En cette période de printemps, la température était clémente et les nuages rares, ce qui illuminait les après-midis d'une manière des plus agréables. Le docteur Hannibal Lecter, ancien chirurgien et récent psychiatre, se délectait de cette douce météo, qui lui permettait de se parer de ses plus beaux costumes, sans souffrir ni du froid ni de la sueur. Il demeurait ainsi impeccable, même en sortant cet après-midi-là de sa voiture, sur le parking du Centre de Détention pour Mineurs de Baltimore, Maryland. Sa veste était aussi parfaite que si elle venait tout juste de sortir du pressing, et le docteur ne put s'empêcher un petit sourire satisfait.
Il se devait de faire une merveilleuse impression face à son nouveau patient.
Ce cas était une aubaine, et il allait s'en saisir, aussi fermement qu'un couteau de cuisine.
Tranquillement, il s'élança à travers le parking, les semelles de ses chaussures de cuir claquant une douce mélodie sur le bitume.
Le patient. Il s'agissait d'un jeune homme qui allait souffler ses 18 bougies, et pour l'occasion, irait soit quelques années dans une véritable prison -et subir toutes sortes de harcèlements et viols, étant donné son jeune âge et les photos de son minois observées par le docteur Lecter-, soit passer un peu de temps en Institut Psychiatrique, soit être libéré. Et tout cela dépendait à présent uniquement du jugement du docteur Lecter.
Car, malheureusement -ou bien heureusement, selon Hannibal-, l'ancien psychiatre du jeune patient était décédé, et comme le hasard semble si bien faire les choses, c'était Lecter qui avait hérité du dossier. Lecter adorait donner de gentils petits coups de pouce au hasard.
Il avait déjà eu connaissance de l'affaire 3 ans auparavant, lorsqu'elle avait éclaté dans les médias et provoqué autant d'éclats qu'une véritable petite bombe. Une affaire pour le moins intéressante pour le docteur Lecter. Et pourtant, Dieu sait que rares étaient les événements qui pouvaient réellement intriguer le docteur, et une mention « Danger » clignotait en lettres rouges sur quiconque tiquait l'intérêt de Lecter.
Et c'était le cas de l'affaire Will Graham, et de Will Graham lui-même.
L'affaire en elle-même était souvent résumée ainsi : Un adolescent qui avait assassiné son père, à coups de couteau multiples, avant de tenter d'aller lui rissoler le cœur dans une poêle dans leur vieille cuisine de maison de campagne.
Hannibal tressaillit de plaisir en repensant à cette histoire.
Un des éléments qu'il n'eut jamais, fut de savoir si Will Graham avait eu l'intention de manger ce cœur après.
Hannibal tressaillit de nouveau, et souhaitait justement de tout son cœur que ce fut le cas.
Quoi de mieux qu'un patient tueur cannibale en puissance, et aussi mignon et attirant qu'une pêche mûre dans un jardin d'été ?
Définitivement, cette affaire était une aubaine, et Hannibal tentait de dissimuler son impatience, tandis qu'il pénétrait dans le bâtiment terne du centre de détention. Trois ans d'attente, cumulée à bien des stratégies et des manipulations, et le jour était enfin arrivé.
Du haut de ses 36 ans, Hannibal Lecter avait déjà été reconnu en tant que chirurgien, et l'un des plus jeunes psychiatres à avoir eu un retentissement de cette importance, suite à la publication de quelques ouvrages phares. Il était fin intellect, grand esprit, humaniste, et doué de ses mains, avec des dons insoupçonnés dans nombre de disciplines -l'art, la musique, les arts martiaux, ou encore la cuisine, pour ne citer que celles-ci. Un grand homme, talentueux et désiré, qui faisait plus d'un jaloux autour de lui.
Face à Will Graham, il allait briller comme le soleil, ramener de la lumière dans sa vie, le sortir de la spirale du système judiciaire, et lui enseigner quelques disciplines, notamment le perfectionner dans l'art du meurtre et de la cuisine. Oh, ça allait être tout bonnement délicieux et incroyable.
