Bonsoir tout le monde!

Voici un nouveau chapitre! On y voit très clairement mes intérêts personnels (moi, fan de Shakespeare? Noooon... Tout ce qui en anglais est en italique) mais j'en profite pour faire avancer l'histoire. Bonne lecture!

...

Elle s'était réveillée en sursaut, couverte de sueur, tentant de chasser les images que son cerveau embrumé avait créées pendant la nuit. Elle observa un peu autour d'elle, peu habituée à ce genre de décor dès son réveil, mais le présent la rattrapa bien assez vite. Pas étonnant qu'elle cauchemarde aujourd'hui, c'était la première fois qu'elle entrerait dans une école en tant qu'élève et non en tant qu'intruse. Mais serait-elle vraiment une élève? Est-ce que la sensation d'être une intruse partout, où qu'elle aille, se dissiperait-elle un jour?

Elle sentit les courbatures de ses efforts de la veille et grimaça. Elle devait peut-être prendre une douche, mais imaginer la douleur qu'elle ressentirait inévitablement en se levant la décourageait, et l'incitait à rester tranquillement allongée. Elle avait beau s'être couchée tard (ou tôt, selon un autre point de vue), elle était réveillée au moins une heure avant d'avoir besoin de s'activer.

Son cartable était prêt, vérifié et revérifié une dizaine de fois, son uniforme était prêt, déposé sur son lit toujours intouché. Pour le moment, elle avait envie de rester dans cette pièce poussiéreuse, oubliée, et pourtant mille fois plus chaleureuse que sa chambre parfaite mais si impersonnelle.

Elle laissa son esprit vagabonder, l'emmener partout ailleurs que dans ses pensées si sombres qui étaient les siennes. Elle repensa à ses lectures, réfléchit au dernier bouquin déchiffré, et tenta de le replacer dans sa période et dans son contexte. Elle devrait faire des recherches; il se pouvait que certains indices soient complètement passés au-dessus de sa tête, elle manquait des clefs pour comprendre ce style d'écriture.

Lorsque l'exercice la lassa, elle tenta de se rappeler d'un morceau classique qui pouvait être long assez que pour la distraire. Une symphonie, donc... Un sourire sarcastique orna ses lèvres en entendant des échos de Dvoràk, dite "Du Nouveau Monde", et elle laissa la musique se jouer dans sa mémoire, effaçant toute pensée consciente pour se laisser emporter par la mélodie si belle et si poignante.

Elle ouvrit les yeux une cinquantaine de minute plus tard, ayant savouré le silence imaginaire après la dernière note. Ce merveilleux silence à la fin d'une pièce, qui signifiait que les personnes reprenaient leur souffle après avoir été tenus en haleine, ce soupir de recueillement avant le tonnerre d'applaudissement.

Il était temps de se lever, et elle soupira en s'exécutant. Il était hors de question qu'elle soit en retard pour le repas de sept heures, et elle allait inaugurer son nouvel uniforme.

Elle rangea rapidement les couvertures dans l'armoire avant de se changer dans sa chambre, heureuse de ne pas avoir croisé le Petit Connard de grand matin. Elle fut rassurée par l'uniforme, dont les chaussettes longues et la jupe plus basse ne montrait que très peu ses jambes, et la chemise était parfaitement cintrée.

Elle n'aurait au moins pas l'air ridicule dans une taille trop grande, ou dans une tenue qui dévoilait de trop. Elle se promit d'acheter des bas opaques à la première occasion, n'ayant aucune confiance en ces jupes légères qui se montreraient capricieuses au moindre coup de vent.

Elle descendit plus tôt, détestant l'idée de rester dans sa chambre plus longtemps que strictement nécessaire. Elle s'aventura vers la salle à manger, et s'arrêta net en voyant le maître de maison déjà assis, en train de siroter son café, un journal posé devant lui. Son activité de lecture semblait avoir été interrompue par Fernand, qui lui parlait à voix basse, toute sa posture emplie du respect qu'il portait envers son boss.

Elle hésita à la porte, ne souhaitant pas interrompre ce moment de connivence; elle songea à faire demi-tour lorsque les yeux perçants de Sharp la vrillèrent sur place. Elle se figea de surprise: elle était dissimulée dans l'ombre, elle n'avait fait aucun bruit de pas. Le silence, se faufiler discrètement partout sans se faire remarquer était une seconde nature pour elle; que son gardien aie pu voir à travers ces précautions l'inquiétait plus qu'elle ne voulait se l'avouer.

Avait-elle perdu son talent? Qu'est-ce qui pouvait justifier qu'un gérant d'entreprise sache observer les coins d'ombre?

Les deux possibilités l'effrayaient autant l'une que l'autre, aussi resta-t-elle sur ses gardes alors même que Sharp lui adressait un sourire franc.

-Entre, Lise.

-Je ne pensais pas vous déranger, je suis désolée, s'excusa-t-elle par réflexe.

Elle vit une lueur sombre passer brièvement dans les yeux de son vis-à-vis, et elle retint un frisson. Était-il en colère? Avait-elle interrompu un rituel important dans sa journée?

-Le premier étage est commun à tous, Lise. Tu ne pourrais pas déranger, ces pièces sont faites pour y vivre.

Il y avait une forme de finalité dans sa voix qu'elle ne comprenait pas, mais l'information la fit se détendre. Elle avait l'autorisation de se balader partout au premier étage; elle n'aurait pas l'impression de fouiner en visitant les lieux.

Avec un sourire timide, elle s'assit après avoir poliment salué Fernand et Sharp. Personne ne pouvait au moins lui reprocher ses manières, et elle sentit plus qu'elle ne vit l'approbation des deux hommes.

Ses yeux furent attirés par les deux piles de journaux, de chaque côté de celui qui était ouvert.

-Quelle pile avez-vous déjà lu?

-Celle de droite.

-Puis-je?

Avec un hochement de tête, il lui donna la permission d'accéder à toutes ces précieuses informations écrites sur papier, et elle retint un sourire ravi qui serait probablement incongru pour son gardien qui l'observait encore.

-Le petit déjeuner sera bientôt servi, mademoiselle Lise. Puis-je vous servir une boisson afin de vous faire patienter?

Elle s'apprêtait à refuser, par politesse, mais elle se ravisa:

-Je prendrais volontiers de l'Earl Grey, s'il vous plaît.

L'étincelle de surprise fut clairement visible dans ses sourcils -ses yeux fermés étaient frustrants, elle devait le reconnaître- et elle retint un soupir. Oui, elle brisait les stéréotypes de l'orpheline normale. Elle n'était pas normale, et alors?

-Cela sera fait, mademoiselle.

-Merci.

Elle se plongea ensuite dans sa lecture, adressant un sourire chaleureux à la servante qui venait lui apporter le thé, sirotant avec plaisir la boisson chaude. Cela la réconfortait bien plus qu'elle ne voulait se l'avouer: au milieu de tous ces bouleversements, il était bon de savoir que certaines choses ne changeaient pas.

Elle ne remarqua pas spécialement l'augmentation progressive de bruits dans la maison, signe que tous ceux qui y travaillaient s'activaient davantage; les plats qui commençaient à apparaître sur la table et l'odeur entêtante lui passèrent complètement au-dessus de la tête, impliquée comme elle l'était dans sa lecture.

