Chapitre 21 : reprendre sa vie en main

Alors qu'un certain calme était revenu, aussi bien à l'appartement qu'à Storybrook, Emma piétinait dans l'entrée, tapant du pied pour faire activer son fils. Elle était passablement énervée, après que le petit ait refusé d'aller à l'école, sous prétexte qu'il préférait passer du temps en famille. Il était devenu très câlin et pot de colle, depuis qu'il avait vu ses deux mères allongées sur leurs lits d'hôpital. La blonde devait déposer le garçon à l'école, mais elle savait qu'il serait en retard aujourd'hui. Regina ne s'était pas levée de bonne heure non plus, n'ayant rien à faire de ses journées. Elle appela une dernière fois le bambin, avant d'ouvrir la porte de leur logis. Il surgit malgré tout, de mauvaise grâce, prêt à recommencer une journée avec sa grand-mère, qui avait repris à temps partiel son travail d'institutrice. Le médecin était certain que cela aurait un effet positif sur elle et son comportement, que beaucoup attriuaient à l'Evil Queen, exclusivement. De ce fait, Henri renaclait à aller en cours. Il ne souhaitait pas revoir sa grand-mère, encore traumatisé par son enlèvement et ce qu'il avait vu au tréfond de l'âme de celle qui prétendait l'aimer comme un fils. Après avoir réussi à embarquer l'enfant dans sa voiture, Emma prit le chemin du poste de police. Elle ne pouvait blâmer son fils pour ce qu'il ressentait, puisque ses propres sentiments ressemblaient étrangement à ceux du petit.

Lorsqu'elle passa la porte du poste, une odeur de café et de beignets embaumait l'air. Elle entra dans le bureau et vit son père discuter avec un homme qui cherchait sa tortue. Elle leva les yeux en l'air, prête à faire demi-tour. Elle n'avait aucune envie de continuer cette pseudo-enquête sur ces animaux de malheur. Son père la vit avant qu'elle ne put fuir son lieu de travail, et lui enjoignit de venir le voir. Il serra la main de l'homme et se raidit en saluant sa fille.

- Bonjour Emma, j'espère que tu vas mieux.

- Bonjour, David. Ça va très bien, merci.

- Comme tu as pu le constater, les disparitions n'arrêtent pas. Et je n'ai pas pu dégager de temps pour m'en occuper.

- Trop occuper à faire quoi ?

- Ce ne sont pas tes affaires, c'est bien ce que tu m'as dit ? On ne mélange pas le personnel et le professionnel. Donc, tu n'as pas à le savoir.

- Tu vas m'en vouloir longtemps ? Tout ça parce que je refuse de voir Mary-Margareth ? Tu exagères un peu, non ?

- Ce n'est pas la seule raison, loin de là. Mais nous ne sommes pas obligés d'en parler. D'ailleurs, je n'en ai nullement l'intention. Donc, va faire une ronde, pour que les habitants soient rassurés.

- Bien, chef !

Emma tourna les talons, ne voulant pas envenimer davantage la situation. Elle était en colère contre son père. Certes, la position du blond ne devait pas être simple et il ne pouvait choisir entre son épouse et son enfant. Mais il rejetait Emma, malgré tout. Elle ne comprenait pas pourquoi leurs relations avaient, à ce point, périclité. Elle laissa de côté ses pensées, pour se concentrer sur sa patrouille. Le message était clair : son père ne voulait pas d'elle dans ses pattes.

Après avoir arpenté le bitume pour des clous, elle revint déjeuner avec Regina. Elle souhaitait faire une pause dans sa journée, qui lui semblait interminable. Aussi, en passant le pas de la porte de leur logement, elle huma une douce odeur de gratin. Elle saliva à l'idée de savourer un plat concocté par Regina. Cette dernière s'était remise à cuisiner, au plus grand bonheur des deux gloutons qui habitaient avec elle. Même si le régime burgers et pizzas semblait désormais révolu, Emma ne rechignait plus autant qu'avant à manger plus équilibré. Son humeur s'améliora dans la seconde et elle chercha la brune du regard. Cette dernière surgit de sa chambre, les cheveux encore humides.

- Emma ! Je ne t'attendais pas de sitôt ! Tu ne m'avais pas dit que tu revenais ce midi.

- Ce n'est pas grave. En plus, je vois que tu as cuisiné un plat qui embaume tout l'appartement.

