Chapitre 39 : mauvais calculs

David rendit visite à sa femme dès le lendemain matin. Le plan assez basique, convenu entre le couple et le shériff, rendait tout le monde nerveux. Aussi, lorsqu'il demanda à la voir, il fut surpris de la savoir en pleine séance avec un psychologue. Il revint le midi, et vit son épouse calme et sereine. Il fronça les sourcils, peu habitué à la voir ainsi depuis quelques mois. Il vint s'asseoir à ses côtés et lui prit la main. Elle lui retourna un sourire tendre.

- David, je suis si heureuse de te voir ! Tu sais, j'ai vu Emma, et elle est toujours aussi ravissante. Et quel preux chevalier ! Elle est bien notre fille, n'est-ce pas ?

Le shériff ne sut répondre à cette envolée de bons sentiments. Il lui sourit et murmura à son oreille.

- Oui, notre fille est géniale. D'ailleurs, ça te dirait de faire un petit tour ?

- Un tour ? Une promenade dans le jardin ?

- Oui, et pourquoi pas dans la ville ?

- Dans la ville ?! Mais, enfin, je suis…

- En convalescence, et tu as besoin de prendre l'air. Tu es toute pâle.

- Avec plaisir, David !

Mary-Margareth était folle de joie à l'idée de revoir la lumière du jour et les rues de sa ville. Elle souhaitait tellement passer du temps avec son cher et tendre. David lui prit le bras et l'emmena rapidement hors du bâtiment, connaissant les tours de ronde et les endroits à éviter pour se faire coincer par le personnel hospitalier. Il n'avait bien entendu pas demandé l'autorisation pour sortir son épouse, sachant pertinemment bien qu'une telle dérogation lui serait refusée. Une fois à l'air libre, ils se baladèrent dans les petites rues de Storybrook, évitant tout contact avec les habitants, qui auraient pu donner l'alerte.

Ils s'arrêtèrent près d'une échoppe à café et le shériff proposa à sa femme une tasse à emporter, pour se réchauffer sur le chemin. Cette dernière accepta avec plaisir, et il la laissa dehors, dans une ruelle tranquille, afin de ne pas créer l'émoi au sein de la communauté. Mary-Margareth ne sembla pas relever l'énormité du mensonge, et admirait les arbres alentour. David pénétra dans la boutique et scrutait du coin de l'œil la rue, à travers la vitrine. Il commanda ses boissons chaudes et patienta cinq bonnes minutes, puis repartit vers son âme sœur. Cette dernière n'avait pas bougé et jouait avec une feuille tombée à ses pieds. Il soupira, entre déception et soulagement. Si Graham ne se manifestait pas, alors que sa femme était seule, c'était peut-être un mauvais plan. Il sourit en pensant à l'expression de sa fille, si elle savait ce qu'il pensait à l'instant.

- Tiens, un café avec sucre et lait.

- Merci, mon chéri. J'ai l'impression de renaître, cette sortie est une véritable bouffée d'oxygène. Je ne sais comment te montrer ma gratitude.

Le blond rougit aux mots de la brunette, puisqu'il lui faisait endosser le rôle de l'appât, à son insu. Il n'était pas très à l'aise avec cette partie du plan, mais il devait assumer ses choix. Ils repartirent tous les deux, bras dessus, bras dessous et se rendirent dans un quartier plus désert de la ville. L'ancienne institutrice interrogea alors David.

- Que faisons-nous ici ? Ce n'est pas un quartier très… Fréquentable.

- Oh, euh, hé bien, nous allons rentrer, tu as raison. J'ai dû me tromper de chemin.

