Chapitre 41 : une grande bouffée d'air

Elle arriva rapidement à l'hôpital, jetant par intermittence des coups d'œil à Regina, qui restait pâle, malgré le regain magique, qui avait commencé à refermer leurs blessures. Elle se gara prudemment, et sortit de la voiture, pour aller chercher un brancardier. La brune ne s'était toujours pas réveillée et semblait épuisée. De larges cernes ternissaient son regard et sa respiration était pesante. Regina fut transportée dans une chambre, où le docteur Whale arriva en trombe.

- Emma… Mais qu'est-ce qui se passe ? Je ne vous voyais presque plus depuis des mois, et soudainement, vous reprenez un abonnement…

- Je m'en passerai bien, docteur. Regina a été kidnappée et … Torturée.

Le médecin la fixa avec horreur.

- Elle ne supportera plus des blessures importantes. Que pouvez-vous me dire ?

- Je ne sais pas trop, mais la magie a commencé à œuvrer. Sa cicatrice à la lèvre a été rouverte au couteau et son ventre… Euh, hé bien, voyez vous-même.

Elle souleva la blouse d'hôpital que l'infirmière avait revêtu à Regina, laissant apparaître les lignes tracées à vif dans sa chair. Hoquetant légèrement d'incrédulité, Whale se rapprocha et soupira.

- C'est très superficiellement refermé… Mon dieu, ça lui a été infligé alors qu'elle était… Consciente ?

- Oui.

Le médecin soupira à nouveau, voyant les dégâts provoqués. Il secoua la tête et se tourna vers la shériff.

- Quoi d'autre ?

- Hé bien… il se pourrait qu'elle soit enceinte. Tout comme moi. Il faut faire un test pour chacune de nous.

Les sourcils de Whale se relevèrent comiquement jusqu'à la racine de ses cheveux.

- Longue histoire, je vous raconterai. Mais avec ses blessures au ventre…

- Je vais demander un scanner immédiatement. Pas de panique, Emma. Y a-t-il autre chose ?

- Je ne sais pas… Elle s'est effondrée de fatigue. Elle a sûrement subi des coups. Mais je ne peux pas en dire davantage. J'ai… J'ai senti lorsqu'ils la faisaient souffrir… C'était atroce… Mais c'est ce qui m'a permis de la retrouver.

- Votre… Lien ?

- Oui. Ne me demandez pas, je ne comprends pas tout moi-même.

- Très bien. Et vous, shériff ? Votre manche…

Emma tourna le regard vers son bras, qui avait été entaillé. Elle secoua la tête, mais ressentit une douleur malgré tout.

- Ne vous inquiétez pas pour moi.

- Au contraire. Montrez-moi ça.

La blonde retira sa veste et leva la manche de son pull. L'entaille qui avait commencé à se refermer, s'était rouverte, sûrement après avoir porté Regina jusqu'à la voiture.

- La plaie est nette, je vais vous recoudre. Je croyais que vous aviez guéri ?

- Moi aussi. Mais apparemment, ce n'était pas suffisant.

- Très bien, je vous fais d'abord la prise de sang à toutes les deux, il faut que je sois fixé pour vous soigner correctement, si vous êtes enceintes.

Emma se laissa prélever du sang et scruta l'infirmière, qui faisait de même à sa compagne, tel un faucon. Puis elle fut auscultée, afin de s'assurer qu'elle n'avait pas d'autres blessures. Regina était emmenée pour son examen, et revint rapidement, sous l'œil anxieux de la blonde.

Quelques coups furent donnés à la porte de leur chambre. Elle l'ouvrit et vit son père. Elle soupira et tomba dans ses bras, à la surprise de ce dernier.

- Je suis si contente de te voir…

- Emma… Hey, comment vas-tu ? Et Regina ?

