Bonjour tout le monde!

J'ai été prévenue qu'il y avait eu un souci technique à l'affichage... Merci pour vos avertissements, et voici je l'espère au point ce chapitre au travers des yeux de Jude!

Bonne lecture~

...

Il tenta de ne pas vaciller et d'opposer un visage ferme alors que retentissaient les "Nooon" "C'est pas possible" et les "J'y crois pas!" tour à tour incrédules, surpris, ou furieux. Il décida de se concentrer sur les visages les plus familiers et ouverts, à savoir Mark-plus surpris qu'autre chose, mais le sourire n'était pas loin-, Axel -qui était adossé au banc avec un rictus satisfait- et Hillman-dont la simple posture lui faisait savoir qu'il avait une mission à accomplir.

Il était difficile de ne pas entendre la réaction du public, aussi. "C'est pas possible" revenait souvent, mais aussi "Ils ont le droit de le faire venir?" et il sut qu'il avait le temps d'échanger deux trois mots avec Mark avant que le présentateur ne confirme que son transfert était bien légal.

-Je ne pouvais pas quitter le tournoi comme ça. Les gars, je veux ma revanche contre le collège Zeus!

Il y avait plus que ça, bien plus que ça, songea-t-il en jetant un coup d'œil à Célia qui affichait un sourire ravi. C'était une surprise pour elle aussi, il aurait dû la prévenir, songea-t-il à regret. Encore une erreur de sa part, mais elle ne semblait pas lui en vouloir. Il se rattraperait, et passerait plus de temps avec elle désormais.

Il voulait rester à Raimon. Apprendre d'eux, de leur façon de jouer, cette force d'esprit et cette motivation.

-Pas de problème, je te comprends complètement! Je savais que t'étais pas du genre à te laisser décourager par quelque chose dans le genre!

Mark ne changerait jamais, songea-t-il avec un minuscule sourire. C'était davantage les autres qui l'inquiétaient, sa présence pouvait être refusée.

-T'es une sacrée tête de mule, renchérit Kevin.

De sa part, c'était un compliment, il le savait.

-Moi j'avoue que ça me rassure un peu!

-Avec Sharp dans notre équipe, on va pouvoir passer la défense de Terria, même si on a une mauvaise technique. Excellent, je suis super excité!

En entendant le dur rappel à l'ordre d'Hillman, il retint une grimace. S'ils étaient onze joueurs avant son arrivée, un devrait partir pour lui laisser la place, ce n'était que logique. Sam était ailier droit, pas exactement milieu de terrain mais proche assez sans trop le perturber, et ses techniques n'étaient pas très puissantes. C'était plus logique qu'il parte sur le banc plutôt que Nathan, mais ça n'en rendait pas l'affaire moins douloureuse pour l'ego, surtout si c'était pour qu'un ancien ennemi porte ses couleurs.

Heureusement, après quelques mots de Mark, il sembla rassuré et Jude en fut soulagé. Il ne voulait pas qu'il y ait des rancœurs dès le début de son partenariat avec les Raimons... Secrètement, il admira le talent de son nouveau capitaine à parler aux gens. Jude savait donner des explications stratégiques, et coacher les joueurs sur le terrain; leur parler, les encourager et les rassurer, c'était moins son truc.

"La deuxième mi-temps sera cruciale. Alors, j'aimerais que tu prennes le temps d'inspecter la technique de nos joueurs pendant la première"

"Pendant toute la première? Hm, je n'aurai besoin que de dix minutes vous savez"

Il avait peut-être été un tantinet arrogant, constata-t-il en observant les nombreuses erreurs de ses coéquipiers. Voir exactement ce qu'ils faisaient de mal était une chose, il avait déjà compris ce qui causait ce désastre. Y remédier en était une autre: il devait concocter une série de petits trucs pour chacun qui leur permettrait de réussir leurs passes et coordonner leurs techniques, sans pour autant changer de trop leurs habitudes.

Ils avaient vraiment leurs petites manies, constata-t-il avec amertume. Avait-il surestimé l'adaptabilité des Raimons? Un renforcement physique et plus rien n'allait?

Peu importe, se ressaisit-il. Il avait un job, et il allait l'accomplir.

Il ne fit rien pendant les quelques premières minutes, calculant les positions, possibilités multiples, simulant les trajectoires dans son esprit.

C'était un jeu de mathématique rassurant, confortant: il y avait une réponse à tout, cet univers était noir et blanc. Les chiffres ne mentaient jamais, si seulement il pouvait comprendre les caractères humains aussi facilement... En attendant, il se rapprochait de la bonne solution: il avait trouvé comment fixer le problème de la défense. Pour les ailiers et attaquants beaucoup plus mobiles, il fallait trouver d'autres conseils: un changement de position ne les aiderait pas, il faudrait par exemple que Max avance de trois mètres pour Axel mais pour Kevin-deux mètres et demi?

Il tenait le bon bout, il le sentait. Si Max faisait ses passes plus tard, il serait plus haut; comment ajuster cette position par rapport à Nathan...?

Il vit l'attaque éclair arriver, mais il était trop loin que pour l'arrêter. Mark, ébloui par le tir, se protégea les yeux sans bloquer malgré la faiblesse de la technique. C'était un cran de pression supplémentaire; ils devraient passer la muraille infinie non pas une fois, mais deux fois pour gagner. Quoique s'ils réussissaient à la briser une fois, leurs adversaires seraient probablement trop choqués que pour bloquer une deuxième attaque...

En attendant, il avait trouvé la combinaison idéale, et il avait des instructions à donner. Il se dépêcha auprès de la défense pour donner les premières bases, mais le temps lui manquait.

Malheureusement, il devait déjà se remettre en position; il lui faudrait dicter le reste pendant le match, et espérer qu'ils retiennent pour la suite. Après, il devrait faire partie de leurs entraînements, et corrigerait tous ces détails en profondeur, travaillerait des changements de formation pour ne plus jamais les laisser tomber dans leurs bonnes vieilles habitudes. Mais d'abord... Il avait un match à gagner. Et une super-technique défensive à briser.

Il lui vint à l'esprit de tenter un peu d'encouragement, pour ne pas simplement donner des ordres comme il pouvait le faire à la Royal. Les mots qui sortirent de sa bouche sonnèrent étrangement dans ses oreilles, mais s'il remarqua quelque chose, Max ne dit rien.

C'était une première occasion, Kévin avait la balle, les goals étaient juste devant lui...

Les autres défenseurs ne s'étaient même pas mis en place, ce qui signifiait qu'ils n'avaient même pas besoin de la muraille infinie pour le contrer. Il grinça des dents, réfléchissant. Une technique combinée pourrait les forcer à utiliser leur atout, et puis quoi? Les épuiser en défense? Non, ils étaient une équipe basée sur la défense. Cela avait beau être plus fatiguant, ils y étaient habitués; il n'avait aucune chance de les affaiblir, même en menant des attaques intenses. Il fallait être plus intelligent... Contourner le problème. La voix de Mark, qui traversait tout le terrain avec des gestes enthousiastes, le ramena à la réalité.

-Waw Jude c'était super! Tu es vraiment le meilleur quand il s'agit de mettre en place des tactiques de jeu.

Il tenta de retenir un ricanement, mais il ne put que le transformer en sourire narquois.

-Personnellement, ce n'est pas ce que j'appelle une tactique de jeu.

-Qu'est-ce que tu veux dire? l'agressa Kévin.

