Chapitre 37 : la chasse est ouverte !
Après avoir déposé sa petite famille chez Ruby, et avoir donné les consignes de sécurité, Emma se dirigea vers le poste de police, afin de parler à David. Elle entra dans le bâtiment, passablement sur les nerfs. Elle ne trouva pas le shériff adjoint, qui était vraisemblablement parti en patrouille. Elle en profita pour s'asseoir dans son fauteuil et posa ses coudes sur le bureau. Sa tête se déposa dans le creux de ses mains, et elle attendit patiemment son père. Elle savait qu'elle ne pouvait pas partir seule à la recherche de Graham. Elle ignorait le degré de violence de sa propre réaction. Cet homme avait lutté pour revenir parmi les vivants, mû par la seule force de son désir de vengeance envers l'ancienne reine. Emma n'était pas stupide, elle savait pertinemment bien que Regina avait fait de cet homme sa marionnette, son jouet pour ses jeux sexuels, et finalement, elle l'avait tué, lasse de ses échecs. Elle ne voulait pas blâmer sa compagne, car l'Evil Queen n'était plus là, en apparence, tout du moins. Mais la vengeance de cet homme pouvait se comprendre. Cependant, il avait été stupide de s'en prendre à l'enfant de la sauveuse. Son estomac se tordait en pensant à Henri, inconscient entre les mains de cet homme. Et les conséquences sur sa conjointe avaient été désastreuses. Elle avait failli perdre toute sa famille la veille au soir. Elle trembla en comprenant enfin la dureté de la situation.
Elle ne pouvait pas permettre à cet homme de recommencer. Elle savait que Ruby pouvait se transformer, mais cela impliquait que la louve serait face à une arme à feu. Même si elle était rapide, elle risquait elle aussi sa vie, pour protéger la famille d'Emma. Cette dernière eut un brusque coup de sang et abattit son poing sur le bureau. Elle ne ressentit aucune douleur, mais une haine à peine contenue durcit ses traits. Elle entendit alors la porte du poste de police s'ouvrir. Elle vit son père entrer avec une boîte de beignets, et haussa les sourcils devant un tel cliché.
- Salut David.
Ce dernier sursauta, n'ayant pas vu sa fille, en pénétrant dans l'enceinte du bureau.
- Emma ! Heureusement que je ne suis pas cardiaque… D'ailleurs, tu ne devrais pas être avec ta famille ? Tu ne prends pas ton service tout de suite, normalement.
- Il s'est passé quelque chose.
- Tu t'es disputé avec Regina ? Ça devait arriver, hein. C'est normal, ça ne doit pas être tous les jours faciles avec l'ancienne reine, elle a son petit caractère !
Il rit de sa boutade, mais perdit bien vite le sourire, face à la mine défaite de son enfant. Il s'approcha d'elle, délaissant ses viennoiseries, et lui prit la main.
- De quoi s'agit-il, Emma ? Tu as l'air soucieuse.
- Il faut qu'on parle, j'ai peur de commettre un acte irréparable.
Ils discutèrent pendant une heure, la blonde expliquant la situation et la nuit d'angoisse qu'elle venait de vivre. Son père faillit briser la chaise qu'il tenait en main, lorsqu'il apprit pour Henri. Et la tentative de suicide de Regina lui fit perdre de sa verve, car jamais il n'aurait pensé que la brune allait si mal. À la fin de la conversation, il était peiné et prit sa fille dans ses bras. Il sentait qu'Emma était sur une corde raide et qu'elle avait besoin de réconfort.
- Hey, ma puce, tu sais que tu ne peux pas être forte tout le temps. Tu peux t'appuyer sur moi, également.
- Oui, mais je ne peux pas m'effondrer. Que ferait Regina ? Elle a besoin de moi. Henri est débrouillard, je sais qu'il peut se relever de beaucoup de choses, mais elle, elle n'en a plus la force, on dirait.
- Henri tient ça de toi. Et je pense que Regina a tellement lutté dans sa vie, qu'elle est peut-être arrivée au point de non-retour.
- Mais elle a enfin une famille, une fin heureuse ! N'est-ce pas ce que tout le monde recherche ? Maintenant qu'elle a enfin obtenu tout ce qu'elle désirait, elle essaie de se tuer ! Mais merde !
