Le lit du dessus remua et quelques instants plus tard un corps vient se blottir contre le sien. C'était habituel si bien qu'Osamu n'en fut nullement surpris et se contenta de prendre son frère dans ses bras en silence en lui frottant le dos afin d'essayer de le détendre. Il en profita pour examiner son jumeau à la lueur de la veilleuse, pas de sanglot, pas de tremblement, pas de sang, juste un désir d'affection ce qui le rassura. Il n'était pas rare qu'Atsumu fasse des cauchemars si violents qu'ils étaient suivis de crise de panique ou de pulsion auto-destructrice.
-Samu, murmura faiblement la voix du blond.
-Oui Tsumu ? répondit le gris.
-Tu ne m'abandonne pas hein ?
-Jamais je te le jure.
Il n'en fallut pas plus pour qu'Atsumu ne se rendorme.
Osamu soupira, il aimait son frère mais parfois sa pathologie était trop lourde à porter. Le blond avait été diagnostiqué borderline il y a de cela 4 ans et en l'apprenant leurs parents avaient décidé de le mettre à la rue et Osamu avait pris la décision de partir avec lui et de couper les ponts avec leurs parents.
Cet événement avait eu des conséquences importantes, Atsumu comme bon nombre de personnes atteintes de trouble de la personnalité borderline souffrait d'une peur de l'abandon qui, suite à cette concrétisation de cette phobie l'a poussé jusqu'à tentative de suicide. Depuis ce jour, Osamu vit dans la peur de perdre son frère, une peur qui, couplée à la maladie de son jumeau, lui rend la vie extrêmement difficile. Lui-même a été diagnostiqué dépressif mais n'en a rien dit à Atsumu, son frère étant sa priorité absolue.
Depuis 4 ans qu'ils avaient été expulsés du domicile familial ils vivaient avec comme unique ressource l'AAH d'Atsumu et le RSA d'Osamu car l'un était dans l'incapacité de travailler et le second devait veiller sur le premier. Après plusieurs minutes de réflexion Osamu finit par s'endormir bercé par la respiration de son frère.
-Tu ne veux plus de moi ? demande une voix plaintive.
-Ne dit pas n'importe quoi, soupire une autre.
Aujourd'hui Atsumu avait rendez-vous chez le psychiatre et aucun des jumeaux n'ayant le permis il devait si rendre en taxi. En général cela ce passé très bien mais de temps en temps comme aujourd'hui les choses étaient un peu plus compliquées.
-viens avec moi, impose le blond.
-Je ne peux pas Tsumu j'ai rendez-vous chez le psychologue et mon taxi va arriver. Osamu avait la boule en ventre dans ce genre de moment, son frère était imprévisible.
L'interphone sonna c'était le chauffeur d'Atsumu, celui-ci soupira puis talonner par son frère descendis les escalier comme s'il tenter de prendre la fuite puis après un dernier "je te déteste" en direction de son jumeau entra dans le véhicule sans un regard pour le conducteur. Quelques instants plus tard le second taxi arriva et Osamu s'y faufila.
-Il fait moins de cauchemars qu'avant et commence à se détacher de moi de temps en temps sans que ce soi a cause d'une crise quelconque mais c'est toujours très difficile, il me fait régulièrerment du chantage affectif voir du chantage au suicide. Pour autant je sens qu'il va mieux et ça me rassure, Il ne s'est pas fait de mal depuis un moment et malgré quelque crise d'hyperphagie il mange à peu près normalement.
-Comme d'habitude vous ne parlez que de votre frère mais vous, comment allez-vous ?
Question piège, il y a longtemps qu'Osamu vit selon les humeurs de son frère et qu'il ne prend plus le temps de se pencher sur ses propres ressentis, de plus il veiller également sur son voisin Kageyama qui, à l'inverse d'Atsumu ne présenter aucun signe d'amélioration.
-Je suppose que ça va, soupira le jeune homme, mon frère va mieux alors je vais mieux.
-Vous êtes trop jeune pour tout cela, je vous le répète votre frère serait plus en sécurité dans un établissement spécialisé et vous auriez du temps pour vous.
-Je vous répète que ses hors de question, siffla Osamu avec colère, y a des moments ou je ne peux même pas aller pisser sans qu'il se sent abandonné et vous voulez que je le fasse internet loin de moi ? Je ne vaudrais pas mieux que nos parents si je faisais ça.
-Vous avez besoin de prendre soin de vous.
-J'ai surtout besoin de prendre soin de lui.
La séance dura encore quelques minutes puis Osamu paya et partit, contrairement à celles d'Atsumu ses séances à lui ne sont pas remboursées ce qui crée un trou important dans leur budget ce pour quoi il ne se rend chez le psy qu'une fois par mois alors qu'il aurait de toute évidence besoin de plus. Quand il entre dans l'immeuble, une odeur nauséabonde l'accueille ce qui le fit soupirer. Il se dirigea vers la porte de l'appartement voisin et sonna.