- Je vais bien, à peu près. Mais Regina… J'ai pas pu la trouver tout de suite, ils étaient planqués dans une maison décrépie. Ils ont eu le temps de la … Charcuter…

Emma explosa en sanglots, David la prenant dans ses bras, afin de l'apaiser. Il lui caressa le dos, et se dégagea de son corps, afin de plonger ses prunelles dans les émeraudes.

- Mais elle va guérir, tu es là, et sa famille aussi.

- Papa… On est enceintes.

- Quoi ?

- On attend un bébé, chacune. Whale va revenir avec les résultats, mais nous le savons déjà, la magie, tout ça…

Emma était épuisée de raconter la même histoire, encore et encore. Elle attendait le réveil de sa belle, afin de l'expliquer clairement aux deux hommes, et ne pas répéter mille fois la même chose. David paraissait confus, mais prenait la nouvelle avec sang-froid.

- Et les bébés… C'était voulu ?

Devant le regard effaré de la blonde, il battit en retraite.

- Pardon, c'était maladroit…

- Non, pas voulu. Mais c'est une merveilleuse surprise, tu ne crois pas ?

- Sûrement, oui.

David semblait soucieux, mais Emma ne voulut pas creuser la question. Elle avait déjà suffisamment à faire avec l'état de santé de sa compagne. Elle se rapprocha du lit, et caressa les cheveux bruns. Elle avait besoin de la toucher, plus que jamais. Ses sanglots s'étaient calmés, mais des larmes solitaires continuaient de couler sur ses joues. Elle les essuyait machinalement, du revers de sa manche et se pencha pour embrasser délicatement la femme endormie.

- Emma. Il faut qu'on parle de ce qu'il s'est passé.

- Euh oui. Tout de suite ?

- Plus vite je saurai ce qu'il s'est produit, et plus vite je pourrai régler les détails.

- Les détails, hein. J'ai tué un homme pour la sauver. Enfin Mendell n'était pas vraiment un homme, mais un monstre. Et je ne regrette rien.

- Mais il avait fait du mal à Regina, et il voulait te tuer aussi ?

- Bien sûr.

- Donc c'est de la légitime défense, dans le cadre de tes fonctions. Je vais arranger ça. Au moins, ce sera un nuage de moins au-dessus de ta tête.

La blonde regarda son père avec reconnaissance. Elle savait qu'il allait enjoliver la réalité, mais cela ne la dérangeait pas. Ce serait une épreuve en moins à subir, et elle en avait eu son compte jusqu'à maintenant. Elle lui sourit rapidement, prenant sa main et la pressant, le remerciant de son soutien.

Le docteur Whale revint une heure plus tard, avec un dossier entre les mains. Il vérifia les constantes de Regina, qui émergeait doucement. Emma était collée à elle et veillait sur son sommeil.

- Hey, ma chérie, tu te réveilles enfin…

- Emma ? Où est-ce que je suis ?

- Nous sommes à l'hôpital, en sécurité. Le docteur est là, et David.

- J'ai mal partout…

Whale s'approcha du lit et vérifia la perfusion.

- Je vais vous donner de quoi atténuer la douleur. Mais je dois vous parler, tout d'abord.

Le couple se tourna vers lui, dans l'attente des résultats.

- Tout d'abord, félicitations à toutes les deux, vous êtes bien enceintes. Je ne sais trop par quel miracle magique. Enfin, avec vous, tout peut arriver, vous nous l'avez suffisamment démontré comme ça. Emma, votre plaie est recousue, et vous n'avez pas d'autres blessures, donc tout va bien. Tâchez de ne pas vous mettre en danger et évitez les coups… Quant à vous, Regina, vous avez une légère commotion, mais rien de bien méchant. Votre plaie à la lèvre s'est refermée… D'elle-même et je ne vais pas y toucher. Je vous prescris simplement une crème cicatrisante. Votre ventre, par contre, a tout juste commencé à cicatriser. Vous êtes au début de la grossesse, donc vous serez guérie lorsque votre peau commencera à se tendre. Je vous garde en observation pour la journée, afin d'être certain qu'il n'y a pas de problème suite aux coups reçus. Vous pourrez appliquer la même crème sur la blessure. Je vous laisse un moment.