- Emma, tu ne vois pas ça sous le bon angle. Elle est morte, elle a été violée, et elle lutte perpétuellement contre l'Evil Queen, pour ne pas disparaître et ainsi vous mettre en danger de mort. De plus, elle a une épée de Damoclès au-dessus de la tête, aujourd'hui. Et toi aussi, je te le rappelle. Tout ceci n'est pas anodin. Votre destin a été semé de souffrances, et même votre fin heureuse est semée d'embûches.
- C'est vrai, mais j'ai aussi l'impression de me battre seule. Et je n'en peux plus. Je suis si fatiguée, en ce moment. J'aimerais moi aussi pouvoir me reposer sur quelqu'un.
- Je suis là.
- Oui, mais tu sais ce que je veux dire.
- Oui, mais tu as aussi des amis sur qui compter. Il faut parfois se contenter de ce que l'on a.
- Je ne sais pas ce que je ferai sans Ruby ! Et Archie nous a beaucoup soutenu, également. Il faut que je tienne bon. Mais pour ça, je dois arrêter Graham.
- Et je t'y aiderai sans sourciller. Une bonne vieille chasse à l'homme, comme autrefois.
- Ne prends pas cet air réjoui… Qui plus est, je te fais confiance pour me stopper, si jamais je m'apprête à le tuer. Je ne veux pas aller en prison et laisser ma famille sans protection, pour un simple coup de sang. Il a fait des choses impardonnables, mais Regina n'a pas été tendre avec lui, autrefois. Je veux le mettre en taule, pas le massacrer. Mais je sais aussi qu'en ce moment, je n'aurais pas la force de me contrôler complètement. Je veux que tu m'empêches de déraper. S'il te plaît.
- Tu peux compter sur moi, Emma. Jamais je ne te laisserais tomber. Nous le traquerons ensemble, et le mettrons hors d'état de nuire. Et vous vivrez enfin plus sereines.
Le père et la fille se sourirent, comprenant que les prochains jours seraient harassants et lourds de conséquences.
Près de Mifflin Street, le chasseur était à l'affût du moindre mouvement. Il n'en revenait pas de sa chance. Après avoir échappé à l'Evil Queen et à sa colère, il avait le champ libre sur sa prochaine cible, le manoir. Il avait vu la pseudo-famille s'en aller dans la matinée, laissant la demeure sans protection. Apparemment, personne n'avait pensé à protéger la demeure familiale. Elle était pourtant une cible de choix, au vu de son histoire et de l'empreinte qu'y avait laissé son ennemie. Il voulait tellement la faire souffrir, et la voir partir en vrille, ne se sentant plus en sécurité nulle part. Un sourire abject prit place sur son visage. Les deux femmes semblaient finalement tenir à cette bicoque, alors, il la salirait également, ne voulant pas épargner le moindre pan de vie de l'ancienne reine cruelle. Plus jamais, elle ne serait tranquille, elle regarderait systématiquement par-dessus son épaule, afin d'être certaine de ne pas être suivie par le chasseur, qu'elle avait tant malmené. Il ne vivait que pour ces instants de terreur, induit par lui-même. Il se faufila vers l'arrière de la maison et parvint à forcer une porte-fenêtre. Il se glissa à l'intérieur, et referma prudemment derrière lui. Il avait de quoi s'amuser dans sa besace. Il portait un sac de sport, visiblement lourd. Mais cela ne semblait visiblement pas le gêner.
Il se dirigea instantanément vers l'étage, ne sachant pas quand les habitants reviendraient. Il se hâta d'atteindre la chambre de l'enfant. Il ne souhaitait pas le traumatiser davantage, surtout qu'il n'avait pas eu le choix de sa mère, mais il devait malgré tout accomplir le plan, afin de mener à bien sa vengeance. Il déposa son sac à terre et en sortit un pot de peinture rouge sang. Il le décapsula et le prit à pleines mains. Il en renversa une bonne partie sur le bureau du bambin et sur la moquette, mais ne toucha pas au reste de la pièce. Se reculant pour jauger son œuvre, il fut satisfait de l'effet dramatique rendu par la couleur vive. Après avoir repris son sac et glisser le pot usagé dedans, il ressortit de la chambre d'Henri et prit la direction de la chambre parentale. Il connaissait les lieux par cœur, après avoir passé des jours et des jours à mettre à mal et saper la confiance de Regina en ce lieu. Il ouvrit la porte et sourit. Il recommença son manège, en ouvrant un nouveau pot de peinture rouge sang et en versa directement une bonne moitié sur le lit, prenant soin de l'étaler sur les draps clairs. Puis il prit le pot à deux mains et lança le reste de peinture directement sur le mur, où se tenait la commode. Le liquide épais coula le long du mur et continua sa course sur le meuble noir. L'effet était saisissant. Il sifflota devant l'état de la pièce, mais ne fut guère satisfait de l'effet rendu. Il ouvrit un nouveau pot et aspergea l'armoire adjacente, pour faire bonne mesure. Puis il se rendit dans la salle de bain, et avec son doigt, il traça une pomme rouge sur la paroi vitrée de la douche.
