Chapitre 22 : pas à pas

Emma avait le cœur beaucoup plus léger depuis qu'elle s'était ouverte à Regina. Tout n'était pas réglé, mais elle ne ressentait plus cette boule au ventre, à l'intérieur de son propre cocon familiale. Elle voyait les efforts de sa belle brune pour ne pas flancher, et rechercher même des moments réconfortants, ce qui mettait du baume au cœur de la shériff. Elle fut tirée de ses douces pensées par des cris. Une femme hurlait dans une rue adjacente. Elle se rua vers les sons stridents et vit une femme d'une cinquantaine d'années apeurée, tenant fermement son chien par sa laisse.

- Police ! Que se passe-t-il ?

- À l'aide, shériff ! Quelqu'un a voulu embarquer mon chien !

- Vous avez vu la personne ? Elle est partie par où ?

- Par là !

La pauvre femme tendit son doigt vers le fond de l'allée. Emma se précipita, tentant de retrouver la trace de l'individu, sans succès. Elle revint aux côtés de la victime et la soutint par le bras.

- Votre chien et vous-même n'avez plus rien à craindre. Suivez-moi au poste de police et faites votre déposition. Tout va bien se passer.

Emma se demanda qui était assez stupide pour faire cela en plein jour. Une fois la déposition enregistrée et la femme ramenée chez elle, afin qu'elle s'enferme à double tour avec son chien, la shériff revint dans l'allée, terriblement circonspecte. De chaque côté s'étendaient des clôtures relativement hautes et le fond de l'allée débouchait sur une propriété à la végétation dense. Nul doute que l'individu s'était échappé par cette dernière possibilité. Elle repartit vers son appartement, butant sur un détail qu'elle n'arrivait pas à percevoir clairement. En rentrant, Henri vint à sa rencontre en courant, afin de lui mettre sous le nez son bulletin de notes.

- Emma, tu as vu ?

- Euh, non, Henri. Si tu me le mets ainsi juste devant les yeux, je ne vois rien.

- J'ai eu que des bonnes notes !

- Je suis très fière de toi, gamin.

- Merci, Emma !

La shériff tourna la tête vers sa brune, qui souriait en voyant l'interaction entre les deux personnes les plus importantes de sa vie. Regina vint déposer un baiser sur sa joue, laissant la blonde pensive et béate.

- J'ai pensé qu'avec ses bons résultats, Henri méritait bien une glace. Qu'en penses-tu Emma ?

- Je dirai même avec une gaufre !

- Ouais ! Et un soda !

- Doucement les goulus…

Un chœur lui répondit.

- S'il te plaît !

- Très bien ! Mais il ne faudra pas venir vous plaindre d'avoir mal au ventre !

Le trio sortit vers la boulangerie et prit tout ce qu'il leur fallait pour manger tranquillement dans le parc. Leur bulle de bonheur ne fut nullement gâchée, pour une fois. Personne ne vint les embêter, et aucune parole malheureuse ne fut échangée. En revenant à leur logement, Henri, qui avait eu les yeux plus gros que le ventre, alla directement se coucher, repus.

Emma s'installa sur le canapé et dut retirer le bouton de son pantalon, sous le regard désapprobateur de la brune.

- Oui, je sais, j'ai trop mangé. Et que des cochonneries, en plus. Pas bon pour mon cholestérol, tout ça, n'est-ce pas ?

- Faire une entorse à ton régime ne peut pas te faire de mal. Enfin, si ce n'est pas réitéré tous les jours.

La shériff rit devant l'air désabusé de l'ancienne reine. Elle tendit les bras vers elle, pour l'inviter à la rejoindre sur le sofa. Regina leva un sourcil, et demanda, moqueuse.

- Tu es sûre ? Tu ne vas pas éclater sous mon poids ?

- Il y a peu de risques, vu ton poids plume.

- Es-tu en train de me dire, subtilement, que je suis trop maigre ?

Emma la regarda intensément, son regard émeraude plongé dans l'ébène. Un doux sourire prit place sur ses lèvres et elle embrassa l'épaule de la brune, qui s'installa sur elle, attendant sa réponse nerveusement.

- Non, tu es parfaite.

- Emma, essaie d'être un tant soit peu critique, par pitié. Tout est toujours parfait, avec toi. Mais c'est faux. Tu as le droit de me dire que mon corps n'est plus celui d'avant et que tu préférais…

- J'aime tes nouvelles formes. Tu es plus légère, mais ça me permettra de te soulever plus facilement. Il est vrai que j'adorais tes formes voluptueuses, mais tu es très bien aussi comme ça, plus affûtée.

