Chapitre 43 : trouver sa place au soleil

Un mois après la mort spirituelle de Mary-Margareth, la vie avait semblé évoluer d'un coup. David était revenu au manoir deux semaines plus tard, et avait couvé Henri d'attentions et de sorties entre hommes, faisant rire les deux femmes. Regina se remettait correctement de ses blessures au ventre, et sa lèvre ne la faisait plus du tout souffrir. Elles avaient retrouvé une complicité charnelle depuis quelques jours, au grand soulagement de chacune. Emma avait repris le travail, et ne faisait plus d'heures supplémentaires, à la demande de Regina. Elles s'en sortaient à peine financièrement, et la blonde s'inquiétait grandement des finances du couple. Regina n'avait pas encore reprit le travail, mais aucune commande ne lui était parvenue non plus. Beaucoup de choses pesaient encore sur elles, mais elles s'étaient habituées à une routine bien huilée. La shériff revenait tous les midis, et ne rataient jamais un déjeuner avec sa compagne. Elle se sentait rassurée de savoir qu'elle était présente dans la journée, malgré son emploi du temps. Henri avait même récemment décrété qu'elles s'encroûtaient, ce qui les avait vexées au plus haut point. Il est vrai qu'elles n'avaient plus fait de sortie en couple depuis un moment, trop accaparées par les tracas du quotidien, et les menaces constantes. Aussi, Regina avait comploté en secret avec Henri, afin d'offrir une belle soirée à Emma, qui se démenait toujours autant pour tout le monde. Elle avait bien le droit de profiter d'une soirée, qui lui serait dédiée, en compagnie de sa chère et tendre. David avait déjà promis de garder Henri, et une soirée jeux vidéos et films était programmée. Aussi, lorsque la blonde rentra le soir, elle eut la surprise de trouver Regina dans une tenue sexy et moulante, un pantalon noir cintré, un chemisier quasiment transparent, laissant entrevoir une lingerie rouge. Emma se figea dans l'entrée, laissant la porte ouverte, et contemplant la sublime créature qui lui faisait face.

- Miss Swan, tu es en retard…

- Euh, un ivrogne… Qui m'embêtait… J'ai dû m'en débarrasser… Bref.

- Est-il toujours vivant ?

- Je crois.

- Contrairement à ton cerveau… On dirait qu'il a grillé.

- Sûrement. C'est pas possible d'être aussi désirable. Tu le sais, n'est-ce pas ?

- Bonne réponse, miss Swan.

Le nom avait été appuyé et allongé, alors que l'ancienne mairesse s'approchait d'une démarche féline. La blonde baissa les yeux et vit sa compagne juchée sur des escarpins. Son cœur fit un bond dans sa poitrine. Cela faisait des mois que Regina n'avait pas remis ces chaussures, qu'elle adorait pourtant. Emma combla la distance et prit ses hanches dans ses mains.

- C'est moi ou il fait chaud, ici ?

- C'est ta meilleure répartie ?

- Avant de t'emmener dans la chambre et de t'enlever cette tenue qui te met si bien en valeur ?

- Quel programme !

- Plutôt une promesse. Attends, où est le gamin ?

- Avec David, l'autre enfant de la maison.

Elles rirent de la boutade. Mais Regina ne laissa pas Emma continuer ses avances.

- Miss Swan, aujourd'hui, je suis ici pour vous inviter samedi soir à une soirée exceptionnelle, en ma compagnie.

Emma resta interdite, attendant la suite. La brune lui sourit, voyant qu'elle avait capté l'attention de la shériff.

- Miss Swan, j'ai pensé qu'il était temps que l'on recommence à vivre. Archie m'a demandé ce que nous faisions de nos moments à deux, et il semble être du même avis que notre fils. Alors il faut que ça change. Je ne veux pas être vieille avant l'heure. Je veux qu'on profite du temps qui nous est alloué. Et j'en ai plus que marre d'avoir peur. Alors, mon âme sœur, que dirais-tu d'un repas au restaurant, bien apprêtées, et d'une soirée romantique au manoir par la suite ?