Il ne sentit pas vraiment menacé; d'après ce qu'il avait cru comprendre, l'attaquant était toujours en colère. Bon, son manque de modestie pouvait être agaçant aussi, il le concevait.

-C'est juste que vous ne vous êtes pas rendus compte de votre potentiel, tenta-t-il d'atténuer le choc. Vous avez nettement amélioré vos capacités et vos performances physiques, alors ça devrait vous rendre beaucoup plus efficaces. Mais vous avez pris vos habitudes sur le terrain, alors vous continuez à jouer de la même manière sur le terrain, et c'est ce qui crée ces petites erreurs.

-Tu veux dire qu'on ratait nos passes parce qu'on est devenus plus forts?

-Oui, et je me suis contenté de corriger quelques détails.

Il était agréable d'être au centre de la lumière à nouveau; la Royal Academy connaissait sa valeur, mais prenait ses stratégies pour acquises. Les Raimons découvraient ses capacités, et leur admiration faisait du bien à son ego blessé par ses précédentes défaites, sans compter-

Lise. Il avait réussi à l'oublier, quelques temps, mais l'idée que cette fille allait vivre chez eux... Que son père ait choisi une délinquante, et qu'il pense qu'ils puissent bien s'entendre! Alors qu'elle s'était enfuie en le voyant!

-Quelques détails? Répéta Mark. Tu rigoles, faut être drôlement futé pour trouver tout ça! T'as joué vingt minutes avec nous et tu connais déjà notre jeu par coeur! Désolé Jude, mais t'es vraiment un génie super méga ultra génial!

Il retint un rire. Trop d'énergie, trop de fautes de français; c'était là l'enthousiasme de son nouveau capitaine, et cela lui faisait plus chaud au cœur qu'il ne voulait se l'admettre.

Ils remirent en place, et il vit la formation de la danse des bambous arriver. Il était trop tard pour prévenir Max, aussi il ne put que tacler habilement le meneur qui sortait de la technique. Les gens baissaient leur garde juste après avoir gagné, une mauvaise habitude... Dont il se servait sans vergogne.

Il fit la passe à Kévin et Axel, observant leur technique combinée et son résultat. Ils s'étaient synchronisés avec ses quelques conseils, les autres pouvaient en faire de même et c'était une bonne nouvelle; il n'aurait plus à dicter la moindre modification. Il pouvait se concentrer davantage sur le jeu, et son dilemme de l'instant: devait-il leur faire essayer toutes les techniques contre la muraille infinie?

D'un côté, il pourrait observer de plus près tous leurs combos, et l'effet sur la défense adverse. Les joueurs se synchroniseraient mieux à force d'attaquer, et leurs techniques s'amélioreraient. De l'autre... Ils s'épuiseraient rapidement à force d'attaques spéciales, et avoir à essuyer échec sur échec n'aiderait pas leur moral. Ils arriveraient à la seconde mi-temps fatigués et découragés.

Que faire? Les ménager semblait la meilleure option, mais... Ils étaient combatifs. Ils n'apprécieraient pas qu'on leur dise que peu importe la technique, ils ne marqueraient pas en continuant ainsi. Pouvait-il seulement les empêcher d'essayer?

Non, réalisa-t-il en les regardant. Avec ou sans lui, ils étaient déterminés à tout essayer, et ne s'arrêteraient pas avoir d'être passé à travers tout leur répertoire. Son job à lui, c'était de trouver une solution alternative; s'ils ne gagnaient pas pas le force, ce serait par leur ruse.

Il fallait éloigner l'un des trois joueurs, les empêcher de performer leur technique.

-Bon allez, c'est pas grave les gars, assura Mark avec les poings sur les hanches. Restons positifs, ça ne veut pas dire qu'on a perdu le match, okay? On peut encore remonter.

-Il faudrait que Kévin se retrouve tout seul en attaque, se lança-t-il.

Bien sûr l'idée ne leur plut pas du tout, et ils commencèrent à protester avant même d'écouter son raisonnement. Ils étaient impulsifs comme ça, les Raimons. Même après son explication, il en fut quelques-uns pour se montrer bornés, trop ancrés dans leurs habitudes alors qu'il avait passé la première mi-temps à démontrer à quels points se reposer sur ses lauriers n'amenait rien. Il avait déjà fait ses preuves, mais Steve n'était pas convaincu, et il s'en agaça:

-Tu n'as pas compris.

-Comment ça?

-Ecoute, on est au Football Frontier. Le tournoi national, qui va déterminer qui est la meilleure équipe du pays.

Voilà que comme Mark, il se mettait à se répéter. Si un tournoi était national, bien sûr qu'il déterminait la meilleure équipe du pays, mais il avait besoin de mettre les points sur les "i", que ça leur plaise ou non.

-Alors si vous êtes sur le terrain, reprit-il, c'est bien pour montrer ce que vous valez. Vous n'êtes plus en train de jouer à la baballe avec les copains, vous êtes au stade Frontier, là!

Ok, peut-être que c'était plus brutal que nécessaire. Il avait ses propres angoisses à gérer, il ne pouvait pas s'occuper de convaincre les rétifs. Ils n'en avaient tout simplement pas le temps, s'il voulait créer à deux reprises des occasions de tir en éloignant un défenseur. Ils n'avaient pas à hésiter, seulement à foncer! Il voulait gagner ce match, faire ses preuves et les emmener en finale. Sa colère concernant sa nouvelle colocataire n'avait rien à voir avec la situation. Rien du tout.

Ce fut un réel soulagement lorsqu'Axel accepta et poussa Kévin à faire de même. L'attaquant l'avait recruté après tout; il se devait de soutenir ses idées, sans quoi sa démarche n'aurait servi à rien. Mark le rejoignit aussitôt après, et seulement Steve se calma. Comme quoi il avait besoin du capitaine pour le défendre, encore.

La feinte fonctionna parfaitement: le défenseur colla immédiatement à Kévin, et Axel et Jack foncèrent en attaque pour performer le trampoline du tonnerre. Malheureusement, le défenseur s'en rendit compte, et réussit à se mettre en position juste à temps pour les bloquer.

L'oiseau de feu ne fonctionna pas davantage, et Jude serra les dents, calculant la position des joueurs sur le terrain à toute vitesse. Les simulations se formaient à toute vitesse dans sa tête, les courbes potentielles de leurs déplacements, leur vitesse, leurs supertechniques...

Et soudain, il vit cette grande ligne ouverte en plein centre. Comme avait-il pu ne pas le remarquer plus tôt?

La réponse était simple: parce qu'un gardien n'était jamais assez fou que pour quitter ses goals et traverser tout le terrain pour marquer. Jamais assez fou... Sauf s'il s'appelait Evans.

-Mark! cria-t-il, espérant se faire entendre malgré la distance.

En voyant les prémisses de mouvement, il se concentra sur le joueur ayant la balle, attendant le bon timing. Le moment où la courbe de la passe pouvait atteindre la trajectoire de course du gardien...

-Max, passe en arrière!

Il obéit sans discuter en réalisant que son capitaine se trouvait juste derrière lui, et dans un élan irrépressible, les rouages de la "Foudre" s'enclenchèrent. Son cœur se remplit d'espoir...

La technique fut repoussée comme un fétu de paille. Pas tout à fait, notèrent ses yeux acérés. Ils étaient arrivés plus loin. Mark et Axel étaient la solution, il le sentait...