- Merci, Emma. J'ai encore des difficultés à m'habituer à ce nouveau corps. J'ai perdu tellement de poids. Et il est plus… Abîmé qu'avant. Je dois faire plus attention à mes mouvements.

- Tu es peut-être un peu plus raide. Mais tu fais toujours tes exercices, et tu continues le yoga. C'est important, tu ne te laisses pas aller. Et moi, à part courir dans tous les sens, je ne fais pas non plus du sport très assidûment.

- Tu n'en as pas besoin. J'aime ton corps tel qu'il est.

- Seulement mon corps ?

Emma fit exprès de prendre un air courroucé. Regina leva les yeux au ciel et la tapa sur la main, pour lui signifier d'arrêter ses bêtises.

- Idiote !

Un voile passa sur les émeraudes. Emma se reprit tout de suite, mais cela n'avait pas échappé à la brune. Elle caressa sa joue et l'embrassa chastement.

- Pardon, tu sais que ce n'est pas ce que j'ai voulu dire.

- Oui, je sais.

La blonde préféra passer à un autre sujet. Elle n'avait pas envie de parler de son manque de confiance permanent en ses capacités intellectuelles.

- Envie d'aller dormir ?

- Henri est déjà couché, nous pouvons faire pareil. Je t'attends.

Emma fut si rapide à se préparer, que Regina n'avait glissé qu'une jambe sous la couette, alors que la jeune femme attendait patiemment sur le pas de sa porte.

- Entre, voyons. Je ne vais pas te manger.

Elles sourirent toutes les deux.

- Non, pas pour le moment.

- En effet. Tu sais très bien qu'il est trop tôt et…

- Pas de souci. Je ressens la même chose.

- Alors, nous pouvons lire tranquillement ?

- Avec grand plaisir !

Elles s'endormirent à leur tour, le ventre rempli de bonnes choses et le bonheur émanant d'elles.

Le lendemain, alors qu'Emma compulsait toujours son rapport de la veille au poste, essayant de mettre le doigt sur ce qui la turlupinait, elle reçut un coup de fil. Un molosse faisait du grabuge en ville et menaçait d'attaquer. Elle souffla et partit mettre de l'ordre dans les rues. Lorsqu'elle arriva sur les lieux, le chien de la veille, qu'elle reconnut aussitôt, aboyait sans vergogne sur sa mère. Cette dernière levait les deux mains jointes dans les airs et tentait de calmer le molosse enragé. La shériff resta coite devant sa génitrice qu'elle n'avait pas revue depuis quelques semaines. Elle s'approcha, ne sachant comment aborder la brunette.

- Emma ! Enfin ! Ce chien est devenu fou !

La propriétaire de l'animal regimba immédiatement.

- Je ne vous permets pas ! Il a été traumatisé et il n'est pas dans son assiette !

- Pourquoi s'attaque-t-il à moi ? Je ne le connais pas !

- C'est vous qui l'affirmez ! Rien ne nous prouve le contraire.

La shériff intervint pour mettre fin à la querelle naissante.

- Mesdames, je vous en prie. Inutile de se crêper le chignon pour si peu. Vous le tenez bien ?

- Oui, ne vous inquiétez pas. Je ne comprends pas pourquoi il est comme ça. Il ne fait jamais ça.

- Mary-Margareth, pourrais-tu baisser tes mains, maintenant ? C'est ridicule !

- Non !

- Mais pourquoi ?

- Parce que… Il va lui faire du mal…

- Hein ?

La brunette réussit à se reculer et montra aux passants agglutinés là, le petit oiseau blessé qu'elle tenait dans ses mains.

- Voilà pourquoi. Je pense que ce chien a senti l'oisillon blessé et ça l'a rendu fou. L'instinct du chasseur…

- Le mystère est éclairci !

La shériff fit un signe à la foule de se disperser. Elle se retrouva face à la femme au chien, qui se trouvait penaude devant le raffut causé par son protecteur.

- Je suis désolée, j'ai cru qu'il reconnaissait son agresseur… Toutes mes excuses, madame Nolan. Shériff, je vais vous laisser. Au revoir.

La femme raffermit sa prise sur la laisse et partit rapidement, sans demander son reste. Emma se tourna vers sa mère et ne sut quoi dire de plus. Mary-Margareth se racla la gorge et tenta une approche.

- Emma… Je suis désolée. Et je te dois des remerciements. Tu m'as sauvée de la chaise roulante. Ton père me l'a dit. Et euh… Tu… Tu es toujours avec Regina ?

