Bonjour à tous,
Voici le chapitre 33 corrigé comme à chaque fois par Marie. Merci à elle de prendre du temps pour corriger mes fautes et relire mes chapitres.
Merci à vous également de continuer à me lire et à m'écrire.
Dans ce chapitre, le calvaire de Dean continue. Mais il touche bientôt à sa fin. Dean a trouvé le moyen de faire passer un message à Castiel. Et bien sûr Castiel va voler à son secours. Il est déterminé à mettre définitif aux agissements du tueur. Heureusement pour lui, il est bien entouré. Et nos deux héros auront le droit à un happy end bien mérité.
A la semaine prochaine
Sydney8201
Musique du chapitre :
Hurricane de Thirty Seconds to Mars
Chapitre 33 : Tortures
« L'envie est blessure pour l'esprit qui se ronge, torturé par le bonheur d'autrui. »
Grégoire Le Grand
Dean continuait à s'accrocher à la promesse qu'il s'était faite. Il refusait de supplier. Refusait de céder aux tortures que le tueur lui infligeait. Il ne pleurerait pas. Il ne demanderait pas à être tué. Il resterait silencieux et continuerait à défier son bourreau du regard. Pour lui prouver qu'il ne pouvait pas gagner. Qu'il avait peut-être le dessus physiquement sur lui mais que Dean restait le plus fort. Il ne cèderait pas.
Il avait hésité pourtant. Il avait senti les mots redoutés monter dans sa gorge. Il avait dû les ravaler en même temps que ses sanglots. Il avait fourni un tel effort que sa gorge était douloureuse. Mais il avait tenu bon jusque-là.
La souffrance était atroce. Elle était telle que le jeune homme avait les pires difficultés du monde à penser à autre chose. A se concentrer sur quoi que ce soit. Il devait lutter pour rester conscient. Se battre en permanence. Il était épuisé. Il n'avait plus qu'une seule envie. Fermer les yeux et dormir. S'échapper de la seule manière possible dans sa situation. L'inconscience semblait si tentante qu'il avait envie de la saisir à bras ouverts. Mais il refusait de se laisser aller. Il voulait être plus fort qu'elle. Plus fort que tout ce qui lui était infligé.
Il avait perdu la notion du temps. Il ne savait plus s'il était enfermé dans ce sous-sol depuis quelques heures ou depuis quelques jours. Il n'aurait pas su dire si c'était le jour ou la nuit. Depuis combien de temps il n'avait pas mangé ou bu. Depuis combien de temps les tortures avaient commencé. Tout se mélangeait dans sa tête.
Rien ne lui avait été épargné. Le monstre qui le détenait l'avait frappé au visage, au torse et aux jambes. Il lui avait entaillé les bras avec la pointe d'un couteau. Il l'avait brûlé aux cuisses avec une cigarette allumée. Puis il avait recommencé à le frapper. Quand Dean avait été trop faible pour se défendre ou se battre, il l'avait détaché pour le suspendre au plafond par les poignets. Ses pieds touchaient à peine le sol. La position était douloureuse pour ses épaules. Pour ses poignets. Il avait été déshabillé et humilié. Les mots étaient parfois plus douloureux encore que les coups. Son corps entier était douloureux et son bourreau ne semblait pas encore fatigué. Il continuait sans relâche. Dean ne pouvait qu'encaisser.
Mais alors qu'une salve de coups de canne s'abattait sur son dos avec force, Dean eut une sorte de révélation. Son esprit sembla enfin se remettre à l'endroit. S'ouvrir et reprendre le contrôle. Sans qu'il ait besoin de l'entendre de sa bouche, il sut aussitôt tout ce qu'il y avait à savoir de son bourreau. Un peu comme s'il avait vu le film dans sa vie sans le voir vraiment. Sans que les images ne défilent sous ses yeux. Les informations s'étaient imprimées dans son cerveau. Probablement grâce à la connexion qui existait entre eux. Sans doute parce qu'ils avaient le même don et qu'ils parvenaient à lire dans l'esprit de l'autre. Malgré la fatigue et la douleur, ou peut-être grâce à elles, Dean savait à présent tout de son adversaire. Chaque information était une nouvelle arme à utiliser contre lui.
Il songea une seconde à le lui dire. A utiliser ses mots et sa voix pour le blesser à son tour. A défaut de pouvoir lui faire mal physiquement, il pouvait essayer de lui faire mal psychologiquement. Mais il ne voulait pas trop en révéler. Car ce qu'il savait à présent pourrait également servir à Castiel pour le localiser. Le problème était de lui transmettre ces informations. Dean voulait croire qu'il était possible de communiquer avec son petit ami par télépathie. Il voulait croire qu'il en était capable. Que Castiel saurait ouvrir son esprit et l'entendre. Mais pour cela, il devait se concentrer. Et ce n'était pas facile quand les coups pleuvaient. Quand la douleur était si forte qu'elle était la seule chose à laquelle il parvenait à penser. Il devait obtenir un répit. Juste quelques minutes pour reprendre ses esprits et réussir à communiquer avec Castiel.
- J'admire ta force et ta détermination Dean. Je dois reconnaître que je suis surpris. Tu as tenu plus longtemps que tous les autres. Mais il est temps pour toi d'arrêter. Ce comportement ne te mène à rien. Bien au contraire. Il ne fait que me donner la force de continuer encore et encore. C'est vraiment ce que tu veux ?
