Bonjour à tous !

A celles et ceux qui ne nous connaissent pas et qui découvrent cette histoire, nous vous souhaitons une bonne lecture.

A celles et ceux qui nous suivent depuis 2015, qui ont lu nos deux tomes ainsi que notre annonce sur le dernier chapitre publié du tome 2, voici comme annoncé une nouvelle publication du tome 1. Alors pourquoi publier de nouveau un tome existant, allez-vous nous dire. Tout simplement car nous aimerions un jour avoir cette histoire en format papier et que quitte à l'imprimer, autant qu'elle soit la plus parfaite possible.

Alors qu'est-ce qui change et qu'allez-vous trouver dans cette version ?

- Tout d'abord, beaucoup moins de fautes.

- Ensuite une réécriture, nous l'espérons, plus fluide et harmonieuse.

- Des modifications de faits dans le but d'apporter plus de cohérence avec le reste de l'histoire.

- Des détails. Beaucoup de petits détails.

- Parfois même de nouvelles scènes dans certains chapitres.

Alors nous espérons que vous prendrez plaisir à découvrir ou redécouvrir cette histoire qui a commencé comme un self-insert loufoque pour finalement se construire et mûrir au fil des années.

Petite précision : en reprenant ce tome 1, nous nous sommes aperçues d'une erreur chronologique. Nous plaçons en effet l'action en 1976 au lieu de 1977. Par soucis de cohérence avec le tome 2, cette datation restera ainsi.


CHAPITRE I

Celles qui étaient venues foutre le bordel

29 Juillet, année indéterminée, côtes bretonnes :

Je ne rentre pas là-dedans, s'exclama d'une voix lasse une jeune femme d'environ dix-huit ans en observant la grotte devant elle.

Celle-ci était à peine discernable et s'enfonçait dans les profondeurs de la falaise et était tout sauf accueillante ! Elle ne souhaitait pas s'aventurer là-dedans. D'ailleurs, personne de sain d'esprit ne le souhaiterait !

Allez, fais pas ta chochotte, Kathleen ! Un peu d'aventure de temps en temps, ça ne peut pas faire de mal ! Lança une autre jeune femme aux cheveux blonds et indisciplinés en la tirant par le bras vers l'entrée.

Je ne fais PAS ma chochotte ! Siffla ladite Kathleen en faisant de son mieux pour ne pas glisser sur les algues vertes qui étaient échouées sur les rochers. Je te dis juste que si je rentre dans cette grotte, j'en ressors avec une jambe dans le plâtre, si j'en ressors !

Je te porterais sur mon dos, dans ce cas ! Et ne soit pas aussi morbide ! On est increvables ! Sourit la blonde

Soyons réalistes, si tu me portais, je toucherais quand même le sol !

Parce que tu es moitié géante ! On t'a caché que Madame Maxime était ta grand-mère ! Répliqua son amie, vexée comme un pou.

La jeune Kathleen tira puérilement la langue à son amie alors que celle-ci sortait une lampe de son sac à dos. Elle gémit en sentant son pied s'enfoncer dans la vase à mesure qu'elles avançaient dans cette espèce de grotte de malheur !

Mais c'est charmant, par ici ! S'exclama celle qui semblait être l'instigatrice de leur visite de la grotte.

Kathleen, après avoir trébuché sur une protubérance rocheuse, regarda son amie avec un air blasé avant de lui signaler :

Mo, on dit d'un garçon qu'il est charmant... À la limite d'un parc, mais ça… Dit-elle en désignant le paysage d'un large geste de bras … Ce n'est définitivement PAS charmant ! Regarde, mes chaussures sont foutues... Pleurnicha-t-elle en voyant ses chaussures compensées couvertes de vase et d'algues.

Que nenni ! Rit la blonde en affichant un sourire stupide, fière d'elle. Et ! C'est justement pour ça que j'ai retiré mes chaussures ! Ajouta-t-elle en agitant ses baskets sous le nez de son amie, pour la narguer.

Alors qu'elles s'enfonçaient toujours plus profondément dans la crique et que l'eau commençait à disparaître pour laisser place à des surfaces rocailleuses, celle qui semblait la moins enthousiaste - et c'était un doux euphémisme – lança dans un soupir :

Rappelle-moi pourquoi on est là, déjà ?

Pour réaliser notre rêve ! Chantonna son amie. Et aussi pour prouver au monde entier que nous ne faisons en réalité pas parties de ce monde.