Même le blond faillit se gifler devant un tel boniment, digne d'un enfant de maternelle. Ils rebroussèrent chemin et David vit au loin une dame âgée voulant traverser la rue. Il s'excusa auprès de sa femme et alla aider la grand-mère. Mary-Margareth regarda la rue, perplexe. Il n'y avait pas âme qui vive, et encore moins de circulation, à cette heure-ci. Elle fronça les sourcils, reniflant le piège. Elle voulut en toucher deux mots à son mari, et traversa à son tour la rue, hors du passage clouté. Une grosse berline noire prit un virage serré à une rue de là, et accéléra en direction de la brunette. Cette dernière eut tout juste le temps de tourner la tête vers le crissement des pneus, qu'elle se retrouva projetée sur le bitume, à quelques mètres de là. La voiture prit la fuite, sans laisser de trace. David hurla, et se précipita vers son épouse, toujours au sol. Alors qu'il la prenait dans ses bras, il vit au coin d'une ruelle proche, Graham, qui se fendait d'un large sourire. Comment diable pouvait-il être là et conduire la berline dans le même temps ? Les réflexions du blond furent interrompues par un gémissement sourd de la brune, qui saignait au niveau de la tempe. Il prit son téléphone et appela les urgences, sans réfléchir aux conséquences. Il avait emmené une patiente jugée dangereuse hors de l'enceinte de l'hôpital. Il prit le corps de sa bien-aimée dans ses bras et attendit impatiemment les secours, renonçant à poursuivre le fou qui s'en prenait à la famille de sa fille.

Plus tard dans la journée, Emma patientait au poste, ayant reçu un message de son père, pour dire qu'il était à nouveau à l'hôpital. Elle ne comprenait plus ce qu'il se passait, mais le téléphone du blond restait sur répondeur, depuis plus de deux heures, maintenant. Elle commençait à trouver le temps long, lorsqu'un message succinct de David la tira jusqu'à ses parents. Elle se rendit donc à l'hôpital, une fois de plus, et demanda la chambre de Mary-Margareth. La standardiste lui envoya un regard noir, lui signifiant un mécontentement non dissimulé. La shériff en fut surprise, ne comprenant pas d'où provenait une telle animosité à son encontre. Elle releva la tête, lorsque son père l'appela depuis le couloir.

- Emma ! Par ici. Il faut qu'on parle.

Cette phrase n'augurait jamais une suite agréable, la blonde le savait par expérience. Elle serra les poings dans sa veste de cuir rouge et s'approcha de lui, méfiante. Il avait les traits tirés et semblait peu enclin à la discussion.

- Ton plan n'a pas fonctionné, bien au contraire. Et ta mère a été transportée en ambulance ici.

- Pardon ? Mais, enfin, que s'est-il passé ?

- Tu as toujours cru que Graham aurait voulu s'allier à celle qui avait tué ta compagne. Tu n'as même pas pensé un seul instant que cette même personne pouvait devenir une victime, également, de ce malade ?

- Bien sûr que non. Enfin, le plan comportait des risques, mais jamais je n'aurais imaginé…

- C'est bien ça le problème, Emma, tu ne penses pas ! Alors la prochaine fois que tu souhaites impliquer mon épouse, ta mère donc, dans tes plans foireux, fais-moi plaisir, et oublie-nous !

- David, je te jure que je ne voulais pas…

- Tais-toi ! Ta mère a été renversée par une voiture ! Elle aurait pu mourir ! Merde, Emma ! Pourquoi faut-il toujours que tu n'en fasses qu'à ta tête ?!

La blonde faiblit sous la colère paternelle. Elle se recroquevilla dans un coin du couloir, attendant que l'ire du shériff passe. Elle releva le visage et s'enquit de l'état de santé de sa mère.

- Comment va-t-elle ?

- Elle a une commotion. Rien de très grave, mais elle a eu beaucoup de chance. Enfin, si on peut appeler ça comme ça.

- Je suis désolée, vraiment. Je ne voulais pas qu'il lui arrive malheur.

- Franchement, parfois, je me pose des questions. Tu voulais la punir ? C'est ça ? Tu voulais qu'elle meure, comme Regina ? Une espèce de remise à zéro des compteurs ?

L'attaque atteignit la blonde en plein cœur. Jamais elle n'aurait pu croire que son père ferait preuve de mesquinerie à son encontre. Elle haleta, comme prise en faute, malgré ses intentions, qui n'avaient rien d'aussi sordides.

- Jamais ! Je sais que tu l'aimes encore. Je ne suis pas un monstre…

- Tu viens de prouver le contraire aujourd'hui.

Le visage de la shériff tomba et elle se recula, prête à fuir. Elle heurta un corps et se retourna pour découvrir le docteur Whale, un air sévère ornant ses traits.

