PERCY LISAIT DES ROMANS D'AMOUR

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Chapitre 1.

Tourmente inachevée, Clémence Hongère, éd. Amortentia & co, 1993

Percy aimait lire.

Mais il disait souvent qu'il n'avait pas le temps de lire pendant ses années à Poudlard parce qu'il travaillait pour ses examens. Durant ses premières années au Ministère, il n'avait pas le temps non plus parce qu'il travaillait pour impressionner ses supérieurs et pour rédiger des rapports interminables sur des sujets qui ne le passionnaient pas vraiment.

Percy Weasley s'était vraiment mis à lire au sortir de la guerre. Pour se plonger dans un monde différent, pour tenter d'oublier les horreurs et les erreurs. Il lisait des romans d'aventure quand il s'ennuyait au travail. Il lisait des romans noirs quand il était en colère, contre lui-même le plus souvent. Il lisait des livres humoristiques et satiriques quand il avait besoin de se changer les idées et il lisait des romans d'amour pour combler le vide de sa vie sentimentale.

Cela faisait longtemps qu'il n'avait pas ressenti quelque chose pour quelqu'un. Ça le rendait mélancolique. Il repensait parfois à Pénélope en pensant que c'était peut-être la femme de sa vie mais elle l'avait quitté depuis longtemps et de ce qu'il en savait, elle avait emménagé avec un moldu dans un petit village près de Cardiff. Parfois, il se disait que le destin leur permettrait de se retrouver, que ce n'était qu'une question de temps et qu'elle pensait à lui aussi souvent qu'il ne le faisait. Mais ce n'était que des illusions et il retournait acheter des livres à l'eau de rose quand il s'en rendait compte.

Il passait presque tous les jours à la librairie d'occasion sur le Chemin de Traverse. Il n'avait pas envie de croiser des collègues qui allaient tous chez Fleury et Bott acheter des livres sérieux : des essais sur les créatures magiques rares, des essais philosophiques et réflexifs sur le monde magique contemporain, des essais historiques sur les conflits du vingtième siècle en Europe, des essais politiques et économiques sur les transactions entre le MACUSA et le Ministère de la Magie britannique. Percy Weasley n'était plus tellement intéressé par tout cela, il n'avait plus envie de ressembler à l'employé ministériel modèle et d'être le bon fonctionnaire qu'il avait toujours été. Alors il se glissait discrètement dans les rayons poussiéreux de la librairie d'occasion.

C'était un lieu exigu, avec un petit étage en mezzanine où il était obligé de se pencher pour ne pas toucher le plafond. Il y faisait sombre et il n'y avait jamais foule. Il croisait toujours la même vieille femme qui lisait dans un coin des livres sans jamais les payer et un jeune étudiant qui était toujours au rayon Botanique. Le libraire était un homme âgé, un peu sourd, qui répétait souvent qu'il avait connu le grand Albus Dumbledore et que ça faisait longtemps qu'il ne l'avait pas vu. Percy, quand son salaire le lui permettait, lui donnait plus d'argent qu'il n'en fallait et lui disait de ne pas prendre la peine de recompter la monnaie. Le vieil homme mettait un temps fou à ranger les pièces dans sa caisse un peu cassée. De temps en temps, il avait sa petite nièce pour l'aider. Elle faisait les comptes à sa place et rangeait les livres dans les étagères les plus hautes.

C'était une jeune femme souriante. Mais Percy avait toujours l'impression qu'elle se moquait de lui. Il n'osait pas acheter des romans trop légers quand elle était là. Elle l'avait surpris une fois au rayon romance et lui avait fait un petit commentaire qu'il avait trouvé désagréable :

« Je peux vous conseiller si vous voulez, Monsieur Weasley. »

Il avait rougi très fort, avait tourné la tête pour que ça ne se remarque pas trop et avait filé au rayon des livres historiques. Elle avait froncé les sourcils et conservé son petit air amusé. En ressortant avec deux gros ouvrages sur la guerre des Géants, il s'était senti tout bête. Il les avait malgré tout lu pendant ses pauses déjeuner, pour ne pas avoir l'impression de les avoir achetés pour rien mais il s'était ennuyé ferme.

