Bonjour à tous, merci de continuer à lire cette (longue) histoire, votre soutien est toujours aussi précieux. Toute chose ayant une fin, le prochain chapitre sera le dernier de « la chute ». N'hésitez pas à donner votre impression, sur cette fiction fleuve, puisqu'une nouvelle histoire commencera en janvier 2022. Bonne lecture à tous.
Chapitre 45 : la réalité des fins heureuses
Un an plus tard
- Maman ! Où est mon pull rouge ?
- Je ne sais pas, Henri. Peut-être dans le panier à linge sale ?
- Oh… Zut…
Après quelques gémissements et autres grognements, le gamin enfila un pull bleu, pensant commencer déjà bien mal sa journée. Alors qu'il croisait sa deuxième mère dans le couloir, il la retint un instant.
- Emma, c'est toi qui m'emmènes ce matin ?
- Euh, oui. On part dans quinze minutes, d'accord ?
- Mais je n'aurais jamais le temps de manger !
- Prends un sandwich à la confiture, gamin. Ce sera plus simple.
L'enfant souffla de dépit et de frustration. Depuis trois mois, c'était un peu le bazar au manoir. Emma avait repris le travail, après l'accouchement et le congé maternité, Regina restant au manoir, avec les enfants. Si l'amour était bien présent au sein de leur foyer, la désorganisation de leurs journées épuisait absolument tout le monde, faisant monter la tension dans leur famille. Henri maugréa dans sa barbe encore un moment, se tartinant allègrement un petit-déjeuner à base de confiture de fraises et de beurre de cacahuètes. Il se fit un chocolat chaud rapide et le but d'une traite, se brûlant la langue au passage. Il mit sa tartine dans du papier aluminium et attendit patiemment dans l'entrée, que sa mère blonde descende. Celle-ci vola plus qu'elle ne courut, et atterrit brutalement à côté du bambin.
- Allez, on est en retard, on y va, gamin.
- J'ai pas dit au revoir à maman.
- Hurle, ça ira plus vite.
- BONNE JOURNEE, MAMAN !
Le cri de rage qui lui répondit le fit se tasser, et la blonde arqua un sourcil. Une voix provenant du premier étage lui répondit.
- Il y en avait un qui s'endormait, merci !
Emma regarda son fils et lui mit une main sur l'épaule.
- On file, avant que la méchante reine ne nous flingue. Allez, en voiture !
Et comme presque tous les matins, le duo se dirigea rapidement vers la coccinelle, qui partit en trombe.
- Emma ?
- Oui, gamin ?
- Vous m'aimez toujours autant qu'avant ?
- Bien sûr, n'en doute jamais.
- D'accord…
Henri mordit mollement dans sa tartine, sous l'œil fatigué de sa mère. Un nouveau problème allait poindre le bout de son nez, pensa Emma.
La shériff déposa son fils, maintenant devenu officiellement son enfant, devant les grilles de son école, avant de partir au poste de police. Elle souffla et s'octroya deux minutes de silence, avant de pénétrer dans le bâtiment public. Les deux bébés ne faisaient pas encore leur nuit, Regina était constamment ronchon, et se plaignait de sa routine quelque peu ennuyeuse. Emma avait beau se démener, elle sentait ses forces s'amenuiser. À moins que ce ne fut sa patience. Elle se secoua et quitta l'habitacle réconfortant à regret. Elle avait mal au crâne, mais pensait que ça provenait sûrement de sa femme, qui devait faire face aux deux garnements, qu'étaient leurs nouveaux-nés. Elle poussa la dernière porte qui la séparait de son bureau et s'affala lourdement sur sa chaise. Elle avait donné le sein ce matin à son bébé, et avait tiré son lait pour une partie de la journée. Regina gérait l'intendance, et s'arrachait parfois les cheveux lorsque les deux bambins avaient décidé de ne pas faire la sieste simultanément ou si l'un trouvait apparemment très drôle de réveiller l'autre, provoquant l'ire de ce dernier, et de leur mère, par ricochet.
