Attention, début de chapitre rating M.

Chapitre 30 : changement de décor

Le réveil de Regina fut l'un des plus doux de sa vie. Elle pouvait dire avec certitude qu'il n'y avait eu que son fils, pour s'approcher ainsi à pas de loup de son lit, avec un plateau plein de sucreries, pour le petit-déjeuner. C'était un des plus beaux souvenirs de sa vie. Elle n'avait pas encore ouvert les yeux, repensant à ces moments heureux, et profitait simplement de la chaleur du corps collé au sien. Elle respirait calmement, tout en caressant le bras qui lui ceinturait le ventre. Elle sentit Emma rapprocher ses jambes des siennes, jusqu'à souder leur bassin. Un sourire charnel s'installa sur son visage, se souvenant de leur nuit si unique. Elle se tourna lentement, pour faire face à sa compagne. Un léger souffle l'accueillit, alors que la belle endormie sommeillait encore paisiblement, la bouche entrouverte. Elle suivit la mâchoire de son index, pour toucher une mèche blonde. Elle redescendit vers l'oreille, dont elle dessina le contour, pour continuer vers le cou gracile. Elle suivit la clavicule, puis l'épaule, le biceps, le poignet, et revint à son bras. Elle ne s'autorisa pas à aller plus loin, alors que la shériff était toujours dans les bras de Morphée. Elle déposa un léger baiser sur le nez qui s'offrait à elle. La blonde le fronça, quelque peu chatouillée par le toucher. Elle ouvrit alors les yeux, pour tomber dans ceux de son âme sœur. Elle sourit sans rien dire. Puis, dans un chuchotement, elle attisa sa brune.

- J'espérais que tu continues à tracer mes courbes, mais il semble que tu te sois arrêtée en bon chemin. Dommage, c'était très agréable.

- Oh, as-tu envie que je poursuive ? C'est tout à fait envisageable.

- Je ne peux pas refuser une telle chose à la femme de ma vie.

Le sourire qu'elles échangèrent les entraîna dans un baiser lent et profond. Regina obéit à la blonde, laissant sa main divaguer sur son corps, avant de s'arrêter sur un sein. Elle le palpa, l'emprisonna et le titilla, laissant sa partenaire commencer à gémir. Toujours un peu surprise de l'effet qu'elle avait sur la shériff, elle descendit sa main, la griffant à l'abdomen, prise elle aussi dans son envie nouvelle.

- Écarte les jambes, Emma. Tu ne me laisses pas de place…

Aussitôt, l'accès demandé fut offert. La sauveuse embrassa sa compagne avec ferveur, sentant les doigts bouger le long de ses lèvres intimes. L'ancienne reine voulait voir sa conjointe prendre autant de plaisir que possible. Elle pressa son index sur le clitoris, comprenant soudain l'urgence de la blonde. En moins d'une minute, la shériff referma ses jambes sur le poignet de la brune, et cria. Un éclair de couleur passa dans chacun de leurs yeux. Regina respirait elle aussi difficilement, alors que la blonde tentait de reprendre contenance.

- Emma, tu ne devrais pas te retenir ainsi…

- Regina, ça fait des mois que je me retiens. Donc j'ai très envie que tu me touches. C'est vital, même.

- Tu étais déjà trempée, alors que je ne t'avais qu'à peine effleurée ! Tu en avais besoin depuis le réveil… Pourquoi fais-tu toujours ça ?

- Que veux-tu dire ?

- Faire passer mon bonheur et mon envie, avant les tiens ?

- Parce que c'est normal, pour moi. Mais si à chaque réveil, tu me caresses le visage et le corps ainsi, je te sauterai dessus tous les matins !

- Vaste programme !

Emma roula sur le côté et surplomba la brune.

- Alors, puisque je dois te dire ce que je veux, là, tout de suite, je veux te faire l'amour.

- J'ai cru que tu n'allais jamais prononcer ces mots.

Après avoir échangé un baiser, Emma se fit très sérieuse.