- En fait, c'est pour le dîner.

- Ah. Mince. Et pour ce midi ?

- Il y a de la salade.

Le visage de la blonde tomba. Elle avait une faim de loup et ce n'était pas de la salade qui allait la contenter. Regina vit l'air abattu de la blonde.

- Je peux te préparer quelque chose vite fait.

- Non, inutile. Tu n'es pas la cuisinière attitrée de la maison, après tout. J'aurais dû anticiper mon déjeuner. Ne t'inquiète pas, je vais y aller. Bonne journée, à ce soir.

La shériff partit avant que la brune ait pu ajouter quoi que ce soit. Regina fut troublée par un sentiment de lassitude, qu'elle ne se reconnaissait pas. Elle se dirigea vers le frigo et mangea sa foutue salade, seule, et sans appétit. La blonde, pendant ce temps, fit un crochet par la boulangerie et acheta un sandwich. Elle le dévora en grimaçant. Il n'avait aucun goût. Elle était morose. Elle tentait de se rapprocher de Regina, mais beaucoup de ses tentatives tombaient à l'eau. Elle commençait à être à court d'idées.

Alors qu'elle revenait au poste de police, après avoir parcouru un quartier en long, en large et en travers, la blonde s'étala sur son siège, fatiguée. Elle ne vit personne et se permit de fermer les paupières cinq minutes. Elle fut réveillée par un ricanement extrêmement moqueur.

- Bonjour shériff. On bosse dur, encore une fois ?

- Gold, personne d'autre à arnaquer aujourd'hui ?

- Non, les affaires ne décollent pas aujourd'hui. Je me suis dit que j'allais venir voir si tout se passait bien pour vous.

- Votre sollicitude me touche. Vraiment. Que me voulez-vous ?

- Toujours aussi directe. Quel manque de tact, shériff. J'ai parfois quelques difficultés à comprendre la raison du choix de Regina vous concernant. Enfin, je ne palabrerai pas sur ce point. Je venais m'enquérir de votre santé, ainsi que de celle de mon élève.

- Nous allons beaucoup mieux. Les maux de tête ont disparu et Regina semble reprendre du poil de la bête.

- Votre vocabulaire vous honore, shériff…

- Bref, tout va bien. Merci d'être passé. Au revoir.

- Je n'ai pas fini. Je parlais également de votre santé mentale. Votre relation est-elle toujours aussi difficile ? Ou bien y a-t-il eu de l'amélioration ?

- De quoi je me mêle ?

- Je n'ai pas envie de vous ramasser à nouveau à la petite cueillère ! Cessez de mettre en danger Regina, par votre comportement insolent et déplacé !

- Je la protège ! Dégagez, Gold !

- Non.

- Y a rien de neuf entre nous, vous êtes satisfait ?

- Non plus. Cela signifie que la magie de l'amour véritable ne conforte pas le sort du rituel. Elle va s'épuiser à combattre l'Evil Queen, seule ! Votre comportement me révulse. Il n'est pas pourtant pas si compliqué d'aimer !

- Parfois, l'amour ne suffit pas, Gold. Il y a eu beaucoup de choses… Négatives entre nous. Regina et moi n'arrivons pas à passer au-dessus de tout cela. Le moindre faux-pas anihile tout progrès. Nous marchons sur des œufs. Elle ne me parle pas. Enfin, pas de ses sentiments, ou de son ressenti. Il y a du mieux, bien sûr, mais ce n'est pas ce que j'appelle une relation de couple… Simplement un statu quo.

La blonde baissa piteusement les yeux. Elle n'en avait parlé à personne et elle se sentait honteuse de ne pas réussir à transpercer les barrières de la brune.

- Continuez d'essayer, Emma. Vous en avez besoin aussi bien l'une que l'autre. Maintenant, veuillez m'excuser, mais j'ai mieux à faire.

Il partit aussi vite qu'il apparut, laissant Emma perplexe. Elle fut presque prise d'une crise de panique en pensant à sa vie. Elle ne voulait pas perdre Regina. Elle devait faire quelque chose pour se rapprocher à nouveau de la brune.