Il se retourna et sortit de la pièce silencieusement. Tout le monde avait grand besoin de calme et de se retrouver. Tout d'un coup, Regina se tourna vers David.

- Où est Henri ?

- Je l'ai laissé à Ruby, qui n'a pas posé la moindre question.

- Oh, très bien. Merci mon dieu, il n'a pas vu ça…

Regina sanglota, blottie dans les bras de la sauveuse. Cette dernière était pâle et tremblait légèrement. Son père s'en inquiéta.

- Emma ? Ça ne va pas ?

- Si, si. Je crois que je réalise un peu ce qu'il vient de se passer. On est passé très près de la catastrophe, cette fois-ci.

- En effet. Mais c'est fini, maintenant.

- Oui, c'est fini. Enfin.

- Et… Pour les bébés ?

Regina souleva la tête et ancra son regard dans celui du prince.

- C'est un peu gênant à dire, mais la première fois que nous avons fait l'amour, il y a eu une déflagration de notre pouvoir. Je pense que les bébés ont été conçus à ce moment-là.

- Mais c'était il y a …

- Environ deux mois, presque.

- Oh, d'accord… Pour une surprise, c'en est une !

- Oui. Jamais je n'aurais cru que notre amour était si fort.

- Entre la méchante reine et la sauveuse ? c'est certain, en effet.

Emma était toujours silencieuse. Elle était totalement ailleurs. Son père effleura son bras, et elle sursauta. Sa pâleur habituelle était accentuée par les néons. À moins que ce ne fut les évènements traumatisants de la journée. Ses nerfs lâchaient complètement, et elle s'allongea aux côtés de sa conjointe, rompue de fatigue. Même Regina s'aperçut de la lassitude et de la fatigue de la blonde. Aussi, lorsqu'elle s'allongea tout contre son corps, elle l'enveloppa de ses bras, pour ne plus la quitter. Une fois de plus, son ange gardien avait réussi à la sortir de ce guêpier. Mais l'ange semblait en bout de course.

- Repose-toi, Emma. Je suis en sécurité, grâce à toi. Comme toujours.

Whale revint plus tard dans la journée, alors que David était reparti. Il dévisagea le couple endormi, et étroitement serré. Il regarda l'heure et leur laissa encore un peu de temps pour se reposer. Il semblait évident que cette mésaventure aurait des répercussions sur elles, bonnes et mauvaises. En fin de soirée, alors qu'il croisait David dans le couloir, le médecin revint auprès des deux femmes.

- Je vois que vous êtes réveillées, tant mieux. Je ne vous garde pas cette nuit, vous pouvez retourner chez vous. Néanmoins, je vous rappelle que vous avez besoin de repos, l'une comme l'autre, et ce n'est pas négociable. Emma, je vous prescris un arrêt de travail de deux semaines. Regina, il faudra plus de temps pour que vos blessures se résorbent totalement, mais j'ai bon espoir que d'ici un mois, tout ira pour le mieux. Pas de cascades intempestives et restez tranquilles ! Regina, évitez le sexe. Guérissez avant toute chose.

Devant le regard éploré de la blonde, Whale rit, alors que David regardait désespérément ailleurs.

- Emma, je vous fais confiance. Pensez à votre compagne.

- Bien sûr…

Elle continua de faire la moue, puis elle donna un baiser tendre à sa brune.

- Je vais être aux petits soins pour toi. Tu n'auras rien à faire. Je m'occupe de tout.

Whale fronça les sourcils de mécontentement.

- J'ai dit du repos, shériff Swan. Ça vous incluait dans le lot.

- Oui, docteur.

- J'ai vu vos doigts croisés dans votre dos…

- Oups…

David secoua la tête devant les gamineries de sa fille.