Dean tenta de tourner la tête pour jeter un coup d'œil à son bourreau dans son dos mais son cou refusait de coopérer. Il renonça mais choisit de ne pas rester silencieux cette fois.
- Je ne serai pas que le premier à te résister et à ne pas céder. Je serai également le premier à te vaincre. Je serai celui qui te fera tomber. Ce ne sont pas des paroles en l'air tu sais. C'est une promesse. Et je tiens toujours mes promesses.
Le tueur ricana alors. Il ne semblait pas avoir peur de Dean. Mais il avait tort. Il le sous estimait. Il ne le prenait pas au sérieux. C'était une erreur. Car le jeune homme était déterminé à triompher. A tenir bon. Il était convaincu d'être le seul à en être capable. Parce qu'il était le seul à avoir un pouvoir identique. Le seul à pouvoir lire dans sa tête. A pouvoir transmettre les informations à d'autres sans avoir le moyen de communiquer avec eux.
- Je te trouve bien sûr de toi. Et sans doute que cela aurait pu impressionner quelqu'un d'autre que moi mais tu oublies que je lis dans ta tête comme dans un livre ouvert. Je peux sentir combien tu es fatigué. Je peux sentir combien il est difficile pour toi de ne pas craquer. Et je sais exactement comment faire pour te pousser dans tes derniers retranchements. Pour te faire craquer.
Dean hocha la tête en reniflant. Il avait effectivement eu du mal à ne pas céder pendant un moment. Mais plus maintenant. Car il avait la très nette sensation qu'il avait repris le dessus. Pour quiconque ne savait pas ce qui se passait dans sa tête, cela semblerait sans doute ridicule. Mais pour Dean c'était évident.
- Est-ce que tu parles d'expérience ? Est-ce que c'est ce que toi tu ressentais quand ton père te frappait ? Quand il t'attachait à la cave juste pour le plaisir de t'entendre crier ? Ou peut-être était-ce ce que tu ressentais quand tes camarades de classe t'enfermaient dans les toilettes du gymnase parce qu'ils te trouvaient bizarre et que tu étais leur souffre-douleur.
Un nouveau coup s'abattit dans son dos puis le tueur referma sa main autour de son cou. Il ne serra pas. Dean pouvait toujours respirer normalement. Mais ce contact le répugnait. Il avait la nausée. Et ce fut pire encore quand son bourreau approcha son visage du sien et colla sa bouche contre son oreille.
- Comment sais-tu tout ça ? demanda-t-il.
- A ton avis ? se força à répondre Dean. Si tu peux lire en moi comme dans un livre ouvert, alors tu ne devrais pas être surpris que j'en sois capable aussi. Je sais tout.
Le tueur resserrait un peu son étreinte autour de son cou. Ses doigts pressaient douloureusement contre les coupures qu'il avait laissées là un peu plus tôt. Mais le jeune homme serra les dents et ne dit rien. Il ne voulait pas lui faire ce plaisir. Il se raccrocha à son objectif. Celui d'obtenir quelques minutes de répit. Pour contacter Castiel. Pour lui dire ce qu'il savait et l'aider à le retrouver. Car il avait l'adresse où il se trouvait. C'était presque comme si la douleur avait aidé son esprit à s'ouvrir.
- Tu sais tout ? La belle affaire… à quoi est-ce que cela pourrait bien te servir hein ? Je n'ai rien à cacher. Mon passé a fait de moi l'homme que je suis. Les épreuves qu'Il m'a infligées sont celles qui m'ont permises de devenir son plus fidèle soldat. Je n'en ai pas honte.
- Pas même de ne pas avoir été propre avant l'âge de quatorze ans ? D'avoir eu plus de mal que n'importe lequel de tes camarades à apprendre à lire et à écrire. Pas même d'avoir été le punchingball de tous ces garçons que tu détestais ? Oh, si j'avais continué à mouiller mon lit à cette âge-là je crois que j'aurais eu honte… je crois que j'aurais eu honte du garçon apeuré et couvert d'urine qui n'avait même pas la force de se battre quand son père lui hurlait dessus si j'étais à ta place.
Il s'agissait d'un mensonge bien sûr. Ce petit garçon que tout le monde battait ou humiliait était une victime. Il avait vécu l'enfer. Il avait traversé les pires épreuves. Et Dean avait de la peine pour ce petit garçon. Il aurait aimé pouvoir l'aider à l'époque. L'empêcher de subir toutes ces tortures. Il aurait aimé pouvoir le sauver. Mais l'homme qui le faisait souffrir n'avait plus rien de ce petit garçon. C'était un monstre à abattre. Et se moquer ainsi de lui était sa seule solution. Il devait le pousser à sortir de la pièce. Le forcer à fuir ces propos et à s'isoler un moment pour retrouver son calme.
- Ce petit garçon était faible. Je le reconnais. Mais je ne suis plus ce petit garçon à présent.
- Tu le seras toujours si tu veux mon avis. Tu continues à avoir peur. Tu continues à être terrifié la nuit dans ton lit. Tu as toujours peur du noir. Et si tu entendais la voix de ton père, je suis presque sûr que tu te ferais pipi dessus comme autrefois. Il serait tellement déçu de toi. Il aurait tellement honte s'il te voyait. Tu es soulagé qu'il soit mort non ? Parce que tu sais ce qu'il dirait s'il était encore là.
