Disclaimer : Les personnages de MFB ne m'appartiennent pas.


Epilogue


Ginga regardait la ville qui l'entourait, le cœur serré. Il n'avait aucune envie de partir. Il avait enfin trouvé des personnes en qui il avait confiance, des personnes sur lesquelles il avait appris à se reposer – très difficilement, certes, mais c'était un immense pas en avant. Il n'aurait jamais imaginé cela possible, et il devrait les quitter, sans avoir le droit de jeter un regard en arrière ? C'était... Il avait l'impression qu'on lui déchirait le cœur, qu'on s'amusait à le réduire en miettes. Il voulait rester. Il voulait s'épargner la douleur de cette séparation imminente.

Sauf qu'il n'avait pas le choix. Il n'avait pas son mot à dire. On allait l'arracher à ses amis, pour le jeter en pâture à des inconnus, et il devrait en être reconnaissant.

Il n'aurait pas cru qu'il détesterait quelqu'un si tôt après Daidouji.

Ginga frémit. Il repoussa le nom, et ses propres actes, dans un coin de son esprit. Il ne culpabilisait pas. Il avait fait ce qu'il avait à faire. Il avait vengé son père et son village, protégé ses amis et leur entourage, fait disparaître une menace...

Mais ce n'était peut-être pas plus mal qu'on l'éloigne de ses amis quelques temps. Il avait besoin de faire le point, d'évaluer s'il représentait un risque pour eux. Même s'il ne leur ferait jamais de mal...

Il l'espérait, en tout cas.

Ginga avait eu du mal à négocier ces quelques instants de liberté. Il disposait de moins d'une heure, pour tourner une page qu'il n'avait aucune envie de tourner. On avait voulu l'emmener immédiatement, soi-disant pour son bien, comme s'il n'était pas capable de savoir ce qui était bon pour lui – rester avec ses amis ou, au moins, avoir l'occasion de leur dire au-revoir. Ginga avait joué finement, étouffant au mieux son désespoir, prétendant que c'était une simple question de reconnaissance. Ses amis l'avaient aidé, soutenu, la moindre des choses était de les remercier formellement avant de partir.

Son prétexte avait plu.

Je suis devenu bien plus doué pour mentir que Hyouma.

Ses entrailles se tordirent. Hyouma avait été le seul enfant de son âge, à Koma. Ils avaient grandi ensemble. Il l'avait souvent taquiné sur le fait que ses pensées se lisaient sur son visage.

Ça semblait être dans une autre vie.

Et il n'y avait aucun retour en arrière possible. Il ne pourrait jamais redevenir ce garçon spontané et sincère qu'il avait été.

Est-ce que Hyouma aurait autant changé s'il avait été à ma place ? Est-ce qu'il serait devenu dur et inflexible... ou aurait-il réussi à rester celui qu'il était ?

Ginga n'aurait jamais les réponses à ces questions, mais il ne pouvait s'empêcher de penser que son ami s'en serait mieux sorti, qu'il ne se serait pas perdu en cours de route.

Ginga entendit des pas. Il releva la tête. Madoka, Kenta et Benkei s'approchaient, mais Kyouya n'était nulle-part en vue. Il ravala sa déception. Ils avaient pris la peine de se déplacer pour venir le voir. Il ne pouvait pas réagir comme si cela ne comptait pas... surtout que cela comptait. Il était soulagé de pouvoir les voir une dernière fois. Seulement...

Où est Kyouya ?

Peut-être qu'il ne comptait pas venir. Peut-être qu'il n'aimait pas les adieux ou qu'il n'en voyait pas l'intérêt.

Je vais partir sans le revoir ?

Le souffle de Ginga se bloqua. Il eut l'impression de suffoquer. Il se braqua, voulut se débattre contre cette sensation puis se souvint que ce n'était pas du tout efficace. Ce n'était pas la première fois que ça lui arrivait. Il savait comment lutter contre cette impression – en tout cas, il avait trouvé une méthode qui lui convenait. Normalement, il s'efforçait de repousser ce qui le dérangeait dans un coin de la tête, mais il s'agissait de Kyouya cette fois. Il ne pouvait pas le balayer comme ça. Alors il tenta de remplacer cette inquiétude par un souvenir agréable, celui où il s'était réveillé à ses côtés, où la première chose qu'il avait vue en ouvrant les yeux était son visage et surtout ses yeux magnifiques, de la couleur d'un océan en pleine tempête. Ce moment où il n'y avait que lui, et où Ginga ne se souvenait de rien d'autre.

Sa vie et ses épreuves avaient fini par lui revenir mais, pendant un instant béni, il n'y avait eu que Kyouya dans son univers.

Ginga prit une inspiration douloureuse, mais il parvint à respirer. Pendant tout ce processus, il n'avait cessé de sourire.