Ce ne fut qu'une présence sombre, menaçante, qui la tira de ses journaux, juste à temps pour fusiller le nouvel arrivant du regard.

Quelqu'un n'était apparemment pas matinal...

Il articula une salutation polie envers son père, et elle retint un soupir agacé lorsqu'il l'ignora, décidant simplement de prendre les devants.

-Bonjour.

Si possible, il se crispa encore davantage, et son aura devint pratiquement orageuse. Elle fut tentée de hausser un sourcil narquois, pour l'enrager encore davantage, mais elle se rappela qu'ils n'étaient pas seuls et maintint un regard neutre.

-Bonjour, finit-il par lâcher entre ses dents.

-Bien dormi? intervint gentiment Sharp.

Il tentait visiblement de calmer le jeu, mais l'héritier n'était pas d'humeur.

-Oui, merci. Un peu trop longtemps puisque je suis apparemment en retard.

Lise jeta un coup d'œil à l'horloge centrale, admirant au passage les mécanismes visibles qui contrastaient la pureté du design. Il n'était pas encore sept heures, Petit Connard était bien à l'heure. Pourquoi piquait-il une crise, de si grand matin?

-Je suis une lève-tôt, répondit-elle simplement.

Après tout, l'attaque était visiblement contre elle. Mais qu'allait-il lui reprocher? D'être à l'avance, afin de respecter ces sacro-saintes règles de ponctualité? Il allait juste se mettre en colère contre elle, quoiqu'elle fasse, sans réelle justification. Autant qu'elle ne s'agace pas à chaque prise de bec, elle y perdrait bien trop d'énergie.

Sa placidité ne fit en revanche que frustrer son opposant qui s'assit un tantinet trop brusquement, et elle finit rapidement son journal avant de tout mettre de côté.

A sept heures pile, ils commencèrent à manger, et Lise dut se forcer. La nourriture était délicieuse, mais bien trop riche; elle avait encore sur l'estomac le plat de la veille, et si elle poussait de trop elle en serait malade. D'un autre côté, elle ne pouvait pas simplement sauter le petit déjeuner, cela ferait croire qu'elle n'appréciait pas. Ce serait trop d'attention, elle en frissonnait d'avance.

-Prêts pour votre premier jour à Raimon?

Le petit silence l'informa que c'était à elle de commencer:

-Aussi prête qu'on puisse l'être, je suppose... Et toi?

Elle n'allait pas l'appeler par son prénom, mais il était clair qu'elle s'adressait au Petit Connard. Elle ne tutoyait personne d'autre dans la maison, après tout; elle se demandait s'il l'avait remarqué, et s'il s'énerverait quand il prendrait immanquablement ce petit fait comme une insulte personnelle.

-Je n'ai rien à craindre. J'ai des amis là-bas, après tout.

Sous-entendu: contrairement à toi.

-Heureusement que j'ai un guide volontaire, dans ce cas.

Elle n'avait pas pu résister. Elle était humaine, elle ne pouvait pas laisser passer une pareille opportunité de lui rappeler qu'il s'était fait avoir en beauté la veille.

-Je ne connais pas l'école tant que ça, réfuta-t-il finalement. Je ne te serai pas d'une grande aide.

-Tu y as déjà été? S'enquit-elle avec curiosité.

Tant pis pour les piques diverses, c'était quelque chose dont elle n'était pas au courant. Il avait apparemment au moins déjà vu les bâtiments, est-ce que... Il avait été espionner là-bas? Ca ne la surprendrait pas.

-Une fois, lâcha-t-il du bout des lèvres. Match amical, il y a quelques mois.

Une fois? C'était clairement un mensonge, il devait apprendre à se maîtriser mieux que ça. Maintenant, le match amical était bien réel... Elle n'en avait pourtant entendu parler nulle part. L'école n'était apparemment pas détruite, mais ils ne pouvaient pas déjà avoir perdus contre Raimon, pas alors que Sharp parlait de "première défaite" contre eux au Football Frontier...

-Vous gagniez dix à zéro, c'est bien ça? S'enquit Sharp. Et puis, après un simple but, votre coach a décidé de déclarer forfait.

Petit Connard serra les dents, et Lise le dévisagea, surprise. Qu'est-ce qui pouvait l'énerver à ce point-là? Le fait d'avoir été obligé de perdre un match pourtant bien parti?

En tout cas, que Kami bénisse son gardien pour cet apport d'informations. Son "frère" d'accueil semblait avare en paroles, encore plus avec elle. Ce n'était pas ainsi qu'elle saurait ce qu'il s'était passé pour le faire changer de camp, ou qu'elle remplirait les données qu'il lui manquait.

Enfin, elle n'y pouvait rien pour l'instant. Sharp lui-même n'était probablement pas au courant de tout, et Petit Connard ne lui dirait rien. Elle le découvrirait sûrement plus tard, les secrets se révélaient toujours d'une façon ou d'une autre. Pour le moment, tout ce qu'elle pouvait faire, c'était se préparer mentalement pour sa toute première journée d'école, et espérer qu'elle n'était pas totalement rouillée socialement parlant.

Le trajet en voiture fut tendu. Ils étaient face à face dans la limousine, ayant spontanément refusé de se tenir côte à côte; ils alternaient entre se regarder en chiens de faïence ou s'ignorer. Elle était presque soulagée de sortir en territoire inconnu: ce ne pouvait être plus hostile que son vis-à-vis, après tout.

Bien sûr, elle n'aurait jamais dû penser ça, réalisa-t-elle à peine un quart d'heure plus tard.

Pourtant, tout avait bien commencé: leur entrée dans la cour avaient attiré les regards, mais c'était plutôt Petit Connard qui se prenait le gros de l'attention. Elle n'était que la petite nouvelle, rien du tout par rapport au grand Jude Sharp qui venait de se transférer dans leur école pour leur faire gagner un match.

Elle s'était donc discrètement éclipsée vers le bâtiment qui devait être administratif, et avait réglé les derniers papiers nécessaires; son horaire, sa carte étudiante, le règlement...

Ce fut en sortant qu'elle fit face à une parfaite inconnue. Rectification: plusieurs inconnues. Les filles qui traînaient aux alentours semblaient être trop tendues que pour ne pas faire partie de cette embuscade dans les règles.

Elle se re-concentra sur l'apparence de ses kidnappeurs. La fille devant elle était petite, rousse, au regard mauvais. Ses traits étaient fins, bien dessinés et elle aurait vraiment pu être jolie, si ce n'était la méchanceté qui se peignait sur son visage. Lise ne cessait d'être impressionnée par le corps qui finissait systématiquement par refléter ce qu'on était, et elle refusa de songer à ce que voulait dire sa propre méfiance à se regarder dans un miroir. Les autres collégiennes avaient l'air relativement banales, si ce n'était pour le soin qu'elles prêtaient visiblement à leur apparence: les bijoux et le maquillage étaient de mise, les jupes étaient courtes et les sacs hors de prix.

Nullement impressionnées par les regards noirs (elles avaient toutes de réels progrès à faire; même aux travers de ses bocaux, Petit Connard était plus incisif que cela) elle se redressa:

-Bonjour! Je peux t'aider?

-C'est toi qui es sortie de la limousine avec Jude Sharp, hein?

