Chapitre 36 : nuit de terreur
Regina était toujours figée, la respiration bloquée. Elle n'avait d'yeux que pour son enfant, à moitié inconscient, et ne se débattant pas dans l'étreinte forcée. Elle parvint à redresser la tête et déglutit bruyamment.
- Par pitié, pas lui. Fais de moi ce que tu veux, mais pas lui. C'est un enfant. Pitié…
- J'adore quand tu sais revenir à ta place. Implore-moi encore, je sens que je vais y prendre goût.
Elle esquissa un geste du bras, pour protéger Henri, mais un sourire malveillant lui répondit.
- Tss, mais qu'escomptes-tu faire ? Reste sage, sinon, il y aura des victimes. Et je ne serai pas tendre, gamin ou pas.
Elle laissa retomber son bras le long de son corps, et pensa à Emma, qui devait bientôt partir du poste. Elle sut néanmoins que le temps que la blonde arrive, il serait probablement déjà trop tard. Son regard chercha une échappatoire, n'importe quoi qui aurait pu l'aider, mais rien ne pouvait lui servir, sans mettre Henri en danger.
- S'il te plaît…
- Dis-moi, plutôt, comment as-tu trouvé ma mise en scène ? Appropriée ? Ou bien en ai-je trop fait ? Je ne saurais le dire de moi-même.
- Je te suivrai où tu voudras. Lâche-le, il ne te sert à rien, je ne peux pas me battre. Tu as gagné… Pitié…
Un rictus carnassier apparut sur le visage de l'homme en face d'elle. Il avait tant attendu pour voir ce jour, il allait en profiter autant qu'il le pouvait.
- Tu sais, l'Enfer est relativement froid, en réalité. Mais ta venue en ce monde, lorsque tu as été poignardée, a fait l'effet d'une vague dévastatrice. Les remous que tu as provoqués, en réussissant à te libérer, m'ont également sorti de ma torpeur. Et je me suis accroché à toi, sans que tu ne t'en aperçoives. Revenir a été une expérience… Douloureuse. Mais j'ai réussi à m'en sortir, après tout ce temps. Et aujourd'hui, tu dois payer pour tes crimes, majesté ! Mon crime !
Sans relâcher le bambin, l'homme se saisit d'une arme à feu. L'ancienne reine entrouvrit la bouche, incapable de produire le moindre son, sentant son heure arriver. Elle devait absolument tenter le tout pour le tout. Il en allait de la vie de son fils. Aussi, dans un dernier soubresaut de courage et de colère, elle libéra ce qu'il y avait de pire en elle, l'Evil Queen. Elle préférait se consumer avec cette abomination, plutôt que de laisser son enfant être blessé, ou pire.
L'homme ne reconnut pas tout de suite son ennemie. Il ne prit conscience de la dangerosité de la femme en face de lui que tardivement, ne parvenant pas à croire que Regina Mills préférait se sacrifier, plutôt que de faire courir le moindre risque à l'enfant. Les yeux bruns se parèrent de violet, un sourire mauvais aux lèvres, et une silhouette soudainement aguicheuse, et non plus prostrée et tremblante. La tête haute, les yeux scintillants d'une lueur diabolique, et le port altier, l'Evil Queen prenait enfin toute son ampleur.
- Hé bien, j'en connais un qui prend ses aises. Mais, n'est-il pas dangereux d'acculer une femme, qui a failli déjà tout perdre ?
- N'avance pas, ou je tue le gamin !
- Oh, mais je n'ai pas besoin de te toucher pour te massacrer. Un peu d'imagination, que diable ! Voyons voir, que pourrais-je faire ? T'arracher les ongles ? Non, trop commun… T'émasculer ? Déjà fait, non ?
Un rire rauque s'échappa de la gorge de la sorcière, qui jouait avec sa victime, tel un chat avec une malheureuse souris.
- Ceci n'était pas prévu au programme… J'avoue que je suis perplexe. Je devrais peut-être m'extirper de ce mauvais pas…
- Tu peux essayer, en effet. Ça ne fera que retarder l'inévitable. Tu devrais savoir que lorsque je traque une proie, elle ne m'échappe jamais.
- Et la sauveuse ? L'exception qui confirme la règle ?
- Ravale tes paroles, esclave !
- Je ne suis plus ton esclave, reine arrogante !