Mais comment faire? Toutes leurs supertechniques étaient épuisées. Il avait beau réfléchir, encore et encore, il ne parvenait pas à trouver de solutions. Était-il finalement inutile? Son transfert n'avait donc servi à rien, et il allait perdre pour la seconde fois dans le même tournoi? Il serait la risée des deux écoles... Non, de toutes les écoles du Japon.

Le grand stratège, le prodige Jude Sharp, qui a quitté la Royal Academy après une défaite, seulement pour rejoindre une autre équipe de perdants? Ça n'allait pas. Il perdait contrôle. Tous ses plans soigneusement élaborés, son avenir... Tout était en train de changer. Il ne se sentait même plus chez lui dans sa propre maison, à cause d'une étrangère, et son père serait furieux qu'il ait accompli tout cela pour... Pour quoi?

Une autre humiliation?

Personne ne voudrait de lui. Et même si les Sharp n'avaient besoin de personne pour survivre, il serait seul, plus seul qu'il ne l'avait jamais été. Cette camaraderie à Raimon ne s'appliquerait pas à lui s'il n'amenait pas une victoire, comme le prouvait l'attitude rebelle de Steven.

C'était fini.

Mark avait beau les invectiver, c'était fini. Lui, il avait déjà abandonné. A de nombreuses reprises, de trop nombreuses reprises. Toutes les fois où il avait simplement obéi aux ordres de Ray Dark, sans protester. Toutes les fois où il avait ignoré sa sœur. Il avait abandonné l'idée de lui parler. Il avait abandonné son équipe.

Il n'était pas un gagnant, il n'avait jamais été qu'une marionnette et...

-Il nous faudrait une nouvelle supertechnique, on a déjà épuisé les nôtres, soupira Bobby.

Cette phrase titilla quelque chose, mais il ne parvenait pas à mettre le doigt dessus, pas dans cet état de remise en question. Ce n'était qu'une sensation passagère; qu'est-ce qu'un perdant comme lui pouvait y faire quoi que ce soit?

-Mais justement, on en a une autre!

Il se redressa vivement. Une nouvelle technique? Qu'il n'avait pas encore vue? Se pouvait-il que malgré leur état (non synchronisation totale) ils aient réussi à en créer une autre? Une ancienne, à remettre au goût du jour, plus puissante?

-Ben oui les gars, notre super-technique la plus efficace n'a rien à voir avec l'Oiseau de feu, ou la Foudre. Le gros avantage par rapport aux autres équipes, c'est qu'on ne s'avoue jamais vaincu, et qu'on se bat jusqu'au bout!

-Alors toi tu crois... qu'on peut gagner? Lâcha Timmy incrédule.

-Il s'est passé exactement la même chose contre la Royal Academy!

Jude masqua un mouvement de recul. Il n'avait pas besoin du rappel, merci bien. Il ne savait que trop bien à quel point il leur avait mené la vie dure, même s'ils semblaient avoir trouvé un début d'entente lors de leur dernier match.

-Contre l'institut occulte! Contre le collège Wilde! Contre le collège Cybertech! Contre le collège Otaku! Et encore une fois contre le collège Shuriken!

Mark avait ponctué chacune de ses exclamations avec des regards vers ses coéquipiers, s'assurant ainsi d'avoir tout le monde captivé. Il le faisait probablement de façon instinctive, n'ayant pas le moindre désir de manipuler les gens, mais il était un orateur-né. Ses paroles avaient beau être simplistes, presque ridicule de naïveté, son auditoire était suspendu à ses lèvres. Même lui, qui avait appris à détecter les moindres tentatives de persuasion, tombait dans le piège.

Son nouveau capitaine serra des poings volontaires en face de lui.

-Si on est arrivés jusque là, c'est qu'on n'a jamais abandonné! Alors c'est pas maintenant qu'on va le faire! Si on laisse tomber, nos rêves s'arrêtent ici. Mais moi, c'est pas dans cet esprit là que je veux jouer au foot! On ne doit pas baisser les bras avant de donner le meilleur de nous-mêmes, jusqu'à la dernière minute. Moi, je suis prêt à me battre comme ça jusqu'en finale. Parce que c'est ça, notre football!

Son poing droit s'éleva au-dessus de sa tête, symbole de sa volonté inébranlable, et Jude l'envia. Il l'envia pour son aisance avec les gens, son talent pour les encourager; pour la certitude de connaître sa voie, et de se donner à 100% dans ce but.

Il arrivait à rendre ça si simple... Pourquoi ne pas essayer? Vivre sans regret. C'était une pensée intéressante.

Il ne prêta pas attention aux exclamations joyeuses et déterminées qui l'entouraient, continuant son fil de pensée. "Alors, c'est donc ça qui fait la force de l'équipe de Raimon... Jouer aux côtés de Mark Evans"

Il avait envie d'apprendre à être un capitaine. Un vrai capitaine, pas un simple dirigeant tactique. Il voulait apprendre de lui, et en même temps... Il voulait jouer avec lui. Voir jusqu'où cet idiot optimiste pouvait les emmener. Voir ce que cela faisait, d'être un simple joueur dans l'équipe. De ne plus avoir à porter toutes les responsabilités, de ne plus avoir qu'à se concentrer sur les tactiques...

Et se donner à fond sur le terrain, jusqu'à l'épuisement. Cette sensation exaltante dont il avait eu un aperçu lors de leur match ensemble. Ne plus avoir de regret.

C'était certainement un train de vie qu'il voulait mener, et il n'y avait qu'ici, avec eux, qu'il pourrait le faire.

-Bon allez, il reste cinq minutes. Il faut donner tout ce qu'on a!

Les mots étaient sortis tout seuls, et il se rendit à peine compte qu'il avait imité la posture volontaire de Mark, perdant un peu de cette marque de fabrique qu'était le nom Sharp. Peu importe; il avait trop à apprendre que pour se soucier des apparences. Ils devaient gagner, et ils allaient le faire!

Une fois la remise en jeu effectuée, l'attaque fut étonnamment organisée malgré son aspect frénétique. Ils voulaient tous marquer, et les joueurs de Raimon boostés par le discours de son capitaine donnait son maximum; toutes les passes étaient intelligentes et efficaces, les tirs au but bien placés. Sous pression, ils étaient encore meilleurs, se rappela Jude avec un petit sourire. C'était comme ça qu'il avait perdu contre eux, il aurait dû se rappeler de leur plus grande qualité; cependant, il avait été trop pris par ses propres problèmes.

Cela n'arriverait plus.

Lorsque la balle arriva à ses pieds, il observa les déplacements potentiels de chacun, pendant une fraction de seconde. Une fraction de seconde de trop: il sentit l'étreinte de la danse des bambous se resserrer sur lui, et il serra les dents. Il aurait pu chercher une sortie, mais son esprit était entièrement concentré sur l'occasion dont ils avaient besoin.

Un but, il ne demandait qu'un but...

-Jude!

C'était la première fois qu'on l'appelait ainsi sur le terrain. Il se tourna avec surprise vers le gardien, qui lui faisait un signe clair en courant vers lui. Une sensation de calme soudain s'abattit sur lui. Mark était là, Axel était là, ils pouvaient réussir. Ils pouvaient marquer!

Sans davantage y réfléchir, il fit une passe dans la direction de son capitaine et ami. Non, ce n'était pas une passe, réalisa-t-il. C'était un tir. C'était ce dont ils avaient besoin, et ce calme flottant continua à la pousser en avant. Il savait exactement ce qu'il avait à faire; il était devenu si facile de lire les mouvements de Mark, ceux d'Axel, et de se mettre en position.

