Chapitre 23 : dommage collatéral
Emma tentait de calmer la furie qui lui faisait face. Mary-Margareth, les traits déformés par une hargne mauvaise, fondit sur sa fille pour lui mettre un coup de poing bien senti. La shériff s'écarta au dernier moment et recula. Elle devait elle aussi passer à l'offensive, sous peine d'être blessée. Mais ses sentiments confus la paralysaient. Elle était incapable de l'attaquer, surtout après avoir sacrifié un vœu pour elle, vœu qui aurait pu changer tant de choses, en d'autres circonstances. Elle ravala ses larmes et peut-être aussi sa fierté, pour s'être laissée berner de la sorte. Elle para une attaque vicieuse de l'institutrice, qui souriait béatement. Cette dernière ne put s'empêcher de remuer le couteau dans la plaie.
- Tu sais, ma chérie, j'ai tenté de combattre ces noirs instincts, qui me consumaient progressivement. Mais je me vidais de mon énergie, je me voyais ployer de plus en plus face à ce monstre. Et une fois libérée de l'Evil Queen, je me suis vue revivre. Mais comme un serpent qui s'insinuait sous ma peau, elle a tissé une toile m'entravant dans mes propres pensées. Je ne percevais plus de lumière, tout n'était que ténèbres. Libre et enchaînée en même temps, quelle ironie !
- Mary-Margareth, arrête-toi tant qu'il est encore temps. Je t'en conjure. Il n'est pas trop tard.
- Que tu crois, ma puce. Mais franchement, je n'ai pas envie de redevenir la bécasse qui chantonne sous la pluie, toujours en quête de son bonheur et de celui des autres.
- Mais de quoi tu parles ?
- Je préfère être celle que je suis aujourd'hui. Libérer des contraintes sociales, des règles et des obligations. Je suis tellement plus forte qu'avant, Emma. Elle me donne la force de continuer, même si elle n'est plus vraiment présente.
- Mais Regina a repris l'Evil Queen en elle. Comment peux-tu encore en porter une fraction, toi aussi ?
- Ce n'est pas l'Evil Queen en tant que telle, elle est bien partie, lorsque mon corps a été brisé. Mais c'est… Comment décrire cela ? Comme une ombre, ou un nuage. Une présence qui n'est plus vraiment là. Un souvenir, mais qui pense par lui-même. Une entité fantomatique, détachée de son ancrage originel. Comme un souffle de vent qui s'estompe aussitôt.
- Donc, une espèce d'empreinte résiduelle…
- Que tu manques de poésie, ma chérie. Mais tu possèdes encore de la magie, et tu représentes donc un danger pour moi. Tu es ma fille, et je t'aime. Enfin, je crois, c'est un peu nébuleux, tout ça, maintenant. Je vais te tuer rapidement, car je ne veux pas te faire souffrir. Et j'ai entendu parler de ce sort de résurrection. Ou plutôt de ses conséquences. J'éliminerai par la même occasion cette sale sorcière. J'aurais préféré que sa fin soit moins douce, mais tu comptes pour moi. Malgré tout. Oui, malgré tout…
Emma vit un éclair de lucidité parcourir le regard de sa mère. Mais il s'éteignit aussitôt, comme happé par l'obscurité qui habitait celle qui l'avait mis au monde.
- Mary-Margareth, je vais te demander de me suivre au poste de police. Tu devras répondre de tes actes.
- Ma chérie, ferais-tu un regain d'autoritarisme ? Dois-je te rappeler que tu n'as pas réussi à me tirer dessus la dernière fois ? Alors que j'étais sur le point de te tuer avec ta grognasse ? Crois-tu que quoi que ce soit ait pu changer aujourd'hui ? Tu t'es trouvé un nouveau courage ?