- Je veillerai sur elles, docteur. Ne vous en faites pas.

- Heureusement qu'il y a encore un adulte responsable ici… Je plaisante. Quoique… Bonne soirée mesdames, rentrez bien.

- Merci pour tout, une fois de plus.

Une fois la porte refermée sur le médecin, David s'approcha d'elles, pour préparer leur sortie.

- Bon, je vais voir pour les papiers à l'accueil. Emma, tu aides Regina à sortir de là, et puis vous me rejoignez. On sort de ce maudit hôpital, tu reprends ta voiture avec Regina et vous rentrez au manoir. Henri reste chez Ruby cette nuit, et ce n'est pas négociable. Vous avez des têtes à faire peur. Emma, tu iras le chercher demain matin, d'accord ? Moi, je serai chez vous, pour veiller à ce que toutes les sécurités soient bien actives et en état de fonctionner. Allez, hop, on est parti !

David s'avérait très protecteur, après avoir été ballotté et tiraillé par des sentiments contraires. Mais il voulait être là, pour elles, et connaître ses petits-enfants à venir. Un léger sourire sur le visage, et la soirée fut rondement menée.

Emma se gara devant le manoir, Regina légèrement somnolente à ses côtés. Elle fit le tour de la demeure et ouvrit la porte d'entrée, avant de la prendre dans ses bras. Il est vrai qu'elle ne pesait plus grand-chose. Mais ça allait bientôt changer, et cela mettait du baume au cœur de la blonde. Elle la laissa sur le canapé, avec un plaid, et repartit fermer sa voiture et la porte. Puis, après s'être assurée que tout allait bien, elle la monta dans leur chambre, et la plaça sous la couette, bien au chaud. Elle posa sa main sur son ventre.

- Dormez, mes amours, je suis là.

Elle déposa un baiser sur son front et tenta de faire un plat rapide, afin de reprendre un peu de forces. Elle n'avait nullement envie de se prendre la tête, aussi fit-elle un gratin de pâtes, avec assez de fromage pour provoquer un infarctus carabiné. Elle sourit, sachant pertinemment bien ce que dirait la brune, en s'exclamant que jamais elle ne toucherait à une telle monstruosité. Mais la shériff savait qu'elles avaient toutes les deux besoin de manger un plat réconfortant, avec plein de gras. Elle retourna auprès de sa belle, surveillant toujours son sommeil, avant de remarquer la pièce adjacente. Elle souffla un grand coup et y pénétra. Elle vit le sang, toujours présent, et la pagaille engendrée par la petite bagarre, qui n'avait pas duré bien longtemps, au détriment de la brune. Elle se saisit d'une serpillière et d'un seau rempli de détergent. Elle s'échina à effacer les traces, et à tout remettre en ordre. Après une bonne heure passée à éradiquer la moindre trace du passage de Graham, elle s'assit en se massant la nuque. Elle avait envie de s'affaler sur le lit, enlacer sa belle et dormir pendant dix ans. Un sourire amer apparut sur son visage fatigué. Dix ans… Qui sait si elles seront encore en vie… Un bruit provenant de la chambre la tira de ses idées funestes. Elle se précipita vers sa chère et tendre, lui prenant la main.

- Hey, coucou, de retour sur Terre ?

- Mmm, non, encore dodo…

- Waouh, tu passes en mode Moi, ça craint…

Regina pouffa de rire, avant de grimacer.

- Ne me fais pas rire, ça tire sur mon estomac.

- Pardon. Que dirais-tu de te lever tranquillement, de faire un brin de toilette, et de manger un bon gratin de pâtes ?

Un œil s'ouvrit immédiatement, surpris.

- Tu as cuisiné ?

- Oui !

- Doux Jésus…

- Hey, tu adores mon plat signature ! Allez, debout, mauvaise graine !

Après avoir fait très attention à ses blessures, Regina parvint à se mettre debout, mais elle était faible. Lorsque la blonde voulut la conduire à la salle de bain fraîchement récurée, elle s'immobilisa, et secoua la tête.

