Bonjour. Désolée pour le retard de publication, mais les semaines sont définitivement trop courtes. En échange, l'élection sera publiée en début de semaine. Bonne lecture.

Chapitre 31 : un emménagement complexe

Le lundi matin, après avoir emmené Henri à l'école, les deux femmes s'aventurèrent dans un magasin spécialisé en matériel de cuisine professionnelle. Regina était aux anges, Emma la suivant, un sourire aux lèvres, en voyant sa compagne papillonner dans tous les rayons. La brune était armée d'une liste longue comme le bras. Elle palpait et testait chaque ustensile désiré. On aurait dit une petite fille dans un magasin de jouets. La shériff savait ce que représentaient ces achats pour sa belle. Une nouvelle vie. Un espoir fou de tout recommencer et de faire à nouveau partie de la communauté. Aussi veillait-elle jalousement sur l'ancienne reine, lui tendant le caddy, dès qu'elle avait choisi un objet. La journée passa à toute vitesse, et la carte de crédit de la brune fut mise à rude épreuve, comme elle l'avait prédit. Elles rentrèrent tard, Henri étant gardé par Ruby.

- Regina, attends, je prends les trucs lourds, et toi, tu te reposes. La journée a été longue.

- Mais le coffre et la banquette arrière sont remplis de sacs !

- Je m'en occupe, repose-toi. Un bisou ?

La brune lui déposa un baiser sur les lèvres, et laissa sa compagne ramener les achats dans la maison. Emma avait bien remarqué qu'elle était passablement fatiguée. Elle-même, à force de piétiner dans les allées et pousser ce satané caddy, avait mal aux pieds et aux jambes. Aussi se dépêcha-t-elle de tout sortir de la coccinelle, afin de se prélasser sur le canapé neuf. Elle s'écroula dedans, et Regina lui tendit un verre de thé glacé, préparé avant de partir.

- Merci, tu penses vraiment à tout ! Que ferai-je sans toi ?

- Tu serais chez tes parents, en train de regarder une bluette à l'eau de rose, en compagnie de ta mère. Et tu aurais déjà ingurgité ta troisième bière.

Emma se figea, statufiée par la toile dépeinte par Regina. Cette dernière s'aperçut tardivement de tout ce qu'elle avait sous-entendu, et mit une main devant sa bouche.

- Emma, je suis désolée, je n'ai pas réfléchi en disant ça… Oh mon dieu, tu n'es pas pathétique, je t'assure.

- J'étais pathétique ? C'est comme ça que tu me voyais avant ?!

- Non ! Enfin, on avait quand même des difficultés à s'entendre. Nous n'avions pas la même vie… Emma, arrête-moi, je m'enfonce de plus en plus… Je t'aime. Je t'aime, tu le sais. Tu n'es pas pathétique.

- Avant oui, tu as probablement raison. Et alcoolique, un peu ? Ouais, un peu plus que juste « un peu », je pense. Ma vie n'était pas folichonne, c'est sûr.

- Mais ça importe peu, aujourd'hui. Regarde tout ce que nous avons. Tu fais attention à toi maintenant et tu as une famille à tes côtés qui t'aime.

Emma enlaça doucement sa conjointe, pour ne pas l'effrayer. Elle couvrit son cou de baisers, et laissa l'ancienne reine se détendre.

- Je sais tout ce que j'ai la chance d'avoir, maintenant que tu es avec moi. C'est juste que tu m'as ramené à une période de ma vie sur laquelle je n'aime guère m'appesantir.

- Clôturons le sujet, ça ne sert à rien de remuer le passé.

- Oui, trinquons à notre nouveau départ !

- Tchin !

Après avoir bu leurs verres, elles réchauffèrent les restes de la veille et mangèrent tranquillement. Emma alla chercher Henri, qui attendait patiemment chez Ruby. Le gamin lui sauta dans les bras.

- Emma ! J'ai passé une super journée !

- Je n'en doute pas ! Tu as l'air bien énervé…

Elle coula un regard vers son amie.

- Je suis innocente ! C'est lui le monstre !

- Mais bien sûr… Allez, on y va. Merci encore, Ruby.

- De rien, mais mes honoraires de baby-sitter d'enfer vont vous coûter un bras !

- Je me disais aussi… salut !

- Au revoir Ruby !

- Bonne nuit !