Alors qu'il était redescendu, fier de lui, il vit le salon, où régnait une atmosphère apaisante et familiale. Son sang ne fit qu'un tour. Jamais il ne permettrait à cette femme un instant de bonheur. Elle ne le méritait pas. Elle avait eu le temps et le loisir, durant des décennies, de changer et de le libérer, mais elle l'avait toujours traité moins bien qu'une bête. Elle ne pouvait pas aujourd'hui se targuer d'être une mère aimante, et une compagne comblée. C'en était trop pour lui. Il devait la détruire. Et pour cela, il n'hésiterait plus jamais à fouler aux pieds, les principes qui avaient pourtant guidé sa vie. Alors, il se saisit d'un pot de peinture, et traça des lettres sur le mur beige. Sa tâche terminée, il se recula et hocha la tête, conscient que cela aurait un impact majeur sur la famille. La sauveuse ne l'avait pas aidé non plus, et avait même pris son poste. Elle ne méritait pas plus de clémence que l'autre âme damnée. Il repartit par l'arrière, prenant soin de refermer la porte-fenêtre. Il se glissa dans les ombres et nul ne le vit. Il savait que ce petit tour de passe-passe entraînerait l'ire de la shériff, mais il n'avait nullement peur d'elle. Seule l'Evil Queen était capable de le blesser et de le tuer. La sauveuse n'était qu'un pion dans son histoire. Il pourrait même peut-être se débarrasser de la blonde, laissant la brune et l'enfant sans protection. Tuer la shériff devant les yeux de Regina serait un acte de foi, pour lui. Prendre à cette femme sans cœur l'un des joyaux de sa vie. Décidément, la journée s'annonçait sous d'excellents auspices.
Au poste de police, Emma et David étaient prêts pour partir à la recherche du chasseur. Le père laissa un mot sur la porte du bâtiment, afin de prévenir qu'il serait joignable uniquement par téléphone. Ils prirent la voiture du shériff et inspectèrent durant toute la journée divers immeubles abandonnés. En fin d'après-midi, ils avaient déjà rayé de la liste une demi-douzaine de bâtisses et les avaient scellées, afin de s'assurer de ne pas être doublés ensuite par l'esprit pragmatique du chasseur. Tous les immeubles visités par les deux shériffs étaient systématiquement cadenassés, puis un cachet en cire était apposé à chaque porte, afin de rendre inaccessible chaque site visité. La soirée était déjà bien entamée, lorsqu'ils rentrèrent au poste. David voyait la fatigue de sa fille, ainsi que sa frustration. Il lui sourit et posa sa main sur son épaule.
- Emma, nous n'avons pas fini nos recherches, sois patiente.
- J'ai peur que Regina n'ait pas autant de temps que cela. Imagine si Graham s'attaque directement à elle, et que je ne suis pas là…
- Il tombera sur un loup enragé. Crois-moi, même moi, j'hésiterais à m'y frotter.
Emma soupira et fit un petit sourire crispé à son père. Elle le remerciait intérieurement d'essayer de détendre l'atmosphère. Il la poussa légèrement vers la sortie.
- Allez, va rejoindre ta famille, moi, je ferme ici. J'ai bien mérité une bonne douche. Et toi, va rassurer ta conjointe. Et tu dois dormir ! Tu tiens à peine debout. Je ne veux pas qu'il t'arrive quoi que ce soit, parce que tes sens et tes réflexes n'étaient pas aiguisés, à cause de la fatigue. Tu as des cernes qui ne trompent personne. Allez, repose-toi. Je te veux fraîche et reposée demain matin à la première heure !
- Merci, j'y vais. Tu as raison, je suis exténuée. Je pars chez Ruby.