- C'est ce que je vois, chasseur…
Graham, sans rien montrer, pinça durement l'enfant, afin de le réveiller complètement. Un plan abject venait de prendre racine dans son cerveau, avide de vengeance. Henri se redressa brutalement, sous l'effet de la douleur et scruta sa mère. Alors que l'Evil Queen s'apprêtait à lancer une boule de feu sur l'homme, le gamin regimba, les yeux tellement écarquillés de terreur, qu'il faillit se faire brûler. Dans la panique de l'attaque ratée de la sorcière, l'enfant avait réussi à se défaire de l'étau du chasseur, et était tombé à terre, mort de peur, en voyant la couleur des yeux de sa mère, et la grimace de fureur qui ornait son visage. L'Evil Queen eut une seconde d'hésitation, par un bref sursaut de Regina, voulant protéger son enfant, plutôt que de punir le malotru. Ce dernier en profita pour sauter par la fenêtre, afin de sauver sa peau. Il n'était pas assez fou pour se dresser face à un tel monstre. Quelques secondes suffirent au chasseur, pour disparaître dans la nuit. La sorcière se précipita vers la fenêtre, essayant de percer l'obscurité, en vain. Un poing rageur s'abattit sur le chambranle, laissant une marque dans le bois. Elle se retourna et vit l'enfant, terrorisé, se blottissant contre le mur, tentant de se soustraire à sa colère. Alors qu'elle le dévisageait, ne sachant quoi faire, il commença à hyperventiler, et ne put retenir un cri de frayeur.
L'Evil queen narguait le bambin, ressentant Regina se battre sous sa peau, pour retrouver la surface, maintenant que tout danger était écarté. L'Evil Queen ajustait sans cesse sa prise sur ce corps, plus faible qu'autrefois. Elle s'intéressa soudain à l'enfant de son parasite, et des idées s'affolèrent en elle. Ses yeux, toujours parés de violet, scrutaient le gamin, qui hurlait sans discontinuer. Elle voulut le calmer, malgré tout, mais en s'approchant pour le prendre dans ses bras, Henri se recroquevilla et la repoussa sans ménagement. Il voyait encore Mary-Margareth, dans le même état, n'hésitant pas à l'enfermer pour être tranquille. Il essaya de s'échapper, mais fut vite rattrapé par une main sur son épaule. Il cria davantage, se débattant pour se libérer. La sorcière perdait patience et faillit lui coller une gifle, pour le faire taire. Regina la retenait de toutes ses forces, protégeant son enfant envers et contre elle-même.
La porte s'ouvrit brutalement, laissant la shériff entrer précipitamment dans la chambre. Elle contempla le tableau qui s'offrait à sa vue. Les deux protagonistes s'étaient figés, devant l'intrusion furieuse de la blonde. Cette dernière fronça les sourcils, ne comprenant pas ce qu'il se passait ici. Puis, elle vit Henri ramper jusqu'à elle et attraper son pantalon d'une main tremblotante, des larmes ravageant son visage poupin. Il hoqueta, puis réussit à balbutier quelques mots.
- Emma, c'est pas maman, c'est le monstre !
- Henri, de quoi tu parles, enfin ?
La sauveuse ancra ses prunelles émeraudes dans celles de sa compagne, et vit la couleur violette. Elle frissonna, comprenant enfin les paroles de son fils.
- Oh mon dieu…
- Il n'a rien à voir là-dedans. Que faisons-nous, sauveuse ? Nous nous entre-tuons ? Ou prenons-nous le thé ?
- Regina… Tu peux lutter, je t'en prie. Ne la laisse pas gagner, elle va tout détruire… Réveille-toi !
- Elle a délibérément consenti à ma libération. Je ne vais pas me laisser enfermer à nouveau, sans me battre, sauveuse.
- Regina, tu es plus forte que l'Evil Queen, tu l'as déjà combattu, tu peux le refaire. Pense à tout ce que nous avons aujourd'hui. Notre famille, ton nouveau travail, nos amis. Ne la laisse pas nous arracher tout ça. Combats-la !
La sorcière la narguait, un sourire cruel toujours peint sur son beau visage. Puis quelque chose se fendilla. Ce fut bref, mais Emma perçut la lutte intérieure qui faisait rage dans le corps de sa compagne. Henri fixait sa mère adoptive, horrifié par la situation. Regina l'avait toujours protégé, au péril de sa propre vie. Et soudainement, il était revenu dans un monde désespéré, où la femme qui était censée l'aimer plus que tout, devenait sa plus grande frayeur. Il se raccrochait à sa mère biologique, tel un naufragé à sa bouée. Emma ne bougeait toujours pas, redoutant les réactions violentes de l'Evil Queen, et sachant que leur fils était sur la trajectoire de potentielles attaques.
