Chapitre 44 : s'en remettre au destin

Elles en avaient parlé toute la nuit. Et elles étaient tombées d'accord aux premières lueurs du jour. Elles annonceraient l'adoption d'Henri par Emma dimanche matin, avec une journée au lit, dont le petit-déjeuner, qu'elles espéraient rempli de câlins. Tous les détails avaient été soigneusement préparés, afin que ce jour soit un souvenir mémorable pour la famille. La journée fut donc particulièrement difficile pour les deux femmes, même si Regina, restant à la maison, put profiter d'une longue sieste l'après-midi. Emma, quant à elle, fonctionna au radar toute la sainte journée, et s'en fut le plus tôt possible le soir même, afin de regagner son lit. Le dimanche arriva bien vite, et les préparatifs occupèrent le couple le reste du temps. Alors qu'elles étaient réveillées depuis bientôt une heure, elles entendirent les pas d'Henri dans le couloir. Elles se regardèrent et Emma l'appela. Il ouvrit la porte de la chambre de ses mères, et passa la tête par l'ouverture.

- Bonjour ! J'ai trop faim ! Petit-déjeuner les mamans !

- Salut gamin, avant que tu ne commences à te goinfrer, nous avons quelque chose à t'annoncer.

- D'accord. Mais je sais déjà que vous êtes enceintes, hein. C'est plus vraiment un secret.

- Viens sur le lit, au lieu de dire des bêtises, chenapan.

Henri grimpa sur le matelas et se cala entre les deux femmes. Il les fixa en souriant, avant que son ventre ne grogne.

- Va falloir se dépêcher…

Regina leva les yeux au ciel.

- Tu es vraiment le fils de ta mère…

- Laquelle ?

- Ne fais pas le malin avec moi, Henri Mills !

- Pardon maman…

Emma ricana devant la mine piteuse de l'enfant. Elle mit un doigt sous son menton, et lui redressa la tête, afin de capter son attention.

- Henri, ta maman et moi avons une chose importante à partager avec toi. Tu nous écoutes ?

- Oui, Emma.

Regina enlaça son enfant. Ce dernier se blottit contre elle, ravi de ce moment. Elle lui caressa les cheveux et expliqua la surprise.

- Henri, je t'aime plus que tout, et c'est pareil pour Emma. Tu es notre enfant.

- Oui, je sais.

- Alors, j'ai demandé à Emma si elle voulait bien t'adopter.

Le petit tourna vivement la tête vers la brune, puis vers la blonde, et resta les yeux écarquillés.

- Pour de vrai ?

- Pour de vrai, gamin.

- Henri, Emma a dit oui, nous avons déjà commencé la procédure. Tu seras notre fils d'ici peu de temps.

L'enfant resta silencieux un moment, puis se jeta dans les bras de la shériff.

- Merci, merci, merci. Tu seras également ma vraie maman. Je serai plus un enfant sans deuxième parent. On aura une famille complète.

Emma sentit des larmes couler dans son cou, et cajola son fils.

- Oui, nous serons bientôt tes mamans à parts égales, mon grand. Tu es mon fils.

Regina vint prendre dans ses bras les deux amours de sa vie. Dans cette étreinte, cinq vies s'entrelaçaient, ensemble, avec dévotion. Henri releva la tête.

- Et pour les bébés, ça va faire pareil ?

Regina rit devant l'anticipation du bambin.

- Oui, Emma et moi seront les parents de ces deux enfants à leur naissance.

- Trop bien. Je suis si content. Ma famille !

Le câlin dura aussi longtemps que le ventre de l'enfant affamé le permit. Mais bientôt, ce fut un concert de grognement, rejoint par celui d'Emma. Regina sourit et caressa la cuisse de sa femme. Elle se leva, Emma sur ses talons, mais la brune l'arrêta.

- Non, vous deux, vous restez là. Je m'occupe de monter notre repas, et vous choisissez le film pour après. Journée famille cocooning. Heureux, Henri ?