- Je n'ai fait que mon devoir envers toi. Je suis contente que tu ailles mieux. Néanmoins, je préférerais que tu ne mentionnes pas Regina.

- Je ne veux pas t'offusquer. Je sais que je lui ai fait beaucoup de mal. Mais je n'étais pas moi-même ! J'aimerais tellement améliorer les choses. Te revoir peut-être ?

- Je… Je ne sais pas quoi dire… Tu as fait tellement de choses irréparables. Pour l'instant, il me semble difficile de revenir vers toi. Henri est toujours traumatisé. Et Regina se remet doucement de sa mésaventure. Je me concentre sur eux. Tu as David. Alors pour l'instant, l'amélioration de notre relation n'est pas encore à l'ordre du jour.

- Oh. Oui, bien sûr, je comprends. Alors, je te dis bonne journée ?

- Merci, à toi aussi.

Emma tourna les talons et repartit, profondément chamboulée. Elle ne s'attendait absolument pas à croiser celle qui avait failli détruire sa famille. Elle était partagée. La discussion qu'elles venaient d'avoir semblait démontrer que David n'avait pas tort, en proclamant haut et fort que sa femme allait mieux. Elle marcha rapidement, avide tout de même de mettre une certaine distance avec sa mère. Elle était passablement mal à l'aise en sa présence, sachant tout ce qu'elle avait fait endurer à sa compagne. Mary-Margareth, restée sur place, regarda le petit oiseau et lui sourit.

- Ce qu'elle peut être crédule, n'est-ce pas ? Enfin, ils le sont tous… C'est si facile… C'est vraiment pas drôle…

Elle repartit en sifflotant, son rôle de Blanche-Neige parfaitement maîtrisé. Elle boitait très légèrement.

Regina et Emma déjeunaient ensemble tranquillement, Henri étant encore à l'école. Elles restaient dans un silence confortable, toujours un peu sur la réserve. Emma releva la tête et se tortilla, sous l'œil interrogateur de la brune.

- Emma, Tu as envie de me dire quelque chose ?

- Hum, oui. Mais c'est délicat. Je ne sais pas comment tu vas réagir. J'ai croisé ma mère, fortuitement, aujourd'hui…

- Ah. Tu n'as pas à avoir peur de ma réaction. C'est même plutôt blessant.

Regina posa ses couverts et fixa la blonde.

- Je ne veux pas qu'elle s'immisce entre nous encore une fois. Et je ne vais pas lui faire de mal. Je sais me contrôler, malgré tout ce qu'elle m'a fait.

- Désolée, je marche encore un peu sur des œufs. Mais je voulais simplement te le dire, pour que personne d'autre ne te le dise avant, et que tu tombes des nues.

- Emma… Qui pourrait me le dire ? Je ne parle à personne, à part toi, Henri et Ruby.

La shériff se mordit la langue, elle venait de gaffer, une fois de plus. Elle oubliait parfois que la belle brune n'avait plus aucune interaction sociale et que sa solitude devait lui peser énormément. Aussi se lança-t-elle, avant de faiblir.

- Regina, j'ai une question à te poser. Mais ne le prends pas mal, d'accord ?

Cette dernière leva un sourcil et attendit patiemment la suite.

- Je me suis dit qu'on pourrait… Aller voir le docteur Hopper… Pour parler ?

L'ancienne reine resta de marbre quelques secondes devant une telle proposition. Elle plissa le front, se demandant où la blonde voulait en venir.

- Tu penses que j'ai besoin d'une psychanalyse ?

- Non ! Non ! Ce serait pour nous deux. Pas juste pour toi, enfin, sauf si tu crois que c'est mieux. Je ne sais pas. Je disais ça comme ça.

La shériff était terrifiée de se faire rembarrer pour avoir osé présenter une telle demande. Elle rougit et se tritura violemment les doigts. Elle ouvrit la bouche et se mit à bégayer.

- Enfin, tu sais… Si tu n'es pas à l'aise avec ça, il n'y a pas de souci. Mais c'est toi qui décides. Je pensais juste comme ça. Tu vois ?

Regina mit fin à la diatribe de la blonde, qui ne savait plus où se mettre et avait arrêté de manger et sûrement de respirer également.

- Si tu penses que cela peut nous être bénéfique, alors j'accepte.

- Vraiment ?

- Ne sois pas si surprise. Il faut que j'avance. Pour Henri et pour nous. Si Archie peut nous y aider, je ne refuserais pas cette main tendue. Je ne peux pas rester ainsi toute ma vie. Nous méritons mieux, tu ne crois pas ? Tu mérites mieux qu'une femme enfermée à double tour. Il est temps de changer. Je crois que c'est la seule décision qui tienne, aujourd'hui.