Hannibal allait bientôt avoir devant lui un diamant brut immense, qui n'attendrait que d'être taillé pour devenir la plus magnifique des pierres précieuses, prête à être sertie sur la plus magnifique des montures-Hannibal lui-même, évidemment. Ils allaient devenir, ensemble, le plus magnifique des bijoux. Rien que ça.
Hannibal Lecter n'était pas homme à avoir des limites.
On l'installa dans l'ancien bureau du psychiatre décédé, qui voyait aujourd'hui défiler plusieurs docteurs par jour, en attendant de fixer les choses.
Hannibal déposa délicatement son attaché-case en cuir d'agneau bordeaux, contenant le dossier de Will Graham, qu'il connaissait déjà de toute façon par cœur. Puis il s'installa dans le grand siège en buffle, vérifia l'état de son costume et de ses chaussures, puis attendit avec appétit l'arrivée du jeune patient.
Avant même de l'avoir vu, la salive lui montait dans la gorge, et plusieurs rêves l'avaient éveillé les dernières nuits, durant lesquels il dévorait les entrailles du garçon qui gémissait de plaisir.
La porte s'ouvrit.
'Chétif', pensa tout de suite Hannibal, qui s'était attendu à une meilleure condition pour le jeune homme. Etrangement, ses cheveux n'avaient pas été coupé depuis quelques semaines, ce qui dessinait une couronne de boucles folles autour d'un visage amaigri depuis les dernières photos qu'en avait eu Hannibal. Les yeux d'un bleu perçant étaient rivés au sol, et les épaules osseuses faisaient paraitre l'uniforme de détenu gris trop large.
Malgré ces menus détails, il était tout de même magnifique. Davantage que l'image virtuel.
Hannibal se leva, par politesse. Un geste que n'avait pas dû voir souvent Will Graham, car il fronça immédiatement les sourcils et haussa le regard, l'accrochant une seconde à celui du docteur. Ensuite, il fit l'étrange chose de scanner Hannibal de la tête aux pieds.
'Vif, intelligent,' constata Lecter, et ça le rassura instantanément. Il était au courant du don d'empathie -de contagion émotionnelle- du jeune homme, ou encore de ses problèmes sociaux. Il était au courant de tout ce qu'il était possible de savoir à propos de Will Graham. De ce que les professionnels avaient réussi à en savoir, tout du moins. Will Graham scannait le nouvel intrus, et tous les détails qui y étaient liés, pour se constituer un premier avis. Tout comme Hannibal scannait le jeune homme. Bien, un nouveau point commun, se félicita Lecter.
« B'jour, » lança le gardien, tenant depuis le début Will Graham par ses bras, attachés dans son dos par des menottes. Il l'approcha dans la pièce, et Hannibal observait sans se rassoir. « Il doit rester menotté, évitez de laisser des trucs pointus trop proches quand même, » lança le gardien, avant de pousser Will dans le siège qui l'attendait. Le jeune homme y tomba assit, son regard fuyant déjà sur la fenêtre. Il s'était absenté à une vitesse fulgurante.
« Merci, » répondit simplement Hannibal aux consignes du gardien. « Je ferai attention, vous pouvez disposer, » ajouta t-il, le pressant à partir avec suffisamment de fermeté.
Ainsi, ils se retrouvèrent seuls, et Hannibal put se rassoir. « Bonjour monsieur Graham, » s'exprima t-il, avec un ton posé et calme. « Je vous aurai bien serrer la main, comme le veulent les convenances, mais votre situation contrainte nous en empêche, et je dois vous dire que je regrette cette situation. » Il décidait de pousser sur le chemin qui avait intrigué Will et l'avait fait se focaliser, celui de la politesse et des manières, que ne recevaient plus le garçon. Et qui étaient la spécialité du docteur, justement.
Et ça fonctionna. Le regard bleu perçant quitta la vitre en un instant, pour se poser au niveau du bas du visage du médecin. Evitement du contact visuel direct.
« Bon-jour, » articula-t-il, avant de tout de suite demander, un sourcil légèrement froncé. « Pourquoi vouloir me serrer la main ? Personne ne l'a jamais fait. » Sa voix, malgré quelques trébuchements, renvoyait un certain calme, mais aussi un réel intérêt pour la situation.