Les insultes de sa mère atteignirent Emma au plus profond de son âme. Elle savait qu'aujourd'hui, elle n'aurait pas le loisir de laisser cette femme divaguer dans les rues, sans essayer de l'arrêter. Son regard se porta derrière la brunette et elle vit les habitants de Storybrook. L'horreur et l'incompréhension se lisaient sur leurs visages. Elle avait une ville à protéger, des familles à préserver. Elle seule était en mesure de mettre un terme, une bonne fois pour toutes, à la folie de sa génitrice. Elle devait emmener sa mère ailleurs, pour éviter tout dommage collatéral, parmi la foule rassemblée. Plongée dans ses pensées, elle ne vit pas la brunette s'approcher sur le côté et la tacler en plein dans le genou. Emma hurla de douleur et s'effondra sur la chaussée. Un hoquet de stupeur parcourut la foule et une terreur sourde s'empara des personnes présentes. Leur sauveuse venait de mordre la poussière, réduite au silence par sa propre mère.
À l'appartement, Regina, qui venait de finir sa tasse de café, se leva du canapé pour la mettre dans l'évier. Alors qu'elle atteignit la cuisine, une brutale douleur au genou la fit s'écrouler par terre. Elle vit danser des étoiles devant ses yeux. Sa tasse, dans sa chute, se brisa en mille morceaux. Elle gémit, se prenant la jambe entre ses mains. Elle ne comprenait pas ce brusque malaise et cette souffrance sortie de nulle part. Elle tenta de se relever, mais sa jambe n'avait plus aucune force pour la soutenir. Elle maudit sa propre faiblesse et chercha du regard son téléphone, qui se trouvait encore dans sa chambre, très probablement. Elle grommela et resta assise par terre, le temps de retrouver une certaine contenance. Elle pensa furtivement à sa compagne, et son cœur fit une embardée. Se pourrait-il qu'Emma soit blessée ? Elle devait en avoir le cœur net, aussi rampa-t-elle jusqu'à sa chambre. Elle devait joindre la blonde à tout prix. Mais avant d'avoir pu atteindre son précieux outil de communication, ses émotions changèrent brutalement en un maelström négatif. Elle plia, submergée par tant de frustration et de peur, cherchant désespéramment à museler l'Evil Queen, qui tentait de gagner du terrain, à nouveau.
Dans la rue, Emma s'était redressée, ne pouvant rester dans une posture aussi vulnérable, face au monstre lui tenant lieu de mère. Elle ne put prendre appui sur sa jambe, mais elle était certaine que son genou n'était pas cassé. Elle serra ses mâchoires et une brusque bouffée de haine l'envahit. Regina devait avoir ressentie sa douleur. Et ça, elle ne le pardonnerait pas à sa mère. Faire souffrir sa fille, pour atteindre son ennemie ? Ses mains se crispèrent et ses jointures blanchirent, lorsque ses poings se contractèrent, pour clouer le bec de la brunette. Elle fila droit sur Mary-Margareth et l'encercla de ses bras, afin de la maîtriser. La brunette glissa comme une anguille vers le sol et griffa le visage de sa fille, en visant son œil. La shériff ne dut son salut qu'à ses réflexes, puisqu'elle détourna la tête, trop tardivement néanmoins, afin de protéger son regard. Elle sentit du sang couler. Son arcade avait absorbée la majorité des dégâts, mais la griffure s'étendait tout de même du haut de son sourcil au haut de sa pommette. Sa vue troublée par le sang, elle ne vit pas que Mary-Margareth lui prenait son arme, dans son étui.
Plus loin dans Storybrook, Regina tamponnait un torchon sur son œil. Elle était totalement paniquée. Elle savait maintenant qu'Emma était en danger, ou, à tout le moins, se battait. Elle avait rapidement fait la liste des personnes suffisamment stupides pour s'en prendre physiquement à la sauveuse et shériff de la ville et des frissons parcoururent son échine. Elle priait pour que ce ne soit pas Mendell. Elle était si impuissante, ici, à l'abri dans son appartement, cocon offert par son amour, alors que cette dernière devait lutter, très certainement pour sa vie. Pour leur vie. Elle sanglota bruyamment. Sa solitude lui éclata au visage, et la situation précaire des deux femmes dans la bourgade, la fit hurler de dépit. Elle voulait tellement se précipiter pour aller la secourir. Elle était la méchante reine, après tout. Mais sa magie était presque épuisée, et erratique. Elle ne serait qu'un poids mort pour sa belle blonde. Comment pouvait-on tomber aussi bas ? Elle devait se ressaisir. Elle ne laisserait pas Emma combattre seule. Une idée la fit sourire. Elle prit son téléphone et appela Ruby. La louve serait une alliée de poids pour la sauveuse.