Ils se saluèrent, et Emma reprit sa coccinelle, en direction de l'appartement de la louve. En arrivant, elle resta cinq bonnes minutes dans sa voiture, à savourer le calme et la tiédeur de la nuit. Elle voulait prendre un bain, et ensuite s'enrouler dans la couette, pour dormir tout son saoul. Elle soupira à nouveau, voyant ce doux rêve s'éloigner. Elle grimpa l'étage qui la séparait de sa famille et toqua. Regina lui ouvrit, portant un tablier.
- Bonsoir Emma, viens, on allait justement passer à table.
- Il est un peu tard. Henri n'a pas encore mangé ?
- Non, il voulait te voir et te faire un câlin. Je n'ai pas eu le cœur de lui refuser son caprice.
- Ce n'est pas un caprice, ça. Moi aussi, j'ai envie de le voir.
- Emma !
Le gamin déboula du salon et lui sauta au cou. Elle faillit s'étaler de tout son long, mais se retint in extremis au mur. Ruby, voyant la scène, éclata de rire.
- Dommage, ça aurait pu être drôle. Tu recommenceras demain, Henri, et je filmerai. Comme ça, on aura une preuve pour la postérité que la sauveuse est aussi humaine que les autres !
- Ruby…
- Ouais, on va appeler ça, mission à plat !
- De pire en pire… Dites, les deux comiques, on peut peut-être aller manger, avant que je ne tombe d'inanition…
- Mais quelle râleuse. Je veille sur ta petite famille et tout ce que j'obtiens, ce sont des grognements… Ce que tu peux être mal apprise, Emma…
- Regina, dis quelque chose…
- Je vais voir si mes légumes n'ont pas brûlé…
- Bonjour le soutien…
L'ancienne reine se retourna et lui fit une petite grimace. Elle touilla son plat et répondit.
- Tout le monde à table ! Emma, viens t'asseoir à côté de moi. Henri, tu permets ?
- Oui, maman.
La louve regarda la petite famille s'installer ensemble, tout en lui gardant une place. Cela paraissait si simple, ainsi, au milieu d'eux. Néanmoins, elle devait parler au couple.
- Les filles, je vous adore et j'apprécie de faire la nounou, surtout si j'ai droit à un délicieux repas de ta part, Regina. Mais il faut aussi que j'aille bosser. Granny ne va pas me laisser me prélasser, sans gagner ma croûte. Donc demain, je peux encore me la couler douce comme aujourd'hui, mais après, ce ne sera plus possible.
- Il me reste donc une journée pour attraper Graham…
Regina scruta sa compagne, et vit la fatigue accumulée derrière les beaux yeux verts. Elle lui prit la main, et s'arma de courage.
- Non, je sais que tu fais beaucoup d'efforts, mais si demain, les recherches sont infructueuses, Henri et moi reviendront au manoir. Il est hors de question de cesser de vivre à cause de lui. Et tu vas y laisser ta santé, si tu continues comme ça, sans te ménager un peu.
La blonde sourit sans chaleur à l'ancienne reine, ses arguments sonnant faux. Cette dernière n'avait pas hésité à mettre fin à ses jours, et elle, elle devait faire attention en traquant un malade ? Elle souffla, mais retint ses mots, qui auraient pu s'avérer blessant. Elle ne voulait pas faire souffrir Regina, qui était encore très fragile. Cette petite mise au vert avec la louve et leur enfant pourrait s'avérer bénéfique pour la brune, mais Emma appréhendait le retour chez elles. Elle prit sa fourchette et piqua dans son assiette. Manger lui fit un bien fou, elle avait passé sa journée sur le terrain et ils n'avaient même pas pensé à prendre un sandwich ce midi pour caler leur faim. Après avoir avalé leur repas, Regina se leva et fit la vaisselle, en compagnie de Ruby. Emma resta au salon avec Henri et il lui raconta sa journée, à jouer avec la louve. La blonde était tellement reconnaissante à son amie de prendre soin de sa famille.
Les yeux de la shériff commençaient à papillonner, la fatigue se faisant durement sentir. Elle se leva, pour repartir au manoir, mais Ruby se jeta presque sur elle.
- Hors de question que vous repartiez ! Tu t'es regardée, Blondie ? On dirait un zombie. J'ai une chambre d'amis, vous allez y dormir, et Henri campera sur le canapé, ça lui fera des choses à raconter à ses copains. N'est-ce pas, mon pote ?
- Oh oui, trop bien !
- L'affaire est entendue ! Emma, va te coucher, tu dors debout. Je te jure que c'est pas beau à voir.
