Chers lecteurs, -trices,

Voici la cinquième, très dense (et avant-dernière) partie d' "Angie".

Elle est principalement constituée d'un épisode que j'ai ajouté après l'achèvement de cette histoire, tandis qu'elle reposait un instant dans mon dossier d'écrits terminés. Ecrite en une quinzaine de jours entre la fin du mois d'avril et le début du mois de mai, elle m'a permise de lier plus agréablement la séparation de Dean et Castiel après l'accident de l'adorable Angie et… la fin. Je trouvais que l'ensemble manquait un peu de cohérence et allait trop rapidement vers l'achèvement de cette histoire :)

Il m'a été inspiré par le souvenir lointain d'un épisode de la télé-réalité "Pitbull & Prisonniers", diffusée en France sur une chaîne de la TNT. Une émission pas inintéressante qui raconte le quotidien d'un refuge dédié aux pitbulls aux Etats-Unis tenu par Tia Tores, sa famille et ses employés, pour l'essentiel d'anciens détenus.

Nous nous dirigeons lentement mais sûrement vers la fin, j'espère que ce (long) moment de transition vous fera passer un agréable moment :)

Je vous souhaite une bonne lecture,

Bien à vous,

ChatonLakmé


Angie

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Cinquième partie

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Assis sur une chaise dans un des cabinets d'auscultation de la clinique vétérinaire, Dean observe avec attention les gestes rapides et précis de Jo tandis qu'il tient contre lui le vieux chien de chasse que Sam et lui viennent de récupérer sur le bord de la route, errant et efflanqué. Sa longue queue frotte le sol avec enthousiasme et il entend son amie rire doucement en voyant son nouveau pensionnaire tenter de lui lécher le visage d'un air joyeux tandis que, penchée sur lui, elle écoute son cœur et sa respiration à l'aide de son stéthoscope.

Le châtain perd un instant ses doigts dans les poils ras et drus, marbrés d'un beau blanc vénérable et argenté que l'on discerne sous la boue, afin de l'apaiser et de détourner son attention. Il sourit un peu tristement en voyant le grand chien tourner rapidement la tête vers lui avant de japper doucement, ses babines semblant lui sourire en toute confiance, et Dean recommence ses caresses avec plus de force.

Quand le jeune homme voit son amie froncer les sourcils et se mordiller les lèvres en palpant la grosse bosse qui saille sur son flanc droit, il sent son cœur se serrer.

Le châtain n'a pas besoin de l'entendre annoncer son diagnostic, ses yeux marrons qui viennent de se voiler de tristesse confirment ce qu'il soupçonne depuis qu'il l'a également senti en portant le chien à bras-le-corps afin de le mettre dans le pick-up du refuge. La grosseur fait la taille d'une balle de baseball et tandis que Dean le recouvrait d'un plaid avant de prendre le volant, le jeune homme est persuadé d'avoir senti d'autres boules d'une taille plus réduite sur son arrière-train.

Le pauvre animal a probablement été abandonné à cause de cette énorme tumeur qui ne lui donne plus que quelques semaines à vivre.

La blonde se relève doucement et passe rapidement une main dans ses cheveux, rejetant ses longues mèches dorées sur son crâne, avant de s'asseoir en tailleur devant le chien pour le cajoler affectueusement. Dean rit d'une manière désagréablement étranglée en le voyant se jeter contre sa poitrine pour poser sa tête dans son cou et l'y rouler joyeusement. Le mouvement d'oscillation de sa queue reprend avec une ardeur renouvelée et il en observe distraitement le battement rythmique, sentant son cœur se pincer désagréablement. La vie est injuste.

Quand il croise son regard, le jeune homme adresse un sourire un peu crispé à son amie.

« Je vais l'emmener en salle d'imagerie », lui explique-t-elle tout en déposant un rude baiser sur le front du chien. « Je veux lui faire passer une échographie pour confirmer mon diagnostic mais je suppose que tu sais déjà ce qu'il en est… Tu nous attends ? »

Le châtain hoche la tête d'un air un peu raide et descend de sa chaise afin de rejoindre la jeune femme sur le sol, s'appuyant contre le mur tandis qu'il gratte gentiment l'échine de son nouveau pensionnaire.

« Bien sûr », lui répond-il. « Je reste là. »

D'un air distrait, Dean tend la laisse à la blonde qui le remercie d'un petit signe de la tête et à peine la porte se referme-t-elle sur elle que le jeune homme appuie son crâne contre le mur derrière lui, exhalant un soupir lourd et fatigué. Se laissant un instant bercé par les bruits familiers de la clinique, il finit par se redresser en sentant la fraîcheur du sol transpercée la toile pourtant épaisse de son jean. Dans une grimace, Dean se relève avant de se laisser tomber sur la chaise en plastique qui meuble la salle de consultation et d'enfouir sa tête entre ses mains, ses coudes posés sur ses genoux et ses épaules s'affaissant presque douloureusement.

Autour de lui, il entend la clinique continuer à vivre, le monde à tourner et le jeune homme serre les dents, nouant ses doigts entre eux en sentant le sien recommencer à avancer lentement, la course des planètes et des astres comme désagréablement freinée et entravée. Dean se sent lourd, maladroit et fébrile et il fronce les sourcils, sentant presque les corps célestes se heurter désagréablement dans la course chaotique de son microcosme.

Le châtain essaye de se concentrer sur Jo, de percevoir à travers les murs le ronronnement du rasoir sur le flanc du chien ou celui, plus discret, de l'échographe. Mais son esprit lui semble plonger dans du coton et il sursaute à peine en entendant de bruyants aboiements briser soudain le silence recueilli de la salle de consultation, suivi par un violent fracas métallique dû à une table renversée par un animal vraisemblablement terrifié.

Le jeune homme pense à son nouveau pensionnaire.

À l'appel de voisinage qui leur a signalé ce chien errant sur la voie publique, au moment où Sam et lui l'ont attrapé avec une facilité déconcertante parce qu'il était venu spontanément vers eux d'un petit trottinement avant de nicher sa grande tête dans la main de son frère. À son arrivée à la clinique tandis que Sam était déjà reparti pour le refuge afin de commencer à remplir le dépôt de plainte pour abandon et mauvais traitements. Au regard de Jo qui a confirmé ce qu'il craignait et lui a fait souhaiter de toute son âme que le chien soit pucé afin qu'ils puissent retrouver les propriétaires et les poursuivre en justice. Mais ces pensées ne sont qu'un éclair fugace qui crispe ses épaules avant que les poils argentés du chien ne soit remplacé par un bleu, fascinant, pur et brûlant d'un feu dévorant.

Celui des yeux de Castiel.

Castiel dont il a, bien malgré lui, quitté l'appartement comme un voleur il y a trois jours et Dean gémit légèrement de frustration.

Tandis qu'il se roulait avec volupté dans les draps du canapé-lit, un petit sourire idiot aux lèvres en entendant le roulement des vagues quand elles venaient se heurter au quai de la marina, la sonnerie de son téléphone l'avait violemment tiré de son sommeil chaud et confortable dans lequel il avait l'impression qu'il lui aurait suffit de tendre la main pour attirer le brun à lui et l'embrasser. Mais, tandis que le jeune homme sentait sa langue épaisse dans sa bouche et sa voix rauque, celle de son frère dans le combiné avait été emplie de colère et l'avait tiré de ses songes agréables. L'idée que leur soirée se soit terminée d'une autre manière ou que leur matinée ensemble aurait pu se transformer en un moment délicieux et tendre s'était immédiatement envolée. Sam avait besoin de lui pour un cas de maltraitance grave signalé par le Rockport Police Department et dont les agents allaient intervenir sous peu.

Immédiatement réveillé, Dean était sorti des draps, s'était rhabillé avant d'enfiler sa veste, ses gestes ralentissant au fur et à mesure tandis que son regard allait caresser la porte de la chambre de Castiel. S'il avait pensé que l'entrebâillement plongé dans la pénombre ressemblait moins à une invitation, indiquant que le jeune homme dormait encore, jamais le châtain n'avait eu autant de regrets à l'idée que leur soirée se soit achevée sur leur séparation, de part et d'autre du canapé déployé.

Tandis que Dean cherchait fébrilement un morceau de papier et un crayon, il songeait presque douloureusement à combien il aurait voulu pouvoir se glisser dans la pièce. À la manière dont il aurait pu le réveiller doucement en effleurant son front lisse et blanc du bout des doigts avant de lui murmurer que Sam avait besoin de lui mais qu'il reviendrait à lui dès que possible. La peau de Castiel aurait été chaude et parfumée de sommeil sous son toucher et le brun aurait lentement acquiescé, ses prunelles céruléennes encore adorablement brouillées murmurant peut-être les mêmes confessions à venir. Dean aurait été courageux et lui aurait avoué qu'il avait quelque chose à lui avouer, une chose précieuse qu'il gardait au fond de son cœur depuis des semaines. Une promesse qu'il aurait timidement scellée de ses lèvres sur le front du brun avant de trouver sa bouche pour un baiser fugace et de s'éclipser, l'odeur et le goût de Castiel partout autour de lui.

Mais dans l'urgence, Dean n'avait pas pu trouver de morceau de papier pour écrire un petit mot maladroit au brun lui disant qu'il amènerait le petit-déjeuner à son retour. Et en lieu et place de l'air de la mer sur son visage tandis qu'ils auraient mangé l'un à côté de l'autre sur le balcon filant, de la chaleur qui aurait noyé sa poitrine quand ils se seraient embrassés pour la véritable première fois, le jeune homme n'avait senti que l'odeur du sang tandis qu'un fleuve de glace coulait dans son ventre.