Les yeux de la sorcière, après quelques seconds qui parurent des heures, redevinrent complètement violets. Emma en frissonna de dégoût. La femme qu'elle aimait venait de se faire balayer par ce monstre. Elle sut dans l'instant ce qu'elle devait faire, et cela lui brisa le cœur. La brune ne lui pardonnerait peut-être pas son geste. Mais c'était une nécessité absolue, pour mettre tout le monde à l'abri des déferlements violents de la sorcière. Aussi, se concentra-t-elle sur sa propre magie, tout du moins ce qu'il en restait, et ses yeux changèrent de couleur à leur tour. Elle ne prononça pas une seule parole, mais ses mains se crispèrent, lorsqu'elle projeta toute sa puissante magie blanche sur l'Evil Queen, qui cilla. Cette dernière se reçut l'attaque de plein fouet, et tenta de l'absorber. Mais alors qu'elle se démenait pour contrecarrer la magie pure de la sauveuse, qui semblait soudainement épuisée, Regina en profita pour l'assaillir de l'intérieur et lui soustraire le contrôle de son corps. La lutte fut brève, mais intense. La lueur violette disparut des prunelles de l'ancienne reine, qui haletait sous l'effort consenti pour se libérer de l'emprise de la sorcière malveillante. Regina s'appuya contre le mur, peu certaine que ses jambes la soutiennent encore longtemps. Elle releva lentement la tête et vit que la sauveuse n'était guère mieux. Quant à Henri, il était toujours cramponné à cette dernière et avait caché son visage dans les jambes de sa mère blonde. Elle étouffa un sanglot, qui menaçait de la submerger. Elle avait été stoppée par Emma, au prix d'un énorme effort. Des cernes bleutés apparaissaient progressivement sous les yeux de la shériff, et son regard fixait le vague, sans but précis. Regina ne put prononcer que quelques mots.
- Emma… Je suis désolée, je n'aurais jamais cru devoir y faire face aussi vite.
- Mais ça va, maintenant ? Hein ? Ça va ? Tu es toi ?
- Maman, le monstre est parti ?
- Oui, mon chéri. Emma a vaincu le monstre.
- Vaincu est un bien grand mot.
- Emma, je… Je suis désolée… Mais j'ai eu tellement peur… Et je n'ai pas vu d'autres solutions. J'ai commis une erreur…
- Nous reparlerons de ça demain. Pour l'heure, nous sommes épuisées, Henri est apeuré, et je doute que la soirée soit joviale. Alors on va grignoter un truc, et dormir. Je tiens à peine debout…
- Oui, bien sûr, tu as raison…
Les épaules voûtées et les yeux hagards, les deux femmes descendirent l'escalier. Henri était toujours collé à sa mère blonde, et ne cessait de jeter des regards confus à la brune.
À la cuisine, le dîner fut vite mis de côté, au profit de quelques biscuits rapidement avalés. Henri émiettait son cookie, terriblement nerveux. Il avait tant de questions à poser. Mais le visage de la shériff était fermé, et dur. Elle ruminait ses pensées, faisant presque abstraction des personnes qui lui jetaient des regards en coin, comme si elle avait toutes les réponses. Regina était tassée sur sa chaise, essayant de mâcher une pomme, en vain. Elle souffla, au bord des larmes, et repoussa son maigre dîner. Elle voulut remettre une mèche rebelle dans la chevelure de son fils, mais ce dernier s'écarta vivement, la fixant d'un air horrifié.
- Henri, je ne vais pas te faire de mal…
- Je sais…
Le ton de l'enfant laissait clairement entendre le contraire. Devant la mine défaite de sa compagne et l'attitude renfermée de son fils, Emma décida d'aller se coucher. Elle n'avait pas desserré les dents, mais ressentait les effets néfastes de l'utilisation, à pleine puissance, de sa magie. Regina semblait comme anesthésiée et ne se rendait pas compte de l'état d'usure de la blonde. Après avoir mis leurs couverts dans le lave-vaisselle, tout le monde monta se coucher promptement, ne souhaitant pas éterniser cette farce de soirée familiale.
Alors qu'Emma enfilait son pyjama, Henri l'appela pour son bisou, nonobstant ostensiblement la brune, qui lança un regard éploré à sa conjointe. Celle-ci haussa les épaules et sortit de la chambre parentale, pour dire bonsoir à l'enfant, qu'elle trouva blotti dans sa couette.
- Hey, gamin, c'est fini… Tu vas pas avoir peur, alors que tu es l'homme de la maison ?
- Maman, elle était comme Mary-Margareth, quand elle m'a enfermé. Et elle avait l'air terrifiante. C'était comme si je n'étais plus son fils…
- Henri, ne dis pas ça. Ta mère s'est battue pour revenir vers nous, et elle a réussi. Tu ne dois pas avoir peur d'elle. L'Evil Queen est repartie dans les ténèbres.
- Et elle va pas revenir ?
- Je ne vais pas te mentir. Elle pourrait revenir. Mais je serai là pour que rien ne t'arrive. Tu sais que nous t'aimons, hein, mon grand ?
- Mais c'est pas sûr !
- S'il te plaît, Henri. Regina est de retour, la vilaine sorcière n'est plus là. C'est tout ce qui compte, tu ne crois pas ?
- Je sais pas.
Emma souffla, ne sachant comment rassurer le bambin.