Son amie grogna, entre contentement et remerciement. Ruby lui indiqua la deuxième chambre, avant de voir la blonde s'écrouler sur le lit. Elle lui balança un tee-shirt large et lui souhaita bonne nuit. Elle revint dans la cuisine et finit de ranger avec Regina, avant de lui faire subir le même sort. Henri était déjà en train de dormir sur le canapé et sa mère lui mit une couverture sur les épaules, en l'embrassant pour la nuit. Elle resta une minute à son chevet et soupira de bonheur, de le voir détendu et apaisé. Elle alla ensuite remercier une dernière fois la louve et se dirigea vers la chambre déjà occupée par sa conjointe. Elle se changea, ayant reçu le même cadeau que la belle endormie et se glissa sous la couette. Aussitôt, Emma mit son bras autour d'elle.
- Tu m'as manqué. Je ne suis pas tranquille de le savoir dehors.
- Emma, tu n'as pas cessé d'essayer de le débusquer. Alors que moi, je me contente de me cacher avec notre garçon.
- Je ne peux pas traquer et protéger en même temps. C'est pour votre bien. Et si l'envie lui prenait de débarquer ici, Ruby serait un rempart de poids.
- Et… Et si je m'achetais une arme ?
Emma se redressa et scruta le visage angoissé.
- Hors de question.
- Mais, enfin, tu en portes une !
- Je suis flic ! J'ai l'habitude des armes à feu. Je ne veux pas que tu te salisses les mains avec ça. Qui plus est, si Henri se retrouvait au milieu des tirs, tu t'en voudrais. Et je ne tiens pas à renouveler l'expérience encore une fois, de te sauver de toi-même.
La brune baissa le regard, emprunt de culpabilité.
- Je suis désolée, je n'aurais jamais dû en arriver à une telle extrémité…
- Ne t'excuses pas en continu, je ne voulais pas que tu y repenses… Pardon, je suis maladroite, sûrement la fatigue.
- Oui, sûrement…
- Hey, je t'aime, tu le sais, hein ?
- Moi aussi, Emma. Moi aussi…
- Reste dans mes bras, j'ai besoin de te sentir en sécurité contre moi.
- Inutile de me le dire deux fois.
Enfin, un léger sourire naquit sur les lèvres adorées. La blonde déposa un baiser sur le front de sa compagne et se laissa porter dans les limbes, incapable de résister plus longtemps à l'éreintement. Regina la suivit, ne voulant pas perdre une seconde de plus, dans la chaleur du corps aimant.
Le lendemain matin, Ruby se leva tôt, afin d'emmener Henri à l'école. Il avait déjà manqué une journée, mais ses mères étaient tombées d'accord pendant le repas d'hier, que cela était plus que suffisant. Il partirait donc sous bonne garde, la louve à ses côtés, et l'attendrait le soir. Elle lui sortit un bol de céréales, et un verre de jus d'orange.
- Maman dit que c'est pas bon pour la santé les céréales sucrées.
- Hé bien, tu peux en manger autant que tu veux, elle n'est pas encore levée.
- Mais je vais me faire disputer.
- Profite, au lieu de te poser des questions, je te couvre.
La jeune femme lui fit un clin d'œil, et le gamin prit une bouchée, dans l'expectative. Il écarquilla les yeux et s'exclama, la bouche pleine.
- Mais c'est trop bon !
- Mollo, mets un bémol, sinon, tu vas réveiller la maisonnée. Et Emma avait l'air d'avoir grand besoin de sommeil.
- Tu sais, avec ce qu'il s'est passé à la maison, je crois pas qu'elle ait vraiment dormi depuis deux jours.
- Elle est solide, t'inquiète pas, va ! Allez finis-moi ton bol, qu'on fasse disparaître les preuves de ton forfait !
- Hey, c'est de ta faute !
- Et tu as suivi sans rien dire. Tu es donc mon acolyte !
Henri sourit devant les facéties de la brune. Il finit rapidement son petit-déjeuner et fila dans la salle de bain, afin de se débarbouiller. Ruby resta dans la cuisine, fixant la porte de la chambre d'amis. Aucun bruit ne filtrait de la pièce, et elle se doutait que les deux femmes roupillaient toujours. Lorsqu'elle les avait reçues en catastrophe, après l'appel d'Emma, elle avait bien vu les traces de fatigue, le bandage de la brune et le regard affolé du petit. Regina s'était finalement confiée, mais difficilement, pendant que le gamin faisait une sieste. Elle avait même pleuré, et se faisait un sang d'encre pour la blonde. Elle voulait les aider, car elle refusait de ne pas les voir heureuses, ne serait-ce que pour les quelques années qui leur avaient été allouées.