Il ne pourrait jamais redevenir le garçon spontané qu'il avait été.

Ginga discuta avec ses amis, les rassurant sur son avenir. Il ne croyait pas un traître des mots qu'il prononça, une seule certitude lui permettait de tenir : il pourrait vivre fuir cette situation dans moins de deux ans. Il devait simplement tenir pendant ce temps.

Son sourire vacilla à plusieurs reprises mais il s'y accrocha. Il ne pouvait pas rendre tristes ses amis. Il serait incapable de tenir s'il les attristait.

Kenta, Madoka et Benkei finirent par partir. Ginga leur adressa un signe de la main, aussi enthousiaste que possible, jusqu'à ce qu'ils disparaissent de sa vue. Alors, il laissa son bras retomber contre lui et son expression se décomposa.

Plus que quelques minutes.

Et s'il partait ? Il pourrait s'enfuir loin de la vie qu'on voulait lui imposer.

Ce n'était pas la première fois que l'idée le tentait, mais il la repoussa tout aussi fermement que les fois précédentes. Sa situation serait pire. Il serait forcé de fuir en permanence et de couper tous les liens qui risquaient de mener à lui. Il ne pouvait pas se le permettre et, qui sait, s'il prenait suffisamment sur lui, on l'autoriserait peut-être à rendre visite à ses amis.

Et il ne devait tenir que deux ans.

- C'est certain, alors ?

Ginga tressaillit. La voix – unique, reconnaissable entre toutes – sembla glisser sur sa peau. Il se retourna. Kyouya se tenait à quelques pas de lui.

Il est venu.

Son soulagement était tel que ses jambes tremblèrent.

Kyouya était magnifique, comme toujours. Ginga n'y avait pas réellement prêté attention à leur rencontre, mais il en avait eu un peu trop conscience après leur combat. Ses cheveux encadraient son visage de mèches soyeuses. Sa peau, quelques tons plus sombres que la moyenne, était plus douce qu'elle le semblait – sa gorge s'assécha à ce souvenir. Sa silhouette était élégante, ses traits harmonieux. Et ses yeux... Ginga ne s'en lassait pas. Ils lui faisaient penser à un océan déchaîné. Plus que leur couleur, c'était peut-être leur intensité qui lui donnait cette impression.

Je me demande de quelle couleur sont mes yeux pour lui.

Ginga ne faisait pas spécialement attention à son physique, mais Kyouya avait une telle manière de le regarder, parfois, qu'il se disait qu'il ne devait pas être trop mal.

- Tu es venu.

- Tu pensais que j'allais te laisser partir comme ça ?

Ça l'avait terrifié, mais il ne pouvait pas le lui dire.

Kyouya s'approcha encore de lui. Il s'arrêta à une cinquantaine de centimètres. Ginga n'aurait même pas besoin de tendre le bras pour le toucher.

L'expression de Kyouya s'assombrit.

- Tu pars vraiment.

- Désolé.

- Pourquoi tu t'excuses ?

La gorge de Ginga se serra.

- J'aurais voulu rester. Tu vas me manquer. Les autres aussi. Je... je vais faire tout mon possible pour revenir au plus vite mais...

- Ce n'est plus à toi de décider.

Ginga opina timidement. L'expression de Kyouya se durcit. Ginga avait envie de passer ses mains sur son visage pour l'apaiser. Il serra les poings et les garda fermement contre ses cuisses. Il ne pouvait pas... Il avait déjà touché Kyouya mais les circonstances étaient différentes. Plus désespérées.

Il tendit le poing.

- Jusqu'à nos retrouvailles.

Kyouya haussa un sourcil. L'esquisse d'un sourire courba ses lèvres et le corps entier de Ginga frémit – voilà un exploit qu'il aimait accomplir. Il frappa son poing du sien.

- Jusqu'à nos retrouvailles.

Son sourire s'effaça alors qu'il détaillait le visage de Kyouya. Il était fatigué de lutter en permanence.

Il passa un bras autour de ses épaules et le serra contre lui. Kyouya se tendit, surpris. Ginga cala son visage contre son cou et inspira profondément. Il allait passer tant de temps sans le voir. Il avait besoin d'un dernier souvenir tangible.

Kyouya hésita puis plaça ses mains sur son dos. Ginga ferma les yeux. C'était là qu'il désirait rester.

Mais ce n'était pas possible.

Il relâcha sa prise sur Kyouya et s'écarta. Les yeux d'océan étaient troublés.

- Je reviendrai. Je te le promets.

Peu importait le temps que cela prendrait.

- Tu as intérêt, sinon, je viendrai te chercher.

Beaucoup considérerait cette phrase comme une menace, mais Ginga y entendait une promesse.

Ginga sourit, plus sincèrement de ce qui lui semblait être une éternité.


FIN