Emma lui sourit et proposa de prendre un rendez-vous dans la foulée, pour ne pas se laisser happer par le quotidien. Ce qui fut fait pour le lendemain.

Lorsque le couple entra dans le cabinet du docteur Hopper, personne ne pipait mot. Regina semblait fermée et distante, Emma terriblement mal à l'aise et Archie, passablement nerveux. Ils se regardèrent de biais et finalement, ce fut la blonde, qui, n'y tenant plus, fit le premier pas.

- Bon… Bah, on doit pas parler, pendant cette séance ?

Archie sourit, reconnaissant bien là la maladresse du shériff.

- Exact. Je vous en prie, mesdames, installez-vous confortablement et expliquez-moi la raison de votre venue.

Regina prit la parole, incapable de se taire davantage. Après tout, leur présence en ce lieu était la conséquence directe de ses peurs.

- Nous sommes ici pour que je recommence à m'ouvrir et à sortir dehors. À me sociabiliser, donc.

- Oh oui, bien sûr. Emma, partagez-vous cette idée ?

- Oui, enfin, je crois. Je veux dire, oui ! Pardon, je suis lamentable.

- Non, pas du tout, Emma. Vous avez déjà eu affaire à un psy, je me trompe ?

- Oui, durant ma jeunesse. Et ce n'est pas le meilleur de mes souvenirs.

- Bien sûr, je vois.

La blonde se tassa dans le canapé, sous le regard bienveillant des deux personnes présentes dans la pièce.

- Alors, Regina, commençons par vous. Je pense qu'Emma a besoin d'un petit temps d'adaptation.

- Hum.

- Dites-moi ce qui vous tracasse.

Regina inspira brutalement et sortit sa phrase d'une traite.

- Je ne sais pas par où commencer. Dans le désordre : ma jalousie, ma peur des autres, leur jugement, mon mode de vie. Emma.

- Hé bien ! Cela représente une sacrée somme de difficultés. Peut-être, une parmi celle-ci vous paraît plus simple à aborder ?

Elle réfléchit quelques secondes et prit la main d'Emma, pour se donner du courage.

- Alors, je dirais… Mon mode de vie, qui a été profondément chamboulé ?

- Et en quoi cela vous angoisse-t-il ?

- J'ai l'impression tenace, depuis que j'ai emménagé avec Emma, que je ne retrouverais jamais mon chez moi. Que tout ce qui faisait ma vie d'autrefois n'est plus qu'un misérable souvenir. J'ai un sentiment de manque, mais j'éprouve aussi un certain soulagement. J'ai bien conscience que ce sont deux choses contradictoires.

- Et cela est gênant ?

- Oui et non. Mais cela représente un obstacle. Je n'arrive pas à envisager l'avenir. Où habiter définitivement ? Emma acceptera-t-elle de me suivre ? Henri sera-t-il toujours heureux de retrouver Mifflin Street ? Est-ce que je les mets en danger en revenant là-bas ? Aurais-je les moyens d'entretenir cette immense maison, puisque je n'ai plus de travail ? Les frais d'hospitalisation ont coûté cher… Bref, je suis perdue.

Emma se tourna vers sa compagne, étonnée.

- Attends, tu ne m'avais pas dit pour l'argent et tout le reste.

- Ce n'est pas encore un problème, j'ai des liquidités, mais je ne sais pas quoi faire vis-à-vis du manoir.

- Il n'est pas encore fini d'être restauré ? Ça ne devrait pas tarder, pourtant.

- Il est presque terminé. Mais je ne me presse pas, ne sachant comment va se dérouler la suite.

- Très bien, Regina, je vois que vous avez pensé à l'échéance qu'impliquait la fin des travaux. Et vous, Emma, Qu'en pensez-vous ?

- Heu… Hé bien, je ne sais pas. C'est vrai que l'on s'est construit un petit cocon à l'appartement, et le manoir, je n'ai jamais vraiment songé y vivre. En fait, je ne me suis pas projetée chez toi. Pourtant c'est ta maison, et celle d'Henri. Je suis nulle…

- Non, Emma ! Nous avons le choix et ce ne sera pas réglé aujourd'hui. Il faudra que nous en parlions.

- Mais il paraît logique que nous retournions chez toi. C'est plus grand que l'appart, et plus classe.

- Il y a aussi beaucoup de mauvais souvenirs rattachés à cet endroit. Je pourrais peut-être le vendre, et recommencer une nouvelle vie, dans une autre maison, plus simple, mais plus chaleureuse.