Le cas de maltraitance s'était avéré être le retrait de chiens de combat à son propriétaire, un homme violent qui avait accueilli la police de Rockport avec une arme de guerre. Dans le hangar branlant servant de chenil, Dean et Sam avaient trouvé des chiens à moitié fous de douleur et de peur tandis que dans un charnier s'entassaient les corps de plusieurs animaux morts de leurs blessures pendant les affrontements ou de mauvais traitements.

Ses rêves de tendresse avec Castiel avaient été balayés par les aboiements terrifiés ou fou furieux, par la vision des plaies mal soignées et l'odeur putride régnant sous l'abri en tôle. L'opération avait duré des heures et, caché dans la petite pièce adjacente à l'accueil de Second Life, le châtain avait surpris discrètement Gabriel pleurer des larmes de rage et de tristesse dans les bras de Sam tandis que lui-même contenait mal le tremblement nerveux de ses mains.

Ils n'avaient pu en sauver aucun.

Malgré des douches répétées, Dean n'avait cessé depuis d'avoir l'impression de sentir la mort. Son portable était resté silencieux, sa gorge trop serrée pour appeler Castiel et ses doigts trop raides pour lui envoyer un message d'excuse. Pris par les procédures judiciaires que Sam avait décidé de lancer à l'encontre de l'homme, incarcéré par le Rockport Police Department, il n'en avait pas plus trouvé le temps les deux jours suivants. Son envie de s'excuser s'était transformé avec le temps en hésitation puis en une honte au goût amer tandis qu'il voyait les jours s'écouler. Quand, brisé de fatigue à l'issue d'interminables journées, il s'écroulait sur son lit, le jeune homme grommelait avec une parfaite mauvaise foi que Castiel aurait également pu le contacter. Ce constat atténuait à peine sa culpabilité et le goût de bile qui remontait dans sa gorge en songeant combien il devenait ridicule de se manifester auprès du brun après avoir quitté son appartement plusieurs jours auparavant.

Dean passe une main épuisée dans ses cheveux avant de soupirer de frustration.

Castiel lui manque tellement que cela en est presque douloureux et il réalise avec une acuité particulière combien il serait délicieux à cet instant de pouvoir se rendre chez le brun afin de le serrer dans ses bras et de chercher du réconfort dans leurs baisers quand la vision d'horreur du hagard et de ses occupants vient souvent le hanter.

Le châtain a l'impression qu'il a peut-être rêvé leur étreinte sur le canapé du jeune homme avant que les souvenirs brûlants de ses lèvres fines contre les siennes, des courbes de son corps pressé fiévreusement sur sa poitrine, du soyeux de ses mèches sombres sous ses doigts ne reviennent peupler ses nuits. Dean sait qu'il n'aurait pu imaginer l'éclat sauvage de ses prunelles azur ni son regard brouillé par le désir qui faisait vibrer sa peau fine et douce sous ses doigts. Son désir de lui.

À présent, il ne sait pas comment retourner le voir et reprendre leur discussion. Machinalement, Dean porte une main à la poche de sa veste avant de grogner de frustration en réalisant qu'il a oublié son portable dans le pick-up du refuge et il serre les dents.

Quand le jeune homme a finalement puisé un peu de courage au fond de ses chaussettes pour appeler Castiel, il est tombé sur sa boîte vocale. Il n'y a eu qu'une seule sonnerie avant que son appel ne soit renvoyé sur le répondeur et à ce souvenir, le châtain sent son cœur se serrer douloureusement.

Peut-être n'aura-t-il pas à le faire finalement. Peut-être qu'il a déjà entendu ce que le brun avait à lui dire tandis qu'il écoutait distraitement la voix de Castiel à travers le combiné, adorablement gênée et maladroite tandis qu'il récitait le message d'accueil de sa boîte vocale. Dean l'a probablement blessé et humilié en le repoussant ce soir-là alors qu'il était évident que le brun avait pris son courage à deux mains pour lui faire sa sensuelle proposition, les joues roses. Parce qu'il avait besoin de lui et que le jeune homme avait refusé. Dean sait qu'il a fait ce qu'il fallait mais sans doute aurait-il pu expliquer la raison de son refus, une délicatesse plutôt que la manifestation de son désintérêt à l'égard de Castiel.

Le châtain soupire une fois de plus avant de se gratter la nuque de manière compulsive sous l'effet de sa frustration. La mâchoire contractée, il lève à peine la tête en reconnaissant le pas de Jo dans le couloir.

« Cesse de te gratter comme un chien qui a des puces ou je vais te donner un antiprurigineux », ricane la blonde en entrant dans la salle de consultation, précédé par le chien de chasse qui tire sur la laisse pour venir à Dean. « C'est un médicament contre les démangeaisons », précise-t-elle tout en le lâchant.

« Je sais ce qu'est un antiprurigineux, merci Jo… », grogne le jeune homme avant de sourire légèrement en voyant le chien poser sa tête sur un de ses cuisses. « J'attends avec grande impatience qu'un laboratoire invite un traitement pour lutter contre les effets de la Gabriellite aiguë. Il me donne des boutons… »

La jeune femme pouffe doucement d'amusement avant de venir s'asseoir au petit bureau et d'afficher sur l'écran de l'ordinateur les résultats de l'échographie.

« C'est un antihistaminique dont tu as besoin. Pour lutter contre les réactions allergiques », le corrige-t-elle gentiment tout en regardant Dean qui caresse le grand chien de chasse avec affection. « Est-ce que Sam et toi lui avez donné un nom ? Je préférerais l'inscrire plutôt que John Doe Dog… »

Le châtain roule un instant des yeux avant de hocher la tête.

« Ash. Sam l'a appelé Ash… », lui répond-il. « Pour la couleur un peu cendrée de ses poils. »

« Joli. »

Jo acquiesce avant de renommer les fichiers de l'ordinateur. Dean sent brièvement son regard chaleureux sur lui tandis qu'il grimace en sentant soudain sous ses doigts la grosse bosse parfaitement visible sur le flanc droit à présent soigneusement rasé du chien.

« Alors ? Ton diagnostic ? », demande-t-il à son amie.

La blonde se mordille un instant les lèvres avant de s'appuyer lourdement contre le dossier de son fauteuil.

« Rien que tu ne saches déjà Dean », lui souffle-t-elle d'un ton peiné tandis que le jeune homme regarde avec attention les échographies sur l'écran. « C'est un cancer métastatique de la rate…On sent beaucoup de tumeurs quand on le caresse, il est généralisé. »

Dean serre les dents avant d'opiner un peu sèchement de la tête.

« Tu veux faire une biopsie pour savoir qu'elle est la nature de la lésion ? », lui demande-t-il.

« … Je ne pense pas que cela soit utile », lui répond doucement Jo. « J'ai repéré des tumeurs sur son foie et son estomac à l'échographie. Entamer un traitement ou l'opérer pour retirer les tumeurs serait très lourd à supporter pour son corps et le taux de guérison baisse considérablement avec l'âge. Ash est un chien très âgé. Si tu es d'accord, il vaudrait mieux que tu lui trouves une famille d'accueil pour qu'il puisse avoir une belle fin de vie. Je te donnerai un traitement palliatif afin qu'il ne souffre pas jusqu'au moment où il devra partir. Dans le cas contraire, je crains qu'on ne frôle l'acharnement thérapeutique Dean. »

Le jeune homme rit mais le son qui sort de sa bouche est horriblement étranglée et il serre les dents.

« Ce n'est pas moi que tu dois convaincre mais Sam. Il pense toujours que l'on peut sauver tout le monde », lui rétorque-t-il doucement avant de soupirer. « Je me range à ton avis Jo. J'y songeais déjà dans la voiture quand je l'amenais. »

Du coin de l'œil, il voit son amie refermer les fichiers avant de venir le rejoindre, s'asseyant doucement à côté de lui.

« Il peut encore vivre plusieurs mois dans de bonnes conditions », le réconforte la blonde tout en pressant légèrement sa main sur son avant-bras. « Et même si ce n'est que pour quelques semaines, ce sera sans douleur et il sera aimé. Regarde-le, Ash est adorable et plein d'entrain. La famille qui l'accueillera tombera immédiatement sous son charme. »

« Je sais… Merci Jo… », souffle le châtain en riant discrètement tandis que ses yeux suivent le vif mouvement de balancier de la queue du chien sur le sol carrelé. « Est-ce qu'il est pucé ? »

Comme il s'y attendait, son amie secoue la tête, ses poings se serrant légèrement de colère sur ses genoux.

« Je pense qu'il l'a été », lui répond-elle et Dean voit ses yeux lancer des éclairs. « Ash est un chien de chasse européen, il est sans aucun doute inscrit à l'AKC (1) donc il a eu une identité. Je pense que ses maîtres lui ont retiré sa puce avant de l'abandonner pour éviter d'éventuelles poursuites. Il a une petite cicatrice sur l'épaule droite. Ce n'est définitivement pas un chien perdu. Je suis désolé… »

« Tu peux l'être pour Sam… », grogne le jeune homme de dépit, la mâchoire douloureusement contractée. « Bon sang, quelle journée pourrie… »

Jo se relève rapidement de sa chaise avant d'aller au bureau. Vaguement curieux, Dean l'observe ouvrir un tiroir pour en sortir une petite boîte aux vives couleurs un peu enfantines qu'elle lui présente, un petit sourire amusé aux lèvres.

« Prends donc une sucette Dean », lui intime-t-elle tout en tendant un peu plus la boîte vers lui.

Le châtain lui jette un regard un peu interdit avant de secouer la tête.