Emma ne put que hocher la tête, ravie de l'envie de sa belle. Regina en profita pour se rapprocher et murmura à son oreille.

- Je te promets que tu ne dormiras pas de la nuit.

- J'espère que tu tiendras ta promesse. Mais je ne vais sûrement pas me retenir d'ici là. Encore deux jours, c'est de la torture…

- Je me pose la question. Te faire l'amour maintenant, ou attendre un peu et faire monter le désir…

- Maintenant ?

- Tu as gagné, nous allons attendre samedi. Tu es si coquine quand tu le veux, miss Swan.

La blonde grogna de frustration, mais réussit à chiper un baiser enflammé à la brune incendiaire. Elle quitta les bras de sa conjointe et la fixa droit dans les yeux.

- La méchante reine m'avait manqué, je crois.

- J'en suis persuadée, très chère.

Sourire aux lèvres, Regina prit Emma par la main et la mena dans la salle à manger, pour un repas en tête-à-tête, tout en séduction, agréable prélude à la soirée de samedi. Le couple partageait enfin un moment amoureux et serein, loin de toutes les préoccupations matérielles.

Alors que la blonde était devenue une vraie pile électrique, durant les quarante-huit dernières heures, Regina ne cessait de la provoquer, la titillant à l'extrême, avant de se dérober et d'entendre sa conjointe grogner son envie inassouvie. Elle ricanait dans sa barbe, retrouvant une nouvelle jeunesse et une certaine légèreté, qui lui avait souvent fait défaut. Elle parvint à ne pas vendre la mèche sur leur destination, et Emma ne cessait de l'importuner, craignant que ce rendez-vous ne soit chez Granny. Regina lui avait simplement demandé d'être bien habillée. Elle l'avait même menacé de jeter sa veste en cuir rouge au feu, si elle avait l'audace de la porter ce soir. Par précaution, elle l'avait caché dans un placard du rez-de-chaussée, la subtilisant ainsi à la vue de l'ancienne reine. Elle se préparait maintenant dans leur chambre, alors que la brune se pomponnait dans la salle de bain. Elle avait enfin pu y revenir après deux semaines à éviter la pièce comme la peste. La situation s'était apaisée il y a une semaine à peine, alors qu'elle cherchait un parfum, qui était resté dans la petite pièce. Elle s'était fait violence et avait prudemment avancé dedans, jusqu'à atteindre le bien recherché. Depuis, elle avait chaque jour fait un pas supplémentaire vers la guérison, et avait progressivement vaincu son angoisse. Emma était si fière d'elle. Et rien que pour cette raison, Regina voulait avancer coûte que coûte, afin de se réapproprier leur vie.

Emma sortit la première de la chambre et attendit au salon, prête à partir, tout en étant particulièrement nerveuse. Elles ne faisaient guère de sortie publique en couple, souvent ramassées dans leur cocon protecteur. Elle veillerait au grain toute la soirée, afin de faire plaisir à son hôte. Mais elle avait peur que cela ne ravive d'anciennes angoisses. Elle priait tous les saints qu'il ne s'agisse pas du Granny's. Elle en doutait, au vu de la tenue qu'elle portait ce soir. Elle avait mis les petits plats dans les grands, et avait enfilé un ensemble tailleur-pantalon noir, avec un fin chemisier blanc. Elle avait même exceptionnellement relevé ses cheveux en un chignon désordonné. Sa tenue était assortie à ses chaussures à talons, avec une lanière sur le dessus, afin de ne pas les perdre ou se briser la cheville avec. Elle commençait à avoir faim et jeta un coup d'œil à la pendule. L'heure du départ arrivait à grand pas. Elle entendit des pas feutrés dans l'escalier, et se remit debout, tel un ressort. Elle vit Regina, revêtue d'une belle robe longue pourpre, un cardigan noir sur les épaules, pour ne pas avoir froid. Elle posa une paire d'escarpins noirs à terre et se jucha dessus. Emma s'approcha de la magnifique reine, perdue dans sa contemplation.

- J'avais oublié… Comment ai-je pu oublier l'effet que tu me fais, dans ce genre de tenue ?

