Alors que cette idée fait son chemin dans son esprit, Laure semble recevoir une décharge électrique. Elle saute du lit et s'élance dans les escaliers manquant de renverser le roi dans son élan. Elle ne doit son salut qu'à la rapidité surhumaine de Venedil. Avant d'entamer la discussion, Laure reprend une apparence plus convenable.
- Gohenon-nin Aran Thranduil, je voulais vous trouver car j'ai quelque chose d'important à vous dire. J'ai peut-être une théorie concernant le comportement de mon président à votre égard.
- Expliquez-vous Wen Laure.
- Je pense que l'homme qui me terrorise dans mes cauchemars manipule l'esprit de mon président pour vous empêcher de rentrer chez vous.
- Vous voulez dire que la personne qui gouverne votre peuple est un allié de notre plus ancien ennemi !
- C'est une supposition mais elle me semble plausible…En attendant, ne faite confiance qu'à Emy et Thibault. Je vais tenter d'innocenter mon patron afin d'avoir un allié supplémentaire.
Alors que Laure finit d'expliquer sa théorie, l'un des gardes de la villa s'avance et lui tapote l'épaule, ce qui semble l'agacer légèrement. Ne semblant pas comprendre que Laure est occupée, le garde lui explique que les elfes vont devoir participer à deux activités dans la journée. Il lui remet un tas de papier avant de prendre congé. Visiblement en colère, Venedil ne tarde pas à lui rappeler que la bienséance aurait voulu qu'elle prenne congé du roi avant d'entamer la discussion avec le garde.
- Comme vous avez pu le constater Venedil, je n'ai pas eu le temps de m'expliquer avant son monologue. Ils veulent que vous participiez à une séance de sport ainsi qu'à un cours d'histoire. J'aimerais pour ma part, que vous soyez plus conciliant car je fais mon maximum.
- Le garde avait l'air assez pressé de s'éloigner de nous. Mes soldats sont navrés, ils n'ont pas l'habitude de traiter avec des gens aux coutumes différentes.
- Je comprends votre majesté, je vais retourner dans les appartements afin de préparer les dossiers dont vous aurez besoin. Appelez-moi en cas de besoin.
- Nous nous retrouverons donc dans une heure. Venedil et Lilith restent avec moi. Les autres ouvrez les yeux mais faites comme si vous n'étiez plus en service, cela devrait diminuer leur vigilance.
Tandis que Thranduil finit de donner ses instructions, un autre garde de la villa apparait derrière eux. Il pose sa main sur le bras de Legolas, ce qui entraine immédiatement une réaction de Raëlios qui arme son arc prêt à défendre son prince.
- Que voulez-vous ?
- L'inspecteur Renardier demande à voir l'elfe qui s'appelle Legolas…Pourriez-vous lui demander de baisser son arme ?
- Il ne faut pas les toucher sinon vous aurez toujours ce genre de réaction. Je les libère et nous irons retrouver mon supérieur.
- Aran Thranduil, l'inspecteur demande à voir votre fils. Il sera avec moi et j'emmène Raëlios avec nous pour sa protection.
- J'aimerais que vous emmeniez Venedil plutôt…
- …Je suis navrée mais il vous faut des gardes car si ma théorie est juste alors c'est vous qui êtes en danger. Puis Venedil est trop connu pour son statut de capitaine. Cela risque de renforcer leur doute. On sera de retour pour participer aux activités.
Laure et Legolas accompagnés de Raëlios suivent le garde dans les couloirs de la villa, en arrivant près d'une porte le mortel s'arrête et toque. L'inspecteur ouvre la porte d'un bureau et les invite à entrer avant de remercier le garde qui s'en va tandis que la porte se referme.
- Je n'ai pas beaucoup de temps et c'est le seul endroit où je suis sûr que l'on peut parler sans être entendu. Il y a une taupe à la villa et elle rapporte de nombreuses informations au président. Je ne sais pas qui c'est, ni ce qu'elle cherche à faire mais au-dessus tout le monde s'agite.
Laure répète ce qu'elle vient d'apprendre au prince et à Raëlios mais elle ne veut pas trop parler pour ne prendre aucun risque, il s'agit peut-être d'un moyen de la faire parler.
- Que devons-nous faire dans ce cas ?