Dans la rue, Emma était tendue et retenait sa respiration. Sa mère jouait avec son pistolet, comme si c'était une baguette de majorette. Un coup allait finir par partir et atteindre n'importe qui. Elle ne pouvait se permettre la moindre approche, car elle ne pensait qu'à sa compagne. Sa mère allait gagner dans les prochaines minutes. Elles allaient mourir, loin l'une de l'autre, laissant Henri seul. Sa respiration se fit difficile. Elle retint de justesse les larmes de dépit et de haine qui menaçaient de s'écouler sur ses joues. Des vies gâchées, simplement par jalousie et méchanceté. Elles n'auraient pas le droit à leur foutue fin heureuse. Sa propre mère détruirait leur famille en une seule balle. Mary-Margareth jubilait, voyant les atermoiements de sa fille sur son si beau visage, tordu par la peur et la colère. Une larme traîtresse avait réussi à passer la barrière de sa paupière et traçait un sillon rougeâtre sur sa peau, après avoir rencontrée la griffure. Elle décida d'abréger les souffrances de son enfant. Elle pointa l'arme sur la poitrine d'Emma, qui la fixait entre terreur et tristesse.
Et l'impensable se produisit. Emma activa une magie surpuissante. Un halo blanc l'entoura subitement, se transformant en une tornade, que rien n'aurait pu traverser. Puis, la sauveuse ouvrit les paumes de ses mains, en direction de sa génitrice. Des rayons lumineux partirent de tout son corps, ainsi que de ses mains, pour frapper de plein fouet la brunette. Elle vola littéralement dans les airs, et atterrit plusieurs mètres derrière, sonnée. La sauveuse redevint elle-même presque immédiatement, mais son regard était voilé. Ruby déboula à ce moment-là. Elle hurla le prénom de la blonde et parvint à la réceptionner dans ses bras, juste à temps, avant qu'elle ne percute le sol.
- Emma ! Oh mon dieu, non ! Réveille-toi, Blondie ! Allez, fais un effort, bordel ! Pense à ta femme ! Et à votre enfant ! Une vie, une seule vie, Emma ! Mais bouge ! T'es la sauveuse, non ? Alors commence par sauver ta famille, andouille !
La louve sentait le corps mou de son amie dans ses bras, qui ne bougeait plus du tout. La respiration était beaucoup trop superficielle. Elle secoua Emma, tel un prunier, pour la faire réagir. Mais la blonde restait inconsciente. Alors, Ruby fit une chose stupide. Elle leva son bras, son poing fermé et l'abattit sur la poitrine de la shériff. Cette dernière gémit faiblement et ouvrit les yeux. Elle ne parvint pas à distinguer la silhouette penchée sur elle. Elle voulut se débattre, mais elle était aussi faible qu'un chaton.
- Emma, tout doux, c'est moi, Ruby… Mais qu'est-ce que tu as encore fait ?
- Ruby ? Ma mère, elle est dingue… Il faut que je l'arrête…
La serveuse laissa son regard voguer vers le corps affalé par terre quelques mètres plus loin.
- Crois-moi, blondie, elle ne va aller nulle part. Tu n'y as pas été de main morte. Comment tu te sens ?
- Mal. Mal partout. Plus de force.
- T'es tarée aussi ! Utiliser la magie, alors que la malédiction brisée l'a dissipée de notre monde… Il ne doit plus rien te rester, tu es complètement à plat. Rappelle-moi aussi de ne jamais t'énerver…
- Plus d'énergie ? Attends… Regina… si elle n'a plus de magie … Faut que j'aille la voir !