- Non, attends, pas par là.

Emma se retourna pour comprendre quel était le problème. Les grands yeux de biche s'affolaient face à l'entrée de la salle de bain. Emma comprit la difficulté, et enlaça doucement sa compagne.

- Tout doux, Regina, je suis là. Si tu ne veux pas retourner immédiatement là-dedans, pas de souci, on va dans celle du couloir. D'accord ?

La brune se contenta de hocher la tête, sans jamais quitter des yeux le lieu qui la traumatisait depuis peu. Son agression, chez elle, dans son endroit refuge, annihilait tous les merveilleux moments passés avec la shériff, sous la douche, ou enroulées dans une serviette, à papoter, ou à se faire belles. Elle maudissait Graham pour cela, et ne se sentait pas encore assez forte pour passer au-dessus. Peut-être dans les prochains jours, mais pas tout de suite. Patiente, Emma lui prit la main et l'accompagna dans la salle de bain au milieu du couloir, qui était réservée à toutes les autres chambres. La blonde la fit asseoir sur le bord de la baignoire, et passa en revue ce qui était disposé à sa vue.

- Bon, que dirais-tu d'un bon bain ? Tu te relaxes, et après on mange un bout.

- Je n'ai pas très faim.

- Regina, je sais que tu es ébranlée, et traumatisée. Mais tu es enceinte, alors il faut manger un peu, pour le bébé, s'il te plaît. Je suis prête à te le demander à genoux, autant de fois qu'il sera nécessaire pour que tu abdiques.

Les grands yeux de chiots battus de la blonde la firent légèrement sourire. Elle approcha sa main du visage tant aimé, et le caressa pendant une longue minute, dans un silence réconfortant.

- Juste un peu alors. Pour notre famille. Tu veux bien m'aider à monter dans la baignoire, une fois qu'elle sera pleine ?

- Je ne vais pas la remplir, à cause de tes blessures au ventre. Tu ne pourras pas y rester des heures, ta peau ne le supporterait pas. Je te laisse cinq minutes dedans, et après je te savonne et te rince. Je te fais sortir, et tu t'habilles de ton peignoir, sinon les voisins vont faire une crise de voyeurisme.

- T'es bête, Emma Swan.

- Disons que ça m'embêterait de devoir tous les tuer ensuite.

Un ange passa. Même la shériff se mordit la lèvre, devant sa bévue.

- Trop tôt pour plaisanter de ce genre de choses, hein ?

- Peut-être, en effet.

Le bain se fit dans un silence religieux, et Regina put sortir de là une vingtaine de minutes plus tard, lavée de la crasse de cette journée et de ces monstres.

- Allez, on va manger un bout !

Regina voyait bien que sa compagne faisait de gros efforts pour ne pas céder au chagrin, à la fatigue et rester son roc dans la tempête.

- Tu n'es pas obligée, Emma.

- Si.

- Je t'assure que non.

- Je vais m'écrouler, Regina. Si je ne fais pas ça pour toi, je vais tomber à terre et ne jamais me relever. Je suis en pilotage automatique, alors ne me demandes pas de faire taire mes sentiments. J'en ai besoin pour prendre soin de toi. Ma peine s'atténue, lorsque je croise tes beaux yeux, pleins de vie et d'amour pour moi.

- Emma… Je t'aimerai toujours, tu le sais. Je ne serai plus là, ce soir, si tu n'existais pas. Emma se retourna brutalement et la berça contre elle, la tête dans les cheveux noirs, gémissant son chagrin. Elles restèrent quelques minutes ainsi, avant que Regina commence à fatiguer.

- Emma, mes jambes ne me portent plus, et j'ai mal au ventre…

- Pardon !