Mo, de son vrai prénom Morgane, était vraiment toquée, mais Kathleen n'y pouvait rien, elle adorait son amie malgré ça. Enfin, elle l'adorait tout de suite beaucoup moins lorsque celle-ci l'entraînait dans des histoires pareilles. Et ce n'était malheureusement pas la première fois. Espérons que cette affaire-ci se termine sans heurt. Elle n'était pas sûre d'être encore remise de leur dernière péripétie.

Tu n'as pas oublié les livres au moins ? Questionna Kathleen.

— Nein ! Fit Morgane en lui montrant le sac en plastique qu'elle venait de sortir de son sac à dos, qu'elle tenait fermement et qui semblait plein à craquer de livres plus ou moins épais.

Sacrilège ! Je t'avais dit que je ne voulais plus entendre un mot d'allemand ! J'ai suffisamment souffert pendant l'année pour en entendre durant les vacances ! On va continuer longtemps comme ça ? Râla la brunette qui n'était vraiment pas sportive.

Parfait, parfait ! J'arrête. Tiens, regarde ! On dirait qu'il y a une fin ! S'exclama Morgane en pointant devant elle avec sa lampe torche. Oh, attends deux secondes, il faut que je refasse le plein d'énergie !

Sur ce, elle se mit à faire tourner une moulinette sur la lampe et celle-ci se ralluma immédiatement.

Hourra, c'est pas trop tôt ! S'écria Kathleen en s'avançant vers une plateforme rocheuse au centre de la grotte. Regarde, on dirait une table de rituel ! C'est cool, nan ? On s'installe là ! J'espère que les allumettes n'ont pas pris l'eau, dit-elle en sortant des bougies de son propre sac et en les disposant en cercle sur le socle de pierre.

Trop d'la balle, s'exclama la blonde, les yeux remplis d'étoiles.

Elle commença alors à vider son sac en plastique pour déposer les sept livres en cercle sur la table de pierre. Un instant, la petite blonde se demanda si cette dernière était le résultat naturel de la roche et de la marée ou si quelqu'un était venu tailler cela. Peut-être était-ce véritablement une table de culte ou pire encore, de sacrifice… Elle haussa finalement les épaules, peu importait au fond, tant que cela fonctionnait.

Alors... Qu'est-ce qu'il a dit de faire le vendeur, déjà ? Sept bougies en cercle, l'objet concerné au centre... Tu crois que je devrais mettre mes boucles d'oreilles vif d'or avec ? Interrogea Kathleen en disposant divers objets.

Au départ, lorsque Morgane et elle étaient entrées dans une minuscule et très vieille boutique de livres lors d'un voyage à Londres, cela n'avait pas été pour qu'un vieux fou commence à leur faire un discours sur les mondes parallèles et leurs auras. Non, c'était simplement de la pure curiosité. Ni plus, ni moins. La devanture leur avait rappelé celles qu'elles avaient pu voir lorsqu'elles avaient été visiter les studios Warner Bros à Londres ensemble et c'est en s'imaginant dans Harry Potter qu'elles avaient franchi le seuil de la boutique.

Elles en étaient ressorties trois quarts d'heure plus tard, un énorme et très ancien livre entre les mains, Kathleen très dubitative et Morgane déjà en train de préparer une sortie et un plan pour aller dans un autre monde. Kathleen doutait franchement que Morgane croie réellement à ce genre de choses. C'était sans doute uniquement pour s'amuser, pour rêver et cela, elle pouvait le comprendre. Qui n'avait pas envie d'échapper un peu à la réalité ? Elle-même trouvait sa vie ennuyeuse et monotone.

Ouais, approuva la petite blonde. Moi je vais mettre mes autocollants ! Et ma carte des maraudeurs ! Et enfile ça ! Ce sont des robes de sorciers que mon frère et moi avions, quand on était petits. Prends la plus grande !

Kathleen retint un rire en passant ladite robe de sorcier, qui lui arrivait au plus bas au-dessus des genoux et qui - par la taille - tenait davantage du kimono que de la robe traditionnelle qu'on pouvait imaginer dans les livres. Mais peu à peu, le socle de pierre prenait des allures de lieu d'incantation, comme on en voyait dans les films. Les deux jeunes filles avaient pris soin d'allumer les bougies dans le sens des aiguilles d'une montre, avaient déposé tout ce qu'elles possédaient sur l'univers qui les faisait rêver au milieu et avait même fait brûler de l'encens.