Un sourire apparut néanmoins sur les lèvres de la blonde. Elle se remémora cette journée si particulière, remplie de toutes les promesses d'une vie. Elle avait senti les premières contractions avant sa femme, et elles s'étaient hâtées vers l'hôpital, sachant que l'une et l'autre auraient très probablement un accouchement concomitant. Emma avait été immédiatement prise en charge, et Regina avait voulu la suivre, ce que Whale avait autorisé. Mais au moment d'entrer dans la salle d'accouchement, Regina avait été prise à son tour de fortes contractions, l'obligeant à s'aliter. La blonde avait accouché seule, mais tout s'était bien passé, et elle tenait sa petite fille entre ses bras, alors qu'elle ne cessait de demander des nouvelles de sa femme et de l'état d'avancement de sa dilatation. Elle sentait qu'un problème était survenu, car Regina semblait avoir peur. Elle avait demandé à être, à son tour, près de la brune, mais Whale avait juste eu le temps de débouler dans sa chambre, pour lui dire qu'il pratiquait une césarienne en urgence sur l'ancienne reine, le bébé se présentant par le siège, et la future mère perdant trop vite ses forces. Elle avait légèrement paniqué, puis avait prié tous les dieux, et peut-être aussi le diable, afin que tout se déroule pour le mieux. Elle avait patienté pendant deux heures, en compagnie de David, qui était déjà béat devant sa petite-fille. Sa tension devait avoisiner les quinze, et elle s'apprêtait à hyperventiler, lorsque Whale passa la tête par la porte de sa chambre, et la félicita pour son nouveau petit garçon. La césarienne avait permis à Regina de ne pas s'épuiser totalement, laissant malgré tout une mère harassée, mais heureuse. Emma faillit sauter de joie au plafond, en comprenant que toute sa famille allait parfaitement bien. La fin de grossesse de l'ancienne reine avait été particulièrement compliquée, puisqu'elle dut rester alitée pendant un bon mois. Elle pestait face à la situation, mais en secret, elle raflait tous les livres qu'Emma lui avait acheté, afin de remplacer les siens, perdus dans l'incendie du manoir. Et elle avait toujours une boîte de biscuits de Noël non loin d'elle, car elle s'était mise à apprécier ces gâteaux plus que de raison, durant son dernier trimestre. La blonde avait pleuré à chaudes larmes, alors que son père la prenait dans ses bras, ses nerfs lâchant enfin.
Une heure plus tard, Regina avait été amenée à ses côtés, avec le second couffin. Tout le monde souriait à s'en décrocher la mâchoire. Henri était fier comme un paon d'être enfin grand frère, et le couple dévoila enfin les prénoms choisis. Pour la petite fille, ce serait Anna et pour le petit garçon, Lucas. Henri avait été presque déçu devant le manque d'originalité des prénoms de ses nouveaux acolytes. Regina avait les traits tirés, et Emma ressentait toute la fatigue de sa compagne. Elle voulait tellement qu'elle aille mieux, afin de profiter de sa famille. Le travail avec deux bébés s'annonçait colossal, mais cela ne leur faisait nullement peur. Mais force était de constater que leur organisation, aujourd'hui, laissait à désirer. Emma revint au présent, et se figea en voyant son père qui la scrutait.
- La nuit a été courte, on dirait.
- C'est un doux euphémisme… Anna n'a pas cessé de baragouiner, et son frangin s'est dit qu'il pouvait suivre avec les vocalises. Henri n'était pas très content non plus. Et Regina était d'une humeur massacrante ce matin.
- Seulement ce matin ?
- Ne remue pas le couteau dans la plaie, elle s'occupe des deux monstres à plein temps.
David rit devant la mine déconfite de sa fille.
- Pardon, mais c'est explosif, chez vous !
- Pas faux. Mais Regina refuse de s'éloigner des bébés. Elle les veille, telle une louve. Elle est géniale.
- Tu as encore des étincelles dans les yeux, ma fille.
- J'en aurais jusqu'à ma mort, pour elle.
- Et… Elle tient le choc ? La semaine dernière, elle a fait un malaise, Emma.