- Je vais te le rappeler ce soir, et tu seras mienne, Emma Swan.

- Tout ce qu'il te plaira, ma reine.

Regina passa un doigt le long du visage offert, redessinant ces contours dont elle ne se lassait pas. Elle voulait qu'Emma la regarde toujours avec cet air béat, et profondément amoureux. Le respect et l'envie brûlaient dans ses prunelles émeraudes. Son doigt parcouru son cou et sa clavicule, légèrement découverte. Elle ancra ses billes chocolats dans les yeux révérés.

- Ce soir, je fais table rase du passé, je ne vis que pour toi, Henri, et nos enfants à venir. Je suis devenue plus forte, j'ai guéri, grâce à ton amour inconditionnel et je remets ma vie entre tes mains. Une vie simple, mais émaillée de petits bonheurs, qui feront de magnifiques souvenirs.

La shériff ne put répondre un seul mot cohérent à une telle déclaration. Elle se contenta de lui déposer un baiser léger sur les lèvres et de tendre son bras, afin que Regina s'y appuie.

- Votre carrosse est avancé, majesté.

La brune rit, se sentant transportée, à la perspective de cette soirée, qu'elle espérait grandiose. Emma méritait de connaître le grand frisson.

Au grand dam de la blonde, ce fut l'ancienne reine qui prit le volant. Elle se défit de ses talons, et elles partirent dîner. Regina avait réservé une table dans un restaurant haut de gamme, mais qui n'était pas pour autant guindé, sachant que sa compagne ne s'y serait pas sentie à son aise. Après presque quarante-cinq minutes de conduite, elle se gara devant un restaurant sobre, mais élégant. Elle coupa le contact, et regarda la femme anxieuse à ses côtés.

- Nous y sommes. Tu verras, ils ont tout ce que tu aimes.

- Des hamburgers ?

- Non, des légumes.

La grimace de la blonde la fit ricaner, et elle secoua la tête.

- Tu ne changeras jamais, Emma.

- Mais tu m'aimes comme ça.

- Et plus encore.

Elles sortirent du véhicule, et se dirigèrent vers l'accueil. Une petite rouquine vint à leur rencontre.

- Bonsoir mesdames, avez-vous une réservation pour ce soir ?

- Oui, au nom de Mills.

- Très bien, suivez-moi, je vous prie.

Le couple se faufila entre les tables, toutes encastrées dans des alcôves intimistes. L'ambiance feutrée qui s'en dégageait, laissait planer une douce musique dans l'air. Emma écarquillait les yeux à outrance, subjuguée par le décor. Elle se rapprocha de l'ancienne reine, et lui murmura.

- C'est magnifique ici. Combien de « merci » vais-je te devoir pour être suffisamment reconnaissante ?

- Aucun. J'avais envie de te voir heureuse et chouchoutée.

- Alors, c'est réussi !

La jeune femme leur désigna une table à l'écart, et leur souhaita un bon appétit, avant de s'effacer. Regina tira la chaise d'Emma, à sa grande surprise, et la fit asseoir.

- Il n'y a pas que toi qui puisses être chevaleresque, mon amour.

- Je suis une vraie princesse ce soir.

- Tu es une princesse.

- Et toi une reine.

- Autrefois peut-être.

- Et pour toujours à mes yeux.

Elles se sourirent intensément. Elles n'avaient plus joué le jeu de la séduction depuis longtemps, et elles se sentaient revivre, de recommencer ces douces attentions. Regina tendit la carte à Emma, et lui suggéra quelques plats. La blonde fronça plusieurs fois des sourcils, n'étant pas convaincue par certains choix.

- Regina…

- Oui ?

- Je ne comprends pas la moitié des plats…

La brune haussa le sourcil, et prit la carte des mains de la blonde.

- Très bien, jouons à un jeu. Dis-moi ce que tu veux manger, et j'éliminerai progressivement les plats de la carte.

Emma fut ravie de la partie qui s'engageait.

- Alors… Euh, de la viande ?

- Très bien, donc pas de poissons, ni de mets végétariens. Quel type de viande ?