- Regina, hier soir, je ne t'ai pas pénétrée, car je ne savais pas si tu étais prête à une telle intrusion. Ai-je le droit ? Je peux attendre, hein, bien sûr. Ou même ne jamais le faire, je comprendrais, évidemment. C'est ton choix, et à toi seule.

L'ancienne reine posa sa main sur la joue pâle.

- Je t'y autorise, mais sois douce, je t'en conjure.

- Si tu as le moindre doute, la moindre douleur, tu m'arrêtes. N'importe comment. D'accord ?

- J'ai confiance en toi. Totalement.

Emma revint vers la bouche de sa conjointe et mordilla gentiment sa lèvre inférieure. Elle suivit le chemin entre ses seins, déposant des baisers mouillés, s'emparant de la poitrine opulente et la cajola amoureusement. Elle descendit toujours plus bas, jusqu'à atteindre l'entrejambe de la brune, qui regardait Emma faire, légèrement anxieuse. Si la douceur avait un nom, il répondait à celui de la blonde. Elle lécha doucement le clitoris, faisant monter toujours davantage l'excitation de la reine. Et lorsqu'elle jugea sa partenaire prête pour une pénétration, elle la regarda, lui sourit et inséra un doigt en elle. Regina ne se contorsionna pas, elle attendit une douleur qui ne vint pas. Le léger va-et-vient, peu intense, mais diablement efficace, l'emportait toujours plus loin dans sa passion. Elle ne savait pas si elle voulait plus que cela. Puis elle sentit ses barrières tomber progressivement.

- Emma, continue, et… Mets-en un de plus, s'il te plaît. Doucement…

La shériff sourit à sa compagne, l'embrassa tendrement et la pénétra de deux doigts. L'ancienne reine gémit, et fut soulagée de constater que seul le désir l'enserrait. Elle commença à rouler son bassin, sous les assauts de tendresse de sa compagne. L'orgasme fut long à venir, les soins d'Emma étaient si attentifs que le plaisir grimpait lentement, toujours plus fort. La délivrance de la brune fut presque silencieuse, leurs yeux parés de leurs couleurs respectives. Emma vint déposer un baiser sur ses lèvres et la prit dans ses bras, la protégeant de leur chaleur. Elle ne put s'empêcher de poser une question, un peu nerveuse.

- Tu vas bien ?

- Je n'ai pas du tout eu mal, tu as été si attentionnée. Comment pourrais-je me passer de toi, maintenant ?

- Mais c'était le but ultime, que tu te sentes enchaînée à moi, pour toujours.

- Tu as réussi ton pari, alors.

Toujours enlacées depuis trente minutes, le ventre de la blonde les rappela à l'ordre.

- En voilà un qui n'oublie jamais ses priorités !

- Désolée… C'est un vrai tue-l'amour…

- Pas du tout. Que veux-tu manger ?

Emma arqua un sourcil, ce qui fit glousser la brune.

- De comestible ! Pas moi !

- Dommage… Des pancakes, alors !

- Je file t'en préparer.

- Je vais faire le café.

- Mettre les dosettes dans la machine ?

- C'est tout un art !

- Je n'en doute pas.

Elles se levèrent rapidement, rattrapées par l'appétit féroce de la blonde.

Le lundi matin, Emma commença à mettre des cartons dans le petit fourgon loué pour le déménagement. Finalement, avec le peu de meubles à transvaser, les deux femmes avaient fait l'impasse sur les déménageurs, préférant économiser cette somme. De plus, Ruby s'était jointe à elles et le déménagement allait bon train. Regina était déjà au manoir, s'assurant que les objets et divers cartons atterrissaient au bon endroit. Elle avait encore très peu de meubles au rez-de-chaussée, mais s'en accommodait assez bien, pour l'instant. Le week-end suivant serait consacré à l'achat d'un salon neuf, aux goûts de la petite famille. Après une demi-douzaine d'aller-retours, Emma et Ruby avaient fini de vider l'appartement et Emma avait rendu les clés promptement, ne voulant pas déprimer sur les mois heureux passés dans leur logis. Elle savait que la nouvelle page, qui allait s'écrire à partir d'aujourd'hui, serait mille fois mieux encore. En tout cas, l'espérait-elle.