- Je dirai que chaque semaine, on avance doucement. Sa grossesse a abîmé son corps, plus que de raison. Elle fatigue vite. Mais on est vivante, c'est tout ce qui compte.
- Et toi ? Tu comptes continuer à ce rythme encore longtemps ? Il faut que tu te ménages aussi.
- Je fais aller, je suis une grande fille.
- Je suis là, tu le sais.
- Oui, merci David.
Les relations entre le père et la fille avaient grandement évolué, et ils s'étaient considérablement rapprochés. Henri battait souvent en retraite chez son grand-père, lorsqu'il avait un contrôle à préparer, ou pour enfin dormir une nuit complète, lorsque les bébés s'égosillaient la nuit entière. Le grand frère adorait les deux petits, mais parfois, il les fixait avec insistance, comme s'ils étaient deux monstres à combattre. Regina n'aimait guère cela, et Henri revenait souvent une heure plus tard pour leur faire un câlin. Tout le monde avait eu des difficultés à prendre ses marques, particulièrement le gamin, qui ne pouvait pas encore beaucoup s'occuper des petits. Il se sentait un peu mis à l'écart, même si Emma essayait de jouer avec lui à la console, ou au ballon dans le jardin. Regina surveillait ses devoirs, et lui apprenait à l'occasion des recettes simples de pâtisserie, pendant que la blonde s'occupait des petits. Cette routine était assez plaisante, mais ne laissait guère de temps au couple pour se reposer. Les journées étaient chargées et les nuits courtes. Regina sortait plusieurs fois par semaines, afin de faire un tour dans le quartier avec la double poussette, afin de prendre l'air et apercevoir des adultes au coin de la rue, cassant ainsi sa routine enfantine. Elle avait parlé à Mildred, qui était passée prendre le thé un après-midi. L'ancienne reine avait été heureuse de parler à une autre mère de famille, et elle avait enfin pu se détendre, sans penser pendant une heure aux couches et autres lessives.
Le bonheur de voir leur famille agrandie, et leur amour toujours aussi fort, avait été teinté de nouvelles frustrations, néanmoins. L'ancienne reine enrageait de ne pouvoir travailler, du fait de son rôle de mère au foyer, particulièrement prenant, et du manque drastique de nouvelles commandes à son entreprise de traiteur. Les finances étaient toujours un problème, le salaire de la shériff couvrant à grand peine les dépenses pour la maison et la nourriture. Elles faisaient attention pour tout, mais n'avaient évidemment rien dit à leur entourage, ni même à leur fils. Aussi Regina devenait-elle de plus en plus tendue, et les relations entre les deux femmes s'étaient quelque peu détériorées. Lorsqu'Emma rentra ce soir-là, elle sentit l'ambiance lourde, alors qu'Henri faisait ses devoirs dans sa chambre, et que les bébés dormaient dans la leur. Elle déposa chaussures et veste dans l'entrée et pénétra dans le salon.
- Coucou chérie. Ça a été ta journée ?
- Anna a piqué une grosse colère, car Lucas lui a piqué sa peluche, dans le parc. Elle a hurlé jusqu'à s'en rompre les cordes vocales, et Lucas a suivi, pour faire bonne mesure. J'ai trouvé une parade.
- Laquelle ?
Le sourire diabolique de la brune fit naître un léger frisson dans l'épine dorsale de la shériff.
- Des boules Quies !
Emma explosa de rire, suivie par Regina, qui souriait pour la première fois de la journée.
- Merci, Emma, ça fait du bien.
- Avec plaisir, mon amour. Et Henri ?
- Dans sa chambre. Il est arrivé en plein milieu du concert improvisé par les deux bébés. Il était dévasté.
Des pas descendaient les escaliers, et une tête brune fit son apparition.
- C'est pas drôle, vous savez. J'ai une rédaction à rendre pour demain, et je n'arrivais pas à me concentrer.
- Et tu l'as fini ?
- Pas le choix. Maman, tu me relis ?
- Oui, bien sûr.
