Chapitre 24 : inversion des rôles
Le taxi qui les ramenait à leur logis s'arrêta devant l'adresse indiquée, Emma toujours lovée dans les bras de sa brune. Cette dernière paya le chauffeur et fit sortir sa compagne de l'habitacle. La blonde semblait profondément abattue et sans vigueur. Elles grimpèrent les marches et se roulèrent en boule sur le canapé, enlacées. Emma était presque catatonique, inquiétant la brune plus que de mesure. Elle n'avait que rarement vu la sauveuse dans un tel état. Elle ressentait un immense vide, tout au fond d'elle, et savait que cela était la conséquence directe de l'altercation entre le père et la fille. Les sensations d'Emma devaient être multipliées par dix, dans son cerveau. Elle n'osait la déranger, de peur de la voir de replier davantage sur elle-même. Elle massait le dos de la shériff, qui avait toujours les yeux dans le vague. Puis elle vit l'heure et s'agita.
- Emma, Henri va rentrer de l'école. Il faut que tu te reprennes un peu. Il ne doit pas te voir dans un tel état. S'il te plaît, pour moi.
- Henri ?
La blonde avait enfin une réaction à l'entente du nom de son fils. Cela fit sourire Regina. Finalement, la seule chose qui pouvait faire sortir de sa torpeur la sauveuse, était la famille qu'elle s'était construite. Un doux sourire étira les lèvres de la brune, qui vint déposer un baiser sur son front.
- Rafraîchis-toi, pendant que je prépare le goûter. Un chocolat chaud à la cannelle devrait te faire du bien.
- Merci. Je ne sais pas ce que je ferai sans toi.
La shériff s'enferma das sa chambre, pour se recomposer une allure décente. La brune resta pensive, c'était bien la première fois que sa compagne la voyait comme une bouée de sauvetage. Elle s'en sentit plus légère et c'est d'un pas plus aérien qu'elle se dirigea vers la cuisine. Quelque chose s'était réveillé en elle. Elle avait enfin un désir : protéger cette femme qui avait tout risqué pour elle. Jamais la sauveuse n'avait paru si vulnérable. Et Regina se promit de ne laisser personne la rabaisser. Elle ne pourrait pas supporter de voir cette lumière s'éteindre à cause de crétins médisants. Même si cela signifiait redevenir méchante. Pour Emma, elle pouvait remettre son âme en jeu. Cette fulgurance la dérouta au plus haut point, et la fit frémir. Que de chemin parcouru depuis plusieurs mois. Elle tenait à Emma plus qu'à quiconque, mis à part leur fils. Elle ne pourrait pas supporter de la voir être détruite par des ignorants. Elle comprit ce qu'Emma avait fait en la sauvant de la mort. Elle ignorait cependant si elle pourrait aller aussi loin pour la protéger coûte que coûte.
Henri pénétra dans l'appartement en claquant la porte, faisant sursauter sa mère, qui était partie loin dans ses pensées.
- Maman ! Tu as entendu la nouvelle ? Mary-Margareth a été internée et c'est grâce à Emma ! Elle est forte, hein ?
La brune caressa le visage de son fils, ravie d'entendre des paroles si chaleureuses.
- Oui, Henri, Emma est une personne forte et vaillante. Elle nous protégera toujours.
- Je sais, c'est son pouvoir. Elle est le chevalier en armure.
Henri souriait, béat. Puis son visage se chiffonna et il fixa sa mère.
- Mais maman, si Emma sauve tout le monde, qui la protège, elle ?
Le petit brun avait misé juste avec sa question. Regina ravala un sanglot. Même son enfant parvenait à comprendre qu'un héros pouvait avoir des failles mais aussi, avoir besoin d'aide.
- C'est toi et moi qui protégeons Emma. Nous sommes son épée et son bouclier.
- Alors c'est moi l'épée !
- Très bien, je serai le bouclier, et je vous protégerai toute ma vie.
- C'est vrai, maman ? Tu nous aimes et tu vas tout faire pour que l'on soit heureux ?
- Henri, où veux-tu en venir ?
- Non, rien…
- Henri.
La brune lui lança un regard signifiant très clairement qu'il avait tout intérêt à parler. Le petit souffla et se tassa, avant de tout lâcher d'un trait.
- C'est à l'école, les autres, ils disent que la sauveuse n'est plus ce qu'elle était. Et que tout est de ta faute.