Ruby fut invitée à boire une citronnade, sur la terrasse. Tout le monde s'assit par terre, le salon de jardin ayant disparu depuis longtemps, et elles papotèrent de la superbe restauration de la maison et des achats à venir, pour que la vie reprenne enfin ses droits dans la grande demeure. Regina était collée à Emma, et bougeait presque en même temps qu'elle. Le rapprochement charnel entre les deux femmes les avaient soudés l'une à l'autre. Ruby s'en amusa, les faisant rougir plusieurs fois.

- Les filles, vous êtes pires que des adolescentes en chaleur… Heureusement que vous avez des rides, sinon, bonjour la réputation !

- Hey ! Regina est magnifique, et elle n'a aucune ride !

- L'amour rend aveugle, Emma…

L'ancienne reine rit, et ne put que donner raison à Ruby.

- Chérie, j'atteins bientôt les quarante ans. Tu es un peu plus jeune que moi, mais toi aussi, tu vas devoir y passer ! Ta trentaine est déjà bien entamée. Et puis, quelques rides, c'est sexy. C'est la marque de l'expérience, non ?

Emma contempla sa reine, grand sourire radieux aux lèvres.

- Aucune ride, je te le dis !

- Bon, bah… C'est pas que je m'ennuie, mais j'ai l'impression d'être la cinquième roue du carrosse. Et je ne vais pas vous regarder vous bécoter, ni tenir la chandelle. Henri sort de l'école dans une heure. Apparemment, quelqu'un doit vous ramener à la réalité… Allez, bisous les filles. Et j'attends la pendaison de crémaillère avec impatience !

La louve partit fissa. Son coup d'éclat lors de la petite soirée de départ de l'appartement avait été oublié, pour le plus grand plaisir de tous. Ruby avait le don d'enfoncer des portes ouvertes, mais c'est ce qui faisait également son charme. Les deux femmes restèrent donc dans les bras l'une de l'autre, jusqu'à ce que l'heure de la sortie de l'école arrive.

Pendant qu'Emma était partie chercher Henri, Regina erra dans les pièces de sa maison. Les souvenirs qui étaient liés à son ancien environnement étaient un mélange de bons et mauvais jours. Elle se rappelait les premiers pas de son fils, dans le salon. Les dîners tous les deux, en tête-à-tête, personne ne venant jamais au manoir, ses soirées en solitaire, avec un monticule de dossiers. Elle soupira d'aise en pensant qu'à partir de maintenant, les repas seraient pris en famille. Et elle pouvait compter sur Emma, pour mettre de l'ambiance entre ces murs. Elle arpenta le bas de la bâtisse, ressassant ses souvenirs, mélancolique. Elle ressentait comme un certain décalage entre son enthousiasme concernant l'avenir et sa présence en ce lieu. Et si le retour chez elle était une erreur monumentale ? Et si le poids des souvenirs était insurmontable ? Elle laissa ses certitudes s'envoler progressivement, et fut en proie au doute et à la peur. Elle ne pouvait pas échouer. Pas maintenant. Elle avait tout pour être heureuse. Elle recommençait sa vie à zéro. Une famille, un nouveau boulot, une renaissance. Elle devait se montrer forte. Redevenir un peu cette femme, ayant une prestance lui permettant de tout affronter. Le bruit du moteur de la coccinelle la rattrapa et son fils adoré lui sauta dessus, la sortant de sa torpeur.

- Maman ! On est de retour chez nous !

- Et oui, Henri, à partir d'aujourd'hui, nous resterons ici définitivement.

- Et c'est bien, hein ?

- Je l'espère, mon chéri. Je l'espère sincèrement.

La blonde était restée dans l'encadrure de la porte et regardait attentivement l'interaction entre la mère et le fils. Elle s'approcha et les entoura de ses bras.