Kathleen regarda le résultat, un air perplexe sur le visage. Morgane et elle étaient majeures -elle depuis quelques jours et Morgane depuis un an-, et pourtant elles ne pouvaient s'empêcher de se comporter comme des gamines et de continuer de rêver de magie et de sorcellerie. Alors bon, bien sûr lorsque Morgane était arrivée un beau matin le livre entre les mains, une page marquée avec un post-it de forme phallique, en lui assurant qu'en faisant ça elles pourraient très certainement se retrouver dans le monde de J.K.R, Kathleen s'était bien moquée d'elle, comme toujours, mais au fond… Quelque chose en elle avait envie d'y croire.

Tu crois qu'il faut que je chantonne le thème d'Edwige ? Souffla Morgane en constatant qu'il ne se passait rien.

J'sais pas, répondit la jeune femme. On doit sûrement dire quelque chose, une formule ou je ne sais pas quoi... Ce n'est pas écrit dans le bouquin ?

Euh… Il faut crier « Pour Narnia ! »… S'écria la plus petite des deux en feuilletant frénétiquement son livre. Ah non, pardon, mauvaise page ! Alors, « pour entrer en communion et ouvrir les portes des mondes, que votre cœur, votre esprit et votre être volubile soient entièrement focalisés sur le voile à franchir » … Ouais, il faut dire un truc en rapport avec l'univers choisi, quoi ! Synthétisa à sa manière Morgane.

Bon... Alors... Avada Kedavra ? Grimaça Kathleen. Ça fait un peu sinistre comme formule, quand même, non ? Tu me diras, rien que le fait de venir dans une grotte comme Voldy est sinistre alors au point où on en est...

Nan, ça fait froid dans le dos, frissonna Morgane en imaginant des tonnes d'inferis sortir de l'ombre pour se jeter sur elles. Pourquoi pas : sorbet citron ?

Peut-être était-ce la froideur soudaine du lieu, l'eau qui montait doucement mais sûrement ou encore cet enfermement naturel prolongé, mais Kathleen eut soudain un rire nerveux qui résonna dans l'espace cloisonné de la grotte. Ce rire fut comme un barrage qui cède à la pression des flots. Et sans autre signe avant-coureur, elle explosa :

Oh, je t'en prie ! Comme si ça allait marcher ! Tout ça, c'est ridicule ! On est ridicule à espérer une chose qui n'arrivera jamais ! On n'a pas la moindre idée de ce qu'on fait et on est là comme deux imbéciles parce que - soi-disant - d'après le guide touristique, cette grotte est magique ! Tout ce qui est magique pour l'instant, c'est la vitesse à laquelle l'eau monte ! On va finir noyées, à poursuivre une chimère d'une vie à Poudlard !

Morgane, les yeux écarquillés par la surprise et le choc de cet éclat soudain, ne put que s'exclamer :

Oh non ! Tu sais, ça ne fonctionne que si on y croit vraiment ! Comme pour Peter Pan ! Allez, on va se placer l'une en face de l'autre et on va dire toutes les formules magiques qui nous passent par la tête, il y en aura au moins une qui fonctionnera avant que l'eau ne monte trop ! Et puis, je serais la première à mourir alors on s'active ! S'exclama Morgane en frappant dans ses mains pour attirer l'attention de son amie en panique.

Kathleen retint de justesse un éclat de rire face au ridicule de la tirade de son amie et murmura, moqueuse mais plus apaisée :

C'est sûr qu'avec ton mètre trente...

Hey ! Je ne te permets pas ! S'écria la blonde.

Bon… souffla Kathleen en reprenant son sérieux. Les bougies, c'est fait. L'encens, c'est fait. Les livres et les autres babioles, c'est okay aussi. Nous sommes dans un lieu - potentiellement - magique, d'après la théorie des mondes miroirs – ne me regarde pas comme ça, tu as laissé ton livre traîner dans le salon, évidemment que j'allais le lire - une brèche devrait se créer si tous les éléments sont réunis…

Elle claqua soudain sa langue d'agacement.

Est-ce que tu peux arrêter avec ce bruit, j'essaie de me concentrer ! S'agaça-t-elle, dérangée par l'étrange sifflement dans ses oreilles qu'elle attribua à son amie et à sa manie de recharger sa lampe.

Pourquoi est-ce que c'est toujours censé être de ma faute ? Je n'ai absolument rien fait ! ... Pour une fois, s'indigna son amie en fronçant les sourcils.

Oh ! Je t'en prie, c'est toujours toi, répondit la brunette en roulant des yeux.

