Un bip strident résonna dans la petite chambre, qui se trouvait à peine éclairée par les rayons matinaux. Le bruit provenait du téléphone posé sur la table de chevet, à côté d'un lit vide mais dont la couette défaite témoignait que quelqu'un y avait dormi. Au sol se trouvait un matelas pourvu d'un oreiller et d'une couverture, et c'est dans ce lit improvisé que Seto dormait encore. Bien droit, n'étant pas du genre à bouger dans son sommeil, les mains jointes sur le ventre, on aurait pu le croire mort si son torse ne se soulevait pas au rythme de sa respiration.

Le fameux 'bip', qui n'était finalement qu'une alarme pour réveiller l'endormit, dura de longues minutes sans qu'aucune réaction ne soit notable. Seto était de ceux qui avaient un sommeil profond, voilà pourquoi il mit un certain temps à émerger malgré le bruit et le rare rayon de lumière qui éclairait une partie de son visage.

Il cligna des yeux, une fois, deux fois, avant de les refermer et émettre un bâillement sonore, pour finalement quitter sa position afin de s'étirer. Le bruit des draps froissés était doux, il perçu également le piaillement des oiseaux au dehors. Il aimait bien ce genre de réveil calme, ça le changeait de son quartier si animé de jour comme de nuit.

Il se redressa enfin, se massa la cou tout en prenant le temps de rouvrir les yeux, d'observer son environnement. La veille il n'avait pas eu l'occasion de bien regarder. Hanamiya l'avait invité à dormir à demi-mots, lui ayant surtout sous-entendu de rester à travers un "A cette heure, il n'y a plus de train" ce qui n'était pas totalement faux. Seto aurait tout aussi bien pu rentrer à pied ou prendre un taxi, mais ça avait parut évident qu'il passerait la nuit avec son capitaine, pour lui tenir compagnie, lui montrer qu'il serait toujours là pour lui.

La mise en place du matelas avait été laborieuse. Hanamiya s'était refusé à allumer les lumières pour ne pas réveiller sa mère, tout avait dû se faire dans le silence, et c'est à coup d'éclairages via leurs téléphones que les adolescents s'étaient repéré.

Et à présent Seto était encore là, au petit matin, dans la chambre de son coéquipier.

Au fond, il resta surpris que l'autre ne l'ai pas réveillé de force. Il savait que Hanamiya était matinal, ils avaient déjà eu l'occasion de participer à des sorties de classes -un peu contre leur gré- et son capitaine ne s'était pas gêné à ce moment pour le faire tomber du lit.

Cette fois il n'en était rien, mais la situation était différente. Les sorties scolaires avaient un emploi du temps stricte - petit déjeuner entre 8h-9h, activité à 9h30 etc etc... - tandis que là, ils avaient juste cours. Bon 'Juste' n'était pas le bon terme, le lycée c'était important, tout ça tout ça, il connaissait la chanson. Disons juste que ce n'était pas un retard qui allait les tuer.

Seto quitta le lit, attrapa ses affaires pliées dans un coin - il dormait en boxer - et sans réelle gêne il sortit de la chambre à la recherche de la salle de bain. Il avait un peu repérer où était l'entrée, qui était voisine à la cuisine et au salon, et se dirigea vers les portes qu'ils n'avaient pas encore ouvertes. Sa plus grande crainte - qui n'en était pas vraiment une - était d'ouvrir la chambre de la mère, mais dans le pire des cas il se ferait discret et se contenterait de refermer. Après, si Hanamiya était levé, peut-être prenait-il son petit déjeuner avec sa mère, et donc dans ce cas, il n'y avait pas à avoir de crainte.

Heureusement, il trouva du premier coup la salle de bain. Malheureusement, elle était déjà occupée. Et double malheureusement, ce n'était pas par Makoto.

Seto n'avait jamais eu l'occasion de rencontrer Naname Hanamiya, mais autant dire qu'il ne s'attendait pas à une telle créature. Ses longs cheveux noirs et humides qui glissaient le long de ses épaules nues, ses belles courbes rondes qui mettaient en valeur un corps raffiné. Elle n'était pas mince, mais l'équilibre entre ses épaules, ses seins, ses hanches, était d'une perfection qu'il s'en trouva hypnotisé...