Emma, présente dans un coin sans faire de bruit, était là depuis quelque temps et baissa la tête devant l'aveu de son fils. Sa déclaration lui fit mal au cœur, mais savoir que sa famille se battrait pour elle lui redonna espoir. Elle s'avança, pour prendre son enfant dans ses bras. Regina s'activa en cuisine, pour le plus grand plaisir des deux goinfres.
- Chocolat chaud pour tout le monde !
Les deux autres l'attendaient bien patiemment sur leurs chaises, avides de la boisson sucrée. Elle leur servit leur gourmandise et sortit des muffins. Henri les regardait avec envie.
- C'est en quel honneur ?
- Pour être certaine que vous ne picoriez pas dans mon plat pour le dîner.
- Comme si c'était notre genre…
Emma se tut, trop souvent prise, littéralement, la main dans le sac. Le goûter englouti, la petite famille fit une partie de jeux vidéos dans le salon, faisant râler la brune, qui ne put s'empêcher de vouloir gagner à tout prix une partie, face aux deux experts. Néanmoins, elle gardait dans un coin de son esprit les propos de son fils, quant aux difficultés qu'il rencontrait à l'école. Si, autrefois, Mary-Margareth temporisait, aujourd'hui, elle n'était plus là pour faire barrage. Les petits garnements en profitaient donc pour rappeler à Henri, de qui il était le fils.
Alors que l'enfant était parti faire ses devoirs, Emma rejoignit sa belle en cuisine, lui ceignant le ventre de ses bras. Elle inspira dans le cou de la brune, qui laissa faire sa partenaire, trop heureuse de la sentir câline à nouveau.
- Si tu le désires, tu peux prendre un ingrédient. Je ferai comme si je n'avais rien vu.
- Il est assez rare que tu me permettes un tel écart.
- Tu as l'air d'en avoir besoin.
Emma se tendit immédiatement. Elle aurait voulu cacher son désarroi et sa lassitude, mais difficile d'échapper à l'œil aguerri de l'ancienne reine.
- Emma, parle-moi. Nous le savons aussi bien l'une que l'autre, refouler ses émotions est une très mauvaise idée. Et lorsqu'elles jailliront, je devrais y faire face, et toi avec. Je préfère nous épargner cela.
- Pardon, c'est juste qu'il s'est passé tant de choses. J'ai l'impression d'être vide, sans force. Mais tu es là, avec Henri. Et c'est tout ce qui compte.
- Emma… Je ne te lâcherai plus jamais. Tu as subi traumatisme sur traumatisme depuis quelques mois. J'en ai en partie été l'épicentre. Alors, pour une fois, appuie-toi sur moi et laisse-toi faire. C'est à mon tour de prendre soin de toi.
L'ancienne reine retint son souffle, aucune réponse ne venant répondre à son monologue. Soudain, sans prévenir, une goutte vint s'abattre dans son cou. Puis une seconde. Elle ne bougea pas, sachant très bien ce qu'elle trouverait si elle se retournait. Emma pleurait silencieusement dans son dos. La shériff était dépassée par ses propres sentiments, et sentait les parois de son cœur se serrer en de douloureux spasmes. Emma aurait voulu hurler sa peine et son humiliation. Elle avait été giflée par son propre père, qui défendait la femme qui l'avait presque tuée, deux fois. Elle voyait que sa famille de sang partait en lambeaux, sans rien pouvoir y faire. Pire, elle en était partiellement responsable et ne se sentait pas le droit d'être réconfortée. Son instinct de fuite reprenait le dessus. Sans Regina et Henri, elle aurait déjà sauté dans sa voiture et serait partie sans se retourner. Mais elle avait deux êtres qui comptaient sur elle. Or, elle était si faible aujourd'hui, émotionnellement parlant, que sa compagne la réconfortait et l'entourait d'amour pour lui faire retrouver le sourire. Emma était partagée. Elle était reconnaissante envers sa conjointe de l'épauler, mais elle se fustigeait elle-même de vouloir à tout prix être absoute de ses péchés. Les deux femmes restèrent ainsi pendant de longues minutes, Regina faisant le moins de mouvements possibles, afin de ne pas effrayer la créature brisée qui s'accrochait à elle, tel un naufragé à son radeau de fortune. La brune continua de préparer le dîner, comme si de rien n'était, laissant à sa blonde le temps de se reprendre et de se libérer de son trop-plein émotionnel.