À l'appartement, Regina faisait des exercices de yoga, pour rester en forme. Elle s'ennuyait ferme depuis son retour à une vie plus normale. Même si elle n'aurait jamais imaginé que la normalité fut de cette teneur. Elle ressentit à nouveau fugacement une légère honte. Elle s'ébroua, et se concentra sur sa position du lotus. Elle ne parvenait pas à se vider la tête. Emma occupait toutes ses pensées. Elle devait lui parler. Elles ne pouvaient pas passer leurs vies à se côtoyer, sans jamais communiquer réellement, se toucher, voire, même, s'aimer. Elle arrêta ses exercices et attrapa un carnet. Elle devait organiser quelque chose pour Emma. Pour qu'elles puissent enfin se retrouver.

Le soir même, lorsque la blonde arriva à l'appartement, Regina vint à sa rencontre et lui prit la main.

- Inutile d'enlever ta veste, Emma, on sort.

- Euh, on va où ? Tu veux que je t'emmène quelque part ?

- Je n'ai pas besoin d'un taxi, mais de toi.

La shériff remarqua alors le panier-repas que la brune portait. Elle haussa un sourcil, mais suivit Regina, qui la tirait déjà hors du logis.

- Mais Henri ? On ne va pas le laisser tout seul !

- Ruby est de garde.

Regina lança un sourire malicieux à la blonde, qui se sentit tout de suite plus légère. Emma la suivit avec délice, se laissant bercer par son coeur, qui s'était emballé. Elles se rendirent dans le parc, où l'ancienne reine étendit une couverture, leur servant ainsi de nappe de fortune. Elle ouvrit son panier, après avoir enjoint Emma à s'asseoir près d'elle. Elle lui mit une limonade entre les mains et elle trinqua avec son propre gobelet, entamant la conversation.

- Je pense qu'il était temps que l'on s'octroie un moment à nous. On ne se dit plus rien, alors que je sens beaucoup de changements s'effectuer.

- Je me disais la même chose. Mais je n'ai pas encore trouvé d'idée pour nous retrouver, ainsi. Merci, ça me fait vraiment plaisir.

Regina lui sourit, et se rapprocha d'elle.

- Je crois que le sort qui nous lie est encore plus puissant que ce que nous pensions.

- C'est drôle que tu en parles, car Gold est passé me dire bonjour, aujourd'hui.

- Vraiment ?

- Disons plutôt qu'il venait s'enquérir de ta santé. Et me remonter les bretelles.

- Pourquoi ?

- Je ne m'occupe pas bien de toi.

- Je le fais très bien toute seule, Emma.

- Je sais. Mais il n'a pas tort. L'amour que je ressens pour toi est toujours bien présent, mais je ne sais pas comment l'exprimer. J'ai peur, Regina.

La brune écarquilla les yeux. Emma s'était jetée à l'eau, sans bouée de sauvetage, s'exposant au grand jour. La fragilité de la jeune femme apparut si criante, aux yeux de la brune. Elle lui mit une main sur l'épaule et se voulut rassurante.

- Emma, tu sais, j'ai éprouvé, depuis quelques jours, des sentiments que je n'avais pas ressenti depuis longtemps. J'ai même eu l'impression qu'ils ne venaient pas de moi.

La blonde se figea. Serait-il possible, qu'en plus de partager une vie, elles partagent leurs sentiments ? Elle se tourna vers la brune, qui lui souriait avec bienveillance. Regina vit l'expression d'Emma et répondit malicieusement.

- Je sais ce que tu te dis.

- On partage même les pensées ?!

- Non, mais une partie de nos émotions, très certainement. Je suis sûre que la honte et la gêne venaient de toi.

- Pourquoi ?

- Parce que ces sentiments proviennent également de mon… Traumatisme. Mais les miens sont entourés de ténèbres. Alors que les tiens démontraient de la tendresse derrière. De la préoccupation, même. Et ça, c'est toi tout craché.

- C'est parce que tu ne me parles pas. Je ne te jette pas la pierre, j'en fais autant de mon côté. Mais, je sais pas, j'espérais plus, en fait. Je pensais que ce sort, avec ce que l'on partage, nous rapprocherait. Mais je m'aperçois que ce n'est pas le cas. Et ça me fait mal.

- Ce n'est pas le sort qui nous rapproche, Emma. C'est bien nous qui allons devoir poser les jalons de notre relation.

- Alors, tu ressens… Mon amour pour toi ?

- Non. Je pense que nous sommes hermétiques à nos sentiments profonds, mais que nous partageons ceux qui sont plus violents et qui nous traversent. Enfin, je peux me tromper. En tout cas, ce n'est pas quelque chose de permanent. Et j'en suis soulagée. Car, devoir gérer mes sentiments, les tiens et l'Evil Queen, ce serait au-dessus de mes forces.

