, mais cela restait, à son sens, jouer sur les mots.

Albafica des poissons avait tourmenté Minos au point d'avoir laissé dans le cœur de la déité, une marque indélébile, insoignable, inoubliable. Une ombre qui persistait dans le regard polaire du premier juge malgré le temps passé.

Kanon des gémeaux, quant à lui, avait transformé Rhadamanthe. Là où seul la colère et l'impulsivité régnait, le cadet des jumeaux traitres avait tout mis en ruine. Il l'avait chamboulé et y avait fait pousser quelque chose de plus doux, l'espoir et la tranquillité d'âme.

Les deux frères pouvaient scander à qui voulait l'entendre leur vérité, le benjamin n'était pas dupe. Ils avaient eu l'affront de succomber à des mortels. Digne de leur père, ça ! Il retient un rire amer à cette pensée, sûr que les deux juges lui arracheraient la tête pour avoir osé penser cette comparaison.

Doucement, son regard glissa à sa droite. Un groupe de jeunes courraient, amusés semblaient-ils d'être trempés de la tête aux pieds. Certains s'exclamaient alors face à l'architecture impressionnante qui les entouraient avant de se faire sermonner par un autre, plus mécontent. Ils finirent par traverser la grande place, chahutant dans une bonne humeur qui paraissait bien fade aux yeux du Garuda.

Ce qui ne l'était pas, en revanche, c'étaient les lieux. La « Grande place » de Bruxelles. Plusieurs mètres qui détonnaient terriblement avec les alentours de la ville. Un petit coin de monde où il pleuvait souvent mais qui n'en demeurait pas moins charmant. Dans son dos s'élevait la Maison du Roi devenu le musée de la ville. Magnifique architecture néogothique qui tenait fièrement devant l'hôtel de ville. Une immense bâtisse asymétrique arborant un mélange entre gothique et classique. Les rares vestiges médiévaux s'il se souvenait bien de ses longues lectures.

L'architecture était une merveille à regarder. Eaque pouvait rester des heures à en décrypter les moindres allures. Déceler l'originel du rénové. Compter les travées supplémentaires d'une aile à l'autre. Découvrir les affres du temps sur la pierre des statues. De l'arcade aveugle à la statue de Saint Michel sur sa flèche. Admirer l'asymétrie surprenante qui a donné naissance à la légende de « suicide de l'architecte ».

Drôle d'histoire, quand il y repensait. Il se souvenait de cette petite dame qui lui racontait qu'effaré par cette différence, l'architecte de l'Hôtel de ville se serait jeter du beffroi. Pourtant la vérité était bien loin. Très loin, même. Cette asymétrie s'expliquait de la même manière que le mélange de style : la construction du bâtiment avait connu plusieurs architectes. Tout simplement.

Une explication rationnelle qui pourtant demeurait souvent méconnu, cachée par l'éclat de la morbide légende. C'était encore une fois, quelque chose qu'il ne saisissait pas chez les humains. Pourquoi s'inventer de telle histoires alors que quelques recherches suffiraient à toutes les démentir ?

Il n'en savait rien. Il ne comprenait pas. Avait-il seulement envie de comprendre ?

Eaque aurait pu à une époque affirmer que non, mais plus maintenant. Aujourd'hui, le Garuda était … curieux. Oui c'était le mot. Le juge se demandait bien ce que ces âmes qui finiraient indéniablement sous la joug de leur raison pouvaient bien avoir de si intéressant pour que Minos et Rhadamanthe finissent par ne jurer que par le nom de certains d'entre eux.

Qu'avait-il bien pu rater de si extraordinaire ?

C'était là le questionnement qui tournait en boucle dans son esprit alors que tout autour de lui, le déluge s'abattait sur la grande place de la capitale européenne. L'ambiance était lourde et plus personne n'était présent aux alentours. Un rideau d'eau froide tombait, frappant les galets de pierre qui composaient la place. Le ciel grondait, les nuages s'amassaient, ne laissant aucune chance au soleil de se faire voir.

Eaque ferma les yeux, profitant sereinement de ce moment unique. Plusieurs minutes où seul la colère de l'orage arrivait à se faire entendre malgré le vacarme de la pluie.

Puis vinrent des pas. Des clapotis réguliers qui frappaient les flaques au sol. Une ombre arrivant rue des Chapeliers. Un inconscient ou un amoureux des temps pluvieux ? la réponse eu le mérite de le surprendre agréablement. Il l'aurait presque raté, le prenant pour un simple humain. Mais non, selon ses frères, ces chevaliers n'étaient pas des simples humains, n'est-ce pas ?

