Chapitre 38 : déconvenues
Emma et Regina s'étaient endormies tard, dans les bras l'une de l'autre, chez David. La blonde appréhendait sa visite, dans l'aile psychiatrique de l'hôpital de Storybrook. Elle avait fait part de ses craintes à sa compagne, et n'avait eu de cesse de chercher son approbation, perdue dans les beaux yeux chocolat. Regina se réveilla en premier, courbatue, après être restée dans une position bizarre, pour ne jamais perdre la chaleur de sa moitié. Elle sourit, la shériff avait enfin un air reposé et tranquille. Elle ne put s'empêcher de papillonner quelques baisers sur les joues et le nez offerts à sa tendresse. Ne voyant aucune réaction, elle s'enhardit et continua ses douces attentions dans le cou, puis sur le haut du buste de la belle endormie. Cette dernière bougea légèrement, avec un petit grognement. Elle ricana devant le manque d'envie de la blonde de lever, ne serait-ce qu'une paupière. Emma resserra sa prise sur sa taille et murmura près de son oreille.
- Tu sais, je suis sûre et certaine qu'il existe des lois contre ça.
- La douceur et l'amour ?
- Réveiller les gens, malgré eux !
- Tu te plains de mon réveil ?
- Je veux que tu continues…
Le sourire de Regina valait bien tous les trésors du monde. Emma vint l'embrasser, ne voulant pas être la seule à en profiter. Depuis quelque temps, elles avaient mis de côté leur vie sexuelle, trop accaparées par les angoisses de la brune et les heures supplémentaires de la blonde. La fatigue avait grandement contribué à leur inertie charnelle. Et aujourd'hui, elles avaient besoin de se rappeler, par des gestes tendres et des caresses de plus en plus aventureuses, qu'elles s'aimaient toujours profondément, malgré tous les obstacles que la vie s'acharnait à mettre devant elles. Regina voulait qu'Emma sente combien elle était heureuse d'être en vie, grâce à elle, une nouvelle fois. Aussi, ne se fit-elle pas prier pour passer ses mains sur la peau nue du dos du shériff, qui gémit doucement. Emma embrassa sauvagement sa compagne, totalement excitée d'être enfin apaisée, dans ses bras. Regina retira le tee-shirt qui l'empêchait d'accéder à sa poitrine, et lécha les tétons rosés. Emma se laissa faire et se retourna complètement sur le dos, laissant un accès libre à son corps. La brune comprit le message, et descendit sa langue le long du ventre tendu, avant de baisser le pantalon de pyjama. Elle mit sa main sur l'entrejambe, qui fit aussitôt écarter les cuisses d'Emma. Cette dernière voulait tellement être touchée, ressentir tout le plaisir d'être aimée et conquise. Alors que la brune allait descendre encore plus loin, la porte s'ouvrit sur David, qui paraissait enjoué.
- Coucou ! Henri a faim et je me disais…
Il n'eut pas le temps de finir sa phrase, Regina se plaquant contre le corps de sa compagne, pour cacher sa nudité. Il s'empourpra et bégaya indistinctement quelques mots, avant de s'enfuir à toutes jambes. Les deux femmes se regardèrent et explosèrent de rire. Elles avaient vraiment besoin de se changer les idées, pour trouver cette situation comique. Emma tenta de se redresser, pensant le moment charnel passé, mais Regina la maintint contre le matelas.
- Non, attends. J'ai vraiment envie de toi. Si tu le veux toujours, j'aimerais continuer où nous nous sommes arrêtées.
La blonde ne prononça pas une parole, mais un immense sourire barra son visage. Regina n'attendit pas plus longtemps pour la satisfaire, avant de se faire renverser à son tour.
Elles descendirent trente minutes plus tard, comblées et encore un peu euphoriques. David ne savait clairement pas comment aborder la discussion, alors qu'Henri se délectait d'un bol de chocolat chaud. La gêne du blond transparaissait, même aux yeux du gamin. Ce dernier fronça les sourcils et posa directement la question qui le taraudait.
- Y a un problème ?
- Non, mon chéri, tout va bien, n'est-ce pas David ?
- Oui, bien sûr. Aucun souci.
Devant le manque d'enthousiasme des adultes et leur langue de bois habituelle, Henri secoua la tête et partit faire sa toilette. Le shériff se tourna vers le couple.