La blonde se renfrogna.

- Je ne veux pas être un fardeau pour toi.

- Emma, c'est moi ton fardeau. Tu n'as toujours pas compris ? J'ai honte, car je ne me relève pas vraiment de ce traumatisme. Enfin, je devrais en parler au pluriel. C'est grâce à toi et à Henri que je me lève le matin. Mais l'avenir me fait peur. Je ne suis pas sereine. Et le cadeau que tu m'as fait. Tu te rends compte ? Je me sens si redevable. Moi, la méchante reine, je me sens inférieure à toi. Je suis pathétique.

- Tu rigoles, là ? Je te rappelle que je coche les cases : orpheline, presque alcoolique, bête, incapable de t'aimer correctement, en froid avec ma famille, enfin, tu comprends… Et j'en passe.

- Tu veux jouer à ça ? Je coche les cases : méchante reine, meurtrière, morte, sans-coeur, froide, mauvaise mère, tortionnaire, haïe de tous, et malgré tout ça, tu parviens à m'aimer ? De nous deux, c'est bien moi qui ne te comprend pas.

- On fait une belle paire toutes les deux.

- J'aimerais pouvoir dire que nous formons un beau couple. Mais…

- Mais ? Dis-moi, je t'en supplie.

- Mais… Tes parents voient aujourd'hui d'un très mauvais œil notre relation. Je ne porte pas ta mère dans mon coeur. Ruby, ta meilleure amie, a failli mourir, par mon égarement, Henri est traumatisé, par sa propre grand-mère. Nous vivons côte-à-côte, mais il n'y a aucun geste de tendresse entre nous. Et ça me manque. Tu me manques. Je ne peux pas me reconstruire sans toi à mes côtés, je l'ai compris très récemment. Je pense que je te dois même des excuses. Tu as commis des erreurs, mais j'en ai fait aussi énormément dans ma vie. Et j'ai préféré dresser un rempart contre toi, afin de ne pas me perdre. Mais c'était pire. J'ai été idiote.

Emma la prit dans ses bras, et la berça tendrement. Elle avait eu besoin d'entendre les paroles de l'ancienne reine, pour enfin être certaine que rien n'était perdu. Elle laissa échapper des larmes, et respira profondément l'odeur dans le cou de Regina.

- Merci de me l'avoir dit. Je vais faire davantage d'efforts, encore.

- Ce n'est pas ce que je te demande. Je voudrais simplement que nous reprenions notre relation, là où nous l'avons laissée, lorsque je suis morte.

- Il n'y a rien qui me ferait plus plaisir que cela.

- Alors l'idée du pique-nique en tête-à-tête était plutôt bien trouvée ?

- Je n'aurais pas fait mieux !

Elles mangèrent en silence, en se regardant dans les yeux, heureuses d'être enfin au diapason. La soirée passa tranquillement, et elles profitèrent de la nature en fleurs, en se promenant main dans la main. En rentrant, Emma proposa de regarder un film, mais la brune lui prit la télécommande des mains et éteingnit la télévision. Elle posa l'objet sur la table basse, sous l'oeil curieux de sa colocataire.

- Emma, je préfèrerais lire.

- Oh, oui, bien sûr. Pardon. Je n'y avais pas pensé. Alors, euh, je te laisse ?

La shériff avait comme posé la question, sans vraiment le faire. Elle était attristée de voir la soirée se terminer si vite. La brune lui sourit et lui caressa la joue.

- Non, ne me laisse pas. Si tu le souhaites, j'aimerais même que tu reviennes dormir avec moi.

La bouche d'Emma s'ouvrit dans une surprise muette. Elle se reprit, après un temps relativement long, qui avait mis les nerfs de Regina dans un état lamentable.

- Bien sûr, oui ! Quelle question !

Elle rougit de sa remarque puérile et quémandeuse. L'ancienne reine émit un petit rire, et elle se leva.

- Bien. Je vais me changer. Je t'attends, comme avant ?

- J'arrive. Une petite douche et c'est bon. J'ai trop marché aujourd'hui.