- Méga heureux !

Le sourire ravageur de la mère et de l'enfant fit fondre l'ancienne reine. Sa famille était parfaite. Elle avait dû tant attendre pour en avoir une, complète et si aimante. Mais ça en valait la peine. Elle descendit le pas et l'esprit léger.

Lorsqu'elle revint avec un plateau garni encombrant, elle trouva ses deux amours en train de se chamailler sur le choix du film. Certaines choses ne changeraient jamais, et elle en fut bienheureuse. Elle déposa son plateau sur le bas du lit et chipa les deux jaquettes de DVD des mains de sa compagne.

- Le roi Lion ou Lilo et Stitch ?

- Emma veut Lilo, mais moi, j'ai envie de l'autre !

Les deux têtus prirent une expression ronchonne, et se boudaient l'un l'autre.

- Bien, puisque vous n'êtes que des enfants, je choisis. Nous regarderons les deux, mais nous commençons par Lilo ! Quelqu'un a quelque chose à y redire ?

Face au sourcil arqué et à la pose majestueuse, les deux nigauds secouèrent la tête, ravis en réalité de croiser la reine. Ils lancèrent le film, et dévorèrent toutes les bonnes choses se trouvant sur le plateau, sans même prendre le temps de déguster. Regina en fut grandement amusée.

- Gloutons…

Ils lui sourirent la bouche pleine, la faisant râler, simplement pour la forme. La journée s'égraina rapidement, au rythme des films, gourmandises et jeux de société, prévus à cet effet. Un dimanche parfait, comme ils en rêvaient tous les trois depuis longtemps.

Quelques jours plus tard, elles se rendirent chez Gold, nerveuses. Elles avaient besoin de réponses, et étaient prêtes à payer cet homme cupide. Il les avait aidés par le passé, lorsque Regina était morte, la situation étant extrêmement grave, mais il n'en restait pas moins fourbe, s'il percevait une faille, comme la dernière fois, lorsque seules des réponses à leurs questions étaient en jeu. Elles restèrent dans la voiture pendant cinq bonnes minutes, leurs regards accrochés l'un à l'autre, priant pour obtenir ces fameuses réponses. Emma souffla, posa son front contre celui de Regina et murmura.

- Ensemble, pour toujours.

- Pour toujours.

La shériff sortit du véhicule et attendit sa moitié, avant de pénétrer dans le magasin d'antiquités. Gold les avait observés depuis la fenêtre, et se réjouissait de la prochaine joute qui s'annonçait.

- Bonjour mesdames. Que me vaut le plaisir de votre visite ? Une babiole pour la décoration du manoir ? Il n'est toujours pas à vendre, je présume ? Ou bien un bijou pour votre cou, majesté ? Peut-être un poing américain, comme ornement professionnel pour la shériff ?

Regina durcit son regard, et sa voix fut tranchante.

- Bonjour, Rumple. Inutile de le demander, le manoir n'est pas à vendre. Et nous ne venons pas pour ta camelote.

- Regina… Calme-toi…

L'ancienne reine respira un grand coup. Puis elle s'adressa de nouveau au crocodile.

- Nous avons besoin de réponse. Nous te paierons, en argent. Et pas d'entourloupe !

- Je n'entourloupe personne, très chère. Mais l'argent ne m'intéresse guère. J'ai ce qu'il faut. Et vous n'avez rien à me proposer qui serait susceptible de me plaire. Quoique.

- Crache ton venin…

- Il y a peut-être bien une chose qui me ferait grandement plaisir.

Le large sourire de l'homme d'affaires ne disait rien qui vaille au couple. Ça sentait le piège à plein nez.

- Voici ce que je veux : durant une journée complète, Regina devra me servir de bonniche.

Le visage des deux femmes tomba. Jamais elles ne se seraient attendues à ça.

