Chapitre 42 : un dernier adieu
Durant plusieurs heures, la famille SwanMills resta pelotonnée au manoir, se retrouvant enfin et se câlinant. Henri ne décollait pas de ses mères, et refusait de sortir de leur chambre. Il avait été beaucoup plus affecté que les fois précédentes, car il avait été maintenu dans le secret. Et si cette manœuvre avait été pour son bien, au départ, les conséquences s'étaient avérées inverses, car il n'avait jamais eu aussi peur de perdre sa famille. Emma était dans un état similaire à celui de son fils, et restait cramponnée à sa compagne, tout en berçant leur enfant. Elle ne parvenait plus à les quitter, ne serait-ce que quelques minutes. De trop nombreuses questions tournaient en boucle dans sa tête, et elle repoussait à plus tard les réponses, qui ne manqueraient pas de l'étourdir davantage. Elle était blottie contre Regina et Henri, et les tenaient fermement entre ses bras. Son étau d'acier valait tous les « je t'aime » du monde. Elle pouvait enfin se repaître de leur présence, et de leur chaleur, elle qui ressentait parfois des sueurs froides durant la nuit, l'atteindre plus que de raison. Ils formèrent une montagne aimante, et ce fut le gamin qui sortit en premier du tendre cocon, afin de se rendre aux toilettes. Une fois seules, elles se regardèrent, plongeant leurs prunelles dans celles de l'autre, et Regina caressa la joue d'Emma.
- Je te sens tendue, alors que nous partageons un superbe moment. Parle-moi, Emma. Tu ne vas pas mieux, n'est-ce pas ?
- Tu sais que tu lis trop facilement en moi ?
- Tu me l'as avoué toi-même, dois-je te le rappeler ?
- Inutile. J'ai été faible, alors que tu as été torturée. Je suis minable.
- Mais arrête de te dévaloriser ! Tu m'as sauvée ! Notre famille est saine et sauve, mes blessures guériront, les tiennes aussi, Henri va bien. Ces deux monstres n'ont pas réussi leur coup, c'est tout ce qui compte.
- J'ai toujours l'impression de ne pas en faire assez. Pour toi, pour Henri. Pour nous.
- Crois-moi, je ne connais personne qui aurait fait le quart de tout ce que tu as risqué pour nous. Surtout pour moi. Emma, tu te rends compte que les habitants de cette ville étaient prêts à me sacrifier, ou plutôt me punir, pour avoir été une personne particulièrement mauvaise, par le passé ? Et toi, tu m'as secouru, protégé, aimé, et apporté une famille. Mon dieu, Emma, qu'aurais-je fait sans toi ? Henri serait très certainement orphelin, David et Mary-Margareth en auraient eu la garde, et j'aurais été jetée dans une tombe quelconque. Je vis grâce à toi. J'ai de la peine, Emma, j'ai parfois l'impression que tu ne saisis pas tout l'amour que je te porte. Ou bien, pire, de n'être qu'un boulet, qui t'enchaîne dans une relation bancale. Et c'est toi qui me fais ressentir ça. Alors prends l'amour et la tendresse que je te donne, ne cherche pas à les protéger, partage-les avec moi, c'est tout ce que je te demande. S'il te plaît.
- J'ai toujours l'impression d'être en dessous de tout, avec toi. Tu es si… Toi. Raffinée, sophistiquée, cultivée, belle… Alors que je suis un shériff fauché, préférant se battre. J'ai encore du mal à trouver ma place. Je suis pathétique.
- Mais non, Emma ! Pourquoi ? Pourquoi dis-tu cela ? Tu oublies un peu vite quel monstre j'ai pu être par le passé ! Il n'y a que toi qui aies réussi à me donner la force de me relever et de m'améliorer. Je n'ai jamais été aussi heureuse de ma vie. Tu t'en rends compte, au moins ? Moi qui devais gérer absolument tout, je me suis retrouvée dorlotée, aimée et choyée comme personne ne l'avait fait avant toi. Tu es mon tout, Emma. Et nous serons bientôt mères à nouveau. Ensemble. Une grande famille, comme jamais je n'en avais espéré, puisque je n'étais plus censée pouvoir porter un enfant. Et la magie nous en donne deux ! Je n'ai jamais autant aimé quelqu'un que toi. Car je sais que je serai toujours en sécurité, dans notre foyer.