Il regarda leur technique s'enfoncer dans un tourbillon de couleur à travers la muraille infinie, comme un rêve. Il se sentait à la fois détaché et à la fois dans l'instant, concentré au possible. Peu importe, il n'allait pas questionner cette vague d'énergie maintenant, alors qu'un silence total se faisait dans le stade. Tous peinaient à réaliser qu'ils avaient marqué, mais lorsque l'information s'imprégna dans les esprits, le rugissement fut terrible.

Ce fut dans ce même "flow" qu'il fit la passe décisive à Kévin, sans douter une seule seconde de sa capacité à marquer. Les défenseurs étaient trop ébranlés, incrédules, en train de tout remettre en question. Ils avaient frappé vite assez que pour en profiter, et le match se termina sur leur victoire.

Il masqua l'infime tremblement de ses genoux lorsque le coup de sifflet final retentit, marquant sa victoire. Leur victoire. Toute l'adrénaline et cette étrange énergie qui l'avait animé sur ces dix dernières minutes s'estompaient et il avait du mal à tenir debout, bien qu'il ne l'avouerait jamais. Le soulagement avait aussi peut-être quelque chose à voir avec sa faiblesse passagère.

Le reste sembla donc passer comme un rêve, les félicitations lointaines à laquelle il ne répondait que par un léger sourire, le discours du coach (il n'avait pas besoin qu'on lui récapitule le match, merci) et il resta principalement distrait. Il tentait de mettre le doigt sur tout ce qu'il s'était passé, ses nouvelles résolutions, cette technique sortie de nulle part (il n'avait encore jamais joué avec les Raimons, il n'aurait pas dû être capable de sortir un tir combiné avec eux avant au moins une semaine de travail acharné). Ses pensées ricochaient à toute vitesse dans sa tête, entre analyse approfondie du match, des mouvements de Raimons, des réévaluations de leurs capacités, des remises en question des siennes (cette technique le perturbait, vraiment). Le calme étrange, empli de certitude, qui l'avait atteint. Ses sentiments pendant le match, cette rage de vaincre, ses hésitations...

Il fut brutalement sorti de ce cheminement de pensée par une main posée sur son épaule; le joueur qui l'avait recruté se tenait devant lui, le sourire plus large qu'habituellement. Ce devait être l'euphorie de la victoire, ou la satisfaction d'avoir amené le joueur indispensable à leur coopération. N'est-ce pas?

-Où est-ce que tu m'emmènes?

"Suis-moi", qu'est-ce que c'était comme consigne? Il allait être en retard pour le souper avec son père -et avec Runaway... Il n'était finalement pas si pressé- et il n'avait aucune idée d'où ils se rendaient. Axel était resté mystérieux, ne répondant pas à ses questions.

Ce furent des grognements qui l'accueillirent, avant même qu'il ne puisse apercevoir son nouveau capitaine se faire projeter à terre par... Un pneu?

-C'est Mark? Chercha-t-il confirmation auprès de son coéquipier.

Il avait du mal à en croire ses yeux. Il était couvert de poussières, avait encore plus de bleus que lors du match, et était présentement couché sur une autre roue, celle-ci attachée à son dos. Il dut retenir une grimace en observant la position délicate de son nouveau capitaine; il ressemblait à une tortue incapable de se relever.

-J'étais sûr qu'il serait là, sourit Axel, mi-consterné mi-affectueux.

Mark, entre deux essais infructueux pour se retourner, se rendit compte qu'il n'était plus seul et interrompit ses gesticulations et grognements.

-Qu'est-ce que vous faites là?

Une fois qu'ils eurent aidé le gardien à se libérer de son fardeau, ils s'assirent sur le banc. Un silence se fit, et Jude lutta encore une fois contre ses mots. Il avait tellement à dire, mais il n'avait pas envie de se livrer entièrement. D'un autre côté, Mark était si ouvert qu'il en était facile de parler de tout et de rien avec lui. Il lui avait fait part de ses doutes et dépressions, ce qu'il n'avait fait avec aucun membre de son ancienne équipe.

Peu importe, il devait dire quelque chose.

-Alors tu t'entraînes souvent avec ce pneu?

Hm. Il ne serait jamais un grand causeur, définitivement. Son capitaine, Kami soit loué, enchaîna immédiatement:

-Bah ouais! Pour un gardien, c'est le meilleur entraînement!

Il arborait son sourire de marque en roulant des bras, mimant sa force. Puis il se rembrunit, s'appuya avec ses mains sur le banc.

-En plus, j'ai encaissé un but, aujourd'hui. J'ai encore beaucoup de progrès à faire.

-Fais attention quand même. Ce serait bête que tu te blesses avant un match, simplement parce que tu t'es trop entraîné.

Le stratège retint une grimace. Pourquoi, pourquoi fallait-il que cela sonne comme une menace? Avait-il vécu trop longtemps près de Ray Dark, au point d'être incapable de faire une conversation sur le football sans y glisser une remarque de supériorité ou un danger quelconque?

-Mais t'as pas à t'inquiéter! Je fais ça tous les jours, j'ai l'habitude.

Jude haussa un sourcil. Tous les jours? Il se prenait des pneus dans la figure de façon répétée?

Est-ce que Mark était un masochiste? C'était une question qui était à se poser sérieusement. Il ne semblait jamais aussi enthousiaste que lorsqu'il rencontrait une équipe plus forte que lui, et ne renonçait jamais, quelle que soit la douleur ou l'état physique dans lequel il se trouvait.

Il l'entendit expliquer que c'était pour son grand-père, et il lâcha une banalité "Je comprends, ça coule dans tes veines". Bien sûr que non, ce n'était pas dans le sang. Une activité préférée ne se retrouvait pas dans l'ADN de quelqu'un, pas au point de justifier un étrange entraînement obsessionnel quotidien.

-Tu sais, on n'aurait jamais cru que c'était toi, qui accepterait de nous rejoindre à la dernière minute!

Jude cligna des yeux, surpris.

-Désolé si ça vous a un peu déconcertés...

-Tu rigoles? C'était génial! J'ai toujours voulu jouer avec toi, depuis que j'ai arrêté ton premier tir, tu te souviens?

Le boulet de canon qu'il lui avait envoyé à la figure, pour lui faire sentir son infériorité? Mark était vraiment un masochiste, pas de doute. Il faudrait qu'il garde toujours un œil sur cette tendance-là, c'était une particularité dangereuse à avoir pour un joueur de football.

-En plus, maintenant, je connais tes qualités de meneur de jeu!

-Oui, mais malheureusement, au foot, ça ne suffit pas pour gagner.

Son visage s'assombrit en songeant à son ancienne équipe, dont certains membres devaient toujours être à l'hôpital, et y resteraient encore un temps certain.

-Comment ça?

Et ce fut là que ses mots lui échappèrent à nouveau. Il se dirigea vers la balustrade, ne souhaitant pas que son nouveau capitaine voie son visage et ses troubles. Comment expliquer à Mark Evans la différence entre son football si lumineux, et celui de Ray Dark? Comment expliquer le changement de ses émotions, qu'il était même incapable de nommer, lors de ce dernier match?

Il se lança dans une explication, cachant son malaise. S'il n'était pas clair, il eut au moins le mérite de toucher le gardien.