- Tu sais quoi, Henri ? Demain, nous parlerons de ce qu'il s'est produit ce soir. Mais pour l'heure, nous sommes exténués, il faut dormir. Et tu auras le droit à un petit-déjeuner de champion ! D'accord ?
L'enfant hocha la tête, ne quittant pas la shériff des yeux.
- Tu peux laisser la porte ouverte, s'il te plaît ?
- Bien sûr, mon grand.
Après un bisou volant, Emma revint dans sa chambre, trouvant sa compagne couchée, mais extrêmement nerveuse. La blonde s'avança vers elle et se faufila sous la couette, un air triste sur le visage. Elle se tourna vers la brune.
- Hey, chérie. Comment te sens-tu ?
- Idiote, humiliée et sale.
- Je veux dire, physiquement ?
- C'est le cadet de mes soucis.
- Parle-moi, je t'en prie…
- Tu te rends compte que mon propre fils a peur de moi ?!
- Il a vécu des choses traumatisantes, ce soir. D'ailleurs, je ne sais toujours pas le pourquoi du comment. Pourquoi as-tu fait jaillir l'Evil Queen ?
- Parce que je sais maintenant que je ne suis pas folle. Il y a bien quelqu'un qui se joue de moi depuis des semaines.
- Qui ?!
- Graham…
- Mais… Il est mort… Comment ?
- Je te raconterai demain.
- Ne sois pas si fermée…
- Emma, tu as utilisé ta magie pour annihiler la mienne, c'était très dangereux ! Tu aurais pu être blessée, ou moi. Et Henri ?
- Ne me rends pas responsable de ce bordel !
- Ce n'est pas ça… Mais je me sens si humiliée. Incapable de protéger mon enfant, sans devenir une menace pour lui. C'est … Pathétique.
- Tu as fait ça pour le préserver !
- Le remède a été pire que le mal ! Tu as vu la façon dont il me regarde ? Je suis un monstre…
- Regina…
La brune se tourna de l'autre côté, laissant Emma contempler son dos. Cette dernière soupira et en fit de même, la discussion n'étant visiblement pas de rigueur ce soir. Elle voulut draper le ventre de sa compagne de son bras, mais cette dernière la repoussa d'une pichenette du bassin. Emma resta prudemment de son côté du lit, à son plus grand désarroi.
À peine la lumière éteinte, la sauveuse se tourna et se retourna dans le lit, incapable de trouver sa place. Elle était pourtant épuisée, sa réserve magique quasiment tarie. Elle n'en voulait pas à la brune, qui avait fait en sorte de chasser l'importun, mais les conséquences seraient visibles pendant quelque temps encore. Alors qu'elle tapait dans son oreiller, afin de le regonfler, elle entendit des pleurs étouffés. Elle se retourna vers la brune, mais écouta sa respiration lente, signe de son endormissement profond, malgré quelques soubresauts. Elle tendit l'oreille et comprit que les sons provenaient de la chambre du gamin. Elle sortit doucement du lit, délaissant la couette ouverte sur son côté, et se rendit auprès de son fils. Lorsqu'elle poussa la porte, elle vit une boule formée par la couette et le corps de l'enfant. Elle se rapprocha et murmura, pour ne pas l'effrayer.
- Hey, Henri. Tu fais un cauchemar, réveille-toi…
- Je dors pas !
Emma tressaillit presque en entendant le ton perdu et en colère du petit.
- Pourquoi ? Tu es fatigué, tu vas être ronchon demain.
- Parce que maman, elle est… Pas comme d'habitude.
- Je t'ai dit que tout était revenu à la normale. Je sais que tu viens de vivre une expérience difficile, mais ne rejette pas Regina, elle ne le mérite pas.
- Mais elle a voulu me faire du mal ! Je suis qu'un enfant, je peux pas me défendre ! Si tu n'étais pas revenue, je serai mort !
- Ne dramatise pas. Tu as bien vu la façon dont elle a combattu l'Evil Queen, justement pour ne pas te blesser.
- T'en sais rien…
- Si, Henri, je le sais. Parce que j'aurais fait pareil. C'est ça, être une maman. C'est se surpasser en cas de nécessité, afin de protéger sa famille. Tu sais, dans la savane, personne ne s'en prend aux petits de la maman lionne. À moins d'être particulièrement stupide et suicidaire. Regina est pareille.
- Mais c'est pas une lionne.
- Non, mais c'est tout comme, dès qu'il s'agit de toi.
- Je veux pas la revoir…
- Henri ! Ne fais pas ça, tu lui briserais le cœur.
- Bah, elle a pas hésité, elle…
- Arrête, tu dis des bêtises, c'est la colère qui parle. Je vais rester avec toi, pour que tu puisses t'endormir, d'accord ?
- Oui. Mais dans tes bras, maman. Je veux un câlin. Un énorme câlin…
- Et tu l'auras, mon fils.