Une bourrasque de vent leur parvint tout à coup du fond de la grotte, soulevant leurs cheveux et faisant battre frénétiquement les pages de leurs divers livres. Le sifflement se fit de plus en plus fort, au point que les deux jeunes femmes durent se couvrir les oreilles.

Peut-être bien que oui... Mais là, non ! Répondit inutilement la blonde en hurlant, même si son amie ne pouvait pas l'entendre.

Elles fermèrent les yeux, le vent étant devenu insupportable, quelques secondes après avoir vu les bougies s'éteindre les unes après les autres, dans l'ordre exact dans lequel elles les avaient allumées un peu plus tôt. Après une attente interminable, ce fut comme si rien n'était arrivé.

Mo... Morgane ? Appela Kathleen, aveuglée par l'obscurité, lorsque le silence fut revenu. Morgane ? Bon sang ! Réponds !

Je crois que je me suis pris un coup sur la tête... murmura la jeune femme qui était étalée dans l'eau, un peu plus loin. Et j'ai faim. Ça va, toi ?

Tu as toujours faim, tenta de plaisanter Kat, après avoir lâché un soupir de soulagement. Je ne sais... J'ai l'impression... d'avoir été frappée par une vague. Ou d'avoir fait un tour dans une machine à laver. Tu as toujours la lampe avec toi ? Lança-t-elle avec espoir.

Morgane baissa instinctivement le regard là où elle supposait être sa main et eut un vague sourire en sentant qu'elle tenait toujours fermement la petite lampe. Elle s'y était visiblement accrochée comme une moule à son rocher au moment de la bourrasque. La petite blonde s'empressa alors de la faire fonctionner, pour que celle-ci illumine la grotte. Tout était exactement comme avant la déferlante. Comme si rien n'avait changé...

La chose la plus étrange fut la nouvelle source de lumière qui éclaira la grotte. Les bougies étaient allumées. Exactement comme avant. Kathleen, penchée sur la table de pierre, chercha du regard le livre qui les avait conduites à entreprendre une telle folie. Il avait disparu.

J'étais certaine de les avoir vues s'éteindre, murmura la blonde perplexe en fixant les bougies.

Ton grimoire… n'est plus là, souffla son amie dans un murmure, comme si le dire à voix haute allait rendre la chose plus réelle.

Tu plaisantes ?! Il a coûté un bras, merde !

C'est étrange tout ça… Je veux dire, vraiment, fit remarquer Kathleen, peu préoccupée par l'aspect financier de la chose à cet instant.

C'est vrai que c'est chelou ! Approuva Morgane en regardant partout autour d'elle, à la recherche d'un autre phénomène étrange.

Elle observait avec sa torche l'entrée du couloir par lequel elles étaient venues quand elle entendit Kathleen faire un drôle de bruit, comme si elle venait d'avoir un hoquet de surprise.

Mo… Tu devrais plutôt venir voir ici… L'appela la grande brune, penchée sur leur prétendu « autel », confirmant ce qu'elle avait entendu.

Morgane vint la rejoindre et vit des inscriptions sur la roche, en dessous des livres d'Harry Potter, à l'endroit exact où les deux jeunes femmes avaient aperçu le grimoire qu'elles avaient acheté à Londres pour la dernière fois.

Je... J'ai peut-être rêvé ou le vent a peut-être déplacé la poussière qui se trouvait dessus, mais je suis à peu près certaine que ça n'y était pas tout à l'heure, je t'assure, lui souffla Kathleen.

Tu… Tu crois que ça a fonctionné ? Murmura la blonde d'une voix tremblante, les yeux sortant pratiquement de leurs orbites.

J'ai déjà vu ce genre de symboles dans mes lectures historiques… C'est un ancien dialecte… Et ces symboles, ici, sont peut-être des sortes de runes, répondit la jeune femme en traçant les lettres du doigt et en pointant une ligne faite de signes abstraits.

Moui, acquiesça Morgane en se penchant pour mieux voir l'inscription, on dirait du vieil anglais, malheureusement ni toi, ni moi, ne savons lire ça ! Je vais essayer de le recopier sur un papier rapidement. Ça pourrait avoir de l'importance...

Kathleen regarda autour d'elle, intriguée et un peu inquiète, pendant que Morgane fouillait activement dans son sac pour trouver un carnet et un stylo. L'eau semblait monter, lentement mais sûrement et elle n'en était pas rassurée. Mais alors pas du tout. Elle se pencha pour attraper son sac et se tourna pour faire face à son amie qui s'appliquait à recopier les symboles.