L'immense sourire sur leurs deux visages démontra l'envie de chacune de se retrouver enfin. Un moment à elles, qui relancerait tout en douceur leur relation morte-née. Emma se hâta d'aller se laver et mit un pyjama très sage, composé d'un short et d'un tee-shirt. Elle toqua à la porte de la brune et attendit la permission d'entrer. Cette dernière fut accordée dans la foulée. L'ancienne reine était déjà couchée, et semblait un peu mal à l'aise. Elle ouvrit la couette, découvrant un pyjama en soie tout aussi sage que celui de la blonde. Elle tapota le matelas, et attendait nerveusement qu'Emma daigne enfin s'approcher. Elle allait tourner folle, si la blonde jouait ainsi avec ses nerfs.

Elle s'approcha à pas de loups, ne quittant pas la brune des yeux. Elle scrutait le moindre changement dans l'attiutde de Regina, qui aurait pu suggérer un revirement de situation. Elle voulait tellement croire en cette dernière chance, mais elle avait peur de s'y brûler les ailes et de ne pas réussir à s'en remettre. Aussi, après avoir pris de multpiles précautions, elle s'allongea aux côtés de la brune, qui tenait un livre entre ses mains. Cette dernière commença sa lecture, sans dire un mot supplémentaire. Emma l'en remercia intérieurement. Ainsi, aucune vaine parole ne vint troubler la quiétude du moment. Elles profitèrent de cette fin de soirée pendant encore une heure, avant que Regina ne commence à papilloner. Elle déposa alors son bouquin sur la table de chevet et se tourna vers la blonde.

- Je sais que ça fait un peu bizarre. Tu es tellement tendue, depuis que j'ai cessé de lire.

- Tu ressens ça grâce à la magie ?

L'ancienne mairesse sourit et lui caressa distraitement le bras.

- Non, je t'observe.

- Ah oui. Je suis bête.

- Non, absolument pas. Ne dis plus cela, c'est faux, Emma.

- Passons. Tu veux que je… Reste, ou parte ? Je ne sais pas trop. Et j'ai peur de… En fait, j'ai peur de tout. Dès que cela te touche, j'ai peur de tout ce qui pourrait mal se passer, de ce que tu penses, ou ressens. J'ai peur d'être en trop, ou de ne pas être assez présente.

- Stop. Reste, s'il te plaît. Je ne demande rien d'autre. Simplement ta présence à mes côtés. Réapprendre à se connaître et à… S'aimer ? Mais toute chose en son temps. Je veux juste profiter de toi, de tes bras et ne plus penser à rien. Juste pour cette nuit. S'il te plaît.

- Donc, demain, je réintègre ma chambre, c'est bien ça ? C'est une forme de test ?

- Mais ? De quoi tu parles ? Non, bien sûr que non. Tu n'as pas compris mes propos. Je parlais de ce soir, mais demain, j'espère, ou j'ose espérer, que tu me rejoignes aussi pour dormir. Mais si tu ne le veux pas, je comprendrais.

- Je veux. Je veux tout de toi. Peu m'importe le reste.

- Merci, Emma. Merci.

Elles se turent et s'endormir facilement, Regina bien câlée dans les bras d'Emma.

Le lendemain, Emma se réveilla avant la brune, et la regarda pendant quelques minutes, avant de lui souffler sur l'oreille, pour la réveiller. Elle n'obtint qu'un grognement, suivit d'une main qui battit l'air près de ladite oreille, pour mettre en déroute l'importun. Emma rit de ce petit geste rageur, dès le matin. Regina restait cette femme caractérielle, qui supportait difficilement ce genre d'idiotie.

- Emma… Que fais-tu ?

- Coucou, toi. Et je t'embête. Ça fonctionne plutôt bien, d'ailleurs.

Regina leva une paupière lourde et tenta de se hausser sur un bras. Emma n'attendit pas et la prit dans ses bras, basculant le corps de la brune sur elle. Cette dernière fut surprise, mais n'esquissa pas un geste pour se dégager. Elle était bien au chaud, protégée et aimée. Pourquoi aurait-elle voulu bouger, d'ailleurs ? Aussi se complut-elle dans cette position, heureuse de se retrouver avec la blonde, si complices ensemble.

- Tu as bien dormi, Regina ?

- Comme un bébé. Surement parce que tu étais là. J'avais oublié à quel point j'aimais cela.

Le sourire éclatant de la blonde se remit en place sur son visage. Masi une ombre s'interposa. Elle prit une grande inspiration et se lança.