« Je ne suis pas un enfant qui a besoin d'être réconforté parce que son hamster vient de mourir Jo… »

« Tu es un grand enfant qui a besoin d'avoir un peu de douceur », lui rétorque son amie, attrapant une sucette à l'emballage rosâtre avant de lui lancer habilement. « Prends-en aussi une pour Sam d'ailleurs. La semaine a été dure, n'est-ce pas ? »

Son nez est à nouveau envahi par l'odeur du sang tandis qu'à ses oreilles résonnent d'aboiements frénétiques et Dean s'assombrit. C'est d'un geste presque rageur qu'il arrache finalement le papier dans un crissement désagréable avant d'enfourner la sucrerie dans sa bouche, grimaçant à son goût chimique et trop sucré. Il a un pâle sourire en voyant Jo faire de même, la jeune femme contemplant un instant sa sucette en forme de tête de licorne avant de la mettre délicatement entre ses lèvres.

« Est-ce que ça va au refuge ? », lui demande-t-elle après un court silence.

« … Au refuge oui, c'est tout le reste autour qui part en vrille », marmonne-t-il d'une voix rauque. « Je suis franchement heureux que tu n'aies pas été là pour la saisie des chiens de combat Jo. C'était vraiment horrible… »

Dans un petit bruit un peu humide qui le fait grimacer, la jeune femme sort sa sucette de sa bouche avant de lui jeter un regard noir.

« C'est mon métier Dean », le reprend-elle un peu froidement. « Je n'étais pas là mais on m'a sollicité pour faire les autopsies, l'autre clinique de Rockport était débordée. Il y en avait trop… »

Dean écarquille les yeux de surprise et se mord les lèvres pour s'empêcher une répartie trop vive et un peu infantilisante pour son amie qu'il considère parfois comme une petite sœur. Il oublie trop souvent que Jo côtoie la mort au moins autant que lui et qu'elle sent parfois la vie quitter littéralement ses patients sous ses doigts.

Le jeune homme se sent soudain épuisé.

« Excuse-moi, je ne voulais pas être vexant », murmure-t-il d'une voix lasse. « Je n'arrête pas d'y songer depuis trois jours. Sam aussi d'ailleurs. C'est la première fois que nous nous sentons aussi impuissants et inutiles… »

La blonde s'appuie doucement contre son bras, posant amicalement sa tête contre son épaule et Dean soupire légèrement.

« Les héros ont aussi besoin de souffler Dean. Sam et toi êtes ensemble au refuge mais il est parfois bon d'avoir une épaule sur laquelle se reposer. Un endroit dans lequel se réfugier pour t'éloigner un peu », lui répond-elle d'une voix douce avant d'observer un court silence. « Comment vont les choses avec Castiel ? »

Dean se raidit si violemment qu'il voit Jo se redresser pour lui jeter un regard surpris. Le châtain enfonce légèrement sa tête entre ses épaules tandis qu'il enfouit une de ses mains dans la fourrure d'Ash qui jappe joyeusement son plaisir et il contracte si fort sa mâchoire qu'il sent soudain la sucette éclater dans sa bouche.

« Bien », lui répond-il d'une voix un peu froide. « C'est juste une mauvaise journée et j'ai envie de rentrer, c'est tout. »

« De rentrer chez lui ? », le taquine-t-elle avant de le dévisager d'un air gourmand. « À moins que ce ne soit devenu un chez vous depuis ? Tu es resté avec lui comme je te l'avais fortement suggéré ? »

Le châtain se sent pâlir et il fusille la jeune femme du regard.

« … Fiche-moi la paix Jo », grogne-t-il d'un ton sec et menaçant.

Il entend la blonde ricaner légèrement et le jeune homme lui jette un regard noir en voyant son amie traîner sa chaise sur le carrelage afin de se décaler et de pouvoir le regarder directement dans les yeux. Grattant son jean du bout d'un ongle, Dean ignore soigneusement ses yeux brillants tandis que la blonde le dévisage avec attention.

« Pas à moi Dean Winchester », le gronde-t-elle tout en fronçant légèrement les sourcils. « Je peux comprendre ta colère et ta fatigue devant ce qu'il s'est passé ces derniers jours mais tu as une capacité de résilience qui frôle la sainteté. Il y a autre chose qui te rend malheureux. Quelque chose ou quelqu'un… Et je pencherai pour ce beau mec aux yeux bleu océan avec son adorable chienne. »

Dean se mord les lèvres, plongeant ses doigts dans les poils ras d'Ash qui se tortille de plaisir sous ses caresses.

« Bleu ciel… », murmure-t-il distraitement, un petit sourire fatigué aux lèvres en voyant le chien poser lourdement sa tête sur sa cuisse avant de fermer les yeux de bonheur. « Ils sont bleu ciel… »

Son amie le dévisage avec attention avant de porter une main à sa bouche pour étouffer ses gloussements et le châtain sent une rougeur piquante s'installer sur ses joues.

« Je ne vais pas te contredire, tu as sans doute plongé dans les siens bien plus souvent que moi », rit-elle tout en faisant se heurter affectueusement leurs genoux. « J'en conclus donc que tu ne lui as pas vanté mes innombrables qualités… »

« C'est n'est pas comme si j'avais eu le temps d'essayer de le caser avec qui que ce soit Jo », grogne le châtain d'un ton lourd de frustration et d'exaspération mêlées. « Il- Il y a eu Angie et puis ce cataclysme chez ce taré qui faisait combattre ses chiens jusqu'à la mort et ensuite tout le reste… Et- Et Ash qui même s'il est plein d'amour à donner est malade et va mourir sans qu'on puisse faire quoi ce soit. Merde Jo, j'ai juste pas envie d'en parler ! »

Le jeune homme passe une main tremblante dans ses cheveux, ses yeux soigneusement baissés sur le grand chien tandis qu'il sent le regard chaleureux de son amie lui vriller le front.

« … Tu as pourtant l'air d'en avoir gros sur le cœur Dean… », lui répond-elle tout en léchant distraitement sa sucette. « La fin de soirée ne s'est pas passée comme tu le pensais ? »

Dean se mord les joues et hausse vaguement les épaules, un geste presque obscène de nonchalance quand il sait le tsunami émotionnel qui l'a emporté en raccompagnant le brun chez lui et que le soulève encore trois jours après.

Il entend la chaise de son amie racler légèrement ses pieds sur le carrelage tandis que Jo se relève, jetant le bâtonnet de sa sucette dans la poubelle à côté du bureau avant de s'y appuyer et de croiser ses bras sur sa poitrine, dardant ses yeux marrons sur lui.

« Puisque tu ne vas rien me dire et souffrir le martyre seul dans ton coin, laisse-moi au moins t'informer d'une petite chose », reprend-elle d'un ton un peu accusateur. « Castiel vient à la clinique tous les jours depuis que tu les as amenés et il m'a dit qu'il te rendrait visite au refuge une fois qu'il aurait récupéré Angie pour te remercier et te montrer qu'elle va bien. De toute évidence, il a plus de courage que toi, peu importe ce qu'il a pu se passer entre vous. »

Dean relève si brusquement les yeux sur la jeune femme qu'il entend sa nuque craquer désagréablement et il crispe fortement ses doigts sur la laisse d'Ash, ses jointures blanchissant tandis que ses joues se colorent d'un rose un peu pâle à l'idée que Castiel veuille encore le voir.

« Tu ne sais pas ce qu'il s'est passé », proteste-t-il tout en se mordant les joues. « J'ai essayé, vraiment, mais il y avait eu Angie et puis ces mecs quand on est rentré chez lui et- Ce n'était pas le moment… »

Il voit Jo hausser un sourcil interrogateur avant que son amie ne passe une main dans ses cheveux, grimaçant légèrement en sentant ses doigts poisseux accrocher ses longues mèches blondes et Dean ne peut s'empêcher de ricaner d'un air un peu mesquin.

« Je ne comprends que la moitié de ce que tu me dis mais de toute évidence, tu n'as pas essayé assez fort. » Sa remarque claque dans l'air, cinglante comme un fouet, et c'est douloureux parce que le jeune homme sait qu'elle a raison. « Bon sang Dean, tu as la sensibilité d'une huître quand on parle de sentiments pourtant tu me reprends sur la couleur des yeux de ce jeune homme et nous savons tous les deux combien ce genre de détail indéniablement romantique te fait ricaner en temps normal. Il te plaît et bon sang, vous vous teniez la main quand vous m'attendiez avec Angie ! »

« C'est faux ! », proteste violemment Dean, les joues écarlates tandis que le souvenir de leurs doigts enlacés sur la banquette lui revient.

Jo roule un instant des yeux avant de ricaner.

« Seigneur, il me faut une autre sucette… », grogne-t-elle tout en ouvrant rapidement le tiroir pour en sortir à nouveau la boîte de sucreries. « Je peux faire comme si je n'avais rien vu si cela te réconforte mais je ne peux pas faire semblant quand Castiel te cherchait des yeux dans le hall de la clinique pour s'appuyer sur toi. »

Dean gémit doucement, appuyant sa tête dans ses mains afin de cacher ses joues brûlantes tandis qu'il sent la truffe chaude et humide d'Ash se poser avec inquiétude sur sa joue.

« Marcher dans la même direction avec quelqu'un est ce qu'il y a de plus difficile Dean et je dirais que toi et Castiel courrez presque l'un en face de l'autre », reprend-elle et le jeune homme pouffe d'un ton un peu étranglé en les imaginant brièvement venir l'un à l'autre sur une plage au ralenti au son d'un violon. « Tu sais, c'était assez mignon de l'entendre se répéter à voix basse qu'il irait te voir pour te parler d'Angie, comme pour se donner du courage… Quoi qu'il ne soit pas passé entre vous, il n'y a rien d'insurmontable. »

Le châtain croise le regard malicieux et doux de Jo et lui adresse un petit sourire un peu tordu et timide en réponse.