- C'est très bien, Henri. C'est une chose merveilleuse d'être ainsi réunis. Mais…

- Mais ?

Le bambin était suspendu à ses lèvres.

- Mais tu dois aller ranger ta chambre !

- Y a des choses qui ne changent pas…

- Allez, ouste ! Pose tes affaires, et viens goûter !

- Ouais !

Les deux femmes restèrent enlacées et rirent de la tirade du gamin. Il redescendit deux minutes plus tard, surexcité.

- Alors, on va acheter le canapé ce week-end ? Et la télévision ? Et une table basse ? J'aurais le droit à une nouvelle console ? Et un chien ?

- Henri, calme-toi ! On achètera par priorité. D'abord, les meubles. Pour le reste, on verra plus tard. Et je n'ai pas dit oui pour le chien !

- Nous avons un budget confortable. On peut faire plaisir au gamin.

- Une fois que je me serai équipée pour lancer mon affaire, tu ne diras peut-être pas cela. Tous ces ustensiles coûtent cher, Emma. Il s'agit de matériel professionnel.

- D'accord, d'accord. Bon, en attendant de tout dévaliser, on va manger un bout ?

- Tu as faim ?! Le goûter, c'est pour Henri !

Deux bouilles de chiens battus lui firent face. Elle resta un instant interdite, puis baissa les armes.

- J'ai l'impression dérangeante que je n'aurai plus jamais le dernier mot dans cette maison.

- Sa majesté est outrée ?

- Emma, ne m'appelle pas comme ça.

- Pardon… Un bisou pour me faire pardonner ?

- Sûrement pas, tu es pleine de sucre glace !

La shériff venait de croquer dans un beignet et avait de la poudre blanche étalée sur tout le visage. Henri s'esclaffa et en fit de même. Regina leva les yeux au ciel.

- Mon dieu, j'ai deux enfants, maintenant… Comment vais-je m'en sortir ?

Durant deux jours, Regina avait eu le nez dans les cartons, rangeant au maximum la maison et feuilletant les magazines de cuisine, afin de s'équiper correctement. Elle était fourbue, lorsque la blonde rentra d'une longue journée de travail, Henri étant revenu seul de l'école depuis plusieurs heures déjà. Emma balança sa veste sur l'îlot, ce qui fit grogner l'ancienne reine. Emma ignora l'avertissement et se prit un verre d'eau. Sous l'œil rugueux de la brune, elle alla accrocher sa veste à la patère, ne voulant pas se prendre la tête inutilement. Elle revint dans la cuisine et vit une assiette sortie à son attention.

- Tu rentres tard, aujourd'hui. Un problème au travail ?

- Pas spécialement. David était avec Mary-Margareth, j'ai donc dû finir la paperasse toute seule. J'ai pas vu l'heure, désolée de ne pas t'avoir prévenue.

- Très bien. Henri et moi avons dîné, mais je t'ai laissé ta part. Je te la réchauffe ?

- Oui, merci. Et toi, tu as avancé aujourd'hui ?

- Bien sûr. Je vais aller me reposer un peu, dans mon lit. Tu me rejoins après ?

- Oui, j'avale ça et j'arrive.

Emma se retrouva seule à la table, qui n'en était pas une. L'îlot central servait à tout en ce moment, en attendant d'acheter une table et des chaises, celle de l'appartement étant trop petite. Elle n'avait pas encore vraiment pris ses marques dans la maison. Le matin, elle se contentait d'un café et prenait un en-cas sur la route, connaissant la maniaquerie de la brune, en son royaume. Leurs horaires étaient légèrement décalés, ceci expliquant le manque de communication dans le couple. Elle était rentrée tard depuis l'emménagement et en deux jours, elle n'avait même pas visité certaines pièces. Une sensation étrange l'étreignait, mais elle n'arrivait pas à mettre le doigt dessus. Ou peut-être essayait-elle de l'éviter. Une fois son assiette engloutie en trois minutes, elle fila dans la chambre conjugale, pour retrouver la brune, avec un livre.