Elle cligna des yeux, surprise. Elle aurait dû s'en douter; ce serait toujours à propos de lui, où qu'elle aille. Elle ne put s'empêcher de s'assombrir et acquiesça:

-Oui, j'ai eu l'honneur de partager un trajet avec lui.

Malheureusement, les harpies (dans tous les sens du terme: avec leurs ongles parfaitement manucurés et leurs yeux étrécis, elles ne ressemblaient que trop à des oiseaux) n'avaient pas saisi la subtilité de l'ironie et la toisaient jalousement.

-Et qu'est-ce qu'une fille de seconde zone comme toi peut avoir à faire avec lui?

L'emphase sur ce pronom montrait presque une vénération, et elle retint un reniflement méprisant. Elle avait beau être de seconde zone, elle ne montrait son respect qu'aux personnes l'ayant mérité; il était loin de faire partie de cette catégorie.

Maintenant, la question montrait qu'elle avait déjà fait manque de prudence: si elle révélait qu'elle vivait avec lui, elle se ferait sans aucun doute écharper et elle ne cesserait de mystérieusement perdre ses affaires. La seule autre excuse plausible, c'était...

-Je dors pas très loin de chez lui. Son père connaît le mien, et il a proposé de me conduire, sachant qu'on rentrait tous deux le même jour.

-Grouille-toi, Erin, on n'a pas le temps!

-Pose-lui les vraies questions! Renchérit une autre.

Elles avaient abandonné l'idée de faire semblant qu'elles n'étaient pas impliquées, alors. Mais combien étaient-elles, dans cette bande de dégénérées?

-Est-ce que tu sors avec lui?

-Absolument pas! Rétorqua-t-elle du tac au tac.

Sa réponse avait été instinctive, et ladite Erin la fusilla du regard. "Fais ton choix" songea Lise. "Tu ne peux pas être jalouse de ma proximité avec Petit Connard puis me reprocher de ne pas être reconnaissante pour sa simple présence".

Elle en avait déjà sa claque, de sentiments contradictoires. Gérer ses propres émotions était déjà largement assez, elle n'avait pas à s'occuper de ceux des autres, merci bien.

-Ecoute-moi bien, la nouvelle, tu restes éloignée de lui. Tu ne le mérites pas; Jude Sharp ne peut sortir qu'avec quelqu'un comme moi.

-C'est-à-dire?

Cela lui valut un autre regard noir (bon, peut-être était-ce son ton ironique, mais elle parlait comme ça) mais une telle occasion de se vanter ne pouvait apparemment pas être passée:

-Quelqu'un de bonne famille. Riche, bien élevée, qui saurait le soutenir pendant toutes ces mondanités auxquelles en tant qu'héritier, il doit participer. Mieux encore, une autre héritière. Un tel mariage fusionnerait deux entreprises puissantes, et si Sharp est le numéro un, les Braggs sont les deuxièmes. Il ne trouvera pas un meilleur arrangement.

Une demi-douzaine de répliques passèrent dans son esprit. Erin n'était pas bien élevée, son attaque contre elle le prouvait; Sharp par conséquent n'accorderait jamais sa précieuse entreprise à une écervelée impulsive et jalouse. Il n'avait pas à forcément trouver une fiancée au Japon, elle pouvait être étrangère, ce qui multiplierait ses chances de se faire reconnaître au niveau international. De plus... Les Braggs n'étaient pas deuxièmes. Peut-être étaient-ils les plus proches du numéro un avec une héritière du même âge, donc éligible pour une fiancée, mais ils n'étaient certainement pas tout en haut de la liste.

A la place de toutes ces répliques acides cependant, elle décida de baisser la tête et de lâcher d'un ton contrit:

-Je suis désolée, je ne vous dérangerai plus. Je dois me rendre en classe, est-ce que vous pourriez m'indiquer le chemin?

Elle n'en avait aucune idée, et Petit Connard ne l'aiderait sûrement pas. Au moins, avec la réponse mauvaise qui dansait dans les yeux de la jeune fille en face d'elle, elle saurait avec certitude où elle ne devait pas aller.

Effectivement, d'un ton trop mielleux que pour être vrai, la rouquine lui indiqua un vieux bâtiment qui devait être à peine habitable, derrière tous les autres. La prenait-elle vraiment pour une débile?

Elle fit mine de suivre ses directives, ignorant les gloussements stupides qui résonnaient derrière elle, puis à la première occasion s'esquiva hors de leur vue et prit le chemin opposé. Le Japon était un pays bien organisé, après tout; sûrement toutes les informations nécessaires se trouveraient sur un plan, ou des lignes dans la cour.

Elle en profita pour prendre le paysage. Raimon était une belle école; pas une qui criait l'élitisme ou la puissance, mais une qui disait "il y a de la place pour tout le monde, venez apprendre chez nous". Elle s'y sentait à l'aise, au milieu de l'architecture colorée, des arbres plantés partout aux alentours, des rires des étudiants.

Elle finit par trouver ce qu'elle cherchait, et envoya des petits sourires à tous ceux qui la dévisageaient. Elle détestait l'attention, et le moyen le plus rapide de s'en débarrasser et de faire penser qu'elle n'était qu'une fille moyenne, gentille mais dans la norme.

En attendant que la cloche sonne, elle réfléchit à ce qu'elle ressentait. Elle avait soigneusement enfermé toutes ses émotions, une habitude lors de chaque discussion dangereuse; maintenant que la tension descendait, elle se retrouvait presque submergée.

L'agacement fit place à l'indignation, puis à la colère. De quel droit ces filles osaient-elles la menacer, dès son premier jour? Et pourquoi, pourquoi, tout devait la ramener au Petit Connard?

Elle avait espéré que l'école serait un répit du manoir Sharp, où tout lui criait qu'elle n'était pas à sa place, que l'héritier était et serait toujours meilleur qu'elle. Elle avait espéré pouvoir sortir finalement de son influence, seulement pour qu'on lui crache en plein visage, le premier jour de la rentrée, qu'elle n'était pas digne d'être près de lui.

Et elle en avait marre. Marre de se sentir inférieure à ce crétin arrogant, marre de marcher sur des œufs tout le temps. Non, elle n'allait pas se faire un profil bas, en se disant que de toute façon Petit Connard allait essayer de la faire partir au plus tôt possible; elle allait se battre, se faire connaître ici, prendre son influence.

Que personne ne soit d'accord face à un éventuel départ, que la pression sociale le force à au moins la prendre en considération. Peu importait de jouer la gentille fille avec lui, il ne voulait que se débarrasser d'elle. Seulement, aux yeux du reste du monde, elle serait parfaite.

Pas trop parfaite, elle ne voulait pas que les gens soient jalouse d'elle; elle montrerait des failles évidentes, destinées à la rendre plus approchable et plus humaine.

Tant pis, si elle se faisait manipulatrice; tous les humains étaient de toute façon pareils, chaque relation n'était qu'un ensemble de petites manipulations pour se faire aimer. Elle ne serait guère différente des autres, finalement, à part qu'elle serait consciente de ce qu'elle faisait.

