Disclaimer : MFB ne m'appartient pas.


Chapitre 18 : Inside an evil mind


Kyouya avançait en trottant dans un couloir, qui lui paraissait interminable. Il avait envie d'accélérer mais il se retint. La précipitation risquait d'avoir l'effet inverse de celui qu'il recherchait. Elle pourrait le jeter la tête la première dans un piège, et ce n'était pas en tombant dans un piège qu'il pourrait rejoindre Ginga plus vite. Il devait rester attentif à son environnement et pouvoir s'arrêter immédiatement à la première alerte. Même si les pièges semblaient avoir été désactivés, même si Daidouji n'avait envoyé pour tout comité d'accueil que les jumeaux – que Kyouya avait facilement étalés – il ne pouvait pas baisser la garde. Au contraire. Il devait rester alerte. Daidouji ne les considérait pas avec autant de désinvolture qu'il le prétendait. Il n'allait pas se contenter de si peu pour les ralentir, surtout concernant Ginga.

Ginga.

Kyouya s'aperçut qu'il avait accéléré. Il s'efforça de ralentir. Il tourna à l'angle d'un couloir, se demandant combien de mètres il lui restait encore à franchir avant de retrouver Ginga. Le rouquin n'avait pas pu prendre autant d'avance, si ?

Peu importe. Je le rattraperai.

Kyouya s'arrêta net. Une forme était étendue dans le couloir. Son sang se figea dans ses veines. Le temps d'une seconde, que son cerveau reconstitue la scène qui se jouait devant lui. Il faillit soupirer de soulagement. Ce n'était pas Ginga.

Ses épaules se détendirent. Il s'approcha de la silhouette d'un pas lent. Elle se recroquevilla.

- Laissez-moi tranquille... supplia-t-elle.

Kyouya n'avait pas besoin d'en voir plus pour savoir que c'était le type qui leur avait parlé de la tour. Des traces de sang se dessinaient sur le sol. Il devinait sans mal ce qu'il s'était passé.

Ginga l'avait massacré.

Cette certitude le mit mal à l'aise. Il avait l'impression qu'une pierre se logeait dans son ventre. Ginga laissait libre cours à sa rage. Kyouya aurait dû se douter que ça se passerait ainsi, vu l'épreuve qu'il venait de subir, mais il s'était laissé bercer par son apparente maîtrise de soi, par sa retenue lors du combat contre les jumeaux. Il avait vu uniquement la surface, ce qu'il voulait voir.

Exactement ce qu'il reprochait aux amis du rouquin.

Comment pourrait-il continuer de se considérer indispensable pour Ginga et de leur reprocher leurs œillères dans ces conditions ?

Kyouya secoua la tête. Ce n'était pas le moment pour le mea culpa. De toute façon, se morfondre et faire du surplace, ce n'était pas son truc. Soit il trouvait un moyen de réparer son erreur, soit il s'en moquait et continuait d'avancer.

Kyouya regarda le jeune homme étendu par terre. C'était le genre de dégâts que Ginga provoquait quand la rage s'emparait de lui. Kyouya le savait. Il le grava dans son esprit. Il ne devait pas l'oublier cette fois.

- Tu devrais te barrer. Ça ne va pas tarder à empirer.

Kyouya détacha son regard du blessé et reprit sa progression d'un pas plus lent. Il entendit l'autre se relever. Il ne se retourna pas, bien que ses épaules se tendirent. Une personne travaillant pour Daidouji était forcément dangereuse.

Il l'entendit faire demi-tour et s'éloigner en boitant. Sa tension baissa d'un cran, sans le quitter tout à fait. Si un danger s'était écarté, Kyouya n'en restait pas moins au cœur d'un territoire ennemi.

Au bout de quelques mètres, Kyouya aperçut une porte entrouverte. Il s'arrêta et jeta un coup d'œil derrière. On aurait dit une sorte d'antichambre. Il y avait une autre porte, en face de lui. Le carrelage et les murs étaient tout aussi blancs que dans le couloir, mais deux guéridons, placés de chaque côté de la porte, venaient briser la monotonie du lieu.

Kyouya poussa le battant et fit un pas prudent à l'intérieur avant de s'arrêter. Sa présence ne déclencha aucun piège. Il traversa l'antichambre et actionna la poignée de l'autre porte. Il se figea en plein mouvement.

Quoi qu'il se passe, quoi qu'il ait décidé de faire, Ginga ne veut pas que j'y assiste.

Et il lui avait promis de se plier à cette demande. Parce qu'il avait vu que Ginga avait peur qu'il soit témoin de sa vengeance. Ce n'était pas par manque de respect ou de considération envers lui. Il craignait simplement sa réaction s'il voyait l'ampleur de la rage qui l'animait. Ce que Kyouya pouvait comprendre. Ce n'était pas une simple colère ou un léger agacement. C'était quelque chose de sauvage, de dévastateur, d'impitoyable. C'était éloigné de tout ce que Kyouya avait pu voir ou ressentir.

