Attention, chapitre rating M pour violence.
Chapitre 40 : Rédemption
Emma fonçait toujours sur la route menant à la forêt, et s'énervait de ne pas croiser cette foutue berline noire. Elle allait dépasser la limite de la ville et pila juste devant. Jamais ces deux crétins ne l'auraient emmenée en pleine forêt, ils étaient trop découverts. La sauveuse connaissait par cœur ces bois, et savait qu'il n'y avait pas de cachette possible pour une grosse voiture dans cette direction. Elle fit demi-tour et scruta les vieilles maisons à l'orée de la ville. Ces bicoques d'un autre âge, par contre, conviendraient beaucoup plus à un enlèvement. Elle ralentit et passa les en revue, en roulant au pas.
Dans la maison vétuste, Regina avait rampé, jusqu'à se retrouver coincée contre le mur décrépi. Elle tentait de retarder l'inévitable, connaissant la douleur qui allait bientôt éclater sur sa peau et dans sa chair. Elle pensa à Henri, afin de ne pas devenir complètement folle. Elle souhaitait s'en remettre à l'Evil Queen, une dernière fois, mais la puissante sorcière était en sommeil et ne sortait pas de ses limbes. Elle ne possédait plus assez de magie pour s'éveiller totalement et laisser sa fureur emplir ses veines. Lorsque ses prières ne furent pas exaucées, quant au réveil de son alter-égo, elle sut que c'en était fini d'elle. Emma ne pourrait jamais la localiser en moins de cinq minutes. Elle serra les dents, prête à endurer son dernier supplice. Elle ne leur ferait sûrement pas le plaisir de hurler et de demander pitié. Ils n'en auraient aucune, elle le savait parfaitement bien.
Graham se rapprocha d'elle lentement, laissant la reine suivre des yeux la lame qu'il tenait en main. Il se pencha sur elle et lui passa la main dans les cheveux. Il lui murmura des paroles presque réconfortantes.
- Tu grelottes, chère reine. Tu as froid… Tu pointes tellement, cela a l'air insoutenable. Te serais-tu habituée à l'étreinte chaude de la shériff ?
Regina ne put lui répondre, du fait du bâillon, et ainsi lui cracher son venin au visage. Lui rappeler les bras de sa compagne, dans lesquels elle se sentait tant en sécurité, lui brûla la poitrine et les yeux. Il passa son couteau le long de la mâchoire de l'ancienne reine, qui resta stoïque, attendant la morsure de l'acier sur sa peau. Il sourit face à la détermination de sa victime.
- Tu te crois encore en position de prendre des grands airs, peut-être ? Franchement, même moi, je n'aimerais pas être à ta place, en ce moment. Une belle femme, nue, attachée, aux mains de ses deux ennemis, tu n'espères pas t'en sortir, tout de même ?
La brune laissa glisser son regard vers un meuble quelconque, afin de ne pas éclater en sanglots.
- Ne pleure pas, cela ne sied pas à ton rang…
La lame fit le tour de la bouche, et buta contre le morceau de tissu. Il fit la moue, puis caressa du bout du doigt la cicatrice à la lèvre de l'ancienne reine. Il planta ses yeux dans ceux de la brune, qui comprit ce qu'il avait en tête. La lame traça le contour de sa cicatrice, avant d'appuyer douloureusement dessus. Elle sentit le sang couler le long du bâillon. Sa respiration se bloqua, alors que la souffrance prenait le pas sur sa lucidité. Un léger gémissement traversa ses lèvres et ses yeux se fermèrent. Une larme roula sur sa joue, avant d'imbiber le tissu qui obstruait sa bouche, se mélangeant avec le sang. Elle rouvrit les yeux, et fixa la lame, essayant d'anticiper le prochain mouvement qui lui déchirerait la peau.