- On oublie ce que j'ai vu ce matin, et tout ira bien.
- Si tu le dis. Bon, je me prépare et je vais voir Mary-Margareth. Si elle peut nous aider à arrêter ce merdier, je suis preneuse.
- Emma, langage !
- C'est marrant, je préférais le « miss Swan », finalement.
Elles se regardèrent dans les yeux, se taquinant mutuellement, avant que la blonde n'avale un bout de pain avec son café et elle partit à son tour à la douche. Regina resta avec David, qui lui jetait de petits coups d'œil.
- Oui, David ? Auriez-vous une question à me poser ?
- En fait, je voulais savoir comment ça allait.
Son regard se posa sur le bandage de la brune, au poignet. Elle se tendit légèrement, mais joua franc jeu.
- Je regrette ce que j'ai fait. J'étais perdue et apeurée. Je ne recommencerai jamais. Soyez-en certain.
- Je l'espère de tout cœur, Regina. Parce que vous avez blessé ma fille.
L'ancienne reine baissa la tête, consciente de sa bêtise égoïste.
- Je ne le sais que trop bien.
Le silence retomba entre eux, et ne fut brisé que par Henri, qui s'impatientait d'aller à l'école. Emma décolla à son tour peu après, laissant la brune seule face à elle-même.
Lorsqu'elle se gara sur le parking de l'hôpital, Emma prit une grande inspiration, non pas pour se donner du courage, mais pour apaiser une certaine colère, qui lui gangrenait l'esprit. Elle tentait de ne pas reprocher à sa mère certains de ses malheurs, mais une petite voix lui susurrait qu'elle n'avait pas entièrement tort, en pensant cela. Elle sortit finalement de sa voiture, et se rendit à l'accueil. Elle sollicita tout d'abord le docteur Whale, afin d'avoir une entrevue avec lui, avant d'aller affronter sa mère. Il vint à sa rencontre, quelque peu surpris de la démarche de la shériff.
- Shériff Swan, votre demande m'a pris au dépourvu, je dois bien l'admettre.
- Docteur, j'aimerais parler avec vous, avant toute chose.
- Suivez-moi.
Emma fut invitée à s'asseoir dans un des fauteuils du bureau, tandis que le médecin prenait place derrière celui-ci. Elle se recula, peu certaine de vouloir connaître certains détails de la santé mentale de sa mère.
- David m'a dit que Mary-Margareth avait potentiellement des renseignements concernant le retour de Graham.
- Hé bien, aujourd'hui, elle est lucide. Peut-être parviendrez-vous à lui soustraire quelques informations, même si j'émets des doutes. Elle se joue souvent des autres. Elle n'est plus la femme que vous avez connue.
- Je sais, mais je n'ai guère le choix, malheureusement. De plus, C'est Regina qu'elle attend, pas moi. Ça risque de la mettre en rogne…
- Nous pouvons la sédater légèrement, mais…
- Inutile, j'ai besoin qu'elle ait toute sa tête.
- Alors allez-y maintenant. Le matin reste le moment de la journée où elle est la plus encline à communiquer.
- Très bien. Merci docteur.
Emma sortit du bureau et se dirigea vers la chambre indiquée par le praticien. Elle toqua à la porte et attendit que l'ancienne institutrice lui autorise l'accès à la chambre. Elle patienta une bonne minute, avant de comprendre que c'était vain. Elle poussa alors la porte et vit sa mère, en blouse blanche, assise dans son lit, un regard dur vrillé sur elle.
- Emma, quel plaisir de te voir. Mais, j'attends quelqu'un d'autre.
- Tu devras te contenter de moi. Pas trop déçue ?
- Si. Mais je ne peux m'en prendre qu'à moi-même, je n'ai pas fait le boulot, et il a été bâclé avec toi. Je parle de ton éducation, bien entendu.
La blonde se tendit, mais n'argumenta pas davantage. Il était inutile de jeter de l'huile sur le feu.
- Si tu as des informations concernant Graham, je suis preneuse.
- Ma chérie, surtout ne le prends pas mal, mais c'est à l'Evil Queen que je veux parler, pas à sa pute.
- Mesure tes paroles.
- Tu es aussi son chien de garde, c'est vrai. Tu voulais peut-être parler à ta maman adorée ? Elle est aux abonnés absents, depuis que tu l'as fait enfermer comme une malpropre.