Tout ce qu'il pouvait faire, c'était attendre que Ginga revienne à lui, peu importait le temps que cela prendrait. Il ferma les yeux un instant. Tant pis s'il ne leur restait que peu de temps à passer ensemble. Kyouya l'utiliserait pour montrer à Ginga que ça n'avait pas d'importance : il pouvait déborder de rage et de sauvagerie, ce n'était pas ce qui empêcherait Kyouya de se tenir à ses côtés. De vouloir rester auprès de lui. De toute façon, ce n'était pas la rage elle-même qui l'ennuyait, c'était qu'elle correspondait peu à Ginga, à ce qu'il véhiculait quand il allait bien – la protection, l'envie de tendre la main aux plus faibles, même à ceux qu'il avait affrontés et vaincus. Kyouya voulait qu'il reste fidèle à la personne qu'il était.

Pour cela, Ginga devait laisser sa rage exploser une bonne fois pour toutes contre les personnes qui l'avaient provoquée. Il devait tirer un trait sur cette partie de sa vie. Il ne pourrait jamais l'oublier – Kyouya n'était pas naïf au point de croire une chose pareille, contrairement aux amis de Ginga. Cette blessure laisserait à jamais une marque sur son âme. Mais la vengeance lui permettrait d'avoir une blessure propre, qui cicatriserait avec le temps, et non une plaie ouverte qui s'infecterait à chaque jour qui passerait, incapable de se refermer.

Kyouya tendit l'oreille. Aucun bruit ne parvenait depuis l'autre côté de la porte. Il était certain que le face-à-face entre Ginga et Daidouji impliquerait au moins quelques cris. Ici, il n'entendait même pas un murmure.

Kyouya actionna la poignée et poussa le battant. Ses yeux s'écarquillèrent. Il se trouvait au seuil d'un bureau, bien différent du reste de la tour. Il voyait au premier coup d'œil que les meubles qui s'y trouvaient valaient une fortune. Un bureau en bois massif se dressait entre la porte et la baie vitrée qui occupait tout le mur extérieur. Il était encadré par une chaise confortable, dos à la baie vitrée, et deux chaises de réception. Le mur à droite de Kyouya était occupé par des étagères sans fond aux compartiments asymétriques. Certaines contenaient des livres, d'autres des objets d'exposition originaires du monde entier. Il y avait une véritable collection de petits cactus, et un plus grand que Kyouya dans le coin gauche, devant la baie vitrée. Sur le mur de gauche, il y avait trois tableaux. C'était typiquement le genre de bureau qui servait à recevoir.

Regarde ce que je peux réunir dans cette pièce, disait-il. Comprends bien que je possède bien plus : ce n'est là qu'un échantillon minuscule. Et regarde le point de vue que j'ai sur le monde.

Kyoouya avait l'habitude de ce genre de démonstration de puissance. Il savait parfaitement les décrypter. Le monde des entreprises en était rempli. Il ne fallait pas dire qu'on avait du pouvoir, mais le montrer, plus ou moins ostensiblement selon les situations – est-ce que la personne en face était un partenaire qu'il fallait rassurer ou, au contraire, un concurrent qu'il fallait intimider ?

Kyouya était non seulement doué pour analyser ces démonstrations et comprendre l'effet recherché, mais aussi pour les employer – avec plus de subtilité, et donc d'efficacité, que la majorité des gens. Son père en était très fier. Il était fier de lui, en général, mais plus particulièrement quand il faisait preuve de qualités digne de sa conception des chefs d'entreprise.

Autant dire qu'il mourrait littéralement de gêne s'il savait ce qu'il faisait actuellement. Après l'avoir engueulé un bon coup, bien sûr.

Mais peut-être, aussi, qu'il comprendrait s'il apprenait l'histoire de Ginga. La famille était sacrée de son point de vue. Le respect de ses engagements aussi.

Kyouya contourna le bureau. Un ordinateur particulièrement performant y était intégré. Kyouya appuya sur une touche du clavier. L'écran s'illumina brièvement avant de redevenir noir. Madoka semblait maintenir son contrôle sur le système électronique du bâtiment.

Kyouya se plaça près des étagères. Ses yeux voguaient de titre en titre, sans rien noter de particulier. Il secoua la tête.

- J'espérais quoi ? souffla-t-il. Un livre intitulé Les preuves complètes de mes crimes ?

C'était ridicule. Même Daidouji, avec sa tour et ses pièges dignes des animes, n'irait pas jusque-là.

Kyouya se dirigea vers la porte. Il se figea sur le seuil, saisi d'un doute. Est-ce que Daidouji serait vraiment embêté de laisser des preuves pareilles sur son sillage ?

Kyouya convoqua tout ce qu'il savait de ce type, de ses mots à ses actions.