- Tu ne m'as pas attendu pour lire ?

- Je feuilletais machinalement ce bouquin. Je ne le lisais pas vraiment. C'est un de nos meilleurs moments de la journée. Je t'attendrai toujours pour cela.

- Et juste pour ça ? Rien d'autre ?

- Emma ! Je suis fatiguée, pas ce soir, s'il te plaît.

- Hey, je sais que tu es éreintée. Ménage-toi. Et jamais je ne te demanderai de faire l'amour tous les soirs. Nous n'avons plus vingt ans !

Le couple rit, malgré le fond de vérité. Emma enfila son pyjama et se brossa les dents, puis rejoignit sa belle.

- Alors, ta réintégration dans tes pénates, ça se passe comment ? Tu commences à t'y faire ?

- Mes pénates, hein ? Hum, plutôt bien. Mais… C'est étrange, tout de même. Surtout sans toi, dans la journée. J'y suis pourtant habituée. J'ai cette impression de solitude qui me taraude. C'est sûrement parce que c'est vide ici, et je n'ai pas commencé les formalités pour mon entreprise. Tous ces changements, ça me donne un peu le tournis.

- Alors viens là. On va dormir bien sagement ce soir.

- Nous sommes sages depuis que nous sommes arrivées…

- Et, c'est un problème ?

- Non. Être avec toi me suffit. Défaire les cartons, faire le ménage et ranger me demande beaucoup d'énergie.

- Alors tout va bien.

- Tu n'as pas envie de plus que cela, alors ?

- Mes journées ont été longues, j'ai fait le déménagement, et je m'adapte encore à notre nouveau mode de vie, ici. Tu sous-entends que je suis une obsédée ?!

- Pas du tout. Je demande, rien de plus.

- Alors, on fait dodo. Plus de questions pour ce soir, nous sommes trop fatiguées pour réfléchir !

- Bonne nuit Emma.

- Bonne nuit Regina.

Le week-end arriva vite et le samedi en fin de matinée, le trio arpentait une boutique de meubles, éloignée de Storybrook. Ils avaient testé plusieurs canapés et ne s'étaient pas encore mis d'accord sur un choix définitif. Henri devenait bougon, voulant faire prédominer son choix.

- Le bleu, il est plus joli.

- Peut-être, mais le gris est plus grand, pour nous trois, ce sera plus pratique. Et il faut que le canapé soit en adéquation avec la pièce, qui a une belle taille, elle aussi. Le bleu me semble donc un peu étriqué, Henri.

Emma, qui laissait son regard divaguer sur les meubles à l'aspect confortable, en vit un qui lui tapa dans l'œil.

- Et le rouge, là-bas ?

- Je supporte déjà ta maudite veste, ne m'en demande pas trop.

La blonde la scruta, un sourire narquois aux lèvres. Elle approcha ses lèvres de son oreille et lui murmura quelques mots.

- Hé bien, cette nuit, je ne porterai que ma veste, et rien d'autre. Nous verrons bien, si tu ne l'apprécies toujours pas à sa juste valeur, après ça.

L'ancienne reine s'était figée, totalement captivée par le corps de la blonde, qui avança dans le magasin en roulant un peu trop le bassin. Elle grinça des dents et laissa échapper un mot que son fils ne devrait jamais entendre de sa bouche.