- Continuez d'agir comme d'habitude, prévenez discrètement les autres et surtout ne faites confiance à personne.
- Pourquoi ne le dire qu'à nous ?
- Legolas demande pourquoi vous ne le dîtes qu'à eux ?
- Convoquer tous les elfes n'aurait pas été discret. Il fallait que je décide quel elfe serait le plus à l'écoute, ce qui enlevait déjà le garde aux cheveux noirs et sa compagne. Legolas a l'air d'être respecté et il sait comment parler à son père.
- Je comprends mieux votre choix.
- D'ailleurs à ce sujet Laure, pourquoi ne pas m'avoir dit qu'il s'agit du roi Thranduil ?
- Que…Quoi ?
- J'ai fini par me rappeler pourquoi son nom me disait fortement quelque chose j'ai donc fait quelques recherches et je suis tombé sur la page Wikipédia du personnage de Legolas et c'est là que j'ai compris que tu m'avais caché leurs titres.
- Je n'ai rien dit car je ne voulais pas provoquer une panique générale et amplifier les difficultés auxquelles nous faisons face actuellement.
- Que dit-il ?
- Il dit qu'il sait pour le statut de votre père et il m'a demandé pourquoi je lui aie caché cette information.
- Dis-leur que le secret sera bien gardé avec moi. Je ne dirais rien…
- Il a promis de ne rien dire. Il gardera le secret pour lui. Je ne sais pas encore si on peut lui faire lui faire confiance mais on n'a pas vraiment le choix pour le moment.
- Bien je vous comprends Laure, remerciez-le tout de même. Je ne voudrais pas passer pour un impoli.
- Legolas vous remercie pour votre aide.
- Par contre il faut demander au roi de s'accrocher car le président semble motivé à le faire craquer, lui en particulier. Il n'aime pas non plus Venedil, il le trouve…dangereux.
- Ce sont des dirigeants, ce qui complique les choses et Venedil est agressif mais n'agira pas tant que le roi est là pour le superviser. Mais dans ce cas-là, nos gardes armés sont tout aussi dangereux. Et ils doivent l'être, pour protéger leurs nations et leurs dirigeants.
- Tu as raison, je te fais entièrement confiance car je sais que tu souhaitais uniquement nous aider.
L'inspecteur décide de le libérer. Laure les raccompagne auprès du roi avant de rejoindre sa chambre. Elle s'assoit à son bureau et traduit les textes avant que les activités commencent. Elle n'est attablée que depuis trente minutes quand quelqu'un toque à sa porte.
Elle ouvre et tombe nez à nez avec Tressalia qu'elle invite à entrer, Laure lui montre un siège et lui demande en quoi elle peut lui être utile.
- Je voulais savoir si vous allez bien ? Je sais que votre position n'est pas facile et je voulais m'assurer que vous ne vous en vouliez pas trop. Je ne vais pas vous déranger plus que cela.
- Vous pouvez rester, vous ne me déranger pas ? Je vous remercie de votre présence. Il n'est pas facile de douter de son propre peuple mais après tout, c'est dans la nature humaine de vouloir guerroyer.
- J'espère que nous n'en arriverons pas là, en tout cas je l'espère. Je vous remercie pour votre dévouement.
- Je ne fais que ce que j'aurais aimé avoir si la situation avait été inversée.
- Le roi, lui, l'aurait fait.
- Je n'en doute pas Tressalia.
Les deux jeunes femmes continuent de discuter tandis que Laura finit sa tâche, obtenant l'aide de la jeune elfe pour le vocabulaire qui manque cruellement à la jeune femme. Elle lui explique donc les idées qu'elle souhaite faire passer et la gardienne lui donne le bon mot.
De manière naturelle, la discussion se tourne vers leurs vies respectives, leurs souvenirs… Tressalia finit même par aborder le sujet de la relation entre sa nouvelle amie et Thibault. Cette dernière est tellement gênée par la conversation qu'elle se met à rougir, ce qui fait beaucoup rire l'elleth.
Environ une heure passe, avant que Laure et Tressalia ne soit rappelées à l'ordre par la porte qui subit à nouveau les coups répétés de quelqu'un qui semble assez pressé. Laure se dirige vers son entrée et ouvre le battant pour découvrir un Venedil au comble de l'agacement.