Regina se leva et suivit son fils. Emma soupira. Elle n'était jamais demandée pour ce genre de choses. Elle, c'était les jeux, les réparations, le taxi pour la famille. Elle s'écroula dans le canapé et s'endormit rapidement, bien au chaud, le parfum de sa femme embaumant l'air. Lorsque la brune revint et vit sa femme dans les bras de Morphée, elle en fut légèrement dépitée, mais ne la réveilla pas pour autant. Elle partit préparer à manger, afin de ne pas déranger la belle endormie. Plus tard dans la soirée, néanmoins, Regina voulut aborder la conversation qui lui vrillait les entrailles.
- Emma. J'aurais besoin de te parler d'un sujet important.
La concernée faillit faire tomber sa cuillère. Elle fronça les sourcils.
- Tu veux divorcer ?
- Non, mais ça ne va pas ! Et nous ne sommes pas vraiment mariées…
- Tu sais ce que je veux dire.
- Non, ça n'a rien à voir. Mais la situation commence à être compliquée.
- Je sais, mais je ne peux pas réduire davantage mes heures.
- Je voudrais reprendre le travail.
- Tu veux que je fasse passer le message que tu reprends ton activité de traiteur ?
- Oui, et peut-être des flyers ?
- Euh, ça coûte cher d'en faire imprimer… on va peut-être juste mettre quelques affiches dans les commerces, qu'en dis-tu ?
- Ai-je le choix ?
Emma se leva et l'enlaça, alors que l'ancienne reine semblait vaincue.
- Hey, je ne te rabaisse pas, mais il faut être lucide. Et qui va s'occuper des bébés, si tu travailles ?
- David ?
- Il bosse aussi. On a pas de nounou et pas les moyens d'en prendre une.
- J'aimerais tellement que quelque chose change. Ça me rend… Coléreuse. J'ai l'impression d'être « juste » une femme au foyer et rien d'autre. J'ai besoin de prendre l'air et de voir des gens. D'avoir des interactions sociales. Sinon, je jure de prendre un des bébés et de taper sur l'autre avec !
- Regina ! L'Evil Queen est de retour ?
- Non… Je suis épuisée, et je crois que j'ai du lait caillé dans les cheveux…
La blonde s'approcha et constata que la brune disait vrai.
- Bon bah, tu n'as pas tout tort pour le lait… Désolée.
- Emma, ne pourrait-on pas changer une chose ? Pour que j'ai l'impression d'avoir une vie, autre que nourricière à plein temps ?
- On va y remédier. Parce que ta colère me fait peur. Tu restes la méchante reine.
- Merci. Je t'aime.
- Moi aussi, je t'aime.
Néanmoins, deux mois après cette conversation, aucune solution n'avait été trouvée, et Regina tournait comme une fauve en cage dans son manoir. Leur relation s'enfonçait dans une routine, qui mettait les nerfs de chacune à fleur de peau. Henri devenait plus téméraire, et parfois, il se permettait de répondre à ses mères, essayant d'exister au sein de cette cacophonie. Emma avait dû effectuer des heures supplémentaires, afin de financer le voyage scolaire d'Henri, durant quelques jours hors de la ville. Elle s'était écroulée sur le lit pendant le week-end, et n'avait que très peu aidé sa compagne, qui se débattait avec les jumeaux, comme elles les appelaient dorénavant. Finalement, leur conte de fée s'était heurté au poids du quotidien, et cela les rongeait un peu plus chaque jour.
Six mois plus tard
Regina semblait à bout de souffle. Elle frôlait très certainement la dépression. Elle avait survécu à une attaque violente, un viol, sa propre mort, et à toutes les épreuves mises sur son chemin, pour finalement plier devant un quotidien fade, et épuisant. Elle ne se rappelait même plus la dernière fois où Emma et elle avaient fait l'amour. Une colère noire bouillait en elle, mais son abattement était encore plus grand. Elle se traînait dans le manoir, sans but parfois, les jumeaux lui drainant toute son énergie. Henri se montrait de plus en plus insolent, oscillant entre son impression de ne plus exister et le début de son adolescence. Emma avait recommencé les heures supplémentaires, afin de permettre au couple de souffler un peu financièrement. Regina était d'autant plus frustrée qu'elle ne participait plus du tout à l'enrichissement de son couple, ce qui lui était de plus en plus difficilement supportable. Elle sentait et voyait même la fatigue d'Emma, qui faisait parfois des journées de douze heures. Cette dernière s'était fait un devoir de passer du temps avec les enfants en revenant du travail, mais son temps avec sa conjointe était réduit à peau de chagrin. L'une comme l'autre savaient pertinemment bien que cette situation ne pouvait plus perdurer, et avait même presque atteint le point de non-retour, il y a deux semaines de cela.