Lorsque Henri revint au salon, Emma s'extirpa du dos de la brune, essuyant ses larmes et prétexta devoir revêtir un pull, du fait du froid. Aucun des deux Mills ne fut dupe, mais ils la laissèrent se recomposer une attitude digne, avant de venir manger. Le repas fut silencieux, chacun respectant la tristesse de la blonde. Mais Regina savait qu'Emma ne pouvait pas ressasser ses idées lugubres plus longtemps. Si la sauveuse baissait les bras, alors, leur famille en pâtirait. Aussi prit-elle une décision, qui les obligerait à aller de l'avant et la sortirait, elle, de sa zone de confort.
- Henri, demain, à la sortie de tes cours, nous serons présentes toutes les deux pour te raccompagner. Nous verrons si les autres enfants feront encore les malins, en nous voyant côte à côte.
La blonde releva la tête à une vitesse stupéfiante, en écarquillant les yeux.
- Regina, tu es sûre ? Enfin, je veux dire, sortir dehors, hors du parc ?
- Bien sûr. Tu seras à mes côtés, tu me protégeras. Et il est hors de question que des petits garnements s'en prennent à notre fils, sans en subir les conséquences. Un ou deux regards bien placés devraient en dissuader un bon nombre de continuer leur petit manège.
- Donc, tu comptes effrayer des enfants ?
La brune soupira. Elle retombait vite dans ses travers. Néanmoins, elle n'avait pas à avoir honte de vouloir défendre sa progéniture. Toute mère digne de ce nom le ferait.
- Oui.
Henri hoqueta de surprise et d'appréhension, croyant que l'Evil Queen prenait le pas sur la conscience de sa mère.
- Mais tu vas pas leur faire de mal, maman ?
- Non, bien sûr que non, mon chéri. C'est Emma qui botte les fesses des méchants.
Elle fit un clin d'œil à la blonde, qui n'était toujours pas revenue de son effarement. Voir Regina plaisanter sur un sujet pareil la laissait pantoise. Mais d'une façon très positive. Elle était si fière des progrès de la brune. Un léger sourire orna ses lèvres et elle se détendit. Finalement, la soirée n'était pas aussi horrible qu'elle avait pu l'imaginer.
Alors qu'Henri était couché, avec un baiser de chacune des deux femmes, Emma se glissa dans le lit de sa belle, avant même Regina. Elle voulait être dans ses draps et humer l'odeur de son amour. Elle frissonna, attendant impatiemment celle qu'elle considérait presque comme sa femme C'était très étrange. Elle avait l'impression que l'ancienne Regina revenait à la surface, alors qu'Emma disparaissait progressivement. Elle ne voulait pas admettre que la faiblesse dont elle faisait preuve lui tordait le ventre. Regina sortit de sa salle de bain, habillée d'un joli pyjama en satin noir. Rien de très sexy, mais très confortable. Elle fut surprise de trouver Emma déjà là, une expression désœuvrée sur le visage. Elle se coucha près d'elle et la blonde se glissa immédiatement dans ses bras, l'empêchant, par là même, de prendre son livre et de lire. Elle ne fit aucun cas de son activité et berça la shériff. Emma ne disait rien, incapable de mettre des mots sur ses failles. Elle voulait simplement être rassurée, telle une petite fille. La brune le comprit et déposa un tendre baiser sur ses cheveux. Jamais elle n'avait vu la sauveuse ainsi, apathique, quémandeuse de câlins, et terrorisée. Une personne aussi forte que la blonde ne pouvait pas tomber, ou alors elle se relevait aussitôt. Mais rien n'avait préparé Emma à être rejetée par ses parents, une nouvelle fois. Peut-être la fois de trop. Elle s'accrochait si désespérément à sa compagne, qu'elle finit par lui faire mal, à force de la serrer.
- Emma, attention, mes côtes. Tu as une de ces forces…
Aussitôt, l'effroi traversa le beau visage et elle s'excusa platement. Elle essaya même de se défaire des bras de la brune, qui la retint in extremis. Son insécurité et ses doutes faisaient peine à voir. Regina frôla de son doigt la joue de la blonde, qui plongea ses émeraudes dans le regard sombre. Tant d'émotions frappaient contre le cerveau de la sauveuse. Ça allait la rendre dingue. Elle ne serait probablement pas capable de dormir, cette nuit, même bien au chaud, dans ces bras aimants. Regina le savait également. Aussi fit-elle une chose totalement irrationnelle : elle chantonna une formule, plongeant la blonde dans un profond sommeil réparateur. Elle serra les dents, la petite perte de magie s'infiltrant comme autant d'aiguilles sous sa peau. Mais elle ne voulait pas voir sa compagne souffrir. Elle s'endormit à son tour, veillant sur la femme qui reposait doucement dans son étreinte.
