Chapitre 14
Emma tournait en rond dans le petit salon. Elle s'impatientait et craignait que Regina lui fasse faux bond. Quand le rideau se rassembla et qu'elle vit la disciple d'Aphrodite entrer, elle s'exclama :
– Vous voilà enfin, je finissais par me demander si vous alliez me fausser compagnie.
– Non, ça c'est votre spécialité, répondit Regina sur la défensive.
– D'accord… la jeune femme baissa d'un ton et demanda : on fait une trêve et on arrête avec les réparties blessantes ? Emma leva les mains en signe de reddition : même si j'ai mérité celle-ci.
Regina s'assit dans un fauteuil, plus calme, et l'invita à faire de même :
– Je suis contente que vous soyez revenue.
– Vraiment ?
– Oui, juste quand j'allais terminer sur une mauvaise journée… vous apparaissez ! Décidément, vous m'étonnerez toujours.
– C'est vous qui m'étonnez... Vous habilliez toujours en tailleur ou tenue stricte, dit Emma pour alléger la conversation : et vous voilà habillée d'un simple jeans et d'un t-shirt blanc. Cela vous va tout aussi bien, cela adoucit vos traits même…
Emma était décidée à enterrer la hache de guerre et à se faire pardonner. Elle misa le tout pour le tout.
– C'est vraiment très charmant à vous de me dire cela. Maintenant, dites-moi, que me vaut le plaisir de votre visite ? Je ne pensais plus vous revoir après notre discussion de cette après-midi.
– J'ai beaucoup réfléchi. J'ai essayé de vous appeler une dizaine de fois, mais le courage m'a manqué… Alors je suis venue… pour…
La jeune femme leva la tête, inspira et rassembla toute son énergie :
– Regina, je suis désolée pour la façon dont j'ai réagi …
– Fui, plutôt, Mademoiselle Swan, Vous avez fui… à plusieurs reprises, je dirais même.
– Oui, j'ai fui. Ma vie est une vraie montagne russe de retournements de situations par votre faute aussi. Comment j'aurais pu réagir autrement ?! En trois semaines, j'ai l'impression d'avoir vécu plus d'une année : j'ai été séduite, menacée, à nouveau charmée, je découvre que toutes mes croyances sont basées sur des illusions, j'ai une famille… Ha oui menacée depuis 4 générations, elle aussi ! J'ai eu des raisons de fuir… Et pourtant me voilà.
– C'est vrai.
– Alors laissez-moi m'exprimer jusqu'au bout. Ce n'est pas facile pour moi, non plus, de parler… Je suis désolée… Vous avez dû vous sentir…
Les mots venaient difficilement, elle était encore au prise avec ses propres émotions. Regina poursuivit :
– Humiliée, …Mademoiselle Swan, je me suis sentie abandonnée et sans importance… Même si j'en étais à l'origine…
– Je suis sincèrement désolée…
Emma baissa les yeux, émue :
– Je ne cherchais pas à vous blesser, ni à vous humilier. Vous avez eu beaucoup plus de courage que moi. Je vous ai traitée de lâche or c'est moi qui me suis comportée comme telle. Je ne peux qu'imaginer ce que cela a dû vous demander comme efforts de vous confier… Je n'ai pas pu affronter toutes ces vérités, … et je n'ai pas pu assurer… accueillir votre déclaration.
La jeune femme assise en face d'elle ne savait pas quoi répondre. Le fait qu'Emma soit revenue et qu'elle reconnaisse sa peine l'apaisait un peu :
– Vous savez, je n'ai pas préparé… ou anticipé tout cela. Ce que je ressens… C'est… Je ne le contrôle pas… Je ne sais pas comment on fait pour parler de ce genre de choses.
– Vous n'aviez jamais ressenti … vous n'êtes jamais tombée amoureuse avant ?
Emma, l'entremetteuse, était à nouveau sur les rails. Pleine d'empathie, à l'écoute attentive. Parler aux autres des autres, ça, elle savait faire. Sa position bienveillante et proche rassura Regina. Cette fois, Emma était prête à rester près d'elle et à parler… Elle se sentit en confiance :
– J'en ai rencontré … des gens. Hommes, femmes… Mais cela ne signifiait rien… c'étaient des passe-temps… Je n'ai jamais rien ressenti …de pareil … Alors quand je vous ai vue pour la première fois … et que je vous ai entendue…Cela m'a touchée, ici.