- Regina, tu sais, je voulais te dire…

La brune se redressa, pressentant que les prochaines paroles de la shériff auraient une grande importance. Elle posa sa main sur le cou nacré et par un regard, l'encouragea à continuer.

- Je comprends ce que tu ressens. C'est quelque chose pour laquelle j'ai des difficultés à m'exprimer. Parce que j'ai peur de raviver d'anciennes blessures, ou même de rouvrir certaines plaies. Mais je dois te le dire. Pour que tu puisses avoir confiance en moi. Je sais que tu éprouves une grande gêne pour sortir en public. Après ce qu'il t'est arrivé, tout cela est normal, bien sûr. Mais aujourd'hui, le regard des autres, qui a profondément changé envers toi, te met mal à l'aise et te rend très vulnérable. J'ai compris que tu éprouves de la honte et une humiliation persistante pour ton… Viol, ton assassinat et aussi ta situation professionnelle précaire. Tu as toujours été une femme de pouvoir, et aujourd'hui, tout cela t'a été arraché. Mais tu peux redevenir la femme forte que tu étais et …

- Non.

- Euh… Je t'ai blessée ? Pardon, ce n'était pas mon intention. Mais je pense qu'il faut en parler et …

- Non, cela signifie simplement que je ne veux pas redevenir la personne que j'étais. Tu te trompes, Emma. Je n'étais pas forte, mais odieuse. J'abusais de mon pouvoir et aujourd'hui, toute cette vie tracée par l'obscurité, s'est effondrée et moi avec. C'est pour cette raison qu'il m'a été si difficile d'accepter de reprendre l'Evil Queen. Elle est une partie importante de cette noirceur, qui m'a souillée si longtemps. Mais je ne la laisserais pas gagner. C'est hors de question. Et si tu es là, ainsi qu'Henri, je sais que je peux faire face. Mais mon humiliation, elle, ne s'effacera pas du jour au lendemain. Mais grâce à toi, elle pourra s'atténuer et je pourrais redevenir une femme forte et fière. Fière de sa famille et de sa vie. Je vois la tendresse avec laquelle tu m'observes. Tu me laisses faire mes choix, à mon rythme, et je t'en remercie infiniment.

La blonde en avait les larmes aux yeux. Mais elle n'avait pas fini son laïus.

- J'ai peur que tu m'abandonnes, lorsque tu seras redevenue celle que tu désires.

Regina écarquilla les yeux, mais la blonde continua sur sa lancée.

- Ce que je veux dire, c'est que je manque de confiance en moi, et que de cela, découle cette peur de l'abandon. De ce fait, tu as pu voir toutes les erreurs que j'ai pu commettre, même envers toi. Je ménage tout le monde, pour ne pas perdre l'amour de mes proches. C'est odieux, comme système de pensée. Et je me perds moi-même parfois, car à force de vouloir faire plaisir à tout le monde, je blesse les autres plus que de raison. Je suis ignoble.

- Emma… Je sais déjà tout cela. Tu n'as pas besoin de me le dire.

- Je pense le contraire. Car ainsi, tu pourras comprendre ma façon de t'aimer. Pleine et entière. Je ne peux pas supporter de te laisser croire que tu ne seras pas toujours la première, avec moi. Voilà pourquoi il ne s'agit pas d'un sacrifice, toutes ces années de vie données, mais bien d'un cadeau pour toi, qui le mérite. Je t'aime totalement. Je devrais peut-être même dire que je m'abandonne à toi. Au risque de me briser. Tu es mon coeur et mon âme. Tu en as la clé. Je t'aime avec tes blessures, tes fêlures et ton mauvais caractère. Que tu sois riche ou pauvre n'est même pas un sujet pour moi. Tant que tu restes à mes côtés.

- Tu sais que tu es plutôt douée en déclaration d'amour ?

- Ne te moque pas de moi ! C'est pas gentil… J'essaie juste de t'expliquer les choses. Tu sais les difficultés que j'éprouve à formaliser mes sentiments.

- Oui. Je te suis donc reconnaissante de t'être ainsi confiée à moi.

Elles se sourirent et la brune osa déposer un léger baiser sur les lèvres de la blonde, qui resta pantoise devant l'audace de l'ancienne reine.

- Bien, maintenant, que dirais-tu d'aller petit-déjeuner ?

La blonde eut un bug mémorable et se contenta de hocher la tête. Elle suivit la brune et profita de leur moment seule à seule pour avoir des gestes tendres. En milieu de matinée, Emma alla chercher Henri, qui piaffait d'impatience.