La shériff tenta de s'extraire des bras forts de la louve, qui sourit légèrement, malgré la situation.
- Hey, Emma. C'est Regina qui m'a appelé à la rescousse. Tout va bien.
- Non, tu ne comprends pas ! Elle ne peut pas aller bien, si je ne vais pas bien !
La louve fronça les sourcils, mais ne dit rien. Elle mit le trouble de la blonde sur le compte de la fatigue. Mais Emma refusait de rester sagement dans ses bras, en attendant l'ambulance.
Regina ne parvenait plus à respirer correctement. Son corps n'était plus qu'un amas de douleurs aiguës. Ses forces l'avaient abandonnées, et elle comprit que sa compagne avait fait appel à la magie. Elle trembla, aussi bien pour elle que pour son amour. Mais elle comprit qu'elle n'allait pas s'en tirer à s'y bon compte. Les effets sur la brune furent alors dévastateurs. Sans réserve de magie, son corps se replia sur ses derniers vestiges de force, afin de contenir l'Evil Queen. Alors, la magie qui l'avait guérie et fait revivre se dissipa. Elle hurla en silence, submergée par la souffrance. Le sort se délita légèrement, et certaines de ses anciennes blessures se rouvrirent, sous la puissante prise de pouvoir de la blonde. Elle sentit deux de ses plaies aux jambes se rouvrirent, ainsi que ses côtes se fêler. Elle resta par terre, à tenter de prendre quelques goulées d'air frais. Son visage ruisselait de larmes. Elle articula le prénom de sa compagne, et finit par perdre connaissance.
Emma geignait en pleine rue. Son corps était à l'agonie, mais son esprit ne pensait qu'à sa brune. Elle planta ses deux émeraudes dans les yeux de la louve. Cette dernière comprit qu'il se tramait quelque chose. Aussi aida-t-elle la shériff à se relever. Cette dernière flageolait sur ses jambes. Elle raffermit sa prise sur la brune et s'avança vers sa mère. Elle était toujours inconsciente. Emma souffla, au moins, ce serait un problème à gérer facilement. Elle se releva de toute sa stature et s'adressa aux habitants, qui restaient là, les bras ballants.
- Rentrez chez vous, le spectacle est terminé. Ruby, appelle une ambulance, pour Mary-Margareth. Je l'accompagne.
Emma se pencha vers la brune et lui passa les menottes, sans pour autant les lui serrer de trop, incapable de se montrer sans pitié envers elle. Elle tenta de joindre son père, mais tomba sur son répondeur. Elle lui laissa un message lapidaire, lui demandant de la rejoindre, une fois de plus, à l'hôpital. Elle s'assit près de sa prisonnière et lui reprit son arme, qu'elle tenait toujours entre ses mains. Une fois son pistolet dans son étui, elle poussa un soupir, percluse de courbatures. Elle entendit alors la sirène du véhicule médicalisé. Elle se releva à nouveau et se posta en plein milieu de la rue. Alors que les infirmiers prenaient en charge sa mère, qui ne souffrait d'aucune blessure apparente, Emma grimpa à l'arrière du véhicule, suivie de la louve. Une fois sa mère sanglée sur la civière, ils partirent en direction de l'hôpital.
Le docteur Whale regarda les patientes sortirent de la camionnette, un air dubitatif sur le visage.
- Shériff, votre abonnement à mon service va finir par vous coûter cher.
- Docteur, je n'ai pas le temps pour les blagues. Il faut entraver ma mère à son lit, elle est sous l'emprise d'un fantôme résiduel de l'Evil Queen. Je l'ai projetée grâce à la magie, et elle a dû se cogner la tête en tombant.
- Ne vous inquiétez pas, je m'en charge. Vous, par contre, vous avez besoin de soins immédiatement.
- Non, je dois retourner chez moi.
- Emma, ce n'est pas négociable !