Le duo repartit vers le manoir, ravis de se retrouver.

Une fois dans la maison, Henri se précipita vers sa mère, pour lui raconter sa journée, alors que la blonde préparait des chocolats chauds et un café noir. Une fois déposés sur la table basse, les boissons furent savourées en famille, avant d'aller coucher l'enfant. Une fois redescendues, les deux femmes discutèrent.

- Tu as pris tout ce que tu désirais dans le magasin ? Ou bien y aura-t-il des achats d'urgence ?

- Je vais déjà commencer avec ce que j'ai. Demain, je commence à organiser ma cuisine. Et puis, il faut que je m'enregistre à la chambre du commerce. Ensuite, j'élaborerai mes recettes. J'ai encore beaucoup de travail en perspective.

- Ménage-toi, hein. Je t'aiderai du mieux que je le peux.

- Merci, Emma. Je tombe de fatigue, on monte ?

- D'accord.

Pendant plusieurs jours, une routine s'installa. Une semaine passa ainsi, entre le travail d'Emma au poste de police, et les recherches de Regina sur son entreprise. L'installation du matériel était terminée, pour le plus grand bonheur de la brune. Elle tentait de se concentrer sur la paperasse à remplir pour se lancer, mais l'appel des fourneaux se faisait de plus en plus fort. Aussi convainquit-elle la shériff de venir manger tous les midis, afin de tester ses nouvelles idées. La plupart étaient accueillies par une double ration, quémandée, à part deux déjeuners, où Emma avait trouvé le goût trop prononcé et donc bizarre.

Henri, quant à lui, avait vite retrouvé ses marques et ses habitudes. Il adorait rentrer tout seul de l'école, comme un grand. Il ne rechignait jamais à voir l'une de ses mères l'attendre à la grille, mais sa liberté n'avait pas de prix. Au manoir, il avait repris son train-train, entre ses devoirs et les soirées jeux ou films le week-end. Il restait des heures dans sa chambre, afin de reprendre possession des lieux. Il avait refait une partie de la décoration, parce qu'il jugeait l'ancienne un peu trop « bébé ». Regina, quant à elle, avait repris en main sa cuisine, et se prélassait dans le salon, les après-midis, pour réfléchir à ses plats. Lorsque la blonde arrivait le soir, elle avait parfois l'impression de percer leur bulle confortable, et de se sentir en surnombre. Elle avait encore quelques difficultés à se situer au sein du foyer. Ses journées étaient longues, puisque David passait encore beaucoup de temps auprès de sa femme. Le surcroît de travail était donc absorbé par la blonde, qui virevoltait entre la protection des habitants et le bien-être de sa famille. Elle s'épuisait à la tâche, sans rien dire. À force de veiller sur tout le monde, elle s'en oubliait elle-même. Chaque soir ressemblait au précédent, et son malaise grandissait. Aussi, un vendredi en fin de journée, après avoir ramené quelques ingrédients demandés par la brune, elles sentirent le trouble du shériff.

- Emma, ne te ferme pas comme une huître. Dis-moi ce qu'il se passe.

- Je sais pas comment l'expliquer. C'est une sensation. Comme si je n'étais pas en phase, en ce moment.

- En phase ? Avec quoi ?

- Tout, j'ai l'impression.

- Même ici ? Avec Henri et moi ?

- Peut-être, mais je vais m'adapter ! Ne te fais pas de souci pour ça, ça va passer.

- Si tu le dis…

Assises en face l'une de l'autre dans le canapé moelleux, elles échangèrent de furtifs regards, Henri à leurs pieds, qui regardait un dessin animé. Soudain, il se détourna et rit, en pointant l'écran de télévision.

- Maman, tu te souviens quand on a trouvé le petit chaton, dans le jardin ? Il ressemblait trop à celui-là, tu ne trouves pas ?

Regina tourna la tête vers l'image et sourit.

- En effet, c'est son portrait tout craché. Il était minuscule et tout sale. On lui a donné un bain, et du lait. Il avait l'air heureux.

- Ouais, comme lui ! C'était cool cette journée, hein ?

- Oui, c'était une belle journée, mon chéri.

Emma leur souriait simplement, incapable de rentrer dans leur monde passé, puisqu'elle n'y avait pas sa place autrefois. Regina comprit que la blonde était taraudée par ces souvenirs inexistants.