La cloche sonna, et elle sourit. Elle n'avait pas à attendre d'être en classe pour se faire ses premiers "amis", ce temps de file était parfait pour ça. Elle observa rapidement ses nouveaux camarades, soulagée de ne pas y trouver Petit Connard; ç'aurait été le coup de grâce. A la place, elle remarqua deux jeunes filles curieuses: toutes deux avaient les cheveux sombres et courts, une avec des accessoires verts et l'autre orange, hormis ses lunettes roses. Elle s'approcha d'elles:

-Bonjour, je m'appelle Lise... Je suis nouvelle, est-ce que je suis dans la bonne classe?

La jeune fille aux lunettes roses -ses cheveux étaient davantage bleus de près- se pencha vers son horaire et lui offrit un sourire radieux.

-Tu as l'air d'être au bon endroit! Je m'appelle Célia, et voici Silvia. Tu peux me demander n'importe quoi, je fais partie du club de journalisme donc il y a de fortes chances pour que je puisse t'aider!

-Elle fait aussi partie du club de foot avec moi, ajouta Silvia. Tu sais déjà dans quel club tu veux aller?

-Non, rit Lise. Je viens à peine d'arriver, j'ai déjà failli me perdre... Je suis contente d'avoir trouvé la bonne classe, c'est déjà pas mal!

Elles faisaient partie du club de football, mauvaise pioche. Elle espérait simplement que toutes leurs conversations ne seraient pas basées sur leurs activités, sans quoi ce serait vite pénible. Au moins la bleuette faisait partie du journal de l'école, ce serait pratique...

-On a sciences, en première heure, c'est ça? Le professeur est sympa?

A force de banalités sur les matières et les ancedotes sur les professeurs, elle réussirait à créer un premier lien. Superficiel, mais c'était mieux que rien… Elle leur avoua une faiblesse en mathématiques, et Célia répondit:

-Si tu veux, mon frère pourrait t'aider! Il est vraiment un génie de ce côté-là.

-Ton frère? Il est dans notre classe?

-Non, il vient à peine d'arriver ici. Je ne sais pas encore dans quelle classe il est tombé...

Un frisson d'angoisse parcourut son dos. Elle ne pouvait pas être aussi malchanceuse, n'est-ce pas? C'était impossible. Petit Connard ne pouvait pas avoir une soeur, ils auraient été adoptés ensembles... Elle devait parler de quelqu'un d'autre. Quelqu'un d'autre qui rentrait exactement le même jour, et-

-Ah, c'est vrai, s'illumina Silvia. C'est officiellement le premier jour de Jude à Raimon! Tu crois qu'il va s'en sortir?

Non. Bien sûr que non, c'était trop beau pour être vrai. Célia était la sœur de Petit Connard, ce qui voulait dire que... Les papiers d'adoption n'avaient jamais été pour elle. L'héritier voulait faire venir sa sœur, et pour x raisons cela n'avait pas fonctionné. Elle n'était qu'une solution bis, un remplacement. Une fois encore, tout ne tournait qu'à propos de lui... Elle avait cru qu'elle était là pour Sharp, mais tout ne tournait qu'autour de son fils.

Cela la rendait malade. Elle avait besoin d'air, de respirer, de...

-Ca va, Lise? Tu es assez pâle.

-Non, c'est rien, balbutia-t-elle avec un sourire. Je suis simplement stressée de devoir parler devant tout le monde... Je vais devoir me présenter?

-Ah, sourit Silvia, c'est une tradition. Tu ne pourras pas y échapper, mais dis simplement ton nom, tes hobbys et tout ira bien!

Papoter avec ses camarades de classe avant les cours était une mauvaise idée, finalement. Elle ne pouvait pas envisager de rester avec Célia ou Silvia, pas si cela impliquait d'entendre parler de lui tous les jours. Comment cette discussion si piètre, inintéressante et banale, avait aussi vite tourné au drame?

Elle n'était à Raimon que depuis une heure, et elle avait déjà eu deux chocs. Par deux fois, tout avait été ramené à celui qu'elle détestait. Bon sang, comment pouvait-elle sortir de ce cercle vicieux? Devait-elle retourner à l'orphelinat, et braver la menace de la maison de redressement?

Non, se reprit-elle. Elle s'en tenait à son plan. Elle allait charmer tout le monde, que personne ne fasse plus le lien entre lui et elle.

Ce fut dans cet état d'esprit-là qu'elle rentra dans la pièce, refusant de se tortiller de gêne alors que tous la dévisageaient.

-Bonjour! Je m'appelle Lise Runaway, j'aime courir et j'adore la musique. Merci de m'accueillir!

-Très bien Lise, va t'asseoir à côté de Blaze, je te prie.

Le regard sombre de l'attaquant l'accueillit et elle retint un soupir, lui décochant à la place un petit sourire. Décidément, la malchance la poursuivrait jusqu'au bout; si elle était à côté d'Axel toute l'année, elle ne pourrait pas échapper à-

-Désolé du retard!

Mark Evans. Elle avait beau avoir été impressionnée par son coup d'éclat pendant le match, c'était un garçon bavard, bruyant, qui ne parlait que de football. Même avec toute la bonne volonté du monde, elle doutait sincèrement pouvoir le supporter plus de dix minutes.

En l'occurence, il était encore écarlate et suant de sa session d'entraînement, et avait visiblement oublié l'heure pour être arrivé aussi tard. Il était assis près d'elle également, juste derrière Axel, et pas loin de Silvia et Célia. Elle était tombée en plein milieu de fans de foot, le premier jour de la rentrée.

Elle avait officiellement la poisse, mais elle avait fait face à des situations pires que celle-là. Elle survivrait, à condition d'éviter de parler à Célia; cela ne pouvait que lui rappeler qu'elle n'était pas à la hauteur, et elle devait ignorer ce sentiment le temps de se construire.

Lorsque le cours commença, elle fut surprise de la facilité de certains exercices, mais prise au dépourvu par d'autres. Son éducation avait été extrêmement disparate, et elle en grimaça. Cela poserait question auprès des professeurs, il fallait qu'elle ne montre pas trop son avancement dans certains sujets si elle ne voulait pas que ses manques ressortent.

Entre chaque cours, ses camarades de classe traînaient à son bureau, tentant d'apprendre un maximum de choses à propos de la nouvelle. Heureusement, les quatre amis du club de foot la laissaient relativement tranquille (ou était-ce qu'elle n'était jamais seule et donc disponible? Peu importe, cela l'arrangeait) et elle répondait aux questions de son mieux, s'en tenant à l'histoire décidée la veille. Elle fut néanmoins soulagée lorsqu'on tourna la conversation vers les hobbys, et se renseigna sur les clubs. Apparemment, il y avait des élèves faisant partie du club d'athlétisme et de musique dans la classe, et ils acceptaient encore des nouveaux membres.

Cela pouvait être une bonne idée, songea-t-elle. Elle avait besoin de contacts sociaux, et l'athlétisme ne nécessitait rien de plus qu'une paire de baskets. Le club de musique, en revanche, était une autre histoire. Elle n'avait pas joué de piano depuis une éternité, et malgré son désir de jouer, la peur de devoir recommencer à zéro l'effrayait plus qu'elle ne voulait le reconnaître. Jouer avec des doigts malhabiles de débutants alors qu'elle avait des centaines d'heures de travail derrière elle serait particulièrement injuste, et elle n'avait pas envie de gérer une nouvelle injustice.