Un doux sourire s'installa sur le visage fatigué de la sauveuse. Elle se cala contre le corps du petit, et passa son bras au-dessus de sa tête. Elle mit son autre main sur son ventre, en signe de protection. Henri se précipita dans l'étreinte chaude et bienveillante. Il se détendit enfin et s'endormit rapidement, sans demander son reste. Emma le suivit de près, après s'être assurée du bien-être du bambin. Elle parvint à se relaxer et à écouter son corps, qui réclamait un sommeil réparateur.
Tapie dans l'ombre du couloir, Regina s'était levée, en sentant le vide et le froid à côté d'elle dans le lit. Elle avait entendu toute la conversation entre la mère et le fils. Elle était dévastée par les paroles murmurées. Son propre enfant avait peur d'elle. Il la percevait comme un monstre. Elle s'enfuit presque dans sa chambre, et s'enroula dans la couette, vidée de toute émotion. Elle venait de détruire des mois de bonheur et de redécouverte de la confiance de son fils, à cause de ce mécréant. Le chasseur avait foulé aux pieds sa famille et son équilibre mental. Si elle le retrouvait, elle le tuerait, à nouveau. Puis elle se souvint que sa magie était épuisée, ou presque. Elle n'allait pas tomber aussi bas que Mary-Margareth, en se laissant consumer par la sorcière. Elle se ramassa sur elle-même, s'enfonçant toujours plus dans un abîme de désespoir. Ses plus grandes peurs étaient en train de prendre vie. Elle allait perdre son enfant, sa conjointe, son boulot, et même sa maison, et finir internée ou tuée. Finalement, ce rêve éveillé n'avait fait que retarder l'échéance de sa déchéance. Elle commença à sangloter dans son lit, la tête dans l'oreiller, afin d'atténuer les bruits. Elle était au comble du chagrin et se sentait si seule. Au bout de plusieurs minutes, sa taie devint mouillée de larmes, elle se leva alors, frissonnant de froid et d'abattement. Elle fit quelques pas pour atteindre la salle de bain, mais ses forces l'avaient quittée. Elle s'effondra bien avant d'atteindre son but, sur la moquette moelleuse. Elle était profondément affaiblie par la soirée, et l'apparition de l'Evil Queen, puis son combat interne pour la chasser, avait drainé ses dernières forces. Elle voulut même ramper jusqu'à la pièce adjacente, mais n'y parvint pas. Elle roula sur le dos, déchirée par ses sanglots.
Alors qu'elle avait déjà pleuré depuis de trop nombreuses minutes, elle sentit la fatigue la gagner enfin. Elle appelait de tous ses vœux le sommeil, lui permettant d'oublier, pour un temps au moins, la triste réalité. Malheureusement, l'accalmie fut de courte durée. Des sueurs froides la réveillèrent brutalement, et son esprit revint à la charge, ne lui laissant pas une minute de répit. Elle se maudissait pour sa faiblesse. Depuis des mois, elle se laissait aller dans les bras de la sauveuse, lui laissant prendre les décisions. Jamais elle ne s'était sentie si stupide, telle une femme au foyer, qui s'était oubliée dans son propre rôle. Ses perspectives semblaient bien minces. Elle était physiquement éreintée, ses muscles endoloris. Elle aurait eu besoin des bras forts et protecteurs de la blonde, qui aurait pu lui murmurer des mots rassurants. Au lieu de cela, elle gisait au sol, incapable de trouver le courage de se relever. Elle était tombée bien bas. La puissante reine n'était plus qu'une femme désappointée par la vie, dans un corps faiblard. Elle sombra dans ses pensées mortifères, ne trouvant personne susceptible de l'aider. Elle voyait en Emma, une mère de substitution pour Henri, le duo fonctionnant très bien sans elle. Après tout, elle était la cible d'un homme désireux de se venger, et de la tuer. Elle mettait sa précieuse famille en danger en restant à leurs côtés. Tout était de sa faute. Son existence même était la source des maux qu'enduraient les personnes chères à son cœur. Il fallait qu'elle se rende à l'évidence, elle était devenue un poids pour sa famille. Emma croulait sous les heures supplémentaires, afin de les maintenir financièrement à flot. Henri roulait des mécaniques, lorsqu'elle venait le chercher à l'école, afin que personne ne vienne l'embêter, elle. Elle s'en était parfaitement rendu compte, mais auparavant, elle voyait ces attentions comme autant de preuves d'amour. Aujourd'hui, elle comprenait que tout le monde la couvait, elle, la femme fragile et détestée. Pourquoi restaient-elles à Storybrook ? Bien sûr, il y avait David, qui restait la seule figure paternel de leur fils. Et puis, leurs amis, qui se comptaient sur les doigts d'une main. Leurs boulots respectifs les maintenaient également au port. Même si Regina aurait très bien pu s'établir ailleurs. D'ailleurs, son commerce de traiteur aurait bien mieux fonctionné. Quant au manoir, si Gold en voulait, pourquoi ne pas le lui céder ? Mais cela signifiait également perdre le peu de stabilité qu'elles avaient. Elle était rongée par ce dilemme, partir ou rester ? Finalement, peu importe, Graham la retrouverait toujours. Au moins, ici, elle était en terrain connu et savait à qui elle pouvait encore se fier.