Du moins, seulement un bref instant, avant que son regard ne remonte pour croiser celui, horrifié, de la jeune femme qui sortait à peine de la douche. Il y eut ce court instant de malaise, de profond malaise, où Naname s'aperçut qu'il l'avait vu, et où Kentaro s'aperçut qu'elle s'était aperçue qu'il l'avait vu.

Le hurlement qui suivit ainsi que le fracas alertèrent Makoto qui prenait alors son petit déjeuner. Il sorti en trombe de la cuisine pour gagner la salle de bain, et tomber sur un spectacle auquel il ne s'attendait guère : Seto assit par terre en boxer, contre le mur, qui tentait de se protéger de ses bras, pendant que sa mère lui lançait tout ce qu'elle avait sous la main, en passant du shampoing jusqu'à la balance électrique ainsi que le sèche cheveux.

Le calme de la matinée avait rapidement tourné au désastre, et il ne revint qu'une dizaine de minutes plus tard quand le malentendu fut passé. Assis tous trois dans la cuisine, la pauvre Naname s'excusait, rouge de honte :

« Je suis navrée, j'ai cru qu'un pervers s'était introduit chez nous, je ne savais pas que Makoto avait invité un ami...

- C'est ma faute, s'excusa Seto. J'aurai dû m'habiller plus tôt... ou encore refermer la porte quand je vous ai vu.

- Non, non, je peux comprendre ta surprise, si j'étais tombée sur quelqu'un de nu, comme ça sans prévenir, j'aurai aussi eu un temps de latence... ! »

Seto était lui-même un peu embarrassé, mais quelque part il n'avait aucun regret. Hey, ce n'était pas tout les jours qu'il pouvait voir face à lui une femme si jolie ! Mais il allait garder ça pour lui, il ne voulait pas gêner davantage cette pauvre mère qui n'arrivait même plus à regarder son fils dans les yeux.

Makoto, lui, buvait son chocolat en silence, la mine blasée, un peu agacée peut-être. Il fallait dire qu'aucun fils n'aimait voir sa mère s'exposer nue devant quelqu'un d'autre, surtout quand le quelqu'un était un coéquipier, un camarade, un ami. Mais quelque part c'était Seto, par un quelconque connard qui allait profiter de la situation, et surtout c'était un accident.

Il fallait relativiser.

« Sérieusement... qui se balade chez les autres à moitié à poil ? grogna-t-il. Et ouvre les portes au hasard ?

- Je voulais juste prendre une douche avant de te rejoindre, répondit Seto.

- Tu pouvais me demander où était la salle de bain, et si elle était libre.

- T'étais plus là à mon réveil, et j'avais un peu la flemme de te chercher dans tout l'appart. »

Makoto le fusilla du regard :

« T'es sérieux ? C'est pas si grand ! Sale flemmard !

- Mais c'est pour ça que tu m'aimes~ »

Kentaro lui tapota la tête, un sourire carnassier aux lèvres, alors que Makoto fulminait et venait claquer sa main en grommelant :

« Tu saoules putain...! »

Seto n'avait pas manqué le rougissement de son capitaine, ainsi que son regard furtif à sa mère. Tiens, gêné devant la génitrice ? Comme c'était mignon ! Il ne retint pas son sourire de s'agrandir tandis qu'il prenait son petit déjeuner, observant tranquillement ce qu'il n'avait jamais pu voir : le quotidien de son coéquipier.

Naname sirotait son café avec encore beaucoup de malaise, café que son adorable fils lui avait servi. Mais outre le malaise, elle avait tendance à lancer des regards -très peu discrets- à son fils. Regard que Makoto remarquait sans pour autant les relever. Il était évident que la jeune femme souhaitait interroger son fils sur son oeil aux bords noirs, mais qu'elle retenait ses interrogations par respect pour sa vie privée. Elle attendait sûrement qu'il fasse le premier pas et lui en parle de lui-même, mais Makoto ne comptait pas dire quoi que ce soit.