- Pourriez-vous régler vos affaires de famille ailleurs que dans le couloir de mon service, s'il vous plaît ? Les gens se reposent et tentent de guérir ici. Ce n'est pas en écoutant deux ahuris se disputer, que cela risque d'arriver. Les deux shériffs firent leurs plus plates excuses au médecin. Ce dernier les regarda toujours sévèrement et leur fit signe d'aller plus loin. Il les héla une dernière fois.

- Au fait, Madame Nolan souhaite voir Emma. Vous pouvez y aller, mais pas plus de cinq minutes. Elle est fatiguée et a toujours mal au crâne. Donc pas de mélodrame, merci.

La blonde hocha la tête et dépassa son père, pour rejoindre sa mère. Ce dernier n'eut pas le temps de la prévenir pour Graham, qui n'était nullement au volant de la voiture assassine.

Elle toqua à sa porte, mais n'attendit pas la réponse pour entrer. Elle avait déjà tenté cette manœuvre et elle avait échoué. Elle trouva la brunette étendue, un peu pâle et avec un énorme pansement autour de la tête. Elle s'approcha et ne sut que faire de ses bras. Elle était tiraillée entre l'envie de la prendre dans une étreinte réconfortante et la secouer pour connaître la raison de l'échec de son plan. Elle vit le regard braqué sur elle et Emma fit de son mieux, afin de cacher son malaise. Elle n'y parvint qu'à moitié, et sa mère s'en inquiéta.

- Ma chérie, c'est moi qui me suis fait rouler dessus, mais c'est toi qui as l'air mal en point…

- Je… Je suis désolée, on a tendu un piège à Graham, mais rien ne s'est déroulé comme prévu, et tu as été blessée… Si j'avais su…

- Quoi ? Tu aurais annulé ton plan farfelu, parce que tu préfères ta maman adorée à ta guenon ?

- Mary-Margareth ! Ne l'appelle pas ainsi ! C'est dégradant.

- J'ai risqué ma vie, sans le savoir, pour elle, après tout ce qu'elle m'a fait subir. Tu ne crois tout de même pas que je vais lui pardonner de sitôt ?

- Je n'attends plus grand-chose, de toute manière.

- Oh, mon bébé est perdu. Tu veux un câlin ?

La brunette ouvrit ses bras, mais la blonde ne bougea pas le petit doigt, exaspérée par la mascarade de sa mère.

- Arrête, tu te ridiculises.

- Toujours aussi mal embouchée. Elle ne sait pas te baiser correctement ? Ça peut se comprendre. Mon père n'était pas très heureux en ménage avec elle. Elle ne sait donc ni satisfaire un homme, ni une femme… C'est d'une tristesse.

- Peux-tu cesser de parler de notre intimité, ça ne te regarde pas. Et pour info, je suis très heureuse avec Regina.

- Mais oui, il vaut mieux se bercer d'illusions. Tu te rends compte tout de même que tu as sacrifié ta mère pour que cette salope vive tranquillement ?

- Elle est ma compagne, la femme que j'aime et la mère de mon fils. Tu es ma mère, mais jamais plus, je ne t'embrigaderai dans mes histoires. J'ai commis une monstrueuse erreur, mais je vais rectifier le tir.

- Et comment comptes-tu t'y prendre ?

- Je ne sais pas encore…

- Au moins, on sait qui est ta priorité. Et ce n'est pas la femme qui a souffert en te mettant au monde… Tu es ingrate.

La discussion était en train de s'envenimer. Emma souffla pour ne pas s'énerver inutilement.

- Choisir une femme déjà utilisée par ton grand-père, franchement, tu aimes les secondes mains, ma fille…

- Vu que tu ne m'as pas élevée, je te conseille de changer de refrain !

La shériff venait d'exploser de colère. Elle avait envie de serrer le cou de sa si gracieuse mère, et de la voir suffoquer, après les ignominies qu'elle lui balançait. Elle rejoignit la brunette, et murmura entre ses dents serrées.

- Je ne viendrai plus jamais te déranger. Tu es folle, et ta jalousie sans borne me révulse. Passe à autre chose, ou meurs comme l'horreur que tu es devenue. Adieu, maman.