-J'aimerais avoir l'occasion de frapper dans un ballon à nouveau avec toi, et Axel, ajouta-t-il après une seconde d'hésitation.

Ce n'était pas qu'il avait oublié l'attaquant, non. Mais ce dernier était resté tellement silencieux et immobile qu'il aurait pu être une statue. Il doutait que ce dernier écoutait même la conversation, mais il fut récompensé par un sourire en coin sincère. C'était bref, il ne tournait même pas la tête vers eux, mais il le vit.

-Eh bien, pareil pour moi! sourit Mark.

Ce dernier agrippa la main de son nouveau stratège dans une poigne solide. Cette force avait l'air d'une promesse, et Jude retint un sourire.

Était-il encore plus bizarre que son capitaine, pour avoir envie de le suivre par-dessus les mers en sachant pertinemment désormais qu'il était masochiste?

Peut-être. Mais il s'en fichait absolument.

Il rentra chez lui avec un soupir. Il avait couru pour être à l'heure au repas, se forçant malgré la fatigue du match et la réticence à revoir sa nouvelle colocataire.

Les repas étaient importants. Pour la santé, déjà; pour l'esprit familial, ensuite. Malgré toutes ses heures de travail, son père avait toujours réussi à se libérer à temps que pour partager un repas avec lui, et interdisait les appels pendant leur réunion.

Ce n'était pas que c'était sacré, mais cela tenait une place particulière, pour lui. Il n'était pas le meilleur fils, et il supposait que son père n'était pas le meilleur non plus; mais ça lui était égal, du moment qu'ils avaient ces instants ensembles.

Que quelqu'un d'autre s'incruste dans cette tradition lui faisait froncer des sourcils, mais il devait accepter le fait de donner sa chance à la nouvelle. Et s'il n'était pas aussi bien habillé qu'il ne l'était habituellement, eh bien ce n'était qu'une coïncidence, et cela n'avait rien à voir avec son manque d'envie de la croiser.

Aurait-il à faire la conversation? Non, son père ne pouvait lui demander ça. Il n'était pas le plus verbeux, et dans des circonstances où il n'était pas à l'aise, c'était encore pire. Non, ce serait le businessman qui ferait la conversation, lui n'avait qu'à manger.

Avaient-ils vu le match?

Non, sûrement pas. Runaway ne donnait pas l'impression de se soucier beaucoup des gens en général, encore moins ceux qu'elle venait de rencontrer, et sûrement pas lui. Elle ne l'aimait pas, c'était évident. "Et réciproque" marmonna-t-il. Ce que lui avait fait pour l'agacer, il n'était pas sûr. Par contre, ce ne devait être rien par rapport à sa tentative grossière de fuite sous son nez, ni son impudence alors qu'il ne faisait que lui présenter sa chambre.

Elle n'était qu'une rebelle mal élevée.

Mais il allait lui donner une chance, ce soir. Parce qu'il se sentait empli d'espoir suite à son match, et à sa conversation avec son idiot de capitaine. Parce qu'il avait promis à son père de faire un effort. Parce qu'il voulait faire l'effort d'être une meilleure personne.

Pour toutes ces raisons, il allait faire un effort, et lui laisser une occasion de faire ses preuves. Après tout, si son père l'avait choisie, c'est qu'elle devait être acceptable... Non?

Il avait machinalement retiré sa cape, et l'avait tendue à une servante qui s'était empressée de la mettre à laver. Le reste de sa tenue irait la rejoindre, mais il n'avait pas le temps de se changer avant le repas.

Il s'installa à table, saluant son père.

-Félicitations pour ta victoire.

-Merci.

Au moins, même s'il n'avait pas vu le match, il savait qu'il avait gagné. Mais après tout, il était normal qu'il surveille ses résultats après avoir changé d'école; il voulait être sûr d'avoir fait un bon investissement.

Jude s'était promis de faire en sorte que ce soit un bon investissement.

Un silence s'écoula. Il ne s'en inquiéta pas outre mesure, son père le connaissait assez que pour ne pas l'obliger à parler quand il n'en avait pas envie. Ce fut pourtant lui qui brisa le calme, après quelques minutes d'attente:

-Quand est-ce qu'elle arrive?

-Elle a un nom, Jude, reprocha gentiment son père.

-Lise, lâcha-t-il à contrecœur.

-Tu lui as dit que l'on mangeait ensemble à sept heures?

-Elle m'a posé la question d'elle-même. Elle devrait être au courant.

Elle était au courant, alors pourquoi? Pourquoi les minutes s'accumulaient, les plats refroidissaient et sa patience s'amenuisait?

Lui qui était décidé à lui donner une chance, et c'était ainsi qu'elle le remerciait... A la première occasion, elle envoyait tout en l'air! Que faisait-elle? Voulait-elle être virée le plus vite possible? C'était irrespectueux, grossier, et... Elle l'énervait!

-Que faisons-nous, père?

Il s'attendait à des directives claires. Qu'ils la cherchent, et la ramènent par la peau du cou à table. Lui avait appris les bonnes manières ainsi, et c'était la seule façon de tenter de dresser la bête sauvage qu'était Runaway.

-Nous mangeons.

-Pardon?

-Nous sommes à table, il me semble que c'est une activité appropriée.

Le trait d'humour lui passa complètement au-dessus de la tête. Alors il ne la punirait pas?

-Mais père-

-Bon appétit, coupa-t-il fermement.

Il se plongea dans un silence colérique. Elle n'était même pas là depuis vingt-quatre heures, et il y avait déjà du favoritisme? Elle manquait de respect à toute la maisonnée en manquant ce repas: aux servantes qui avaient préparé la pièce, aux cuisiniers qui avaient concocté un de leurs délices, au majordome qui avait organisé le tout, et puis à lui et son père, qui prenaient sur eux (surtout lui, mais il pouvait deviner que son paternel était déçu aussi) pour l'accueillir dans leur vie.

Et Madame ne se pointait pas.

Il fulmina pendant tout le repas, et son père, prudent, ne fit aucune remarque. Ils mangèrent dans un silence pesant qui ne faisait que renforcer sa colère.

Il se leva en se sentant satisfait, frais et reposé. Il dormait toujours comme une pierre après les matchs. Il avait passé l'âge de rester éveillé toute la nuit à cause du stress et l'excitation du football, mais le rush d'émotions causé sur le terrain induisait forcément une grasse matinée le lendemain.

Jamais grasse assez que pour rater le petit déjeuner, bien sûr; cependant, il s'offrait le luxe de ne pas travailler avant d'aller rejoindre son père, vers sept heures.

Il s'habilla machinalement, se repassant le match en tête. Avait-il fait des erreurs? Non, bien sûr, il était un Sharp; il ne faisait pas d'erreur. Mais aurait-il pu profiter de certaines occasions de façon plus productive?

Le match avait été un peu juste, il n'avait pas l'habitude de scores aussi serrés. Il faudrait faire de l'équipe de Raimon une supérieure aux autres, il fallait...

Mais à quoi pensait-il? Il n'allait pas faire de Raimon une nouvelle Royal! Il allait laisser les joueurs progresser à leur façon, sans pousser sur le renforcement physique. Il allait régler les problèmes de coordination de façon plus durable, et probablement leur apprendre quelques tactiques -probablement? Qui tentait-il de convaincre? Bien sûr qu'il allait leur fourrer les bases stratégiques dans leur crâne- mais ce serait tout.