Bien, il faudrait continuer à garder cet intérêt éveillé, car il semblait que le garçon s'échappait rapidement. Il devait préférer le ciel bleu et les nuages aux humains, c'était certain.
« Car c'est ainsi que le veulent les convenances, et je suis à cheval sur la politesse, » répondit le docteur, le regard parcourant le visage de son patient. Il adorait la légère proéminence de son menton. « Pensez-vous que certaines personnes ne méritent pas les politesses d'usage ? »
« Oui, » répondit instantanément Will, sans une once d'hésitation.
Hannibal voulut acquiescer ; pour lui, bien des gens méritaient plus souvent un coup de couteau qu'une poignée de main. Mais, il devait toujours tout de même laisser paraitre le plus aimable des hommes.
« Pensez-vous ne pas mériter ces politesses ? »
Will Graham ne répondit pas tout de suite, et Hannibal crut qu'il s'agissait d'hésitation. SI ça en avait été, ça aurait montré que le garçon ne se prenait pas que pour un monstre. Cependant, il ne s'agissait pas d'hésitation ; il s'agissait simplement d'un refus à l'analyse. Le regard s'enfuit à la fenêtre, et Hannibal perdait déjà un point. « Ne m'analysez pas, » gronda Will, et il venait de bâtir un premier mur entre eux.
Hannibal eut un petit sourire, s'adossant plus confortablement au siège. « Pourtant, nous avons justement une demi-heure consacrée pour discuter. » Hannibal évita le ré-emploi de l'analyse, préférant parler d'une discussion pour mettre le jeune homme à l'aise.
« Vous êtes psy, je sais ce que vous faites. » Les yeux bleus fixaient toujours le ciel bleu.
« Ne discutiez-vous pas avec votre précédent psy ? » Hannibal détestait employer ce mot, mais utiliser 'psychiatre' aurait fait reculer Will. Créer du lien par l'utilisation des mots.
« Pas trop. » Il haussa les épaules. « Et il connaissait déjà toute l'histoire, j'ai pas envie de la raconter encore, vous avez lu mon dossier, non ? » Il gesticula légèrement sur son siège, inconfortable avec les menottes.
« C'est vrai, je me fiche d'entendre de nouveau l'histoire qui vous a mené ici, » affirma Hannibal, et puis il se leva de nouveau de son siège, pour faire le tour du bureau. Ses chaussures claquaient doucement au sol, et ses pas étaient mesurés.
Will tourna de nouveau le regard sur lui. Encore vers son menton. Un point pour Hannibal.
S'il n'arrivait pas à l'attirer avec ses mots, il pouvait aussi utiliser les gestes.
« Ce qui m'intéresse par-contre, ce serait d'entendre l'histoire qui vous sortira d'ici, » ajouta-t-il avec un ton mi-gentil mi-complice. Il s'installa ensuite face à Will, les fesses contre le bureau de bois, leurs pieds proches. Il était debout et surplombait Will de toute sa hauteur.
C'était une tactique risquée ; soit Will allait se renfermer, par trop de proximité et de puissance, et leur demi-heure serait difficile à rattraper ; soit il se blottirait psychologiquement contre lui, se confiant à une figure dominante, rassurante et protectrice.
« Une histoire que nous allons écrire ensemble, et qui vous permettra de marcher librement sous ce ciel que vous semblez tant aimer, qu'en pensez-vous ? »
Le jeune homme fronça de nouveau les sourcils ; il l'intriguait. Un nouveau point. « Je ne crois pas que ça marche comme ça, l'histoire c'est l'histoire, on peut pas la changer, vous êtes juste censé lire ce qu'il y a dans mon crâne merdique, établir un diagnostic objectif, et ils en tireront des conclusions sur l'endroit où je serai censé être. Arrêtez donc de me baratiner pour que je vous parle. » Un ton méfiant, plus sec, mais il regardait toujours le docteur, autour de ses yeux.
Hannibal l'observait, captivé. Quel potentiel incroyable dans ce 'crâne merdique', pensait-il. Même l'utilisation de ce mot ne le dérangeait pas autant, venant d'un adolescent, qui de toute façon évoluait avec des centaines d'autres adolescents garçons, qui devaient tous avoir un langage exécrable. « Je ne pense pas que le contenu de votre crâne soit, comme vous le dites, 'merdique'. Tout le monde sait que vous aviez des circonstances atténuantes. »
Le père alcoolique et violent, qui avait tenté une fois de tuer le fils après avoir découvert une possible homosexualité.