- En effet, ça pourrait être un bon compromis.

Emma prit la main de Regina, la réconfortant. Ce ne serait pas une décision facile.

- Mesdames, vous me facilitez grandement les choses ! Il est simple de se projeter, si on discute posément des difficultés rencontrées. Emma, je sens que vous avez envie de prendre la parole.

- Euh, en fait, c'est un mot que tu as dit. Je ne comprends pas. Tu as parlé de jalousie. Mais, je ne vois pas à quoi tu fais référence.

L'ancienne reine rougit violemment, n'étant pas habituée à devoir admettre une chose aussi déplaisante.

- Je ne suis pas sûre que ce soit l'endroit idéal pour en parler, Emma.

- Au contraire. Explique-moi. Tu sais très bien que je ne te jugerai jamais.

- Hum. Le pirate.

- Killian ?

- Oui. Je… Je suis jalouse qu'il ait réussi à t'embrasser et à passer une nuit avec toi. Je sais que c'est stupide, j'ai confiance en toi, mais ça reste gravé dans mon esprit.

Emma tombait des nues. Elle avait quasiment oublié cet épisode grotesque, et le pirate avec. Elle se recomposa un visage neutre et tenta d'apaiser les angoisses de la brune.

- Regina, il m'a embrassé, sans ma permission. Pour moi, il n'est rien. Et j'ai dormi avec lui, pas couché. Il n'existe pas pour moi. Ce n'est qu'un crétin. Franchement, tu crois qu'il peut soutenir la comparaison face à toi ?!

Archie Hopper se mit à rire. Regina le foudroya du regard, mais sourit malgré elle de toutes ses dents. Une seule phrase de sa belle blonde avait suffit à apaiser son cœur.

- Tu as raison, c'est idiot.

- J'ai l'impression que vous n'avez pas réellement besoin de moi, mesdames. Voulez-vous continuer, ou préférez-vous parler entre vous, ailleurs ?

- Je pense que votre présence permet de délier nos langues, d'une certaine façon. Je préfère rester, pour l'instant. Emma ?

- Oui, oui, pas de problème.

Le psychologue les regarda et enchaîna rapidement.

- Alors, un autre sujet, peut-être ? Regina ? Emma ?

Elles se regardèrent, et Regina fit un signe à la blonde pour qu'elle se lance, elle aussi.

- Moi, je… Euh, j'ai peur… De la perdre. Mais elle le sait. Mais j'ai aussi peur aussi de la laisser.

Archie la fixa, les yeux telles des soucoupes.

- Vous comptez abandonner Regina ?!

Regina, quant à elle, avait cessé de respirer, et contemplait avec une horreur non dissimulée la shériff.

- Non ! Ce n'est pas ce que j'ai voulu dire ! J'ai peur de la laisser, si je venais à mourir.

- Mais enfin, Emma, avec le sort, si tu meurs, je meurs.

- Gold a bien dit qu'on pouvait se sacrifier, en dernier recours. Et si jamais je reçois une balle perdue ? Ou qu'un crétin me fonce dessus en voiture, parce que je suis flic ? J'exerce un métier dangereux. Qui va te protéger, si je ne suis plus là ? Je ne veux pas te laisser seule ici, avec un enfant. Vous êtes sans défense.

- Hey, Emma. Tu as toujours fait très attention. Et tu es la sauveuse, personne n'aurait l'idée saugrenue de venir te tuer.

- Il n'en reste pas moins que c'est une possibilité. Je me délierai de ce sort, à la dernière seconde, si une telle chose devait advenir. Henri ne doit pas devenir un gamin du système.

Emma prit les deux mains de Regina. Elle savait que ce qu'elle s'apprêtait à dire ne serait pas facile à entendre.

- Regina, je sais pourquoi tu ne sors plus. Tu as peur des autres. Après tout ce que tu as subi, je ne peux que m'incliner devant ton choix. Mais, ce n'est pas une vie. Tu penses qu'ils vont encore tenter de te tuer, n'est-ce pas ?

- Oui…

Ce ne fut guère plus qu'un murmure.

- Regina. Tu ne sortiras pas seule, je suis là.

- Toi oui, mais qui d'autre, Emma ? Ruby ? Elle ne peut pas être tout le temps derrière moi. Et si je tombe sur un dingue, et j'entends par là un habitant revanchard, alors que je suis avec mon fils ? Et que tu n'es pas là ? Nous savons toutes les deux comment ça se terminera.