- Une ancienne reine déchue à mes pieds. Ce serait fantastique ! Quant à vous shériff, hé bien, vous me devrez une faveur légale. Si j'ai un pépin, ou quoi que ce soir d'autre, vous serez tenu de m'obéir. Même si cela heurte votre sensibilité de sauveuse. Vous savez, c'est comme au Monopoly, une carte spéciale : « Sortir de prison ». Qu'en dites-vous, mesdames ?

Regina se tut, réfléchissant aux conséquences possibles, mais Emma ne l'entendit pas de cette oreille.

- C'est un marché de dupes ! Vous voulez humiliez Regina ! Pourquoi l'avoir sauvé ? Ça n'a pas de sens !

- J'ai sauvé mon élève, mais je ne m'attendais pas à ce qu'elle devienne aussi faible. C'est pathétique.

Regina sortit de son silence, et parla franchement.

- Je me fiche bien d'être humiliée une journée, mais inutile d'embarquer Emma là-dedans. Elle ne peut pas faire une chose illégale, c'est beaucoup trop dangereux.

- Oh, je vous en prie, très chère, elle a fait bien pire.

- Je ne parle pas de ça. Je vois plus loin. Emma est la seule à ramener un salaire à la maison, si elle venait à perdre son emploi, ce serait catastrophique pour notre famille. Nous ne pouvons tout simplement pas nous le permettre. Voici donc ma contre-proposition : je double la mise, et je serai pendant deux jours à tes ordres.

- Non.

Gold avait répondu avant même qu'Emma puisse regimber. Elle regarda l'homme, surprise, avant de se tourner ver sa conjointe.

- Non, mais tu es folle… Je ne tolérerai jamais que tu t'avilisses à une chose pareille. C'est hors de question !

- Sa majesté peut prendre ses décisions seules, jeune fille. N'est-ce pas Regina ?

- Comment ça non ?

- Il faut que l'échange soit équitable. Si une seule d'entre vous passe le marché, ce n'est pas correct.

- Gold, c'est une proposition très réaliste que je te fais. Ne touche pas à Emma.

- J'ai dit : non. Ce sont les deux, ou personne.

- Gold, s'il te plaît, c'est un échange plus que généreux, pour toi.

L'homme sourit, machiavélique. Il s'approcha alors de la brune, et tendit la main vers son ventre.

- Ou, bien sûr, nous pouvons partir sur tout autre chose…

Emma fut rapide, et s'interposa entre sa compagne et l'antiquaire. Ce dernier s'en offusqua et gifla la sauveuse, en y mettant un tantinet de magie. Elle s'envola dans les airs et réatterrit deux mètres plus loin, en s'écrasant contre la porte d'entrée. Regina hurla en voyant la blonde tomber, sans pouvoir se retenir, ou se protéger. C'était un coup bas, même pour Gold. Ce dernier souffla.

- Ne soyez pas dramatiques, elle n'est pas en sucre…

- Nous sommes enceintes ! Mais qu'est ce qui ne tourne pas rond, chez toi ?

Emma se releva, titubant légèrement, soutenue par Regina. Elle se plaça devant l'ancienne reine, malgré tout, sa colère lui permettant de se reprendre.

- Tu ne la touches pas !

- Hé bien, quelle vindicte ! Shériff, vous semblez bien portante, mon petit numéro ne vous a pas ébranlé, on dirait.

La blonde voyait encore des étoiles, et son équilibre était plus que précaire. Elle ne voulait pas donner raison à ce vieux fourbe. Mais elle sentait que son corps avait durement encaissé la chute. Elle resta là, sans bouger, restant menaçante, malgré tout. Néanmoins, elle ne trompait personne. Regina la fit se retourner, et mit sa main sur son ventre.

- Tu as mal ?

- Non…

- Ne me mens pas.

- Juste encore un peu sonnée. Mais tu ne t'approches pas de lui. Si ça avait été toi… Tu ne t'en serais pas aussi bien sortie, nous le savons toutes les deux.