Tout d'abord, Daidouji semblait faire une fixette malsaine sur Ginga. Ses actions n'étaient pas liées à lui, au début. Il avait détruit son village, mais c'était un dommage nécessaire à la réussite de ses plans – quels qu'ils soient. Sauf qu'il y avait eu deux survivants : Ginga et son père, qui avaient décidé de se lancer sur ses traces et de se venger. Au lieu de s'en inquiéter, Daidouji avait semblé les attendre. Les inviter jusqu'à lui, même. Il s'était installé dans un lieu impossible à ne pas remarquer, avait laissé certains de ses sbires, que Ginga connaissait, errer à travers la ville. Il avait eu Ginga une – non, deux, se corrigea Kyouya en se souvenant de ce jour où Ginga lui était revenu défait et meurtri – fois à sa merci, mais il l'avait laissé s'échapper. Il avait donné un avertissement à Kyouya, en montrant qu'il pouvait prendre Kakeru pour cible, puis s'était retiré. Peut-être qu'il avait espéré le voir se retourner contre Ginga et qu'il voulait profiter du spectacle... sauf que Kyouya avait réitéré sa promesse et que sa motivation pour combattre Daidouji en avait décuplée.

Puis, Daidouji avait tué le père de Ginga. C'était impossible qu'il n'ait pas su que Ginga n'était pas chez eux à ce moment-là – son réseau d'informations était très efficace. Ça avait été volontaire. Pour isoler Ginga. Pour lui rappeler qu'il pouvait lui arracher tout ce qui comptait pour lui dès que l'envie lui en prenait.

Et Daidouji avait fait ça juste au moment où Ginga commençait à accepter de se reposer sur les autres. Ça ne pouvait pas être une coïncidence. Il avait appris, d'une façon ou d'une autre, que Ginga passait davantage de temps avec ses amis. Il en avait déduit qu'il leur ouvrait peu à peu son cœur...

…et il avait décidé de tout gâcher.

Une boule d'angoisse se forma dans le ventre de Kyouya. Il mourait d'envie de rejoindre Ginga. Maintenant. D'affronter le danger à ses côtés. Il se retint.

Je lui fais confiance. Il va réussir.

Ginga était fort, bien plus que la majorité des gens. Malgré toutes les épreuves qu'il avait subies, la solitude qu'il avait endurée, il avait toujours trouvé la force et se relever et de lutter.

Et, aujourd'hui, il n'était plus seul. Il savait que Kyouya l'attendait. Il lui reviendrait.

Kyouya força ses épaules à se détendre. Il se retourna et regarda les étagères. Après y avoir réfléchi posément, çaa lui paraissait tout à fait le genre de Daidouji de garder des preuves de ses actes dans un endroit accessible à tous. Un plaisir pervers.

Kyouya fit quelques pas vers les étagères et regarda de nouveau les titres des livres. Un lui avait semblé décalé tout à l'heure.

Ses yeux s'arrêtèrent sur une couverture bleue – il se hérissa : cette couleur était trop proche de celle que Ginga aimait porter à son goût – dont le sujet était la mythologie grecque.

Kyouya ne s'intéressait pas aux mythes et contes étrangers – sa culture était suffisamment intéressante pour qu'il n'en ressente pas le besoin – mais Kakeru avait eu une période Grèce Antique. Kyouya se demandait encore pourquoi aujourd'hui. Son petit frère avait décidé de partager toutes ses découvertes à son frère – ce qu'il faisait encore aujourd'hui, soit dit en passant : Kyouya était capable de nommer toutes les pièces composant une moto et il serait sans doute capable de réparer un moteur. Et Kyouya n'aimait pas la mythologie grecque. Héraclès était un enfoiré qui s'amusait à tuer des lions innocents qui n'avaient fait que manger quelques humains pleurnichards.

Bref. Kyouya se souvenait que l'emblème de la famille Hagane était un pégase et que le pégase appartenait à cette mythologie.

Kyouya tendit la main vers le livre et le sortit. Il l'ouvrit. Dès la première page, ça ne correspondait pas au titre :

Recherches sur Eru-Dorago. Koma.

Kyouya referma le livre. Ce n'était pas à lui d'apprendre ce qu'il contenait en premier. Il apporterait peut-être des réponses à Ginga.

Des pas familiers lui parvinrent. Son cœur fit un bond. Il fit demi-tour et traversa la bureau puis l'antichambre en courant. Il s'arrêta dans le couloir. Ginga fit halte à une dizaine de mètres de lui.

- C'est réglé, déclara-t-il d'une voix dépourvue d'émotion.

Ses yeux miel restaient résolument fixés sur son menton. Il n'osait pas soutenir son regard.

Kyouya inspira, expira. Il franchit la distance qui les séparait et posa une main sur son épaule.

- Rentrons à la maison.

Ginga opina.


Fin du chapitre 18


Compte à rebours : plus qu'un chapitre et l'épilogue à publier...