- Tu veux vraiment ressasser le passé et me faire tourner en bourrique ?
- Tout ne tourne pas autour de toi, ma fille !
La patience de la blonde s'effritait comme neige au soleil. Elle serra les poings et questionna à nouveau sa génitrice.
- Graham, il est revenu. Et tu as des choses à dire là-dessus ? Ou bien, tu as juste balancer ces paroles en l'air, afin d'attirer Regina et lui en faire baver et la torturer ?
- Que voilà de noirs desseins, que tu me prêtes là !
- Je ne plaisante pas ! As-tu des renseignements dignes de ce nom à me fournir ?
- Pourquoi devrais-je te faire une faveur ?
- Pour espérer revoir la lumière du jour…
- Tu fais dans les menaces, maintenant ? Elle a une sacrée influence sur toi ! Tu as bien changé, ma fille !
- Mais accouche, bordel !
- Que tu es vulgaire, ça, ça n'a malheureusement pas changé… Tu sais, une princesse se doit d'être toujours parfaite, en toute circonstance.
- Je ne suis pas une princesse…
- Non, en effet, tu es la catin de la reine. La nuance est important, je te l'accorde.
Emma perdait réellement patience, sa mère ne semblait pas vouloir faire le moindre effort pour l'aider. Elle savait que cette entrevue risquait de déboucher sur ce genre de moment tendu et désagréable, mais elle aurait tout donné, pour éviter ce piège à sa compagne. Comprenant qu'elle ne pourrait rien soutirer à sa génitrice, elle tourna les talons et s'approcha de la porte. Une voix la retint.
- Ce que tu peux être soupe au lait. On dirait ton père. Il est si difficile d'avoir une conversation sérieuse avec toi…
La shériff se retourna, un air las sur le visage.
- C'est maintenant ou jamais, Mary-Margareth.
La brunette soupira de frustration, sentant que sa proie lui échappait.
- Dis à ta morue que c'est elle qui doit entendre ce que j'ai à dire.
- Vu ce que tu viens de dire, aucune chance que cela n'arrive un jour. Je préfère encore me pendre.
La patiente serra les dents, et éructa, de rage.
- Vous êtes aveugles ! Tout comme l'Evil Queen, d'autres personnes ne sont que l'une des faces de la pièce. Vous vous croyez si fortes, à vous pavaner, victorieuses, en ville ! Alors que je pourris ici, par votre faute ! Mais tout a un prix, n'est-ce pas, ma puce ? Un est deux et deux est un.
- Tu es folle à lier, ça ne veut rien dire, ton charabia.
- L'ombre plane déjà sur vous. Elle s'étend. Vous aurez la monnaie de votre pièce. À moins que ce ne soit l'autre face de cette même pièce. C'est si drôle. Si poétique. Tu ne trouves pas ?
- Mais de quoi tu parles ? Je ne saisis pas.
- Pense ce qui te chante, je m'en moque. Si tu es trop stupide pour comprendre, tant pis pour vous. Henri me reviendra, quand je sortirai d'ici. Et je veux une guimauve ! Où est Charmant ? Je veux un câlin ! David !
Emma sortit de la pièce, les larmes aux yeux et la respiration anarchique. Comment une femme aussi forte que sa mère avait-elle pu devenir aussi démente ? Elle ravala la bile qu'elle sentait monter dans sa bouche et se mordit la joue, préférant le goût métallique du sang. Elle repartit, sans voir personne, alors que le personnel de l'hôpital la scrutait, entre pitié et colère. De la pitié envers la fille pour sa mère, et de la colère pour sa façon de résoudre le problème. Peut-être également une pointe d'amertume de voir la dévotion qu'Emma avait eu envers l'ancienne reine et l'indifférence marquée envers sa propre mère. La blonde fuit le plus rapidement possible cet endroit sinistre, bouleversée par son tête-à-tête, et passablement irritée par les regards lourds posés sur elle.