Seto eut un peu de peine pour elle, la voyant si inquiète mais si respectueuse des secrets. Il n'intervint pas, ce n'était pas à lui de dire quoi-que-ce-soit. Il termina simplement son petit déjeuner, tout comme son coéquipier, avant de débarrasser et partir enfiler ses chaussures, prêt à partir pour l'école. Makoto l'imita, attrapa son sac de cours, mais avant qu'ils puissent partir Naname les retint.

« Passez une bonne journée les garçons, attention sur la route ! »

Elle leur fit un tendre sourire et Kentaro s'en sentit presque ému. Habitué à habiter seul, il n'avait que rarement l'occasion de recevoir un 'bonne journée'. Makoto, lui, était plutôt embarassé que son coéquipier assiste à ça, mais ce n'est pas pour autant qu'il allait rembarrer sa mère. Il revint vers elle et l'embrassa sur la joue :

« A toi aussi maman...Ne te mets pas la pression. »

Elle hocha la tête, souriante, mais toujours un peu inquiète. Makoto quitta l'appartement, entraînant Seto avec lui.

Ils atteignirent l'escalier en silence. Ils n'avaient nul besoin d'échanger des mots, du moins pour l'instant. L'air frais du matin les accompagnait, rafraichissait leurs esprits et les préparait à la journée à venir. Mais le calme fut une nouvelle fois interrompu quand Makoto, qui venait tout juste de passer le palier du premier étage, se prit une masse dans le dos. Sûrement serait-il tombé à la renverse si Seto ne l'avait pas retenu, et l'un comme l'autre ne cachèrent pas leur stupeur alors que la masse inconnue s'accrochait aux épaules du capitaine en criant gaiement :

« Mako-nii-san ! »

L'expression de Hanamiya changea, passant de la stupeur à un sourire plus chaleureux. Il aurait crû paniquer davantage en faisant face à Kamine, mais elle était d'une telle bonne humeur qu'il sut qu'elle ignorait sa rencontre avec Yuki, et ça lui suffit à le rassurer. Il tourna légèrement la tête pour observer la petite fille, amusé :

« Mine, c'est dangereux de sauter comme ça, j'ai failli tomber. »

Elle rigola et lui tira la langue. Il ne la disputait pas, alors elle n'avait nul raison de se sentir coupable. Au contraire, son faux grand frère paraissait ravi de la voir, et ça ne la mettait que plus en joie. Elle lança ensuite un regard curieux à Seto, qui n'avait pas bougé et retenait toujours Hanamiya, non sans se montrer curieux.

« ... C'pas le monsieur prince... ! » commenta-t-il, surprise.

Seto haussa un sourcil :

« ... monsieur prince ?

- Elle a croisé Mibuchi l'autre jour. » expliqua Makoto en se redressant un peu mieux, forçant la petite fille à descendre de son dos et retourner sur la terre ferme.

Seto put alors le lâcher, mais resta prêt à intervenir. La cheville de Hanamiya n'était certainement pas guérie, et l'intervention de Kamine n'avait pas dû aider - même si, comme d'habitude, son capitaine n'en montrait rien.

Kamine continua de fixer Kentaro encore un instant, mais l'oublia très vite pour repporter son attention sur Hanamiya, les yeux brillants :

« Mako-nii-san, Mako-nii-san, je vais pas à l'école aujourd'hui ! Maman a dit que je pouvais regarder la télé touuuuute la journée ! »

Le sourire de Hanamiya disparu, laissant place à un froncement de sourcils :

« ... comment ça ? Tu es malade ?

- Non non, mais maman a beaucoup beaucoup de travail, alors elle m'emmène pas... »

Elle avait baissé la voix, percevant le changement dans l'attitude de son aîné, qui ne semblait pas apprécier la nouvelle.

« ... Mine, tu dois aller à l'école, c'est important.

- Mais...

- Je vais t'y amener. »

Elle le regarda avec de grands yeux, puis son visage s'éclaira et elle sautilla sur place :

« C'est vrai ? Pour de vrai de vrai ? »

Il s'accroupit pour mettre son visage à sa hauteur, venir lui caresser la joue :

« Vrai de vrai. On va prendre tes affaires et je t'emmène. Et je viendrais te chercher ce soir.