Emma pila brusquement en ressentant une vive douleur sur son visage. Elle porta la main à sa bouche et vit un filet de sang sur ses doigts. Elle laissa un grognement s'échapper, avant de crier de rage et d'impuissance. Elle ne pouvait pas laisser Regina revivre son pire cauchemar. Elle avait mis des mois à rassurer la brune, et à la sortir de sa torpeur, et de ses angoisses. Égoïstement, elle pensa aussi à leur fils. Si ces deux malades tuaient sa conjointe, le sort l'entraînerait dans la mort avec elle. Et Henri serait seul. David prendrait soin de lui, mais il n'aurait plus de parents vivants. La peur coula dans ses veines. Elle était un mélange de sa propre terreur et de celle de la brune. Elle cogna plusieurs fois le volant, cherchant à canaliser d'une manière ou d'une autre la folie qui la guettait et qui risquait de la tétaniser. Elle respira plusieurs fois lentement, s'obligeant à faire le vide dans son esprit. Elle espérait secrètement que Regina puisse capter ses sentiments et ainsi résister à ses ravisseurs.
L'ancienne reine suivit toujours des yeux le couteau, et Graham s'en amusait énormément. La femme qu'il avait connue jadis avait bien changé. Il était à la fois perplexe, quant à cette mère sans défense et le souvenir de cette reine puissante et sans cœur. Les deux se bataillaient dans son esprit, sans jamais parvenir à se superposer. Il voulait faire durer le plaisir autant que possible, parce qu'il savait que l'Evil Queen tenterait tout pour se libérer et lui arracher les tripes. Mais le corps prostré devant lui n'était que celui d'une femme ordinaire, une mère, qu'il avait vu s'inquiéter pour son enfant, et une femme qui prenait soin de sa famille, sans aucun pouvoir. Il avait vu également l'amour que se portaient les deux femmes, et cela l'avait fait enragé. Mais la petite chose fragile, et recroquevillée, qui attendait avec frayeur le prochain coup de lame, ne ressemblait en rien à la puissante sorcière d'autrefois. Devait-il continuer de tourmenter son ancienne amante, ou mettre au contraire un terme à cette vie misérable ? Il s'était arrêté durant plusieurs minutes, plongé dans ses réflexions. Mendell s'impatientait dans son dos.
- Hé bien, chasseur, hésiterais-tu à punir celle qui t'a tant fait souffrir ? L'enfer t'a peut-être rendu faible et miséricordieux ?
Sentant le danger derrière lui, Graham se reprit et se redressa, sa détermination revenant immédiatement. Il balaya ses pensées et sourit au tueur.
- Je réfléchissais à ma méthode. Il faut prendre son temps, avec les bonnes choses.
- Nous n'avons pas toute la vie. Enfin, surtout elle. J'attends que tu es fini de jouer avec elle, avant de pouvoir terminer ce qui avait été commencé il y a bien des mois de cela.
Regina avait cru un instant que le chasseur avait basculé de son côté et serait prêt à être plus clément avec elle. Mais l'intervention de Mendell avait changé la donne et le masque froid du chasseur était revenu sur son visage. Elle soupira, ne voyant plus d'options à sa portée. Elle renonça à sa vie. Elle voulait tellement qu'Emma accepte sa résignation, afin que cette dernière puisse vivre, afin de protéger leur enfant. Elle mit toute sa volonté dans cette pensée, et ouvrit son esprit à son amour. Elle tenta de formuler son souhait, et de faire comprendre son lâcher prise à sa compagne. C'était leur seul moyen de ne pas mourir toutes les deux. Si Emma n'acceptait pas ce sacrifice, déjà consenti par Regina, alors elles étaient fichues toutes les deux. Et Regina refusait de voir la blonde se dévouer encore une nouvelle fois, à une autre vie que la sienne. Sa terreur ne cessant de grandir, à mesure que le chasseur se rapprochait à nouveau d'elle, elle perdit pied et se renferma en elle-même. Sans s'en rendre compte, elle activa la magie du sort de réciprocité. Elle faiblit sans saisir le lien qu'elle venait d'établir avec la sauveuse.