Alors qu'elle se précipitait vers l'appartement de David, afin de retrouver sa conjointe, elle songea aux paroles de sa mère. Elle faillit renverser un chat, qui traversait la route devant elle, et elle pila, le cœur tambourinant dans sa poitrine. Elle devait se calmer. Regina ne devait surtout pas la voir dans cet état. Elle respira calmement pendant plusieurs minutes et serra son volant. Un danger planait autour de sa famille, et elle ferait tout ce qui est en son pouvoir pour arrêter ce malade. Mais était-ce seulement Graham, l'ombre ? Mary-Margareth semblait sous-entendre qu'il existait d'autres menaces, qui leur en voulaient également. Elle secoua la tête, trop remuée pour réfléchir de façon sensée.
Arrivée chez son père, elle entra et trouva Regina, morte d'inquiétude, les mains s'agrippant l'une l'autre, et se tordant les doigts d'anxiété. La blonde se blottit contre elle, la rassurant du mieux qu'elle le put.
- Hey, chaton… Elle n'a rien dit de particulier…
- J'ai senti tes tourments, alors arrête de mentir !
- Revoir ma mère ainsi, dans cet état, a été plus difficile que je ne le pensais.
- Mais, elle t'a appris quelque chose, au moins ? Que tu n'aies pas fait tout ça pour rien.
- Non, je ne crois pas. Elle a dit qu'une ombre planait sur nous. Ce n'est pas un scoop… Elle n'était qu'à moitié lucide, je ne sais même pas si je lui ai parlé à elle, Mary-Margareth, ou aux restes de l'Evil Queen. C'était… Dérangeant. Elle a failli me faire tourner dingue, mais j'ai tenu bon. Grâce à toi. Tu as été mon point d'ancrage.
- Emma, donc, ça n'a servi à rien.
- Ne perds pas espoir. Je vais l'arrêter, et nous vivrons sereinement.
- Tu te leurres, Emma. J'ai un mauvais pressentiment.
La shériff prit le menton de la brune entre ses doigts.
- Tu arrêtes ça, de suite. Tu ne fais pas l'oiseau de mauvais augure, j'ai déjà eu mon compte aujourd'hui. Au lieu de nous lamenter, on va avancer, ensemble. Alors, je me suis dit qu'on pourrait appeler une société de nettoyage, afin de tout effacer, chez nous. Qu'en penses-tu ?
- Que tu as eu une excellente idée.
- Je ne suis donc pas qu'une blonde stupide ?
- Tu ne l'as jamais été, Emma.
Elles ancrèrent leurs regards et s'embrassèrent tendrement. Qu'il était doux de se perdre dans la chaleur et la bienveillance de l'autre.
Après avoir appelé une société de nettoyage, qui avait promis de passer en urgence dans l'après-midi, le couple déjeuna tranquillement, enfin seules. Elles avaient besoin de ces moments qui ne leur appartenaient qu'à elles deux. Leur vie de famille était prenante, et cette accalmie s'avérait bienfaisante. Elles se permirent même de regarder un film romantique, se blottissant l'une contre l'autre. Alors que le générique de fin défilait sur l'écran, Emma consulta sa montre.
- Henri sortira de l'école d'ici une bonne demi-heure. Je vais aller au manoir, vérifier où en est l'équipe de nettoyage, et j'aviserai en fonction de l'avancée des travaux.
- Je peux t'accompagner ? Je ne crains rien, près de toi.
- Avec plaisir, Regina.
Les deux femmes sortirent main dans la main et se rendirent à leur domicile. Elles entrèrent, et furent positivement surprises par la rapidité des ouvriers.
- Bonjour, mesdames, nous avons presque terminé. Les deux chambres sont propres, et nous avons trouvé les draps de rechange, afin de refaire votre literie. Comme convenu, nous emportons tout ce qui a été souillé, afin de le détruire. Les murs sont repeints, d'où l'odeur quelque peu prégnante. Nous aurons fini le rez-de-chaussée d'ici une heure.
- Mais c'est parfait, n'est-ce pas chérie ?
- Oui, je ne pensais pas que ce serait si rapide.
- Vous avez payé un supplément, pour que tout soit pris en charge dans la journée, il est normal de satisfaire la clientèle.
La brune se tourna vers sa conjointe.
- Emma, tu n'as pas fait ça ? Je croyais que nous devions faire attention à nos dépenses…
- Mais là, ça en valait le coup. Et puis, ce soir, nous serons chez nous. Hors de question que ce pouilleux nous chasse de notre toit, alors que nous n'avons rien fait.