- Pour de vrai ? Je veux ! Et tu vas m'aider pour les devoirs ? Je peux manger à la maison ?

- Tu peux même venir dormir. »

Elle était surexcitée, trop heureuse de la nouvelle. Hanamiya se redressa, lui prenant la main pour remonter au premier étage. Seto leur emboîta le pas, toujours aussi silencieux, alors qu'il analysait la situation avec le peu qu'il savait. Il comprenait mieux l'attitude de son capitaine face à Yuki, toute cette histoire de "prendre la garde de Kamine". Si la mère en était au point où elle ne conduisait plus sa petite fille à l'école et où elle ne faisait aucune démarche concernant sa fille aînée, ça devenait grave...

Ils entrèrent dans l'appartement de la petite, complètement désert. Le seul bruit provenait du salon, de la télé qui diffusait une chaîne de dessins animés. Hanamiya avait déjà eu l'occasion de venir, et c'est tout naturellement qu'il se dirigea vers la chambre de l'enfant sans s'attarder.

Pour Seto, c'était une autre histoire. Le choc l'avait fait s'arrêter au milieu du couloir. L'appartement était similaire à celui de Hanamiya dans l'agencement des salles, mais paraissait pourtant bien plus petit, étroit. Et pour cause : c'était le chaos. Un coup d'œil dans la cuisine, et on se demandait comment quiconque pouvait cuisiner là-dedans . La vaisselle s'empilait dans l'évier et sur le plan de travail, des sacs trainaient sur la table et sur le carrelage, signe qu'on se faisait livrer à manger. Dans le salon il y avait des vêtements, des bouquins, des cartons qui jonchaient les meubles et le sol. Il n'y avait qu'un espace sur le canapé qui était libre, peut-être Kamine qui avait voulu s'y asseoir et avait bougé ce qui y était posé.

Ce genre d'appartement était digne d'un étudiant bordélique ou d'un célibataire trop happé par le travail pour ranger. Mais certainement pas digne d'une famille dans laquelle on élevait une petite fille - deux si l'on comptait Yuki.

Seto serra les dents.

Il reporta son attention sur Hanamiya et Kamine qui revenaient vers lui, et malgré lui la question sorti tout seul :

« Ta maman est déjà partie travailler ? »

Surprise qu'il s'adresse à elle, l'enfant l'observa avant d'hocher la tête :

« Oui ! Elle est partie très très tôt ! Le monsieur faisait du bruit, alors ça m'a réveillé ! Maman a dit que je devais me coucher parce que c'était pas l'heure, et puis elle est partie travailler avec lui et elle a dit que j'allais pas à l'école ! »

Seto échangea un regard lourd de sens avec son capitaine. Hanamiya posa la question suivante :

« Quel monsieur ?

- Le monsieur de la dernière fois ! Maman elle le voit beaucoup ! C'est toujours lui qui la ramène quand elle travaille trop ! Et il l'a emmené au travail ce matin. Il disait que maman pouvait pas travailler à la maison.

- ... Il est grand ? Blond, avec des lunettes ?

- Oui, oui c'est ça ! »

Pendant une brève seconde, Seto eut peur que son capitaine casse quelque chose. C'était la rage qu'il lisait à présent dans son regard. Cependant Hanamiya garda son calme et caressa les cheveux de Kamine :

« D'accord. Allons vite à l'école, avant que tu sois en retard. »

Elle hocha la tête et ressortit de l'appartement avec impatience, son sac à dos sur l'épaule. Hanamiya passa à côté de son coéquipier, les mains blanches tant il serrait les poings :

« ... Je serais en retard en cours.

- Je t'accompagne.

- ... T'es pas obligé. »

Seto lui caressa le dos :

« ... Non. Mais j'en ai envie. »

Hanamiya n'insista pas. Il paraissait même soulagé que son coéquipier reste avec lui.

Sur le chemin menant à l'école, Kamine ne saisissait pas toute la gravité de sa situation. Elle était juste heureuse d'être accompagnée de son grand frère de cœur, à qui elle tenait la main en riant, lui racontant comme elle avait hâte d'être à ce soir pour qu'il vienne la chercher. Hanamiya lui répondait avec une douceur et une patience que Seto ne lui connaissait pas.