Emma ne sut quoi répondre à sa compagne. Elle avait raison. Archie se racla la gorge et tenta de se faire le médiateur du couple.

- Ce n'est pas un problème que vous pouvez régler à deux, Regina. Néanmoins, vous terrez chez vous ne fera pas progresser les choses. Essayez de vous montrer en famille. Suscitez de l'empathie, et non de la peur. Montrez que vous êtes une femme nouvelle, et que vous ne représentez plus un danger. Vous avez une famille, prouvez aux gens que vous mettez cette famille en priorité avant tout. Soyez unies, et les habitants de Storybrook changeront progressivement à votre égard.

- Et si je tombe sur Mendell ?

La question tomba tel un couperet, assourdissante. Emma ne put s'empêcher de voir la larme au coin de l'œil de la femme qu'elle aimait et la prit dans ses bras.

- Alors je le tuerai.

L'ancienne reine fut terrifiée d'entendre la réponse de la blonde, d'une voix qui ne laissait planer aucun doute quant à ses intentions.

- Je ne veux pas que tu aies du sang sur les mains. Emma, non ! Tu finirais en prison. Autant me tuer, alors.

- Je hais cet homme, Regina. Il t'a abîmée, je… Je ne te touche même pas, de peur que tu aies toujours mal. Ou de te faire peur. Il a tout détruit. Je le hais. Viscéralement.

La brune frissonna face aux paroles de sa compagne. Le docteur Hopper n'en menait pas plus large. Il savait que la confrontation, si elle avait lieu entre Mendell et Emma, se clôturerait par une mort certaine. Mais il était épouvanté par une idée : et si Emma n'en sortait pas victorieuse ? Le dégoût lui retourna l'estomac, en pensant aux conséquences de cette possibilité morbide. Il reprit la parole, difficilement.

- Emma, peut-être devriez-vous laisser David gérer cela ? Vous êtes chargée de famille aujourd'hui. Pensez-vous que le risque en vaut la chandelle ?

- Oui. Tant qu'il ne sera pas six pieds sous terre, Regina ne sera pas en sécurité. Il ne la touchera plus jamais. Jamais.

La chape de plomb qui suivit mit tout le monde mal à l'aise. Chacun méditait les paroles du shériff. Regina était morte de peur, après avoir compris les motivations de sa belle. La protéger, à n'importe quel prix ! L'amour que lui portait Emma était si profond, qu'elle s'oubliait et ne voulait que le bien-être de Regina. Le docteur mit fin aux supplices de chacun.

- Bien. Nous allons nous arrêter là pour aujourd'hui. Je crois que nous avons tous besoin de prendre l'air. Et si vous commenciez vos exercices de psychothérapie ? Par exemple, allez prendre une boisson au Granny's après la consultation.

Emma le regarda et lui répondit dans un souffle.

- Regina ne s'y sent pas à l'aise.

- Alors restez en terrasse. Que les gens voient votre amour, la tendresse qui vous lie. Vous êtes une puissante protectrice, Emma. Ne l'oubliez pas. Si vous établissez que Regina est sous votre protection, personne ne s'en prendra physiquement à elle. Enfin, c'est mon analyse. Courage, mesdames et à bientôt, je l'espère.

Les deux femmes prirent congés du psychologue, et ressortirent de cet entretien totalement éreintées. Après un échange de regards, Emma tendit sa main vers Regina.

- Je t'invite à boire un café au Granny's ? Tu veux que je porte mon armure étincelante, ma reine ?

La brune rit de la bêtise de la blonde, mais hocha la tête et colla de son corps le bras d'Emma, lui insufflant le courage nécessaire pour rester debout.

La promenade jusqu'au restaurant fut assez plaisante, mis à part quelques regards de travers de certains habitants peu accoutumés du fait de revoir leur ancienne reine dans les rues de la ville, après de si nombreux mois d'absence. Elles s'installèrent en terrasse, un peu en retrait et virent Ruby. Cette dernière était revenue officier chez sa grand-mère, guérie et en pleine forme. Elle était ravie de revoir le couple dehors.

- Salut les filles ! Regina, ça a l'air d'aller ! Je suis contente. Alors je vous sers quoi ?

Avec un grand sourire aux lèvres, les deux femmes prirent deux cafés glacés, l'été commençant à poindre le bout de son nez.

- Et c'est parti pour votre commande ! Nous avons des muffins au chocolat, vous m'en direz des nouvelles ! Une minute dans la bouche, dix ans sur les hanches, mais ça en vaut le coup !