- Ferme-la !
Dean secoua la tête alors que le tueur lui relâchait enfin le cou. Il prit une grande inspiration puis le regarda le contourner pour lui faire face à nouveau. Il pouvait lire la colère sur son visage. Mais elle n'était pas le seul sentiment qui l'envahissait. La peur était là. La même qu'il avait ressenti à l'époque. Cette terreur indicible que seul un enfant peut ressentir. Dean l'avait touché. Il avait réussi à appuyer là où c'était le plus douloureuse. Il avait trouvé la blessure qui ne parvenait pas à guérir. Il devait absolument continuer sur sa lancée.
- Je ne peux peut-être pas communiquer avec les morts mais je sais exactement ce qu'il te dirait s'il était à ma place… il te rappellerait que tu es toujours aussi faible. Que tu restes le bâtard dont il n'a jamais voulu. Parce qu'il ne t'a jamais désiré n'est-ce-pas Franck ?
Parmi la masse d'informations qu'il avait obtenues, il y avait le vrai nom de son bourreau. Alastair était bien évidemment un pseudonyme. Il s'appelait Franck Carter. Un nom bien banal pour un tel monstre.
Tu crois m'impressionner parce que tu connais mon vrai nom ? Tu penses que l'entendre me fera du mal ?
- J'en suis convaincu oui. Parce que tu as cherché toute ta vie à devenir quelqu'un d'autre. Tu as voulu tirer un trait sur Franck Carter. Tu as voulu le faire disparaître pour de bon. Tu as coupé les ponts avec tout ce qui pouvait te rappeler qui tu étais avant. Tu voulais qu'Alastair soit quelqu'un d'autre. Un homme sans passé. Sans souvenirs. Mais tu n'y es pas arrivé. Franck est toujours là… tapi quelque part dans ton inconscient. Et si je ne peux pas blesser Alastair, Franck lui… je suis parfaitement capable de lui faire mal.
Il lut sur le visage du tueur qu'il avait marqué un point décisif. Il avait réussi à pointer du doigt une évidence qu'il avait lui-même cherché à ignorer jusque-là. En prononçant son vrai nom, il avait enfin réussi à l'atteindre. Il était passé derrière les défenses qu'il avait érigé pour se protéger de ses propres souvenirs. Dean s'était infiltré dans sa tête et il ne comptait pas s'arrêter là. Il devait encore porter le dernier coup.
- Je le plains tu sais… Franck… j'ai de la peine pour lui. Aucun enfant ne devrait subir ce que tu as subi. Aucun enfant ne devrait connaître de telles tortures. Et j'aurais pu avoir de la peine pour toi aussi maintenant que je sais. Sauf que ce n'est pas le cas. J'ai pitié de toi. Parce que tu n'as rien surmonté du tout. Tu n'as pas su te montrer fort ou courageux. Tu as fui. Tu as été lâche. Tu as préféré baisser les bras et t'inventer une autre vie. Pas parce que celle d'avant était trop difficile… non, juste parce que toi tu étais trop faible pour lui faire face.
La colère déforma une seconde les traits d'Alastair et Dean sut alors qu'il avait gagné. Bien sûr, son adversaire ne quitta pas la pièce aussitôt. Il le frappa violemment au visage avant. Le jeune homme encaissa le coup, satisfait de sa victoire. Il encaissa les suivants avec la même certitude gravée dans son esprit. Il avait remporté un combat. La guerre n'était pas finie mais il avait repris le dessus. Et cette fois, il ne se laisserait plus distancer à nouveau.
Il n'aurait pas su dire combien de temps cela dura. Il se contenta d'attendre que les coups cessent. Il garda les yeux rivés sur son bourreau jusqu'à la fin. Puis, quand ce dernier recula, il cracha par terre un peu de sang qui s'accumulait dans sa bouche.
- Je ne crois pas que Dieu, s'il existe, aurait choisi quelqu'un comme toi… un lâche… un faible… un idiot, ajouta-t-il en guise de conclusion.
Alastair fronça les sourcils et pendant une seconde, il sembla hésiter à frapper Dean à nouveau. Il avait les poings et la mâchoire serrés. Il semblait furieux. Il avait visiblement du mal à se contrôler et le jeune homme eut peur, l'espace d'un instant, d'en avoir trop dit. Mais Alastair finit par secouer la tête comme pour sortir de sa transe. Il quitta ensuite la pièce sans ajouter un mot, laissant Dean seul pour la première fois depuis son réveil. Le jeune homme n'aurait sans doute pas cette même chance une deuxième fois. Il n'aurait qu'un seul essai. Il devait absolument réussir.
Le problème restait qu'il n'avait jamais rien fait de ce genre. Il n'avait jamais cherché à établir le contact avec qui que ce soit. Il laissa les visions ou les cauchemars venir à lui. Il laissait son don agir sans tenter de le forcer. Mais il n'avait pas ce luxe cette fois. Il devait prendre les reines.
Il regrettait à présent de ne jamais avoir cherché à en apprendre plus sur son don. Il s'était contenté de l'accepter et de l'écouter Mais il ne s'était pas montré curieux. Il n'avait pas cherché à savoir s'il pouvait en faire plus. S'il avait d'autres aptitudes que celle de rêver de gens en danger afin d'aider à les localiser. Il aurait dû se poser toutes ces questions avant. Cela lui aurait évité d'avoir à avancer totalement à l'aveugle.
