CHAPITRE 13

Regina s'assit sous le coup de l'émotion. Si ses vêtements étaient restés secs, ils ne l'étaient plus avec le banc détrempé.

– Je n'ai … je n'avais pas conscience… ça me paraissait tellement … tellement étranger.

Calme, presque placide, comme si elle s'était résignée, Emma demanda :

– Comment est-ce possible qu'elle puisse poursuivre ses actes, alors que vous êtes clairement là. Ne pouvez-vous pas faire quelque chose ? Vous avez bien un rôle dans tout cela ?!

Regina leva la tête :

– Je ne comprends pas moi-même, ou … je n'ai pas cherché à comprendre, plutôt. Ma mère enceinte était le signe pour elle que son règne prendrait fin… Je ne sais pas quel pacte et avec qui elle l'a conclu pour garder sa position. Elle aurait dû partir, …

Emma se mit à réfléchir : Regina n'avait jamais rien demandé. Tout ce qu'elle cherchait c'était une famille à qui appartenir, la reconnaissance de sa mère. Elle s'assit à ses côtés et pouvait sentir l'humidité s'infiltrer à travers sa robe. C'était très désagréable, surtout qu'elle commençait à avoir froid jusqu'aux os avec son léger manteau :

– Je ne crois pas que vous soyez un monstre, Regina. Je pense que … Enfin, cela n'a pas d'importance ce que je pense et je ne suis pas psy.

Elle souffla longuement. La buée de son expire s'envolait doucement loin d'elle. Elle inclina la tête, perplexe et dit :

– Ce que je ne comprends toujours pas, après tout ce que vous m'avez raconté… C'est le jeu auquel vous jouez… Votre jeu. Je vous écoute, je vous regarde et je ressens… Je sais que vous êtes sincère, que vous ne me mentez pas. Pourquoi continuez-vous, aujourd'hui, à accepter le régime de votre mère ? Pourquoi poursuivez-vous encore son dessein ? C'est bien ce que vous faites, non ? A travers Killian, … Pourquoi me raconter tout cela, à moi et à Henry … et nous vouloir encore du mal après ?

C'était au tour de Regina à regarder l'horizon devant elle comme s'il n'avait pas de fin. Elle mit de l'ordre dans ses pensées et se posa, elle-même, la question, bien qu'elle connaissait au fond la réponse. Mais elle n'était pas prête à la confronter. Alors pourquoi ressentait-elle ce besoin de s'expliquer à sa victime ?

– Vous cherchez un pardon ? une rédemption quelconque ? C'est quoi, à la fin, tout ceci ? insista la jeune blonde.

Machinalement, la jeune divinité baissa la tête et regarda ses mains qu'elle glissa entre ses cuisses, comme pour les réchauffer. Elle partagea sa réflexion à haute voix :

– Au début, j'ai pensé que c'était amusant… Je le prenais comme une revanche sur ce destin que je n'avais pas choisi... Et j'y ai pris du plaisir … C'était un challenge. Chaque année apportait un nouveau défi, une nouvelle proie.

Elle rit jaune, pour elle-même, à la vue de l'ironie de la situation. Elle tourna la tête et la fixa droit dans les yeux. Elle continua de s'expliquer :

– Pourquoi devrais-je être la seule à subir tout cela ? Dites-moi ? Pourquoi devrais-je être seule à en pâtir, de cette destinée ? La magie, le pouvoir, l'immortalité, ça grise les sens… ça change la perception de la vie.

– Mais aujourd'hui ?

Emma lui prit la main. La sienne était froide, trempée, tremblante, tandis que celle de Regina était couverte d'un gant de cuir de bonne qualité. Elle pouvait ressentir cette infime protection. Elles pivotèrent pour faire face l'une à l'autre.

– Regina, je ne serai pas une victime de plus et je ferai tout ce qui en mon pouvoir pour qu'Henry n'ait pas à subir votre folie !

– Ce n'est pas la mienne !