La blonde se tortilla légèrement, peu sûre d'elle.
- Même Daniel ?
- Daniel est un passé révolu, et toi, tu es mon présent et mon futur. Et jamais je n'ai connu de tels sentiments pour une autre personne, pas même Daniel, que je considérais comme mon grand amour. Mais toi, tu es mon véritable amour. La nuance peut paraître mince, et pourtant, c'est un abysse qui vous sépare. Il n'y aura jamais personne d'autre que toi, Emma. Et si tu meurs, et que miraculeusement, je parvenais à m'en sortir, sache que je ne souhaiterais pas retrouver quelqu'un d'autre, pour finir ma vie à ses côtés. Maintenant c'est toi et juste toi, à jamais. Alors ne fais pas de bêtise. Je serai le bras qui te protège, mais aussi celui qui te soutient. Je veux tellement être ton tout, ton monde, Emma. Mais il faut me laisser entrer complètement, abandonne-toi à moi, tu ne seras jamais trahie par ma faute. Tu pourras enfin te reposer, et puiser dans ma force celle qui te manque en moment.
- Je … Non… Tu te trompes…
- Je ne crois pas, tu me le montres et me le dis, et je ne m'en étais pas rendu compte auparavant. Mais tout ça va changer. Je te le promets.
- Tu peux me le jurer ? Parce que certaines choses peuvent me briser… Toi, tu peux le faire, et ça me fait peur, parce que je crains aussi bien ton abandon, que ta mort, ou pire…
- Pire ?
- Ton coma a été une épreuve, Regina. Mais aujourd'hui, ce serait si destructeur pour moi.
- Je… Je n'y avais pas songé ainsi.
La tristesse dans le regard des deux femmes leur fit partager un moment d'une tendresse folle. Leur mise à nu avait été éprouvante, aussi bien pour l'une que pour l'autre, mais jamais elles n'auraient peut-être eu une telle occasion. Leur quotidien était si prenant, que souvent, il prenait le pas sur leurs sentiments, leurs angoisses et leurs aspirations. Les moments où elles pouvaient se retrouver pleinement et parler à cœurs ouverts se faisaient bien rares à leur goût, alors elles en profitaient pleinement aujourd'hui. Un petit bruit à la porte les tirèrent de leur bulle.
- Viens Henri.
- Je veux pas vous déranger.
- Jamais tu ne nous dérangeras, gamin, tu es notre enfant. Allez, te fais pas prier.
Henri revint se positionner entre elles, à leur plus grande joie. Ils savourèrent l'instant encore un long moment, avant de se décider à bouger, pour manger un morceau. Elles attendraient un peu pour annoncer la bonne nouvelle à leur fils, qui recherchait activement leur présence, voulant être rassuré.
Le lendemain, Emma et Regina prenaient un thé dans le salon, restant proches et leurs mains libres enlacées. Emma semblait légèrement nerveuse, ce qui mit la puce à l'oreille de la brune.
- Y aurait-il une chose dont tu veuilles me parler ? Ou dois-je le deviner comme une grande ?
- J'aimerais aller voir Mary-Margareth, et la remercier. Tu sais que nous avons compris ce qu'il se passait grâce à elle… Et je me sens redevable.
- Oh, oui, bien sûr. Tu veux que je t'accompagne, c'est ça ?
- En fait, non. En plus, avec tes blessures, il faut éviter la voiture, cette semaine. Je ne serai pas longue et Henri reste avec toi.
- Tu peux me laisser seule, Emma. Tout danger est écarté, et je suis une grande fille. Une femme en fait, même. Vraiment, tu peux partir tranquille. J'ai un mini chevalier pour veiller au grain.
La shériff ricana doucement, et amena la main de Regina à sa bouche, pour y apposer un tendre baiser.
- Tu es géniale.
- Tu es amoureuse. Ça te rend aveugle.
- M'en fiche. Je vais y aller, le matin, c'est toujours mieux, avec elle. Pas de bêtise en mon absence, hein ?
- Jamais, croix de bois, croix de fer…
- Ne termine pas cette phrase. Sauf si tu veux que je redevienne une bernique collée à ton dos.