Une quinzaine de jours avant, Henri, en rentrant de l'école, avait trouvé sa mère brune occupée à nourrir les jumeaux, et il avait commencé à bougonner. Regina s'était énervée, déjà épuisée par les lessives, la cuisine et les biberons. Henri avait tenu à lui mettre sous le nez son devoir d'histoire, où il avait obtenu la meilleure note. Cette dernière avait jeté un coup d'œil et félicité son fils. Il devait le faire signer, et avait pris un stylo, afin de le faire tout de suite. Mais Regina tenait déjà un bébé, l'autre dans son couffin, à ses côtés, et en les désignant, elle lui expliqua qu'elle le signerait plus tard. Mais Henri était déjà énervé ce jour-là, après une rebuffade d'un élève à propos de ses mères. Aussi râla-t-il sur l'ancienne reine, provoquant une dispute, dont ni l'un ni l'autre, n'aurait pu envisager les conséquences désastreuses. Après deux jours à ne plus s'adresser la parole, Henri prit la décision de rester quelque temps chez son grand-père, afin d'apaiser les tensions au sein de la famille. Le gamin était résolu, et ne changeait pas de discours, sachant qu'une ligne avait été franchie. Aussi emménagea-t-il chez David, afin de retrouver un peu de sérénité au sein de ce nouveau foyer. Le mal-être de leur fils, s'il avait été parfois visible, les avait aussi pris de court, et elles se fustigeaient d'être passées à côté. Néanmoins, chaque dimanche, toute la famille était réunie au manoir, avec David, et passait toute la journée ensemble. Henri n'avait pas voulu revenir, même pour une nuit, celle du samedi soir, chez ses mères, profitant de la présence du shériff et de son attention. Il s'était même habitué à cette nouvelle routine, qu'il appréciait beaucoup, après la cacophonie ambiante du manoir.
Depuis lors, Regina reportait tout son amour sur les jumeaux, puisque sa femme n'était que peu présente à la maison. La brune avait bien remarqué que le départ de leur garçon avait dévasté la shériff, mais elle-même était trop touchée pour parvenir à réconforter sa conjointe, comme elle le méritait. Leur couple s'enfonçait progressivement dans les non-dits, minant progressivement leur tendresse, mais surtout le sort de réciprocité, sans qu'elles ne le sachent. Emma reporta elle aussi toute sa frustration sur Regina, mais d'une manière étouffante. Elle se mit à faire des efforts considérables, afin de seconder au mieux sa femme, dans les tâches ménagères. Il n'y avait que la cuisine qu'elle déléguait complètement à la brune, se sachant particulièrement maladroite en la matière. Après trois semaines à vivre avec seulement les jumeaux, chacune avait réussi à creuser un fossé au sein de leur couple. Regina était à fleur de peau, de moins en moins capable de contenir sa colère, alors qu'Emma ne savait plus quoi faire pour chérir sa femme. Un soir, après une journée harassante à courir après des élèves de l'école, qui avaient tagué une façade, Emma s'écroula sur le canapé, et caressa les cheveux de Regina, dans un geste tendre, mais possessif.
- Emma, arrête.
- Pardon, je ne fais rien mal…
- Je n'ai pas besoin de ta pitié, Emma.
- Mais de quoi tu parles ?!
- Je ne suis plus rien, ici, à part peut-être la femme de ménage.
- Tu dis n'importe quoi !
- Mais ouvre les yeux, bon sang ! Notre fils a préféré se réfugier chez son grand-père, tellement l'ambiance est lourde ici. Nous ne parvenons pas à garder notre famille unie ! Tu es constamment épuisée, à toujours courir, afin de boucler nos fins de mois ! Je suis inutile !