La shériff fut surprise par le ton autoritaire du médecin. Aussi se laissa-t-elle faire. Il palpa son genou et lui mit une simple atèle, l'articulation commençant déjà à dégonfler. Les griffures à son visage furent nettoyées et ne nécessitaient pas de points de suture. Une auscultation rapide permit à chacun d'être rassuré sur l'état de santé de la jeune femme.
- Votre organisme est étonnamment résistant. Vous boiterez peut-être deux ou trois jours, mais rien de bien méchant. Par contre, votre corps accuse le coup de l'utilisation de la magie. Vous êtes épuisée. Il vous faut du repos. Je ne plaisante pas Emma. Avez-vous des nouvelles de Regina ?
- Non, je vais aller la voir immédiatement. Elle ne répond pas à mes appels, j'ai peur d'avoir fait une bêtise avec la magie.
- Très bien, allez-y. Ruby, il serait préférable de l'accompagner.
- Je comptais bien la suivre comme son ombre.
- Par contre, Emma, il faut que je vous parle de Mary-Margareth, avant votre départ.
- C'est pas vrai, ça ne peut pas attendre ?
- Malheureusement, non. Elle n'a rien, et elle est consciente depuis quelques minutes. Juste une bosse sur le crâne. Mais son état psychique est alarmant. Je ne peux pas la laisser repartir dans les rues de Storybrook.
- Docteur Whale, je l'ai arrêtée. Donc si elle n'a plus besoin de soins médicaux, je la conduis au poste et je l'enferme dans une cellule.
- Ce n'est pas une solution. Son cas relève de la psychiatrie. Shériff, puisqu'il s'agit aussi de votre mère, il faudrait que vous signez une autorisation pour l'interner dans l'aile psychiatrique de cet hôpital.
La blonde resta stupéfaite de la demande du médecin. Elle se tourna vers Ruby, qui ne savait où se mettre. Puis la louve la regarda dans les yeux.
- Emma, franchement, après tout ce qu'il s'est passé, je pense que c'est la solution. Ce n'est pas idéal, bien sûr, mais elle a clairement pété une durite. Et là, on parle de la personne qui a massacré de nombreux animaux, parce qu'elle entend une voix. Il faut la faire soigner. Et il n'y a qu'ici, dans ce service spécialisé, qu'elle pourra recevoir les soins adéquats.
La shériff regardait tour à tour les deux personnes qui lui faisaient face. Elle se massa les tempes, et réfléchit à toute vitesse.
- Mais c'est peut-être à David de prendre cette décision, non ?
Le médecin soupira.
- Je ne suis pas certain qu'il puisse prendre la décision que la situation impose. Je sais que c'est difficile de faire interner sa mère. Mais dans l'immédiat, je ne vois pas d'autres solutions.
- Je … Je ne sais pas, c'est assez cruel.
- Shériff, cette femme a besoin de soins. Et il n'y a pas d'électrochocs ici. Rassurez-vous.
- Très bien, si vous pensez que l'internement est préférable à la prison.
- De très loin, oui.
Emma s'approcha alors du comptoir et attrapa les papiers que Whale lui tendait. Elle signa et remit le tout au docteur.
- J'espère ne pas avoir commis une dernière erreur, avec elle.
- Vous venez de l'aider, Emma. Peut-être que cela aura un impact positif sur elle.
- J'en doute.
La blonde s'orienta vers la sortie d'un pas lourd, suivie de la louve. Elle se retourna une dernière fois, et voulut dire une dernière chose, mais elle s'abstient. Il n'y avait plus rien à dire.
Ruby sauta dans sa voiture et accompagna son amie jusqu'à l'appartement, où l'attendait Regina. L'itinéraire fut silencieux, et tendu. Emma pensait sans cesse à sa belle et était extrêmement lasse. Elle faillit même s'assoupir contre la vitre. Elle gémit en cognant son genou contre la portière et reporta son attention sur la route.
- Ruby, magne-toi. Il y a un problème.
- Comment peux-tu le savoir ?