- J'adore ça ! Donc si je mens, je vais en enfer !
- Je te déteste.
- Mais oui, allez file te préparer, je m'occupe d'Henri et à ton retour, nous t'accueillerons peut-être avec un gâteau.
Les yeux de la blonde s'illuminèrent.
- Un gâteau ?
- Allez, oust !
Elle partit à l'étage prendre une douche et sortit peu après. Décidément, la vie pouvait être belle, lorsqu'elle était sereine. Elle roula jusqu'à l'hôpital, et rencontra le docteur Whale dans le couloir.
- Shériff Swan ! Ne me dites pas qu'il y a un problème avec Regina ?
Il scruta derrière la femme, pour tenter de voir si la brune la suivait, mais il ne découvrit personne.
- Non, elle se repose à la maison, et reprend des forces. Merci de vous en inquiéter. Je viens seulement voir ma mère. Il faut que je lui parle.
Un voile passa dans les yeux du médecin. Il sourit, de façon crispée, et s'effaça pour lui laisser le passage.
- Je vois. Emma, elle rechute, je préfère vous prévenir.
- Quoi ?! Mais, elle allait mieux… Comment est-ce possible ?
- Souvent, les patients ont une amélioration, mais qui n'est en réalité qu'un symptôme supplémentaire. Et ils plongent si profondément dans leur psyché ensuite, qu'ils ne reviennent malheureusement pas toujours… Préparez-vous, shériff… Bon courage.
Il tourna les talons, laissant la blonde abasourdie. Elle se dirigea, tel un pantin, vers la chambre de sa mère. Elle voulait voir Mary-Margareth, pas le monstre qui l'habitait. Elle voulait la remercier, lui dire que malgré tout, elle restait sa mère, et que si le pardon serait long à accorder, il serait tout de même au bout du chemin. Mais si c'était le résidu de l'Evil Queen qui lui parlait, elle savait qu'elle ne pourrait pas lui faire face à nouveau. Elle était beaucoup trop fragile en ce moment. Elle n'en pouvait plus de voir un morceau de sa vie partir en fumée, lorsqu'un autre reprenait enfin forme. Elle voulait vivre sereinement, entourée de personnes qui les aimaient, elle et Regina. Elle toqua et entra sans attendre. Mary-Margareth tourna son visage vers sa fille, et lui sourit.
- Emma ! Je suis si contente de te revoir. Une dernière fois.
- Maman ?
- Le docteur Whale t'en a parlé, je le vois à ton expression.
- Mais, c'est bien toi qui me parles, pas l'autre ! Tu peux te battre ! Allez, tu l'as déjà fait !
L'ancienne institutrice prit les mains de sa fille et la tranquillisa.
- Hey, écoute-moi. J'ai fait ce que j'avais à faire, pour toi, et ta famille. J'ai commis des erreurs, mais elles m'auront coûté cher. Emma, elle devient plus forte de jours en jours, et plus encore, à chaque fois qu'elle fait du mal. Son emprise a commencé sur mon esprit, il y a un moment déjà. À présent, c'est moi qui suis un résidu, et elle est l'essence majoritaire de mon être. Si tu savais toute l'énergie que je mets actuellement dans mes paroles, pour te voir, probablement pour la dernière fois… Ma fille adorée.
- Mais… Tu allais mieux. Et j'ai enfin réussi à arrêter définitivement Mendell et Graham. Alors avec toi aussi, je pourrais y parvenir… Je peux pas encore échouer.
- Tu n'as pas échoué. J'ai fait un choix malheureux, guidé par l'aveuglement et la haine. Tu n'as pas à te flageller pour cela.
- J'ai tué pour sauver ma famille, je peux tuer l'Evil Queen !
- Pour tuer celle qui m'habite, tu devras arracher son essence première…
- Hein ?
- Regina est l'essence première de l'Evil Queen. Donc, pour me sauver, tu devras tuer l'amour de ta vie.
- Non, c'est monstrueux… Comment je peux retrouver ma compagne et perdre ma mère ? Je ne veux pas !
- Emma, calme-toi, par pitié.