Il ne devait plus tenter de tout contrôler, et il n'était pas le capitaine; il n'avait plus de compte à rendre quant aux victoires et aux défaites de son équipe. Il n'était maintenant qu'un joueur parmi les autres, et il trouvait cette pensée autrefois dérangeante pour son ego étrangement grisante. Pas d'autre responsabilités que celle de faire de son mieux, au milieu de ses camarades.

La discussion avec Mark l'avait rassuré quant à son acceptation au sein de l'équipe. Il ne serait peut-être pas pleinement intégré immédiatement, mais avec l'appui de l'as des buteurs et du capitaine, ses ordres seraient suivis. Très vite, les joueurs réaliseront son utilité, et à défaut de l'aimer, ils le tolèreront. C'était tout ce dont il avait besoin pour se lancer, une chance. Une petite faille, dans laquelle il parviendrait à se glisser et...

Runaway.

Il serra les dents. Il n'avait pas oublié son manque de respect de la soirée précédente, même si la colère avait diminué. Cependant, même si son père avait décidé de ne rien faire, il allait prendre les choses en main, et aller la ramener par la peau du cou.

Elle n'avait pas intérêt à protester. Il y avait des règles, clairement énoncées, et elle n'avait que trop de liberté. C'était sa responsable à l'orphelinat qui le disait elle-même! Il fallait être sévère, et peut-être, peut-être, qu'ils arriveraient à quelque chose avec elle. Soit ça, soit elle dégagerait encore plus rapidement que ce qu'il n'avait prévu.

Il sortit de sa chambre, et prit une inspiration avant de frapper à la porte en face de la sienne.

Pas de réponse. Bien sûr. Elle dormait sûrement encore, ou elle ne connaissait pas les règles de bienséance qui demandaient une réponse face à un son contre sa porte.

Il réitéra, puis avec agacement ouvrit la porte. Au moins, elle ne l'avait pas fermé à clé, c'était déjà ça... Où était-elle?

La pièce était vide. Parfaitement organisée, comme si elle avait été intouchée.

Elle s'était enfuie, et Jude retint un juron qui aurait été particulièrement mal vu pour un jeune homme de sa stature.

Il descendit les escaliers aussi dignement que possible malgré la fureur qui raidissait ses membres, annonçant immédiatement à son père:

-Runaway a choisi de bien porter son nom.

-Bonjour à toi aussi, Jude. Que veux-tu dire?

Il retint une grimace devant le reproche à peine voilé.

-Désolé. Bonjour, père. As-tu bien dormi?

-Très bien, je te remercie. Et toi?

-Très bien. Elle s'est enfuie!

-Non, elle ne s'est pas enfuie.

-Pardon?

Fernand signala sa présence par un raclement de gorge.

-Mademoiselle Lise est dans la rue, Monsieur.

Sans attendre la réponse de son père, Jude se précipita à l'entrée, pour se rendre compte qu'effectivement, la fuyarde était dehors, écarlate, l'air en piteux état. Sa foulée ne ressemblait pas à une course mais à un rebondissement mou tellement ses pieds allaient dans tous les sens, et elle semblait couverte de sueur.

Un rictus supérieur fit son apparition sur son visage. Lui courait dans tous les sens pendant une heure trente de match, et elle ne semblait même pas capable de mettre deux pieds devant elle! Elle avait semblé agile, la veille, mais sans endurance elle n'était qu'une incapable. Elle ne mettrait jamais les pieds dans une équipe sportive, c'était sûr.

Il eut un tic agacé en se rendant compte qu'évidemment, elle lui avait volé ses baskets, mais il garda son masque en place, et attendit qu'elle soit à portée pour lancer:

-Tu t'enfuis déjà, Runaway?

Son sourire disparut aussi vite en entendant une voix essoufflée en fin de vie lui répondre:

-Alors je serais en train de courir dans l'autre sens tu ne crois pas, petit génie?

Même aux portes de la mort, elle lui manquait de respect, se moquant même de son intellect. Son regard noir était pathétique, il avait affronté sans fois pire. Elle ressemblait à un chaton à peine né, trempé, aveugle, incapable de marcher, et qui pourtant miaulait comme s'il était le roi de la jungle.

Risible.

-Ne disparais pas ainsi, on pourrait en tirer une mauvaise conclusion, riposta-t-il. Surtout après ton numéro d'hier.

Sous-entendu: ne fais pas la maligne, si tu ne veux pas dégager fissa.

-J'ai laissé une note à ton père, rétorqua-t-elle plus calmement. Tu es le seul à en tirer les mauvaises conclusions, prends ça comme tu veux.

Il serra les dents.

-Tu es en retard pour le petit déjeuner, articula-t-il. Nous n'avons qu'une seule règle, et tu la brises déjà?

-Je ne serais pas en retard si tu ne me bloquais pas le chemin, lâcha-t-elle lentement.

Ah! Qui pensait-elle tromper? Suante, épuisée, à deux doigts de s'effondrer devant la porte, elle était loin d'être arrivée à table. Au moindre souffle de vent, elle tomberait -et il ne la retiendrait pas! songea-t-il avec une humeur vindicative.

-Tu comptes t'asseoir ainsi à table?

-Pourquoi, je ruinerais d'antiques chaises de l'époque victorienne avec mon humble postérieur?

-Tu te crois intelligente en utilisant des grands mots? Tu ne trompes personne!

-Ca suffit!

Il retint un tressaillement. Fernand et son père les dévisageaient, leur expression partagée entre colère et déception. Il eut envie de rétrécir et de rentrer dans un trou. Se disputer au seuil de sa maison, au vu et au su de tous les voisins, devant son père qui plus est?

Jamais, jamais il ne s'était laissé aller ainsi, il n'en détesta que davantage celle qu'il n'était qu'une intruse chez eux.

-Entrez, ordonna la voix sans appel du businessman.

Il obéit, non sans foudroyer du regard son opposante. C'était un don qu'elle avait, être toujours au mauvais endroit au mauvais moment, et savoir exactement comme l'énerver. Pire, il avait beau commencer à cerner sa personnalité, il se laissait quand même avoir.

Il l'observa du coin de l'œil -ses lunettes avaient tout de même des côtés bien pratiques- et retint un reniflement méprisant devant son comportement. Clairement, elle agissait comme une paysanne, surprise devant la nourriture, et se servant rapidement et discrètement après eux -elle avait peur qu'ils tentent de l'empoisonner, ou quoi?- et grignotant dans son coin.

Elle n'avait pris qu'une quantité ridicule, et ne se resservit pas. Elle n'aimait pas? Madame était au-dessus des croissants et pains au chocolat?

Son père tenta de relancer la conversation, et il fronça les sourcils. Il détestait parler quand il n'était pas prêt, et habituellement l'adulte le savait. Il attendait toujours que Jude commence la conversation, mais visiblement pas cette fois-ci.

Encore un de ses privilèges bafoués à cause de l'intruse. Il sursauta presque lorsque cette dernière s'adressa à lui:

-Beau match, hier.

Il se figea. Elle avait regardé? Ou tentait-elle de faire preuve d'un minimum de politesse?

-Lise a observé le match avec moi hier, annonça son père. Elle m'a aidé à mieux comprendre ce qu'il se passait sur le terrain, c'était intéressant. La muraille infinie était impressionnante, mais votre éclair pulvérisant l'a surpassée.

Il l'avait regardé! Peu importe si c'était avec la fille qui l'agaçait, son père avait pris le temps de regarder et apparemment d'analyser son jeu. Runaway l'avait aidé? Elle avait donc quelques connaissances de base en sport?