– Si, ça l'est à partir du moment où vous y participez d'une façon ou d'une autre. Que vous soyez un témoin passif ou un acteur, cette vendetta contre Henry et moi, est une folie !

Regina se tut. Elle laissa les mots pénétrer dans sa tête et faire leur chemin. Henry. Elle n'avait pas réellement pensé plus loin et le sujet n'avait jamais été évoqué.

Emma ne la lâchait pas :

– Je vois bien que cela vous rend malheureuse, que cela vous touche… Je ne …, elle se corrigea : Cela ne signifie rien pour vous ?

Emma avait raison. Si, cela signifiait quelque chose pour elle. Emma et maintenant qu'elle avait fait la connaissance d'Henry, ils avaient de l'importance pour elle, sinon elle ne serait pas là, assise sous cette foutue pluie qui n'arrêtait pas de tomber. Elle voulait lui prendre la main, elle aussi. Lui rendre son geste, la regarder dans les yeux et lui avouer … Mais comment lui dire ? Comment lui expliquer ? Elle-même ne savait pas y mettre des mots. Et tout ce qui sortait de sa bouche, c'était :

– Je n'ai pas le choix.

– Si vous l'avez !

La jeune femme brune ferma les yeux et fronça les sourcils. La lutte intérieure qui s'engageait en elle était devenue insoutenable.

– Je ne peux pas permettre à mes sentiments d'interférer avec ma mission. Je voulais simplement que vous me compreniez mieux.

– En quoi est-ce si important pour vous que je vous comprenne ?

– Parce que …

– Parce que quoi ? Dites-moi ! Est-ce que vous vous foutez de moi ?

Emma se leva, contrariée et furieuse à nouveau :

– Ouvrez-les yeux ! Vous êtes le chasseur qui chasse Blanche Neige pour la tuer et vous lui demandez pardon de vouloir le faire… Mais je ne suis pas Blanche Neige, Regina ! Et je ne me laisserai pas faire… Non, je ne veux pas essayer de vous comprendre et non je ne vous pardonnerai pas !

L'attitude passive de Regina l'exaspéra au plus haut point et elle pouvait sentir la colère monter en elle et l'embraser. La voix de Ruby, dans le fond de sa tête, diminua en intensité. Elle saisit la jeune femme aux épaules, la releva et la secoua :

– C'est à cause de vous ! Vous aussi êtes à l'origine de ceci ! Vous entendez… Et vous devez faire quelque chose !

– Je ne peux rien faire ! Rien, répéta-t-elle sans grande conviction. Ce n'est pas moi qui…

Regina était désemparée, toujours sous l'emprise de ses réflexions. Pourquoi était-ce si difficile de lui parler ?

– Conneries ! Ce ne sont que des conneries ! Vous avez le pouvoir de le faire. Je sais que vous l'avez !

– Je n'ai…

– Arrêtez de vous chercher des excuses… Vous êtes lâche, Regina. Vous vous cachez derrière votre mère et ce soi-disant destin pour justifier vos actes, mais vous ne valez pas mieux qu'elle.

Et contre toute attente, Regina lui prit son visage entre ses mains et l'embrassa. Soudainement, subitement. Elle appuya ses lèvres contre celles d'Emma et approfondit son baiser. Elle lui transmit toute sa passion. Si elle ne pouvait pas s'exprimer, peut-être que les gestes pouvaient parler pour elle. Regina misa sur la télépathie et puis elle se dégagea. Elle la regarda prête à découdre avec ses questions et l'affronter :

– Que … Je … Pourquoi m'avez-vous embrassée comme ça ?

– Vous n'avez jamais entendu l'expression « les actes valent mieux que les paroles » ?

– Pour… ? Quoi ? …

– Je suis tombée amoureuse de vous, Emma Swan ! Et … C'est pour ça que c'est si compliqué. C'est pour ça que j'interfère, … et que je … parce que je ne peux plus … et que je ne sais pas …

– Que … Je … Est-ce un nouveau jeu ?

Emma la regarda avec incrédulité et méfiance.