La blonde éclata en sanglots. Elle n'avait pas prévu cette alternative funeste. Elle devait toujours faire face à des choix cornéliens. Mais sa mère semblait résignée à son sort. Et cela lui brisa le cœur. Car si elle laissait cela se produire, alors ce serait son père qui perdrait son grand amour à jamais. Elle se sentit misérable et honteuse, mais elle ne parvenait pas à choisir une autre personne que Regina. Elle se retourna prestement et s'empressa de se rendre aux toilettes, pour vomir. Elle sentait que cette visite sonnait comme des adieux bienveillants. Elle revint quelques minutes plus tard, essayant de se recomposer un visage plus serein, sans y parvenir. Elle s'assit près de sa mère, et lui prit la main.
- Il nous reste peu de temps, donc ?
- J'en ai bien peur… Quelques minutes, tout au plus. J'ai été heureuse de te connaître, ma fille.
Emma voyait des perles de sueur couler le long de la tempe de la brunette, signe de son combat évident contre l'Evil Queen, afin de rester le plus longtemps possible consciente, avant de définitivement sombrer dans la folie.
- Maman, j'ai tué un homme, mais j'ai l'impression de te tuer également.
- Emma, tu oublies que j'ai assassiné ta… Femme.
- Pourquoi tout doit être aussi compliqué ?
- Je crois que ça s'appelle la vie. À Storybrook.
Le rire sans joie de la shériff acheva de plomber l'ambiance de la pièce. Quelqu'un toqua à la porte. David passa sa tête das l'embrasure et sourit en voyant sa famille.
- Hey, coucou vous deux.
- Bonjour chéri.
- Papa…
Il vint les enlacer, comprenant qu'il interrompait un moment important.
- Que se passe-t-il ?
- Chéri, écoute-moi. L'Evil queen a gagné le combat, et je disparais. Cela ne devrait plus tarder. Je suis désolée, mon amour… Mais ceci est…
- Un adieu ?
La brunette hocha la tête, fataliste. David se tendit et baissa la tête, empêchant quiconque de percer son expression, pourtant ravagée par le chagrin. Il se doutait que cette histoire finirait ainsi. Les crises de son épouse étaient de plus en plus rapprochées. Il ne pouvait presque plus lui parler, sans que le monstre qui avait pris possession de son corps ne pointe le bout de son nez dans leur conversation. Il souffla, et contempla sa femme, droit dans les yeux.
- Je t'aime.
- Moi aussi. J'ai lutté une dernière fois pour qu'Emma ait sa fin heureuse, je lui devais bien ça. Mon dernier acte d'amour.
David laissa ses larmes couler le long de ses joues, alors que Mary-Margareth prenait son visage en coupe afin de l'embrasser. David lui rendit son baiser, le plus doucement du monde. Puis il lui murmura à l'oreille.
- Adieu, mon âme sœur. Et merci pour cette vie formidable. Merci d'avoir existé.
Il lui embrassa le front et laissa la mère et l'enfant parler une dernière fois.
- Ma chérie, vis, sois heureuse.
- Attends, j'ai une dernière chose à te dire. Je suis enceinte, et Regina aussi. La magie nous a fait ce cadeau. Tu vas être grand-mère à nouveau.
Le sourire de l'ancienne institutrice rayonna et inonda la chambre. Elle prit sa fille dans ses bras, et la câlina.
- Félicitations, ma chérie. Une nouvelle vie s'offre à toi, à vous. Je n'aurais jamais cru que Regina puisse devenir une femme qui saurait te rendre heureuse et épanouie.
- Elle le fait pourtant. Je l'aime tant.
- Je crois que je l'ai enfin compris. Pardon pour tout ce que je t'ai fait subir et adieu, ma fille.
Après un dernier baiser sur sa joue, Mary-Margareth peinait même à respirer. Elle regarda sa famille, et leur désigna la porte.
- Elle arrive… Définitivement. Partez, s'il vous plaît, je ne veux pas que vous voyiez cela. J'aimerais que vous conserviez cette image de moi. Ce sera notre dernier souvenir. Et mon plus beau. Partez, je vous en conjure, je ne tiens plus… Et elle va vous faire du mal, par ses mots. Je ne veux pas de cela. Vite, partez !
Devant le ton suppliant de la brunette, père et fille se précipitèrent sur la porte. Ils voulaient conserver ce moment, et surtout ne pas le gâcher avec l'Evil Queen. Une fois la porte refermée derrière eux, David regarda sa fille et la prit dans ses bras, pleurant à chaudes larmes, à l'instar d'Emma.