Mais les regrets ne lui servaient à rien. S'auto-flageller ou se critiquer ne faisaient que lui faire perdre du temps. Il inspira profondément pour tenter de calmer le rythme de son cœur et chasser les dernières pensées négatives de son esprit. Puis il expira lentement par le nez. Il reproduisit ceci à plusieurs reprises jusqu'à être sûr d'être aussi calme que possible dans sa situation. Il ne savait pas quand Alastair reviendrait. Il devait aller à l'essentiel.
Il ferma les yeux et commença par visualiser le visage de son petit ami. Presque aussitôt, il sentit un léger sourire étirer ses lèvres. Il ne fut pas surpris de constater à quel point cette simple image suffisait à le calmer. A le faire se sentir moins seul. Il s'y raccrocha alors qu'il tentait à présent de visualiser l'endroit où son petit ami pouvait se trouver en ce moment. C'était difficile puisqu'il n'avait aucune idée de l'heure qu'il pouvait être. Il n'aurait même pas su dire si c'était le jour ou la nuit. Il connaissait toutefois suffisamment Castiel pour être convaincu que son petit ami n'était pas tranquillement installé dans son canapé et en train de dormir dans son lit. Il était très certainement en train de le chercher. Et le meilleur endroit pour le faire tout en étant en sécurité restait le commissariat.
Dean l'imagina donc derrière son bureau, les yeux rivés sur son écran d'ordinateur. Quelque chose clochait dans cette image. Il se concentra dessus et après de longues secondes sans rien ressentir de plus, Gabriel apparut à son tour assis sur le coin du bureau de Castiel. Dean hocha la tête. Cela lui semblait plus juste.
Il se concentra sur cette image et tenta de ressentir ce lien qui existait entre son petit ami et lui. Il imagina un fil doré qui sortait de sa poitrine et quittait la pièce. Qui s'étendait à travers les rues. Tournaient dans de nouvelles. Puis entrait dans le commissariat où Castiel se trouvait. Il l'imagina grimpant les escaliers jusqu'à son petit ami. Il le vit enfin pénétrer sa poitrine et se connecter directement à son cœur.
Presque aussitôt, il vit Castiel relever la tête des papiers qu'il consultait. Il n'était pas sûr qu'il ne s'agissait pas là de son imagination. Il n'avait jamais rien fait de tel. Il ne pouvait qu'espérer qu'il n'inventait pas tout.
Une fois la connexion réalisée, il prononça mentalement le nom de son petit ami. Il tenta de le penser aussi fort que possible et de le projeter à travers le lien qui les unissait. Il voulait que Castiel l'entende. Qu'il sache que Dean l'appelait. Qu'il s'adressait à lui. Il le répéta encore et encore. Il ne pouvait pas être sûr que son petit ami l'entendait bien sûr. Mais il avait envie de croire que leur lien était suffisamment fort pour que cela soit possible.
Il n'avait de toute façon pas vraiment le temps de continuer à prononcer son nom. Il ne pouvait pas attendre de réaction de sa part. Il devait commencer à lui donner d'autres informations. Celles qui étaient vitales pour lui.
Il devait fournir un effort pour garder cette connexion ouverte et ne pas se laisser déconcentrer. Mais à mesure que les secondes passaient, il avait la sensation que tout son corps se réchauffait. Qu'une boule d'énergie se formait au centre de sa poitrine. Il se sentait bien. Il ne se sentait plus seul. Mieux encore, il se sentait en sécurité. Cela devait forcément signifier quelque chose.
Il s'accrocha à cette sensation et au visage de Castiel. Il regardait dans le vide à présent. Un peu comme s'il voyait quelque chose qui n'était pas là. Ou qu'il entendait une voix qu'il ne parvenait pas à identifier. C'était sans doute bon signe.
Il continua à se concentrer autant que possible et commença à énumérer toutes les informations qu'il possédait maintenant sur son bourreau.
Il donna son vrai nom, sa date de naissance, une description physique aussi précise que possible. Il donna son adresse. Celle où il retenait Dean. Il n'était pas ici chez lui. Il squattait un endroit abandonné depuis plusieurs années maintenant. Il l'avait choisi parce qu'il n'existait aucun lien entre lui et cet endroit. Parce que même avec son nom, on ne pourrait pas le localiser ici. Personne ne pourrait faire le lien puisqu'il n'y en avait aucun.
Dean transmit ensuite toutes les informations qu'il avait obtenu concernant son enfance. Le genre de garçon qu'il avait été. Ce qu'il avait subi. Ce qu'il lui avait dit également. Il n'omit aucun détail. Il n'était pas sûr que cela soit utile mais il avait besoin de le dire. Parce qu'il existait une infime chance pour que Castiel n'arrive pas à temps. Et s'il venait à mourir, la police aurait besoin de ces informations et n'aurait personne pour le leur donner. Il devait le faire pendant qu'il le pouvait encore.
Il répéta ensuite l'adresse à plusieurs reprises au cas où Castiel n'aurait pas eu le temps de la noter.