Emma tourna les talons et claqua la porte en sortant. Elle ne put faire que quelques pas, avant de fondre en sanglots. Son père la vit, du fond du couloir, mais il était lui-même trop secoué pour aider sa fille. Il resta là, les bras ballants. Elle crut un instant qu'il viendrait soulager sa peine, mais ce fut un vœu pieux. Elle partit en courant presque, fuyant ces lieux maudits. Elle conduisit jusqu'au manoir, sa vue brouillée par les larmes. Elle se stoppa dans un crissement de pneus, et fonça dans la maison. Elle vit Regina au salon, qui lisait. Elle se lança dans ses bras, lui faisant perdre son livre. Regina ressentit une grande stupeur en voyant l'état de la sauveuse, totalement effondrée. Elle la berça avec amour, pendant presque une heure, sans lui poser la moindre question.

Lorsque la shériff se fut calmée, elle ne put cependant parler de ce qu'elle venait de subir avec ses parents. Le rejet, qu'elle vivait toujours comme un enfer, avait lourdement ravivé des plaies encore béantes. Sa compagne, comprenant qu'elle allait devoir faire preuve de patience ce soir, avant d'espérer obtenir des réponses à ses questions, les dirigea vers la cuisine.

- Emma, tu dois manger un peu. Tu trembles. S'il te plaît, mon amour, je t'en conjure. Regarde-moi.

La blonde leva progressivement les yeux vers le visage aimant, mais resta sur la réserve. La brune ne chercha pas à la brusquer, seule la douceur importait en ce moment. Elle lui prit donc la main, la fit s'asseoir sur une chaise haute de l'îlot central, et déposa un verre d'eau devant elle. Emma fronça les sourcils, et émit un rire triste.

- Je crois qu'il va me falloir quelque chose de plus fort.

Regina soupira, il était encore tôt pour boire de l'alcool, mais elle ne put refuser quoi que ce soit à l'âme tourmentée qui la regardait amèrement. Elle soupira, de guerre lasse, mais ne lui refusa pas un verre de whisky. Emma le prit en main, faisant tournoyer le liquide ambré. Elle fixa le verre durant quelques minutes, toujours aussi silencieuse. Puis, elle murmura tout bas, à tel point que l'ancienne reine dut tendre l'oreille.

- Ils m'ont rejeté… Encore… Je n'aurais jamais mis ma propre mère en danger de mort, ils le savent. Ce n'est qu'un concours de circonstances… Mais je ne savais pas… Et tu passes avant tout le reste, parce que je t'aime et que tu es ma fin heureuse. C'est mal ?

Regina ne sut quoi répondre. Elle se doutait que la journée s'était difficilement passée pour la blonde, mais sans en connaître les tenants et les aboutissants, elle n'osait pas émettre le moindre son. Emma, devant le silence de sa conjointe, crut qu'elle la désavouait également et se crispa, prête à fuir son propre foyer. Mais Regina plaça sa main sur son bras, la retenant in extremis.

- Tu es à ta place, ici, reste avec moi. Mais dis-moi ce qu'il s'est passé pour que tu sois si ébranlée.

- Mary-Margareth a été victime d'un accident, elle a été renversée… Et …

- Et ?

- Mon père m'en veut, parce que je te fais passer en priorité. Quant à ma mère, elle a été odieuse, comme toujours maintenant. J'ai l'impression d'être orpheline pour la seconde fois. Je sais que j'ai encore merdé, mais je me suis pris une sacrée claque, aujourd'hui. Si tu n'étais pas là, avec Henri, je… Je ne sais pas.

- Emma, tu te battrais tout de même, tu es comme ça.

- Non, je suis fatiguée de me battre. Il n'y a que toi qui m'en donnes encore la force, mais je suis à bout.

La brune fut choquée par ces paroles brutales. Elle écarquilla les yeux, prit le verre des mains d'Emma et le reposa sur l'îlot, et enlaça à nouveau sa compagne. Elle ne savait plus quoi faire ou dire pour la soulager. Le destin s'acharnait tellement sur elles, que ça en devenait risible. Mais si le roc de cette famille s'affaissait, Regina ne donnait pas cher de leurs peaux. Alors, elle sut quoi faire. Elle prit la main de sa compagne, lui sourit et l'obligea à la suivre dans leur chambre. Elle assit la blonde sur le lit, et commença à l'effeuiller.

- Attends, Regina, je ne suis pas d'humeur pour ça, désolée, mais j'ai vraiment pas envie…

- Je sais.