- Tressalia est-elle ici ?
- Bonjour ! Oui elle est bien avec moi. Nous étions en train de discuter, pourquoi ?
- Bien, il faut qu'elle me suive, le roi nous fait mander, l'heure de sport va commencer.
- On arrive…
- Je m'adressais uniquement à Tressalia.
- Ecoutez Venedil. Arrêtez de vous comporter comme ça car nous allez finir par me faire regretter de vous aider ! J'en ai assez que vous me parliez comme à une domestique ! Ras le bol de vous voir toujours aussi froid et méchant avec moi ! Donc pour vous apprendre la politesse, ce qui semble apparemment vous manquer, je ne viendrais pas et vous devrez expliquer au roi pourquoi personne n'est là pour traduire. Maintenant, sortez de ma chambre !
Tressalia est sous le choc de ce qu'elle vient d'entendre. Personne n'avait jamais parlé à Venedil avec autant de haine et de colère. Seulement, même si elle peut comprendre le caractère dur de Venedil, elle ne peut s'empêcher de penser que cette fois, il mérite cette remontrance.
Les deux elfes sortent de la chambre tandis que Laura claque la porte et se jette sur son lit. Elle demande si elle n'a pas été trop loin en s'énervant contre Venedil mais elle n'en peut plus de tout faire pour eux et que rien ne semble faire changer d'avis le froid Venedil. C'est sur ses réflexions que la jeune femme à bout de force s'endort.
Du côté des elfes, Tressalia entre dans les appartements du roi suivi par un Venedil plutôt pensif. La jeune femme s'incline devant le roi et sans un regard pour son capitaine se place auprès de sa sœur avant de prendre la parole.
- Laure vous fait savoir qu'elle n'assistera pas au cours. En effet, elle est fatiguée et ne souhaite pas être une gêne pour nous.
- Pourrais-je savoir les raisons de cette décision ? L'un de vous va-t-il me l'expliquer ?
- Je crois mon roi, que j'ai manqué de tact et j'ai sans le vouloir blesser Laure par mon attitude distante. Elle m'a mise à la porte et n'a pas souhaité en entendre davantage.
- Combien de fois devrais-je vous demander de ne plus rudoyer notre traductrice ? Je veux que vous alliez vous excuser immédiatement auprès d'elle.
Visiblement gêné et agacé, Venedil sort de la pièce pour s'excuser. Il toque à la porte mais ne reçoit aucune réponse. Vexé d'être contraint de mendier le pardon d'une mortelle, l'elfe n'y met vraiment pas du sien et fait demi-tour au bout de deux minutes. Il entre à nouveau dans les appartements du roi.
- Je trouve que cela a été rapide…
- Elle ne répond pas à mes appels, je me suis dit que je pouvais demander de l'aide aux filles qui sont bien plus proches d'elle.
Alors que le roi demande de l'aide à Tressalia, quelqu'un frappe à la porte. Legolas se rend devant l'entrée et fait signe à Lilith de le couvrir. Il ouvre le battant et baisse immédiatement sa garde lorsqu'il aperçoit Laure.
- J'ai entendu frapper, y'a-t-il un problème ?
- Entrez Laure.
Laure s'avance et s'incline devant le roi avant que ce dernier finisse lui-même par incliner la tête. Les gardes semblent choqués par son geste mais ne disent rien. Le regard perçant du roi se pose alors sur son capitaine qui fait un pas en avant.
- Dame Laure, je tenais à excuser la manière dont je vous ai traité. Je ne mérite certes pas votre pardon car ce n'est pas la première fois mais je tenais tout de même à vous présenter mes excuses. J'ai beaucoup de difficultés à faire confiance et encore plus aux humains mais cela ne justifie en rien mon comportement à votre égard.
- Je ne vous pardonne pas pour l'instant car je verrai si vos actes sont en adéquation avec vos paroles.
De nouveau on toque à la porte. Un homme habillé d'une tenue militaire s'avance et explique que la salle de sport est prête. Les elfes retournent donc dans leur chambre afin de se préparer pendant que l'homme leur indique de ne pas prendre leurs armes.