-Kageyama je sais que tu est là ouvre s'il te plaît. Un bruit derrière la porte lui indiqua que son voisin s'était approché mais pour autant il ne lui ouvrit pas. Dans un nouveau soupire il rentra chez lui peu désireux de se prendre la tête avec le jeune homme et fit le ménage de son propre appartement afin d'essayer de chasser l'odeur. une demi-heure plus tard, son frère rentra, à cet instant personne n'aurait pu deviner qu'il était handicapé psy. Les deux frères discutèrent et d'un commun accord finirent par sortir afin de se promener dans le parc en bas de l'immeuble.
-J'ai faim, déclara simplement Atsumu.
-Moi aussi je commence à avoir un petit creux, avoua Osamu, ça te dit une gaufre ?
Un simple hochement de tête lui répondis et ils se dirigent tous deux vers le food truck. À cet instant ils étaient deux jeunes hommes que rien ne différenciait des autres.
Ils étaient plus que des pathologies et pourtant elles contrôlent leur vie, même dans les moments elles se faisaient discrètes elles étaient toujours là à les hanter.
-Le psy m'a dit d'arrêter les inhibiteurs, murmura le blond. Cette simple phrase réchauffa le cœur du gris, son frère arrêtait l'un de ses médicaments, son frère allait mieux.
-C'est génial, murmura-t-il simplement ce qui lui valut un sourire éblouissant de la part de son frère.
Atsumu prenait bon nombre de médicaments, des stabilisateurs d'humeurs, des antipsychotiques, des antidépresseurs, des compléments alimentaires, des somnifères, des anti-Anxiolytiques et les fameux inhibiteurs. Osamu trouvé que c'était trop il s'était battu avec le psy de son frère, avec son frère et avec à peu près tout le monde a ce sujet, son frère était malade certes mais il était persuadé qu'une telle quantité n'était pas nécessaire et il savait de source sûr que certaines de ces substances ne faisaient pas bon mariage ce qui l'inquiète d'autant plus.
-Tu as raison, déclara soudainement Atsumu, je prends trop de médicament mais ça me fait du bien, j'ai l'impression que ça donne un sens au vide immense que je ressens, aux mots qu'il m'arrive parfois d'entendre dans ma tête, à tous mes doutes, toutes mes peurs, que ça donne un sens à ma vie.
-Si tu ressens tout cela c'est que ce n'est pas très efficace.
-Surement mais ça sert d'alibi, c'est plus simple pour moi de me dire que je suis mal à cause des médicaments que d'admettre que je prends des médicaments parce que je vais mal.
Un silence suivit, le blond était rarement si loquace et rarement si lucide sur son sujet en partie à cause de ses fameux médicaments bien que les troubles ne l'aident nullement à faire le point sur lui-même. Mais il allait mieux et cela était une preuve supplémentaire.
-C'est quand même surprenant que je sois le seul de nous deux à être borderline, fit remarquer Atsumu, pourtant nous somme de vrais jumeaux c'est étrange.
Évidemment cette conversation ils l'avaient déjà eu et Osamu était passé entre les mains de nombreux spécialistes curieux d'en connaître plus sur cette pathologie encore fort incomprise.
-Peut-être qu'un jour la science pourra nous en dire plus, répondit Osamu en regardant Kageyama fumé il ne sait quoi sur son balcon.
-Il est encore en train de prendre de la merde, grogna Atsumu qui commenca a s'agiter, il est débile franchement à quoi ça sert de faire tout ça hein ? En plus on s'inquiète pour lui et tout et il n'a aucune reconnaissance.
-Calme toi Tsumu, soupira Osamu, Il fait de son mieux tout comme toi vous n'avancez juste pas au même rythme voilà tout. Mais lui aussi progresse.
-J'ai envie de le frapper, s'enflamma Atsumu, c'est un con des plus con, le roi des cons.
-Il est vrai qu'il fait parfois n'importe quoi mais pour autant il est loin d'être idiot, répondit le gris avec calme habitué aux crises de son frère.
-Moi aussi j'ai pris de l'herbe je sais que sais cool mais c'est de la merde faut pas en prendre.
Osamu ne répond rien, certes son frère ne consomme plus ni drogue, ni tabac, ni alcool mais il savait d'autre comportement à risque et s'était éloigné des substances uniquement parce que son jumeau le surveiller mais le gris savait que son frère était instable et qu'il pouvait à tout moment se rendre dans l'appartement voisin et cela était surement sa plus grande peur, ce pour quoi il voulait déménager mais avec leurs maigres revenus et pas de garant il leur était impossible de partir, de plus il désire malgré tout continuer à veiller sur son jeune voisin.
-Il commence à faire froid je pense que nous devrions rentrer. Déclara Osamu, en vérité il voulait surtout mettre son frère au calme. Il se dirigea alors vers l'appartement un Atsumu bougonnant sur les talons et après un rapide crochet sur le palier de leur voisin qui ne leur ouvrit pas ils rentrèrent chez eux et se poseraient devant la télé avec des chips jusqu'au moment où Atsumu parti prendre un douche avant de manger d'abord seul puis avec son jumeau qui le rejoint avant d'aller à son tour prendre une douche. Cette nuit-là, aucun cauchemar ne vient perturber le sommeil des deux frères.