– Non… NON ! cria la jeune femme brune presque pour la convaincre.

Regina s'était rapprochée et hésitait à lui prendre les mains. Son timbre de voix était désespérée, les larmes lui montaient aux yeux. Elle ne pouvait plus contenir ses émotions. Et de savoir qu'après tout ce qu'elle lui avait avoué, Emma pouvait penser qu'elle se jouait d'elle, l'abattait terriblement :

– Je suis tétanisée, effrayée par ce que je ressens ! Je n'ai jamais … vous êtes la première personne … qui me fait ressentir...

Emma recula,

prit ses distances et leva les mains :

– Je ne peux pas… Juste … Pas maintenant, pas après tout ça. Vraiment !

Et comme si cela devenait une habitude, la jeune gérante prit la fuite.

X

Regina retourna au club, impuissante et déconcertée. Elle avait déballé son cœur sur la table et elle se sentait humiliée. Qu'en avait-elle tiré de bon ? Qu'avait-elle gagné en retour sinon plus de souffrances, plus de misères ?

Le sas de la salle d'observatoire s'ouvrit à son arrivée et elle commanda :

– Eteignez tous les écrans et débranchez les connexions.

Jefferson s'étonna de sa demande :

– Comment ?

– Vous avez très bien compris ce que je vous ai dit.

– Mais votre mère …

– … n'est pas là, dit-elle sans ajouter d'explications, et c'est moi qui suis en charge. Vous faites ce que je vous dis de faire.

Une troisième personne intervint et s'insurgea :

– Mais les caméras ont toujours été allumées, Madame. On ne peut pas les-

– Je vous ordonne de les éteindre. Et vous formatez le tout. Maintenant !

– Bien, Madame ! lui répondit-il tout penaud.

Jefferson se recula discrètement de son siège et quitta la pièce. Regina était beaucoup trop bouleversée et contrariée pour se rendre compte de sa disparition. Elle se posta face aux écrans figés et enneigés, silencieuse, le dos tourné aux informaticiens. Personne n'osa bouger.

– Que fait-on maintenant ? demanda un sbire inquiet.

– Rien… rien. Je ne crois pas que je puisse poursuivre ceci …

Elle parlait à voix haute, pour elle, pour tout le monde.

– Mais Madame, c'est votre destinée… vous devez l'accomplir… Vous savez ce que vous risquez …

– Plus rien n'a d'importance, aujourd'hui.

Lasse, elle quitta la pièce.

Jefferson l'aborda au détour du couloir, avant qu'elle ne s'enferme dans son appartement :

– Madame, nous devons parler. Il vous faut y repenser… Quand Madame votre mère apprendra ce que vous avez fait…

– J'y ai déjà pensé. Cela fait plus de 50 ans que j'y pense.

– Pourquoi maintenant alors ?

– Parce que tous les matins, depuis une dizaine d'années, je me réveillais, pensant que tout ceci prendrait fin, que je pourrai enfin être libérée… Cela fait des années, des décades que je compte les jours à attendre que la prochaine prenne ma suite… Mais aujourd'hui, je sais que cette personne ne viendra jamais. Ma mère ne laissera jamais cette occasion se présenter au risque de perdre définitivement ses pouvoirs.

Regina leva la tête et regarda son interlocuteur en face :

– Aujourd'hui, je sais aussi que je ne pourrai plus jamais me regarder dans le miroir en sachant ce que je dois accomplir.

– Vous êtes prête à passer le reste de votre immortalité chez les Damnés ? Vous êtes prête à affronter la colère de Cora ?

Elle rit :

– Mon pauvre Jefferson… mais mon immortalité, ici-bas, c'est déjà l'enfer. Avoir retrouvé Cora est déjà la pire chose qui me soit arrivée ! Tout ceci n'est pas ce que je voulais, je n'ai jamais demandé de tels pouvoirs maléfiques. Tout ce que je voulais c'était une famille, c'était d'être aimée, de trouver quelqu'un qui tienne à moi… Et je l'avais … Regina pensa à son père : et je l'ai abandonné.