Un frisson d'angoisse lui parcourut le dos. Si elle intégrait le club de foot de Raimon, il n'aurait plus une seconde de répit... Non, ça ne devait pas être ça. Son père n'avait d'ailleurs même pas mentionné son intégration dans une école quelconque, elle ne faisait que squatter chez eux. Il ne la verrait que pendant les repas, et ce serait bien suffisant.

-Tu joues au football? Demanda-t-il poliment.

-Non.

Sa réponse était trop rapide, instinctive. Ce n'était pas qu'elle ne jouait pas, c'était qu'elle détestait ce sport! Elle détestait ce que lui aimait, et avait probablement dû critiquer tout ce qu'elle voyait devant son père, qui était trop gentil que pour la dénoncer. L'idée qu'elle ait pu rabaisser ses accomplissements -alors qu'elle n'avait elle-même rien fait de sa vie!- le débectait.

-Je préfère courir, ajouta-t-elle après une seconde d'hésitation.

Il retint un reniflement moqueur. Si ce qu'il avait vu ce matin était de la course, alors elle ne valait rien sportivement parlant. Elle pouvait bien critiquer un sport qu'elle ne comprenait pas, elle qui peinait à mettre un pied devant l'autre!

La conversation qui s'ensuivit lui parut surréaliste. De quel droit se permettait-elle de donner des conseils sportifs à son père? S'il devait choisir un sport, ce serait le football, pour son fils, et non pas la course!

Et pourtant, ce dernier avait l'air de sérieusement envisager d'installer un tapis de course dans leur maison. C'était ridicule! Combien de fois allait-il subir ces minuscules affronts, où son père semblait systématiquement choisir le camp d'une inconnue plutôt que son propre fils?

-Je ne t'ai pas vue au repas hier soir. Tu étais sortie?

Elle le regarda avec la bouche ouverte comme un poisson sorti de l'eau.

-Non, je n'étais pas sortie... Il y avait un repas?

-Je te l'ai dit, s'agaça-t-il. On mange toujours à sept heures.

-Et il est sept heures, maintenant.

Elle jouait vraiment l'idiote? Pour justifier son absence à la seule règle qu'ils avaient instauré?

-Ne te fais pas plus stupide que tu ne l'es, siffla-t-il. Tu ne manges qu'une fois par jour peut-être?

-Jude! intervint son père, mécontent. On mange aussi à sept heures du soir, Lise.

Cela, au moins, sembla l'affecter quelque peu, et il en ressentit un brin de satisfaction. Avant qu'elle ne parte, il allait lui faire sentir à quel point elle était hors limite et inadaptée.

"Je suis désolée", c'était bien maigre, mais elle avait au moins les bases de la politesse. C'était donc juste qu'elle n'aimait pas s'en servir. La cerise sur le gâteau fut lorsque son père rappela de manière élégante qu'il fallait être propre pour passer à table. Son humiliation fut agréable, mais la victoire ne fut que de courte durée.

Bien sûr, puisque Madame avait besoin d'une douche, il fallait la lui montrer. Elle devait ignorer qu'elle avait une salle de bain toute prévue pour elle, et son scepticisme l'agaça.

-Tu plaisantes?

Il se retourna brusquement pour la regarder droit dans les yeux.

-Ecoute, je ne sais pas ce qu'est ton problème, mais je ne plaisante jamais.

-Effectivement, tu n'as pas l'air d'un humoriste. C'est un métier qui te demanderait de parler réellement aux gens et pas les toiser de haut, tu n'aurais aucune idée de comment t'y prendre.

Il ouvrit la bouche pour répliquer, puis serra les dents. Il inspira profondément, et lâcha:

-C'est ta salle de bain. La mienne est une porte plus loin, ne t'avise pas de te tromper. Pour le moment, tu as des produits génériques, n'hésite pas à demander aux servantes si tu as des préférences, elles iront en acheter pour toi.

Elle ouvrit la bouche, puis la referma. Tant mieux, il n'était pas d'humeur à continuer cette stupide conversation une seconde de plus.

Il partit après un vague remerciement de sa part (elle était vraiment mal élevée, pas de doute) et retourna se réfugier dans sa chambre. Il voulait faire le point sur le match, en utilisant les enregistrements qu'il en avait obtenus. Il voulait scanner la partie, afin de découvrir s'il n'aurait pas pu faire mieux, déjà, afin de provoquer ce but miraculeux plus tôt. Ils avaient vraiment frôlé la défaite...

C'était aussi l'occasion de réfléchir plus en profondeur à l'entraînement qu'il ferait subir à ses camarades -s'ils le voulaient bien. Il devrait encore probablement compter sur Axel et Mark pour défendre ses méthodes- afin d'éviter ce manque de coordination. Sans vouloir créer un coordination parfaite basée sur ses stratégies comme il le faisait à la Royal Academy, il voulait au moins pouvoir compter sur la réussite de leurs passes.

Il faudrait faire attention, par ailleurs. Raimon se basait sur un ensemble de talents très divers qui ne s'accordaient que grâce à leur persévérance, à l'opposé de la Royal qui mettait le jeu d'équipe avant tout. Il ne devait pas non plus agir comme le capitaine qu'il n'était plus.

Il n'avait pas fini de se remettre en question, il semblait, mais au moins il tenait le bon bout. Il était certain que cette équipe lui apprendrait beaucoup sur ce nouveau football qui le fascinait tant.

Une notification sur son ordinateur portable le fit sortir de ses pensées. Apparemment, Mark l'avait ajouté sur un groupe facebook de l'équipe, et ils étaient en train de se plaindre avec vigueur du livre qui était à analyser pour le lendemain. Kevin était le plus remonté d'entre eux (mais il l'était souvent, donc cela ne l'inquiétait pas outre-mesure) sur le fait qu'en étant des étudiants sportifs, ils devraient bénéficier d'une certaine liberté pour leurs devoirs, surtout en période de compétition. D'un autre côté, ceux qui n'avaient pas cours d'anglais étaient en train de jubiler et d'expliquer en long et en large en quoi ils profitaient du dimanche pour se reposer.

Il soupira en découvrant ce qu'ils devaient lire. Du Shakespeare, vraiment? Il aurait voulu le lire en anglais, mais il pensait qu'il n'était qu'en japonais dans la bibliothèque... Tant pis, cela devrait faire l'affaire.

Il s'en soucierait après le repas, il était bientôt l'heure de manger. Il n'avait pas envie de descendre faire face à la nouvelle arrivante, mais il se rassura en se disant qu'il la verrait moins en semaine. Il serait parti à Raimon, et elle resterait ici, probablement à ne rien faire.

Evidemment, elle se fit attendre, et Fernand dut aller la chercher pour lui annoncer que le repas était servi. Quand elle descendit, ses cheveux étaient entièrement blancs, et plus courts. Au moins, c'était un soulagement par rapport à sa précédente coupe agressivement multicolore, elle ressemblait presque à une adolescente normale. D'où venaient ces vêtements? Elle s'était déjà servie dans un placard quelconque? Et elle avait demandé à son père de s'occuper de sa coupe de cheveux?

Elle était vraiment sans gêne.

Elle s'assit en face de lui sans une excuse pour son retard, et ils attendirent les plats dans un silence pesant. Il préférait ça à la discussion, ceci dit, parce qu'elle trouvait toujours un moyen de l'agacer en quelques mots.

-Prêts pour votre rentrée à Raimon?