Et elle montra son cœur :
– Je ne savais pas que des émotions pouvaient être liées à mon corps. J'ai été prise d'une envie de vous rencontrer… Je … ça venait de … dans le fond de mon ventre. Cela ne m'était jamais arrivé…
Emma s'était habituée à se savoir écoutée et ne broncha pas quand Regina évoqua cette surveillance. Elle demanda :
– Les Déesses… ou ses héritières peuvent tomber amoureuses ?
– Je ne le sais pas. Ce n'est pas un sujet de conversation que j'ai engagé avec ma mère. Pourquoi me posez-vous ces questions ?
– J'essaie de comprendre. C'est si … incroyable… Vous-même semblez surprise par tout ceci alors que vous avez hérité des dons d'Aphrodite elle-même. …Paradoxalement, en prenant en compte les raisons de notre lien, c'est totalement improbable… que vous …
– J'ai du mal à y croire aussi.
– Cela fait combien de temps que vous m'esp… m'observez ?
– Plusieurs mois.
– Et vous avez écouté toutes les conversations que j'ai eues…
– Oui, toutes sans exception, y compris vos entretiens avec vos clients… Je ne pouvais pas faire autrement. Dès que je vous ai entendu… je ne voulais rien entendre d'autre… que vous.
Regina avoua tout sans honte. Elle pouvait enfin se libérer de ce poids invisible qu'elle portait depuis quelques jours. L'attention que lui apportait Emma l'encourageait à poursuivre ses confidences :
– C'est à ce moment que je me suis dit que vous n'étiez pas ordinaire… Votre sens de l'écoute, vos conseils… m'ont transpercée… Ce que vous disiez sonnait si juste et était si pertinent…, et à côté les espoirs que vous nourrissiez pour ce misérable musicard…
– Dites !
– …sont tellement inconcevables et contradictoires avec votre sens de l'analyse.
La jeune femme ne dissimula pas la pointe de jalousie qui l'animait. Elle ne concevait toujours pas qu'Emma soit attirée par un tel minable : Puis-je, à mon tour, vous poser une question ?
– Après tout ce que vous venez de me confier, il serait malvenu de ma part, de ne pas vous répondre. Je suis venue ici pour cela. Pour que nous parlions. Je vous écoute.
– Aimez-vous encore Killian ?
– Pourquoi me demandez-vous cela ?
– Parce que j'ai besoin de savoir.
– Non. Non, je l'aime … pas … comme vous le supposez. Mes sentiments vis-à-vis de lui ont évolués. Je suis attachée à lui, oui, je me sens responsable…
– Ha oui ?
C'était au tour de Regina de baisser la tête, déçue. Ce qu'elle entendait, ce lien invisible qui les unissait toujours… la blessait, malgré elle. Emma releva son menton du bout de son doigt et la regarda dans les yeux :
– N'oublions pas que si j'en suis là, c'est à cause de vous ! lui rappela la jeune blonde : C'est vous qui l'avez fait revenir dans ma vie et c'est vous aussi qui l'avez ensorcelé !
– C'était votre vœu le plus cher…
– Que vous avez entendu au détour d'une conversation volée avec ma meilleure amie… Je retourne ce sentiment d'incompréhension. Une entremetteuse mythologique et légendaire comme vous … qui ne savez pas lire entre les lignes…
– Vous pouvez parler…
– Mais on parle de moi, justement. Vous n'avez jamais entendu que les conseilleurs sont les plus mauvais payeurs… Il a fallu que je sois confrontée à ce vœu pour que je réalise que ce n'était ce que je voulais.
– Qu'est-ce que vous voulez dire ?
– Quand Killian s'est mis à exécuter tout ce que j'attendais de lui, je me sentais encore plus insatisfaite et incomprise.
Elle rit, songeant à toutes les allusions que Regina lui avait faites :
– Mais vous l'aviez perçu, n'est-ce pas ?… Peut-être pas de la bonne manière… Et vos incessantes interventions ne m'ont pas aidée à prendre du recul, non plus !
Elle recula sur son siège et imposa une légère distance entre elles. Elle devait contenir la nervosité qu'elle ressentait augmenter en elle. Elle n'en avait pas fini. Elle voulait aller jusqu'au bout, elle voulait, elle aussi, s'expliquer … C'était la seule façon d'y voir clair. Ruby avait raison.