- Mais pas du tout, c'est sur toi que repose toute notre famille. Je sais que c'est beaucoup de pression, je t'en demande énormément, mais je pensais que… Je ne sais pas en fait. C'est vrai qu'on a un problème. Et puis… Tu me manques. J'ai l'impression d'avoir été happée dans un tourbillon sans fin, et je ne parviens plus à penser correctement. Et toi, tu te tapes tout le boulot. C'est moi qui suis minable…
- Emma, on a besoin d'aide, il faut que les choses changent. On se l'était déjà dit il y a des mois, mais rien n'a évolué depuis, et c'est en train de nous tuer à petit feu. Je me sens disparaître. Comme si la femme et l'épouse se fanaient, pour ne laisser place qu'à la mère débordée. Je suis devenue un cliché pitoyable. J'étais la mairesse de cette ville, une reine, même autrefois, et aujourd'hui, je suis la femme de la shériff. Voilà. J'existe à travers toi, mais plus en tant qu'individu. Je ne veux pas de ça, Emma.
- Regina, je ne savais pas que c'était à ce point-là…
La pointe de lucidité dans le regard émeraude fit particulièrement mal à la brune.
- Si, tu le savais. Mais tu as préféré l'ignorer.
Les deux femmes se fixèrent, incapable de faire à nouveau un pas vers l'autre. Puis, ce fut la shériff, qui fondit en larmes. Regina ne se sentait guère plus vaillante que la sauveuse, mais elle ravala ses larmes, par fierté.
- Je ne suis pas faible, Emma. Mais mon entreprise est quasiment morte, personne ne veut d'un traiteur ici. Le manoir est un gouffre financier, et les jumeaux, en plus d'Henri, engloutissent tout l'argent, chaque mois, entre les couches, la nourriture, et le reste. Nous faisons attention à acheter des produits moins chers, parce que nous n'avons plus les moyens de prendre des marques. Mais que s'est-il passé ?
- Je l'ignore, mais cette fois, je ne laisserais pas faire…
- Et tu comptes accomplir un miracle ? Je suis fatiguée. J'ai une drôle d'impression… Comme si… Notre lien se délitait, et que je m'évaporais. Emma, le sort est basé sur notre amour, et nous ne sommes plus aussi proches qu'avant… Crois-tu que ce sont les premiers effets ?
La blonde pâlit brutalement, et sa mâchoire tomba. Comment avait-elle pu être assez idiote pour ne pas s'en rendre compte ? La terreur de perdre Regina lui tordit les tripes, et elle se jeta dans ses bras.
- Non ! Tu ne disparaîtras pas de suite, je te le jure. Je t'aime ! Tu m'entends ? Je t'aime. Je suis désolée de t'avoir négligée. J'ai une idée, pour ton entreprise, mais enfin… Je sais pas si ça va te plaire, mais ça peut-être un début. Fais-moi confiance, encore une fois. Je ne veux pas te perdre. Je me suis laissée aveugler, pardon…
Regina fut bouleversée de voir la sauveuse trembler comme une enfant, en prenant conscience que rien n'était jamais acquis. Elles avaient perdu l'essentiel de vue, et cela pouvait avoir de très graves conséquences. Elles devaient retrouver leur flamme, afin que le sort de réciprocité ne se délite pas avant l'heure. Cette nuit-là, elles firent l'amour, tendrement, et une étincelle, certes minuscule, mais bien présente, naquit de cet amour. Rein n'était perdu, seulement caché.
Dès le lendemain, Emma prépara le petit-déjeuner à sa belle, et donna le biberon aux jumeaux. Elle porta le plateau dans la chambre conjugale, et réveilla sa femme, qui sommeillait encore.
- Bonjour, ma chérie. Tiens, c'est pour toi. Les bébés ont le ventre plein, et ils ont fait leur rot. Profite de ton repas, je vais essayer d'améliorer notre situation.