- Je t'aime.

Emma ne répondit pas, tendue à l'extrême, scrutant Gold du regard. Elle ne voulait pas que Regina affronte son mentor, elle pourrait être gravement blessée. Elle était si frêle aujourd'hui. Elle ne put s'empêcher de porter une main à son ventre, comme si par ce geste, elle pouvait toucher son propre enfant à naître. Elle avait eu peur, lorsqu'elle s'était sentit décoller de terre. S'il avait visé son ventre, elle n'osait même pas imaginer ce qu'il aurait pu se produire. Elles ne pouvaient plus se permettre de nouveaux malheurs dans leur vie. Perdre un bébé serait une nouvelle plaie à leur existence, qui ne se fermerait jamais. Elle souffla, et se retourna vers Gold, prête à l'agonir à nouveau, lorsque Belle fit son apparition. Cette dernière fronça les sourcils, avisant Emma qui ne semblait pas au meilleur de sa forme, et le rictus mauvais aux lèvres de son mari.

- Rumple, que se passe-t-il, ici ?

- Nous négocions mes services, ma chérie.

- Pourquoi l'ambiance est si tendue ?

- Nous ne parvenons pas à trouver un terrain d'entente, qui satisfasse tout le monde.

- Rumple…

Regina se saisit de cette opportunité. Elle savait que Belle n'appréciait guère le côté violent de son mari.

- Il a préféré envoyer Emma dans le décor, car elle s'interposait entre lui et moi. Elle a eu peur pour mon bébé.

- Pardon ?

Le regard de Belle changea du tout au tout. Même l'ancienne reine dut admettre qu'elle pouvait rivaliser avec elle-même, sur ce terrain-là. Belle se posta devant Gold et le toisa du regard, visiblement peu encline à la discussion.

- Tu n'as pas fait ça ? Pas à une femme enceinte ?

Devant l'air revêche de son épouse, le sorcier se recula d'un pas. Il sentit le vent tourner, à son désavantage. Il tenta de s'expliquer, mais ce fut peine perdue.

- Belle, tout ceci n'est qu'un immense malentendu. Je t'assure que nous discutions aimablement.

La réaction de la bibliothécaire ne se fit pas attendre. Elle partit en trombe de la pièce, fâchée, et revint trente secondes plus tard, tenant un objet entre ses mains. Elle le mit sous le nez de son mari, et lui asséna un ultimatum.

- Rumple, je t'aime, mais il faut que tu comprennes que parfois, il existe des limites infranchissables. Tu vois, c'est ma tasse, celle qui est fêlée et qui représente notre histoire. J'y tiens comme à la prunelle de mes yeux, mais je jure devant tous les dieux réunis, que si tu ne leur obéis pas, je la brise ici même, et je me barre ! Ai-je été claire ?

Le vieux renard blêmit devant sa femme outragée, et se plia à sa volonté, connaissant les colères mémorables de sa douce épouse, qui pouvait s'avérer être un véritable dragon, lorsqu'elle était fort mécontente de lui, comme c'était actuellement le cas.

- Limpide, mon amour.

Il coula un dernier regard vers sa femme et soupira, vaincu.

- Vous avez gagné, pas de contrepartie. Je vais préparer le sort de connaissances. Il est épuisant, aussi bien pour le lanceur, que pour le receveur. J'espère que vous êtes prêtes à connaître la vérité, aussi dure soit-elle.

Il se retira sur ces paroles, sa démarche particulièrement rigide.

Belle s'approcha du couple et leur prit les mains.

- Je suis désolée, je ne sais pas où il a la tête, parfois.

- Disons que certaines habitudes ont la vie dure.

- Merci de ne pas lui avoir tiré dessus.

- Ce n'est pas l'envie qui m'en manquait…

Belle ricana. Elle parla avec les deux femmes, et les félicita pour leurs grossesses. Elles attendirent le retour de Gold, sous l'œil vigilant de sa femme. Ce dernier les convia à passer dans l'arrière-boutique, et disposa des chaises en arc de cercle.