- Je le ressens. Dépêche-toi, par pitié.
La brune mit un coup d'accélérateur et s'arrêta au pied de l'immeuble. Emma voulut sortir de la voiture, mais le sol faillit se dérober sous son poids. La brune vint la soutenir et la traîna presque jusqu'à la porte d'entrée.
- Emma, tu ne vas jamais réussir à monter… Je grimpe avec toi.
La blonde n'émit aucune protestation, signe de sa fatigue excessive. Enfin arrivées à destination, la shériff ouvrit la porte. La louve la prit par les hanches et l'amena vers le canapé. Elles virent alors le corps de la brune, par terre. Emma hurla le prénom de sa compagne. Seule la présence et le soutien de Ruby à ses côtés lui évita une lourde chute. Elles se postèrent de chaque côté du corps et la blonde la prit tendrement dans ses bras, en la berçant.
- Regina, ouvre les yeux, je suis là, maintenant. Je suis désolée… Jamais je n'aurais dû utiliser la magie. Pardon… Pardon…
- Emma, il faut qu'on la conduise à l'hôpital. Regarde ses jambes ! Et elle a la même griffure que toi à l'œil. C'est bizarre, non ?
- Apparemment, les coups que j'ai pris se sont répercutés sur elle. Mais je lui ai pris de la magie, et beaucoup trop ! Oh mon dieu, mais qu'est-ce que j'ai encore fait ?!
- Ce n'est pas de ta faute.
- Si ! Justement, c'est toujours de ma faute, Ruby ! J'ai tout foiré avec elle ! Regarde dans quel état elle est ! Je ne suis même pas fichue de la protéger ! Je suis un vrai poison pour elle. Je vais finir par la faire tuer, et je la suivrai dans la tombe !
La gifle envoyée par la louve laissa la blonde pantoise. Elle regarda la brune, sans rien dire et vit la femme entre ses bras gémir légèrement. Une trace rouge commença à apparaître sur chacune de leur joue.
- Ruby ! Mais merde ! Qu'est-ce que tu ne comprends pas ?!
- J'y avais pas pensé, désolée…
- Emma ?
Le son de la voix de Regina les tira de leur dispute.
- Regina ? Comment tu te sens ?
- J'ai mal… Tu as utilisé la magie…
- Je suis désolée, j'ai pas pensé, sur le coup, aux conséquences…
- Mes jambes… et mes côtes… La magie restante dans mon corps n'a pas pu faire face à l'aspiration brutale que tu as demandé. Pourquoi tu as eu besoin d'autant de force, Emma ?
- Parce que j'ai dû arrêter ma mère. Je te raconterai. Mais pour le moment, je t'emmène à l'hôpital.
- Non ! Je ne veux pas y retourner !
- Tu es dans un sale état. On a pas le choix.
- Attends, j'avais fait une réserve, au cas où il arrive un imprévu.
- Une réserve de magie ?
- Oui, enfin non. C'est plus comme une dose d'adrénaline magique. J'ai mis une semaine à la fabriquer. Mais je me disais que ça pourrait être notre assurance.
- Où est-elle ?
- Dans ma chambre, tiroir de ma table de chevet.
Ruby s'y précipita et revint quelques secondes plus tard avec une petite fiole. Emma la lui prit des mains et la porta à la bouche de sa belle, après l'avoir décapuchonnée.
- Tiens, bois tout.
- Non, il faut que tu en boives un peu. Ainsi, le sort sera totalement restauré.
La blonde en donna les deux tiers à l'ancienne reine et finit la fiole, qu'elle tendit à la louve. Regina exhala une légère brume violette et Emma une brume blanche. Elles se fixèrent dans les yeux, le sort se scellant à nouveau. La blonde, voyant les traits de la brune se décrisper légèrement, lui embrassa le front. Elle la berça, sous le regard bienveillant de leur amie. Elles restèrent ainsi quelques minutes, avant que Regina commence à s'agiter.
- Mes blessures se referment… Ça fait un mal de chien.