- Merci… Tu sais, ça me touche, ce genre d'attentions. Mais il va falloir être prudente, car il n'y a personne pour nous protéger ici.
- Je suis là.
- Et c'est bien ce qui me fait peur, Emma. Qui te protège, toi ?
- Ma bonne étoile.
- Emma… Sans vouloir être méchante ou sarcastique, tu sais que ta bonne étoile a déjà foutu le camp maintes et maintes fois ? Dois-je te rappeler que tu as été abandonnée à la naissance, que tu as fait de la prison, que…
- Chut. Laisse-moi y croire. Je t'ai dans ma vie, avec Henri. Ça compte, tu ne crois pas ?
- Oui, ça compte énormément.
- Alors, on va chercher le gamin à l'école, et on revient ici, ils devraient avoir fini le boulot.
- Je te suis.
Elles repartirent, le cœur plus léger, et l'envie d'être chez elles, ensemble, et en sécurité, bien ancrée dans leur esprit.
Elles repassèrent à l'école, firent un détour par le Granny's pour prendre une collation, et repartirent de suite pour revenir au manoir. Le camion de nettoyage était encore dans l'allée, aussi Emma parla avec eux et les remercia pour leur diligence. Elles rentrèrent enfin chez elles, le bambin derrière elles.
- Ouais, enfin de retour à la maison. Ça veut dire qu'on ne craint plus rien ?
- Henri, il faut toujours être prudent. Le vilain monsieur est toujours dehors, mais nous savons à quoi nous en tenir, maintenant.
- Tu sais, j'ai compris que c'était Graham. Inutile de dire le vilain monsieur, Emma, je n'ai plus cinq ans.
- Ah, euh, oui, c'est vrai, je l'oublie parfois.
- Pas grave. Je peux monter dans ma chambre ?
- Oui, va vérifier que tout est en ordre.
Le bambin monta et inspecta son antre. Puis il reparut en haut des escaliers.
- Dites, les mamans, ça sent fort la peinture.
- On en a profité pour donner un coup de propre dans ta chambre.
- Ah d'accord.
Satisfait de cette réponse, le couple se détendit. Regina se tourna vers la blonde.
- Je préfère qu'il ne sache pas ce qu'il s'est passé dans son refuge. Ce serait bien trop cruel.
- Je sais, ma chérie, j'en suis consciente également.
Le reste de la soirée se déroula sans accroc, et la famille se coucha, plus sereine.
Dans la nuit, Emma, qui ne dormait pas, mais surveillait le repos de ses deux amours, pensait encore et toujours à Graham. Elle savait qu'elle ne parviendrait pas à le stopper, par des moyens traditionnels. Il fallait être plus subtil. Elle cogita durant deux bonnes heures, s'assurant entre temps, que les fenêtres et portes étaient toujours verrouillées. Elle revint dans le lit conjugal et caressa distraitement le dos de sa compagne, un sourire aux lèvres. Puis lui vint une idée. Une idée stupide, dangereuse et potentiellement irrémédiable. Mais une idée qui tenterait Graham, telle une mouche attirée par un pot de miel. Elle frissonna, en passant en revue tout ce qui pouvait mal tourner. Et elle avait des raisons d'avoir peur de la réaction de l'ancienne reine. Elle ne serait probablement pas d'accord pour une telle folie. Elle détailla la femme qui dormait paisiblement à ses côtés. Elle devait la convaincre du bien-fondé de son plan.
Le lendemain, alors que Regina s'éveillait doucement, le soleil réussissant une percée à travers les rideaux mal fermés la veille au soir, elle constata que la place à ses côtés était vide. Elle entendit une conversation étouffée, et reconnut la voix de la blonde. Elle se leva et s'approcha de la porte, qui était restée entrouverte. Elle se faufila dans le couloir et vit sa compagne en pleine conversation téléphonique, au bas des escaliers.
- C'est dangereux, je sais, mais imagine, si ça fonctionnait ? On l'attraperait du premier coup ! Et on serait enfin tranquille. C'est un appât parfait… Je sais, mais je ne veux sacrifier personne. Je tiens à elle, malgré tout. Je ne suis pas un monstre. Bon, on en reparle au poste. À plus.