Après bien des atermoiements, elle rebascula aux pays des rêves et cauchemarda. Elle voyait Henri se faire massacrer par le chasseur, et elle, immobile, incapable de sauver son enfant. Elle voyait Emma à terre, gisant dans son propre sang, mise hors de combat et vaincue définitivement. Elle s'éveilla à nouveau en sursaut, transie de froid, recroquevillée sur le sol. Elle se redressa difficilement, et lut l'heure sur l'écran du réveil. Il était trois heures du matin. Elle se retourna sur le dos, en se laissant lourdement tombée. Elle était encore plus épuisée que lors de son coucher, si une telle chose était possible. Elle serra les dents, ses lèvres devenant un mince filet blanc, accentué par la frustration qu'elle irradiait par tous les pores de la peau. Elle était désorientée et ne savait plus où en étaient ses sentiments, exacerbés par la peur. La peur était pourtant la plus mauvaise conseillère, et elle était parfaitement consciente. Mais sans aucun appui pour la guider, elle trouva refuge dans ses vieux démons. Elle parvint jusqu'à sa table de chevet, ne sachant trop par quel miracle, avant d'en ouvrir le tiroir. Elle farfouilla péniblement dedans, jusqu'à ce que ses doigts effleurent l'objet recherché. Elle le sortit précautionneusement et resta dans l'obscurité, jouant avec son destin.
Au bout de quelques minutes, elle n'y tint plus, et approcha l'objet métallique de son avant-bras. Elle laissa entendre un gémissement, signe de son espérance évanouie. Elle apposa la lame du petit couteau sur son poignet. Elle le gardait toujours à portée de mains, dans sa chambre, au cas où, pour se défendre, en cas de dernier recours. Aujourd'hui, néanmoins, il lui permettrait de s'échapper de cette vie fade, et ainsi de protéger, par ce dernier geste, sa famille qu'elle aimait tant. Elle pressa un peu plus le bord tranchant le long de sa veine ressortie. Elle inspira un grand coup et commença à trancher la peau, espérant que l'agonie soit rapide. Mais avant d'avoir réellement compris ce qu'il se passait, une masse la bouscula et frappa le couteau, qui finit sa course à quelques mètres de là.
Emma venait de débarquer à pleine vitesse dans la chambre conjugale, réveillée par un puissant sentiment, où se mêlait la peur, l'angoisse, la tristesse et une solitude écrasante. Elle tâtonna à la recherche de l'interrupteur de la lampe de chevet, et parvint à illuminer la pièce. Ce qu'elle vit lui déchira le cœur et les entrailles. Regina était pressée par terre, le poignet en sang, de larges sillons, creusés par les larmes, maculaient son beau visage. Elle regardait dans le vague, totalement étrangère à sa conjointe, qui venait pourtant de lui sauver la vie. Emma mordit sa lèvre inférieure violemment, afin de ne pas hurler sa colère. Mais elle ne retint pas sa gifle. Le son se répercuta contre les murs, sortant la brune de son hébétude. Cette dernière porta son regard sur la blonde, qui pleurait à chaudes larmes. Elle fronça des sourcils et réussit à ouvrir la bouche, désorientée.
- Emma ? Mais… Pourquoi ?
- Tu allais te tuer ! Merde ! Pourquoi ? Mais pourquoi tu nous aurais laissés seuls, Henri et moi ? Nous ne méritons pas que tu te battes pour nous ?!
- Non… C'est pour … Vous protéger… Tu ne comprends pas. Si je meurs, vous êtes sauvés ! C'est pour vous…
L'ancienne reine éclata en sanglots, tâchant la moquette de son sang. Emma était décontenancée par l'effondrement si rapide de sa compagne. Elle ne savait pas si elle devait la prendre dans ses bras et la bercer ou la secouer comme un prunier, afin de lui faire entendre raison.
- Regina, écoute-moi. Tu ne refais jamais ça. Qu'importe la raison. Il nous reste des années à vivre ensemble, et je ne veux pas les gaspiller à me faire du souci, dès que j'ai le dos tourné. Je n'y arriverai pas.
- Mais, j'ai mis Henri en danger ! Si tu n'étais pas arrivée, Dieu sait ce que j'aurais pu lui faire ! Je suis un monstre !
- NON ! Tu es ma femme, et je t'interdis de mourir, idiote !
À son tour, Emma explosa en sanglots redoublés, incapable de contrôler la peur qui l'étreignait. Elle prit le visage de la brune dans ses mains et planta son regard émeraude dans les billes chocolat.