Emma raffermit sa prise sur elle, la faisant pousser un petit cri.
- Attends encore un peu, mes côtes ne sont pas réparées. Ne me serre pas trop.
- Pardon, pardon !
Au bout de trente minutes, les deux femmes semblaient aller beaucoup mieux. Emma avait le front plissé, toujours inquiète de l'état de santé de la brune.
- Regina, tu ne voudrais pas aller voir Gold ? Pour s'assurer que le sort fonctionne correctement ?
- Emma, inutile, je sais ce que je fais !
- Je n'en doute pas, mais juste pour m'apaiser. S'il te plaît ?
- Emma… Je n'en ai pas envie.
- Je t'implore à genoux, et je mangerai des légumes…
Ruby rit, mais cessa en voyant le visage de la blonde, sincèrement très inquiète. Regina souffla, mais accepta la proposition de sa compagne. Ruby laissa les deux femmes se remettre de leurs émotions, et patienta dans le salon. Regina, aidée par Emma, se rafraîchit dans la salle de bain. Elle était percluse de douleurs, mais le sort était consolidé. Elles se hâtèrent néanmoins chez l'antiquaire, pour contrôler la robustesse du rituel. Emma tremblait pour la femme qu'elle aimait. Elle voyait combien sa santé était devenue précaire. Regina se rendit compte de l'appréhension de la blonde à son encontre.
- Je vais beaucoup mieux. Cesse de te morigéner pour cela. Tu as eu recours à la magie, et ça nous a sauvées toutes les deux. Si ta mère avait tiré, nous ne serions plus là pour en parler.
- Je dois faire plus attention. Je ne suis plus seule, maintenant. J'ai une famille qui a besoin de moi. Mon âme sœur compte sur moi.
Le trio entra dans la boutique de Gold, qui haussa les sourcils devant le tableau. Il devina la faiblesse de son élève et lança un regard noir à la blonde, qui baissa les yeux.
- Ma chère Regina, quel bon vent t'amène dans mon humble boutique ?
- Emma a utilisé un peu trop de magie. Elle a puisé dans mes réserves. Heureusement, j'avais une fiole en réserve, si jamais une telle chose devait arriver.
- Toujours prévoyante, tu n'es pas mon ancienne élève pour rien.
- Emma voudrait s'assurer que le sort fonctionne toujours et que je ne vais pas m'écrouler.
- Comme c'est aimable à elle, de gérer les conséquences de ses actes. Vraiment, shériff, votre grand cœur vous perdra.
La blonde n'était pas d'humeur à entendre les sarcasmes de Gold, en cette journée particulièrement pénible. Aussi grogna-t-elle sa réponse, avant de se tourner vers sa belle brune. Cette dernière lui fit comprendre de ne pas regimber. Gold, en voyant la discussion silencieuse entre les deux femmes, ne put empêcher un sourire de s'immiscer sur son visage. Il s'avança vers l'ancienne reine, qu'il examina rapidement, avant de rendre son diagnostic.
- Le sort est à nouveau en place, et complet. Je ne saurais que trop vous mettre en garde contre ce genre de pratique, certes spectaculaire, mais dangereuse pour vous deux. Maintenant, si vous voulez bien m'excuser, j'ai un commerce à faire tourner.
Les femmes repartirent, et Emma réussit à convaincre une nouvelle fois Regina de la suivre à l'hôpital, pour s'assurer de son état de santé, physique cette fois-ci. La brune pesta, mais se laissa faire. La shériff semblait terriblement soucieuse. Après un rapide examen du docteur Whale, qui rassura tout le monde, Ruby laissa le couple seul, afin qu'elles se retrouvent enfin. Alors qu'elles s'apprêtaient à sortir du bâtiment médical, David arriva enfin. Il vit sa fille et lui demanda ce qu'il se passait.
- Tu n'es pas au courant ?
- Emma, si je te pose la question, c'est que je l'ignore.
- Oui, bien sûr.