Il faudrait bouger, non ? Demanda-t-elle d'un ton pressant.

Hum ? Fit simplement Morgane, trop concentrée sur sa tâche pour lever les yeux.

L'eau monte Morgane ! Et monte vite ! Je déconne pas là ! On va finir coincées ici et on nous retrouvera, mortes, toutes gonflées, noyées ! Paniqua-t-elle en jetant un nouveau coup d'œil au niveau de l'eau qui avait encore augmenté.

C'est bon, j'ai fini, déclara la blonde en fourrant rapidement son stylo et son carnet dans son sac à dos avant de regarder l'eau. Ah oui, en effet, faut se magner le cul ! Juste… Les livres et tout ? J'y tiens, moi. On devrait…

Pas le temps ! La coupa sa meilleure amie en l'attrapant pour le bras pour l'entraîner après elle, la faisant trébucher.

Kat, gémit la blonde, calme-toi, bon sang ! Tu me fais mal à tirer comme ça. Et puis mes livres...

Putain Mo', tu sais bien que JE NE PEUX PAS NAGER ! Craqua Kathleen les larmes aux yeux.

Ce n'était pas tout à fait vrai. En réalité, la jeune femme nageait même très bien fut un temps, mais depuis qu'elle avait failli se noyer quelques années plus tôt, elle paniquait à l'idée de s'étouffer et de manquer d'air.

Je te les rachèterais, tes livres, okay ?! Continua-t-elle, empressée. Une plus belle édition, si tu veux. Mais par pitié, dépêche-toi !

Morgane regarda son amie, choquée et triste d'avoir oublié ce détail lorsqu'elles avaient programmé leur visite de la grotte. Puis la petite blonde soupira, les sourcils froncés.

Très bien, on y va, vite ! Conclut-elle en faisant demi-tour pour attraper rapidement ses chaussures trempées et son sac avant de suivre son amie, en courant du mieux qu'elles pouvaient, l'eau lui arrivant au-dessus des cuisses.

Elles atteignirent enfin la sortie au bout d'une quinzaine de minutes et se retrouvèrent sur la plage, en partie immergée, au pied de la falaise. Le paysage avait quelque chose de très similaire à la crique où les deux jeunes filles passaient leurs vacances, pourtant, elles ressentirent immédiatement un étrange malaise. Comme si elles n'étaient pas vraiment chez elles. Le côté rationnel de Kathleen toutefois pointa le fait que le paysage avait simplement changé avec la marée. Il n'y avait aucune raison de paniquer.

Oh putain, murmura Morgane en regardant en direction de la grotte.

Quoi ? Demanda Kathleen, soulagée d'être sortie.

La grotte... Elle n'est plus là, souffla la blonde, le ventre tordu par une étrange angoisse.

Car où qu'elles soient, la disparition de la grotte signifiait une chose : il leur était impossible de faire marche arrière. Morgane, plus observatrice, n'avait pas exclu l'idée qu'elles n'étaient pas ressorties à l'endroit exact où elles l'auraient dû. Et ça signifiait donc pour elle qu'elles ne pourraient pas rentrer. Pas comme ça, en tout cas.

Comment ça, plus là ? Une grotte, ça ne disparaît pas comme... Commença Kat d'un ton las, soupçonnant une énième blague de la part de son amie, tout en se tournant vers ladite grotte.

Mais elle dut se rendre à l'évidence. Morgane disait vrai. Il n'y avait plus que l'eau qui battait le flanc de la falaise. Un peu plus loin, elle vit un escalier, taillé à même la pierre, seul signe d'une trace humaine dans les environs. Elle pâlit si fort que Morgane s'inquiéta qu'elle ne perde connaissance.

Tu… Tu crois qu'elle est déjà engloutie et que c'est pour ça qu'on ne la voit plus ? Interrogea la jeune femme, s'imaginant être restée quelques fatales minutes de plus dans la grotte.

J'aimerais te dire oui, parce que ça serait moins dingue… Mais non. Aussi vite que l'eau puisse monter, on devrait toujours l'apercevoir.

Je suppose, oui... On... on devrait grimper, non ? La plage va disparaître, dit la plus grande des deux, tentant de digérer que, oui, la grotte avait bien disparu et que le sentier d'où elles étaient descendues n'était pas visible.

Ça me paraît judicieux, répondit la blonde en avançant, l'eau glaciale lui arrivant à présent au niveau du ventre.