Alors qu'elle se retournait vers l'évier, pour faire la vaisselle, Regina sortit de la chambre, les cheveux en bataille.
- Bonjour Ruby, je n'ai pas vu l'heure, je vais me charger du repas.
- Salut Regina. Déjà fait. Ce fut rapide, mais intense !
Devant l'air bidonné de la louve, l'ancienne reine ne put que secouer la tête. La bonne humeur de Ruby était une véritable bouffée d'oxygène, pour tout le monde. Elles se retournèrent en entendant le porte de la chambre s'ouvrir.
- Hey, vous êtes matinales…
- Emma, il est bientôt l'heure de l'école.
- Quoi ? Merde ! Je devais rejoindre David à la première heure !
Une tornade blonde retourna de son point d'origine et emboutit un meuble de ses doigts de pieds, au vu des jurons qui sortaient de la pièce. Regina leva les yeux au ciel, pendant que Ruby étouffait un rire. Emma reparut et les vit se moquer d'elle.
- C'est pas sympa. Je file, pas de bêtises, hein. Regina, tu ne sors pas d'ici tant que Ruby n'est pas revenue. Interdiction formelle. Je t'aime.
Elle plaqua ses lèvres sur celles de la brune et salua son amie depuis la porte d'entrée. Une fois celle-ci fermée, les deux femmes se regardèrent, et soupirèrent. La shériff avait été présente moins d'une minute dans la pièce.
Emma n'eut même pas le temps de rentrer dans le poste de police, que déjà son père l'attendait dans son pick-up. Il baissa sa vitre et lui cria dessus.
- Monte ! J'ai reçu un coup de fil pour des visites bizarres d'un rôdeur, près des docks ! On tient peut-être notre chasseur !
Sans ajouter un mot, la blonde se glissa sur le siège passager et ils partirent à toute vitesse. Ils passèrent toute la matinée et une partie de l'après-midi à l'endroit indiqué, tout en élargissant le périmètre, mais ils firent choux blancs. Les informations reçues n'étaient pas concluantes. Ils s'échinèrent le reste de la journée à trouver un indice, ratissant le quartier mal famé de Storybrook. Leur quête resta lettre morte. La nuit avait pointé le bout de son nez et Emma mit un coup de pied rageur à un caillou se trouvant sur son chemin.
- Mais où est-ce qu'il est passé ? C'est pas possible d'être une telle anguille !
- Ne t'énerve pas, ça ne fera pas avancer les choses.
- J'en ai marre. Il est sûrement dans la forêt, en train de se foutre de notre gueule !
- Emma… On va rentrer, ça ne sert à rien de s'acharner ici.
- Mais… Demain, je fais quoi ? Ruby doit retourner bosser, je vais pas laisser Regina seule !
- Soit tu prends ta journée, soit elle t'accompagne.
Emma ne sut quoi répondre. Elle était en train de péter un câble. Elle voulait tellement mettre sa famille à l'abri. Aussi se résigna-t-elle.
- Bon, bah, je prends ma journée. On rentrera au manoir. Et j'emmènerai Henri à l'école.
- Sage décision, ma fille.
Ils repartirent en voiture, Emma le cœur particulièrement lourd. Elle avait l'impression de rater son rôle de sauveuse. Et le pire, c'est qu'il s'agissait de la seule et unique personne qu'elle se devait de sauver à tout prix. Elle était en colère contre elle-même, et le monde entier, toujours aussi fatiguée, malgré sa nuit de sommeil. Aujourd'hui encore, ils avaient oublié le déjeuner, affairés par les recherches et la nécessité de trouver un indice, n'importe quoi, qui aurait permis d'arrêter le chasseur. Mais une fois encore, ils revenaient bredouilles. Emma reprit à nouveau sa propre voiture et revint chez son amie, passablement frustrée. Cette chasse ne menait à rien, et ils ne s'y prenaient pas de la bonne manière. Il fallait peut-être tendre un piège à Graham ? Mais cela signifiait mettre Regina en danger, et il en était hors de question. Elle se perdait dans ses élucubrations, et ne percevaient aucune solution satisfaisante. Elle secoua enfin la tête et sortit de son véhicule. Elle jeta un coup d'œil à la fenêtre du salon, illuminée. Elle monta l'escalier, et toqua, savourant déjà un repos bien mérité, même si sa culpabilité la titillait toujours. Ruby vint lui ouvrir et vit le visage déconfit de son amie.