Le lendemain après-midi, Emma, après une journée dans le poste de police désertique, à ne pas croiser âme qui vive, se gara en bas de l'immeuble. Elle fut agréablement surprise de voir sa compagne qui l'attendait patiemment dans le hall. Regina sortit sa tête et ne vit personne dans la rue. Elle marcha alors tranquillement jusqu'à la voiture jaune, et s'assit à côté de la blonde.
- Prête pour aller chercher Henri ?
- Oui. Dis-moi que tout va bien se passer.
- Tu veux la vérité ou un pieux mensonge ?
- Je ne suis pas sûre.
- Alors, nous irons chez Granny après avoir récupéré le gamin et nous nous vautrerons dans une luxure gourmande !
- Emma, tu n'es pas raisonnable.
- Mais c'est bon pour le moral…
Devant l'air abattu de sa compagne, il fut difficile pour Regina de regimber. Elle souffla et fit signe à la conductrice de tailler la route. Cette dernière ne se fit pas prier davantage et démarra en trombe, faisant s'agripper la brune au siège. Arrivées devant l'école, Emma sortit en première de la voiture, ouvrant galamment la porte à l'ancienne reine.
- Si madame veut bien se donner la peine.
Regina attrapa la main tendue et lui asséna un petit coup sur l'épaule.
- Cesse de faire ton intéressante.
- Tu n'apprécies pas mon côté galant ?
- Beaucoup. Mais ton côté moqueur, nettement moins.
- Rabat-joie.
- Emma…
- Regina…
Ce petit jeu de mots entre elles les laissa souriantes et détendues. Puis l'ancienne reine se tourna vers la grille et vit les parents d'élèves, qui attendaient leurs bambins, scrutant le couple. Emma ne fit guère de cas des adultes, tandis que Regina se tassait machinalement sur elle-même.
- Non, Regina, tu vaux mieux que ça. Redresse-toi. Fais leur face et montre-leur que tu es fière d'être ce que tu es, et de … Nous. S'il te plaît…
La brune comprit qu'il était essentiel pour Emma de ne pas être méprisée par son amour véritable. Elle ne le supporterait probablement pas. Elle fit donc un effort et rejeta ses épaules en arrière, son regard perdu au-delà de la grille, attendant la sonnerie de fin des cours avec impatience. Seule Emma lui donnait le courage d'avancer vers les habitants d'une ville, qui lui avait tourné le dos. Elle serra la main de sa compagne et se posta à ses côtés, se collant presque à son flanc. Elle sentait la chaleur que dégageait la blonde et se reput de son odeur et de sa présence. Pour l'instant, tout allait bien. Emma jetait des coups d'œil à droite et à gauche, pour parer à toute éventualité. Regina se concentrait sur la sortie des enfants, qui déboulèrent en piaillant vers la sortie. Elle vit Henri courir vers elles. Emma ouvrit ses bras et réceptionna le bambin, en rigolant avec lui. Elle lui fit plein de baisers volants et le posa à terre, Regina passant un bras autour des épaules de son enfant. Elle prit son courage à deux mains et demanda le plus simplement du monde le renseignement qu'elle désirait tant obtenir.
- Alors, mon chéri, lequel de ces sacripants te cause des ennuis ?
- Euh… Je sais pas si c'est une bonne idée…
- Henri Mills…
- C'est Stan, le blond, là-bas…
- Merci.
Emma eut tout juste le temps de la rejoindre, que Regina avait déjà parcouru la distance entre elle et sa future victime.
- Bonjour Stan.
L'enfant se retourna et ouvrit des yeux ronds. La surprise et la stupeur se lisait sur son visage. Son père vint aussitôt à la hauteur de l'ancienne reine, pour protéger son rejeton.
- Vous n'avez pas à vous adresser à lui ! C'est un enfant !
- Et je ne lui fais aucun mal.
- Vous n'avez pas le droit de lui parler.