– Et vous êtes prête à payer cette décision sur un coup de tête, peu importe le prix, à céder face à la première femme qui vous remet en question ?

– Ce n'est pas juste à cause d'elle, imbécile ! Et même si ça l'était … Regina sourit quand le visage d'Emma apparut dans son esprit : elle en vaut la peine.

Le jeune patronne entra dans ses appartements et referma la porte derrière.

Jefferson n'avait pas dit son dernier mot. Il poussa, en rage, la porte de secours et dévala les escaliers comme un diable qui sortait de sa boite. Il entra dans la salle d'observatoire et arrêta l'équipe en train de démonter le matériel :

– Qu'est-ce que vous faites ? Vous êtes fous !

– Tu l'as entendue. Il n'y a rien que l'on puisse faire !

– On ne peut pas abandonner sous prétexte qu'aujourd'hui elle a perdu la tête ! Elle ne s'en sortira pas comme ça et nous, vous non plus d'ailleurs !

Il était agité et ses bras voyageaient dans tous les sens de son discours :

– Si elle tombe, vous savez très bien que vous serez les suivants ! Si pas les prédécesseurs… Attendez quand Cora reviendra et qu'elle découvrira tout ceci ! A qui va-t-elle s'en prendre en premier ?

– Qu'attends-tu de nous ?

– Nous devons essayer de convaincre Regina que ce n'est qu'une phase. Ne formatez rien, ne démontez rien. Mettez tout sur pause pour le moment. Cela nous permettra de gagner du temps et de montrer, au moins, à Cora, que nous lui sommes restés fidèles.

– Tu es sûr de toi ?

– Elle ne peut pas mettre un terme à sa destinée en claquant des doigts… Elle existe depuis la nuit des temps. Bien sûr que je suis sûr de moi !

– C'est elle qui commande. Elle ne nous écoutera jamais.

– Je sais ça. Pour aujourd'hui… jusqu'au retour de Cora. Elle ne nous écoutera peut-être pas… Mais à sa mère, elle devra se soumettre.

X

Le repas chez Ruby était bien silencieux. Henry et leur amie avaient constaté l'humeur chagrine d'Emma et s'étaient abstenus de commenter. Pourtant, après le dessert, ils lui demandèrent des comptes.

Affligée, Emma raconta l'histoire de sa famille et les liens qui l'unissaient à celle de Regina. Elle évoqua les raisons de cette vengeance, ce qu'elle avait appris sur ses parents, qui ils étaient et ce qu'ils faisaient. Quand elle eut terminé son récit, la jeune femme resta assise, derrière la table, dévastée et amorphe.

– Pourquoi te confie-t-elle tout cela si c'est pour t'abattre après ? Qu'est-ce qu'elle gagne ?

– Je crois qu'Henry et moi, nous avons touché une part d'humanité en elle…

Leur amie semblait sceptique et renifla grossièrement. Cela agaça Emma qui tentait de la convaincre. Elle bafouillait et se perdait dans des justifications hésitantes et sans conviction :

– Elle veut peut-être … faire quelque chose de bien… Je sais pas moi, … elle doit regretter tout le mal qu'elle a fait … Elle doit avoir une conscience après tout…

Ruby la regarda, dubitative. Un silence pesant s'installa entre elles. Emma n'osa pas lever les yeux et la regarder de peur que son amie ne lise dans son regard.

– Henry, tu nous as dit que tu étais prêt à te retirer du moment que ta mère me raconte tout. C'est bien ça ?

– Oui.

Le jeune adolescent savait exactement où leur amie voulait en venir. Il se leva et se retira de lui-même de la conversation :

– Je vais jouer à la PS et vous pourrez discuter tranquillement.

Quand Ruby s'assura qu'il avait bien refermé la porte derrière lui et que le jeu était lancé, elle demanda :

– Qu'est-ce qui ne va pas, Emma ? Tu ne nous as pas tout dit.