Après ces paroles mystérieuses, Emma disparut de la maison, laissant un baiser sur les lèvres balafrées. Elle prit sa voiture et conduisit jusqu'au restaurant de la ville. Là, elle aperçut Ruby, qui essuyait une table. Elle souffla et se redressa. Le moment était venu.
- Bonjour Ruby.
- Emma ! Ça fait un bail ! Quel plaisir de te revoir. C'est si dur que cela, d'être parent ? Tu as l'air d'avoir fait la guerre et de l'avoir perdu…
- Merci, c'est toujours si agréable de te revoir…
- Toujours ! Viens, Granny est en cuisine, et souhaite te parler directement.
- Je te suis.
La shériff débarqua dans la cuisine, avec une Granny qui soufflait à qui mieux-mieux, visiblement débordée.
- Ha ! Emma ! J'ai cinq minutes à t'accorder. Les gens sont affamés !
- Merci, Granny.
- Bah, il fallait bien que cela arrive un jour ou l'autre… Ne fais pas cette tête, petite.
Le sourire contrit de la blonde fit soupirer la vieille femme.
- Vous pensez que c'est une bonne idée ?
- Bon, mettons les choses au clair, jeune fille. Regina est une cuisinière hors pair. Elle s'ennuie dans votre maison, et a besoin de gagner de l'argent. Moi, je suis vieille. On ne va pas se leurrer, les filles. J'ai vraiment besoin d'aide, car je me fatigue beaucoup plus vite qu'auparavant. Alors, voici ce que je propose : Regina vient préparer les repas la moitié de la semaine, du mercredi au vendredi pour commencer. On ne va pas l'annoncer tout de suite, bien sûr. Mais lorsque la clientèle d'habitués ne trouvera rien à redire, car c'est trop bon dans leur assiette, alors, je lui déléguerai tous les déjeuners du lundi au vendredi. Je sais que vous avez une vie de famille assez… Trépidante. Donc, je n'aurais pas besoin d'elle le soir, puisque je me serai prélassée toute la journée. Et j'aiderai Ruby pour le petit-déjeuner. On verra au fur et à mesure pour le reste.
- Très bien, je vais lui annoncer la bonne nouvelle ce soir. Merci, Granny. Vous n'avez pas idée de ce que vous faites pour nous.
- Je crois que je lui dois bien ça… Et puis, il est temps que cette bande d'adorateurs du gras passent à un régime plus équilibré !
Les trois femmes rirent de la boutade, et se saluèrent, Granny ayant encore beaucoup de pain sur la planche.
Ruby raccompagna la shériff, et la stoppa avant qu'elle ne passe la porte.
- Hey, Blondie… Comment allez-vous, sinon ? J'ai vu Henri, et il m'a dit que c'était difficile avec les bébés.
- Oui, c'est sûr, on a mis du temps à trouver nos marques. Mais je crois que maintenant, ça ira mieux. Nous repartons sur de nouvelles bases. Et cette nuit, nous avons enfin fait plus que partager un lit pour simplement dormir. Je crois que nous en avions besoin. Enfin… Tu vois.
- Oh oui, coquine ! C'est certain, ça détend vraiment ! Allez, file, Casanova !
Emma rit devant les facéties de la louve, qui avait toujours été à ses côtés, afin de lui donner un bon coup de pied aux fesses, pour qu'elle se bouge. Elle partit le cœur plus léger, et se languit de retrouver Regina le soir même. Elle passa chez le fleuriste et acheta un bouquet de roses rouges, et se rendit dans le salon, entendant l'ancienne reine chanter une berceuse aux jumeaux. Elle lui tendit le bouquet, devant les yeux effarés de sa compagne, et sourit à sa surprise.
- Mon amour, j'ai une bonne nouvelle.
- Tu es folle ! Les fleurs coûtent cher !
Emma lui prit le menton et ancra son regard dans les billes chocolats.
- J'ai trouvé une solution. Tu adores cuisiner, mais ton activité de traiteur ne parvient pas encore à fédérer. Alors en attendant, Granny souhaiterait que tu l'aides pour certains déjeuners, dans son restaurant.
Regina plissa des yeux, cherchant l'embrouille.