L'incompréhension se lisait sur le visage du shériff. Avant qu'elle n'ait pu ajouter quoi que ce soit, la brune disparut dans la salle de bain adjacente. Elle entendit l'eau couler, dans la baignoire, qu'elles utilisaient peu, finalement. Elle comprit où l'ancienne reine voulait en venir. Elle soupira et se laissa tomber sur le matelas. Regina revint et la vit toujours aussi habillée. Un petit sourire au coin des lèvres, elle lui enleva ses bottes, son jeans, puis son pull. En sous-vêtements, Emma se releva et vint déposer un baiser chaste sur les lèvres rouges. La brune la caressa lentement, admirant son corps ferme et défit les dernières protections de sa compagne. Cette dernière se laissa faire par les attentions tendres de Regina, et elles se rendirent près de la baignoire. La brune mit une main dans l'eau et la retira, souriant à Emma, pour lui signifier que l'eau était à bonne température et qu'elle n'avait plus qu'à s'y glisser. Une fois bien installée, Regina se plaça derrière elle et lui massa les épaules et le cou, avec de l'huile de jasmin. Le parfum qui se dégagea fit gémir la bienheureuse, qui profitait de l'instant présent. Elle se faisait rarement bichonner de la sorte, les rôles étaient souvent inversés. Aussi savoura-t-elle l'instant magique. Sa conjointe déposa un baiser sur son front et sortit de la pièce, pendant quelques minutes. Elle revint, avec un plateau entre les mains. Elle le déposa sur le petit tabouret dans un angle et tendit le verre d'alcool que la blonde n'avait finalement pas encore touché.

- Détends-toi, ce soir, c'est juste pour toi. J'ai parfois l'impression d'être en dessous de tout pour toi. Et je m'en excuse.

- Tu n'as pas à t'excuser de quoi que ce soit.

La blonde lança un regard gourmand vers le plateau. L'autre femme sourit devant l'air enfantin de la shériff.

- Je t'ai préparé un en-cas.

- Et c'est quoi ?

Les deux femmes sourirent, l'humeur de chacune devenant moins sombre.

- Olives, crackers et houmous. Tout ce que tu aimes.

- Merci, merci ! J'en avais rudement besoin, après cette journée.

Une ombre traversa le visage de la blonde, qui refusa de se laisser abattre. Elle tendit le bras vers les gourmandises, hélas inaccessibles depuis la baignoire. Regina rapprocha le tabouret, et Emma picora dedans, les yeux pétillants.

- Oh, punaise, il est trop bon, ton houmous. Je me damnerai pour une seule bouchée !

- N'exagérons rien, mais merci quand même.

Elles restèrent là, à grignoter et papoter légèrement, remontant le moral de la blonde. Une fois que l'eau commença à refroidir, Emma sortit du bain, devant Regina qui reluqua sans complexe son corps. Le bout de l'index de l'ancienne reine traça un sillon le long du ventre et des cuisses, alors que le sol se recouvrait progressivement d'eau. Elle retira alors sa main et prit une serviette, épongeant elle-même l'eau ruisselante, tout en caressant chaque morceau de peau avec une certaine dévotion. Une fois complètement sèche, Emma agrippa sa taille et la pressa dans ses bras. La brune en fit de même et embrassa le cou du cygne. Elle éloigna sa bouche et murmura.

- Je vais te chercher un pyjama bien chaud, et nous descendrons pour le dîner. Henri est rentré, j'ai entendu la porte d'entrée, tout à l'heure.

- Je te suis.

Une fois le dîner avalé et la table desservie, le couple se retrouva au salon. Regina était terriblement embêtée par l'accident de la brunette, car cela avait mis à mal la relation entre David et sa fille, alors qu'elle recommençait à se renforcer. Elle voulut conseiller Emma, ce qui faillit provoquer une dispute.

- Chérie, tu dois retourner voir ton père. Il était en colère, il a vu son épouse être percutée sous ses yeux, en étant totalement impuissant. C'est traumatisant, même pour lui. Il est fort, mais tout comme toi, il est fatigué, Emma. Je t'en prie, pour moi.

- Et s'il me repousse encore ? Il a été tellement blessant. Je ne veux pas revivre ça deux jours de suite.

- S'il te plaît, pour moi. Il est trop important pour toi. Ne laisse pas Graham tout gâcher.