- Emma, tu sais, on s'en créera d'autres, de merveilleux moments, entre nous trois.

- Oui, je sais. Mais cette maison, c'est chez vous. Vous avez tellement de vécu entre ces murs. Il est normal que je ne m'intègre pas de suite à tout ceci.

- Je ne veux pas que tu te sentes mise de côté. Tu as ta place, au même titre que nous deux, dans cette maison.

La blonde ne répondit rien, se contentant de hocher la tête. Après quelques minutes de silence, la shériff s'ouvrit enfin aux deux Mills.

- En fait… J'ai l'impression d'être comme ce voilage, qui bat au vent. Je pourrais dire que je suis ce voilage et qu'Henri et toi, représentez le manoir.

La mère et le fils la scrutèrent, circonspects.

- Ce que je veux dire, c'est que vous êtes les fondations de cette famille, en ce lieu. C'est chez vous. Et moi, je suis ce voilage, qui appartient à la maison, mais qui ne constitue qu'un accessoire, pas une fondation. Vous deux, votre emprise est solidement ancrée dans la maison, alors que moi, je me bats pour exister, quelque part. Le voilage, tant qu'il est bien accroché, ne risque pas de s'envoler, mais si la maison n'en veut plus, on peut le changer, en le laissant sur le chemin. On peut oublier que l'on appréciait certaines choses, autrefois.

- Emma… Comment peux-tu penser une telle chose ? Tu es aussi un pilier de notre famille.

- Tu sais ce que je veux dire. Je ne suis pas une pièce rapportée, mais pas loin. C'est pour ça que j'éprouve des difficultés à faire mon trou, en ce lieu, à vos côtés. Vous ne me mettez pas à part, bien sûr, mais j'ai encore du mal à croire que c'est ici chez moi, alors que pour vous, c'est naturel.

- C'est compliqué, ce que tu dis, maman.

Les deux femmes regardèrent l'enfant, qui fronçait les sourcils, tachant de comprendre le sens exact des paroles de sa mère blonde.

- En fait, tu as peur qu'on t'abandonne ? C'est ça ?

- Non, pas vraiment, Henri, je me sens un peu exclue de votre vie d'antan. Et cette maison est bourrée de souvenirs d'autrefois, pour vous deux. J'aurais voulu être là pour tes premières dents, tes premiers pas, ta rentrée en maternelle, le chaton que vous avez sauvé… J'ai raté tant de choses… Et cette sensation est amplifiée par cette maison, qui a été votre véritable foyer, pendant si longtemps.

- Je ne peux pas changer cet état de faits. Il va falloir… Passer au-dessus. Ça a l'air cruel, dis comme ça…

- Et puis, on peut prendre un chien. Ça nous fera plein de nouvelles choses à raconter !

- Henri, je n'ai pas dit oui pour le chien…

- Mais peut-être ?

- Ce n'est pas le sujet ! Et cessez de me regarder avec cet air idiot ! Vous n'obtiendrez rien de moi, de cette façon.

- Maman, on peut peut-être regarder avec Emma mes vidéos que tu as faite quand j'étais petit ?

La blonde haussa les sourcils.

- Tu as filmé Henri ?

- Bien sûr, dans toutes les grandes étapes de sa vie. C'est une merveilleuse idée, mon chéri ! Je vais aller les chercher !

Regina se dépêcha de monter à l'étage. Elle savait que les cassettes n'avaient pas été vandalisées, et elle louait le ciel pour cela. Elle les débusqua rapidement et redescendit avec son trésor.

- Henri, tu mets la première vidéo, je vais nous faire réchauffer du pop-corn.

- On a le droit à une sucrerie ?!

Emma avait presque crié comme une enfant.

- Exceptionnellement, ce soir, oui. À ce qu'il paraît, c'est bon pour le moral.

Tout le monde sourit, ravis de passer une soirée agréable en perspective, au vu de la situation mal engagée, encore trente minutes plus tôt. Lorsque la brune revint avec le bol rempli à ras bord de bonne chose, tout le monde s'installa sur le canapé et Henri lança la cassette.

- Regarde, maman, c'est moi quand j'ai marché dans le jardin !

- Tu étais tout petit. Tu avais l'air si mignon…

- Je suis mignon !

- Mais là, encore plus !

- Les enfants, ne vous disputez pas.