- Installez-vous, nous allons commencer. Chérie, éloigne-toi un peu, puisque tu n'y participes pas. Il serait fâcheux que tu sois prise dans le sort.

Il s'installa et ouvrit un vieux grimoire, tout en agitant trois potions au nez du couple.

- Afin de stabiliser le sort de connaissances, il faut que nous buvions ces fioles.

Il vit le regard inquiet échangé entre les deux femmes. Il haussa les sourcils et intervint.

- C'est sans danger pour vos bébés. Vous pouvez boire tranquilles. Ma femme me tuera de ses propres mains, s'il vous arrive quoi que ce soit.

Devant l'air satisfait de la bibliothécaire, le couple but cul sec l'infâme liquide, ainsi que le sorcier, qui s'empressa d'énoncer le sort de connaissances. Celui-ci s'activa, laissant un halo mordoré autour du trio. Des gouttes de sueurs apparurent rapidement sur le front de Gold, et il aboya presque son ordre.

- Posez vos questions, mais soyez brèves. Je ne tiendrai pas longtemps.

Déjà les veines du sorcier se mettaient à briller impitoyablement. Le couple respirait difficilement, mais n'était pas aussi atteint que le lanceur de sort. Regina prit la parole.

- Je veux connaître le nombre d'années qu'il nous reste à vivre, à chacune. Et je veux savoir s'il existe une possibilité de rompre le sort de vie qui nous lie.

Le halo clignota, comme s'il était en attente des réponses, et Gold poussa un râle de douleur. Sa magie était impitoyablement drainée, aspirée par une force phénoménale. Emma sentit que Regina bataillait pour garder son esprit intact, alors que la magie risquait de libérer l'Evil Queen. Elle posa sa main sur sa cuisse et elles ancrèrent leurs regards, afin de ne pas se perdre en route. Le vieux sorcier avait raison, le sort était très puissant, et puisait dans leur maigre réserve. Puis Gold fit un mouvement et le halo disparut progressivement, laissant des corps épuisés. Belle se précipita, afin de soutenir son époux, qui s'affaissait sur sa chaise. Il ouvrit les yeux, mécontent.

- Je vous avais prévenu… Même pas le moindre paiement pour une telle dépense de magie…

Belle regarda le couple, qui semblait mal en point. Mais Regina se reprit, et malgré une grimace douloureuse, s'enquit des réponses tant espérées.

- Qu'as-tu appris ? Combien d'années ?

Gold rit, laissant les autres personnes perplexes.

- J'ai appris deux choses, grâce à ce sort. Tout d'abord, il n'existe aucun moyen de briser le sort des vies liées. À moins que l'une de vous ne se sacrifie et que l'autre l'accepte, le sort ne peut être délié.

Le couple souffla, complètement frustré. Ainsi leurs vies étaient irrémédiablement liées, jusqu'à leur mort. Puis Emma fixa l'antiquaire.

- Et en ce qui concerne le nombre d'années ?

- Je vais vous décevoir, mesdames, mais je n'ai rien vu. Enfin, ce n'est pas tout à fait vrai.

L'ambiance avait changé, et toutes les femmes présentes étaient accrochées aux lèvres du sorcier.

- Je ne puis dire combien d'années précisément il vous reste à vivre. Mais j'ai eu des visions de votre futur. Vos enfants avaient grandi. Je ne sais pas exactement leur âge, mais j'ai vu un anniversaire, une salle de classe, un repas en famille. Le sort s'est arrêté à ce moment-là, sans m'avoir livré ce secret. Comme si l'univers l'ignorait lui-même.

- Et c'est tout ?

- Oui, shériff. Je ne peux répondre à une question, qui n'a pas encore de réponse, apparemment. Seul le destin en décidera, j'en ai bien peur.