Emma rangea son téléphone et soupira. Elle semblait soucieuse et tendue. Regina réintégra sa chambre. La blonde avait un plan, et il semblait dangereux. Sinon, elle aurait déjà été mise dans la confidence. Elle fit semblant de se lever et fit suffisamment de bruit, pour que sa compagne ne soit pas surprise par sa présence.
- Hey, chérie, je commençais à préparer le petit-déjeuner pour tout le monde.
- Merci c'est gentil. Tu as de petits yeux, tu as dormi, au moins ?
- Euh, oui, un peu. Mais j'étais un peu stressée, alors j'ai veillé une partie de la nuit.
- Tu as l'air épuisé… Prends soin de toi, un peu.
Devant l'air railleur de la blonde, l'ancienne reine se rembrunit.
- Désolée, je n'ai pas le droit de te dire une chose pareille.
- Hey, tu en as parfaitement le droit, je te taquine. Ne fais pas cette tête. Depuis le temps qu'on se connaît, tu ne sais toujours pas lorsque je me moque de toi ?
- Parfois, j'ai l'impression de marcher sur des œufs avec toi. C'est stupide, je sais, mais notre passif est si lourd.
- En parlant de marcher sur des œufs, il faut que je te parle d'une chose importante.
- Il s'agit du plan foireux que tu as peaufiné cette nuit ?
Emma fut plus que surprise par l'assertion de la brune.
- Comment tu sais que ?
- Je t'ai entendu en parler avec ton père. Enfin je présume que c'était lui. Et vous n'aviez pas l'air d'accord.
- Hé bien, je… Euh… Disons que ça pourrait être à double tranchant.
- Emma, si tu n'arrives pas à m'en parler, c'est que c'est bigrement débile… Et donc imprudent.
- Je sais, mais ça peut aussi tout accélérer et stopper le chasseur.
Regina souffla, mais prit la main de la femme qui faisait battre son cœur.
- Dis-moi tout.
- Ne me tue pas, une fois que j'aurais fini.
- Je ne peux rien te promettre.
Une fois installées au salon, Emma prit les mains de Regina dans les siennes, et ancra leurs regards.
- Bon alors, c'est con, mais je sais qu'on s'y est mal pris pour trouver Graham. Et je sais aussi comment remédier à cet état de fait.
- Je suis toute ouïe, Emma.
- Graham veut se venger de toi, en m'atteignant, moi ou Henri. Mais s'il trouve, sur son chemin, une personne qui pourrait devenir une alliée, je crois qu'il sautera sur l'occasion, afin de causer encore davantage de dégâts.
- C'est aussi limpide que de la boue, ce que tu me racontes là …
- Je vais faire évader Mary-Margareth, afin que Graham la retrouve, pensant avoir à ses côtés un allié de poids, face à toi.
La mâchoire de la mère de famille se décrocha, ses yeux s'écarquillèrent et elle mugit quelques syllabes imprononçables. La blonde n'en menait pas large, devant l'ahurissement de sa compagne.
- Et tu appelles ça une idée ?
- Le plan reste à peaufiner, je te l'accorde.
- Oh, hé bien, s'il n'y a plus qu'à le peaufiner, tout va bien. Mais qu'est-ce qui ne tourne pas rond chez toi, Emma ?! Ta mère, qui veut ma mort, se retrouverait en vadrouille, afin de faire ami-ami avec Graham, qui veut ma mort ! Cherche le dénominateur commun ! Mais si tu en as marre de moi, dis-le ! Il y a des moyens moins douloureux pour me faire disparaître !
- Mais enfin, c'est pour nous ! Au moins, j'ai un début d'idée !
- Ce n'est pas une idée, mais une sentence de mort !
- Jamais je ne les laisserai lever le petit doigt sur toi !
- Il a failli me tuer cette semaine encore, Emma !
- Mais… Merde ! Je…
- Maman ?…
Les deux femmes firent volte-face, en entendant la voix de leur enfant. Il avait les larmes aux yeux, n'ayant jamais vu les deux femmes se disputer de la sorte auparavant. Regina vint le prendre dans ses bras, afin de le rassurer.
- Ce n'est rien, mon chéri, on discutait, Emma et moi.
- Non ! Vous vous disputiez ! Vous allez pas vous séparer, hein ? Moi, je veux une famille unie !
- Non, bien sûr que non… Tu sais, parfois, les adultes ne sont pas d'accord entre eux, et ça peut faire peur. Mais je te promets que rien ne nous séparera jamais.