Dans la voiture, Emma papillonna subitement des yeux. Une image s'était superposée à sa propre vue. Elle se frotta les yeux, voulant l'effacer, mais rien n'y fit. Un léger bourdonnement dans ses oreilles lui parvint, comme étouffé. On aurait presque dit des voix, parlant à travers un mur, indistinctement. Elle sortit de la voiture de patrouille et tituba jusqu'au trottoir, où elle s'assit, incapable de distinguer ce qui se trouvait à quelques pas devant elle. Elle avait des sueurs froides, et une douleur sourde s'insinuait dans sa poitrine, lui compressant le thorax et entravant sa respiration. Elle mit sa tête entre ses genoux, inspirant et expirant bruyamment. Elle releva brutalement le visage, et ferma les yeux. Elle pouvait distinctement discerner l'intérieur d'une maison et le chasseur, penché sur elle. Sa vue ne cessait de bouger, alors qu'elle-même restait figée, comprenant qu'elle voyait par les yeux de sa compagne. Elle se remit sur ses jambes et balaya les environs, cherchant désespérément l'origine de cette étrange vision, provoquée par la magie. Elle se sentit attirée vers une maison un peu plus loin, la douleur de sa lèvre se faisant plus vibrante, lorsque son corps entier se mouvait dans cette direction. Elle n'attendit pas plus longtemps et se dirigea vers l'endroit lugubre, à pas feutrés.
Regina écarquillait les yeux, alors que Graham s'agenouillait à nouveau près d'elle. Elle racla le sol de ses ongles, dans son dos. Ses mains liées dans le dos l'empêchaient de faire un quelconque mouvement. Le chasseur la dévisageait sans pudeur, s'amusant presque de sa nudité. Il remarqua les cicatrices sur les jambes. Il décida de ne pas y toucher, elles étaient profondes et sûrement encore un peu douloureuses. Il fixa alors sa poitrine, toujours aussi imposante. Il lui prit un sein en coupe et le malaxa agréablement, avant de le pincer. Elle tressaillit, mais ne poussa pas de cri. Voyant que l'ancienne reine résistait, il planta son couteau dans le mur juste au-dessus de sa tête et lui prit chaque sein dans une main. Il les massa bestialement et les écrasa. Sa force coupa le souffle de la brune, qui gémit sans pouvoir se retenir. Graham tira alors sur les tétons, entraînant presque sa victime vers lui. Le visage de Regina changea de couleur, la douleur était insupportable. Elle haleta à travers le bâillon, et des larmes surgirent, telles des traîtresses. Il sourit de son méfait.
- Voilà un beau visage. J'attends tes excuses, sorcière. Mais je n'ai pas encore décidé si je t'accordais le pardon. Il va falloir souffrir bien davantage, j'en ai peur.
Il relâcha son étreinte et reprit son couteau, alors que Regina tenta de reprendre son souffle. Elle sentit la lame parcourir son ventre et se tordit pour échapper à son tortionnaire. Ce dernier s'en amusa encore plus, et continua sa danse morbide sur le ventre tendu. Après de longues minutes de torture psychologique, il reprit enfin la parole.
- J'ai une idée, qui devrait te déplaire. J'aimerais t'éventrer, afin de m'abreuver du sang de tes entrailles. Je suis poète, maintenant. Ce serait si délectable. J'adorais faire ça avec les animaux que je chassais. Mais je ne l'ai jamais fait avec une femme. Si tu pouvais rester vivante, cela m'arrangerait. Voir ton regard lorsque je plongerai mes mains en toi, afin de recueillir ton sang. J'en frissonne d'avance. Qu'en dis-tu ?
L'ancienne reine paniqua complètement. L'éviscération était une mort extrêmement douloureuse, et lente. Elle devrait d'abord se vider de son sang, avant de mourir. Elle secoua frénétiquement la tête, les yeux exorbités. Elle ne voulait pas finir comme ça. Elle refusait d'être taillée en pièce et de nourrir les penchants sadiques d'un homme qu'elle avait pourtant tué autrefois.
Graham continua de faire courir la lame sur chaque partie de son abdomen, laissant la pointe creuser un léger sillon dans sa chair. Regina pleurait maintenant à chaudes larmes, son épouvante à son comble. Elle pria pour s'empaler sur cette fichue lame et que sa mort soit rapide. Mais jamais le chasseur, qui était fort habile, ne le tolérerait. Lorsqu'il perça la peau avec son couteau, et l'enfonça légèrement en elle, une lueur lubrique s'alluma dans son regard.