« Tu ne le connais pas… », lui répond-il doucement. « Cas est courageux et profondément bienveillant, il le fera pour Angie et pour moi parce qu'il sait que je m'inquiète pour elle. Ça ne signifie pas forcément quelque chose de plus. » Dean se mordille un instant les joues avant de soupirer légèrement, un sourire tendre venant ourler ses lèvres. « … Tu sais qu'il est plus âgé que moi ? Ça le rend probablement plus mature sur beaucoup de choses. »

Sa main flattant gentiment les oreilles d'Ash, le jeune homme coule un petit regard en direction de Jo, ricanant légèrement en voyant son amie la bouche légèrement ouverte et les pommettes rosies.

« Vraiment ? C'est terriblement sexy Dean… », ronronne-t-elle chaudement et le châtain ricane légèrement, son estomac se tordant imperceptiblement.

Dans un éclat de rire, Jo se laisse tomber sur la chaise de bureau installée devant l'ordinateur avant de poser son menton dans sa paume, dardant sur lui des yeux gourmands.

« Il est venu ici dès le lendemain à midi, pendant sa pause déjeuner », lui explique-t-elle avec un sourire. « Il est arrivé comme une fleur et il semblait tellement gêné quand la secrétaire lui a fait comprendre qu'il n'était pas forcément utile de se présenter à la clinique pour avoir des nouvelles que j'ai eu un petit peu pitié de lui. Je l'ai fait exceptionnellement venir au chenil pour qu'il puisse voir sa chienne. Angie aurait bondi sur lui s'il ne l'avait pas retenu », glousse la blonde avant de se pencher en avant pour mêler ses doigts à ceux de Dean dans la fourrure d'Ash. « Il était tranquille alors je l'ai laissé sur place pendant que je mangeais un morceau et quand je suis retournée au chenil, il lui parlait à voix basse et elle s'endormait à moitié sur ses genoux. Il lui parlait de toi et de la prochaine visite qu'ils feraient au refuge. C'était tellement mignon… »

La jeune femme soupire doucement avant de papillonner les yeux et Dean ne tente pas de retenir le sourire tendre qui vient illuminer son visage.

« Oui, je sais… Comme je te l'ai dit, je le connais. Merci Jo », murmure-t-il à son oreille en l'attirant dans ses bras pour lui offrir une accolade amicale. « Quand est-ce qu'Angie pourra rentrer chez elle ? »

Dean grimace en sentant son amie lui embrasser la joue d'un air taquin, ses lèvres collantes de sucre s'attardant un instant sur sa peau.

« D'ici un ou deux jours. Je préfère la garder encore un peu à cause de sa rate, son flanc est encore un peu chaud », lui répond-elle. « La dernière chose que je veux est de revoir ce beau mec dans le même état de désespoir que le soir où tu l'as amené ici… »

Le jeune homme hoche un peu sèchement la tête. Pour lui aussi ce souvenir est incroyablement douloureux mais les raisons en sont bien différentes. Elles ont le goût de la tristesse et des regrets mais aussi celui de la passion violente et d'une peau moite à l'odeur piquante et marine. Le jeune homme crispe légèrement ses doigts dans les poils d'Ash et le chien tourne lentement la tête vers lui, un air interrogatif luisant dans ses prunelles sombres.

« Pardonne-moi mon grand », s'excuse-t-il tout en flattant sa tête du bout des doigts avant de passer une main fatiguée sur son visage.

Le jeune homme ignore soigneusement le regard acéré de son amie qui lui brûle la joue et garde la tête ostensiblement baissée sur le chien qui, tout en haletant joyeusement, semble presque lui sourire. La caresse amicale de la blonde sur sa nuque lui fait serrer les dents.

« Rentre chez toi Dean », lui murmure-t-elle d'une voix douce. « Rentre chez toi et repose-toi un peu, tu en as besoin. Et de réfléchir un peu également de toute évidence… »

« Ordre du médecin ? », le taquine mollement le jeune homme en relevant les yeux sur lui.

« Non, conseil d'amie », lui réplique la blonde tout en lui pinçant familièrement l'oreille.

Dean s'appuie lourdement contre le dossier de la chaise, appuyant son crâne contre le mur avant de fermer brièvement les yeux.

« C'est un luxe que je ne peux pas vraiment me permettre… », lui répond-il d'une voix fatiguée. « On annonce un ouragan pour la fin de la semaine, les chiens sont nerveux. Sam aussi… »

Jo pouffe doucement et claque légèrement sa langue contre son palais avant de se relever, rejetant ses longues mèches d'une main fébrile.

« Le vent souffle fort vers l'est, l'ouragan peut ne pas atteindre les côtes du Texas et se dissoudre sur le golfe du Mexique… Tu sais que j'ai un très bon instinct », lui dit-elle d'un ton taquin. « Aller, va-t'en de ma clinique et rentre au refuge. Et une fois que tu auras remis un peu d'ordre dans tes idées, prend ton courage à deux mains et va voir Castiel. Je suis sûre qu'il t'attend. Il a vraiment beaucoup parlé de toi à Angie… »

Dean évite de justesse son pincement taquin sur sa fesse droite et sort en souriant de la clinique, Ash trottinant joyeusement devant lui tout en le regardant avec de grands yeux brillants. À travers ses yeux noirs dans lesquels il lit des remerciements sans fin, Dean sent sa poitrine se gonfler sous l'effet d'un puissant courage.

Jo lui a dit que Castiel attendait le moment de pouvoir retourner au refuge avec Angie pour le remercier. Une fois encore, le brun a plus de courage que lui mais cette fois, Dean s'y refuse. Il va fermer les yeux un instant, croire son amie qui lui dit que l'ouragan à venir ne passera pas sur Rockport, et courir au brun pour se faire pardonner.

Tandis qu'il regagne le pick-up du refuge, le châtain sourit en voyant Ash tirer avec enthousiasme sur sa laisse en direction de la voiture, son arrière-train se balançant joyeusement tandis qu'il attend que le jeune homme lui ouvre la portière afin de sauter à l'intérieur.

Tout en s'exécutant, Dean lève les yeux au ciel.

« Bien entendu… Tu vas te transformer en champion de saut olympique avec une tumeur de la taille d'une balle de baseball dans le flanc », ricane le châtain tout en le saisissant à bras le corps afin de le monter sur la banquette arrière. « Content de te voir aussi optimiste mon vieux… »

Dean s'assure qu'il est bien installé, arrangeant la couverture sur la banquette arrière, avant de passer sur le siège conducteur. Le jeune homme serre ses doigts sur le volant avant d'inspirer profondément. Il rit d'un air léger en croisant soudain le regard sombre d'Ash, son compagnon à quatre pattes ayant posé comiquement sa tête sur le rebord du siège passager avant de tirer la langue dans sa direction pour lécher le bout de son nez, heureux d'avoir attiré son attention.

« Aller, reste tranquille… », lui intime le jeune homme tout en le poussant sur la banquette et en lui faisant comprendre d'un geste un peu plus fort qu'il doit rester sagement allongé.

Manœuvrant habilement le pick-up pour quitter le parking, Dean sourit largement.

La route devant lui est droite, la circulation est fluide, parfaitement réglée et le temps magnifique. Il n'y a aucun obstacle devant lui et il suffirait qu'il suive la Route 35 pour rejoindre le centre-ville de Rockport. Le ruban de bitume file devant ses yeux, parfaitement rectiligne et baignée par un superbe soleil estival, et il suffirait que le jeune homme manque la sortie conduisant au refuge pour rejoindre la marina. Pour rejoindre Castiel.

Dean appuie plus fort sur l'accélérateur, faisant rugir le moteur de l'Impala avant de bifurquer au nord sur la Route 1069. Bientôt, il prendra à nouveau la voie rapide pour rejoindre Rockport.

o0O0o

Les bras croisés sur sa poitrine, Dean surveille attentivement le ciel, planté dans la cour de gravier du refuge juste à côté du bâtiment d'accueil. Dans son dos, il entend la radio cracher à fort volume par la fenêtre ouverte les mêmes annonces du gouverneur du comté d'Aransas, les mêmes précautions répétées jusqu'à la nausée à l'attention des habitants afin de se prémunir contre l'ouragan Billy qui avance sur Rockport à vive allure, poussé par de puissants vents océaniques. Ce dernier a beau avoir été rétrogradé en classe trois, le jeune homme habite depuis assez longtemps dans l'État du Taxas pour savoir que ses effets peuvent être dévastateurs.

« Ça s'annonce mal, n'est-ce pas ? »

Le châtain tourne lentement la tête pour saluer Sam avant de reporter ses yeux sur le ciel et son horizon noirci à l'est.

« …Oui. » Dean hoche sèchement la tête. « Si Billy reste en classe trois, on devrait pouvoir tenir mais il faut espérer que les prévisions du bureau de météorologie ne changent pas. Foutue Jo », grogne-t-il tout en passant une main anxieuse dans ses cheveux.

À côté de lui, le blond plisse également les yeux, contemplant la ligne de nuages d'un œil prudent avant de lui jeter un petit regard surpris.

« Qu'est-ce que notre amie vétérinaire a à voir avec l'arrivée de l'ouragan ? », lui demande-t-il avec étonnement. « Elle a d'immenses connaissances mais elles sont plutôt d'ordre médicale », le taquine-t-il un instant.

Dean lui adresse un petit sourire tordu avant de se gratter la nuque.

« Va savoir pourquoi, je l'ai cru quand elle m'a dit que l'ouragan passerait et qu'il n'arriverait pas jusqu'à Rockport », avoue-t-il en maugréant légèrement avant de rosir sous le regard goguenard du blond. « Oui, je sais. C'était stupide. »

« Il n'y a rien d'anormal à croire à ce genre de prédiction quand on a déjà vécu l'ouragan Harvey comme toi et moi », le réconforte son frère avec un petit sourire rassurant tout en le bousculant légèrement du coude.