- Bon, inutile de te demander le résultat de cette journée de chasse ?
- Inutile, en effet.
Emma entra dans le vestibule, défit sa veste et vint directement enlacer sa conjointe. Celle-ci comprit également instantanément, que la journée n'avait pas été fructueuse.
- Hey, viens te réchauffer et te détendre. Ce n'est pas grave, Emma, ce n'est qu'une question de temps.
- Si, c'est grave. Mais demain, on rentre au manoir, et je suis en congé. Donc on reste ensemble.
L'ancienne reine ne répondit pas, mais était bien aise de ne pas se savoir seule le lendemain. Le dîner fut fort silencieux, Henri ressentant également toute la frustration et les implications de cette journée, où sa mère était revenue bredouille. Tout le monde partit se coucher sans tarder, les nerfs à fleur de peau.
Le lendemain matin, le trio embarqua dans la coccinelle jaune, en même temps que Ruby partait prendre son service au restaurant. Le chemin fut à nouveau silencieux, et la shériff fit un crochet par l'école pour y déposer le bambin. Elle se gara dans l'allée du manoir, et ouvrit la porte de la demeure, Regina suivant docilement sa blonde. Elle posa son sac dans l'entrée, et prit la main de Regina, afin de la tirer vers elle.
- Hey, tu vois, il n'y a pas de vilain croquemitaine.
- Je ne crois plus en ces enfantillages depuis longtemps. Mais je crois profondément en l'inhumanité des hommes.
La blonde se crispa, mais ne put lui donner totalement tort. Elle la prit dans une étreinte serrée et elles restèrent ainsi pendant cinq bonnes minutes. Ce moment de tendresse leur fit un bien fou, durant ces jours sombres. La blonde desserra son emprise et embrassa l'ancienne reine, avant de la libérer.
- Je monte nos affaires.
- Je vais faire des cafés, je t'attends au salon.
- Très bien.
Emma souleva les deux sacs et monta l'escalier. Elle se rendit dans leur chambre et lâcha tout par terre. Elle regarda, écœurée, ce qui ressemblait à du sang séché. Ces immenses tâches maculaient leur lit, les meubles et un mur. Regina ne devait pas voir ça. Elle se rendit alors compte du ridicule de sa pensée. Il s'agissait de leur chambre, elle les verrait forcément. Alors qu'elle se résignait à expliquer la situation à sa brune, elle entendit un cri provenant du rez-de-chaussée, qui la glaça d'effroi. Elle courut dans les escaliers, et se dirigea vers le salon, d'où provenait le bruit. Là, elle vit Regina, tremblante, les cafés renversés par terre, des larmes dévalant son visage. Lorsqu'elle se retourna vers la shériff, elle se réfugia dans ses bras, pleurant contre son cou.
- Mon Dieu, ça ne s'arrêtera donc jamais, Emma… Tu as vu ce qu'il a fait ? Et je ne peux même pas le contredire… Puisque je l'ai tué, autrefois.
- Regina…
La blonde lut le message peint en rouge sur le mur. Un seul mot calligraphié, et toutes ses certitudes se retrouvaient bousculées. « Meurtrière ». Ce message limpide s'adressait à l'ancienne reine. Emma oubliait parfois que sa compagne n'avait pas toujours été un doux agneau. Elle avait aussi du sang sur les mains. Elles s'assirent sur le canapé, les jambes de Regina la portant difficilement, et Emma sentit une rage sourde emplir son cœur.
- Hey, tu n'es plus cette personne. Je le sais.
- Il ne s'arrêtera que lorsque je serai six pieds sous terre…
- Je l'en empêcherai. Coûte que coûte.
- Jusqu'à quand, Emma ? Que vas-tu encore risquer pour moi ?
- Tout.
- Je te l'interdis !
- Bon, pour l'instant, il faut prendre en photo et nettoyer ce bazar, d'accord ?
- Le flic parle, là ?
- Oui. Et il faut que je te dise que notre chambre a aussi été visitée. Elle est inutilisable…
- Oh…
- Je remonte, je prends des photos et on va chez David.