Un sourire se dessina alors sur ses lèvres tandis que l'homme marchait devant lui sans prendre le temps de s'arrêter. Il était sûr qu'il l'avait vu et pourtant, le voilà à avancer comme si de rien n'était. Habillé en civil, l'allure fière sous son parapluie noir.

« Je me sentirai presque vexé. » fit-il, la voix chantonnante.

Le chevalier s'arrêta, se tournant à peine vers lui. « Je ne pensais pas que le salut d'un chevalier d'Athéna vous impacterait plus que nécessaire. »

« C'est toujours mieux que l'ignorance. » Il se leva alors, faisant quelques pas vers le chevalier, sans quitter l'ombre de la Maison du roi qui lui servait d'abri. « Et puis, ne sommes-nous pas en paix ? Une conversation entre un spectre et un chevalier d'Athéna ne peut être qu'un point positif… Enfin, dans votre cas, il est plus question d'une discussion avec un ancien spectre, n'est-ce pas chevalier du Verseau ? »

Pas de réponse, mais qu'y avait-il de plus parlant que le regard polaire de Camus ? Rien, définitivement. Ils restèrent ainsi quelques secondes à se regarder dans le blanc des yeux, et cela fit rire intérieurement Eaque. Il n'y avait que les chevaliers d'Athéna pour être aussi isolants. Soutenir le regard d'un dieu alors qu'il n'avait pas le quart de leur savoir, le huitième de leur sagesse, le centième de leur force. Et pourtant, il se tenait droit comme s'il valait autant que lui.

« Bien, nous avons discuté. Est-ce suffisant ? »

« Vous souhaitez déjà vous en aller ? »

« C'est en effet, le cas. »

« Voyons, voyons ! Ne soyons pas ainsi ! » Il émit un rire maîtrisé, légèrement forcé pour qu'il sonne comme naturel mais soit compris avec toute la condescendance possible. « Que fait donc un digne chevalier d'Athéna dans ce petit pays ? »

« Une mission à accomplir. »

« Le travail n'arrête jamais. »

« C'est également le cas pour vous, Monsieur le Juge. »

« Mais moi je suis actuellement en congé ! »

Camus leva les yeux sur la grande bâtisse qui servait d'abri au juge. « C'est un bon choix. »

Eaque leva un sourcil, questionnant silencieusement les mots du français. Ce dernier prit pourtant le temps de se perdre dans l'architecture de la Maison du Roi avant de reposer son regard sur lui. « C'est un bel endroit, Victor Hugo lui-même en était admiratif. »

« Une éblouissante fantaisie de poète tombée de la tête d'un architecte » Répéta le Garuda alors que son regard retrouvait une nouvelle fois le majestueux hôtel de ville de la Grande Place.

« Une définition qui sied à merveille à l'hôtel de ville…. Je ne savais pas que les juges des enfers s'intéressaient à l'historique d'un pays comme la Belgique. »

« Avec 4000 ans d'existence, il devient nécessaire de se trouver des occupations. »

« Je veux bien croire que vous en avez lu des livres. »

« Pas uniquement. Observer la construction de cet hôtel de ville était un passe-temps des plus divertissant. »

« Vous y étiez ? »

Ce n'est qu'en portant de nouveau son regard sur Camus qu'il vit le regard du chevalier pétiller. Subtile mais l'éclat de curiosité était bel bien présent là où résidait quelques minutes auparavant un jugement implacable.

« J'y étais. Pur hasard alors que je fuyais… enfin, que je me prenais un temps de pause mérité. Il m'arrivait de venir voir comment les choses évoluaient. L'histoire de sa construction était assez intéressante pour occuper mes fins de journée. »

« En quoi était-elle si intéressante ? »

« Je semble vous intéresser maintenant ? »

« N'était-ce pas vous qui me disiez qu'une discussion ne pouvait qu'être bénéfique ? »

Touché. Eaque se surprise à sourire face à l'audace du mortel.

« Pourquoi pas. » Céda-t-il finalement. Amusé par la tournure de cette discussion.

Camus sourit alors, quelque chose de sobre, une ombre bien particulière sans aucune once de haine, de colère ou de rancune. Et encore une fois, cela surprit Eaque.

Et alors que Camus reprenait sa route, s'enfonçant dans l'ombre de la ruelle, Eaque se dit que potentiellement, il avait là un moyen parfait de réaliser ce qu'avait de si particulier, ces humains si simples.