- Je ne pourrai plus jamais la revoir, alors que je l'aime encore…
- Papa… Tu fais partie de notre famille. Les jumeaux auront besoin de leur grand-père, pour être leur figure masculine. Reste avec moi, tu seras toujours le bienvenu à la maison.
- Merci Emma, mais j'ai tellement mal, là, tout de suite.
Depuis la chambre s'éleva un rire vicieux, leur donnant froid dans le dos. Mary-Margareth avait cessé d'exister. Ils ne s'attardèrent pas en ce lieu et prévinrent Whale, afin d'interner à tout jamais le monstre qui avait pris Blanche-Neige. David, fou de chagrin, repartit chez lui, incapable pour l'instant de faire face à la réalité. Il désirait s'isoler un peu, et reviendrait vers Emma lorsqu'il se sentirait plus fort. La blonde le comprit et le laissa panser ses plaies en solitaire. Elle se promit d'être là lorsqu'il reviendra vers elle.
Elle prit le volant et s'arrêta prendre un café bien chaud à emporter. Elle avait envie de marcher, pour se vider la tête et se réchauffer. Alors qu'elle avait déjà parcouru quelques rues, l'esprit accaparé par cette matinée riche, et lourde, en émotions, elle s'assit sur un banc, et se laissa aller, puisqu'elle était seule dans la rue. Elle fixa son gobelet, presque vide, et soupira. Elle avait perdu sa mère aujourd'hui. Elle ne l'aura donc connu que quelques années, avant qu'elle ne lui soit arrachée. Quant à la solution pour la sauver… Elle était inenvisageable. Elle se perdit dans ses pensées et comprit alors qu'elle plaçait Regina au-dessus de tout, aujourd'hui. Il y a quelques années encore, elles se seraient écorchées vives, si elles avaient pu gagner ainsi l'affection d'Henri. Aujourd'hui, il les aimait autant l'une que l'autre, et ne se privait jamais pour le montrer. Avoir sauvé la mairesse fut très certainement la meilleure décision de sa vie, malgré tout ce qui avait suivi. Les drames, les angoisses, la mort… Mais l'avenir semblait si précieux à la shériff en cette seconde. Elle allait avoir un enfant. Jamais elle n'aurait pensé tomber enceinte de la brune. Son petit bébé grandissait dans son ventre. Elle posa sa main dessus, en souriant tendrement. Cette grossesse serait probablement vécue différemment de la première. Elle avait un métier, une femme qui ne l'abandonnerait pas, une famille sur qui compter, une maison. Son bébé connaîtrait ses parents biologiques. Puis son front se plissa, sous l'évidence. Pour quelques années… Car le sort les liant, elle et Regina, écourtait leurs vies, malgré tout. Elle frissonna, son cœur se serrant en pensant à leurs deux enfants à venir, et à l'épée de Damoclès au-dessus de leurs têtes. Et puis, il y avait bien d'autres questions qui lui trottaient à l'esprit. Elles n'étaient pas mariées, alors, si l'une disparaissait, sans entraîner l'autre dans la tombe, que se passerait-il pour le manoir, les enfants, l'argent ? Toutes ces questions matérielles devaient être réglées. Elles ne devaient rien laisser au hasard. Toutes ces réflexions lui donnèrent la nausée. Encore bien des difficultés en perspective, mais d'ordre administratives, cette fois-ci. Regina pourrait très certainement lui dire par quoi commencer. Elles étaient un couple, elle devait s'appuyer sur sa conjointe pour tout organiser. Elle se secoua, ne voulant pas tomber dans les bras de la fatalité et de l'abattement. Elle se leva, jeta son gobelet dans une poubelle et repartit en sens inverse, reprendre sa voiture et revenir auprès de sa famille. Elle voulait les serrer fort, partager un repas, et se blottir dans le canapé, à regarder un film idiot ensemble. Elle voulait simplement être dorlotée.