Lorsque trois vidéos furent regardées, Henri tomba de sommeil.

- Je crois que ce sera tout pour ce soir. Nous regarderons le reste prochainement. Voici une activité plaisante. Alors, Emma, ça t'a fait quoi de vivre les premières fois d'Henri ?

- C'était magique ! Merci ! Merci ! Ça n'a pas de prix, pour moi.

- Ravie que cela t'est plu. On va le monter dans sa chambre et le coucher, il est déjà en train de dormir.

Emma le prit dans ses bras délicatement et le monta à l'étage. Une fois bien emmitouflé dans sa couette, Regina le borda et elles l'embrassèrent sur le front. Emma le couvait du regard.

- On l'a pas trop mal réussi, hein ?

- Oui, nous avons fait du bon boulot. Allez, c'est à notre tour.

Le couple s'enferma dans sa chambre, la brune lisant un passage du nouveau livre choisi par la blonde.

Quelques jours plus tard, Regina commençait les premières démarches pour créer son entreprise. Elle s'était enregistrée auprès de la chambre du commerce, après avoir cherché, avec Emma, un nom pour son activité de traiteur. Emma n'avait pas vraiment eu d'idées alléchantes, mais elle avait fait preuve de patience auprès de l'ancienne reine, qui mettait un point d'honneur à ne pas avoir l'air ridicule. Après avoir essayé, « Au coup de cuillère à pot », « Chez Regina », « Dîner magique » ou autre platitude, elle avait finalement jeté son dévolu sur un nom simple : « Au bon goût ». Mais maintenant que c'était officiel, elle n'était plus aussi certaine de son choix. Elle espérait que cela ne sonnait pas comme une attaque contre Granny, ou même ne passait pas pour de la suffisance. Elle se tordait les doigts, incapable de se fixer sur le côté positif ou négatif de ce nouveau nom. La sonnerie de son téléphone la tira de ses pensées.

- Coucou ! Je crois que j'ai oublié mes clés ce matin. Elles ne seraient pas sur la commode ?

- C'est une console, Emma… Je vais voir.

Après avoir vérifié la présence des clés sur le petit meuble de l'entrée, elle confirma à la blonde qu'elle n'avait pas ses clés.

- Oh, bon, euh, tu seras là ce soir, de toute façon, n'est-ce pas ?

- Oui. Aujourd'hui, je ne bouge pas.

- Super ! Ça m'arrange. Tu as l'air tendue. Ça va ?

- Je crois que j'ai choisi le nom définitif…

- Tu crois ?

- C'est officiel, en fait.

- Génial ! Alors, ton choix ?

- « Au bon goût »…

- Génial, droit au but !

- Ce n'est pas revanchard, ou mesquin ?

- Non. Aie confiance. Tu cuisines super bien !

- Très bien. Je vais aller mettre au point mes menus.

- Je t'aime.

- Moi aussi. Sois prudente.

- Toujours.

Emma était aux anges. Sa compagne se lançait enfin dans la réalisation de son rêve.

Regina, comme promis, travailla ses recettes. Elle dessina aussi un croquis de brochure, qui lui permettrait de se faire connaître. Elle imaginait encore difficilement aller spontanément vers les gens, et tendre le feuillet, afin de converser avec les habitants sur les plats proposés. Elle en déposerait plutôt chez Granny, au cabinet d'Archie, à la boulangerie et à la supérette. Alors qu'elle griffonnait sur son carnet, Emma rentra du travail, avec un énorme sachet dans les mains.

- Mais, qu'est-ce que tu as ramené ?

- Une salade césar pour toi et des hamburgers frites pour Henri et moi !

- Mais pourquoi ?

- Pour fêter la création de ta société de traiteur, pardi !

- C'est vraiment gentil.

La brune était touchée et émue que sa conjointe pense à une telle chose. Elle s'habituait à toutes les petites attentions de la blonde, et adorait les surprises de son quotidien. Alors que son fils descendait l'escalier, elle leur montra ses dessins et ils eurent un vif débat sur la mascotte appropriée pour ce type d'entreprise. Finalement, Henri mit tout le monde d'accord, en proposant une pomme d'amour particulièrement colorée, accompagnée d'un magnifique feuillage. Tout ce qui pouvait rappeler un chaudron de sorcière ayant été exclu d'office.