« Et le tribunal a reconnu un coup de folie passager, pour ce que vous avez fait après le crime. Vous ne vous en souvenez même pas, vous étiez perturbé par ce que vous veniez de faire. C'est la panique, mêlée à la culpabilité, deux sentiments très puissants, qui vont ont fait agir dans cette direction contre votre gré. Ainsi, je ne pense pas que le contenu de votre tête soit plus 'merdique' que n'importe qui, monsieur Graham. » Un joli coup ; il venait de le complimenter, de le traiter comme un individu normal, de le déculpabiliser de son crime, et de le traiter avec politesse.
Graham écoutait, complètement focalisé. Il semblait réfléchir à toute vitesse ; analysait-il tout ce que dégageait le docteur, tout ce qu'il disait, et se remémorait-il tous les actes qu'il avait faits ? Hannibal se dit que ça devait être un incroyable capharnaüm, l'addition de tous ces éléments à traiter. Cependant, il attendit que Will mette un peu d'ordre en lui, et qu'il s'exprime.
« Ça change rien, ça c'est le passé de toute façon, je mérite pas de sortir pour l'instant, et personne ne me laissera le faire, » s'entêta-t-il dans cette direction. « J'ai tué mon père, j'ai essayé de la bouffer ; je suis fou, c'est évident, je pourrai recommencer sans même m'en rendre compte. Qui me laisserait sortir, hein ? C'est trop dangereux. »
Hannibal adorait comme sa bouche prenait multiples positions quand il s'exprimait avec ferveur. Une si mignonne bouche qui dansait sur d'adorables mâchoires, creusant de tendres fossettes. Il était tellement appétissant.
« Avez-vous eu, avant cet acte, ou depuis cet acte, des envies similaires ? » demanda tranquillement Hannibal, et il priait pour que la réponse soit oui. « Je ne pense pas, » ajouta Hannibal. Erreur professionnelle grossière ; il n'a pas laissé répondre son patient, mais lui a insufflé une réponse à sa place.
Manipulation psychologique. Le début d'un jeu excitant.
« J'ai étudié votre dossier, Monsieur Graham. Je suis un des psychiatres les plus qualifiés du pays, et je sais que votre acte relève d'une folie passagère, qui n'a aucune raison d'être possiblement réitérée, étant donné que la source de cette folie a justement disparu durant cet acte. Vous avez éteint l'élément déclencheur dès le premier coup. Il n'y a plus aucune raison de s'inquiéter que cela recommence. »
C'était faux. Ça pouvait recommencer, Will avait un dysfonctionnement en lui ; et il avait goûté au sang et à l'adrénaline. Il pourrait certes idéalement éviter toute sa vie de recommencer, avec des efforts, mais il pourrait également le refaire, avec peut-être des efforts aussi. Il serait sans cesse tiraillé.
Mais pour l'instant, l'étape de le faire recommencer était lointaine dans le plan machiavélique de Hannibal. D'abord, rassurer le jeune homme, dresser un superbe diagnostic contenant des éléments factices, le faire sortir du centre. Décrocher en prime le rôle du sauveur, et la figure d'un protecteur, d'un parent, pour un orphelin. Ensuite, continuer de le suivre psychologiquement, établir une connexion entre eux, idéalement amicale, voire, c'était une des options possibles, sentimentale et sexuelle. Durant tout ce temps, manipuler son merveilleux cerveau, et l'amener petit à petit à comprendre la beauté du meurtre. Et le délicieux goût de la viande.
Un plan ficelé, complexe, avec des centaines d'options envisagées. Mais Hannibal était prêt. C'était le projet le plus excitant de sa vie.
Si un élément échouait, et que le plan tombait à l'eau ; l'option était de dévorer Will Graham, ce qui n'était pas un dénouement déplaisant non plus.