- Blanche ?

- Et quel genre d'accompagnement ?

- Des… Frites ?

Devant l'air dubitatif de sa conjointe, elle se rabattit sur un autre choix.

- Des féculents ?

- Il y a de la patate douce sous forme de frites, servie avec du poulet à la sauce coco. Qu'en dis-tu ?

- Excellent choix, j'en bave d'avance.

Regina posa la carte et caressa le bras tendu.

- En effet, c'est bon et léger.

Emma rosit légèrement, telle une débutante à son premier bal. Cette soirée était parfaite. Une musique plaisante égrainait ses notes, l'air embaumait de fumets généreux et la compagnie était à tomber par terre. Un serveur se présenta à leur table, afin de prendre leur commande. Après avoir noté les plats et l'eau pétillante, la blonde se détendit complètement. Ses épaules s'affaissèrent légèrement et ses yeux papillonnaient partout.

- Merci pour cette soirée. Et en dehors de Storybrook, ça fait tellement de bien. J'ai l'impression de respirer et d'être une autre.

- Alors, j'ai réussi mon pari. Je voulais te remercier d'être toujours là, et d'être parfaite. Enfin, presque.

La shériff rit, et attrapa la main de sa conjointe.

- Presque ? Tu es encore bien généreuse, je trouve. Tu t'es relevée de tant d'épreuves. Tu es si forte et courageuse.

Elles restèrent un moment à simplement profiter l'une de l'autre, se laissant bercer par le lieu. Les plats furent apportés, et Emma se fit violence pour ne pas se jeter dessus. Il avait l'air délicieux, ce qui se confirma au premier coup de fourchette. Elle ne put retenir un gémissement sonore, au grand amusement de la brune, et la regarda, toute sémillante.

- Merde, c'est trop bon…

- Langage, miss Swan.

- Ne me dis pas ça sur ce ton, où je te prends sur cette table…

- Chiche ?

La blonde eut un blanc, et Regina s'approcha d'elle.

- Échec et mat, très chère.

Elle déglutit péniblement, des images peu chastes en tête. Elle se secoua, et continua à manger son plat, en jetant des regards à la belle brune, qui savait parfaitement comment lui faire tourner la tête. Elle l'admirait profondément, de la tendresse remplissant son regard. L'ancienne reine s'en aperçut.

- Je suis flattée, mais nous sommes en public, tout de même.

- Plus pour longtemps. Au manoir, je te ferai l'amour comme il se doit.

- Des promesses, miss Swan, des promesses.

Elles commandèrent un dessert à partager, Emma devenant de plus en plus agitée sur sa chaise. Lorsque le gâteau au chocolat et à la mangue fut apporté, la blonde prit une cuillère et s'attaqua à la gourmandise. Regina en fit de même, mais reposa rapidement la sienne. Elle capta l'attention de la goulue, qui se stoppa, comprenant que la brune voulait quelque chose.

- Emma, nous sommes ensemble depuis plusieurs mois, nous avons traversé bien des épreuves, et j'aimerais te demander une chose qui me tient à cœur.

Elles ancrèrent leurs prunelles dans celles de l'autre. L'ancienne reine souffla et se lança.

- Emma Swan, veux-tu m'épouser ?

Une lueur étrange passa dans les émeraudes. Elle resta interdite pendant quelques secondes, au grand dam de Regina. Le visage de cette dernière s'effondra progressivement, face au silence qui lui répondait. Aussi, se reprit-elle et tenta de faire machine arrière, ne voyant pas de réponse positive arriver.

- Enfin, si c'est trop tôt, je comprendrai… Je…

- Non.

- Pardon ?

- Non, je ne t'épouserai pas.

Regina fut particulièrement abasourdie par le ton posé et détaché de sa partenaire. Elle ouvrit la bouche, mais aucun son n'en sortit. À la place, une larme traîtresse s'immisça au coin de son œil. Emma la vit et lui prit la main.

- Je t'aime, ça n'a rien à voir avec ça. Mais… Je ne crois absolument pas au mariage. Pour moi, c'est une vaste supercherie, un simple post-it affreusement coûteux et socialement rétrograde.