Elles rirent toutes les trois et les deux femmes se laissèrent tenter. Aujourd'hui, c'était relâche pour le couple, qui voulait simplement profiter de leur moment privilégié. Elles n'étaient pas hermétiques au monde qui les entourait, mais elles n'en faisaient guère de cas. Quant aux plus réfractaires, un simple coup d'œil un peu belliqueux de la part de la sauveuse, les gardaient au loin. Regina garda sa main dans celle de la shériff, incapable de la lâcher, de peur que quelqu'un ne vienne l'aborder. La présence rassurante de la blonde faisait un bien fou à la brune. Elle osait enfin se montrer, rayonnante aux bras de son amour. Elle commença à se tortiller sur sa chaise, et lança quelques coups d'œil vers l'intérieur du bâtiment. Emma s'en rendit compte et se méprit sur la pensée de sa partenaire.

- Regina, on a pas à aller à l'intérieur. Je sais que c'est encore difficile pour toi.

- Hum, non, tu n'y es pas… Je dois aller aux commodités.

- Oh. Tu veux que je t'accompagne ?

- Non ! Je peux encore le faire seule, Emma. Merci.

Et sans attendre, elle s'éclipsa dans la bâtisse. Lorsqu'elle revint, elle vit une personne près de sa blonde et son sang ne fit qu'un tour dans ses veines. Ruby perçut le regard meurtrier de l'ancienne reine et intervint juste à temps.

- Holà, Regina, ils discutent, hein.

- Je n'allais pas faire d'esclandre.

- Ok, mais je vais aller les prévenir que tu reviens. Le salon de jardin est tout neuf…

Regina leva un sourcil, face au sous-entendu. Elle attendit que la serveuse fasse sa besogne, piaffant sur place. Le pirate ne sembla rien comprendre aux dires de Ruby, puisqu'il se rapprocha du shériff. Cette dernière était visiblement gênée. L'air désolé de la blonde mit le feu aux poudres et Regina se précipita dehors. Elle passa près de la louve, qui, éberluée, ne put rien faire, lorsque la brune prit la carafe d'eau pleine sur son plateau et envoya tout son contenu directement sur le pirate d'opérette. Ce dernier, trempé comme un canard, fixa la brune, et fit un pas vers elle, contrarié. Emma bondit de sa chaise et referma sa main sur le bras de l'homme mécontent.

- Bas les pattes ! Personne ne la touche ! Et si tu veux t'en prendre à quelqu'un, je suis là. Le premier qui s'en prend à elle, je le pulvérise, c'est clair ?

Des habitants s'étaient arrêtés pour voir le spectacle. La sauveuse ne bronchait pas, prête à en découdre. Elle faisait bouclier de son corps, alors que l'ancienne reine semblait indécise quant à la marche à suivre. La shériff repoussa le pirate, qui massa son bras douloureux.

- Kilian, tu dégages, je suis en couple avec Regina. Le premier qui se permet une réflexion sur le sujet, je le charcute ! Je commence à en avoir plein les bottes de votre jugement. Elle n'est plus celle que vous redoutiez tous, elle a beaucoup changé, alors fichez-lui la paix, maintenant. Et toi, ne t'avise plus de venir m'emmerder ! Tu ne m'intéresses pas ! Personne ne soutient la comparaison avec elle ! Merde !

Tout le monde resta figé quelques secondes, jusqu'à ce que Ruby s'avance et rit.

- Bah ça, c'est de la déclaration ou je ne m'y connais pas !

Cela eut le don de détendre l'atmosphère. Emma mit ses bras autour de l'ancienne reine, et la raccompagna à leur table. Elle la laissa s'asseoir et en fit de même. Elle se tourna vers la serveuse et demanda poliment.

- Ruby, on peut avoir un nouveau café glacé ? Ça m'a donné soif, tout ça.

- Avec plaisir, les filles !

Devant la bonhommie de la louve, les habitants reprirent leur chemin. Deux d'entre eux saluèrent même leur ancienne reine, qui en tomba des nues. La vie reprenait son cours, entre rancœur et nouveaux horizons. Les trois femmes regardèrent le pirate partir la queue entre les jambes et sourirent à la déconvenue de l'homme maniéré.

Trois jours plus tard, Emma recroisa sa mère dans la rue. Elle ne savait trop quel comportement adopter, mais se résolut à aller la saluer. Elle ne devait pas succomber à la facilité et la supprimer totalement de sa vie. Elle avait vu les dégâts que cela avait provoqué chez Regina. Mais alors qu'elle s'apprêtait à la héler, elle suivit le regard étrange de sa mère. Cette dernière fixait un chat. La shériff en eut la chair de poule. Le félin dut s'en rendre compte également et hérissa les poils de son dos, tout en feulant. Mary-Margareth avança en claudiquant légèrement vers la pauvre bête, qui grimpa à la clôture près de lui pour s'enfuir. La brunette haussa alors les épaules et revint sur ses pas, de sa nouvelle démarche. La blonde s'approcha et la salua.