A la pause, elle se fit accompagner par des membres d'athlétisme jusqu'à leur club, et s'inscrivit le sourire aux lèvres. Elle avait hâte de voir ce qu'elle valait contre des élèves qui s'entraînaient trois fois par semaine; elle qui n'avait jamais couru avec d'autres était intéressée par le défi que cela représentait.

Elle maintint une conversation facile avec les sportifs, s'y connaissant assez dans la matière que pour échanger des vrais débats. Lorsque peu à peu la conversation dériva vers les anecdotes des élèves, elle se tut et écouta, riant ou faisant la moue en fonction de ce que demandait la situation.

Ce fut en passant devant une salle que la musique la happa et elle s'excusa auprès des autres avec un sourire. La porte était entr'ouverte, aussi ce n'était pas un grand challenge que de se faufiler à l'intérieur sans que personne ne la remarque.

La pièce était bordélique, avec des partitions, des manteaux, des sacs qui traînaient partout. Les instruments divers prenaient beaucoup de place, et les musiciens aussi. L'ambiance était agréable, les blagues volaient dans tous les sens. Chacun jugeait apparemment que son instrument était le meilleur, et par conséquent les clashs volaient sur leurs catégories respectives.

Le chef d'orchestre participait joyeusement au clash, se servant d'un ton léger pour reprendre les fautes de chacun, et puis tentait tant bien que mal de les faire jouer le passage demandé. Lise observait la joyeuse cacophonie avec un sourire aux lèvres, cachée dans un coin de la salle en hauteur. Le recoin dans lequel elle se trouvait semblait être un mini studio d'enregistrement, mais les outils avaient l'air défectueux et elle grimaça. Raimon portait clairement plus d'attention au football qu'aux musiciens; d'un autre côté, le monde entier favorisait en général ce sport plutôt que la culture musicale.

C'était dommage, jugeait-elle, mais il était trop tard pour faire marche arrière. Les montants improbables versés aux clubs ne seraient jamais offerts aux orchestres, et petit à petit la culture disparaîtrait, jugée trop élitiste.

Il était ridicule de penser que la musique était élitiste en voyant ces collégiens se disputer à grand coups de références de films et mini-clashs sur leurs instruments; la musique était majoritairement gratuite, ouverte. Il ne fallait qu'un peu de curiosité pour découvrir un tout nouveau monde, plein de richesse et accessible à tous les niveaux. Que l'on aie besoin d'une musique calme pour se détendre, de musique dramatique pour rythmer ses pas, où qu'on s'intéresse à certains compositeurs, voire certains interprètes, il y avait de tout pour tout le monde. Où était l'élitisme là-dedans? Elle peinait à le voir.

Elle revint en classe peu après que la cloche ne sonne, et fut à nouveau désarçonnée par ses différences de connaissance. Elle avait jusqu'à présent cerné qu'elle avait du mal avec la géographie, la physique, le chinois et bien sûr les mathématiques. D'un autre côté, en économie, en français, en chimie, en biologie et probablement en anglais, elle avait de grandes facilités.

Elle s'était déjà fait des liens intéressants avec quelques-uns de ses camarades de classe. Somme toute, elle laissait une impression chaleureuse, souriante et abordable. Pas dans la joie exubérante, elle n'en avait pas la force, mais dans une simplicité amicale.

Les joueurs ne l'avaient pas contactée. Pas approchée, pas un seul instant. Peut-être que Petit Connard leur avait touché un mot à ce propos, cela ne l'aurait pas étonnée... Il lui aurait suffi de lire le visage de Célia -très ouverte avec ses émotions- pour le savoir, mais elle n'osait pas la regarder dans les yeux. Dès qu'elle pensait à la journaliste, une voix distordue lui criait dans son crâne qu'elle ne serait jamais qu'une remplaçante, qu'elle ne méritait rien, qu'elle était inutile. Elle avait beau refouler cette voix, le sentiment sombre ne disparaissait pas, aussi elle pratiquait ce qu'elle faisait de mieux: tout ignorer, pour peut-être reconsidérer ces émotions un jour. Éventuellement. Plus tard.

Vers le milieu de l'après-midi, certains élèves commencèrent à ranger leurs affaires et à se lever tandis que d'autres restaient fermement sur place, et elle se pencha vers son voisin de droite:

-Que se passe-t-il? Je devrais bouger aussi?

-Ca dépend, qu'est-ce que tu as maintenant? Anglais ou Coréen?

-Anglais.

-Alors tu restes! Et des élèves d'une autre classe vont arriver, pour que chaque professeur de langue ait une classe complète.

-Est-ce qu'il n'aurait pas été plus pratique de prendre en compte les choix de langue dès le début de l'année dans la formation des classes? Demanda-t-elle, un peu perplexe.

-Va t'en plaindre à l'administration si tu veux, mais ça a toujours été ainsi et cela ne changera probablement jamais, répondit l'autre en haussant les épaules.

Elle se tendit en voyant Petit Connard entrer. Le karma devait juger lui avoir donné assez de répit en lui laissant une classe sans lui, il fallait rétablir l'équilibre et faire en sorte qu'il soit avec elle en anglais.

Il la fusilla automatiquement du regard en s'asseyant près d'Axel- et donc malheureusement pas aussi loin d'elle qu'elle ne l'aurait voulu- et elle retint un soupir. Elle allait essayer d'être discrète, mais au vu de leurs deux personnalités, cela allait inévitablement exploser à un moment ou un autre.

Elle s'étira, faisant craquer son dos avec satisfaction et profitant du léger retard du professeur pour engager la conversation avec tous les nouveaux arrivants (à part Petit Connard, évidemment).

Elle se tut néanmoins en voyant un adulte arriver, et elle sentit son regard se poser immédiatement sur elle, comme tous les autres enseignants avant lui. Oui, elle était nouvelle, et alors? Elle n'allait pas devoir se présenter, pas encore!

-Hello everybody! Comme je vois que nous avons deux nouveaux étudiants, nous allons rapidement faire des présentations...

Bien sûr. La seule satisfaction qu'elle en tirait, c'était que Petit Connard n'avait pas l'air ravi non plus. D'un autre côté, ses chevilles étaient tellement enflées qu'il devait sûrement penser qu'il n'y avait pas besoin de présentation, parce que sa réputation le précédait de loin.

-Qui se sacrifie en premier? Fit le professeur, avec un sourire qui devenait un tantinet sadique.

Le stratège se leva, et ouvrit la bouche avant que l'enseignant n'ajoute encore:

-Ah, et j'oubliais! En anglais bien sûr.

L'adolescent se figea, mais se reprit assez gracieusement, avec un accent relativement correct pour un japonais qui ne maîtrisait pas les "l" ou les "r" à l'anglaise.

-Bonjour à tous, je m'appelle Jude Sharp. Je viens de la Royal Academy, j'ai été transféré ici pour jouer dans votre club de football.

-Continue, tes passions et aversions!

-Visiblement j'aime le football, répondit-il avec ironie, et je n'aime pas ce que je ne comprends pas.

-Merci Jude. Lise?

Elle déglutit et se leva.

-Bonjour tout le monde! Je m'appelle Lise Runaway. Je viens aussi de la Royal Academy, j'ai été transférée ici parce que mes résultats ne sont pas aussi bons qu'ils ne devraient l'être… J'aime la musique et la course à pied, et je déteste les statistiques.