- Hein ?

- Je suis contre le principe du mariage.

- Bah, euh, d'accord, mais…

- Par contre, si tu veux que nous fassions une petite cérémonie d'échange de vœux, devant tous nos amis et la famille, alors je dis oui.

- Je suis perdue.

- L'acte de prouver notre appartenance l'une à l'autre me convient, mais sûrement pas la version officielle.

- Emma Swan, je suis scotchée.

- Pour une fois que je te laisse sans voix.

Le clin d'œil de la blonde acheva l'ancienne reine, qui n'en menait pas large. Elle ne savait même plus à quel saint se vouer. Mais une cérémonie avec son amour était mieux que rien du tout. Aussi ne fit-elle pas la fine bouche.

- Très bien. Alors je prends la cérémonie des vœux. Mais que dirais-tu, si on ajoutait un peu de magie à tout cela ?

Le visage perplexe qui lui répondit la fit sourire.

- On dirait bien que c'est à mon tour de te surprendre.

- Tu as toujours été très douée pour cela. Mais qu'entends-tu par magique ?

Regina sentit sa blonde se crisper, la magie lui ayant déjà beaucoup pris.

- Tranquillise-toi, mon amour. Il s'agit davantage d'une bénédiction. Une cérémonie dans la forêt, entourées de ceux qui nous sont chers. Nous pouvons appeler les esprits protecteurs, afin qu'ils bénissent notre union.

- Je te fais confiance, Regina. Ce n'est pas mon domaine de prédilection.

Le sourire de la brune éclaira leur soirée. Regina se disait en elle-même qu'elle n'avait pas tout perdu. Son plan avait simplement quelque peu dévié de sa trajectoire initiale, mais cela restait une réponse positive à sa demande. Elle se leva légèrement, et embrassa sa presque fiancée.

- Je t'aime.

- Pas autant que moi.

Elles partirent peu de temps après, leurs mains liées, à l'instar de leurs cœurs. En rentrant, elles n'attendirent pas longtemps avant de laisser tomber les vêtements et de s'embrasser fougueusement. La montée des marches fut particulièrement ardue, et la porte de la chambre reçut un coup de pied mémorable, afin de ne pas briser leur étreinte. Elles s'affalèrent sur le lit, en riant comme des adolescentes. Regina se redressa sur un coude et mit sa main sur la poitrine de sa partenaire, pour lui demander une chose qui la turlupinait.

- Emma, nous sommes… Fiancées ?

Le soupir partit tout seul, mais elle lui sourit tendrement.

- On va dire ça. Tu es impossible, tu le sais ?

- Je suis au courant, miss Swan.

Elle passa sa main sur l'entrejambe qui s'offrait à elle, faisant se cambrer brutalement la blonde.

- Alors ça, c'est déloyal !

- Tous les coups sont permis, dans ce jeu…

- Tu ne perds rien pour attendre…

La suite de la nuit ne fut que plaisir, enchevêtrements de membres, gémissements et orgasmes. La matinée ne dérogea pas à cette règle, pour leur plus grand bonheur.

Une semaine après cette soirée fabuleuse, Regina travaillait dans son bureau. Elle mettait à jour ses papiers, et voulait en parler à sa conjointe. Lorsqu'elle entendit la porte d'entrée et le pas caractéristique de la shériff, elle bondit de sa chaise, et l'interpella.

- Emma, tu peux venir das mon bureau ? J'aimerais te parler.

- Je suis convoquée dans le bureau de la patronne ? J'ai encore fait une bêtise ? Je vais être punie ?

Le roulement de sourcils de la blonde fit secouer la tête de l'ancienne reine.

- C'est sérieux, Emma.

- Euh, y a un problème ?

- Non. Au contraire. Je planifie notre avenir.

- Il a besoin d'être planifié ?

- Je veux être certaine de ne rien laisser au hasard.

- Mais de quoi tu parles ? De notre cérémonie ?

- Non… Du notaire.