La blonde se sépara d'elle, et la chaleur enivrante disparut pour chacune d'entre elles. Elles s'installèrent à table, et Emma fit le service. Regina consentit à manger quelques bouchées de gratin, mais le cœur n'y était pas. La voyant picorer dans son assiette et jouer avec la nourriture comme une enfant, Emma soupira et l'aida à monter se coucher.

- Je sais ce qui te fera plaisir ! Un morceau de chocolat noir !

- J'ai assez mangé, Emma…

- Ben, moi, j'en ai envie. Tu me remercieras plus tard.

La tornade disparut aussi vite qu'un souffle d'air, et la brune eut tout le loisir de contempler la porte béante de la salle de bain. Elle se sentit nerveuse, et remonta la couette sur son corps, pour se protéger des fantômes du matin. Emma revint immédiatement et tendit un bout de chocolat à Regina, qui ne semblait pas le voir. La blonde fronça les sourcils et mit l'en-cas entre les lèvres de l'ancienne reine, avant de l'embrasser, coupant son champ visuel.

- Emma ! J'ai failli m'étrangler !

- Pardon…

elle se remit debout et cogna dans la porte du pied, afin qu'elle se ferme.

- Voilà. Comme ça, personne ne viendra t'embêter. Pas de croque-mitaine, où quoi que ce soit. Juste moi, mes bras et toi. Je t'aime.

Le regard brun reflétait une grande reconnaissance. Elle chercha une position peu douloureuse, et enfouit son visage dans la poitrine de la blonde. Elle respira son parfum, et attendit patiemment que le sommeil vienne la chercher. Emma en profita pour cajoler les cheveux, puis le bras, qui dépassaient sous la couette.

- Bonne nuit, je reste là, je veille sur toi. Plus personne ne viendra jamais te faire du mal.

Regina sombra peu après ces douces paroles. Elle ne vit pas le visage de la sauveuse, qui ressemblait à une grimace. Elle avait eu si peur de la perdre à nouveau. Elle savait très bien ce qu'avait enduré la brune, pour l'avoir ressenti aussi. Elle avait failli à sa mission, une fois de plus. Elle se dégoûtait.

- Je ne te mérite pas, ma reine.

Quelques sanglots silencieux restèrent coincés dans sa gorge, alors qu'elle fixait le corps reposant entre ses bras. Elle se berça elle-même, prenant soin de ne pas réveiller Regina.

Le lendemain, David entra dans le manoir, muni de sa clé de secours. Il alla réveiller les deux femmes, le plus doucement du monde. Ruby avait une urgence au Granny's, et elle ne pouvait plus garder Henri, tout en le surveillant comme la huitième merveille du monde. Emma somnolait, alors que Regina était tombée dans un profond sommeil.

- Emma, coucou, c'est David.

- Mmm…

- Bouge-toi, marmotte, votre fils vous attend ! Et la louve ne sera pas contente, si tu es en retard. À toi de voir, tu sais combien elle peut être énervante.

Emma bougea, en faisant très attention à sa conjointe. Elle fit sortir David, qui était toujours ahuri de voir l'ancienne reine, sa pire ennemie, dans une telle position de vulnérabilité. Que n'aurait-il pas donné, il y a bien des années de cela, pour la trouver dans une telle position, seule et fragile ? Mais elle n'aurait pas été la fin heureuse d'Emma et cette simple pensée lui fendait le cœur.

- Je m'habille, tu fais les cafés, et j'y vais.

- Très bien.

Le blond redescendit et prépara les boissons, lorsque sa fille le rejoignit.

- Tu ne fais pas de bruit, hein, je veux pas qu'elle se réveille sans nous à ses côtés !

- Chef, oui, chef !

- Papa…

- Oh, allez, je peux bien me moquer un peu. Oust ! Va chercher ton fils !

- Chef, oui, chef !

Ils burent leurs cafés, parlant un peu de l'enquête et Emma partit retrouver Henri. Pendant ce temps, David fit le tour de la maison, trouva la porte-fenêtre fracturée et se dépêcha de mettre un morceau de bois pour empêcher toute intrusion. Alors qu'il travaillait, une petite tête brune lui sauta dessus, en rigolant.