- C'est à mon tour de te pénétrer, mais tu ne vas pas apprécier la chose comme autrefois. Je serai le seul à prendre mon pied.
Le corps de la brune se cabra sous l'arc de douleur qui la traversa. Mendell, qui scrutait la scène avec réticence, se leva d'un bond.
- Que fais-tu ? Tu vas la tuer !
- Je m'amuse juste un peu. Reste calme et tiens-toi tranquille.
- Ne te prends pas pour un surhomme, chasseur !
- Notre accord était clair. Je passais en premier sur cette salope. Parce qu'elle m'a tuée, il y a bien longtemps. J'ai donc la priorité sur toi. Tu attends sagement que j'ai fini mon petit jeu avec elle !
- Tu l'abîmes inutilement. Et je veux qu'elle reste lucide. Je veux qu'elle comprenne ce qu'il lui arrivera, lorsqu'elle sera entre mes mains.
- Et que comptes-tu lui faire ? C'est un secret, ou tu veux lui mettre l'eau à la bouche ?
Le rictus qui se peignit sur les lèvres de Mendell fit reculer le chasseur.
- Oh, c'est très simple. Je vais lui faire payer tous ses crimes passés. Mais tout d'abord, finir le boulot commencé il y a des mois. Nous avons été interrompus par la shériff. Cette fois-ci, je vais te faire jouir, oh ma reine, et quand tu seras pleine, je te viderai à coups de couteaux. J'admirerai mon œuvre et lorsque tu auras envie de réellement mourir, ton martyr à son paroxysme, j'abrégerai tes souffrances, lorsque tu me supplieras. Et quand je partirai d'ici, tu sauras que c'est pour m'occuper de ton petit bâtard. Je lui trancherai la gorge, tout simplement. Et pour finir en apothéose, j'irai voir ta gouine, et je lui ferai également passer le goût des femmes, en lui expliquant bien tout ce que tu as subi avant que je ne m'occupe d'elle. Vaste programme, n'est-ce pas ?
Regina hurla comme une perdue, sachant ce que son grand amour risquait avec ce taré. Graham ricana devant la terreur incommensurable de la femme ligotée à ses pieds. Finalement, Mendell parvenait à la terroriser au-delà de tout entendement. Il réfléchit quelques secondes, et s'adressa à son complice, mal à l'aise.
- Attends, le gosse… T'es sûr de toi ? C'est qu'un enfant… C'est quand même cruel.
- Il a été élevé par cette fange de l'humanité. Il faut éradiquer le mal à la racine. Plus tard, tu seras content qu'il ne puisse plus se venger.
- Mais égorger un enfant, je ne suis pas certain de vouloir être mêlé à ça. Regina est une sorcière, détestée, sa mort ne fera même pas un encart dans les journaux, mais son fils… Je crois que cela fait de nous des monstres aussi, non ?
Mendell toisa son comparse froidement. Il ressentait la fébrilité de l'homme en face de lui et ne pouvait se permettre de voir ses plans réduits à néant à cause d'un pleutre, qui n'avait pas les couilles d'aller jusqu'au fond des choses. Il se redressa et jeta un regard glacé à son acolyte d'infortune.
- Ne te mêles pas de mes affaires. Puisque tu n'es pas capable de faire ce qu'il faut, je m'en chargerai moi-même. Maintenant dépêches-toi, on va pas y passer l'année.
Le chasseur détourna la tête, trop couard pour tenir tête à un homme qui voyait la mort d'un gamin comme un mal nécessaire. Alors qu'il regardait le corps tremblant de l'ancienne reine, il soupira, brisé dans son élan. Il n'avait plus autant envie de la faire souffrir, lorsqu'il croisa le regard fou de la brune. Avoir entendu la mort programmée de son garçon lui donnait de nouvelles forces, mais sans pouvoir rien faire d'autre que de sombrer dans une folie contagieuse. Il décida qu'il avait finalement peut-être assez joué avec elle. Il s'était même lassé de la voir dans un tel état de vulnérabilité. Il ne reconnaissait pas la grande sorcière d'autrefois. Celle qui l'avait tant fait souffrir était morte, depuis déjà de nombreux mois. Il ne faisait que torturer une femme terrorisée. Il se retourna vers Mendell, las.