L'homme voulut se relever, mais s'effondra par terre, dans les bras de sa femme.

- Rumple ! Tu es brûlant de fièvre… Je vais te conduire jusqu'au fauteuil…

Belle avisa les deux femmes, qui n'avaient pas bougé. Elles étaient frustrées et en colère. Mais aussi terriblement épuisées. Leurs grossesses n'avaient pas dû rendre le sort aisé. Elle leur fit un petit sourire et porta presque son mari jusqu'à sa destination, avant de lui apporter un verre d'eau. Puis elle revint vers le couple.

- Comment allez-vous ?

- Mal.

- Emma… C'est si décevant de ne pas avoir de réelles réponses. Tout ça pour ça. Comment va Gold ?

- Il s'en remettra, mais il est vidé de toute magie. Il va être grognon pendant plusieurs jours, mais j'en fais mon affaire.

- Merci de ton aide, Belle.

- Emma, tu as une marque sur ta joue, qui apparaît…

Regina la regarda et s'aperçut de la forme que prenait la marque.

- C'est une main… Mon dieu, c'est la marque de la main de Gold, quand il t'a giflé… Emma, ça va ? Emma ?

La blonde s'était évanouie, dans les bras de sa compagne. Une ambulance fut appelée, pour prendre les trois personnes, qui avaient participé au sort, en charge.

À l'hôpital, Whale était aux urgences, lorsqu'il vit le couple et Gold arriver sur un brancard.

- Mais vous en faites exprès, ce n'est pas possible…

Belle parla au médecin, afin d'éclaircir la situation. Celui-ci, une fois informé, ordonna de placer Gold sous perfusion et de faire une échographie aux deux femmes. Emma se réveilla sous la sensation froide du gel, et paniqua quelques secondes, avant d'être rassurée par sa compagne.

- Hey, tout va bien, ce n'est que moi, et une échographie, pour voir si les bébés vont bien. La mienne est déjà faite, et c'est bon. C'est à ton tour, calme-toi, mon amour. La shériff se laissa faire, et attendit le diagnostic.

- Tout va bien pour vous également, mis à part quelques bleus. Soyez prudente, shériff.

L'infirmière qui s'était occupée d'elles partit, employée à soigner un autre patient. Whale débarqua quelques minutes après.

- Bon, tout va bien, mais vous semblez dans un état d'épuisement avancé. Ce qui n'est pas bon du tout pour les bébés. Donc, shériff, je vous prescris un arrêt de travail d'une semaine. Et vous Regina, même punition. J'ai l'impression d'avoir déjà eu cette conversation. Il vous faut du repos, à toutes les deux, où vous finirez vos grossesses alitées ! C'est clair ?

- Oui, merci docteur.

La blonde se contenta de hocher la tête. Il sortit à son tour, et laissa le couple seul. L'ancienne reine caressa le visage de l'autre femme et murmura.

- Finalement, nous ne saurons jamais, et ce, jusqu'à la date fatidique.

- Comment faire ? On ne peut pas naviguer à vue, sans savoir.

- Nous n'avons plus le choix, aujourd'hui, et j'en ai pris mon parti. Il faut avancer, Emma. Dans moins de six mois, les bébés seront là, et ils n'auront que nous.

- Oh, je ne m'inquiète pas pour ça. Ils auront un papy gâteau et une tata louve géniale !

Regina rit devant le tableau de leur famille atypique.

- Oui, tu as raison. Mais d'ici là, on arrête les cascades, et les coups. Nous prenons soin de nous. Aujourd'hui, nous sommes passées très près de la catastrophe. Tu m'as fait si peur.

- Moi aussi, j'ai eu une sacrée frayeur. Gold a des humeurs, parfois… On ne sait jamais ce qui lui passe par la tête.

- On ne s'en approchera plus pendant quelque temps.

- Entièrement d'accord avec toi.