- Hey, salut Henri ! J'ai presque fini. Tu veux aller voir Regina ?

- Oui, je monte avec maman et je vais faire un gros bisou à maman !

- Tu ne t'y perds pas avec tous ces mamans ?

- Un peu, mais ça me fait plaisir.

Un large sourire sur chacun de leurs visages, et le duo mère-fils s'en alla à l'étage réveiller la mère de famille.

Emma entrouvrit légèrement la porte de leur chambre, laissant la tête de leur enfant passer devant elle, afin de voir sa mère. Si Emma pensait que leur fils n'était pas au courant de tout, elle se trompait lourdement. En effet, la veille au soir, il avait surpris un coup de téléphone entre la louve et son grand-père, et elle avait demandé dans quel état se trouvait le couple. Il savait donc que sa mère blonde avait sauvé sa mère brune, mais que cette dernière avait été torturée. Il n'avait presque pas fermé l'œil de la nuit, espérant revoir sa famille de tout son cœur. Pouvant enfin se prouver qu'aucune n'était morte, il entra sans demander son reste et vint se blottir contre sa mère, qui gémit.

- Attends un peu, fais attention à son ventre, gamin. Elle a toujours mal.

- Oh, oui, d'accord.

Il se repositionna mieux, et tapota la place à côté de lui pour qu'Emma se joigne à eux. Elle ne résista pas bien longtemps et sourit de contentement. Elle n'était pas aveugle, et voyait l'inquiétude dans les yeux de leur fils. Il dorlota sa mère, et lui déposa un baiser sur la joue.

- Maman, j'ai eu vraiment peur, que tu disparaisses, et donc Emma aussi. J'aurais été tout seul… Je veux pas. Je veux rester avec vous. On a enfin une famille, tous les deux.

Emma ne disait plus rien, trop émue par les mots de son fils. Elles devaient aussi lui annoncer l'arrivée des bébés. Il ne restait plus que sept mois pour tout préparer. Elle posa sa tête contre le dos du petit, et le câlina. Regina émergea graduellement, laissant à son cerveau fatigué le temps de faire le point sur l'adorable bouille qui lui souriait.

- Henri, mon bébé…

- Bonjour maman !

- Bonjour chaton.

- Tu as mal ? Tu vas pas bien ?

- Je vais guérir, Henri, et je te promets que tout ira bien.

- Juré ?

- Je ne vais pas craché, mais oui, juré.

Henri souriait encore plus, tel un damné. Ces quelques paroles échangées avec sa mère l'avaient grandement rassuré. Ils restèrent là, tous les trois, pendant un long moment. David, qui avait fini de sécuriser la porte, monta pour voir ce qu'il se passait, puisque aucun son ne lui parvenait. Il vit la petite famille blottie les uns contre les autres et sortit son téléphone de sa poche. Il voulait immortaliser ce moment, qui reflétait toute la douceur et l'amour qu'ils partageaient. Il se racla la gorge et vint s'asseoir au bord du lit. Il ne put s'empêcher de chuchoter, afin de ne pas troubler leur quiétude.

- Tout est sécurisé. Je vais vous laisser. Profitez bien du temps ensemble, on en a jamais assez. Je reste joignable, et je vais aller voir ma femme, pour la remercier du tuyau. Prenez soin de vous, je reviendrai.

- Merci, David, pour tout.

Il les laissa seuls, et fut satisfait d'avoir pu œuvrer pour sa famille. Emma se leva pour faire le petit-déjeuner et le monta sur un plateau. Elle avait décrété que cette journée serait un pur moment familial, dans le lit, et personne ne viendrait les déranger. Elles auraient tout le temps de mettre Henri au courant des grandes évolutions prochaines de leurs vies. Elle voulait simplement profiter enfin du temps présent, et retrouver des forces auprès de ses deux amours.