Quand il n'eut plus aucune information à transmettre, il entreprit de rassurer son petit ami sur son état. Il ne fit pas de liste détaillée des tortures qu'il avait subies. Il ne dit pas grand-chose de ses blessures non plus. Mais il jura à son petit ami qu'il tiendrait bon aussi longtemps que possible. Qu'il avait encore suffisamment de force pour tenir tête à son agresseur. Qu'il se sentait fort. Il lui assura qu'ils se reverraient bientôt. Que tout serait très vite terminé. Qu'ils pourraient oublier cette épreuve et passer à autre chose. Il lui affirma enfin qu'il l'aimait plus tout. C'était important que Castiel l'entende au cas où.
Quand Castiel avait rouvert les yeux, il se trouvait toujours sur le sol du salon de la maison où Dean et lui avaient été caché. Il était sur le dos, les bras le long de son corps. Une affreuse migraine l'empêchait de bouger et de se relever. Il ne savait pas depuis combien de temps il était là. Le jour était levé. Il voyait les rayons du soleil au sol. Mais il n'en savait pas beaucoup plus.
Il tourna la tête sur le côté et sans surprise, constata que Dean avait disparu. Le tueur l'avait emmené avec lui. Il avait toutefois laissé Castiel en vie. C'était une erreur. Car le jeune policier allait le retrouver. Et cette fois, il n'avait plus la moindre hésitation. Il le tuerait sans sourciller. Il se fichait qu'on puisse estimer que cela n'était pas nécessaire. Il le ferait même si son adversaire était désarmé.
Il se redressa doucement. Il était nauséeux et sa migraine n'aidait pas. Ses muscles étaient encore trop faibles pour le porter convenablement mais il se força tout de même à se mettre debout. Il ne pouvait pas perdre de temps à reprendre des forces. Dean était entre les mains du tueur et il était probablement déjà en train de le torturer.
Il venait tout juste de se remettre sur pied quand Gabriel arriva. Il était accompagné de deux autres policiers que Castiel ne connaissait que de vue. Il laissa son coéquipier le soutenir mais il refusa d'être conduit au salon pour s'asseoir.
- Il a Dean… il a tué les agents qui nous surveillaient. Je ne peux pas… on doit le retrouver rapidement. Je n'ai pas de temps à perdre à me reposer, expliqua-t-il.
Et parce que Gabriel le connaissait suffisamment pour ne pas insister, il le conduisit à l'extérieur à la place. Il l'installa sur le siège arrière de sa voiture puis se glissa derrière le volant. Il mit le moteur en marche, laissant derrière lui les deux autres policiers pour collecter les indices sur place. Ils n'en trouveraient pas. Le tueur avait fait en sorte de ne laisser aucune trace derrière lui.
- Dis-moi tout, lança Gabriel quand il fut engagé sur la route.
Castiel lui raconta alors tout ce qui s'était passé. De sa décision stupide d'organiser une surprise pour son petit ami. De la livraison de la nourriture. De la drogue qui devait probablement se trouver dedans. Des sensations qu'il avait commencé à sentir à la fin du repas. Puis de l'arrivée du tueur. De tout ce qu'il leur avait dit. De ses menaces. Il ne garda rien pour lui. Il tenta de se remémorer les moindres détails. Parce qu'il ne savait pas ce qui pourrait leur servir ou non. Gabriel ne l'interrompit pas. Il nota sans doute mentalement chaque information.
Le trajet lui sembla interminable. Les effets du somnifère s'étaient dissipés et il se sentait déjà plus alerte. Prêt à se battre. Il avait besoin de faire quelque chose. N'importe quoi. Être coincé dans cette voiture était une perte de temps. Et Dean était probablement déjà en train de souffrir pendant qu'il ne faisait rien. Cela le rendait fou de rage et de frustration. Il avait envie de crier. Envie de tout casser autour de lui.
Il parvint toutefois à rester calme en se remémorant continuellement chaque petit détail de la soirée. Il ne devait surtout rien oublier. Il commença à échafauder un plan. Une liste de gens à appeler. Il allait devoir contacter Charlie au plus vite. Exiger également que les proches de Dean soient mis en sécurité. Il avait tant à faire.
Ils finirent par arriver au commissariat. Castiel ne perdit pas une seconde et monta directement à son bureau. Il nota aussitôt sur son carnet tout ce dont il se souvenait. Puis il alluma son ordinateur et commença à se mettre au travail. Il avait surtout l'impression de brasser du vent. Il n'avait pas beaucoup plus de nouvelles informations sur lesquelles travailler. Mais il avait au moins l'impression de faire quelque chose.
Il appela Benny, Charlie et tous les indics qu'il connaissait. Il tenta de leur soutirer des informations mais il les avait déjà appelés. Et ils ne savaient rien de plus. Il était plus frustré encore après chacun de ses coups de fil. Mais il continuait. Parce que Dean comptait sur lui. Parce qu'il était seul avec le tueur et qu'il avait besoin d'aide. Castiel refusait de trop penser aux souffrances qu'il était probablement en train de subir. Il n'était pas sûr de pouvoir fonctionner correctement s'il le laissait envahir par la peur. La colère, elle, était une bien meilleure alliée. Il puisa en elle pour continuer à aller de l'avant.
Gabriel finit par le rejoindre et par prendre place à côté de lui sur le coin de son bureau. Il passa quelques coups de fil de son côté. Il suggéra quelques pistes. Et si toutes semblaient logiques, Castiel savait qu'elles ne mèneraient à rien. Ils les avaient déjà explorés et n'avaient rien trouvé de plus.