Son père n'avait jamais autant parlé à table depuis qu'elle était arrivée, soupira-t-il intérieurement. Attendez... Comment ça, "votre" rentrée?

-Elle va à Raimon?

Evidemment, elle ne le laisserait pas tranquille. Est-ce que c'était un de ses plans pour tenter de se rapprocher de lui? Elle devait se douter que c'était lui qu'elle devait convaincre, vu que son père semblait déjà à sa botte.

-Pourquoi, cela pose problème?

Elle faisait l'innocente. Cela ne lui allait pas du tout, d'ailleurs.

-Pourquoi Raimon? Il y a plein d'autres écoles.

-J'ai pensé qu'il serait mieux de vous inscrire à deux. Je sais que tu es familier avec certains élèves de Raimon, mais Lise n'a pas cette chance; il lui sera plus agréable d'avoir au moins un visage familier dans la foule.

Soit son père avait de bonnes intentions, mais il était à côté de la plaque, soit c'était elle qui avait tout organisé et son père était d'accord. La deuxième solution semblait plus probable, il était bien plus perceptif qu'il ne voulait bien le laisser croire.

Ce qui signifiait qu'une fois de plus, ils s'étaient alliés contre lui.

-C'est gentil, je vais me débrouiller.

Mais à quoi jouait-elle? Si elle tentait de se rapprocher de lui, il était tellement facile de lui demander de lui faire visiter les lieux. A la place, elle tentait de s'éloigner de lui autant que possible, et il s'en vexa:

-Je ne suis pas assez intéressant pour toi, c'est ça?

Au milieu des protestations de son père et de dénégations de Runaway qui arborait un sourire malin, il s'était retrouvé guide officiel. Il s'était fait avoir, comme un bleu.

Il l'entendit vaguement discuter de livres avec son père, et il retint un reniflement moqueur. Au vu de sa tenue, elle savait probablement à peine lire, et ce seraient des livres typiques de romance ou de fantasy, écrits en grand avec des images. Ce qui lui rappelait qu'il devait lire Shakespeare...

Il se dirigea donc vers la bibliothèque un peu après le repas, et se figea un bref instant en voyant qu'elle était déjà occupée. Runaway était nichée dans le fauteuil le plus confortable, enroulée sans gêne dans une couverture, lisant ce qui semblait être une énorme brique.

Si ça ce n'était pas une surprise, pondéra-t-il. Jamais il n'aurait cru qu'une fille comme elle aimait lire, encore moins des pavés pareils. Elle tourna la tête vers lui, et son expression devint aussitôt résignée, comme si elle s'attendait à ce qu'il sorte une pique. Au lieu de ça, il lâcha:

-Tu lis vraiment ça?

-Non, j'ai reposé mon magazine de cuisine en t'entendant arriver pour faire semblant d'être intelligente. Je suis à la page 384, petit génie, bien sûr que je le lis.

Evidemment. Même lorsqu'il tendait la main, elle repoussait le moindre de ses efforts pour discuter avec elle. Agacé, mais mû par la curiosité, il enchaîna:

-Quel plaisir trouves-tu dans ce genre de brique?

Elle le dévisagea comme s'il lui était poussé une deuxième tête. Sa question n'avait rien de ridicule, pourtant. Des livres aussi longs à lire, qui ne présentaient aucun intérêt d'apprentissage, ni la facilité d'une lecture agréable, qui pouvait bien les aimer? Pourquoi était-ce son premier choix, en rentrant dans une bibliothèque aussi fournie que celle-ci?

-C'est un classique pour une raison.

Mais elle ne précisa pas laquelle, et il en eut assez. Il avait tenté, malgré tout, de faire un pas vers elle. Elle l'avait repoussé, ce n'était pas de sa faute.

Il se détourna pour chercher le Shakespeare dont il avait besoin, fronçant les sourcils en ne le trouvant pas.

Comment se faisait-il qu'elle trouvait directement un livre alors qu'elle était ici depuis quelques heures seulement, et lui ne trouvait rien?

Et elle n'allait pas l'aider, non. Elle devait sentir sa perplexité, vu qu'il était planté là depuis une dizaine de minutes, mais non, elle n'allait pas lever le petit doigt. Il se retenait de l'interpeller -il n'allait pas lui demander! Il avait sa fierté- quand elle se tourna brusquement vers lui, visiblement agacée:

-Je peux faire quelque chose pour t'aider?

-Navré d'interrompre ta lecture, persifla-t-il. Je ne fais que chercher un livre, et je vis ici.

Quitte à l'ignorer, qu'elle l'ignore jusqu'au bout, plutôt que de lui reprocher sa présence! Il était là d'abord.

-Je vis ici aussi, que ça te plaise ou non, rétorqua-t-elle.

Elle le cherchait vraiment, n'est-ce-pas? Il se retint de serrer les dents, ce qui l'aurait dénoncé. Il lui lança juste un regard meurtrier qu'il savait soigneusement caché derrière ses lunettes, et se contint.

-Plutôt que de me reprocher ma présence dans cette bibliothèque, tu pourrais me dire ce que tu cherches, lâcha-t-elle d'une voix traînante. De cette façon nous n'aurons pas à nous partager l'espace et tu me laisseras lire en paix.

-Je n'ai pas besoin de ton aide, je vis ici... depuis plus longtemps que toi! ajouta-t-il en voyant sa bouche s'ouvrir à nouveau.

-Très bien, débrouille-toi tout seul. Tu t'es bien sûr rendu compte que la bibliothèque était classée par thème, et puis par auteur, n'est-ce pas?

-Bien sûr, marmonna-t-il.

Il n'allait pas lui faire plaisir et lui avouer qu'elle avait mieux compris un classement que lui qui vivait dans cette maison depuis des années!

Suite à ça, il trouva rapidement le Shakespeare dont il avait besoin, soupesant ses options.

Est-ce qu'il lui en parlait? Il ne connaissait même pas son horaire, elle n'avait peut-être même pas anglais... Qui tentait-il de convaincre? Il savait qu'elle aurait ce cours, son père aurait le même raisonnement avec elle qu'avec lui: l'anglais était la langue du business, ils devraient tous pouvoir la parler.

Peut-être qu'elle ne parlait même pas anglais.

Bon, il s'apprêtait à lire la version japonaise, mais il savait qu'ils devraient en débattre en anglais. Il ne servait à rien de la prévenir pour un test auquel elle ne pourrait jamais se préparer en un après-midi. Elle se rendrait peut-être ridicule, mais ce ne serait que son premier jour d'école. Il n'y avait pas moyen qu'elle soit au courant, les professeurs ne seraient déjà que trop tendres avec elle en apprenant sa situation familiale.

Tant pis, elle se débrouillerait. Et si vraiment, elle tentait le coup et se ridiculisait quand même, ce ne serait que de sa faute à elle, pas la sienne. S'il était au premier rang pour le crash à venir, ce n'était qu'une coïncidence... Ce n'était pas comme s'il était mesquin, elle l'avait cherché.

Il partit avec un rictus sur les lèvres.

...

Voilà! Qu'en avez-vous pensé? Les descriptions de match sont étonnamment compliquées, et je prie pour que Jude ne finisse pas trop OOC...

Merci à wengilena0207, ElleanorSharp et SiriusLuna15 pour vos commentaires, ils me font vraiment plaisir et j'espère que ce chapitre vous plaira! Je vous réponds rapidement, promis~

Passez une bonne journée!