Après avoir voté, ils arrêtèrent leur choix sur un canapé d'angle bleu marine, afin de pouvoir se parler, sans être alignés comme des sardines. La table basse fut beaucoup plus rapide à acheter, avec des angles légèrement arrondis, afin que personne ne se blesse. Enfin, le meuble télévision et la télévision furent vivement débattus par Emma et Henri, grands connaisseurs de la chose. Regina les observait, riant sous cape devant l'argumentaire des deux passionnés. Un tapis vint compléter l'ensemble, et seule Regina eut voix au chapitre, les deux se moquant quelque peu de cet habillage superflu. Quand Regina arriva dans la partie cuisine du magasin, elle sembla revenir à la vie et sembla même toute guillerette, devant les tables et chaises proposées. Tout le monde suivit religieusement l'ancienne reine, qui adorait tout ce qui se rapportait à cet espace. Elle vérifia chaque produit et leur intima de s'asseoir dans chaque chaise, pour tester l'assise. Après avoir posé leur auguste séant sur une vingtaine de modèles, et discuté du moelleux et du maintien de chacun des sièges, Regina trancha pour un ensemble de huit chaises et d'une grande table rectangulaire, ainsi que quatre chaises de bar pour l'îlot. Enfin, ils passèrent un moment dans le rayon bureau, pour que Regina puisse travailler sereinement à l'élaboration de nouvelles recettes et faire le travail administratif. Une fois à la caisse du magasin, Emma prit en charge la moitié de la somme, Regina râlant un peu. Mais la blonde la convainquit rapidement du bien-fondé de sa démarche, puisque c'était aussi chez elle, maintenant.

Ils arrivèrent, morts de faim et fourbus de cette journée. Les livreurs allaient bientôt débarquer pour monter les meubles et les mettre en place. Sur le chemin, ils avaient dévalisé la boulangerie et Regina sortit des poches à smoothies du congélateur, qu'elle avait préparé la veille, en prévision de cette journée. Les jus vitaminés et frais furent un succès mémorable, et les pâtisseries un véritable régal. Alors que la sonnette retentissait, Emma se leva paresseusement, laissant sa petite famille se reposer, pour aller ouvrir aux livreurs.

- Bonjour. Mettez les meubles dans les pièces que je vais vous indiquer. Prioritairement le canapé et la cuisine ensuite.

- Très bien, madame.

L'homme haussa les sourcils en voyant la brune arriver, Henri sur les talons.

- Pour la cuisine, vous verrez avec moi. Emma, tu gères le salon ?

- Bien sûr. Et toi, ton bureau.

Elles se firent un clin d'œil, devant le livreur qui semblait particulièrement mal à l'aise.

- Bien, et donc, je mets tout ça où ?

L'homme fut invité à entrer et la disposition voulue lui fut expliquée. Après une heure de travail, tout était à sa place et les housses de protection enlevées. L'homme gardait une expression circonspecte quant aux deux femmes. Quand il partit, personne ne pipa mot, et Henri alla se vautrer dans le canapé tout neuf, laissant les deux femmes parler un peu seule.

- Maman, je peux installer les chaînes de la télévision ?

- Oui, vas-y gamin. Tu me feras voir comment ça fonctionne.

Regina porta sa main à la joue de la shériff et la câlina tendrement.

- Cet homme ne semblait pas comprendre la situation…

- On va dire ça comme ça.

Le ton peu amène de sa compagne ne trompa personne. Regina voulut néanmoins crever l'abcès.

- C'est une des premières fois que je suis confrontée à une personne qui a des difficultés à appréhender un couple de femmes.

- Pas moi.

- Les habitants de Storybrook t'ont mené la vie dure, pendant que je restais cloîtrée à l'appartement, n'est-ce pas ?

- Je ne crois pas qu'il faille en parler. C'est du passé.

- Emma, on ne peut pas se buter à chaque fois que quelqu'un va nous regarder de travers.

- J'ai encaissé ce genre de choses pendant des mois. Je percevais ce qu'ils se disaient intérieurement. « Mais comment fait-elle pour aimer une femme ? Elle se sent si seule que ça ? Elle est perverse, peut-être ? Elle a jamais eu de mecs capables de la prendre correctement ? » et ainsi de suite… Tu sais que j'arrive à percevoir le mensonge. Mais ça, c'étaient leurs vérités. J'entendais leurs messes basses et leurs ricanements.