-Bel accent anglais, Lise! Il y a une raison à ça?

-Oui, monsieur. J'ai un peu vécu à Londres quand j'étais petite, et les enfants sont de vraies éponges lorsqu'il s'agit des accents. Je ne me souviens pas beaucoup de cette période, mais la prononciation est restée.

-Pourquoi Londres?

-Mon père est dans les affaires, et il est convaincu que l'anglais est nécessaire pour agrandir ses horizons.

-Ce n'est pas moi qui vais dire le contraire. Ok, merci pour vos présentations! Le travail d'aujourd'hui porte sur le fameux monologue d'Hamlet, "Etre ou ne pas être". Jude, je me doute que tu as été prévenu par tes coéquipiers; par contre Lise, si tu veux rester en dehors du débat...

Ha! Jude savait qu'il y avait un devoir mais ne l'avait pas prévenue? Elle n'était pas surprise. Pas de chance pour lui...

-Non, je peux participer, Monsieur.

-Vraiment?

-Je l'ai lu en anglais. Pourquoi s'ennuyer à lire une mauvaise traduction quand on peut avoir les rythmes de la langue originelle?

Il eut un rire agréablement surpris, tandis que Petit Connard la foudroyait du regard. Apparemment, lui aimait la mauvaise traduction de Shakespeare? Ou alors il détestait qu'elle se fasse bien voir des autres. Navrant, mais elle n'avait pas l'intention de se fair haïr par le monde entier. Un seul ennemi juré, c'était bien suffisant.

-Donc ça ne te dérange pas de le lire pour nous, n'est-ce pas?

-Est-ce que je vais être désignée à lire du Shakespeare systématiquement à cause de mon accent? soupira-t-elle amusée.

-Pourquoi, ça te dérange?

Elle haussa les épaules.

-Non, Shakespeare est vraiment un génie des mots après tout.

-Parfait! Maintenant que nous sommes d'accord, c'est quand tu veux. Et prononce-le comme si tu le pensais.

-Comme si je me demandais réellement si la vie valait la peine d'être vécue? Vous savez comment dérider les gens.

Elle devenait bien trop ironique. Elle avait de la chance que la classe ne comprenne qu'un mot sur deux, à part Blaze qui la regardait avec de l'intérêt dans les yeux et Petit Connard qui faisait toujours la même tête contrariée.

Elle n'avait pas peur qu'ils s'aperçoivent de son vrai caractère, elle avait même ses preuves à faire en quelque sorte. Elle devait montrer que même avec son sarcasme, elle valait quelque chose; il fallait convaincre l'attaquant de lui donner cours de chinois, et Petit Connard... Si elle ne lui montrait jamais ses bons côtés, elle se ferait virer fissa.

Le prof lui semblait apprécier son humour, finalement assez raccord avec le ton pince-sans-rire des britanniques; de plus il fallait montrer qu'elle était douée quelque part, sans quoi elle n'aurait jamais accès à une bourse lorsque Petit Connard finirait par la faire partir.

Elle inspira donc, ferma les yeux, et s'imprégna du caractère d'Hamlet. Elle compatissait sincèrement avec lui, son histoire, sa peine. Ses doutes, sa paranoïa, ses erreurs... Ne résonnaient que trop en elle. Elle prit pleinement l'ampleur de son chagrin, de son début de folie, puis ouvrit les yeux et commença à lire.

Les mots coulaient avec fluidité, la rythmique était parfaite; tout s'accordait avec les battements de son cœur, tout sonnait comme l'évidence même. Elle sentit l'accélération dans l'accumulation des mots, l'indécision dans les pauses, et elle qui connaissait si bien ce texte pour l'avoir relu et étudié des dizaines de fois sentit qu'elle quittait la lecture pour raconter ce qu'elle pensait, au travers des mots de Shakespeare.

Elle n'ignorait pas les regards autour d'elle, et saisissait l'attention de ceux qui comprenaient par des gestes de mains, une posture différente, un rire sarcastique.

Lorsqu'elle eut finit, elle dut fermer les yeux à nouveau, incapable qu'elle était de retourner à son précédent caractère; elle ne pouvait plus jouer la fille souriante. Avec effort, elle parvint néanmoins à retourner à son humour sarcastique, celui qui faisait des blagues pour ignorer sa souffrance.

Elle eut un rictus, et s'inclina avec moults arabesques, arrachant un sourire aux autres de la classe, et le professeur applaudit. Elle dut combattre son envie de partir en courant, détestant l'idée qu'on applaudisse sa vulnérabilité.

Si elle avait convaincu ses camarades, elle sentait encore trois regards brûlants fixés sur elle: Petit Connard, bien sûr, Blaze et celui du professeur. Elle en fit abstraction, répondit aux quelques questions du mieux qu'elle le put sans casser son masque, et puis ils se séparèrent en groupe pour débattre ensemble.

Évidemment, évidemment, parce que sa journée n'avait pas été éprouvante assez, elle se retrouva dans le même groupe que les deux footballeurs, et le prof rôdait pas loin d'eux, à l'écoute de leur débat.

Petit Connard et elle se toisaient par habitude, et Blaze au milieu derrière son air neutre de coutume semblait un peu mal à l'aise. Il se lança néanmoins, posa quelques questions, auxquelles elle ne répondait qu'une fois sur deux, et le crétin arrogant qui lui faisait face prenait l'autre moitié.

Bien sûr, ce n'était pas comme cela qu'on créait un débat, et elle le savait; elle n'avait juste pas envie d'affronter le stratège à nouveau. Elle n'avait pas envie des répercussions, du changement potentiel de regard de l'attaquant, de la désapprobation du professeur, de l'incompréhension de ses camarades lorsqu'elle hausserait inévitablement la voix. Il avait vraiment un don pour la mettre sur les nerfs, et elle doutait de pouvoir faire passer ça comme une simple discussion entre deux gens opiniâtres.

Elle s'était promis de se contenir, quoiqu'il arrive, mais lorsqu'Axel posa la question:

-Est-ce que pour vous Hamlet était responsable de ses actes ?

Et qu'elle répondit avec force "Non" au même moment ou Petit Connard lâchait "Oui" avec la même conviction, elle sut qu'elle ne tiendrait pas.

-Comment peux-tu dire qu'il était responsable?

Elle était à deux doigts de s'offusquer, mais elle voulait entendre sa défense... Pour mieux le détruire par après.

-Il nous est décrit tout au long de la pièce comme un homme qui réfléchit; on sait qu'avant la mort de son père il est raisonnable, un bon guerrier, un bon amant pour Ophelia. Il a ensuite fait plusieurs choix: celui de croire un fantôme, celui de prétendre qu'il est fou, celui de ne pas agir, celui de se laisser sombrer dans la folie. Celui de tuer le père de celle qu'il aimait. Il est entièrement responsable de tout cela. Ce n'est pas une question de caractère, et on sait qu'il n'était pas fou avant de le prétendre: il ne peut pas avoir cette défense-là.

C'était relativement censé, elle devait l'admettre. Cependant, ce n'était qu'une vue trop étroite sur la situation.

-Tu oublies tout le contexte autour.

-Quel contexte? Il avait une vie parfaite.