- Je ne crois vraiment pas que ce soit une bonne idée. Il y a aussi David, l'autre shériff, qui se mettra sur notre route.
- Nous le tuerons aussi.
- On ne va pas tuer tout Storybrook !
- Un incendie est toujours salvateur.
Devant la lueur diabolique qui dansait dans les prunelles de Mendell, il capitula. Cet homme était fou à lier. Il avait simplement trouvé un bon prétexte pour tuer, et c'est tout ce qui lui importait. Le chasseur tenta le tout pour le tout, sentant toute cette histoire lui échapper. Il essaya de plaquer Mendell à terre, mais ce dernier était resté sur ses gardes et désarçonna le chasseur, le faisant tomber au sol et perdre son précieux couteau.
- C'était extrêmement stupide de ta part, mon pauvre… Mais je vais t'ôter d'un poids, afin que tu te tiennes tranquille.
Alors qu'il terminait sa phrase, un sourire sadique aux lèvres, il se pencha sur Graham et enserra sa tête de ses mains. Puis dans un mouvement contraire, il fit craquer les cervicales du chasseur. Le bruit des ligaments se rompant et des os frottant les uns contre les autres donna la nausée à Regina, qui venait de voir disparaître son ultime rempart contre ce fou furieux. Mendell n'avait pas hésité à tuer son comparse, qui ne voulait pas suivre son plan barbare. Elle pleura silencieusement, sachant sa fin très proche.
Emma avait vu le meurtre du chasseur. Elle avait hoqueté d'horreur devant la froideur du geste et le détachement du tueur. Cet homme était inhumain, et il s'approchait dangereusement de sa compagne. La shériff pressa le pas, encore mal assurée et tenta d'ouvrir la porte-fenêtre de derrière. Celle-ci pivota sur ses gonds, sans faire de bruit. Elle souffla de soulagement et s'approcha de la pièce où était retenu la brune, à pas de loup. Mendell n'était plus qu'à un mètre de sa victime, Emma sortit immédiatement de sa cachette, telle une furie, et se jeta contre lui. Surpris par l'attaque impromptue de la shériff, il se fit bousculer rudement et s'affala plus loin sur le plancher. La blonde se tourna vers Regina, qui était en sang, mais vivante. Elle lui enleva le bâillon, et la prit rapidement dans ses bras.
- Mon dieu, mon amour, je suis désolée, mais je suis là… Je suis désolée…
- Emma, derrière toi !
Le tueur avait repris ses esprits et ramassé le couteau à terre. La shériff vit qu'il se relevait, mais Regina était dans un sale état. Elle dut faire un choix. Elle pensa d'abord à sa compagne, qui perdait trop de sang, son abdomen étant un entrelacement de lignes rouges, et sa lèvre, qui était rouverte, ne cessait de perler. Elle eut le temps de défaire les liens qui maintenaient les mains de sa compagne dans son dos, avant de voir le tueur quasiment sur elle. Elle s'écarta vivement de la brune, afin qu'elle ne soit pas blessée. La lame passa sur son bras, et une brûlure la fit sursauter. Elles hurlèrent toutes les deux, laissant Mendell quelque peu dans l'expectative. Ce court laps de temps fut suffisant à la blonde pour lui asséner un coup de pied circulaire, envoyant valser l'homme dans un coin de la pièce. Emma se tenait le bras, et Regina, à bout de force, se jeta dans l'étreinte de la blonde. Cette dernière la prit fermement contre elle et dégaina son pistolet, qu'elle n'avait pas voulu sortir plus tôt, de peur de le perdre dans la bagarre. Elle mit Mendell en joue, alors que son grand amour tremblait dans son étreinte. Ce dernier, une lueur folle dans le regard, la provoqua.