Dans leurs dos, le grésillement de la radio reprend de plus belle, égrenant dans une litanie angoissante d'une terrible régularité les consignes destinées à protéger la population, et le blond soupire.

« Dean… Nous devrions nous y mettre », murmure Sam tout en attrapant son coude pour l'arracher à sa contemplation anxieuse. « Tout peut aller très vite maintenant, il ne faut pas perdre de temps. »

Le châtain acquiesce rapidement avant d'emboîter le pas de son frère et de marcher en direction du chenil.

« Tu termines d'élaguer les arbres, Gabriel s'occupe de la cour et je gère les fenêtres du chenil ? », lui propose Dean.

« Le fait que je sois plus grand ne signifie pas que je dois nécessairement être celui qui doit se transformer en bûcheron Dean », grimace Sam tandis que son frère ricane. « Je suppose que nous sécuriserons la maison après ? »

« Les chiens d'abord Sammy, c'est ce qu'on s'est promis depuis Harvey », opine le châtain avant de sortir son portable et de composer un numéro. « Gabriel ? », appelle-t-il quand le blond décroche après une sonnerie. « J'ai une passionnante mission pour toi… Non, rien qui ne concerne ton avis éclairé sur les différences fondamentales qui existent entre les biscuits au chocolat et les gâteaux au cacao… »

À côté de lui, Sam ricane et le salue d'un petit signe moqueur de la main tandis que le châtain lève les yeux au ciel. S'appuyant lourdement contre le mur dans son dos, Dean croise les bras sur sa poitrine, son regard revenant scruter le ciel en direction du golfe du Mexique et il sent son estomac se tordre légèrement d'appréhension. La saison des tempêtes a débuté depuis plusieurs semaines et cette dernière a beau être familière, le jeune homme se mord nerveusement les lèvres.

Billy arrive, gonflé par l'air froid et humide de l'océan. Malgré les trois cents kilomètres qui les séparent de l'ouragan, Dean a déjà l'impression de l'entendre rugir à ses oreilles et il déglutit. Ils doivent faire vite.

o0O0o

Quand Dean a croisé Gabriel il y a environ une heure, le jeune homme a haussé un sourcil appréciateur en l'entendant chanter à tue-tête Stormy May Day de AC/DC malgré des notes résolument et horriblement fausses. Tandis qu'il clouait d'un geste sûr des planches sur les volets fermés du chenil, le châtain s'est surpris à dodeliner de la tête au rythme des paroles du célèbre groupe de rock, un petit sourire aux lèvres en songeant que son insupportable employé constitue une source perpétuelle d'étonnement. Mais à présent que le vent souffle violemment sur le refuge, agitant les branches des arbres d'une manière inquiétante et apportant des nuages noir d'encre chargés de pluie depuis l'Atlantique, le châtain n'a plus vraiment envie de fredonner.

The storm is raging

(La tempête fait rage)

Winds are howling

(Les vents hurlent)

The water's calling, rescue you

(L'eau appelle, sauve toi)

Ils y sont presque.

Billy approche plus vite que le service de communication du bureau du gouverneur ne l'a annoncé et ils ne sont pas complètement prêts.

Un vent violent soufflant de l'est fait avancer l'ouragan vers eux avec la fureur d'un cheval au galop et Dean craint sincèrement qu'ils n'y arrivent pas. Seul dans le bureau et les dents serrées, le châtain rassemble rapidement leurs archives importantes et l'ordinateur portable du refuge avant de les enfermer sous clé dans le coffre se trouvant au fond de la pièce afin de les protéger. Glissant la clé dans la poche de son jean, il s'élance ensuite hors de l'accueil, vérifiant d'un coup d'œil que les volets sont bien fermés et la porte sécurisée.

Dans la cour, Dean croise Gabriel qui court à moitié en direction du chenil couvert, les bras chargés de lourdes branches que Sam a découpé prudemment un peu plus tôt. Le blond a les sourcils froncés sous la concentration, tout son corps nerveux tendu et les traits incroyablement mobiles de son visage assombris par la même angoisse que celle qui les agite tous les trois. Dean remarque que le jeune homme a arrêté de chanter depuis longtemps.

« Gabriel ! », l'interpelle-t-il tout en le rejoignant en quelques enjambées et en tentant de lui prendre son fardeau. « Tu dois rentrer maintenant avant que l'ouragan n'arrive et ne t'empêche de conduire. Vas-y, Sam et moi nous pouvons finir. »

Le blond écarquille un instant les yeux de surprise avant de le fusiller du regard.

« Non, vous ne pouvez pas. »

Sa voix claque dans l'air et le jeune homme est presque surpris de la tension qui semble habiter son corps plus petit et ramassé que celui de Sam ou le sien.

D'un geste presque rageur, Gabriel repousse son aide avant d'essuyer maladroitement son front en sueur du revers de la main et de pointer un doigt accusateur dans sa direction. Bien malgré lui, Dean tente de ne pas ricaner en le voyant se tortiller de manière un peu ridicule sous son fardeau, les branches glissant sans cesse entre ses bras tandis que le blond tente de continuer à le regarder d'un air sombre et ombrageux.

« Tu penses vraiment que je vais vous laisser vous débrouiller avec le monstre qui arrive pour aller me planquer chez moi ? », lui crache-t-il avant de grogner d'exaspération en voyant deux branches lui échapper et tomber sur ses pieds. « Je préfère rester ici parce que même en courant dans tous les sens comme nous le faisons depuis deux heures, je me demande encore comment nous allons arriver à terminer ! Alors je reste Dean et va te faire voir ! »

Le jeune homme éclate soudain d'un rire un peu nerveux et lève les mains en l'air en signe d'apaisement.

« Alors continue sur ta lancée », le taquine-t-il brièvement avant de récupérer les branches pour les poser en équilibre sur les autres et de serrer son épaule du bout des doigts. « Merci Gabriel. »

Le blond acquiesce d'un petit hochement de tête un peu sec avant de bondir en avant, ses bras resserrés presque comiquement autour des branchages dont les feuilles viennent chatouiller ses joues et manquent de venir se planter désagréablement dans ses yeux. Vérifiant que Sam est en train de terminer d'élaguer les arbres à proximité du chenil extérieur, Dean galope rapidement derrière Gabriel avant de tirer de la remise du chenil couvert une échelle et de la déplier sur le côté du hangar, grimpant habilement dessus.

Du coin de l'œil, le jeune homme remarque les mèches claires du blond qui continuent de courir dans tous les sens avant qu'une violente bourrasque ne le déséquilibre soudain dangereusement au sommet de l'escabeau depuis lequel il termine d'inspecter le toit du chenil. Dean bande brusquement les muscles de ses bras tandis qu'il se retient à la gouttière de toutes ses forces, une sueur glacée venant marbrer ses tempes.

« Merde… », grommelle-t-il d'une voix blanche.

Malgré le vent qui rugit de plus en plus fort à ses oreilles, Dean entend le crissement familier du gravier de la cour et il baisse rapidement les yeux, soupirant discrètement de soulagement en voyant Sam accourir vers lui.

« Dean ! Descends de là ! », s'exclame le blond avec inquiétude tout en attrapant le bas de l'échelle afin de la stabiliser. « Le vent souffle trop fort maintenant et on a fait intervenir les couvreurs il y a moins de deux mois à cause de la branche qui était tombée. Le toit est sûr. Descends ! »

Le jeune homme s'exécute de mauvaise grâce, non sans avoir jeté un dernier regard au bardage devant lui et il descend rapidement l'échelle, Sam la lui arrachant presque des mains afin de la replier tout en le fusillant du regard.

« Bon sang, tu es vraiment inconscient… », grogne son frère.

Dean lui adresse un petit sourire tordu en guise d'excuse et passe une main gênée sur sa nuque.

« Excuse-moi Sammy, j'avais besoin de m'en assurer. Gabriel a fini dans la cour ? », lui demande-t-il.

« Oui. Je lui ai demandé de commencer à rentrer les chiens. Va l'aider et je vous rejoins dès que j'ai rangé ça », lui intime son frère tout en passant rapidement la main derrière lui pour retirer des passants de son jean un ensemble de laisses mal attachées.

Le châtain hoche la tête et, s'en saisissant d'une main, s'empresse de rejoindre le chenil extérieur.

Sur le chemin, Dean regarde attentivement autour de lui, faisant mentalement la liste des préparatifs qu'ils ont déjà accomplis et ce qui leur manque encore. La cour est impeccablement propre, dépourvue du moindre objet qui pourrait s'envoler et devenir un dangereux projectile, Sam a élagué les quelques branches un peu trop longues et a déjà remisé les déchets tandis que les fenêtres du chenil couvert ont été soigneusement calfeutrées. Du coin de l'œil, il remarque que seule la protection de leur maison familiale leur demande encore du travail mais la mise en sécurité des chiens reste leur priorité.

Soudain, le bruit d'un moteur retentit malgré le vent qui mugit de plus en plus fort et Dean écarquille les yeux de surprise en voyant une voiture inconnue déboucher dans la cour, faisant crisser le gravier. La berline ralentit l'allure en arrivant à proximité du refuge et le châtain inspire brusquement en la voyant soudain dévier de sa trajectoire sous l'effet d'un coup de vent incroyablement puissant qui manque également de le faire tomber.

Le large pare-brise est couvert de feuilles et déjà perlé des gouttes de pluie qui commencent à tomber et le jeune homme se demande brièvement quel inconscient a pu braver ainsi le début de la tempête pour venir au refuge. Il a l'impression que son cœur s'arrête dans sa poitrine quand la portière du côté conducteur s'ouvre brusquement, dévoilant la chevelure noire de Castiel et ses yeux bleus.