- Si ce maudit chasseur n'avait pas renversé ma mère, nous n'en saurions pas là ! Je n'aurais jamais cru qu'il la prendrait pour cible, plutôt que comme une alliée. Je me suis fourvoyée, trop pressée de te mettre à l'abri.

- Ne te fustige pas pour ça, tu as cru bien faire. Maintenant, il faut réparer ce qui peut l'être, notamment ton lien avec David.

- Très bien, mais si ça tourne mal, je vais être à ramasser à la petite cuillère, tu en es bien consciente ?

- Oui. Et je serai là pour te soutenir. Quoi qu'il arrive.

Elles se regardèrent amoureusement et se perdirent dans le regard de l'autre. Elles montèrent se coucher, mais la blonde tourna longtemps avant de trouver le sommeil.

Le lendemain matin, Emma partit tôt et déposa Henri à l'école. Puis elle se rendit au poste de police, sachant pertinemment bien qu'elle y trouverait son père. Elle déposa un gobelet de café fumant sur son bureau et baissa la tête, avant de prendre une grande inspiration et trouver enfin le courage de lui parler.

- Bonjour. Je… Je suis désolée, je ne savais pas, mais je ne recommencerai jamais. C'était stupide, mais je me sentais si acculée. Et c'est Mary-Margareth qui en a fait les frais.

- Emma…

- Je sais que je t'ai déçu, encore une fois, mais s'il te plaît, ne me rejette pas… J'ai… J'ai besoin de toi.

- Emma.

- Regina n'y est pour rien, tu sais, c'était mon plan, pas le sien, elle m'a même dit qu'il était débile dès le départ, mais je n'ai écouté personne et…

- Emma !

La blonde sursauta devant la force de la voix projetée. Elle observa le blond, légèrement en panique, et scruta la porte pour savoir combien d'enjambées lui seraient nécessaires pour la rejoindre. Le shériff suivit le cheminement de sa fille et soupira.

- Ne fais pas ça. Et écoute les autres, pour une fois.

Cette tirade eut le mérite de sortir la blonde de sa stupeur. Elle releva les sourcils et mit les mains dans ses poches, ne sachant quoi faire d'autre.

- Emma, je te prie de m'excuser pour hier. J'ai eu vraiment peur, et tu as servi de bouc-émissaire. J'ai cru qu'elle était morte, tu sais. Juste pendant quelques secondes, mais ça a suffit à me faire perdre les pédales. J'ai cru que je l'avais définitivement perdue. Et tu as été le parfait prétexte pour me défouler. Je suis un père égoïste. Même si ton plan était vraiment limite.

- Je sais… Comment va-t-elle ?

- Hum, elle a toujours mal au crâne, mais elle est hors de danger. Et elle oscille entre lucidité et folie. Mais j'ai pu parler à ma femme pendant presque quinze minutes hier, et ça m'a fait du bien. Beaucoup de bien. Et je me dis que c'est peut-être grâce au coup reçu à la tête. Donc à toi, d'une certaine manière.

Il sourit, et se mit à rire légèrement, suivi par sa fille, qui relâchait également la pression. Il redevint sérieux, et prit le bras de la shériff.

- Tu sais, ta mère, elle ne voulait pas être aussi odieuse avec toi. Elle me l'a dit. Peut-être… Que tu veux aller la voir ? Whale m'a appelé pour me dire qu'elle était dans un bon jour, et qu'elle était prête à discuter.

La blonde écarquilla les yeux, mais se retint de tout commentaire. Elle ne voulait pas entailler à nouveau l'élan d'amour de son père, aussi accepta-t-elle la main tendue, en espérant que sa mère ne lui tende pas un nouveau traquenard émotionnel. Elle reviendrait auprès de sa compagne juste après, afin de veiller à sa sécurité.