- Alors là, je suis perdue…

- Emma, si jamais il nous arrive malheur, il faut que nous établissions l'identité de la personne qui élèvera nos enfants. Et puis, je veux que tu apparaisses sur le titre de propriété du manoir.

- Mais c'est à toi, pas à moi.

- Nous partageons une vie. La tienne en l'occurrence… Alors le manoir est vraiment peu de choses, comparé au reste.

- Tu nous vois mourir ?

- Je préfère palier à toute éventualité. Il n'y aura pas de mauvaise surprise, ainsi. Dans quelques mois, nous aurons trois enfants sous notre toit. Ce n'est pas rien.

- Je sais. Je crois que je mettais tout ça de côté, je l'occultais un peu, histoire de ne pas m'y plonger.

- Tu n'es pas heureuse d'être enceinte ?!

- Je n'ai jamais dit ça ! C'est juste que toute la partie matérielle m'échappe un peu. C'est pas mon truc, quoi.

Regina soupira. Elle venait d'avoir une sacrée frayeur.

- Bref, nous devons voir mon notaire, pour tout mettre en place. Il faudrait peut-être établir un testament, également. Et puis…

La brune sembla soudain beaucoup moins sûre d'elle. Elle se tortilla, et finit par ancrer son regard dans les émeraudes interrogatives.

- Je voudrais que tu adoptes Henri.

La mâchoire d'Emma se décrocha, sous l'effet de la surprise. Jamais elle n'avait réellement envisagé cette option. Peut-être en rêve, mais que Regina veuille bien partager officiellement la garde de leur fils, était une décision pour le moins inattendue. Elle ne put qu'hocher la tête, les yeux écarquillés, et un petit sourire s'insinuant sur ses lèvres.

- C'est… Merveilleux… Je veux dire, tu es certaine ? Parce que tu te rends compte qu'il y a encore un an, on se battait comme des chiffonnières pour obtenir du temps avec le gamin ?

- Les choses ont bien changé. Et il faut anticiper l'avenir.

- Que tu prévoies moche et mortel.

- Je veux que nos enfants ne soient pas laissés pour compte. Emma, ce sont tes enfants aussi, certes, mais les habitants ne verront que ceux de l'Evil Queen. Et je ne peux pas permettre qu'il leur soit fait le moindre mal. Aussi, pour être tuteur de nos enfants, que penses-tu de ton père ?

- Euh, oui, bien sûr, ça semble si logique.

Regina sourit.

- Ou Ruby ? En deuxième possibilité, si jamais il arrive quelque chose à David. Il est shériff aussi. Ce serait de la folie de ne pas prévoir un plan B.

- On est au plan C, là, non ?

- Emma…

- Pardon. Oui, mais il faut tout d'abord leur demander. Ce n'est pas une décision à prendre à la légère.

- Alors faisons cela. Invitons-les à prendre le thé, nous pourrons en discuter librement, sans Henri. Il n'a pas à être mêlé à ces histoires d'adultes. Je ne veux pas qu'il puisse croire qu'on le marchande, ou quoi que ce soit d'autre.

- Il sait que nous l'aimons et que c'est une possibilité, de mourir trop jeunes, nous concernant. Mais cela le mettra face à la réalité. Tout comme moi. Et c'est si difficile à encaisser.

L'ambiance devint lourde, Emma refusant de lever les yeux vers sa compagne. Celle-ci se leva et l'enlaça.

- Je vais passer un coup de fil à David et Ruby. Que penses-tu de les voir demain ? Le plus tôt sera le mieux.

- On ne se précipite pas ?

- Je préférerais régler ce point rapidement, Emma.

- Très bien, je te fais confiance.

Le lendemain, les deux invités se présentèrent au manoir à l'heure indiquée. David et Ruby ne connaissaient pas la raison de leur venue, et se regardaient tous les deux bizarrement. La porte d'entrée s'ouvrit sur eux, et Regina leur proposa de venir au salon. Ils la suivirent, et virent Emma, passablement tendue. Ils se fixèrent à nouveau, leur nervosité bondissant d'un cran. Ruby s'approcha de la shériff.