Il avait les yeux rivés sur un dossier quand il sentit une drôle de sensation de sa poitrine. Ce n'était pas désagréable. Bien au contraire. C'était comme une boule de chaleur qui grandissait doucement en lui. Elle s'était logée au creux de son cœur. Il n'aurait pas su la décrire précisément. Mais elle était positive. C'était une bonne chose. Il leva alors la tête. Il aurait pu jurer que pendant une seconde, il avait vu une sorte de fil doré qui sortait de sa poitrine et filait droit devant lui pour sortir de la pièce. Il n'y aurait probablement pas prêté attention avant. Mais maintenant qu'il connaissait Dean, il le prenait très au sérieux. Cela signifiait forcément quelque chose.
Il ferma les yeux une seconde et le visage de son petit ami apparut derrière ses paupières closes. Il y avait du sang au coin de sa lèvre. Il avait des hématomes sur les joues et le front. Mais il semblait relativement intact pour le moment. Castiel était convaincu qu'il ne s'agissait pas là de son imagination. Ce qu'il voyait était réel. Il n'avait pas le même don que Dean. Mais le jeune homme semblait avoir trouvé le moyen de communiquer avec lui. Castiel n'avait pas le temps de se demander pourquoi ou comment. Il devait emmagasiner le maximum d'informations pendant que la connexion était ouverte.
- Castiel ?
Le jeune policier sursauta et rouvrit les yeux en entendant son nom. C'était la voix de Dean. Il l'aurait reconnu entre mille. Il se concentra dessus et rapidement, tout ce qui l'entourait disparu. Il pouvait voir le fil doré à nouveau. Il aurait presque pu le toucher. Mais il ne voulait surtout pas prendre le risque de tout gâcher en le faisant. Il devait rester concentré sur la voix de son petit ami.
- Castiel, c'est moi. Je ne sais pas si tu m'entends ou non et je ne sais pas de combien de temps je dispose alors… je vais te dire tout ce que je sais maintenant et prier pour que tu m'entendes.
Castiel aurait aimé pouvoir lui confirmer qu'il l'entendait mais il était sûr que cela n'aurait servi à rien. La connexion ne se faisait que dans un sens. Lui n'avait pas le même pouvoir.
- Son vrai nom est Franck Carter. Alastair est un surnom qu'il a choisi pour tirer un trait sur son ancienne vie. Elle n'a pas été tout rose. Crois-moi, il a souffert au-delà de ce que je pensais possible. Mais… je vais y revenir. Il me détient au 113 West Street dans un sous-sol. C'est une maison abandonnée qu'il squatte justement parce qu'elle n'a aucun lien avec lui. Il n'y a personne d'autre que nous dans le bâtiment. Cela devrait faciliter votre intervention.
Castiel nota mentalement l'adresse. Il aurait pu couper là la connexion puisqu'il avait l'information principale. Mais il pouvait sentir que Dean avait encore des choses à lui dire. Il choisit donc de l'écouter jusqu'au bout.
- 113 West Street Cas… une maison au crépis clair enfermée entre deux bâtiments plus haut et plus récents. Une petite maison qu'on ne remarque pas en passant devant… parce qu'elle n'a rien de particulier… rien de remarquable. C'est pour ça qu'il l'a choisi. Peut-être aussi parce qu'elle lui rappelle un peu celle qu'il habitait quand il était enfant… celle où son père l'enfermait dans la cave ou dans un placard. Il l'attachait pendant des heures sans lui donner à manger et à boire… pour le punir ou pour le plaisir. Son père était quelqu'un de cruel mais il n'est pas le seul à avoir abusé de lui. C'était une victime Cas… une victime de ses camarades de classe… de tous les adultes qu'il a croisés… de son père et de… il a été maltraité, humilié et rabaissé un nombre incalculable de fois. Franck Carter a souffert le martyre quand il était enfant. Et je pense que c'est pour ça qu'il est devenu l'homme qu'il est… le monstre qu'il est aujourd'hui. Il reproduit ce que ces gens lui ont fait subir. Il est passé de victime à bourreau. Il a repris le contrôle. Et la religion… c'est un prétexte. Il s'en sert pour justifier ce qu'il fait. Mais c'est un malade Cas. Un désaxé. Il est capable de tout et rien ni personne ne pourra l'arrêter… sauf à employer la méthode forte.
Castiel hocha la tête même si Dean ne pouvait pas le voir. Il avait de la peine pour le petit Franck Carter. C'était une victime de la cruauté des gens et du monde. Il n'en avait en revanche aucune pour Alastair. Lui avait choisi de faire le mal. Et il détenait Dean. Il le torturait. Le faisait souffrir. Il n'avait aucune excuse. Castiel allait l'arrêter. Il lui collerait une balle dans la tête.
Dean continua à lui donner des informations sur le passé d'Alastair et Castiel continuait à l'écouter. Il avait conscience que le temps pressait. Mais il refusait de rompre le lien que Dean avait établi. Il permettait à Castiel de se sentir proche de lui. Il le savait toujours en vie et prêt à se battre. Rien ne lui garantissait que cela serait toujours le cas quand il arriverait à l'adresse donnée. Il aurait pu y envoyer une équipe pendant qu'il conservait cette connexion avec Dean. Mais il avait besoin d'y aller lui. D'être sur place. De voir Alastair mourir. D'observer son cadavre pour être enfin sûr qu'ils étaient en sécurité. Que ce cauchemar était réellement terminé.