- Pourquoi tu ne m'en as jamais parlé ? J'aurais pu te soutenir, ou au moins te consoler…

- Parce que tu étais encore trop fragile pour ça. Mais maintenant, j'en ai ma claque de tous ces cons. J'ai envie de leur rentrer dans le lard !

- Non, inutile de s'abaisser à ce niveau. Et puis, les habitants ne sont pas fous, ils savent que tu es puissante.

- Dixit l'Evil Queen.

- Qui ne fait plus peur à personne. Mais plutôt pitié.

- Regina…

- Je ne suis pas aveugle, Emma. Je tente de garder la tête haute, mais parfois, j'ai envie de me terrer dans un trou de souris et de ne plus en ressortir. Nous avons tous nos batailles à mener.

- Mais nous pouvons les mener de front, ensemble, maintenant. Tu n'es plus seule.

- Alors comprends que toi non plus. Je suis là.

Henri les interrompit, s'impatientant devant l'écran.

- Pendant que vous faites des mamours, y en a qui bosse ici ! J'ai tout installé !

Il les fusilla du regard, tapotant le canapé, pour qu'elles daignent venir s'asseoir près de lui. Emma et Regina haussèrent les sourcils. Emma se mit à rire bêtement.

- Mon dieu, j'ai cru que c'était un mini toi ! Son regard était identique au tien, lorsque tu n'es pas contente !

- Merci du compliment… Enfin, je crois.

- Je suis tombée amoureuse de tes beaux yeux. Donc oui, c'en est un. Mais ça fait peur quand même.

- Vous venez ?!

- On arrive, gamin, deux secondes !

- Et là, c'est ton impatience, tout craché.

- Ce môme va devenir chiant, en grandissant, s'il ne prend que nos mauvais côtés.

- Je croyais que tu aimais mon regard de braise ?

- Euh, oui, bien sûr. Henri, tu me montres ?

Emma galopa jusqu'à l'enfant, sous le rire sonore de la brune. Le bambin se lança dans tout un tas d'explications, les deux femmes l'écoutant attentivement.

Plus tard, Emma fit un saut chez Granny, et prit la commande à emporter, qu'ils avaient commandé. Regina était trop fatiguée pour cuisiner et Emma n'en avait nullement envie. La commande payée, la louve débarqua en salle, pour venir papoter deux minutes avec son amie.

- Alors, Emma, comment s'est passée votre journée « achats compulsifs » ?

- Bien, nous avons acheté l'essentiel, et la maison est enfin remplie et vivante. Et il faut que j'aille remplir l'estomac de ma famille, avant qu'ils ne se transforment en zombies affamés.

- Et Regina, pas de souci pour le retour chez elle ?

- Pas pour le moment. Ou alors, elle ne me l'a pas encore dit. Je crois qu'une fois que son entreprise sera lancée, ça ira encore mieux. Là, elle est la tête dans les cartons. Demain, on finit de tout ranger. Et lundi, j'ai pris une journée pour aller acheter son matériel de cuisinière professionnelle, avec elle. On y va pas à pas.

- Ce que tu peux être attentionnée. Une vraie tombeuse, notre sauveuse !

Elles s'esclaffèrent, alors qu'un client près d'elles osa les déranger.

- Regina Mills va lancer son entreprise de … Cuisine ?

Emma se tourna vers l'homme malpoli, mais lui répondit tout de même.

- Oui, un service de traiteur, avec de plats diététiques et bios.

- Bah mince alors. Elle veut nous empoisonner ?

- Non, mais je vais lui soumettre l'idée. Et si ça ne fonctionne pas, je vous finis avec mon flingue. Superbe idée, n'est-ce pas ?

Le client récalcitrant se tourna en grommelant. Emma soupira lourdement, et Ruby se fit un devoir d'en rajouter une couche.

- Ne t'inquiète pas, Emma, j'ai craché dans son verre !

- Ruby… T'es une vraie amie ! Allez, bisou !

- Bisou à toute la famille !

Emma repartit, sereine, mais quelques craintes dans un coin de son cœur ravivèrent son anxiété quant à l'avenir de sa compagne.