- Et comment tu le sais, Emma ?
- Parce que ta mère est mon véritable amour.
L'enfant parut rassuré par cet argument, et resta blotti contre sa mère. Lorsque la shériff s'approcha, il ne put s'empêcher de demander.
- Tu vas pas lui faire de mal, à maman, hein, Emma ?
- Non, jamais. Tu as ma parole.
Il tendit la main vers sa seconde mère et ils restèrent ainsi, pendant un certain laps de temps. Puis, l'estomac d'Henri se rappela à leur bon souvenir. Il rougit légèrement, honteux de mettre fin à ce moment affectueux. Puis il regarda ses deux mères et leur sourit.
- J'ai faim.
- Nous arrivons.
Le bambin partait déjà en direction de la cuisine, alors qu'Emma retenait sa conjointe.
- Regina, il faut qu'on en parle. Je vais tout faire pour arrêter Graham, mais si on doit appliquer mon plan, ce ne sera pas sans ton accord. Je vais voir avec David. Veux-tu qu'il vienne déjeuner ici avec nous ?
- Très bien, Emma. Mais tu me fais peur, avec ce genre d'idée.
- Je ne te mettrai pas en danger. Je t'aime.
- Je t'aime aussi.
Vers midi, le shériff toqua à la porte du manoir. Il resta pensif une bonne partie du repas, ne parvenant pas à se décider sur la valeur du plan insensé de sa fille. Connaissant tout l'amour qu'elle portait à l'ancienne reine, il craignait que si le plan dérape, Emma ne s'en remette jamais. Et elles avaient un enfant, il fallait aussi penser à lui. Devant le peu d'enthousiasme de David, la blonde se renfrognât, déconfite.
- Je ne pense pas que Mary-Margareth ira s'allier à Graham, de son plein gré, il faut juste qu'il le pense.
- Emma, c'est dangereux. Ta mère est instable. Elle est profondément perturbée. Et je ne dis pas cela de gaîté de cœur. Imagine qu'elle vienne directement ici pour s'en prendre à Regina, alors que nous sommes sur la piste de Graham. Regina n'a plus de magie pour se défendre. Elle pourrait mourir… De façon définitive.
- Alors moi aussi, car le sort nous entraînera l'une comme l'autre dans la tombe.
- C'est trop dangereux, Emma.
- Tu vois une autre solution ? Tu préfères attendre que ma femme tourne dingue ?
- Non, bien sûr, mais…
- David, je sais que c'est hasardeux, mais je commence à me ranger à l'idée d'Emma. Je ne vis plus depuis qu'il a commencé ses manigances. J'en ai marre, je suis fatiguée de tout cela. On peut tenter, on verra s'il mord à l'hameçon.
- Et s'il vous trouve avant nous ?
- J'ai… Confiance en vous. Je remets ma vie entre vos mains. Au moins, si ça fonctionne, nous aurons à nouveau une vie, et pas une survie.
Le couple échangea un regard triste, face aux difficultés qu'elles ne cessaient d'affronter. Cependant, elles savaient pertinemment bien que leur principal obstacle, restait leur fragilité émotionnelle, en plus de tout le reste. Regina soupira, prise dans ses tourments et ses souvenirs de ces derniers jours. Emma lui prit la main et la serra, lui insufflant le courage de continuer.
- C'est décidé, on tente mon plan. On surveillera Mary-Margareth et Graham devrait sortir du bois. Il faut croiser les doigts.
- Je veux tellement voir le bout du tunnel, Emma.
La blonde ne rajouta rien de plus et étreignit sa conjointe, sous l'air protecteur de son père.
- Je m'en remets à vous. Je vous suivrai. En espérant que ce ne soit pas en enfer. Je vais organiser l'évasion de ma femme, et essayer de rendre cela le plus crédible possible.
Il était inutile de rajouter quoi que ce soit. Ils burent leurs cafés dans le salon, l'humeur oscillant entre angoisse et espoir. David prit congés du couple, les serrant dans ses bras. Tout le monde avait besoin de courage en ce jour. Le reste de la journée se déroula tranquillement, même si l'ambiance était lourde et palpable. Tous les protagonistes avaient un rôle crucial à jouer, aspirant à des jours meilleurs.