– Alors, j'ai compris que j'étais amoureuse de l'Amour, nostalgique de nos moments romantiques, … mais pas de la personne. Pas de Killian. Je croyais que c'était ce que je voulais, que nous nous remettions ensemble, qu'il me rendrait heureuse. Je l'ai vraiment cru… Mais j'ai fantasmé cette relation. Elle n'était pas réelle. Quel gâchis ! Alors oui je me sens coupable et responsable… Regina. A cause de moi et de votre mauvaise interprétation, il est entre la vie et la mort. A cause de moi, parce que ce n'est pas avec lui que j'ai envie d'être… Parce que je ne pense qu'à vous tous les jours. Le matin quand je me lève et le soir quand je me couche.
L'héritière d'Aphrodite sourit, même si les aveux ne s'y prêtaient pas.
– Qu'est-ce qui vous fait sourire ?
– Rien !
– Cela vous ravit, n'est-ce pas ?
– Je ne vais pas vous mentir, alors je ne répondrai pas à votre question.
Regina serra la main d'Emma. Emma était bien, là, toutes barrières baissées et elle ressentait la même chose. Le cœur de la jeune femme se serra :
– Je ne suis pas une bonne personne, Emma. Je suis insensible et froide… et dure… Vous m'avez donné envie de vous connaitre personnellement. Cela a été peut-être mon erreur …
– Ou pas… Regina, regardez le chemin que vous avez parcouru… Vous n'êtes pas seule. Vus n'êtes plus seule.
Emma se rapprocha :
– Une part de moi me dit de m'enfuir, d'emmener Henry le plus loin possible d'ici, de refaire notre vie, ailleurs, de l'autre côté de la terre et une autre veut rester près de vous. Tout près de vous. Et c'est celle-là que je veux écouter.
– C'est vrai ?
– Oui, c'est vrai. Je suis toute aussi surprise que vous par les émotions qui m'envahissent, vous savez. Tout est nouveau pour moi aussi.
Elles étaient si proches que leurs cuisses se touchaient.
– Je vous promets que je ferai tout ce qui est en mon pouvoir pour guérir M. Jones. Je retournerai le Temple de fond en comble, je lirai tous les manuscrits, je tenterai toutes les potions et les sortilèges. S'il y a un moyen, je le trouverai… Vous avez ma parole !
– Regina…
– Non, je sais ce que cela peut nous couter… Jamais vous ne me pardonnerez, jamais vous ne vous le pardonnerez… De sa vie, dépend notre-
– Je vous aiderai.
Emma porta sa main à la joue de la gérante du club. Regina approfondit le geste et fondit dans la paume de sa main. Elle ferma les yeux pour se laisser imprégner, puis les ouvrit :
– Quand je suis avec vous, …vous me donnez envie d'être meilleure. Je suis une toute autre personne en votre présence et j'aime être cette femme et je veux être cette femme… J'ai besoin … de vous, d'être avec vous, Emma ! Je ne savais pas que je serais capable de ressentir de telles émotions et que ce manque puisse créer un tel vide en moi.
Jamais Regina n'aurait pu un jour deviner que son cœur pouvait battre si vite et si fort dans sa poitrine. Elle pensait que si elle s'approchait de plus près d'Emma, tout contre, celle-ci pouvait l'entendre aussi. Des larmes jaillirent et roulèrent sous ses joues, sous l'intensité des sentiments qui prenaient possession d'elle. Elle inspira profondément et avec des trémolos dans la voix :
– … Je ne peux vivre sans vous, je ne peux pas respirer sans vous, tout avec vous a du sens et a de l'importance depuis que vous êtes apparue dans ma vie. Chaque fois que vous partez, Je suffoque, c'est comme si mon cœur explosait dans ma poitrine. J'ai toujours senti qu'il me manquait quelque chose… et en votre présence, c'est comme si je l'avais trouvé… Quand je suis avec vous, c'est les seuls moments où je me sens en vie. Les seuls moments où je ressens quelque chose c'est quand je suis proche de vous.