Il ne retourna pas à la librairie obscure de la semaine. Il resta même un ou deux jours sans oser ouvrir son dernier livre sur la passion interdite et enflammée d'un vampire et d'une sorcière au Moyen-Âge.

Mais il finit par se trouver vraiment idiot et repassa la porte de la petite librairie miteuse. La jeune femme était toujours là. Il avait espéré qu'elle serait absente et qu'il pourrait acheter ce qu'il voulait. Mais elle était là et elle discutait avec l'étudiant en lui souriant largement. Elle lui proposait de boire un thé sur la petite table à l'étage. Percy en profita pour attraper deux livres au rayon drame larmoyant et les posa discrètement sur le comptoir où le vieillard somnolait. Il lui tapota sur l'épaule pour le réveiller mais il mettait du temps à n'ouvrir ne serait-ce qu'une paupière.

« Attendez, je vais m'en occuper, fit une voix féminine en descendant les escaliers.

– Non, ne vous dérangez pas ! »

Mais Percy sentit qu'il avait l'air encore plus bête en disant cela. Elle lui fit un gentil sourire et regarda la couverture de ses livres en faisant le calcul de tête pour qu'il paye. Elle les lui tendit en disant :

« J'ai beaucoup aimé le premier. Par contre, la fin du deuxième était un peu décevante à mon goût. »

Il saisit les livres, fit un signe de tête et posa sa monnaie sur le comptoir avant de déguerpir presque en courant, les livres sous le bras. Il avait encore donné trop de monnaie, il n'avait pas fait attention. Elle allait certainement mieux compter que son grand-oncle. Il grimaça.

Il hésita longtemps avant de commencer à lire ses deux derniers achats. Il avait une sorte d'appréhension étrange. Il n'appréciait pas que quelqu'un sache ce qu'il lisait et puisse influencer sa lecture. Il commença par celui qui selon cette fille ne se terminait pas très bien. Il comprit en arrivant à la dernière page ce qu'elle voulait dire. Lui non plus n'aimait pas cette fin. Il aurait préféré qu'il y ait une petite note d'espoir. L'auteur avait réduit peu à peu à néant ses personnages et Percy s'identifiait trop à ce jeune homme mélancolique qui voyait son existence chamboulée par les événements de la vie. Mais il fut déçu par la dernière page qui racontait sa dernière entrevue avec la seule femme qu'il n'avait jamais aimé. Le protagoniste lui disait qu'il était content pour elle, qu'elle ait retrouvé une vie plus stable et un autre homme à aimer. Percy aurait voulu que la colère du gars sorte enfin, qu'il se libère mais rien. Il l'avait juste laissé partir et s'était retrouvé seul.

Il commença l'autre livre et le dévora dans la soirée.

Il retourna à la petite librairie et alla trouver d'autres livres du même auteur. L'étudiant n'était pas là. La jeune femme s'occupait à balayer le sol dans les rayons vides. Il fut presque déçu qu'elle ne vienne pas lui demander ce qu'il avait pensé de ses dernières lectures. Il aurait pu lui dire qu'il était d'accord avec elle sur les deux livres. Il espérait même qu'elle se précipite pour lui encaisser ses achats à la place de son grand-oncle. Mais ce dernier semblait bien réveillé et déterminé à lui demander son argent.

Il sortit de la librairie avec une petite boule au ventre et retourna travailler.

Les journées passaient et se ressemblaient un peu. De temps en temps, il revenait à la librairie avec un petit sac de livre qu'il avait déjà lu, voire relu, pour les revendre à pas cher et remplir à nouveau les rayons qu'il vidait. Il trouvait que l'étudiant se baladait de plus en plus dans les autres rayons que celui de Botanique, comme s'il cherchait à croiser la jeune fille.

Il avait cette étrange impression d'assister à la création d'une relation. De plus en plus souvent, il entendait à l'étage des éclats de rire et il montait pour passer devant la jeune fille et l'étudiant qui discutaient bouquins autour d'un thé. Il allait dans les rayons un peu obscurs pour soupirer et ressortait rapidement. La jeune fille saluait l'étudiant quand il entrait, à présent. Elle le tutoyait et lui demandait des nouvelles. Il était beau parleur et avait visiblement réussi à l'intéresser avec ses plantes et sa bonne connaissance des tisanes.