Regina, qui regardait le duo interagir, pouvait entendre résonner dans sa tête, la fin de la phrase de la blonde : « que suis-je bête ». Cela lui mit un coup au moral, voyant l'attitude assez froide du père envers sa fille. La shériff s'approcha alors du grand blond et lui expliqua la situation. Elle était terriblement nerveuse, appréhendant la réaction de son paternel.
- David, c'est au sujet de Mary-Margareth.
- Que s'est-il encore passé avec ta mère ? Vous vous êtes disputées ?
- On peut voir ça comme ça. Elle a admis être responsable de toutes ces disparitions d'animaux. Apparemment, une part résiduelle de l'Evil Queen l'habite toujours et elle est sous son emprise.
David fit des yeux ronds, ne comprenant pas où sa fille voulait en venir.
- Et donc ?
- J'ai dû l'arrêter, mais elle a résisté et …
- Emma, crache le morceau !
L'ancienne reine, voyant sa compagne en difficulté, tenta d'apaiser David, mais cela ne fit qu'empirer la situation.
- Regina, puisque tout est de votre faute, je la mettrai en veilleuse, si j'étais vous.
- David, je ne suis pas votre ennemie. Et votre femme a voulu s'en prendre à Emma.
- Pardon ?!
- Papa… Mary-Margareth a essayé de me tuer. Je l'ai neutralisée à l'aide de la magie. Mais euh, il faut que je te dise…
- Dans quelle chambre est-elle ? Tu l'as blessée, hein ? C'est pas possible…
- Non, juste une bosse… Par contre, j'ai dû… La faire interner.
Le shériff s'arrêta et toisa sa fille, comme si c'était elle, qui était à moitié folle.
- Tu n'as pas osé faire ça sans mon consentement ?!
- Il fallait bien l'aider. Et tu n'étais pas là, alors j'ai pris la décision toute seule. Mais, je t'assure que c'est pour son bien…
La gifle décochée par le blond envoya Emma directement valdinguer contre les fauteuils de la salle d'attente. Son visage était rouge de rage et il tremblait. Emma se releva péniblement, alors que Regina prenait appui sur un mur, sonnée. Le docteur intervint, arrivant dans le hall. Il stoppa le shériff en se plaçant devant lui. Emma s'emporta alors, fatiguée de toujours combattre des chimères.
- Mais ça va pas ?! J'ai fait ça parce que ça relevait du bon sens ! Elle est dangereuse, même si tu ne t'en rends pas compte !
- Une fille qui interne sa mère de force ! Tu te fous de moi, Emma ! Elle allait mieux, je retrouvais ma femme et tu me dis que c'est une psychopathe ! Mais qu'est-ce qui ne tourne pas rond chez toi ?!
Le docteur Whale prit la défense de la blonde.
- Davis, Emma a raison, il faut aider votre épouse. Emma, vous devriez partir.
Emma ne savait plus quoi dire. Elle s'attendait à une réaction désobligeante de la part de son père, car toucher à son épouse était une véritable trahison pour lui. Mais jamais elle n'aurait pensé qu'il serait autant en colère. Elle ravala sa fierté et prit Regina dans ses bras, pour la soutenir et quitter l'hôpital. David continua de lui hurler dessus, mais elle ne voulait plus rien entendre. Seule la brune dans ses bras comptait, en ce moment même. Elle pensa amèrement qu'elle ne pouvait pas sauver tout le monde. Et visiblement, ses parents ne faisait pas partie du lot. Une larme solitaire dévala sa joue, alors qu'elle hélait un taxi pour rentrer. Elle se blottit dans les bras de l'ancienne reine durant tout le trajet, torturée par ses démons. Elle se décevait elle-même, se fustigeant de manquer de jugeote. Regina, de son côté, ne parvenait pas à calmer les soubresauts de la jeune femme. Emma était perdue, fragile et se raccrochait à sa reine, comme si sa vie en dépendait. Regina l'encercla davantage de ses bras et posa de tendres baisers sur sa chevelure. Que le chemin serait long pour être à nouveau sereines et heureuses !