Alors qu'ils se dirigeaient vers l'hôpital, une voiture les suivit pendant quelques minutes, afin de s'assurer de leur destination. Puis elle bifurqua et se rendit à Mifflin Street. Elle se gara dans l'allée du manoir de l'ancienne mairesse, après que le conducteur ait reçu un coup de fil, lui indiquant que l'occupante des lieux était justement occupée à autre chose. Il se glissa hors de la voiture et entra dans le manoir par une porte-fenêtre fracturée par son complice, peu de temps avant. Il entendit le bruit caractéristique et monta à pas feutrés l'escalier. Arrivé sur le palier, il poussa méticuleusement la porte de la chambre conjugale et approcha de la salle de bain. Le bruit de l'eau, provenant de la douche, le fit sourire. Cette journée allait être magnifique. Il ouvrit délicatement la porte et de la buée s'échappa dans la chambre. Il se fondit dans le brouillard humide et sortit un pistolet. Il tendit son bras en direction de la douche, mais se ravisa juste à temps. Non, ce serait trop facile. Il fit coulisser la porte et appuya le canon de l'arme entre les reins de la brune, qui se figea. Il se rapprocha de son oreille et lui susurra cruellement à l'oreille.

- Tu m'as manqué, ma reine. J'espère ne pas t'avoir fait trop attendre.

Regina trembla violemment, sous le coup de la peur. Il posa sans préavis la main sur une fesse bombée, et l'écrasa méchamment. Elle laissa échapper un gémissement, mais se rattrapa bien vite, afin de ne pas le laisser en profiter. Elle était seule, nue, désarmée, et la magie ne coulait plus dans ses veines, suite à l'échappée de l'Evil Queen, peu de temps avant. Elle était à sa merci, et elle sut que la douleur allait bientôt s'emparer d'elle. Son seul réconfort fut de savoir Emma et Henri ailleurs, en sécurité.

Lorsque la main du chasseur descendit plus bas, et atteignit son sexe, elle revit son viol, et sans réfléchir, elle rua, afin de ne pas le laisser la toucher intimement. Elle refusait de subir cette épreuve une seconde fois. Elle préférait mourir à petit feu, plutôt que d'être à nouveau humiliée et brisée. Graham lui saisit alors les cheveux et lui fracassa le crâne contre le mur, afin de la faire cesser de gigoter. Elle sentit son corps devenir mou, et les limbes ténébreux se refermèrent sur elle. Il hissa le corps inerte sur son épaule et sortit de la maison, un sourire mesquin aux lèvres. Il compressa le corps contre lui, le caressant autant que possible. Il comptait bien en profiter au maximum, avant de l'abîmer définitivement. Il souleva le capot de son coffre et flanqua Regina dedans, avec mépris. Maintenant qu'il possédait enfin la sorcière, inconsciente et vulnérable, il allait lui faire subir le même martyre que lui-même avait vécu durant toutes ces années à être torturé par les sbires des enfers. Il sortit son téléphone de sa poche, en refermant le coffre d'un claquement sec.

- C'est bon, je l'ai. Y a pas eu de problème. Je la ramène. Mais c'est moi qui m'en occupe en premier. C'est clair ? J'ai tellement attendu pour ça. Ne t'avise pas de me l'enlever avant que j'ai fini. Parce que je compte bien la faire hurler.

Il raccrocha brutalement et se remit derrière le volant. Il enclencha la marche arrière et partit rapidement, sans pour autant attirer l'attention sur lui. Ce qu'il ne vit pas, ce fut Mildred, derrière sa fenêtre, qui composa rapidement le numéro du poste de police de Storybrook.

Emma et son père se dirigeait vers la chambre de Mary-Margareth. La blonde était si nerveuse qu'elle tortillait ses doigts dans tous les sens et faisait craquer ses jointures, ce qui énervait passablement David.

- Tu peux arrêter ça, s'il te plaît ? Ça m'agace.

- Pardon. Je suis sur les nerfs.

- Rassure-toi, ça se voit à peine.

Le large sourire du blond lui valut une tape sur l'épaule, amplement méritée. Lorsqu'ils pénétrèrent dans la pièce, la brunette séchait des larmes. Elle tourna le regard vers eux et agrippa son drap.

- Emma…

- Ma chérie, notre fille voudrait te parler. Tu es d'accord ?

- Mais qu'est-ce que vous faites là, tous les deux ?

- Nous sommes là pour toi, voyons.

Les deux shériffs se scrutèrent, peu certain d'avoir Mary-Margareth face à eux.

- Personne ne vous a rien dit ?

- Maman ?

- Oui, c'est moi. Mais vous ne devriez pas être ici.

- C'est vraiment toi ?

- Oui, mais le temps presse.

Le blond intervint, voyant le courroux et l'inquiétude dans les yeux de son épouse.

- Que veux-tu dire par là ?