Dean le contemple un bref instant d'un air un peu stupide avant de serrer les poings de colère et de se ruer vers lui. En le voyant, le brun se raidit imperceptiblement avant de refermer la portière, desserrant le nœud de sa cravate d'une main.

« Dean… », le salue-t-il dans un souffle. « Je suis venu dès qu'on m'a autorisé à quitter le travail. Est-ce que je peux faire quelque chose pour- »

Le châtain fronce les sourcils, ses ongles s'enfonçant un peu plus durement dans ses paumes. Les feuilles qui maculent le pare-brise font courir un long frisson le long de son dos, la pluie qui commence à tomber doucement coule lentement sur la carrosserie et Dean sent sa poitrine se gonfler au même rythme que l'ouragan qui enfle autour d'eux et mugit de colère.

« …Qu'est-ce que tu fais ici ? »

Castiel écarquille les yeux de surprise et le jeune homme se sent immédiatement ridicule mais son immense inquiétude à l'idée que le brun ait bravé les éléments pour venir l'aider le dispute à sa colère et à sa joie de le voir à nouveau. Il aurait pu sortir des dizaines de fois de la route depuis son lieu de travail jusqu'au refuge et jamais les deux hommes n'auraient pu se trouver, noyant le cœur de Dean de regrets et de tristesse.

« Je- Je veux vous aider… T'aider… », répète le brun d'une petite voix tout en se mordillant furieusement les lèvres.

Et devant son hésitation soudaine alors que le châtain devrait être en train de l'embrasser éperdument pour le remercier, leurs corps portés l'un vers l'autre par le vent qui rugit entre eux et vient les gifler d'une main humide, Dean se sent juste envahi par son impuissance et la violence de ses sentiments contradictoires face à cette situation qu'il n'a pas eu le temps d'appréhender.

« Mais qu'est-ce que tu fous ici Cas ? », répète le jeune homme, la ligne de ses épaules douloureusement tendue. « Tu- Tu aurais pu partir sortir de la route. Te- te blesser et- » Dean inspire fébrilement avant de passer une main tremblante dans sa nuque. « Bordel, tu es complètement inconscient… »

Il voit Castiel froncer légèrement les sourcils, ses longs doigts se crispant sur le bord de la portière.

« Pas plus que toi dans cette cour », lui rétorque le brun d'un ton un peu revanchard. « Je veux juste être utile. »

« Mais je suis déjà ici moi ! Je n'ai pas été obligé de prendre la route comme un fou et de conduire sous un temps pareil ! », crie soudain Dean.

Le châtain écarquille les yeux en s'entendant hausser le ton. Il se sent ridicule et le regard profondément blessé que lui adresse Castiel achève de couler un fleuve de glace dans son estomac.

« Tu- Tu ne veux pas de mon aide alors… », lui demande-t-il d'une voix blanche avant de baisser les yeux. « Je vois, je- je vais rentrer alors. Je suppose que Gabriel va rester au refuge, veille sur lui s'il te plaît… Et sois prudent », finit par lui intime le jeune homme en relevant presque timidement la tête vers lui.

Dean sent une sourde nausée serrer sa gorge. Castiel est mal à l'aise en sa présence, presque sur la défensive, et ce petit fait lui donne envie de gémir comme une bête blessée. Le brun est méfiant et cela n'a rien à voir avec le souvenir de leurs corps pressés l'un contre l'autre et de leurs baisers humides et délicieux. Son attitude est juste dû à sa profonde stupidité et Dean sent sa gorge se serrer. Il a envie de hurler contre sa propre impuissance et son inquiétude qui le rend si désagréable et injuste.

« Je t'en prie, prends soin de toi… », répète Castiel avant de se courber légèrement en avant pour rentrer dans sa voiture.

Derrière ses yeux, Dean voit l'arrivée de la berline repasser sans cesse, le moment inquiétant où elle a fait une brusque embardée tandis que devant lui, les épaules voûtées de Castiel semblent porter le poids du monde et de sa peine et il déglutit douloureusement. Du revers de la main, le jeune homme essuie son front sur lequel il sent couler une goutte plus lourde que les autres et il se jette presque en avant, posant sa main sur celle du brun.

« Non ! Non attends Cas, je- » Dean s'ébroue rapidement, agacé de sentir les gouttes de pluie couler dans ses yeux, mais il resserre plus fort ses doigts sur ceux, longs et froids, du brun. « Excuse-moi, je suis stupide… Mais tu n'as pas vu ta voiture quand elle a fait cette embardée en entrant dans la cour. Tu aurais pu être sur la route et- »

Le jeune homme se mord vivement les lèvres avant de relever les yeux sur le brun. Castiel a légèrement incliné la tête sur le côté, dans ce petit geste adorable d'incompréhension qui rend toujours Dean étrangement chaud et malléable, et un rire un peu étranglé monte dans sa gorge tandis que l'image de la berline dans un fossé s'éloigne lentement.

« Si, je l'ai senti… Et je peux t'assurer que j'ai vraiment été très prudent en venant au refuge », lui répond Castiel dans un murmure. « Angie est à la clinique vétérinaire et je préfère être ici que chez moi à me ronger les sangs en pensant au refuge et- et à toi, à te savoir peut-être en danger… »

Dean hoche lentement la tête. Une bourrasque terrible manque soudain de faire dangereusement claquer la portière et le jeune homme tire spontanément Castiel à lui.

« Ne restons pas ici, ça commence à devenir vraiment dangereux », souffle-t-il avant de regarder le brun. « Rentre ta voiture dans le chenil couvert et vient nous rejoindre à la maison. Nous n'avons pas beaucoup avancé pour la protéger. Je- Je suis content que tu sois là. »

Castiel acquiesce doucement et se glisse rapidement sur le siège conducteur. Dean suit prudemment du regard la voiture tandis que le brun la manœuvre habilement jusqu'au hangar afin de s'assurer de sa sécurité.

Quand il disparaît par la grande porte largement ouverte, le jeune homme passe une main fébrile dans ses cheveux et court à la maison. Sans surprise, le châtain y retrouve Gabriel et Sam qui ont achevé de rentrer les chiens dans le chenil couvert et qui luttent contre le vent pour fermer les volets et les barrer d'une planche que le blond cloue d'une main sûre.

En le voyant les rejoindre, Gabriel hausse un sourcil surpris, essuyant son visage humide de la main.

« On a entendu une voiture », s'exclame-t-il contre le vent tout en tenant le bout de la planche pour permettre à Sam de la fixer. « Il y a vraiment quelqu'un qui est venu nous rejoindre au refuge ? Qui peut être assez dingue pour avoir fait ça ?! »

Dean ricane et s'empresse de venir seconder Gabriel, contractant ses muscles pour tenir la planche que la tempête tente d'arracher à la prise du blond.

« Juste ton adorable et inconscient petit frère », lui répond-il. « Cas gare sa voiture dans le chenil et il arrive. »

« Cassie ? » Le blond serre les dents et s'arc-boute plus fort dans un grognement, ses mèches dorées venant fouetter désagréable son visage. « Bon sang, il va m'entendre… Et pas pour lui parler de confiseries cette fois… »

Le châtain essuie son front et récupère habilement le marteau de la main de Sam afin de clouer la planche de son côté.

« Tu peux. Je lui ai déjà passé un savon mais je m'y suis peut-être mal pris… », reconnaît-il avant d'enfoncer le dernier clou avec une violence assez réconfortante, à peine suffisante pour apaiser le nœud dans sa poitrine. « La prochaine Sam ? »

Son frère attrape à bras-le-corps un tas de planches avant de courir à la prochaine fenêtre. Gabriel saisit la boîte de clous avant de se figer, les traits incroyablement mobiles de son visage se contractant soudain sous l'effet d'une colère effrayante que Dean ne lui a jamais vu. Le châtain glisse un petit regard de côté, reconnaissant sans peine la belle silhouette de Castiel qui vient vers eux en courant, courbé en deux afin de lutter contre le vent.

Le jeune homme ne parvient pas à retenir le petit sourire tendre qui vient ourler ses lèvres en voyant le brun les rejoindre. Castiel est avec lui.

« Nom de dieu Cassie ! », s'exclame le blond dans un cri de rage. « As-tu perdu l'esprit ?! Conduire jusqu'ici par un temps pareil ?! »

Dean pouffe malgré lui en voyant le brun adresser un petit sourire narquois et délicieusement insolent à son frère.

« Il est trop tard pour que tu te mettes en colère Gabriel, je suis déjà au refuge », lui répond-il tout en roulant rapidement les manches de sa chemise sur ses avant-bras. « Qu'est-ce que je peux faire ? »

« Te mettre à l'abri par exemple… », grogne le blond tout en lui jetant un regard noir.

Le jeune homme meurt d'envie de lui donner le même conseil, de dire à Castiel de rentrer dans la maison mais il voit dans le pli qui marbre son front blanc que le brun n'appréciera pas sa délicatesse et Dean refuse de le blesser une nouvelle fois.

« Vous pouvez rentrer ce qui reste sur la terrasse. Stockez tout dans la cave, voici la clé », leur demande-t-il tout en tendant à Castiel un trousseau. « Gabriel, allume ensuite les moniteurs de surveillance du refuge pour qu'on garde un œil sur les chiens. »

Le châtain entend Sam l'appeler et il détale rapidement pour rejoindre son frère qui le fusille du regard, rejetant en arrière ses longues mèches humides dans un geste agacé.

« Franchement Dean, tu dragueras plus tard », le reprend-il vertement. « Dépêche-toi de clouer cette foutue planche, il nous reste encore celles de l'arrière de la maison à protéger. »

Le jeune homme s'exécute en silence, les dents serrées et ses joues roses. Un clou dans la bouche, Dean fixe d'un geste assuré la planche sur le volet avant de secouer la tête.