- Cas, je… je ne vais pas te dire que je vais bien parce que tu sais que c'est un mensonge. J'ai peur et il m'a fait mal mais… je vais tenir bon. Je vais me battre jusqu'à ce que tu arrives. Jusqu'à ce que tu sois là. Je ne le laisserai pas gagner. Je ne le laisserai pas nous échapper à nouveau. Il ne sait pas ce que je suis en train de faire mais il pourrait le deviner dès qu'il reviendra dans la pièce. Alors ne perds pas une seconde. De mon côté, je vais m'accrocher. Je te le promets. Et n'oublie surtout pas que je t'aime… plus que la vie elle-même et plus que je ne croyais possible d'aimer qui que ce soit. Je t'aime.
Castiel sentit les larmes lui monter aux yeux. Ce n'était pas la première fois que Dean lui faisait une telle déclaration. Mais celle-ci était différente. Parce qu'elle sonnait comme un dernier « je t'aime » prononcé au cas où l'issue de ce cauchemar ne serait pas bonne. C'était presque comme si Dean avait ressenti le besoin de le dire au cas où. Et ce « au cas où », Castiel avait du mal à l'accepter. Il pensa très fort à ses propres sentiments et tenta de les projeter à travers le lien. Il ne pouvait pas être sûr que cela fonctionnerait. Il devait quand même essayer.
- 113 West Street Cas… n'oublie pas et… je dois te laisser. Je l'entends revenir. Dépêche-toi de venir mon amour. Je t'attends.
Le lien se brisa alors brusquement et Castiel ne put s'empêcher de crier le nom de son petit ami. Les policiers autour de lui tournèrent le visage dans sa direction, visiblement surpris. Castiel ne leur prêta toutefois aucune intention. Il se fichait qu'ils puissent le croire fou ou se moquer de lui. Il avait plus important à faire.
- Cas, qu'est-ce que tu… commença Gabriel en le dévisageant. Tu… tu semblais ailleurs pendant quelques minutes.
- Dean a pris contact avec moi. Il a réussi à… il a réussi à me parler.
- Dans ta tête ?
- Je ne saurais pas vraiment te dire par quel miracle il a réussi à me parler mais ça a quelque chose à voir avec ce lien qu'on sent entre nous depuis le premier jour. Mais ce n'est pas le plus important. Il m'a donné l'adresse à laquelle il se trouve… là où son bourreau le détient. On doit monter une équipe et on doit y aller maintenant.
Il ne fut pas surpris quand Gabriel ne demandait pas plus d'explication. Il savait que son ami avait lui aussi confiance en Dean. Il le savait capable d'accomplir un tel miracle. Il descendit du bureau et se remit sur ses pieds.
- Je t'écoute.
Castiel lui fit alors un rapide résumé de ce que Dean lui avait appris. Il n'avait pas le temps de lui donner tous les détails. Il se contenta donc des grandes lignes et des éléments importants. Gabriel l'écouta avec attention. Puis, ils prévinrent leur patron qu'ils avaient une adresse sans en dire plus sur la manière dont ils l'avaient obtenu. Ils obtinrent que le SWAT les accompagne. Castiel dut en revanche insister pour entrer en même temps qu'eux. Ce n'était pas la procédure ordinaire. Les inspecteurs attendaient toujours que le SWAT soit intervenu pour entrer à leur tour. Mais cette fois, Castiel ne se contenterait pas d'attendre le résultat de l'opération depuis sa voiture. Il entrerait avec l'équipe d'intervention. Il serait celui qui tuerait Alastair et qui libèrerait Dean.
Gabriel et lui descendirent récupérer d'autres armes et leur gilet par balle. Le policier en charge de les leur donner partit récupérer ce qu'ils avaient demandé dans une pièce sécurisée les laissant seuls quelques secondes. Castiel en profita pour faire part de ses intentions à Gabriel. Il le lui devait.
- Je vais le tuer… Alastair. Je me fiche qu'il soit armé ou non. Je me fiche que cela puisse ne pas être considéré comme de la légitime défense. Je vais le tuer. Parce que je refuse qu'il continue à exister… je refuse qu'il puisse continuer à s'introduire dans l'esprit de Dean. Je veux le voir mort. Pour ce qu'il a fait.
Gabriel ne dit rien pendant de longues secondes et Castiel eut alors peur que son ami s'oppose à son plan. Il fut soulagé quand ce dernier hocha finalement la tête pour lui donner son accord.
- Qu'est-ce que je peux faire pour t'aider ? Tu sais que je suis de ton côté. Je ferai ce que tu me demanderas de faire.
- Tu… tu ne vas pas me dire que c'est de la folie… que c'est un meurtre.
- Non. Je ne te dirai rien de tout ça même si c'est probablement vrai. Parce que je m'en fiche. Parce que ce type sera toujours une menace pour Dean. S'ils n'étaient pas connectés… s'il n'était pas capable de lire dans sa tête, je t'aurais dit de ne pas le tuer mais je refuse de faire courir le risque à mon ami. Et puis je suis ton coéquipier Castiel… et ton ami. Je serai toujours là pour t'aider et te couvrir. Je mentirai s'il faut.