Elles arrivèrent au bout de plusieurs minutes au niveau de l'escalier rocheux. Au pied de celui-ci, Kathleen eut un mouvement de recul, signe de son appréhension. En plus d'être taillé dans la roche de la falaise, cet escalier était couvert d'algues plus glissantes les unes que les autres. Les marches variaient de taille, passant de minuscules à gigantesques, l'élevant sur une quinzaine de mètres de hauteur, au moins. En bas de la falaise, il en paraissait d'autant plus vertigineux.

Finalement, je suis plus très sûre que ça soit vraiment une bonne idée... bafouilla-t-elle sous le regard agacé de son amie.

Sérieusement, Kat, est-ce qu'on a encore le choix ?! Grogna Morgane en passant devant, ses pieds nus glissant désagréablement contre les algues visqueuses. Dégueulasse, murmura-t-elle en serrant les dents. Allez, suis-moi, fit-elle à l'adresse de son amie.

Mon dieu... Gémit Kathleen, loin d'être aussi aventurière que son amie. D'une main tremblante d'appréhension, elle retira ses chaussures à talons, jugeant qu'elles feraient pire que mieux sur les algues. Elle pria une seconde pour que sa maladresse légendaire ne se manifeste pas et qu'elle ne se rompe pas la nuque durant l'ascension.

Non, Kathleen n'était pas aventureuse. Affreusement curieuse oui, lorsqu'elle était bien au chaud, chez elle, par exemple. Le sport, le suspens, tout ça, très peu pour elle. Elle avait toujours préféré lire les aventures que les vivre elle-même. C'était nettement moins risqué lorsqu'on avait, comme elle, deux pieds gauches.

C'est presque fini, cria Morgane pour l'encourager, se rassurant en même temps, ayant un peu - beaucoup - peur du vide. Elle attendait en vérité le haut des escaliers avec autant d'impatience si ce n'est plus que son amie.

Ce fut avec un soulagement non feint qu'elles arrivèrent en haut de la falaise. Épuisée, Kathleen s'étendit sur le dos et eut presque envie d'embrasser l'herbe sous ses pieds. Presque. Morgane se laissa tomber à ses côtés, à bout de souffle. Courir pendant quinze minutes, les jambes immergées dans l'eau et contre le courant pour ensuite grimper un escalier de plusieurs foutus mètres de haut ? Jamais encore n'avait-elle fait quelque chose d'aussi physique au cours de sa vie ! Elle n'aimait pas plus le sport que sa meilleure amie et si elle devait s'adonner à des activités physiques, ce n'était certainement pas des horreurs de ce genre. Elle se limitait à la marche, les câlins, les danses ridicules sur du Gilbert Montagné et l'équitation.

Je sens mon cœur battre dans des parties de mon corps dont je ne soupçonnais même pas l'existence… murmura-t-elle en fixant le ciel d'un regard vide.

Le souffle erratique de Kathleen lui confirma qu'elle partageait sa douleur.

Dans ce cas, finit-elle par dire, on est deux… J'ai plus de poumons et je suis assoiffée...

Morgane se redressa. En effet, après un effort pareil, un peu d'eau serait la bienvenue. Elle avait également hâte de rentrer pour se réchauffer, le bain de mer glacé ne lui avait pas franchement plu. Il fallait donc qu'elles retrouvent la maison rapidement. En regardant autour d'elle, la jeune femme commença à s'inquiéter.

C'est normal que je ne voie pas ta maison ?

Kathleen releva la tête à son tour, interloquée. Morgane voyait de moins en moins bien sans ses lunettes ou quoi ?

Mais si, regarde là-bas, dit-elle en pointant un amas rocheux qu'elle discernait au loin.

Sa maison de vacances se trouvait être une ancienne tour de garde réhabilitée, qui servait autrefois à surveiller la côte des invasions. Elle dominait ainsi plusieurs pans de la falaise et pouvait être vue de loin, comme un phare dans la nuit. Kathleen plissa toutefois les yeux, pour mieux discerner le bâtiment dans les rayons timides du soleil.

Morgane…

Quoi ? S'alarma la petite blonde qui s'était à nouveau recouchée, rassurée lorsque son amie avait affirmé voir sa maison.

On a un problème… Ce n'est pas ma maison… Et j'ai fait assez de lectures et de visites sur le Moyen Âge pour savoir qu'il n'y a pas de ruines de château dans les alentours...

Elles s'entre-regardèrent, perplexes et le cœur battant frénétiquement. Mais où avaient-elles atterri ?