Regina hocha la tête, triste et fatiguée. Emma remonta et n'entendit pas sa compagne la rejoindre. Cette dernière avait voulu voir les dégâts de ses propres yeux. Elle eut un hoquet de stupeur en voyant l'état de leur chambre. Elle se recula et se réfugia dans la chambre de leur fils, afin de se retrouver dans un havre de paix. Mais lorsqu'elle vit là aussi la peinture rouge, elle gémit, en abattant son poing sur la commode du petit. Ce rustre avait osé souiller la chambre de leur enfant ! Il valait mieux pour lui que ce fut Emma qui le retrouve, car elle sentait l'Evil Queen ruer dans les brancards sous sa peau. La blonde la rejoignit aussitôt et vit l'acharnement ici aussi de Graham. Elle souffla et éloigna sa belle de cette pièce bien-aimée. Elles descendirent ensemble et se rendirent à la cuisine, lieu qui n'avait pas été souillé. Emma en percevait du soulagement, puisqu'il s'agissait d'un véritable sanctuaire pour sa compagne.
- Regina, regarde-moi. Ça va aller ?
- Je ne sais pas. Il a osé ! La chambre de notre fils ! Si je le tenais…
- Sincèrement, je préfère te voir énervée, au moins, ça, je connais.
- On ne peut pas rester ici, Emma… Et je refuse qu'Henri voit une chose pareille. Il ne doit pas se sentir terrifié sous son toit.
- Alors, on va chez David.
La brune la scruta, peu sûre de la réponse.
- Tu es certaine ? Enfin, je veux dire…
- On ne peut pas déranger Ruby à nouveau, et avec David, il y aura toujours quelqu'un pour veiller sur vous.
- Je ne peux que m'en remettre à toi.
- Viens là.
Emma écarta ses bras, laissant la pression retomber progressivement. Elle attendit que la respiration de la brune se calme, et elle lui proposa de faire leurs valises, puis de repartir. Il était vain de rester ici plus longtemps.
Elles déboulèrent chez le père de la blonde, qui était absent. Elle avait pris le double des clés, qui restait au poste de police, au cas où. Elles déposèrent leur affaires dans l'ancienne chambre d'Emma et attendirent l'heure de la sortie d'école. Elles auraient à expliquer à leur enfant la raison de ce nouveau changement d'adresse, une fois encore. Alors qu'elles étaient revenues avec le gamin, David entra dans l'appartement, les sourcils froncés et la mine perplexe.
- Bonsoir, comment allez-vous ?
- Bonsoir David, Emma est avec Henri, là-haut. Il était fatigué et ébranlé par la nouvelle. Elle le réconforte, avant de nous rejoindre.
- Très bien. J'aurais à vous parler à toutes les deux.
Ils patientèrent en silence, le blondinet restant clairement sur la réserve. Lorsqu'elle vint se joindre à eux, son père prit enfin la parole.
- Tout à l'heure, j'étais parti faire une visite à Mary-Margareth. Et elle m'a dit une chose étrange.
La shériff s'était immédiatement tendue, face au prénom de sa mère. La plaie était toujours béante. L'homme reprit.
- Elle semblait en savoir long sur le retour de Graham. Enfin, c'est ce que j'ai compris entre les lignes. Mais elle n'a pas voulu me parler davantage. Elle a demandé à voir Regina. Je ne pense pas que ce soit une bonne idée. Elle a toujours des épisodes… Violents.
Les deux femmes se regardèrent, parlant sans les mots. Elles tombèrent d'accord et Emma se tourna vers son père.
- Regina n'ira pas la voir, mais moi, oui. Je pense que nous avons beaucoup de choses à nous dire.
- Vous êtes sûre ? Elle pourrait se braquer.
- Pas autant que moi. Et puis, je suis sa fille, elle me doit deux ou trois petites explications.
- N'en attends pas trop d'elle, Emma. Je ne voudrais pas que tu sois déçue.
- Ne t'inquiète pas pour moi. Toi, tu veilleras sur ma famille, pendant ce temps-là.
Il était rare que la blonde soit si autoritaire, signe de son inquiétude et de sa fébrilité. Elle se leva, mettant fin à la conversation. La situation n'était pas tenable sur du long terme, toutes les personnes ici présentes en avaient parfaitement conscience. David baissa le regard, perdu dans ses pensées, alors que Regina se sentait plus impuissante que jamais. Les conséquences de ses actes passés étaient en train de la consumer, entraînant sa famille dans sa déchéance. Comme le disait l'adage : et plus dure sera la chute…