Will Graham fixait toujours la bouche de Hannibal, et il tortilla ses bras, le bruit métallique des menottes raisonnant dans la pièce. Ses yeux étaient emplis d'un espoir à présent, qui semblait éteint depuis très longtemps ; une petite flammèche bleue brillait dans chaque prunelle. « Vous croyez vraiment ? » demanda-t-il, ne pouvant camoufler non plus l'espoir dans sa voix.
Hannibal avait l'impression d'avoir redonner de l'oxygène à quelqu'un qui se noyait depuis des années. C'était gratifiant ; sa poitrine se gonflait de fierté, et il avait envie de sourire.
« Bien sûr, » confirma-t-il, opinant du chef. Il laissa un sourire rassurant étirer ses lèvres si minces, fixant Will avec douceur. Mais le garçon évitait pertinemment son regard. Même, il baissa à ce moment complètement la tête, fixant ses pieds. Hannibal ne voyait plus qu'une boule de boucles brunes.
« J'étais sûr d'aller en prison, » murmura le garçon, secouant légèrement la tête. Les boucles dansaient. « J'en serai mort, vous savez ? » Sa voix se faisait plus tremblante, comme une corde de guitare qui venait d'être grattée.
« Je sais, » acquiesça Hannibal.
Et il fit de nouveau un geste non professionnel. Il tendit doucement sa main, et vint la poser délicatement entre la gorge et l'épaule de Will. Il n'eut le temps à peine que d'effleurer sa peau -qui semblait si chaude, si douce, au-dessus d'une carotide probablement vibrante. Car Will sursauta, un bond violent. Dieu, que ce jeune homme était délaissé et intouché. Cela créait des envies de le caresser absolument partout, de le rassurer gentiment, de le sentir trembler de plaisir d'être juste touché. Les enfants intouchés sont ceux qui ont le plus de chances de devenir psychopathes.
Hannibal n'apprécia pas complètement avoir ce genre de pensée si protectrice envers quelqu'un. Cela pouvait clairement l'affaiblir.
« Je suis désolé, » dit-il rapidement, ayant immédiatement ôter sa main. Il ne l'était pas, et la pensée de mettre sa bouche au-dessus de cette carotide envahit son crâne ; puis mordre cette viande chaude, sentir la peau craquer sous ses dents pointues ; goûter le sang jaillissant sur sa langue ; pendant que Will se débattrait et le grifferait, il le bloquerait de toutes ses forces dans l'acier de son étreinte mortelle ; et-
Stop.
« J'ai déjà tous les éléments pour le diagnostic, » annonça-t-il, comme si aucune des pensées qu'il avait précédemment n'existait. « Mais il reste 1 mois avant votre anniversaire, et le jugement, et d'ici là nous nous verrons tout de même 2 fois par semaine. D'accord ? J'aimerai que nous puissions discuter à chaque fois. Vous ne devez pas me craindre, je ne vous veux que du bien, » ajouta-t-il, et il vit le garçon relever la tête.
Un nouveau point.
Quel match.
« Et je ferai tout pour vous sortir de là, car vous n'avez absolument aucune raison d'y être. » Toujours ce ton confiant et posé. Il fallait que Will le voie comme un refuge, un phare dans la nuit ; son nouveau foyer, confortable et rassurant.
Le garçon hocha la tête, rapidement, ses yeux toujours brillants, ses épaules voutées. Sa position avait relativement changé depuis le début de la conversation ; de droit et stoïque face à la fenêtre, il était passé à plus courbé, la tête davantage enfoncée entre les épaules ; une position de relâchement, moins sur la défensive, en proie aux émotions qui le traversaient. Ses yeux, de vifs et durs, étaient passés à plus vivants, chauds, scintillants. Hannibal Lecter était si fier d'avoir réussit à arriver à ce point, qu'il esquissa de nouveau un sourire satisfait. Intérieurement.
Le docteur se déplaça pour retourner s'assoir dans son propre fauteuil, satisfait du dénouement et de sa nouvelle position dans la tête de son patient.
« Comment se passe votre vie ici ? » enchaina le docteur, changeant de sujet.
Il avait réussi, gagné. Il pouvait se détendre et discuter des derniers événements dans le centre de détention, comme un couple se raconterait les événements à l'usine après une journée de travail.