- Et en quel honneur ? Lui ne se prive pourtant pas pour s'en prendre à mon fils.
Emma intervint, sentant la moutarde monter au nez de l'ancienne reine. Elle salua le père de l'élève et s'adressa au petit.
- Tu as eu des mots durs envers notre fils. Le nies-tu ?
L'enfant était terrorisé et ne répondit rien. Son père dut prendre le relais.
- Vous dites n'importe quoi. Et qui irait croire l'enfant d'une meurtrière ? Ou d'un zombie ? On ne sait même plus à force…
Regina avait revêtu un masque froid, serrant convulsivement les poings, afin de ne pas frapper le malotru. Emma passa une main sur son bras, pour la calmer.
- Henri n'est pas un menteur, et votre fils n'est pas tendre avec le nôtre.
- Le vôtre ? Alors, c'est vrai, vous êtes ensemble ? La sauveuse est tombée bien bas. Vous n'avez pas honte ?
- Honte de quoi ?
- Euh… Hé bien…
L'homme ne pouvait pas dire devant tout le monde ce qu'il pensait. Emma s'engouffra dans la brèche, sous le regard noir de Regina.
- Donc, des excuses de votre fils seraient les bienvenues. Nous ne demandons pas grand-chose. Juste un peu de respect.
Le gamin se réfugia derrière son père, qui ne savait plus où se mettre. Les autres parents regardaient la scène avec intérêt, revoyant l'ancienne reine pour la première fois depuis des mois.
- Allez en enfer ! Vous ne me faites pas peur ! Vous n'avez plus de magie ! Vous ne pouvez plus faire votre loi, dans notre ville ! Vous n'êtes plus rien !
L'insulte s'adressait clairement à Regina. Emma fut la plus prompte à répondre. Elle n'y alla pas par quatre chemins.
- Vous êtes méprisable ! Alors quoi, vous avez perdu votre langue ? Je vais dire tout haut ce que vous pensez tout bas : un couple de femmes ne devrait pas avoir d'enfant et venir s'immiscer parmi vous autres, parents vertueux, qui ne voulez pas voir la moindre différence. Regina a commis des erreurs par le passé, mais elle a suffisamment payé, vous ne croyez pas ? Et moi, depuis quand me craignez-vous ? Je ne suis plus la sauveuse de Storybrook, parce que j'aime la méchante reine ? Vous êtes homophobe, ou juste con ?
Regina regarda sa compagne, stupéfaite. Emma avait hurlé sur le pauvre homme, qui couina des paroles incompréhensibles, avant de prendre son fils sous le bras et de partir en courant, presque comiquement. Regina se tourna vers la blonde, et lui prit le menton dans sa main.
- Emma, ça va ?
- Oui… Non… Je ne sais pas…
Henri interrompit l'interaction entre ses mères.
- Pourquoi t'as hurlé sur son père ? Ils vont me mettre la misère, maintenant…
- Je suis désolée, je ne sais pas ce qui m'a pris. Mais personne ne touche à ma famille. Personne.
Regina comprit que la blonde était au bord du précipice et allait craquer devant tout le monde. Elle lui prit la main et l'entraîna vers sa voiture, Henri sur les talons.
- Emma, donne-moi les clés, je vais conduire. On rentre à la maison, immédiatement.
La shériff ne se fit pas prier et lança les clés à sa compagne, hagarde.
En arrivant à l'appartement, Regina déposa ses affaires et fit s'installer la blonde sur le canapé.
- Emma, tu me fais peur, tu passes de la joie aux larmes. Tu piques des crises de colère. Je crois que tu as besoin de parler. Je vais appeler Archie.
- Non, je ne suis pas folle.
- Bien sûr que non. Je n'ai jamais dit une telle chose. Mais tu as besoin de vider ton sac. Et avant de blesser quelqu'un, de préférence. Tu as failli sauter à la gorge de ce type !
- Je suis désolée… Je ne suis pas comme ma mère, hein ? Tu le sais ?
- Oui, je le sais.
Regina s'assit à côté de la blonde et lui prit le visage en coupe.
- J'ai confiance en toi, je sais que tu ne nous feras jamais de mal. Je t'aime. Tu m'entends ? Je t'aime. De toute mon âme.
Emma se jeta dans les bras de la brune et sanglota. Elle se laissa totalement aller et fut prise de hoquets. Regina souffrait autant que sa compagne, son cœur morcelé par les sentiments contradictoires de la belle blonde.