- Bonjour ! Alors, votre soirée en amoureuses ?

- Salut Henri. C'est toi que je dois remercier pour cette idée ?

- Non, c'est maman.

- Alors, merci de ne pas avoir été là.

Elle fit un clin d'oeil au gamin, qui grimaça en croyant comprendre où sa seconde mère voulait en venir. Cette dernière leva les yeux au ciel.

- Mais non ! Nous avons pu discuter, et ça nous a fait beaucoup de bien.

- D'accord. Mais ça va ? Il n'y a pas de problème, hein ?

- Non, Henri. Il n'y a plus de problème.

Ils repartirent côte-à-côte, guillerets.

Le lundi suivant, Emma repartit au travail le coeur léger. En arivant, elle vit son père de mauvaise humeur.

- Bonjour Emma, tu tombes bien. Le week-end a été long. Ce malade fétichiste des animaux a encore frappé, et plus d'une fois. Voici une adresse. Rends-toi sur les lieux et inspecte la zone. J'ai un mauvais pressentiment.

- Très bien. Quelque chose en particulier ?

- Le propriétaire m'a fait part de traces derrière chez lui, mais il n'a pas voulu s'approcher.

- J'y vais.

Elle se hâta de se rendre à destination, et discuta avec un homme affolé.

- Shériff, mon chien a disparu et il y a des traces sombres derrière chez moi !

- Montrez-moi ça.

Elle suivit le pauvre homme, qui semblait dévasté. Il lui indiqua l'endroit et s'éloigna rapidement, ne désirant pas s'approcher davantage. Emma se baissa et examina les indices.

- J'y crois pas… C'est du sang… Mais du qui ? Ou de quoi ?

Elle se retourna vers l'homme.

- Votre chien, c'est quoi ? Du genre teckel ou pitbull ?

- C'est un berger allemand. Un bon chien de garde. Mais il est gentil. C'est son sang ? Oh mon dieu, mais qu'est-ce qu'ils lui ont fait ?

- Impossible de savoir, sans prélèvement et la police de Storybrook n'a pas les moyens d'investiguer en ce sens. Pourquoi dites-vous « ils » ?

- Mon chien pèse son poids ! C'est une belle bête, bien nourrie.

- J'en prends bonne note. Rien d'autre à signaler ?

- Malheureusement non.

- Je repars au poste, alors. Je vous tiendrai informer. Bonne journée, monsieur.

Emma repartit, se demandant quoi faire de cette information. Elle ne pouvait pas toquer chez tous les habitants, pour savoir s'ils étaient blessés ou pas. Elle sentit un mal de tête arriver et s'affola sur le chemin du retour. Elle ne savait pas si c'était elle ou Regina qui avait mal au crâne. Elle fit un détour par l'appartement, afin d'être sûre que la brune était en bonne santé. Elle ouvrit la porte du logis brutalement, faisant sursauter la femme allongée sur le canapé, en train de lire.

- Emma ?! Mais enfin, pourquoi tu …

- Tu n'as rien ? Tu as mal à la tête ?

- Non. Mais enfin, …

- Pardon de débarquer comme ça. Mais j'ai senti un mal de crâne pointer et j'ai eu peur pour toi.

L'ancienne reine comprit tout de suite l'affolement de la blonde. Elle la prit contre elle et la berça doucement.

- Tout va bien, Emma. Tu ne vas pas débarquer ici à chaque fois que tu as peur qu'il se passe un truc. Envoie-moi un message et je te répondrai. Promis ?

- Promis.

La shériff se dégagea du corps chaud et lui sourit piteusement. Elle sortit, non sans avoir vérifié que rien ne clochait. Au moins, maintenant, elles savaient toutes les deux à quelle vitesse arriverait la blonde en cas de pépin. Rassurée, elle reprit le chemin du poste de police et fit un rapport à son père, qui fronça les sourcils.

- Les attaques ou enlèvements deviennent plus violents. Je pense que cela ne va pas aller en s'arrangeant.

- Mais c'est inexploitable. Donc, nous en sommes au point mort.

- Oui. Rédige une note sur ce cas spécifique et rentre. Il ne sert à rien de rester ici ce soir.

- Je m'y attèle.

Les deux blonds partirent assez rapidement, tournant en rond dans cette affaire. Un orage approchait, et chacun voulait retrouver la douceur de son foyer.