En rentrant, elle fit un détour par le fleuriste, afin de faire plaisir à sa brune. Elle rentra chez elles, et fut accueillie par Regina, qui avait reçu un message de David, Emma ne répondant pas sur son téléphone, depuis un moment déjà. Regina savait que sa mère était perdue, et que la blonde devait être au supplice. Aussi, lorsqu'elle vit le magnifique bouquet de roses rouges, elle l'enlaça et déposa un baiser langoureux sur ses lèvres. Elle voulut lui démontrer ainsi qu'elle était là, bien vivante, et présente pour elle. L'amour qui les liait était très puissant, et donnait des ailes à l'ancienne reine, pour tenter d'apaiser la souffrance de sa belle. Elles se cramponnèrent l'une à l'autre, avant que la brune ne s'échappe, afin de mettre les fleurs dans un vase.
- Merci Emma, elles sont magnifiques.
- Tout comme toi.
Regina haussa les sourcils, surprise.
- Tu me fais du charme, miss Swan ?
- Tu n'es pas une chose acquise, et il faut toujours renouveler ses intentions auprès de la personne aimée, tu ne crois pas ?
- Je n'avais pas vu les choses sous cet angle.
- Tu m'as appelé miss Swan.
- En souvenir du bon vieux temps ?
- J'adore quand tu m'appelles comme ça.
- Je ne l'utiliserai qu'avec parcimonie alors, pour que tu saches tout ce que ce nom représente pour moi aujourd'hui.
Emma se fendit d'un grand sourire, le premier depuis bien des heures. Oui, elle avait fait le bon choix en restant aux côtés de la brune.
- Je t'aime.
Regina comprit les tourments qui assaillaient sa compagne. Aussi la mena-t-elle au canapé, et elles restèrent là un moment, à se contempler et à profiter de la simple présence de l'autre. Puis des bruits de pas se firent entendre dans l'escalier. Henri vit ses mères et s'assit avec elles, ne cessant de les toucher, comme pour se rassurer de l'effectivité de leur existence. Elles se scrutèrent, et acquiescèrent silencieusement. Elles devaient parler à leur fils, avant qu'il n'apprenne quoi que soit de la bouche de quelqu'un d'autre. Regina prit son fils entre ses bras, en faisant attention à ses blessures.
- Henri, nous devons te parler.
- Vous allez vous séparer ?!
- Mais enfin, non, bien sûr que non, gamin. Pourquoi dis-tu cela ?
- Parce que ce sont les mauvaises nouvelles qui commencent comme ça…
Emma éclata de rire, avant de presque s'étrangler. Regina leva vers elle un regard inquiet, et Henri ne savait plus quoi penser. La shériff se reprit et souffla, avant d'expliquer la situation au bambin.
- C'est à la fois vrai et faux. J'ai une mauvaise nouvelle à t'annoncer, et aussi une bonne. Je commence par quoi ?
- La mauvaise… Faut faire comme avec les pansements.
- Très bien. Bon, je reviens de l'hôpital, tu sais que j'étais allée voir Mary-Margareth ce matin ?
- Oui…
- Elle m'a permis de sauver ta maman in extremis, sinon, je n'aurais jamais tiqué à temps et je serai arrivée… Trop tard. Mais nous sommes là, et, donc, je voulais la remercier. Mais, tu sais, l'Evil Queen est toujours en elle, et elle a lutté pour me livrer cette information. Mais c'est un combat qu'elle a finalement perdu. Elle s'est sacrifiée, pour que nous puissions vivre heureux, en famille. Henri, ta grand-mère Mary-Margareth n'existe plus. Seule l'Evil Queen habite son corps aujourd'hui. Ma mère… Est morte.
La schappe de plomb qui s'abattit sur la pièce fut écrasante. Le gamin regardait ses mères tour à tour, et sembla ne pas comprendre la nouvelle. Puis il se tourna vers la blonde et sa voix tomba.
- Alors, ma grand-mère est morte et je ne la reverrai jamais ?
- En effet, mon grand. Je suis désolée, Henri.
- Elle avait été méchante. Je sais pas si je l'aimais encore. C'est mal, si je ne suis pas vraiment triste ?
Le cœur d'Emma se serra. Elle fit un effort pour surmonter son chagrin, et tenta maladroitement de rassurer l'enfant.
- Non. Mais elle faisait partie de la famille. Et tu l'aimais bien avant…
- Elle a tué maman !