- Tu te rends compte que j'aurais pu mourir, si tu avais réussi à t'ouvrir les veines ? Ce n'est pas un sacrifice consenti des deux côtés. Tu m'aurais tué également ! Et Henri aurait été tout seul dans la vie, sans parent ! Je t'aime, alors dis-toi que ce n'est pas une option pour moi. Je t'interdis de te faire du mal. Tu m'entends ? Je ne veux pas qu'il t'arrive quelque chose. Je me suis vue revenir des mois en arrière, à l'hôpital, alors que je pensais te perdre à jamais. Plus jamais, Regina, on est bien d'accord ?
- Je suis désolée, Emma, je suis si désolée ! Je suis nulle ! Je ne fais que te donner du souci. Tu prends toujours tout sur toi, et moi, je ne sers à rien. Je suis un fardeau.
- Ne dis pas ça, c'est faux…
Emma vit le teint de l'ancienne reine devenir de plus en plus blafard. Elle prit délicatement le poignet blessé dans sa main et le tourna vers la lumière.
- Tu ne t'es pas loupée… Bouge tes doigts, s'il te plaît.
Regina obéit et remua ses extrémités, sans trop souffrir.
- Bon, ça a l'air d'aller de ce côté-là. On va se diriger vers la salle de bain, et nettoyer ta plaie. On ira voir Whale demain pour s'assurer que tout va bien. Tu peux te lever ?
- Je ne crois pas…
À nouveau un sanglot étranglé s'échappa de la gorge de Regina, et Emma souffla. Elle la prit dans ses bras et la porta jusque dans la pièce adjacente. Elle la déposa sur le tabouret et prit le nécessaire dans l'armoire à pharmacie pour nettoyer et bander la blessure. Elle imbiba un coton d'alcool, et l'appliqua généreusement sur la plaie.
- Voilà, au moins, ça ne risque pas de s'infecter. Tends ton bras, je vais mettre de la gaze et le bander.
La brune obéit à nouveau, tranquillisée par la présence de sa conjointe. Une fois le pansement parfaitement fermé, Emma se rapprocha d'elle et lui embrassa le front.
- Mon Dieu, ce que tu m'as fait peur. J'ai vraiment eu la trouille. Tu peux te vanter de me faire accourir vers toi en quatrième vitesse.
- Emma…
Regina semblait tomber de sommeil. Aussi, dans un dernier effort, la shériff la reprit dans ses bras et la déposa sur le lit. Elle lui fit avaler un grand verre d'eau, avant de la voir sombrer dans les limbes. Elle souffla, soulagée, et veilla sa compagne le reste de la nuit, s'assurant par moment que leur fils dormait profondément lui aussi. Elle ne dormit plus, vigie efficace du sommeil de sa famille.
Le réveil fut nettement plus compliqué pour les deux marmottes. Emma avait patienté le plus longtemps possible, mais ses yeux papillonnaient et la brûlaient. Elle se pencha tout d'abord sur Regina, la réveillant tendrement, avec de doux baisers dans les cheveux et des mots amoureux murmurés à son oreille. Elle s'en voulait encore pour la gifle, mais ne parvenait pas à la regretter réellement. Sa souffrance avait été si aiguë en voyant le corps agonisant de la femme qu'elle aimait, que sa réaction n'avait été dictée que par sa terreur et sa colère. Ce matin, elle dorlotait sa compagne, prise dans l'étau de la culpabilité, mais ne souhaitant pas s'étendre sur la question. Elle se persuadait qu'elle avait fait ça pour leur bien. Pour faire revenir Regina, et la sortir de ses idées suicidaires. Elle sentit la brune bouger, et s'éveiller progressivement. Regina leva une paupière, puis les deux, avant de regarder la blonde et de se crisper. Elle voulut se redresser, mais la tête se mit à lui tourner.
- Oh, ça tourne sévèrement…
- C'est ce qui arrive quand on perd du sang et que l'on mange peu.
L'ancienne reine souffla un rire triste. Elle ne s'attendait pas à avoir le moindre signe de compassion de la part de la femme qui l'avait toujours soutenu, dans les plus grandes tragédies de sa vie. Elle avait fait n'importe quoi cette nuit. Malgré les attentions d'Emma, le réveil fut brutal, son esprit continuant de la torturer. Elle vit que le regard posé sur elle était néanmoins toujours emprunt de tendresse et d'amour, ce qui la rasséréna quelque peu.
- Tu m'as veillé ?
- Bien sûr. Je ne voulais pas que tu te sentes abandonnée à nouveau. Excuse-moi, j'ai manqué de psychologie hier soir, en te laissant seule. J'y ai pensé toute la nuit, et je m'en veux. Je ne te croyais qu'à moitié quand tu disais qu'il y avait quelqu'un qui te jouait des tours.