– Si… Si…

– Je te connais depuis la 6ème. Je sais quand tu me caches quelque chose. Alors crache le morceau !

– Elle m'a embrassée.

– Quand ?

– Tout à l'heure… et à d'autres moments…

– Pourquoi ne m'as-tu rien dit ?

– Elle m'a dit aussi qu'elle …

– Quoi ?

– Laisse tomber.

– Non, dis-moi. Pourquoi ça te bouleverse comme ça ?

Ruby soutint son regard et tenta de décrypter son non-verbal. Emma était nerveuse et se rongeait l'ongle du pouce. Son regard était fuyant et elle ne pouvait s'empêcher de se lever et de s'asseoir sans raison.

– Emma, es-tu tombée amoureuse d'elle ?

– Je ne suis pas lesbienne, Ruby !

– Ce n'est pas ce que je te demande et tu le sais très bien !

– Je … j'ai été distraite…

– Distraite par une magnifique jeune femme super sexy ? Es-tu attirée par elle ? As-tu répondu à … ses baisers ? lui demanda-t-elle en insistant sur le déterminant « ses ».

Emma leva les yeux et ne répondit pas tout de suite.

– Qui ne dit mot consent. Bien, on avance.

La réceptionniste souriait, encourageante. Et Emma relâcha la pression :

– Oui, t'es contente ! Oui, j'ai répondu à ses baisers et oui je suis attirée par elle. Mais je ne suis pas gay, Ruby, tu le sais. J'ai toujours été avec des mecs.

– On s'en fout, Emma. On s'en fout royal de tes étiquettes à la con. C'est ce que tu ressens pour elle qui est important. Alors que ressens-tu pour elle ?

– C'est un psychopathe immortelle qui s'en prend à mon entourage et à ma famille, c'est la réincarnation d'une déesse qui a des pouvoirs... Tu crois que c'est le moment de s'interroger sur ce que je ressens ? Tu ne penses pas que je devrais être enfermée ? Allez voir un psy ? C'est pas un syndrome de Stockholm ou un truc du style ?

– Ça semble réciproque, Emma. Si tu parles de syndrome, elle serait sous celui de Lima. Voilà, 120€ pour la séance psy, tu as fini avec tes conneries maintenant. Tu te poses trop de questions et tu pars dans tous les sens. Pose-toi, arrête de te retourner le cerveau. Dis-moi, depuis quand ?

– Dès le premier soir, dès notre première rencontre. Emma sourit malgré elle, elle revit Regina, superbe, confiante et séductrice : Ça a déclenché quelque chose, comme une étincelle, …. Je ne sais pas me l'expliquer. Et depuis, je n'arrête pas de penser à elle.

– Je crois que ça mérite que tu approfondisses un peu plus loin la question…

– Tu oublies Killian !

Emma s'emporta. Sa raison se confondait avec ses sentiments et ses envies…

– Je ne l'oublie pas, au contraire ! Si ça se trouve, ça se résoudra tout seul… Cette femme semble ressentir la même chose que toi… Où en es-tu dans notre plan ?

– Je crois que j'ai réussi à la mettre en doute aussi… je pense que j'ai réussi à la toucher d'une certaine façon…

– Plus que d'une certaine façon si je t'écoute, rigola son amie.

– C'est malin !

– Que vas-tu faire maintenant ?

X

August lui ouvrit la porte et, bien qu'il avait été avisé par Regina de ne pas le faire, il feignit la surprise :

– Que voulez-vous encore ? Vous n'avez pas fait assez de dégâts ?

– Que voulez-vous dire ? C'est Regina qui vous envoie ?

– Rien ! Alors que faites-vous ici ? Vous n'êtes plus la bienvenue.

– L'ai-je déjà seulement été ? Est-ce que Regina est là ?

– Vous venez de la manquer. Elle est sortie. Aurevoir.

Il voulut claquer la porte à son nez, mais Emma glissa la pointe de son pied dans l'encadrement.