– Regina, si je suis revenue, c'est parce que je ne peux pas rester loin de vous. Je sais que je devrais pourtant. Dieu que je devrais ! … Et j'ai essayé… de toutes mes forces… Mais … je ne le veux pas, … je ne peux plus ignorer ce qui existe entre nous et tout me ramène à vous … C'est plus fort que moi … J'ai tellement besoin de ceci… avec vous.
Emma serra sa main de l'une et caressa son visage de l'autre pour appuyer ses dires :
– J'ai besoin … Je ne pense qu'à … tout ce dont j'ai envie là… maintenant… c'est de vous embrasser.
– Qu'est-ce qui vous retient ?
Emma se pencha en avant et l'embrassa d'abord maladroitement. Prise d'un effroyable doute, elle brisa le baiser et Regina grogna. La jeune femme blonde demanda :
– Tout ceci est bien réel ? Je ne rêve pas ?
– Ce que je ressens est bien réel.
Regina prit sa nuque dans sa main pour se rapprocher, se coller davantage. Puis elle l'enserra dans ses bras pour la rassurer et la maintenir, captive consentante, contre elle, contre son corps. La chaleur qui s'en dégageait l'étourdissait. Elle ferma les yeux et lui retourna son baiser qu'elle prolongea de façon plus passionné, plus confiant. Emma se détendit immédiatement, elle prit le visage de sa compagne entre ses paumes et s'abandonna complétement.
Alors, une boule d'énergie se forma à l'intérieur de leurs corps, prenant sa source au centre de leurs cœurs unis dans leur baiser. Elle s'élargit doucement dans tout leur être. Puis, à travers différentes ondes, elle s'agrandit, s'étendit pour les entourer toutes les deux et former une aura irisée. Elle se transforma en un halo puissant et pur. Elle s'éleva dans les airs, s'agrandit au-delà des murs, au-delà de l'immeuble. D'énormes vagues se déployèrent à travers tout le quartier et se rependirent dans toute la ville. Elles franchirent les limites, les frontières… Rien ne pouvait les arrêter. L'Amour, le Véritable Amour, reprenait sa place et embrassait le monde.
Comme si de rien n'était, comme si elles ne s'étaient pas aperçues de ce qu'elles avaient créé, elles mirent fin à leur baiser pour retrouver leur respiration. Elles sursautèrent quand elles sentirent une autre présence dans la pièce.
Une silhouette baignée dans un faisceau de lumière les éblouit. Toutes deux avaient du mal à garder les yeux ouverts et se protégeaient de leurs mains libres. Regina reconnut immédiatement l'Apparition, même floue, et s'inclina :
– Aphrodite, murmura-t-elle, impressionnée et pleine de respect.
– Relève-toi, Regina.
Emma regardait les deux femmes, les yeux écarquillés, sans rien y comprendre.
– Qu'est-ce qui se passe ?
– Bonjour Emma, lui répondit la troisième présence. Je suis Aphrodite, la Déesse de l'Amour.
– Y en a combien comme ça ? répondit-elle, méfiante et abasourdie.
– Emma ! la reprit Regina, S'il te plait !
La jeune disciple tremblait comme une feuille. Terrorisée par la peur. Pourquoi la Déesse se montrait-elle enfin ? Combien de fois l'avait-elle invoquée, suppliée, priée pour qu'elle apparaisse et lui parle ? Pourquoi maintenant ? Emma pouvait sentir sa détresse et se plaça, protective, devant elle.
Et comme si la Divinité pouvait lire dans leurs pensées, elle répondit à ses interrogations :
– Parce que le Véritable Amour a le pouvoir de briser toutes les malédictions. C'est la plus puissante des magies, le plus puissant des pouvoirs, en réalité.
– De quoi parlez-vous ? osa demander Emma.
– La malédiction et les sortilèges que Cora à jeter sur l'Amour ne sont plus.
Aphrodite se tourna vers Regina et s'adressa directement à elle :
– Votre mère a trouvé un moyen de vous couper de notre monde. Nous n'avions aucun moyen d'entrer en contact avec vous, de nous rendre visible ou de vous faire signe. Elle a pu non seulement conserver ses pouvoirs et sa position à votre majorité, mais également vous diriger bien loin de notre Dessein.
– Votre Dessein ?
C'est encore Emma qui souleva les questions, tant qu'elle ne sentait pas Regina se ressaisir, elle mènerait l'échange.