- C'était Graham. Il a réussi à entrer dans la chambre d'Henri et à le menacer. Il était déjà inconscient. Je ne pouvais rien faire. Alors, j'ai fait le pire des choix. Ça a fonctionné, il est parti. Se retrouver devant l'Evil Queen inspire toujours l'effroi. Mais ensuite, j'ai pas pu revenir. Elle a pris le contrôle, et j'ai failli attaquer notre fils… Mon Dieu, heureusement que tu as débarqué… Qu'allais-je faire ?
- Hey, je crois que tu as chèrement payé ton erreur, non ? Tu as failli mourir, et je ne suis pas arrivée à temps pour que tu ne te blesses pas. Quel couple formidable nous formons…
Avec un léger sourire aux lèvres, la shériff réconforta sa reine, durant de longues minutes. Puis elle s'éloigna un peu d'elle, et lui prit le menton entre ses doigts.
- Bien, maintenant, je vais aller réveiller Henri, pendant que tu prépares les boissons chaudes. Je m'occupe de cuisiner, ne salis pas ton bandage.
Regina opina du chef et Emma se leva, pour enfiler un sweat-shirt et se dirigea vers la chambre du bambin.
Elle entra doucement, et entrouvrit les rideaux, pour chasser les dernières ombres de la nuit. En se retournant, le visage serein du petit endormi lui fit chaud au cœur. Elle se mit à genoux au pied du lit, et caressa la bouille d'ange.
- Hey, Henri, petit-déjeuner ?
- Mmm, dodo…
- Tu préfères dormir, plutôt que de manger des gaufres ?!
- Des gaufres ?
- Parfaitement, monsieur.
- Ouais, t'es trop cool, maman.
- Je ne suis pas la seule à être cool, champion.
Le gamin plissa le front, et se remémora la soirée traumatisante qu'il avait vécue. Il écarquilla les yeux et se tassa sur lui-même. Emma ne perdit pas une miette des sentiments contradictoires qui traversaient son enfant. Elle lui sourit, afin de l'apaiser.
- Regina est redevenue totalement elle-même, tu n'as rien à craindre. Tu sais, elle a fait ça pour te protéger. Et elle s'en veut que tu aies pu voir une partie si sombre d'elle-même. Mais n'oublie jamais, champion, elle t'aime, plus que sa propre vie. Et elle l'a encore prouvé hier soir. Elle a préféré sacrifier sa santé mentale, plutôt qu'il t'arrive quoi que ce soit. Le petit opina du chef, méfiant malgré tout.
- Et le vilain monsieur, tu vas l'arrêter ?
- Henri, lorsque je croiserai cet homme, mieux vaut que ton grand-père soit là aussi. Personne ne touche à ma famille.
L'enfant frémit, devant les prunelles vertes, qui s'étaient passablement assombries. Il comprit que cet homme passerait un sale quart d'heure. Mais il revint bien vite à un sujet nettement moins polémique.
- Donc j'ai droit à des gaufres ?
- Oui, et c'est moi qui vais les faire !
- Et … Maman ?
- Maman est blessée, Henri. Alors il faut être gentil avec elle, d'accord ? Je sais que ça risque d'être compliqué pour toi, mais je t'en conjure, ne la rejettes pas. Tu es tout pour elle.
- Je serai grand, et je vais lui faire un câlin. Je sais qu'il y a deux personnes en maman.
- Exactement. Et elle a âprement lutté pour revenir vers toi, qu'importe le prix.
Henri prit un air solennel et se leva, prenant la main de la blonde.
- Bon, on y va, maman ?
- On est parti !
Ils descendirent les escaliers, retrouvant Regina dans la cuisine, qui disposait les tasses sur la table. Elle leur sourit timidement, attendant leur verdict. Henri, après avoir jeté un dernier regard à la shériff, s'approcha graduellement de sa mère brune, et l'enlaça. Elle haleta au contact merveilleux, et resserra son bras valide autour de son enfant.
- Merci Henri, ça compte tellement pour moi.
- Je sais que tu me protégeras toujours, je suis désolé de t'avoir dit des choses méchantes.
- Je comprends, tu avais peur, c'est normal.
Emma cuisina les gaufres, et sortit un pot de chocolat à tartiner. Tout le monde se précipita sur le festin, dans un silence apaisé. Lorsque les derniers vestiges du repas disparurent, Emma se redressa, soudainement très sérieuse.
- Bien, maintenant, vous m'écoutez. Vous allez vous lavez, et nous filons à l'hôpital, pour ton poignet. Ensuite, je vous dépose chez Ruby, qui va veiller sur vous. Interdiction de rester seuls, tous les deux. Je me charge de Graham, avec David.
Regina se garda bien d'émettre la moindre objection. Elle était toujours épuisée, et se doutait qu'Emma n'était guère mieux. Mais la blonde mettait sa famille à l'abri, en priorité. La chasse était ouverte.