Lorsque Regina, accompagnée d'Emma, se rendit chez Granny pour déposer des brochures publicitaires, elle fut happée par Ruby.

- Salut, Regina ! Je te veux !

- Hein ?

La shériff fronça les sourcils et passa un bras possessif autour de la taille de sa brune.

- Pas touche, Ruby… Ou je te tire dessus…

- Tout doux, le garde du corps ! On est pas dans un film ! J'ai besoin des talents de Regina.

- Mes talents ?

Devant l'air perdu de l'ancienne reine, la louve sourit et s'expliqua enfin.

- J'aimerais fêter mon anniversaire, et j'ai besoin d'un traiteur. Donc toi !

- Mais, tu ne sais même pas ce que je propose…

- Je sais que tes plats sont à tomber ! Emma a pris au moins trois kilos depuis qu'elle est avec toi. Une honte ! Enfin, ça te va plutôt bien, en fait…

- Arrête de me mater, Ruby. Seule Regina a le droit de faire ça.

- Bref, moi, je veux à manger ! Des trucs qui ont du goût et qui sortent de l'ordinaire !

- Et nous sommes invitées ?

- Tu ne perds pas le nord, Emma. Bien sûr. C'était la deuxième chose que je voulais vous annoncer.

- Avec plaisir, alors.

Regina les regarda, totalement oubliée dans cette conversation.

- Hé bien, tu seras ma première cliente. On pourra se voir pour que tu choisisses ce qu'il te plaît, dans la liste que j'ai élaboré. Ce serait pour quelle date ?

- Dans quinze jours. Le samedi soir. Nous ne serons pas très nombreux, mais au moins une demi-douzaine de convives. Je compte sur toi !

La louve pointa le pouce en l'air, en signe d'entente. La brune lui sourit et lui serra solennellement la main. Plusieurs clients du restaurant avaient assisté à l'échange. La plupart assimilaient l'information. Nul doute que le bouche à oreille irait bon train.

- J'étais venue déposer des brochures. Je peux ?

- Oui, bien sûr. Mets tout ça sur le comptoir. On se voit demain après-midi pour tout mettre au point ?

- Oui. Tu veux venir à la maison ?

- Oui ! Comme ça, je verrai ta nouvelle déco. Oh chouette, je vais pouvoir avoir la primeur ! Et me moquer des goûts d'Emma.

- Hey ! Tu ne feras sûrement pas la différence avec le reste !

- Si tu veux y croire, libre à toi. Bon, je file, j'ai des clients.

Le couple laissa des prospectus sur le comptoir de l'établissement et sortit, un sourire aux lèvres.

- Toi qui avait peur que cela se passe mal. Ruby assure, quand même.

- Oui, tu as raison. Une cliente. C'est si précipité.

- Ton entreprise est créée, il faut rentabiliser, maintenant. Parce que le matériel coûte un bras, quand même.

- Bon, on continue notre petit tour ?

- Je te suis.

Les deux femmes se baladèrent et déposèrent les brochures dans les lieux souhaités. Regina était enthousiaste et cherchait déjà des idées pour le lendemain. Emma la contemplait, ravie de la voir si pleine d'entrain.

Trois jours plus tard, alors que Ruby avait jeté son dévolu sur un gâteau au chocolat et framboises, et des verrines et autres toasts, Regina était sous le porche du manoir, fixant d'un œil torve la coccinelle de sa compagne. Lorsque cette dernière arriva près d'elle, un café à la main, la brune se retourna et expliqua son problème, d'un air soucieux.

- Emma, ça ne rentrera pas.

- De quoi ?

- La nourriture.

- Rembobine, j'ai rien compris.

- Ta voiture est trop petite pour transporter le repas d'anniversaire de Ruby.

Emma regarda alternativement sa brune et sa voiture.

- Ah. Merde.

- Langage, miss Swan !

La shériff pouffa de rire et l'embrassa, renversant une partie du café sur les marches.

- Emma, sois sérieuse deux minutes ! Comment vais-je faire ?

- Attends, on va trouver une solution.

- Vraiment ? En une semaine ?

- Je sais ! On pourrait demander à David de nous prêter son pick-up ?

- S'il pleut, toute la nourriture sera gâchée…

- Ah oui, la pluie… Euh, le bus scolaire ?

- Emma…

- J'essaie de trouver une idée de génie, deux secondes, papillon !