– Voyez-vous, nous ne sommes pas des divinités sortis droit de la mythologie, …
– Qu'êtes-vous ?
– A une nuance près, nous sommes ce que vous appelez des Légendes. Une part des histoires qui se perpétuent auprès des Hommes est vraie. Et je suis la Déesse de l'Amour, j'aide, je viens en aide, je rassemble les âmes perdues ou solitaires. Je représente l'Amour sous toutes ses formes. C'est notre rôle, c'est notre raison d'être. Et Cora se l'est approprié pour servir son propre objectif, égoïste et vil. Et elle s'est servie de sa propre fille pour arriver à ses fins et sceller son sort.
– Qu'est-ce que cela fait de moi ? Où est-elle ? interrogea la jeune disciple.
Regina s'était redressée et s'était approchée. La force que lui communiquait Emma, sa présence à ses côtés, lui avaient donné le temps de se reprendre. Tant de questions se bousculaient dans sa tête.
– Qu'est-ce que cela fait de nous ? corrigea Emma. Elle leva la main de Regina qu'elle tenait serrée dans la sienne : Tu n'es pas seule, cette fois.
– Et bien, Cora a pris la fuite. Elle a senti que ses pouvoirs lui avaient échappé et qu'elle était devenue une simple mortelle. Elle doit se terrer quelque part. Elle ne nous échappera pas, il ne lui reste plus rien. Quand elle sera retrouvée, elle sera sanctionnée par les Nôtres. Et quant à vous… Nous avons beaucoup réfléchi et vu la tournure de ces derniers événements et l'évolution des Hommes, nous avons appris de notre leçon… Nous devons, nous aussi, nous adapter … Et il est temps de changer les règles.
– Lesquelles ? Il semblerait que ma mère m'ait menti sur tout.
– Je sais et je le regrette. Voici ma proposition : Vous avez la possibilité de poursuivre, correctement cette fois, notre Idéal et de propager le message d'Amour initial pour l'éternité…
Emma s'avança et interrompit la conversation.
– Ok. Stop, on s'arrête. Avant tout, je voudrais savoir ce qu'il advient des victimes, des dommages collatéraux, …
– Ils sont libres, Emma. Depuis votre baiser, ils ont été libérés de leur sort. Killian s'est réveillé. Il a tout oublié, son dernier souvenir remonte à sa soirée avec ses amis. Et les esclaves du Temple pourront choisir, dorénavant, leur chemin, de leur propre initiative.
– Ha oui.
Elles purent entendre, au-delà des murs, les cris des informaticiens, des techniciens qui explosaient de joie et qui s'embrassaient. Emma se sentit un peu gênée de son interruption et fit un pas en arrière.
– Excusez-moi… je vous en prie, continuez… Faites comme si je n'étais pas là.
Puis elle se reprit, se rappela les dernières phrases prononcées par la Déesse et se réaffirma. Elle avait promis à Regina qu'elle ne serait plus seule. De ce fait, c'était entendu qu'elle aussi avait son mot à dire et qu'elle ne serait plus le pantin de personne :
– Votre proposition. C'est négociable, je suppose ? Si vous nous dites qu'il est temps de changer les règles ?
– Oui.
La jeune femme blonde se retourna vers sa compagne dont elle n'avait pas lâché la main :
– Je ne souhaite pas l'immortalité et je n'ai pas envie de ces pouvoirs, Regina… Mais si c'est ce que tu veux… Je suis prête à te suivre.
– Non. Non. Je veux une vie normale, avec toi. Je ne veux plus de pouvoirs ou d'immortalité. Je veux profiter de chaque instant comme si c'était le dernier. Je veux ressentir que ce que nous vivons ne dure qu'un temps et que je pourrais le perdre à tout moment. J'ai besoin de sentir mon cœur battre quand tu pars parce que je ne sais pas si je te retrouverai et de reprendre son rythme quand je te retrouve. Je ne me suis jamais sentie plus en vie, aussi vivante que depuis que je pense, j'agis et je ressens comme une humaine.
L'héritière se tourna vers la Déesse :
– Est-ce que je peux refuser cet héritage ?
– Oui mais … il vous faudra trouver un successeur. Ce sera votre dernière action… C'est la seule règle à laquelle on ne peut déroger. Je vous laisse réfléchir et je reviendrai pour connaitre votre réponse.
XXX