-Hamlet vient de voir son père mourir. Lui qui avait été privilégié jusqu'à présent, qui pensait que ce n'était que lointain, est confronté à la mort de celui qu'il respecte le plus au monde. Peux-tu imaginer cette douleur de perdre son père? Non pas lorsque tu es jeune, et que tu ne te souviendras plus de son visage; ni lorsque tu es adulte, préparé à cette possibilité et cette responsabilité de prendre la relève. Non, Hamlet était encore un adolescent, quelque part; il avait beau être parti en guerre, il ne connaissait pas tellement la vie.

-Et? Il a quand même fait des choix questionnables!

-Si tu les remets dans un climat de douleur, d'incompréhension familiale parce sa propre mère se marie trois mois plus tard avec son oncle, et d'éloignement parce qu'il a tout de même vécu une guerre... C'est justifiable. Il veut se donner du temps, il veut découvrir ce qu'il s'est passé. Une seule solution, pour qu'on le laisse tranquille: qu'il joue au fou. Ce n'était peut-être pas sa meilleure idée, parce qu'on devient ce que l'on joue, mais c'était le seul outil qu'il avait à sa disposition. Qu'aurait-il pu faire d'autre? On ne cessait de le harceler et d'exiger de lui qu'il soit heureux alors qu'il ne pouvait pas l'être!

-Il aurait pu en parler. Engager des enquêteurs. Faire confiance à ses amis.

-Aucune de ces trois solutions n'est viable! En parler, et à qui? Son amante, dont le père est à la solde de son oncle le roi? Des enquêteurs pour fouiller sur le roi? Et ses amis sont eux aussi des espions, on le voit. Non, il était seul, désespérément seul. Il a fait au mieux.

-Il a tout de même tué le père de celle qu'il aimait!

-Il était devenu fou, à ce moment-là; la folie de la solitude, de la paranoïa, du deuil. Justement de par sa vie parfaite auparavant, il n'était préparé en rien à tous ces chocs. Cela ne s'est pas accumulé petit à petit, avec des répits entre deux épisodes de dur labeur; non, tout est arrivé brutalement, et il a dû remettre sa façon de voir le monde en question. Il a dû envisager le suicide, et reconnaître que ce n'était que par peur qu'il ne bougeait pas. Cette même peur l'a empêché de tuer son oncle, et son dégoût envers lui-même l'a encore davantage fait basculer. C'est son inaction qui l'a empoisonné, et il est mort intérieurement bien avant d'avoir été tué.

-Il a fait culpabiliser sa mère! Lui a dit les choses les plus horribles!

-Pour lui, c'était elle qui était la plus coupable de trahison, en aimant l'homme qui avait tué son père, et en l'abandonnant dans son deuil pour se marier. De plus, il faisait un transfert de culpabilité: tout ce qu'il se reprochait à lui-même, c'est à sa mère qu'il l'a énoncé.

-On lui a offert des chances, tout au long de la pièce, de se ressaisir. Il ne les a jamais saisies.

-Lorsque tu broies du noir, il est difficile de voir la sincérité des gens autour de toi. Il savait qu'il était entouré d'assassins, alors même l'innocente Ophelia ne lui semblait plus aussi blanche. Et quand bien même elle le serait, il désirait qu'elle s'éloigne de lui qui détruisait tout sur son passage; c'est comme ça qu'il faisait preuve de clémence.

-Cela l'a tuée! Elle s'est suicidée, par sa faute.

-Je ne dis pas qu'il était parfait; je dis que sa détresse est compréhensible, que sa folie en est née, et que tout ce qu'il a fait par après en sont des symptômes. Il n'est en rien responsable de ce qu'il est devenu, c'est son entourage qui l'a rendu ainsi en l'abandonnant.

-Sa mère ne savait pas qui elle épousait, et Ophelia...

-Sa mère aurait dû savoir qui elle épousait! C'était le frère de son ancien mari, elle le connaissait, elle devait savoir qu'il avait des ambitions bien trop grandes. Elle n'aurait pas dû abandonner son enfant. Ophelia est coupable d'avoir été une femme dépendante, incapable de soutenir qui que ce soit, et elle s'est effondrée à la première critique. Les autres étaient à la solde du roi. Non, vraiment, il était seul, ne pouvait compter sur personne, et désespéré par son inaction, il s'est détesté. Peux-tu le blâmer pour ça?

-Dans ce cas il aurait dû agir! Quitte à tuer son oncle et à se faire arrêter pour meurtre, il aurait au moins accompli quelque chose, au lieu de sombrer simplement dans la folie.

-Il n'est pas aussi facile que cela d'agir contre tout son entourage, alors qu'on le croit fou. Il sait qu'il est un lâche, il l'a énoncé dans le monologue "être ou ne pas être". Si personne ne l'encourage, comment veux-tu qu'il sorte de ce piège dans lequel il s'enfonce? On n'est que le produit de son entourage, après tout. En tant que prince, il n'a cotoyé qu'un certain cercle de gens, et est désemparé lorsqu'il ne peut plus compter sur personne.

-Mais quitte à ne rien faire, il aurait pu retourner au front pour aider son pays! Il a choisi de rester dans un entre-deux.

-Tu veux faire retourner à la guerre un commandant qui a un syndrome post-traumatique après la mort de son père? Heureusement qu'il n'a pas été sur le champ de bataille, ils auraient perdu la guerre. Peut-être qu'il n'était pas aussi coincé qu'il voulait le croire, mais le problème est là: il a perdu son objectivité.

-Evidemment! Il n'a rien fait pour prendre du recul. Je comprends que l'entourage est d'une influence énorme, mais on peut justifier Hitler avec ce genre de pensée!

-Je ne justifie rien! Ce sont des crimes, pas de doute. En aucun cas Hamlet ou Hitler sont de bonnes personnes, mais ce n'est pas de leur faute. S'ils avaient eu quelqu'un pour les sortir de leurs états d'esprit toxiques, rien n'aurait été pareil.

-Tu n'en sais rien, rétorqua-t-il. Tu ne fais que supposer, alors que leurs crimes sont évidents.

-Donc quel que soit le contexte du crime, tu refuses d'essayer de comprendre la personne?

Danger. Jusque là, elle avait maîtrisé, mais cela risquait de devenir personnel.

-Ils ont fait des choix. Ils ont eu des chances, plusieurs, et ils ont pourtant mal tourné. Ils sont responsables, quel que soit leur entourage familial ou amical. On n'est pas que le produit de son entourage, on est ce qu'on choisit d'être.

-Vraiment? Donc tu as choisi de détruire des écoles, de ton plein gré?

Elle n'avait pas pu s'en empêcher. Pas avec le visage sombre de son opposant, pas alors qu'elle réalisait qu'il ne lui pardonnerait jamais. Il ne voyait que les actions des gens, leurs mots cruels, leurs fautes; il refusait d'envisager l'influence du contexte. Ils ne pourraient pas s'entendre, jamais.

-Je n'ai fait que jouer au football, réfuta-t-il en grinçant des dents.

-Toutes mes excuses, tu ne détruisais que les joueurs adverses. Pourtant, te voilà ici, à Raimon. Dis-moi, Jude, cracha-t-elle comme une insulte, es-tu le seul qui mérite le pardon?