- Pardon ?
- Granny veut t'embaucher pour les déjeuners du mercredi au vendredi, pour commencer. Tu sais, elle a vraiment besoin d'aide.
- Mais… Et les jumeaux ?
- Je m'en occuperai.
- Comment cela ?
- Ils seront très bien, dans la salle de pause du poste de police.
La brune écarquilla les yeux. Alors qu'elle s'apprêtait à argumenter contre cette proposition, elle réfléchit posément pendant une minute, et un sourire éclaira son visage.
- Tu as fait ça pour moi ?
- Pour toi, pour nous, pour les enfants. Tu n'es plus heureuse, et je ne veux pas te voir ainsi. Tu m'es beaucoup trop précieuse pour te voir te faner sans rien faire. Tu commences la semaine prochaine, si tu le souhaites. Un appel à Granny, et c'est bon. Elle établira ton contrat de travail. L'idée, tu l'as bien compris, est que tu la remplaces progressivement, jusqu'à devenir la nouvelle cuisinière en titre du Granny. Mais je la soupçonne de vouloir garder pour elle ses recettes.
- Ce serait tout à fait normal.
Regina fixa sa compagne, de l'amour et de la reconnaissance dans les yeux.
- Merci. Vraiment. Tu es une femme fabuleuse.
- Merci ma reine.
- Tout ça m'avait manqué.
- Que dirais-tu de fêter ça avec un jus de canneberge ?
- Emma Swan qui propose un jus de canneberge ! Tout existe !
Après avoir ri, l'ancienne reine demanda une dernière chose à sa sauveuse.
- Emma ? Appelle Granny et dis-lui que j'accepte avec joie sa proposition.
- Bien, j'y vais de ce pas.
Trois semaines plus tard, alors qu'elles avaient enfin trouvé un rythme confortable entre les déjeuners de la brune et le travail de la blonde, elles étaient passées chez David un soir, afin de demander à Henri de revenir vivre au manoir. Granny, après avoir dépanné en urgence le couple avec les jumeaux, était ravie de les garder quelques heures le midi, au grand bonheur des deux femmes. Elles avaient enfin du temps et étaient soulagées de voir que la situation s'améliorait. Seul l'absence de leur grand garçon jetait une ombre dans leur vie. Alors que le shériff les invitait à s'asseoir, elles attendirent leur fils, afin de lui parler.
- Bonjour Henri, nous voudrions te demander quelque chose.
- Bonjour les mamans. Quoi donc ?
- Nous désirons te voir revenir au manoir. Suite aux nombreux changements effectués, nous avons enfin trouvé un équilibre, et plus rien ne t'empêche de revenir. Ta chambre t'attend, mon chéri.
- Gamin, tu nous manques. On en marre de te voir juste par intermittence. Je sais que ça a été difficile pour toi, mais on s'est amélioré, et tu es plus que bienvenu chez toi. Qu'en dis-tu ?
L'enfant regarda son grand-père, qui lui sourit et hocha la tête. Aussitôt, le petit brun se rua dans les bras de ses mères.
- Oui, je veux revenir. Je veux pas perdre plus de temps.
Regina laissa une larme lui échapper, alors qu'Emma broyait les côtes de son fils. Henri avait eu une grande discussion avec David, et ce dernier lui avait fait comprendre que ses mères ne seraient pas éternelles, loin de là. Il fallait qu'il profite pleinement de leur présence, avant que le sort de réciprocité ne s'active une dernière et funeste fois.
Il fut convenu que le gamin réintégrerait le manoir le lendemain, et David était le bienvenu pour le repas dominical. La famille enfin réunie, la joie s'était réinstallée au manoir SwanMills. Les bébés semblaient très liés l'un à l'autre et faisaient toujours tout ensemble. Henri avait enfin pu prendre son rôle de grand frère à bras le corps et s'occupait de l'un des jumeaux, lorsqu'une de ses mères prenait l'autre. Une agréable routine s'installa au manoir, et le sort de réciprocité avait été relégué bien loin de leurs préoccupations. Elles vivaient pleinement leur histoire et leur fin heureuse.