Castiel hocha la tête. Il aurait voulu pouvoir remercier Gabriel avec des mots mais leur collègue revenait dans la pièce. Il se contenta donc de lui saisir l'avant-bras et de le serrer une seconde en lui adressant un hochement de tête. Il espérait que le message était passé. Gabriel lui adressa un sourire puis ils récupérèrent leur matériel avant de prendre la direction du parking. Le SWAT était déjà prêt, armés et vêtus de leur tenue d'intervention. Castiel connaissait le commandant de l'unité. Ils avaient déjà travaillé ensemble. Ils s'appréciaient. Cela lui faciliterait la tâche.
- On m'a dit que vous vouliez être présent pendant l'intervention, lança son collègue dès qu'il fut à sa hauteur.
Castiel hocha la tête. Il était soulagé de ne pas sentir de reproche dans le ton de son interlocuteur. Il savait que les agents du SWAT n'appréciait pas vraiment d'être ainsi accompagnés. Ils estimaient que les inspecteurs les gênaient dans leurs interventions. Mais il ne semblait pas avoir envie de s'y opposer cette fois.
- Il détient l'homme que j'aime, se contenta-t-il de dire pour s'expliquer.
Il n'avait pas pensé l'avouer ainsi. Il ne l'aurait jamais fait en temps normal. Ce qui était stupide. Car il avait envie de le crier sur tous les toits. Il avait envie que tout le monde sache la chance qu'il avait d'avoir Dean dans sa vie. Et de faire partie de la sienne. Il ne devait surtout pas en avoir honte. Comme son petit ami le faisait si bien, il devait se détacher de l'opinion des autres et ne se concentrer que sur celle des gens qu'il aimait.
Il ne cacherait jamais sa relation avec le jeune homme à ses collègues. Mais ce n'était sans doute pas le meilleur moment pour en parler. C'était en revanche la meilleure explication qui soit pour exiger d'être présent lors de l'intervention. Et son collègue semblait le penser aussi puisqu'il hocha la tête en posant une main amicale sur son épaule.
- On va le récupérer… on va le sauver. Et on va arrêter ce monstre. Il ne pourra plus jamais faire de mal à qui que ce soit. Je vous le promets.
Castiel ne connaissait pas vraiment le chef de l'unité du SWAT. Ils avaient travaillé ensemble mais il ne savait rien de lui personnellement. Il fut donc légèrement surpris de le voir accepter ce qu'il venait de lui dire comme si c'était parfaitement normal.
- Vous… vous savez que je… je ne repartirai pas tant qu'il… commença-t-il alors prêt à avouer ce qu'il avait en tête sans trop savoir pourquoi.
- Tant qu'il ne sera pas hors d'état de nuire je sais. Ne vous en faites pas Castiel. Personne dans mon unité ne s'y opposera.
Castiel hocha la tête alors que son collègue retirait sa main de son épaule. Il se tourna ensuite vers ses hommes et leur fit signe de monter dans le camion d'intervention. De son côté, Castiel suivit Gabriel jusqu'à leur voiture. Il choisit de ne pas prendre le volant. Il était bien trop tendu pour être sûr de ne pas commettre de bêtises. Il était plus raisonnable de laisser Gabriel conduire.
Il jeta un coup d'œil à sa montre quand son coéquipier mit le moteur en route. Il ne s'était pas écoulé énormément de temps depuis sa « conversation » avec Dean. Ils avaient agi rapidement. Mais pour le jeune homme, cela avait dû sembler incroyablement long. Son bourreau avait pu lui infliger d'horribles tortures pendant que Castiel se préparait. Il avait même eu le temps de le violer. Ou de le tuer. Mais le jeune policier ne devait surtout pas y penser. Cela faisait monter la rage en lui. Il avait besoin de la colère qui l'habitait. Elle saurait l'aider lors de l'intervention. Mais une rage aveugle et incontrôlée le pousserait à commettre des erreurs. Et il n'était pas uniquement question de sa vie et de sa propre sécurité. Cette fois, il était question de sauver Dean. Castiel ne devait surtout pas l'oublier. La vie de son petit ami était sa priorité. Tuer Alastair, même si c'était important, n'arrivait qu'en second. Il devait garder la tête froide et rester avant tout concentré sur son objectif. Il devait agir en tant que policier et non pas seulement en tant que petit ami. C'était sans doute là le plus difficile. Mais il s'en savait capable.
Dean comptait sur lui. Il le lui avait dit. Il avait confiance en lui. Il allait se battre de son côté pour tenir bon jusqu'à son arrivée. Mais il lui avait demandé de faire vite. Il lui avait demandé de le sauver. Et Castiel était conscient de l'immense responsabilité que cela faisait reposer sur ses épaules. Il avait la vie de l'homme qu'il aimait plus que tout entre ses mains. Une erreur et il pourrait le perdre. Il serait alors incapable de s'en remettre. Car sans Dean, sa vie n'avait plus aucun sens.
Il n'avait pas le droit d'échouer. Pas le droit de commettre la moindre erreur. Pas le droit de se laisser déconcentrer par ses émotions et ses sentiments. Il devait devenir une machine de guerre durant le temps de l'intervention et oublier tout le reste. Il priait pour que cela suffise.