- Tu n'oseras jamais ! Tu es une Charmant ! Et vous êtes faibles ! Avec votre morale et vos principes…
La détonation fut assourdissante. Le corps du meurtrier s'affaissa et tomba à terre, une balle entre les deux yeux. Le silence répondit aux deux femmes, qui s'enlaçaient pour se donner du courage.
Lorsque les émeraudes d'Emma rencontrèrent le chocolat de Regina, leur magie s'activa. Les yeux de la blonde devinrent violet et ceux de la brune se parèrent de blanc. Un échange se fit entre leurs deux corps, régénérant l'ancienne reine, qui voyait déjà ses plaies se refermer. Alors qu'elle soupirait d'aise, elles écarquillèrent ensemble les yeux, complètement abasourdies. Ce fut la shériff qui rompit le silence la première.
- Je… C'était quoi, ça ? Pas la magie, ça, je commence à maîtriser. Mais… Tu as vu et ressenti comme moi, n'est-ce pas ?
Regina ne put que hocher la tête, et une larme coula sur sa joue.
- Pleure pas, mon amour, c'est magique, et magnifique. C'est un cadeau inestimable. Je suis si… Heureuse. Pour nous, et notre famille.
- Oh, Emma… Dans une telle situation, l'apprendre semble si incongru.
- Mais c'est plutôt comme une récompense, tu ne croies pas ?
- Je ne sais pas. Oh mon dieu, nous avons failli tout perdre, vraiment tout.
- Mais maintenant, nous avons tout gagné. Je t'aime, Regina. Du plus profond de mon être.
- Je t'aime aussi. Et tu viens de tuer un homme pour me sauver. Merci. Merci d'exister.
Elles fixèrent le corps inerte, et la shériff tenta de se relever. Elle sentit un léger vertige, et Regina la serra davantage.
- Non, reste contre moi, s'il te plaît. J'ai besoin de toi. Tu dois prendre soin de toi.
Le regard anxieux de la brune fit se rasseoir la sauveuse, qui berça le corps endolori. Emma commença à rire doucement, un sourire naissant sur son visage.
- C'est fini, Regina. Tu te rends compte ? Et pour nous, tout commence.
La brune scruta sa compagne, surprise par sa réaction.
- Tu viens de tuer un homme, de sang froid. À cause de moi.
- Oui, mais je recommencerai autant de fois que nécessaire.
- Tu nous protégeras toujours, n'est-ce pas ?
- Jusqu'à mon dernier souffle.
La larme qui roula sur la joue hâlée fut séchée par la main pâle.
- Maintenant, j'ai deux raisons supplémentaires de me battre. Toi, Henri… Et les bébés.
- Comment avons-nous réussi un tel exploit ? Je veux dire, je sais que l'amour véritable peut faire des miracles, mais à ce point…
- Tu te souviens de notre première fois ? Cette aura de magie qui nous avait entourée ?
- Oui. Tu penses que c'est à ce moment-là qu'ils ont été conçus ?
- J'en mettrai ma main à couper.
La blonde l'embrassa tendrement et lui souleva la tête, en mettant son index sous le menton.
- Il faut qu'on aille voir Whale. Nous devons en être certaines. Et aussi pour nos blessures.
- Tu sais… Je me disais... Nous sommes enceintes, je le sens, je le sais. La réciprocité des corps, combinée au véritable amour ? Il n'y a qu'à Storybrook qu'une telle chose peut exister.
- Nous avons bien fait de rester, finalement.
- Apparemment, oui.
Emma se releva enfin et porta la brune dans ses bras. Le corps meurtri était si léger. Elle posa une couverture sur elle et sortit de cette maison ensanglantée. Elle alla jusqu'à sa voiture, et déposa Regina dedans. Puis elle prit son téléphone.
- Allô ? David ? Attends, du calme. Je suis avec Regina… Je vais à l'hôpital… Je t'expliquerai. Mendell et Graham sont morts. Rejoins-nous là-bas. Oui, je prends soin d'elle…
Elle raccrocha, une expression d'apaisement lui remplissait le cœur. Elle vit sa conjointe s'endormir, épuisée par les évènements de la journée. Elle mit le contact et se dirigea vers l'hôpital, l'esprit léger, malgré la vie qu'elle avait ôtée.