- Hey, Emma, tout va bien ? Vous êtes bien mystérieuses…

- Oui, Ruby, pas de souci. Ne t'inquiète pas.

- Je vais faire semblant d'y croire.

David s'assit en face de sa fille et attendit la maîtresse de maison. Regina porta un plateau rempli de bonnes choses à grignoter, et proposa un chocolat chaud à chaque personne de la petite assemblée, qui opina du chef.

- Emma et moi avons quelque chose d'important à vous demander, c'est la raison de votre venue.

Les deux convives posèrent leurs tasses et écoutèrent attentivement le couple. Emma reprit.

- Comme vous le savez, nous sommes enceintes, de plus de deux mois. Nous entamerons le second trimestre dans deux semaines. Et… Nous sommes inquiètes.

- La grossesse se passe mal ? Pour laquelle ?

- Non, David, tout va bien, médicalement parlant.

- Alors je ne comprends pas.

Regina prit la relève.

- David, Ruby, comme vous le savez, le sort qui noue lie, et qui me maintient en vie, nous prive d'une bonne partie de notre avenir. Et nos bébés seront bientôt là. Mais nous, nous ne savons pas combien de temps, il peut nous rester. Et si le pire devait arriver, nous souhaiterions que nos trois enfants ne soient pas dans l'incertitude, quant à leur famille et leur avenir.

- Très bien Regina. Et donc ? Où voulez-vous en venir ?

- David, s'il nous arrivait malheur, Emma et moi-même souhaiterions que vous deveniez le tuteur légal de nos enfants.

L'homme cessa de respirer quelques secondes, avant de se reprendre.

- Bien sûr, cela va sans dire, ce sont mes petits-enfants. J'accepte, ce serait une grande fierté… Mais…

- Qu'y a-t-il, papa ?

- Vous… Vous allez mourir… Jeunes ?

- Nous l'ignorons. Mais nous voulons prévoir l'avenir.

Ruby se racla la gorge, émue.

- Mais, et moi, pourquoi m'avoir fait venir ?

Emma sourit devant l'attitude de la brune sauvage.

- Parce que toi aussi, tu es importante à nos yeux, et nous voudrions que si jamais il arrive quelque chose à David, ce soit toi qui te charges d'élever nos enfants.

- Moi ? Mais je suis immature, bordélique, grossière, et à moitié louve !

- Tu es la seule à nous avoir toujours soutenu. Et tu es forte, tolérante, tu les protégeras toujours.

Ruby tomba dans les bras du couple. David vint les enlacer également, et tout le monde pleura à chaudes larmes. Il se redressa, et sécha ses joues.

- J'espère ne jamais avoir à honorer cette promesse. J'ai déjà perdu ma femme, alors perdre ma fille…

- David, nous vous avons demandé aujourd'hui, à tous les deux, car nous allons voir notre notaire et faire tous les papiers nécessaires pour assurer un avenir à nos enfants. Vos noms seront donc écrits dans nos testaments.

- Wouah, pas de pression, hein les filles ?

Le clin d'œil de la louve les fit rire, et elles la remercièrent silencieusement de son aparté bienvenu.

- Merci d'avoir accepté, papa, Ruby. Ça compte beaucoup pour nous.

- C'est normal, les copines !

- Nous ferons tout ce qu'il faut pour que ces enfants soient élevés dans l'amour et dans votre souvenir, si besoin. Même si je croise les doigts pour qu'une telle chose ne se produise jamais.

Le sourire triste du shériff en disait long sur son état d'esprit. La louve ne valait guère mieux en ce moment.

Le rendez-vous chez le notaire fut pris une semaine plus tard, et tous les papiers furent réglés dans les jours suivants. Le couple entamait alors son second trimestre de grossesse, beaucoup plus serein. Elles ne dirent rien à Henri, mais elles le couvèrent d'amour. Le sort et la méconnaissance de leur date butoir les rendait particulièrement fébriles. Elles devaient en avoir le cœur net, afin d'être un peu rassurées. Mais ce genre de magie n'était possible qu'avec de grands pouvoirs. Ce qui impliquait Gold. Et cette solution les faisait frémir.