Je me réveille en sursaut. Les bras d'Edward m'entourent. Je me calme.
- Sept jours, s'exclame Carlisle. Nous avons peu de temps.
- Combien seront-ils à ton avis ? Me demande Edward.
- Peu. Monseigneur n'aime pas la foule. Il ne s'entoure que de ceux qui lui sont nécessaires. Je n'ai perçu que deux clones.
- Seront-elles dures à combattre ?
Je reste silencieuse un instant. Mes yeux divaguent vers l'extérieur. Il fait beau aujourd'hui. Je pourrais presque sentir l'odeur des fleurs printanières qui bruissent sous la brise. Je ferme les yeux et s'inspire profondément. J'aime ça.
- J'aimerai tenter une autre approche, murmure-je.
Le champ est large comme quatre terrains de base-ball. Nous sommes à plusieurs centaines de kilomètres de la ville la plus proche, dans les hauteurs de la forêt.
Je leur ai dit de venir ici. Pour ne pas rencontrer d'humains. Pour éviter les dommages collatéraux.
Edward n'est pas d'accord. Il n'a pas confiance. Mais je crois dans mes clones. Elles sont moi avant. Avant de ne plus avoir mal.
Elles arrivent en premier. Monseigneur se cache derrière l'orée. Nous sommes tous trois plus fortes que lui. Et moi, il ne me contrôle pas.
Les contrôle-t-il encore ?
Je m'approche le plus près possible d'elles. IL ne doit pas m'entendre. Edward n'est pas content. Elles sont apeurées, le teint blafard. Et ce cœur froid, presque mort, au fond de leur poitrine.
- Tu es différente, dit l'une d'elle.
- Différente de vous ?
- Oui.
- Je suis juste plus âgée. J'ai appris...
- Appris quoi ?
- A reconnaître ce qui est bon pour moi. Être humaine plus que vampire est bon pour moi. Ne plus être contrôlée par Monseigneur est bon pour moi. Trouver quelqu'un qui m'apaise, dont la main puisse me toucher sans mourir est bon pour moi.
- Mais est-ce bon pour nous ?
- Je ne sais pas. Mais est-ce que ce sera pire que maintenant ?
Les deux clones se regardent. Elles se tournent vers les arbres. Monseigneur doit être là. Elles jaugent. Lui ou moi ? Moi ou lui ?
- Comment faire ? IL ne voudra jamais. Il nous punira...
- Vous êtes plus fortes que lui, il le sait. Et vous le savez aussi.
- IL nous a promis de nous traquer, de détruire tous nos rêves, tout ce que nous bâtirions, il l'anéantirait. Comme avec toi.
- IL n'a rien détruit. Car je n'ai pas peur de lui... Plus maintenant, murmurai-je presque.
- Nous avons peur de LUI.
Je les regarde. Elles sont tremblantes de frayeur, jetant des regards furtifs vers l'orée du bois où se terrait Monseigneur. Ne voient-elles pas qu'il est encore plus apeuré qu'elles ? Une sourde colère commence à monter en moi. Je me vois en elles, quelques siècles plus tôt. Moi aussi, j'avais peur. Je ne veux plus ressentir cela.
- Alors détruisons-le ! Crache-je.
Elles reculent un peu, étonnées par ma réaction.
- Vous aurez toujours peur de lui. Combien allez-vous rater d'occasion avant que votre peur ne commence à s'amenuiser et que vous ayez la chance de trouver quelqu'un qui vous fasse découvrir que vous possédez un cœur ? Des siècles ! Comme moi ! Alors que sans lui.
- Mais tu sais bien qu'il est immunisé contre notre toucher ?
- Jusqu'ici, je n'avais imaginé qu'il soit capable de me cloner. Si vous partez, il en clonera encore. Et un jour, l'une d'entre nous l'écoutera aveuglément ou deviendra plus noire que lui. Un monseigneur avec nos pouvoirs.
Elles frissonnent, comprendre le danger que cela représente.
- Mais comment le tuer ?
Carlisle s'approche de nous. Il a compris. Détruire la racine pour que l'arbre du mal ne repousse jamais.
- Un toucher ne peut pas le tuer, deux lui fera sous doute mal, trois...
C'est cela. Une lueur s'illumine. Dans nos trois paires d'yeux. L'union fait la force.
- Il nous a crée mais nous sommes son talon d'Achille, rajoute-je.
Je tends la main. Je les sens encore hésiter. Carlisle pose alors sa main sur mon épaule. Edward vient à mes côtés et fait de même, comme tous les membres Cullen. Une famille !
Elles sont impressionnées. Elles sont d'accord. Au loin les branches s'agitent. Il a compris. Une poignée de vampires courent vers nous. Trop jeunes. Trop peu entraînés. Trop peu nombreux. Les Cullen partent les affronter.
Je tends mes deux mains vers mes sœurs jumelles. Elles s'en saisissent avidement. Un courant m'envahit. Une force terrible. Nous avançons rapidement, plus rapidement que je n'aurais pu le faire seule.
Monseigneur est en face de nous. Il est grand. Il est maigre. Ses longs cheveux noirs encadrent un visage anguleux, blafard, effrayant. Ses yeux noirs nous percent tels des lames. Il a peur. Il retrousse ses lèvres pour nous montrer ses canines. Un caniche aux aboies.
Je sens mes sœurs hésitantes. Moi même j'aurai douter. Mais j'ai confiance en Carlisle. J'ai confiance dans les Cullen. Et je dois le vaincre pour sauver mes sœurs. Pour me sauver.
J'avance et je les tire avec moi. Elles me suivent. Il recule. Il a compris. Il a peur. Il se retourne. Il tente de s'enfuir. Un lâche ! Finalement, il n'aura jamais été qu'un lâche.
Nous lui sautons dessus, pleines de haine. Des mains plaquent son visage. Une sur sa joue droite, l'autre sur son front. D'autres tiennent ses mains. Les dernières sur ses chevilles.
Il pousse un hurlement. Un cri de mort dans la nuit sombre.
Avec lui, cela prend plus de temps. Il gesticule. Il se cambre. Sous sa peau blême, ses veines bleues apparaissent. Ses yeux s'arrondissent comme deux billes noires. Il convulse. Il se recroqueville. Puis il disparaît.
Je lâche mes sœurs. Nous nous regardons. Un fou rire nous prend. C'était si simple.
Il touche ma main. Je me retourne. Edward a l'air inquiet. Je lui souris. Je suis bien.
- Ta peau ! Me dit-il.
Je regarde mes mains. Elles sont devenues mates, comme après un bronzage.
- Ton cœur !
Il n'a jamais battu aussi fort. Aussi régulier. Un cœur guéri.
J'ai gagné le combat. Je n'ai plus mal. Je suis humaine. Une humaine immortelle.
Il me serre dans ses bras. Je suis heureuse.
- Et nous maintenant ! Demande une de mes sœurs.
Le clan Cullen nous rejoint.
- Nous avons des amies qui vivent en Alaska, propose Carlisle. Nous devrions les rejoindre quelques temps. Histoire de vous poser. Pour réfléchir au futur.
- Pour que nous aussi, nous devenions humaines, poursuit une de mes sœurs.
La main d'Edward serre la mienne. Lui aussi espère qu'un jour, peut-être, il pourrait redevenir comme avant.
Qui sait ? Après tout, il est ma main.
Ce qu'aiment Edward et Bella ?
L'amour et l'espoir.