- Peut-être pourrait-on louer une camionnette ?

- Mais ça va nous coûter cher, à chaque commande, non ?

- C'est une solution pour gérer cette urgence.

- J'ai trouvé !

La brune arqua son sourcil, prête à entendre l'hypothèse très certainement farfelue de sa compagne.

- On va t'acheter une camionnette de livraison ! Et on va la faire floquer avec l'enseigne de ton entreprise.

La mâchoire de la brune tomba. Elle ne s'attendait pas à une solution aussi radicale.

- Mais enfin, c'est encore pire de l'acheter !

- Pense plutôt aux bénéfices. Puisque tu n'as plus de voiture, si tu en as besoin pour faire tes courses, tu peux la prendre, plutôt que de devoir attendre que je sois rentrée du boulot. Tu seras autonome, et ça fait quand même plus sérieux que la livraison en coccinelle…

- Tes arguments se tiennent, mais ça va encore nous coûter de l'argent.

- On va en trouver une d'occasion.

- Tu penses vraiment à tout…

- Tout ce qui peut te permettre d'avancer me donne des ailes.

- Qui aurait pu croire que tu serais aussi romantique ?

- Tu sais, Henri est parti à l'école, on a la maison pour nous deux…

- Supputerai-je une proposition indécente, shériff ?

- Très indécente, même.

- J'ai envie de vérifier par moi-même.

Emma porta l'ancienne reine dans le manoir et claqua la porte du pied. La journée commençait sous d'excellents hospices.

Elles se rendirent dans la soirée au garage du coin, afin de procéder à l'achat d'un véhicule d'occasion. Emma avait appelé David, qui adorait réparer de vieux véhicules, afin de bénéficier de son expertise. L'homme était ravi de ce rapprochement soudain. Ils pénétrèrent ensemble dans la concession automobile, à la recherche de la perle rare. Un vendeur vint tout de suite à leur rencontre, accaparant le mâle du groupe. Amusées, les deux femmes restèrent en retrait, jusqu'à ce que la brune commence à en avoir marre du petit manège odieux du commercial.

- Madame Mills ! Je ne vous avais pas reconnu. Shériff…

- Je cherche une camionnette pour effectuer des livraisons. De préférence réfrigérée.

- J'ai ce qu'il vous faut ! Je viens de recevoir un tout nouveau modèle, avec toutes options. Vous m'en direz des nouvelles !

- Je pense qu'une occasion sera suffisante.

Le vendeur parut déçu de voir une belle vente lui passer sous le nez, mais la présence des deux shériffs lui intimait de rester stoïque.

- J'ai quelques modèles, derrière le magasin. Suivez-moi.

Le trio secoua la tête, devant l'expression découragée du vendeur. Après avoir essayé deux types de modèles différents, et en suivant les conseils de David, Regina acheta une camionnette, qui nécessitait quelques réparations, mais à un prix fort concurrentiel. Lorsque le trio se retrouva sur le trottoir, David se tourna vers le couple et posa une question, embarrassé.

- Hum… Je me demandais… Est-ce que ça intéresserait Henri de faire les réparations avec moi ? Pour qu'on puisse passer du temps ensemble ? Et puis, c'est important de savoir réparer une voiture, en cas de panne. Et puis, je…

Devant l'air amusé des deux femmes, David se rembrunit. Emma jeta un coup d'œil à sa brune, qui comprit instantanément le message.

- Bien sûr David, il pourra vous accompagner dans votre tâche. Il a besoin de passer du temps avec d'autres personnes que nous. Et puis, faire des travaux manuels, c'est très formateur.

Emma s'approcha de l'ancienne reine et déposa un baiser sur sa joue. Cette dernière lui sourit et prit sa main dans la sienne.

- Merci beaucoup, ça me fait réellement plaisir de passer du temps avec mon petit-fils. Je vous laisse, passez une bonne soirée.

- Merci encore David, votre aide m'a été précieuse.

- De rien.

Il partit de son côté, laissant le couple discuter.

- Mon père était trop mignon, à demander de voir Henri, comme si c'était un caprice.

- J'aurais pu le torturer encore un peu…

- Regina ?

- Je plaisante, naturellement.

- Mais bien sûr.

Elles s'esclaffèrent et rentrèrent, pour annoncer la bonne nouvelle à leur bambin.