« Nous n'aurons pas le temps », lui répond-il tout en jetant un coup d'œil au ciel qui noircit de manière terrifiante. « L'arrière de la maison est naturellement protégé du vent, on va juste fermer les volets et scotcher le verre des fenêtres par précaution. »

Comme pour lui donner raison, des trombes d'eau crèvent soudain les nuages, les gouttes venant les gifler douloureusement. D'un regard, les deux frères se comprennent et redoublent d'ardeur. Après un temps qui lui paraît interminable, Dean soupire de soulagement en les voyant terminer de protéger la dernière fenêtre de la façade et il rassemble les planches restantes.

« Je passe par-derrière », crie-t-il à Sam afin de se faire entendre par son frère. Regardent s'ils ont fini et rentrez tous. Billy est sur nous, nous ne devons pas rester dehors. »

Le blond hoche sèchement la tête avant de se jeter en avant et Dean sent son cœur se serrer douloureusement en voyant son frère se faire soudain projeter contre le bardage en bois sous l'effet d'une violente bourrasque. Serrant ses doigts sur les outils, le jeune homme lutte à son tour pour accéder à la porte arrière de la maison, contractant fortement les muscles de ses bras tandis que le vent tente de la lui arracher de la main, et Dean la claque derrière lui dans un cri de rage.

Le châtain s'empresse de traverser le couloir pour ranger son fardeau dans le placard sous l'escalier afin d'éviter que les clous ou le marteau ne se transforment en dangereux projectiles si jamais la tempête parvenait à rentrer dans la maison. Fouillant fébrilement sur les étagères et dans les grandes boites en carton, il finit par s'emparer d'un rouleau de scotch avant de revenir sur ses pas. Arrachant de grandes bandes entre ses dents, Dean en colle généreusement sur les fenêtres pour retenir d'éventuels débris tranchants.

Jetant ensuite négligemment l'adhésif dans un tiroir de la cuisine, le jeune homme s'empresse ensuite de retirer des placards du garde-manger les produits secs, des paquets de biscuits ainsi que des packs d'eau en bouteille que Sam et lui gardent toujours à profusion pendant la saison des tempêtes. Les bras chargés, le châtain fait des allers et retours frénétiques à travers la maison, entassant ses provisions dans le grand salon orienté sud, la pièce la plus sûre du rez-de-chaussée et contigu au petit bureau que son frère a aménagé avec le matériel informatique destiné à surveiller le chenil couvert.

Dean s'empresse d'allumer les moniteurs, soupirant imperceptiblement de soulagement en voyant que, malgré les aboiements effrayés qui résonnent sous le haut volume du hangar, les chiens semblent parfaitement en sécurité. Ses yeux balayent rapidement les petits écrans des caméras de surveillance, son regard se tournant également fréquemment en direction du couloir et de l'entrée de la maison, désespérément vide.

Le jeune homme serre les dents et crispe ses doigts sur le bois du petit bureau, son inquiétude enflant dans sa poitrine. Autour de la maison, il entend le vent rugir et la pluie torrentielle venir battre bruyamment les volets pourtant ni Sam, ni Gabriel ou Castiel ne sont encore rentrés.

Contractant durement ses épaules, Dean s'oblige à inspirer profondément. Il doit leur faire confiance. Les deux frères et le blond sont tout comme lui des enfants du Texas, ils ont grandi avec les tempêtes, les ouragans et les inondations. Alors le châtain se mord les joues et recommence à aménager le salon, achevant d'y entreposer les provisions, les objets importants à protéger si jamais l'arrière de la maison devait être touché, avant de monter rapidement à l'étage pour tirer des placards à linge d'épaisses couvertures.

Tout en aménagement un nid sûr sur le sol du salon en y entassant les coussins du canapé et les plaids, le châtain pose à côté la radio avec des provisions de pile et des serviettes. L'ouragan est à présent sur eux et Dean frissonne légèrement en sentant l'humidité commencer à entrer dans la maison malgré le calfeutrage soigné des fenêtres.

« Bon sang Sam, qu'est-ce vous vous faites… ? », grogne-t-il tout en fusillant la porte d'entrée du regard.

Dans un dernier effort, le jeune homme remonte à l'étage afin de tirer de leurs placards les sacs d'urgence que son frère et lui ont préparé le jour précédent afin d'évacuer au plus vite si les pompiers le leur demandaient. Dean les entrepose dans un angle du salon avec leurs papiers importants, soigneusement protégés dans des pochettes en plastique. Du revers de la main, il essuie son front couvert d'une sueur glacée et se précipite dans la buanderie pour retirer son tee-shirt humide et en attraper un autre, propre et soigneusement plié sur la pile de linge à ranger.

Alors qu'il passe la tête dans l'encolure, Dean sursaute violemment en entendant soudain un grand fracas résonner par-dessus les hurlements du vent. À moitié habillé, le châtain sort de la pièce pour gagner le couloir et l'entrée.

Dans le vestibule, Sam et Gabriel ressemblent à deux chiens mouillés, leurs vêtements gouttant abondamment sur le parquet mais Dean le remarque à peine car, par la porte grande ouverte, une pluie violente diluvienne vient heurter le bois sombre et lustré dans un bruit d'enfer.

Son soulagement à la vue des deux hommes s'évapore immédiatement quand il remarque que Castiel n'est pas avec eux et que la silhouette qu'il aime tant admirer discrètement ne se découpe pas dans l'embrasure, cette dernière restant ouverte sur la furie noire qui hurle dehors.

« Cas… Où est Cas… ? », croasse-t-il d'une voix rauque tout en s'approchant d'eux. « Pourquoi est-ce qu'il n'est pas avec vous ?! »

Sam rejette ses longues mèches trempées en arrière d'un geste fébrile avant de relever les yeux sur lui.

« Il était derrière nous… », lui répond son frère d'un ton incrédule. « On a été long parce qu'on avait oublié le matériel de chantier dans le jardin qu'on a commandé pour les nouveaux box et que ça a été un enfer à ranger dans la- »

« Je m'en fous Sam, bordel, je m'en contrefous ! », lui crie le châtain en le coupant brusquement. « Je veux juste savoir où est Cas ! »

Dean sent sa respiration se couper, sa poitrine et à sa gorge se serrer à l'étouffer tandis qu'une peur sourde vient glacer ses veines. Il a beau fouiller la cour du regard, les nuages l'ont plongé dans une nuit aux airs d'apocalypse tandis que la pluie diluvienne noie les contours des choses et des arbres. Il voit Gabriel se mordiller les joues, ses traits contractés par la crainte et son angoisse le fait légèrement hoqueter.

« Je suis là… »

La voix est légère, presque fragile dans le fracas de l'ouragan, pourtant Dean l'entend comme si elle lui criait à l'oreille. Castiel vient d'apparaître dans l'embrasure de la porte, trempé et son pantalon de costume maculé de boue. Gabriel se jette presque sur lui pour le tirer à lui par la main afin de le faire entrer dans la maison tandis que Sam claque furieusement la double porte dans son dos avant d'y coincer les barres anti-tempêtes.

« Le vent m'a fait tomber et je vous ai perdu de vue », murmure le brun tout en passant une main dans ses cheveux trempés. « Bon sang, j'ai presque cru que j'allais m'envoler. Et je suis glacé. »

Dean ricane d'un petit rire étranglé avant de faire un pas vers lui. Les vêtements du brun collent à son corps comme une seconde peau, soulignant la ciselure de ses muscles et leur modelé tandis que les gouttes de pluie moirent sa peau blanche de reflets nacrés. Le jeune homme déglutit légèrement en suivant malgré lui le chemin d'une perle translucide couler le long de son cou, suivant le tendon fin de la gorge avant d'aller mourir dans le petit creux à la jonction de ses clavicules.

Tirant sur le tissu de sa chemise afin de la décoller de son corps humide, Castiel frissonne légèrement avant de jeter un petit regard mortifié à la flaque qui se forme sous ses pieds.

« Je n'ose pas bouger, j'ai peur de mettre de l'eau partout… », dit-il doucement.

Dans un grognement, Dean s'éclipse avec la rapidité d'une rafale dans le salon avant de revenir, les bras remplis d'épaisses couvertures. Il en jette habilement deux à Sam et à Gabriel qui se contorsionnent afin de retirer leurs vêtements trempés dans l'entrée, avant d'enrouler étroitement Castiel dans la dernière, commençant à le frictionner rapidement.

« On s'en fout Cas. Ces deux idiots l'ont déjà transformé en piscine de toute manière… », réplique-t-il les dents serrées tout en faisant aller et venir ses mains plus fort afin de le réchauffer. « Et leurs fringues vont à peu près éponger le parquet. Montez vite pour vous changer et descendez quelque chose pour Cas », leur intime le châtain tout en avisant les formes fantomatiques de Sam et de Gabriel, enroulés dans leurs propres couvertures.

« Je vais pouvoir fouiller dans ton dressing Deanno ? Le rêve… », lui répond le blond avec un sourire gourmand mais son effet est gâché par le claquement incessant de ses dents. « Je me suis toujours demandé si tes sous-vêtements étaient aussi ennuyeux que toi. »

« Dégage… », ricane le châtain tout en lui donnant un petit coup de pied que Gabriel évite habilement en sautant en arrière. « Et je te promets que si tu fais l'inventaire de mes boxers dans mon dos, tu vas nettoyer les gouttières du chenil et de la maison pendant bien plus qu'une journée. »

Le blond hausse un sourcil moqueur dans sa direction avant de remonter le couloir, Sam sur ses talons.

« Boxer donc… Précieuse information Deanno ! », s'exclame-t-il joyeusement avant de disparaître dans les escaliers dans un bruyant fracas.