Archie Hopper accepta de les prendre en urgence dès le lendemain. Et ce qu'il vit lui fendit le cœur. Emma avançait, tête basse, se laissant guider par la brune, qui ouvrait la marche. Cette dernière semblait plus en forme que la fois précédente. Cela faisait au moins une bonne nouvelle. Elles s'assirent toutes les deux sur le canapé et attendirent que le praticien daigne ouvrir le bal.
- Mesdames, je sais ce qu'il s'est passé il y a quelques jours avec Mary-Margareth. Je suppose que c'est la raison de votre venue.
- Oui, Emma n'est pas très bien en ce moment. Elle a… Perdu la foi.
- Ne dis pas n'importe quoi, je ne suis pas croyante.
- Ta foi en toi et en ta mission. Je sais combien elle est importante à tes yeux. Elle te définit. Tu veux être quelqu'un de bien, et cela passe par la protection de tous ces … Ploucs. Emma, ils t'ont blessé. Tu as le droit de leur en vouloir.
- Ce n'est pas à eux que j'en veux, mais à mes parents et … à moi.
Regina lui prit les mains entre les siennes et secoua la tête, dépitée.
- Ils ne méritent pas que tu te ronges les sangs de la sorte.
- Ce sont mes parents… Tout de même.
- Je sais.
Le médecin reprit la parole à son tour.
- Emma, vous vous en voulez parce que votre mère est devenue folle et que vous avez dû l'arrêter et la faire interner ? Et votre père, qu'en pense-t-il ?
Archie savait très bien ce qu'il en était, et était au fait de la gifle magistrale reçue par Emma, par son propre père. Il voulait seulement que la blonde verbalise son ressenti, quel qu'il soit.
- Je l'ai déçu. Je déçois toujours tout le monde. Il ne voudra plus de moi à ses côtés. Je vais perdre tout ce que j'ai construit : mon boulot, mes parents… Ma réputation. Je suis la fille ingrate, qui a tourné le dos à ses géniteurs.
- Emma, vous les appelez géniteurs ? C'est un mot lourd de sens. Est-ce que vous vous considérez ainsi, vis-à-vis d'Henri ?
La blonde releva brutalement la tête.
- Non ! Jamais ! Je l'élève avec Regina, maintenant. Tant qu'elle veut de moi à ses côtés, je resterai et je ferai face à mes responsabilités. Jamais je ne fuirai. Je veux que mon fils me regarde avec fierté, pas avec mépris.
- C'est ainsi que vous voyez vos parents ? Des êtres méprisants ?
- Je… Je… Non… Mais… C'est pas aussi simple.
- Emma, tu n'es pas obligée de répondre.
- Ce n'est rien, Regina, ça va aller.
- Tu dis toujours ça, mais ça se voit comme le nez au milieu de la figure que ça ne va pas. Ne mens pas, juste pour protéger les autres. Ou moi.
- Ce ne sont pas les autres que je protège, mais moi. Enfin, je crois.
- Que voulez-vous dire par là, Emma ?
- Je ne veux pas me montrer faible. Je ne peux pas, sinon je m'écroule pour de bon. Je suis la sauveuse, non ? Je suis forte. Je n'ai peur de rien. Je ne suis pas une fillette qui tremble devant son père, quémandant son attention et son approbation. Je suis une femme dans la force de l'âge et j'ai une famille à charge. Je me fiche de ce que pensent mes parents. Enfin, c'est ce que j'aimerais croire. Mais ce n'est pas si simple.
Regina croisa le regard de la blonde et la prit dans ses bras. Le psychologue fut très surpris de cette interaction entre les deux femmes. Cela se faisait très naturellement, sans aucune gêne. Elles se comprenaient sans se regarder, ni parler. C'était d'une beauté stupéfiante. Mais tout au fond de lui, il sut également le nombre de douleurs endurées par le couple, pour en arriver là. Et cela doucha son optimisme. Fallait-il que ces deux êtres soient si brisés pour se trouver ? N'auraient-elles pas pu se rencontrer avant ? Mais avant tout cela, elles étaient presque ennemies. Elles se supportaient à peine, juste pour Henri. Aujourd'hui, il avait l'impression de voir une seule et même entité se mouvoir. Il se racla la gorge, pour attirer leur attention.