- Je sais, je suis désolée, Henri… Je t'assure.
- Je veux pas en parler, de toute façon.
- Oh, euh, je comprends…
Emma avait de la peine, mais elle soutiendrait son enfant, quoi qu'il arrive. Sa tristesse à elle devait passer au second plan, en ce moment si particulier. Elle reprit contenance, se faisant violence, sous l'œil désolé de sa conjointe. Cette dernière voyait combien la shériff tentait désespérément de passer outre les paroles dures de leur fils, sans réellement y parvenir. Après avoir respiré un grand coup et chassé ses larmes, elle reprit.
- Bon alors, tu veux peut-être savoir la bonne nouvelle, gamin ?
- Oui…
- Alors, tu sais que ta maman et moi, on s'aime, et…
- Vous êtes mes mamans toutes les deux. Et ça crevait les yeux depuis longtemps que vous vous aimiez…
Le couple éclata de rire, face à l'expression blasée de leur fils.
- Très bien, je te remercie pour ta sagacité. Donc, je disais, que l'on s'aimait. Et tu sais que parfois, quand deux personnes s'aiment…
Regina secoua la tête, voyant la blonde s'empêtrer dans ses explications bancales. Elle posa sa main sur son bras, pour la faire stopper.
- Je vais prendre le relais, si tu veux bien, chérie.
- Oh, euh… D'accord…
Regina se positionna face à son enfant.
- Ce qu'Emma essaie de dire depuis des lustres, c'est que nous sommes enceintes, Henri. Tu vas être grand frère !
Le visage du bambin s'arrondit de surprise. Il ouvrit puis ferma la bouche de façon comique, avant de sourire, puis de froncer les sourcils.
- Euh… C'est cool ? Ouais, c'est cool. Grand frère… Mais…
Il regarda les deux femmes, en fixant leurs ventres.
- Mais c'est laquelle de vous deux qui attend un bébé ?
- Henri, nous sommes enceintes toutes les deux. Chacune de nous porte un enfant. Tu seras donc grand frère deux fois !
- Wouah, c'est possible, ça ? Enfin, il faut un monsieur, pour… Faire un bébé ?
Emma sourit devant l'incompréhension manifeste du petit.
- Nous sommes à Storybrook, et l'amour véritable peut accomplir des merveilles, la preuve. Notre amour, combiné à la magie, nous a permis de concevoir des enfants. Je ne sais pas si le sort qui nous lie a entraîné la grossesse de l'autre, mais ce serait fort probable. Qu'en penses-tu, Regina ?
- Je le crois également.
Le gamin toucha chaque ventre, en prenant soin de faire particulièrement attention à celui de sa mère adoptive.
- Des bébés… On va être une grande famille, alors… C'est… Génial.
Le soupir de soulagement des deux femmes put s'entendre jusqu'en Antarctique. Henri rit de voir la tension s'évacuer progressivement de leur cocon familial.
- Faut préparer la chambre des bébés. Ce seront des garçons ou des filles ?
- Doucement, gamin, nous ne le savons pas encore, c'est trop tôt. Nous avons le temps de penser à tout cela. Mais la première chose que nous devons faire, c'est veiller sur ta maman, pour qu'elle guérisse avant d'avoir un énorme bidou !
- Emma, je t'en prie…
- Tu vas perdre ta silhouette, Regina, désolée de te l'annoncer…
- Ce que tu peux être mesquine…
- Tu es d'une crédibilité… C'en est effrayant.
- Les mamans… Je vous aime.
- Gamin, tu sais, David sera là plus souvent également. Il a besoin de nous. Maintenant plus que jamais. Tu seras gentil avec lui, n'est-ce pas ?
- Je suis toujours gentil…
- Rappelle-moi qui a bougonné pour ranger la vaisselle propre ?
- Même pas vrai…
Les deux femmes sourirent et enlacèrent leur petit homme. Encore bien des aventures en perspective les attendaient, mais la force de leur amour les protégeait, envers et contre tout.
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Bonjour à tous. Pour les lecteurs intéressés, la prochaine fiction sera publiée dimanche, sous le nom Arracht. Je vous attends nombreux pour ces nouvelles aventures, qui seront publiées entre Halloween et Noël. Bonne lecture et bon week-end à tous.