On aurait presque dit que tout allait bien. Il faisait beau, légèrement frais, la joie de la petite était contagieuse.

« Mako-nii-san ! Fais moi sauter ! S'il te plait ! »

Hanamiya hésita, puis regarda son coéquipier. Seto pouffa et prit la seconde main de Kamine. Le visage de l'enfant était rayonnant, elle compta bien fort jusqu'à trois, et les deux garçons la soulevèrent simultanément, la balançant en prenant bien garde à ne pas la lâcher.

Elle rit de plus belle, et c'était tel une douce mélodie, tandis qu'ils recommencèrent deux, trois fois.

Ils arrivèrent à l'école primaire juste à temps, au moment où le portail allait fermer. Kamine les regarda tous deux, les yeux pétillants :

« On se voit ce soir, t'as promis !

- Mais oui. Sois sage, d'accord Mine? »

Elle hocha à nouveau la tête et se précipita à l'intérieur de la cour, comme si aller plus rapidement en cours ferait passer la journée plus vite.

Seto l'observa disparaître à l'intérieur du bâtiment avec sa classe. Il laissa quelques secondes s'écouler et souffla, les mains dans les poches :

« Elle est mignonne. Je comprends que tu l'aimes bien. »

Il jeta un oeil à Hanamiya, qui se passait une main sur le visage, l'air fatigué :

« ... Oui, elle est mignonne... C'est ce que je te disais, elle est trop innocente pour toutes ces conneries. »

Makoto s'éloigna, prenant le chemin pour leur lycée. Seto le suivit, venant à sa hauteur, l'air inquiet :

« ... Tu comptes entamer les démarches pour avoir sa garde ?

- Plus tôt ce sera fait, mieux ce sera.

- ... C'est vrai. Mais tu penses pas que tu as déjà beaucoup à faire ? Les examens arrivent, on a l'entrainement de basket, entrainement que TU supervise. Et ça m'étonnerait pas qu'on réentende parler des connards d'hier. »

Hanamiya lui lança un regard agacé :

« Me fais pas chier. Tu vas me faire la morale ? Maintenant ? Je suis capable de gérer tout ça, j'ai géré bien pire !

- Et c'est ce qui m'emmerde. »

Makoto allait répliquer, mais sa voix mourut quand son dos rencontra le mur, que son coéquipier le bloqua contre son gré en le dominant de sa hauteur, sa carrure :

« Je suis là. Nos coéquipiers sont là. T'as pas à gérer tout ça, pas tout seul.

- ... qu'est-ce que tu racontes...?

- ... Laisse moi faire les démarches. Je vais me renseigner sur la procédure à suivre, te dégrossir le travail. L'entraînement de basket tu peux laisser ça de côté pour l'instant, tu ne peux plus jouer avec ta cheville, et les autres coach peuvent gérer le planning. »

Hanamiya s'énerva, essaya de le repousser :

« Te fou pas de moi ! Je suis pas une victime ! Je peux...

- Non, t'es pas une victime, mais tu te surmènes trop. Prends du repos putain, souffles, profites avant que tout t'éclate à la gueule ! La garde de Kamine va pas se faire si facilement, les parents vont sûrement réagir, faudra que tu sois prêt ! Ce genre de connerie, ça va jusqu'au tribunal, et les jurys peuvent être difficiles à convaincre! »

Le capitaine resta muet, l'observa avec de grands yeux en l'écoutant l'engueuler de la sorte. Seto aurait sûrement continuer d'insister si Makoto ne l'avait pas coupé :

« ... Comment tu sais ça... ? »

Le plus grand se crispa, et cette fois-ci ce fut à lui de montrer de la faiblesse, révélant une expression plus hésitante et fébrile. Hanamiya s'en étonna mais resta silencieux, attendant que l'autre lui réponde, qu'il se confie comme lui s'était confié.

Et contrairement à lui, Seto n'était pas le genre à fuir.

« ... A ton avis ? soupira-t-il. Un lycéen qui vit seul et qui se charge lui-même de tout ce qui est administration ?