- Bien. Nous avançons. Emma, vous n'êtes définitivement pas une personne faible. Il suffit de voir tout ce que vous avez accompli. Votre relation avec vos parents a toujours été compliquée, puisque la magie s'est jouée de vous. Des parents qui ont le même âge que vous, ce n'est pas facile à gérer, ou même admettre. Et Regina, que vous avez protégé coûte que coûte, au péril de votre vie, est la preuve que vous êtes forte et déterminée. Vous avez tenu votre famille à bout de bras durant des mois. Je pense qu'il serait judicieux de laisser, maintenant, la femme que vous aimez, prendre soin de vous. Qu'en pensez-vous ?
- C'est tentant. Mais je ne veux pas être un poids pour elle. Elle n'en a pas besoin. Il faut qu'elle soit bien, en bonne santé.
- Hey, Emma, je vais très bien. J'ai même recommencé à préparer une potion de magie reconstructive, au cas où. Je suis Regina Mills, je peux prendre soin de toi, de notre fils et de moi-même. Je suis une reine, ma chère.
Le regard taquin de la brune fit légèrement sourire la blonde. Archie, lui, ne put cacher un ricanement. Oui, ces deux femmes étaient les plus fortes qu'il n'ait jamais croisées durant toute sa vie. Et il savait que s'en prendre à l'une était le meilleur moyen de voir l'autre tomber sur l'idiot qui aurait osé faire un telle chose. Il se tourna vers Regina, qui n'avait d'yeux que pour la blonde.
- Et vous Regina, comment allez-vous ? Mieux, j'ai l'impression ?
La brune se tourna vers lui et sourit.
- Oui, docteur Hopper, bien mieux. Je peux même dire que grâce à Emma, j'ai affronté les parents d'élèves hier. Mais Emma s'est un peu laissé emporter par son exaspération.
- Vous sentez-vous assez solide pour la soutenir ?
- Je ferai n'importe quoi pour elle. Elle est mon pilier, et ma vie.
Le praticien sourit devant l'air grave de l'ancienne reine. Ces deux-là s'étaient bien trouvées.
- Hé bien, Regina, je crois que votre souhait va être exaucé. Emma a besoin de se retrouver. Et vous allez devoir l'y aider. Elle ne pourra pas traverser ça toute seule, sans un soutien indéfectible, tel que le vôtre. Emma, appuyez-vous sur Regina. Elle est tout ce dont vous avez besoin. Ayez confiance l'une dans l'autre. Le reste importe peu.
Il se leva, signifiant la fin de la séance. Emma parut quelque peu soulagée, alors que la brune la prenait par la taille. Emma, agréablement surprise de voir sa compagne oser prendre les devants, se laissa aller dans l'étreinte. Une douce chaleur envahit son organisme, et Regina put le ressentir également. Elle ne lâcha pas sa prise, trop contente de l'effet apaisant sur son amour. Elles se séparèrent une fois arrivées à la voiture, pour se rendre directement chez elles. Regina promit un bon petit plat à la blonde, qui accueillit la nouvelle avec joie. Emma s'installa sur le canapé, regardant la brune faire son petit manège culinaire. Une fois le repas en train de chauffer doucement, Regina se cala contre sa moitié et lui prit la main, jouant avec. Emma ne put s'empêcher de la taquiner.
- Tu fais mumuse avec mes doigts ? Tu retombes en adolescence ?
- Je peux arrêter. J'ai simplement envie de te toucher. Et de te tenir près de moi. En fait, contre moi, le plus près possible.
Emma vint ancrer ses orbes émeraudes dans celles noisettes de l'autre femme. Elle vit alors tout le désir de sa compagne.
- Attends, Regina… Tu es en train de me dire que tu veux… Plus ?
Emma se redressa davantage, ne voulant pas faire peur à la brune.
- Hum… Oui, je crois. Ça fait des mois que nous sommes ensemble et nous en sommes encore au stade des baisers et des câlins sages. Je sais que tu en as envie. Moi aussi.
- Tu sais que jamais je ne te mettrai la pression, hein ? Tant que tu es avec moi, le reste, on s'en fout.
- Emma, ne me mens pas.
- Je dis pas que je suis pas frustrée, ce serait totalement illusoire. Mais, je comprends. Je ne veux pas être celle qui ravivera ton cauchemar.
- Tu es tout sauf mon cauchemar, Emma.
- Parfois, ça ne suffit pas.