- Bonjour, Mary-Margareth, comment vas-tu ?

- Oh, bonjour Emma. Bien, merveilleusement bien. J'ai repris mes cours et je me porte bien mieux.

- Je parlais de ta jambe.

- Ma… Elle n'a rien.

- Tu boites.

- Tu m'espionnes ?

- Non, je l'ai remarqué, c'est tout.

La discussion semblait dans une impasse, rendant nerveuse la sauveuse.

- Je suis tombée sur un muret, et je me suis blessée. Rien d'extraordinaire. Rassurée, shériff ?

- Je peux peut-être faire quelque chose ?

- Non. Ça va aller, je t'assure.

- Très bien. Bon, bah, euh, à bientôt, alors.

- Oui, c'est ça, à bientôt.

La brunette partit rapidement, laissant Emma particulièrement perplexe. Tous ses instincts étaient en alerte. Elle ne comprenait pas la raison de cette sensation étrange. Aussi, suivit-elle sa mère, pour en avoir le cœur net. Cette dernière s'arrêta à la pharmacie. Emma se cacha dans l'ombre et épia la conversation.

- Bonjour !

- Bonjour, j'aurais besoin d'antiseptiques.

- Vous seriez-vous blessée ?

- Oui, enfin, j'ai été mordue par un animal et je ne veux pas que ça s'infecte.

- Oh, bien sûr, à force de les sauver, voilà ce qui peut arriver. Je suis ravie de vous revoir en pleine forme, madame Nolan.

- Merci, c'est très aimable à vous.

La brunette fut servie, paya ses achats et repartit. La shériff sortit de l'ombre et se décida à la confronter.

- Mary-Margareth ?

- Emma ?! Mais… Tu me suis ?

- C'est mon job de patrouiller en vile.

- Bien sûr… Et donc ?

- Ton muret t'a mordu ?

La question sembla déstabiliser sa mère. Aussi en profita-t-elle pour pousser plus en avant sa chance.

- Pourquoi ai-je une étrange sensation ? Tu n'aurais pas été mordue par un chien, qui ne se serait pas laissé faire, par hasard ?

- Comment oses-tu ?!

La réponse de la brunette convainquit Emma qu'elle était sur le bon chemin.

- Mary-Margareth, tu ne t'amuserais pas un peu trop avec les animaux, en ce moment ? Tu sais, tes petits protégés ?

Le regard de sa mère changea à nouveau, faisant reculer d'un pas la sauveuse.

- Emma, ma chérie… Va te faire foutre !

La blonde fut stupéfiée par la transformation de sa mère. Une froideur émanait d'elle, avec un rictus narquois aux lèvres.

- Mais qu'est-ce que tu as fait ?

- Ce qui était nécessaire.

- Nécessaire ? C'est-à-dire ?

- Survivre ! Tu crois que parce que ta chienne a repris l'Evil Queen en elle, j'en suis débarrassée ? Elle reste là, telle une ombre, attendant son heure. Je la sens. Elle me murmure à l'oreille. Elle a besoin de cœurs palpitants. Et c'est délicieux ! Que tu es naïve !

Emma hoqueta d'horreur. Les animaux disparus… Voilà où ils étaient passés. Enfin, passés de vie à trépas, en l'occurrence. Elle ne put effectuer aucun mouvement. Sa mère la toisait, semblant prendre l'ascendant sur elle.

- Maman… Non… Pense à David… Il ne va pas y arriver, il t'aime tellement !

- Mais je l'aime aussi, mon lapin. Je l'aime à lui en arracher le cœur ! Et lorsque je croiserai ta pute, je finirais le boulot correctement. Je me délecterai de son nectar cardiaque. Quant à l'Evil Queen, je la refilerai à quelqu'un, genre Gold ? Ou Granny ? Ou la louve ? Va savoir… La louve serait parfaite, jeune et forte !

Le monde s'affaissa à nouveau pour la sauveuse. Sa mère s'était perdue, incapable de reprendre pied dans la réalité. Elle sut ce qu'elle avait à faire : l'arrêter, coûte que coûte. Car sa prochaine cible serait humaine : David, ou Regina. Et elle ne pouvait pas les perdre. Elle ne pourrait le tolérer. Alors elle allait combattre le Mal. Encore une fois.