Ils ressortent presque tous au même moment et suivent Laure jusqu'à la salle de sport qu'elle a visité un peu plus tôt. Les murs paraissent s'étirer à l'infini, des miroirs d'une grandeur vertigineuse sont accrochés tout le long de la salle. Au centre de la pièce, de nombreuses machines rutilantes attendent d'être utilisées tandis qu'une partie de la salle est recouverte de tapis au sol pour pratiquer le sport au sol.
Laure se rend vers une machine et propose aux elfes de commencer leurs échauffements pendant qu'elle commencera à pédaler. Venedil prend rapidement en main les opérations comme dans son monde et donnent ses ordres aux autres. Un fait étonnant, Legolas et Caseyliëssa sont absents et le roi ne semble pas inquiet pour eux. Ils doivent sécher le cours de sport pour être un peu ensemble en amoureux. Le roi quant à lui se pose sur un banc près de l'une des fenêtres.
Les elfes commencent à s'étirer puis décident de suivre les exercices que leur donnent leur capitaine : pompe et gainage sont au programme ainsi que la lutte et l'entraînement pour se rappeler des mouvements de défense sans arme. Laure continue de pédaler jusqu'à ce que Venedil lui propose de rejoindre les autres afin d'apprendre à se défendre. Elle accepte, descend de son vélo et rejoint le capitaine.
Il lui lance un bâton de Kendo et lui montre les différents mouvements qui peuvent lui servir à se défendre face à un ou plusieurs adversaires et qui met à profit sa petite taille. Le roi continue de regarder la scène de loin et doit avouer que Venedil est le plus qualifié excepté son fils et lui-même, pour lui apprendre à se défendre.
Alors que la jeune femme s'entraine avec les autres, un garde entre dans le gymnase et s'avance vers le roi. Les elfes observent à la dérobée l'humain, se tenant près à intervenir en cas de problème. Il s'arrête devant le souverain et lui tourne le dos pour s'adresser aux autres elfes. Surpris, les elfes regardent leur traductrice pour comprendre ce qu'il se passe mais elle semble attendre la suite. Il prend enfin la parole et Laure reprend ses esprits.
- Tous les elfes sauf lui sont attendus dans la cour de la maison.
- Je ne comprends pas, il est leur chef. Ils ne feront rien sans son consentement.
- On m'a demandé de les faire sortir sauf le chef justement. Et il en manque deux dans mon compte.
- Oui, un couple est parti dans les jardins, ils ne voulaient pas s'entrainer.
- Que se passe-t-il Laure ?
- Vous êtes tous attendus à l'extérieur mais pas votre chef, il doit rester ici mais je ne sais pas pourquoi.
- Hors de question de le laisser sans aucune protection dans cette maison remplit de vipères !
- Il a été clair, le roi n'est pas invité et je ne peux pas y faire grand-chose si je ne veux pas attirer leur doute sur nous. Je vais donc voir si Venedil peut rester avec lui.
- Venedil souhaite rester ici. C'est leur seule condition.
- Accordé. Suivez-moi avec les autres. Nous retrouverons ceux qui sont dans le jardin en chemin.
- Il accepte, pour les autres nous devons le suivre.
Le groupe de Laure sort dans la cour de la villa qu'ils voient presque pour la première fois. La bâtisse semble ancienne, elle est faite entièrement de pierres brutes. Elle se dresse sur trois étages et possède une belle terrasse dont le toit tient grâce à de jolies colonnes rappelant les temples grecques. Le côté gauche de la bâtisse est recouvert de lierre qui donne un côté très romantique à l'ensemble. En face de l'entrée composée de quatre marches de pierre se trouve une très grande allée faite de sable blanc. Elle est bordée de magnifique haies taillées à la française et finit par un magnifique portail en fer forgé donnant une allure de manoir de princesse à l'ensemble de la propriété.
Derrière ce portail, on peut trouver une magnifique BMW noire aux vitres teintés ainsi qu'une dizaine de motos de la police nationale. Le portail s'ouvre doucement, les voitures s'engouffrent dans la résidence, les elfes sont tendus et se placent tous en ligne dans l'attente. Les véhicules continuent à s'avancer, l'ambiance se fait de plus en plus lourde. Les motos dépassent tranquillement le groupe pour se placer un peu plus loin tandis que la voiture se gare pile devant les hôtes de la villa.
La porte s'ouvre et les elfes restent sous le choc lorsqu'ils découvrent l'identité de leur … visiteur.