– Ce n'est pas grave, j'attendrai.

– Très bien.

Il fit un geste pour refermer la porte à nouveau mais la jeune femme força l'entrebâillement.

– Ici ? Dehors ? Mais il fait froid ?

– Oui, et c'est mon problème parce que … ?

Il adorait ce jeu du chat et de la souris. Il aimait pousser à bout les gens. C'est comme cela qu'il obtenait de la sincérité et de la spontanéité dans leurs actions. Le naturel chassait immédiatement toute anticipation ou préparation. Et cette femme blonde était un vrai partenaire de taille.

– Je ne crois pas que votre patronne serait en accord avec vos méthodes… Et je n'hésiterai pas à raconter les conditions d'accueil.

– A qui ? Regina ou Cora ?

Et il sourit victorieux face à sa réaction éberluée. Leur salve de répliques fut interrompue par Regina en personne :

– Je suis de retour. Qu'est-ce qui se passe ?

Elle regarda tour à tour son employé et la gérante de l'agence de rencontre :

– Mademoiselle Swan, attendez-moi au salon, voulez-vous, pendant que je règle un détail avec le personnel.

Regina se dirigea immédiatement dans l'arrière salle et lui dit :

– Que faites-vous ? Pourquoi l'avez-vous laissé entrer ?

– Madame, ce n'est pas comme si elle s'était montrée docile quand je l'ai renvoyée !

– Je vous connaissais plus persuasif et direct, August. Vous savez ce que vous risquez pourtant !

– Oui. Mais la donne à changer.

– Que voulez-vous dire ?

– Je crois en vous, Madame. Vous avez besoin de notre aide. De l'aide de toute l'équipe !

– Bien sûr, parce que j'ai besoin d'aide ! Surtout venant de moins que rien et inutiles comme vous.

Habitué à ses remarques, il ne sourcilla pas. L'insulter lui prouvait qu'elle était démunie.

– Nous nous inquiétons pour vous.

– Expliquez-vous.

– Je suppose que vous avez tout avoué à Emma. Les conditions de votre immortalité et l'acharnement de votre mère sur sa famille.

Regina ne releva pas.

– Lui avez-vous dit également ce que vous, vous risquez ?

– Où voulez-vous en venir ?

– Qu'à cause d'elle ou grâce à elle, vous avez mis fin à tout ceci. Cela signifie quelque chose. C'est un signe !

– Je n'ai pas mis fin à tout cela à cause d'elle, August ! Elle n'est pas la raison-

– Ha vraiment ? Vous n'auriez jamais agi de la sorte avant. Vous ne vous êtes jamais laissée approcher par qui que ce soit auparavant… Mais depuis elle, depuis son apparition dans votre vie, vous êtes différente, vous avez changé. Vous êtes plus … humaine. Vous ressentez et vous vous préoccupez des autres…

– Vous vous permettez beaucoup de choses !

– Certainement ! Et si je me trompe, je serai à vos côtés lorsque nous serons damnés… Mais si je ne me trompe pas … Si…

Il posa sa main sur l'avant-bras de Regina. Elle avait croisé ses bras, dans l'espoir de se contenir, de construire une barrière futile de protection.

– Et si Emma était la réponse… si elle apportait la fin de la malédiction.

– Vous y croyez vraiment à ce genre de choses ?

– Regina…

August se permit de l'interpeler par son prénom pour attirer son attention. Sa familiarité les rapprochait, comme si, après tout ce temps passé ensemble, ils étaient devenus presque… amis. Il voulait la rassurer et lui donner une lueur d'espoir… parce que lui, il y croyait :

– La malédiction est bien réelle… C'est votre mère qui est à l'origine de tout cela et je suis persuadé que vous seule pouvez y mettre un terme… Vous seule en avez les clefs.

– Mais comment ?

– C'est à vous à le découvrir ! Allez la rejoindre et vous ne laisserez pas passer cette chance. Si Cora revient… Nous n'aurons pas de seconde chance !

XXX