- ... Je pensais que tes parents voyageaient, d'où leur absence.

- C'est le cas. Depuis que je suis gamin, je me rappelle pas qu'ils aient été présent ne serait-ce qu'une journée entière. »

Il s'écarta, laissant enfin de l'espace à son capitaine.

« ... ils ont jamais été présent, c'est à peine si on se connait. Pourtant ils avaient quand même le plein pouvoir sur ce que je devenais. Ils voulaient choisir mes études, que je reprenne leur boîte, que j'épouse la fille de je sais plus quel pdg...

- ... Putain, un scénario tout droit sortit d'une mauvaise série. »

Seto explosa de rire :

« Ahah, c'est clair ! »

Il lui fit un mince sourire :

« J'ai fait appel pour avoir ma propre garde. Je me gardais déjà tout seul, donc ça n'a pas été trop compliqué de convaincre le jury. Ca a été plus difficile par contre de le faire accepter à mes vieux, et d'autant plus difficile d'avoir une pension pour subvenir à mes besoins. »

Il soupira, ennuyé de se rappeler de ça :

« Disons que ça a été inutilement long et fatiguant, pour un résultat qu'on connaissait tous à l'avance. La situation de Kamine n'est pas bien différente. En soit on a suffisamment de preuve pour que sa mère perde la garde, et je suis sûr qu'on peut en trouver encore plein. Mais que ta mère et toi puissiez avoir la garde, c'est encore une autre histoire. Vous avez assez pour vivre tous les deux, mais gérer une troisième personne ? Tu as pu rejoindre notre lycée grâce à une bourse. Je ne sais pas si le jury vous laissera la garde. »

Makoto détourna le regard. Évidemment c'était dur à entendre. Mais Seto continua :

« Ce qui joue en votre faveur, c'est que vous vous occupez déjà d'elle. Cette petite t'adore, la séparer de toi pourrait lui faire beaucoup de mal. Le jury prendra forcément ça en compte. Et puis vous n'êtes pas fauché non plus, je dis juste que les histoires d'argents c'est toujours le plus compliqué à gérer, sur le papier. »

Il regarda Hanamiya dont les épaules s'étaient affaissées.

« ... Hey mako... c'est pour ça que je veux t'aider. Je connais un peu, on part pas de rien. Et t'as le cerveau pour embrouiller tout le monde, ça tournera forcément en notre faveur. »

Il vint lui caresser la tête, sans que son capitaine ne s'en outre. Hanamiya semblait juste fatigué, abattu, et cette attitude inquiétait Seto davantage :

« ... A quoi tu penses ?

- ... A trop de choses. A ma mère à qui je ne me confie jamais, à Yuki que j'ai frappé, à l'équipe que je traite comme de la merde. »

Hanamiya détestait être défaitiste mais le mental suivait de moins en moins ces jours-ci.

« ... je suis juste crevé. Et... putain, te fou pas de moi, mais... pour toutes mes mauvaises actions, je crains de me prendre un karma. Et j'ai peur que ce karma tombe au pire moment.

- ... que Kamine le subisse ?

- ... Ouai. »

Seto roula des yeux, lui colla finalement une pichenette sur le nez, arrachant une exclamation de surprise à son capitaine :

« Depuis quand Hanamiya Makoto se soucie-t-il d'un quelconque karma ? Surtout que si ça existe vraiment, ben tu te l'ai déjà bien mangé dans la gueule. Le match d'hier en est la preuve, tu crois pas ? »

Makoto fit la moue, avant d'avoir un sourire carnassier et lui donner un coup de coude :

« Ferme là. T'es le pire pour réconforter.

- Tu plaisantes ? Regarde ça, je t'ai arraché un sourire. Ça prouve que je suis le meilleur ! »

Hanamiya le dépassa, reprenant la route avec plus d'entrain :

« Mm... mouai, t'es peut-être pas si mal finalement. »

Seto le regarda avec de grands yeux :

« Attends, quoi ? »

Il lui emboita le pas à toute vitesse, en retenant comme il pouvait son sourire :

« Makoto ! Répètes-moi ça en face ! Makoto ! »

Son capitaine étouffa un rire.