Elles se câlinèrent, fourbues et angoissées, mais ensemble, quoi qu'il advienne.

Leurs vacances forcées les avait grandement aidées. Après deux semaines, elles étaient sur pieds, et Regina s'était fait un devoir de préparer leur cérémonie de vœux, avant que les bébés n'arrivent. Elle avait donc pris en main l'organisation de cette journée, qui l'enthousiasmait tant. Son « mariage » serait à l'image de sa vie, différent de ce à quoi elle pensait. Elle virevoltait presque en cochant les cases de sa liste de choses à faire. Elles avaient demandé à Granny de présider leur cérémonie, la vieille femme étant un pilier parmi la communauté de la forêt. Elle avait accepté, après un clin d'œil appuyé de sa petite-fille. Les invités avaient tous répondu présents. Si leur nombre était finalement assez restreint, ils représentaient tous un appui indéniable pour le couple. Leur cérémonie serait intimiste, et après cela, un repas chez Granny était programmé, Emma ayant refusé que Regina travaille en ce jour particulier. Elles avaient choisi une clairière de dimensions modestes, dans la forêt, avec un ruisseau la traversant. L'endroit était bucolique, et serait parfait pour l'échange des vœux. Tout était prévu pour le week-end suivant. Elles étaient à quatre mois de grossesse, il était plus que temps de pratiquer la cérémonie, la robe de Regina devant être sans cesse ajustée, son ventre s'arrondissant progressivement. Emma avait choisi un costume, avec un pantalon à ceinture élastique, ce que lui enviait sa compagne. Henri avait lui aussi un costume, mais sans cravate ou nœud papillon, qui avaient été bannis de la cérémonie.

Le jour tant attendu arriva enfin, et c'est fin prêtes qu'elles prirent la voiture de la blonde, afin de se rendre dans la forêt. Tous les invités étaient déjà sur place, et Henri patientait aux côtés de son grand-père. Les deux femmes parcoururent le petit sentier gravillonné, et toutes les personnes présentes furent ravies de voir les deux femmes si épanouies. Emma tenait Regina par le bras, son costume bordeaux, assortis à des chaussures noires et un chemisier noir, était en opposition parfaite avec la robe longue bleu nuit de l'ancienne reine. Des broderies en dentelle parsemaient le buste, donnant un air royal à l'ensemble. Elles se stoppèrent devant Granny, qui avait revêtu une longue robe crème pour l'occasion, et sourirent à tous les invités. Ces derniers formaient un arc de cercle autour d'elles. Ils étaient tous là : le docteur Whale, Ruby, David et Henri, Archie, Mildred, et Belle, accompagnée de son mari, à la surprise de tous. Ce dernier ne pipait mot et semblait presque au garde à vous. Nul doute que Belle avait donné des instructions sévères à son époux. Leur cercle de proches était si restreint, mais chacun, à leur manière, les avait aidés à avancer et à se construire cette nouvelle vie.

Granny s'avança, et prit une main de chacune des deux femmes.

- Nous sommes ici pour bénir cette union, et leur donner serment de protection et bienveillance.

Elle regarda Emma, puis lui fit un simple signe, afin qu'elle prononce ses vœux. La blonde sourit et fixa sa compagne.

- Regina, si tu savais combien j'ai pu te maudire et peut-être même te haïr, à un moment donné de mon existence. Aujourd'hui, je ne vois en toi que mon âme sœur, dotée d'un caractère entier, et parfois un tantinet autoritaire. J'ai juré de te protéger, lorsque je t'ai trouvé au plus mal, presque mourante dans mes bras. Puis je t'ai aimé, sans même que tu ne sois consciente. Je suis tombée amoureuse d'un être qui était aussi seul que moi, et qui ne souhaitait que connaître l'amour et la tendresse. Tu es mon pilier, mon souffle, et je te considère comme ma femme. Même sans ce vulgaire bout de papier. J'ai voulu cette cérémonie, plus proche d'une bénédiction, car nous en avons besoin. Aussi bien pour montrer notre amour à nos proches, que pour nous promettre un avenir ensemble, peu importe le temps imparti. Je t'aime, pour toujours et à jamais.