-C'étaient des ordres! Je ne pouvais pas...

-Tu as eu besoin de quelqu'un, coupa-t-elle, pour te faire comprendre que ce que tu faisais était mal. Tu as eu besoin de quelqu'un pour te donner une autre chance. Tu as eu besoin de gens qui t'acceptaient malgré tes erreurs. Et pourtant, tu te permets de juger ceux qui n'ont pas eu les mêmes chances que toi?

-J'ai fait des choix! Des choix qui m'ont permis d'arriver là où je suis. Ils auraient pu faire les mêmes.

Non. Non, elle n'avait pas eu cette chance-là. Il refusait de voir à quel point il était privilégié, et jugeait tout le monde sur son expérience, sur son point de vue. Il n'essayait pas de se mettre à leur place. Même une expérience aussi forte que celle qu'il avait vécue n'avait pas suffi à le faire changer. Il n'était pas, en soi, en mauvaise personne; sa fermeture d'esprit par contre assurait qu'il la détesterait pour toujours, et refuserait de changer d'avis.

-Tout le monde n'a pas ta chance, souffla-t-elle en secouant la tête.

Elle fut sauvée de la réplique forcément acerbe de son vis-à-vis par la sonnerie. Elle reprit alors conscience de son entourage, et dut faire face aux regards curieux de toute la classe. La plupart n'avaient rien suivi, mais étaient perplexes devant leur véhémence. Axel était silencieux depuis un moment déjà, son regard passant sans cesse entre eux deux; le professeur lui semblait pensif, et avait abandonné l'idée de prétendre qu'il n'écoutait pas.

Le changement de classe se fit dans une ambiance étrange, mi emplie d'une énergie nerveuse palpable et mi dans un calme retenu suite à l'explosion. Comment allait-elle rattraper ça?

Elle poussa un soupir et s'allongea contre son banc, cachant son visage dans ses bras.

-Tout va bien?

Célia. Douce, gentille Célia. La dernière personne qu'elle avait envie de voir en ce moment.

-J'ai besoin de calme, marmonna-t-elle sèchement.

Elle sentit plus qu'elle ne vit le mouvement de recul. Elle avait toujours été amicale jusque là, mais elle ne pouvait plus faire semblant avec elle. Elle s'arrangerait avec les autres de la classe pour faire comprendre que ce n'était qu'un incident, mais Célia... Elle ne pouvait pas.

-Est-ce que j'ai fait quelque chose de mal?

Qu'est-ce qu'elle ne comprenait pas dans "J'ai besoin de calme"? Elle se redressa, et sourit avec le peu d'énergie qui lui restait.

-Non, je suis désolée... Mais je ne pense pas que nous puissions être amies.

-Pardon?

-Ce n'est pas contre toi, je suis sûre que tu es une fille bien; c'est juste que je ne sens pas le courant passer entre nous, et je doute que je m'entendrai jamais bien avec toi.

-Mais... Tu...

-Désolée, je suis franche, je dis ce que je pense.

Elle avait conscience de briser le pauvre petit cœur de cette innocente, mais elle n'avait pas la force de papoter avec elle et de prétendre que tout allait bien. Elle n'en aurait jamais la force, alors autant couper les ponts tout de suite, pour éviter la cruauté d'une amie qui se retourne soudainement contre soi.

-Je suis désolée, j'ai cru qu'on s'entendait bien...

Elle secoua la tête.

-On n'a échangé que quelques politesses, Célia. On ne se connait pas, et je crois que c'est mieux comme ça.

-O-okay, désolée.

Elle partit s'asseoir à sa place en silence, et Lise retint un soupir de bonheur. Le silence, enfin, la paix!

Elle aurait voulu partir à la seconde où la cloche sonnait, épuisée d'être restée assise pratiquement toute la journée avec son cerveau qui surchauffait, mais elle ne pouvait pas. Elle devait demander à ses gentils camarades de classe si elle pouvait avoir les cours des mois précédents pour se rattraper. Parce que si Petit Connard n'avait pas besoin d'aide, étant le meilleur élève de la meilleure école du pays, elle n'avait aucune base de cours sur laquelle compter dans certaines matières.

Elle ne pouvait pas se débrouiller seule, aussi elle mit déjà en pratique ses plus beaux sourires hésitants mais charmants pour avoir ce dont elle avait besoin.

Une demi-heure, le sac à dos rempli à craquer, elle se dirigea lentement vers la maison où elle logeait. Elle ne savait pas si on lui proposerait encore de rentrer en limousine, et elle n'avait pas envie de le savoir. Le manoir avait beau être loin, elle préférait largement la marche à pied à de pathétiques tentatives d'intimidation. Juste parce qu'elle avait partagé un trajet avec lui... Ces filles n'étaient plus des fangirls, mais des désillusionnées. Erin avait beau semblé être la chef, et s'accaparer le droit de sortir avec lui, toutes les autres ne rêvaient que de la même chose. C'en était ridicule, un groupe de filles basé sur un seul même objectif, sachant qu'elle ne pourraient pas le partager. Qu'attendaient-elles de ce genre de comportement? Par des menaces, elles espéraient obtenir l'amour d'une personne? Cela ne fonctionnait que dans les contes pour enfants, et encore... La vraie princesse finissait par arriver, et la "vilaine" devait disparaître.

Enfin, il n'était pas étonnant que ces jeunes filles ne connaissent pas la moindre courtoisie, ou le sens élémentaire de la logique. Elles n'avaient probablement pas ouvert un livre de leur vie, leur culture du monde se basant sur les vues biaisées d'un entourage tout aussi favorisé qu'elle.

Elle les plaignait presque, d'une certaine façon. Elles ne savaient pas ce qu'elles manquaient, et se dirigeaient vers une vie malheureuse, pleine d'incompréhension, sans jamais saisir ce qu'elles avaient fait de mal.

Lise soupira, et décida de penser à autre chose. Après ce qu'elles lui avaient fait aujourd'hui, elles devraient la laisser tranquille désormais, elles ne seraient plus un problème. Ce qui était dangereux, c'était son manque abyssal de connaissances. Si elle était incapable d'avoir les professeurs de son côté, elle perdrait inévitablement dans sa bataille contre Petit Connard. Les quelques amis qu'elle s'était faits cette journée ne seraient pas assez; il fallait que son influence soit reconnue dans toute l'école, et que les adultes l'apprécient.

De cette façon, même si elle perdait l'accueil de Sharp, elle pourrait tenter la bourse à Raimon, et Petit Connard serait farouchement détesté.

Elle avait besoin d'un plan d'attaque. Comment, en un mois, devenir populaire?

Elle pouvait être appréciée de sa classe, mais comment toucher tous les élèves de l'école en deux semaines? Le club était la seule solution. Si les autres coureurs l'appréciaient, elle aurait déjà des liens dans toutes les classes, et des raisons pour aller s'intégrer dans des groupes différents. Sa prochaine session d'entraînement était le lendemain, elle s'appliquerait à se faire de bonnes relations.

Oui, dès le lendemain, elle s'y mettrait.

...

Qu'en pensez-vous? La plupart des acteurs sont mis en place, il ne reste plus qu'à faire évoluer leur relation! Y plus qu'à. Fastoche. Vous sentez le sarcasme?

J'espère que ça vous plaît toujours autant!