Un jour, la vieille femme, qui lisait à la faible lumière d'une fenêtre poussiéreuse, dit à Percy avec un air malicieux :

« Ne vous laissez pas faire, mon garçon. Persévérez ! »

Percy ne comprit pas de quoi elle parlait et s'éloigna rapidement. Il jeta un nouveau regard à l'étudiant qui faisait un geste vers le visage de la libraire. Si près d'elle, il remit une mèche de ses cheveux bruns derrière son oreille. Elle laissa apparaître ses petites fossettes et Percy aurait bien aimé qu'elle le regarde comme elle regardait l'étudiant. Le grand-oncle était enfoncé dans son fauteuil et dormait encore. Elle arriva rapidement, dès qu'il se plaça devant la caisse. Poliment, elle lui sourit et dit en désignant le livre qu'il tenait :

« Vous me direz ce que vous avez pensé de celui-là. Une amie me l'a fortement conseillé mais une autre l'a détesté alors il fait débat visiblement.

– Vous ne l'avez pas lu ?

– Pas encore, non. »

Elle attrapa la monnaie qu'il laissa sur le comptoir et continua à lui sourire. Il hésita un instant, hocha la tête, laissa échapper un petit sourire et s'en alla. Il se retourna avant que la porte ne se ferme, elle était déjà revenue auprès de l'étudiant. « Persévérez », lui avait dit la vieille femme. Il y repensa longtemps. Il mit quelques temps avant d'ouvrir le livre qui faisait débat, comprit pourquoi il faisait débat et réfléchit dans quel camp il se trouvait. Il passa la journée à se demander ce qu'il pourrait dire précisément à la libraire. Elle l'avait invité à lui dire ce qu'il en pensait. Il fallait qu'il mette de côté sa timidité et se lance. Mais il voulait que son discours soit clair, que sa voix ne tremble pas et qu'il ait l'air aussi assuré que l'étudiant.

En arrivant dans la librairie, quelques jours plus tard, il se dit que ce serait plus astucieux de faire d'abord un tour des rayons, trouver un livre à acheter avant de se diriger vers la libraire qui faisait les comptes, sans l'étudiant qui, pour une fois, devait étudier. Elle lui sourit en l'apercevant, lui ne savait pas s'il devait sourire ou pas alors il fit juste une sorte de grimace qui fit sourire encore plus la jeune fille.

« Je comprends la controverse autour de ce livre, commença-t-il directement. Le personnage principal ne prend pas toujours les bonnes décisions, elle fait des erreurs et ne s'en rend pas forcément compte. En temps que lecteur, nous savons que ce qu'elle fait n'est pas bien mais au fond elle ne le sait pas. Elle ne peut pas prendre conscience du mal qu'elle fait autour d'elle car personne ne le lui dit clairement. Alors oui, je comprends que certains lecteurs la détestent mais moi, je pense que son évolution au fil du livre est positive et si on lui avait laissé encore quelques chapitres de plus, elle aurait pu comprendre enfin. J'ai bien aimé mais il se termine trop vite. »

Il posa le livre qu'il voulait acheter sur le comptoir et tendit en même temps la monnaie. Il ne regarda pas la libraire dans les yeux, attendant juste qu'elle encaisse pour partir. Mais elle souriait toujours en hochant doucement la tête. Elle prit une inspiration et dit simplement :

« Je suis d'accord aussi. Il faut lui laisser une seconde chance. »

Percy sentit ses joues rougir et haussa les épaules. Il ne savait plus. Il n'avait pas préparé la suite, il ne s'était pas préparé pour un dialogue. Il la remercia dans un murmure et s'en alla, son livre sous le bras.

« Lui laisser une seconde chance. »

« Persévérez. »

Il soupira.

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Note d'auteur : Bonjour cher lecteur, j'espère que ce premier chapitre t'a plu ! Percy est un personnage controversé, jamais vraiment mis en valeur et bien souvent associé à son ambition et ses mauvais choix. C'est pour ça que j'ai choisi de le sortir un peu de l'ombre et de l'envoyer vers la lumière avec cette petite histoire d'amour très simple, sans mille intrigues sur fond politique et des rebondissements à foison. Car parfois, on a juste besoin d'un peu de douceur. (Et Percy aussi, il en a grandement besoin ...)

A bientôt, j'espère !

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