- Emma ! J'ai confiance en toi. Je sais que si je dis « stop », tu le feras instantanément.
- Et si j'y arrive pas ?
- Emma… Enfin… Tu te rends compte de ce que tu me dis ? Tu me prendrais de force, moi, ton amour véritable, pour assouvir une pulsion, sachant que j'ai été… Violée ? C'est encore difficile de le dire à voix haute.
- Tu n'es pas prête, fin du débat.
- Emma, ne te braque pas contre moi !
- Tu ne peux pas me demander de t'écouter me dire tout ça, et rester parfaitement stoïque, alors que je meurs d'envie de te prendre, là, sur le canapé, et pas d'une façon très douce. J'essaie de me calmer. Et tu ne m'aides pas du tout.
La blonde paraissait vraiment mal. Elle tremblait presque, faisant son possible pour ne pas toucher la brune.
- Henri va bientôt rentrer de l'école. Tu ne voudrais pas qu'il nous découvre, nues, en train de se donner du plaisir ?
- Non, bien sûr. Je ne voulais pas dire, là, tout de suite, maintenant. Mais mon envie est intacte, et je veux que tu saches que je ne me refuserai pas à toi.
La blonde la regarda, l'air absente. Elle partit vers sa chambre, en trombe. Regina entendit un corps tomber sur le lit, et Emma mettre des coups de poings dans son matelas. Elle souffla un rire. Elle venait de chauffer suffisamment sa compagne, pour que cette dernière passe sa frustration sur son pauvre lit. La shériff ressortit dix minutes plus tard, les joues rougies et le regard mauvais.
- Je te déteste.
- Mais non, tu m'adores !
L'ancienne reine rit de bon cœur, alors que la blonde boudait à moitié. Regina prit une cuillère en bois et touilla dans la marmite, avant de la porter aux lèvres de sa moitié.
- Goûte-moi ça.
Elle obéit instantanément et gémit.
- Putain, c'est bon.
- Emma !
- Oui, je sais, mon langage. T'as qu'à pas être aussi douée.
Elles s'embrassèrent, un goût de ratatouille dans la bouche.
- Hum, c'est vrai que c'est délicieux.
Emma ronronna dans les bras halés. Qu'elle était bien, et heureuse, en cet instant. Leur fils entra comme une petite furie et balança son sac dans l'entrée. Il vit les deux femmes ensemble et s'énerva.
- Vous êtes contentes ? Maintenant, tout le monde pense que je suis une poule mouillée, couvée par mes mamans ! Que je suis efféminé, et que je devrais prendre exemple sur Emma !
- Henri, attends !
Mais le petit avait déjà claqué sa porte de chambre. Emma regarda Regina, dubitative.
- Tu t'y colles ou c'est moi ?
- J'y vais. Reste ici et surveille le plat. Gare à toi si ça brûle !
- Oui, chef !
Regina entra dans la chambre de son fils, qui était allongé face contre son matelas.
- Henri, je suis désolée…
- Pourquoi vous avez été méchantes avec Stan ? Maintenant, je suis la risée de l'école !
- Je voulais simplement remettre les pendules à l'heure. Je n'ai pas été très diplomate et Emma encore moins. Mais tu n'es pas efféminé, je te rassure.
- C'est vrai ?
- Oui, mon chéri. Et Emma n'est pas masculine. Aucun homme ne pourrait porter des jeans aussi moulants, sans perdre connaissance, faute d'oxygène…
Ils se regardèrent et rirent de bon cœur.
- C'est vrai qu'Emma est sexy.
- Henri, c'est ta mère !
- Bah, oui, et alors ?
L'ancienne reine venait de se faire moucher par son propre enfant. Elle leva les yeux au ciel et le prit dans ses bras.
- Vous êtes impossibles, l'un comme l'autre.
- Alors, je lui ressemble un peu ?
- Beaucoup trop !
- Et c'est un compliment ?
- Oui, mon chéri, c'en est un.
Ils revinrent Emma, qui paniquait autour de la marmite.
- C'est pas cramé ! Enfin, je crois…
- Emma…
La blonde se fit penaude. Regina la regarda, puis son fils. Elle sourit.
- Le même modèle…
Henri leva un sourcil, tout comme sa mère brune. La blonde le vit et fit la remarque.
- Le même modèle…
La bonne humeur refit surface et le repas fut servi. Un peu de douceur dans ce monde de brutes.