- Ce n'est pas Graham, qui m'a renversée.

Les deux autres froncèrent les sourcils, curieux.

- Mais qui, alors ?

- C'était Mendell… Je l'ai reconnu, juste avant que…

- Quoi ?! Ce fou furieux est de retour à Storybrook ?

- Emma, va rejoindre Regina, j'ai un très mauvais pressentiment.

- Mais pourquoi ?

- L'Evil Queen est mal en point, ce qui signifie que Regina n'a plus de magie. Et Graham associé à Mendell… Je n'ose imaginer ce qu'ils vont lui faire. Je n'apprécie peut-être pas Regina, mais je ne souhaite à aucune femme de tomber entre les griffes de ces deux-là. Faites vite !

Le père et la fille se regardèrent, et sortirent immédiatement de la chambre. David revint déposer un baiser sur le front de son épouse et ressortit immédiatement. Emma était déjà derrière le volant. Il lui cria dessus.

- Fonce ! Va au manoir, je retourne au poste, prendre des armes plus… Puissantes.

- D'accord ! Fais attention ! Et ensuite, retrouve Henri à l'école, je ne sais pas s'il y est en sécurité…

- Toi aussi ! Pas d'imprudence !

Le pick-up était déjà à l'autre bout du parking lorsqu'il prononça la dernière syllabe. Emma fonça à travers les rues, pressée de retrouver les bras aimés et la personne chérie de tout cœur. Elle se gara devant le manoir, en laissant la portière ouverte, et se précipita à l'intérieur. Alors qu'elle ouvrait la porte, David arrivait au poste en courant et décrocha in extremis le téléphone, avant l'ultime sonnerie.

- Police de Storybrook. Pourriez-vous rappeler plus tard ? Mildred ? Quoi ? Attendez, oh mon dieu, Emma doit déjà y être, allez le lui dire !

Il raccrocha et se dépêcha d'ouvrir l'armurerie. Le danger était trop important pour laisser quoi que ce soit au hasard.

Mildred courut jusqu'au manoir et cria sur Emma, qui avait déjà monté les escaliers. Elle était dans la salle de bain, fixant le mur ensanglanté de la douche, lorsque les cris de leur voisine lui parvint aux oreilles.

- Shériff Swan !

- Mildred ? Que faites-vous là ?

- J'ai vu ce qui s'est passé ! Regina a été emmenée par Graham ! Comment une telle chose est possible ? Il est … Mort ? Non ?

- Il l'a emmené ? Par où ?

- Elle était clairement inconsciente, mais il avait une arme, alors je n'ai pas osé sortir, je suis désolée…

- Par où ?!

- Vers la sortie de la ville, dans une berline noire. Elle était nue, il faut la retrouver, je ne veux même pas imaginer ce qu'il va lui faire subir.

Emma planta là leur voisine et se rua sur sa voiture. Sirène à fond, elle prit la direction indiquée, et fonça vers les bois qui bordaient leur quartier. Elle pria tous les dieux qu'elle connaissait, mais aussi le diable, pour s'occuper personnellement de ces deux enfoirés. Elle allait si vite qu'elle loupa une berline noire, garée dans le fond de l'allée d'une maison délabrée. Dépassant la bâtisse, le gyrophare perdit progressivement de sa puissance, faisant sourire les deux hommes près de la fenêtre. Ils se regardèrent, et reportèrent leur attention sur le corps nu et grelottant de l'ancienne reine. Cette dernière, réveillée à coup de gifles, respirait avec difficulté à travers le bâillon, mis sur sa bouche. Le chasseur se tourna vers elle, et sortit son couteau dentelé.

- Bien, maintenant que nous sommes enfin tranquilles, nous allons pouvoir… Passer le temps agréablement ?

- Ne l'abîme pas trop, j'ai pas eu le temps de finir le boulot la dernière fois. Mais je suis sûre qu'elle se souvient de mon passage en elle, n'est-ce pas, très chère ?

Graham et Mendell s'adressèrent un regard entendu, et se dirigèrent vers la brune, complètement terrifiée. Emma ne viendrait pas la sauver, cette fois-ci. Elle allait souffrir et mourir dans cet endroit sordide. Elle sentit une larme s'échapper, et se recroquevilla, voyant la mort et la douleur se pencher sur elle.