Une larme roula sur la joue de la brune, qui inspira fortement, avant de voir Granny lui faire signe.

- Emma, tu as toujours été un caillou dans mon escarpin. Ta maudite veste rouge, et ta crinière indomptable m'ont toujours prodigieusement agacé. Et pourtant, lorsque je pensais mourir, seule, tu as été présente, encore et encore. Ta présence m'a permis de vivre, ton sacrifice m'a donné une personne à aimer. Jamais je ne pourrais te remercier du don que tu m'as fait. J'ai, grâce à toi, une famille, une grande famille, que je n'espérais plus. Elle va encore s'agrandir et je jure de consacrer chaque minute du temps qu'il me reste à vous aimer et vous protéger. Je suis et resterai ton phare, ta couverture, et ton nectar. Pour toi, pour nous, à jamais.

L'assemblée silencieuse souffla, émue par ces deux discours. L'amour et le respect que les deux femmes se portaient valaient bien tout l'or du monde. Même Gold détourna le regard, cachant une petite part de sa sensibilité. Granny serra les mains du couple, et reprit la cérémonie.

- Que l'amour de cette famille soit béni, par les esprits qui commandent aux éléments, que le vent souffle toujours dans leur direction et les porte vers leur destinée, que le feu les réchauffe toujours, ainsi que leurs cœurs, que la terre leur apporte ses bienfaits et soit toujours généreuse envers elles et enfin, que l'eau bénisse leur vie, et leur amour.

Granny leur tendit deux coupes d'eau, qu'elles burent, afin de terminer leur cérémonie. Elle les reprit et apposa ses mains sur leurs poitrines.

- Que votre amour brille longtemps, par-delà le temps. Chaque invité prit la main de son voisin, formant un cercle avec la vieille femme.

- Que votre union soit bénie, et vote amour fortifié. À tout jamais.

Les deux femmes s'embrassèrent, laissant une onde de magie s'échapper de leurs corps, leurs couleurs une fois de plus entrelacées. Une tatouage en forme de cygne couronné apparut sur chacun de leur poignet respectif. Chaque personne présente ressentit un immense bien-être à ce contact et finalement, les deux femmes furent congratulées, pour leur alliance. Tous les invités les enlacèrent, à part Gold, qui se contenta d'une petite tape amicale sur leur épaule, faisant ricaner les autres. Le froid s'invitant en cette fin de journée, et le soleil déclinant, la petite troupe se dirigea vers le Granny's, afin de profiter d'un bon repas, bien au chaud. La soirée fut agréable, Ruby se permit même un discours assez gênant sur Emma, faisant rire tout le monde, alors que la blonde cachait les oreilles de son fils. Rumple parla pendant une minute, vantant l'élève modèle qu'il avait eu en la personne de Regina, après avoir reçu un coup de pied de la part de sa femme, afin de l'encourager à se lancer dans cette tirade. Finalement, tout le monde partit après minuit, et le couple rentra chez lui, sans le gamin, qui restait avec la louve. Leur nuit fut courte et d'une grande tendresse, réalisant qu'elles s'appartenaient l'une l'autre, dorénavant. Elles se câlinèrent longuement, leurs ventres nus montrant une bosse, à présent. Regina fixa la blonde.

- Merci.

- De quoi ?

- De m'avoir laissé organiser cette cérémonie. Ça compte beaucoup pour moi.

- Pas de mariage, mais des vœux, et une bénédiction. J'espère ne pas t'avoir trop déçue, sur ce coup-là.

- Non. Jamais. C'est à notre image, tu ne trouves pas ?

- Définitivement.

Elles sourirent, et s'endormirent dans les bras l'une de l'autre, chacune y trouvant son foyer.