Dean les écoute s'éloigner à l'étage et sourit doucement, continuant à frictionner le corps frémissant de Castiel. Le jeune homme prête attention à la moindre réaction du brun, au moindre relief qu'il sent sous ses doigts, attentif à une éventuelle blessure. Les sourcils froncés sous la concentration, le châtain s'applique encore de longues minutes en silence avant de remonter ses mains vers le visage de Castiel pour essuyer doucement ses cheveux trempés.

« …Est-ce que ça va mieux ? », lui demande-t-il à voix basse tout en écartant légèrement la couverture afin de le voir.

Sous le couvert de la couverture épaisse, le brun lui jette un petit regard insondable qui le fait déglutir. Des gouttes se sont accrochées à ses longs cils, leur humidité fait briller quelque chose dans ses prunelles bleutées et Dean essuie inconsciemment sa joue d'un coin de plaid dans un geste délicat.

« Hum. » Castiel opine légèrement de la tête, attrapant à son tour la couverture pour éponger son front. « Merci Dean. Je- Je vais aller rejoindre Sam et Gabriel pour changer de vêtements. »

« … Oui, bien sûr. Je vais faire du café », lui répond le jeune homme avant de s'écarter afin de lui laisser le passage.

Tandis que le brun retire rapidement ses chaussures et ses chaussettes, Dean ne songe pas à le reprendre et à lui faire remarquer qu'il a demandé à leurs frères de lui descendre des affaires sèches et chaudes. Qu'il peut rester là, avec lui.

Le brun passe devant lui comme une ombre avant de se jeter dans l'escalier et il écoute le bruit léger de ses pas, l'estomac légèrement serré. Depuis l'étage, des éclats de voix et des rires lui parviennent également à travers la tempête mais c'est le cœur gros que Dean se dirige vers la cuisine pour actionner la cafetière.

Peu lui importe que Sam finisse par échouer à retenir Gabriel parce que ce dernier vient de plonger ses mains dans son tiroir à sous-vêtements ou de retourner la moitié de son dressing pour trouver des affaires à son goût. Tout ce qu'il retient est que Castiel est encore suffisamment prudent avec lui pour préférer les rejoindre. D'un geste machinal, le châtain remplit quatre tasses, ajustant parfaitement celle du brun avec un demi-sucre, avant de les ramener dans le salon, les posant sur la table basse. Dean revient rapidement sur ses pas afin de gagner la buanderie et d'enfiler un sweat épais par-dessus son tee-shirt, sa peau couverte d'un désagréable frisson.

Sa tasse serrée entre ses doigts, le jeune homme boit une gorgée brûlante et réconfortante, ses yeux rivés sur les moniteurs de contrôle du chenil. Il se raidit imperceptiblement en entendant Gabriel descendre vivement les escaliers et le châtain relève à peine les yeux sur lui en le voyant entrer bruyamment dans le salon.

« Je reviens ce que j'ai dit Deanno ! », s'exclame le blond d'un air extatique. « Comment peux-tu être si raisonnable aujourd'hui quand tout ton dressing montre que tu sais résolument faire la fête ? »

Les bras écartés, Gabriel tourne un peu ridiculement sur lui-même pour lui montrer le large sweat AC/DC qu'il a enfilé par-dessus un pantalon de jogging trop grand qui tombe sur ses hanches. Dean lui adresse un sourire un peu tordu avant de hausser un sourcil appréciateur.

« Le Rock or Bust Tour de 2015-2016 ? Un bon choix… Bon sang, tu as dû aller creuser dans mon dressing jusqu'aux fondations pour parvenir à retrouver ça », note le châtain dans un ricanement.

D'un geste un peu las, le jeune homme quitte le bureau afin de gagner le salon et désigne les tasses fumantes sur la table basse.

« Sers-toi, ta tasse est celle de gauche », lui indique-t-il. « Et je n'ai rien mis d'autre dedans que du café Gabriel… », reprend Dean en levant les yeux au ciel en voyant le blond faire mine de prendre un autre mug fumant et parfumé tout en lui jetant un regard en coin. « Bon sang, comment fais-tu pour être aussi insupportable quand on dirait que la maison va s'envoler ? »

Le jeune homme se laisse tomber par terre avec un soupir de plaisir dans les coussins avant de remonter ses jambes contre son torse dans un geste un peu enfantin et de serrer ses doigts autour de sa tasse.

« Je suppose que ça ne me déplairait pas de me retrouver au pays d'Oz. Et je suis probablement soulagé à l'idée que Cas soit avec nous », hausse-t-il les épaules avant de lui répondre avec malice. « Il s'est aussi servi dans ton dressing d'ailleurs… Toutes les affaires de Sam sont trop grandes, nous aurions eu l'air ridicule dedans. »

Dean s'assoit à son tour autour de la table basse, essayant de ne pas songer au brun dans ses vêtements et sa peau parfumée par l'odeur de sa lessive. Dans un autre contexte, la vision serait sans aucun doute délicieuse mais dans ce moment présent, elle ne lui laisse qu'un goût un peu amer. Ses traits s'assombrissent légèrement et le châtain tente de cacher son trouble dans sa tasse, ses yeux baissés sur son mug.

« Cassie a eu l'air aussi peu à l'aise en entrant dans ta chambre que tu l'es à cet instant », murmure Gabriel après un court silence tout en lui jetant un regard. « Peu importe le mouvement que tu as enfin eu le courage de faire dans sa direction, comment as-tu pu te planter à ce point… ? »

Le jeune homme se raidit violemment.

« Je- Je ne me suis pas planté, ça ne te concerne pas de toute manière », crache-t-il d'un ton amer. « Et ce n'est ni le moment ni l'endroit pour en parler. »

Dean se relève si vivement que ses genoux heurtent la table basse, manquant de renverser les tasses de café, et il jure entre ses dents serrées.

Les paroles de Gabriel seraient sans doute moins piquantes si le blond avait raison et que le châtain avait en effet eu le courage de faire quelque chose, quitte à avoir des regrets pour avoir été un peu gauche. Mais ce n'est pas le cas. Castiel a été audacieux, souple et délicieux contre lui, son souffle brûlant heurtant ses lèvres avant que leurs bouches ne se caressent. Dean a eu tout ça entre ses mains mais il a été respectueux et raisonnable. Comment les choses peuvent-elles être aussi compliquées à présent entre le brun et lui ?

Le jeune homme regagne la cuisine d'un pas vif, levant rapidement les yeux au plafond en voyant l'ampoule vacillant brièvement. Il a l'impression qu'elle est un peu comme son courage et les situations qui se dérobent devant lui pour essayer de réparer les choses.

Tandis qu'il sort de la pièce, un biscuit au chocolat entre les lèvres et le paquet coincé sous son bras, Dean se fige, manquant de heurter Sam qui vient de descendre les escaliers.

« Parfait ! », s'exclame le blond tout en lui dérobant habilement son paquet de gâteaux. « Le café est prêt ? »

Le jeune homme hoche lentement la tête et lui emboîte doucement le pas. Derrière lui, Castiel marche lentement, ses doigts tirant sur les bords d'un gilet gris foncé en mailles que le châtain ne se souvient pas avoir possédé, l'empêchant de savourer pleinement le fait que le brun puisse porter devant lui un de ses vêtements. En silence, les deux hommes regagnent le salon dans lequel les babillements de Gabriel résonnent bruyamment, ce dernier tentant de convaincre Sam de lui laisser la totalité du paquet de biscuits et d'en ouvrir un autre.

Le brun s'assoit gracieusement à côté de son frère, tirant sa tasse de café à lui, tandis que Dean se laisse tomber de l'autre côté et les aboiements anxieux des chiens qui résonnent en fond sonore achève de nouer son estomac.

« Est-ce que tout va bien au chenil ? », lui demande Sam tout en jetant un regard inquiet au petit bureau dans lequel les écrans de surveillance mettent une lumière froide et argentée.

« Autant que cela est possible pendant un ouragan de classe trois », lui répond Dean en haussant les épaules. « Ils sont en sécurité, nous l'avons fait suffisamment de fois pour savoir que tout se passera bien si Billy ne passe pas en classe quatre ou cinq. Et tu as parfaitement bien élagué les arbres pour nous rassurer », le taquine-t-il avec un petit sourire un peu faible.

Castiel relève doucement les yeux sur eux.

« Tu as élagué les arbres avant le début de la tempête ? », l'interroge-t-il. « C'est un peu… imprudent. »

Gabriel ricane légèrement, haussant un sourcil en direction de Dean qui se raidit immédiatement.

« Ce n'est rien comparé à Deanno qui a décidé d'inspecter le toit du chenil au moment où le vent menaçait de me faire m'envoler… », glousse-t-il tout en bousculant son frère d'un petit coup de coude mais le brun ne réagit pas.

« Vraiment… ? »

Castiel darde ses yeux bleus sur le châtain et ce dernier rougit violemment.

Dans ses prunelles azur, il voit danser une lueur de reproche et de peine un peu fatiguée qui lui tord l'estomac. Le brun est assis juste en face de lui. Si le jeune homme étendait ses jambes sous le petit meuble, il est certain qu'il pourrait toucher ses cuisses du bout de ses pieds et pourtant, jamais il ne lui a semblé aussi loin et aussi peu préparé à parler avec lui.

L'ouragan les oblige à rester l'un avec l'autre pendant au moins les deux heures qui viennent mais Dean ne pourra pas encore lui parler. Ce qu'il s'est passé entre eux ce soir-là ne regarde qu'eux et le châtain ne veut pas entendre Sam et Gabriel se disputer dans leurs dos quand il essayera maladroitement de s'expliquer. Il veut tant faire comprendre à Castiel qu'il regrette ce qu'il s'est passé et la manière dont il l'a éconduit qu'il ne sait pas par quoi commencer…

D'une oreille distraite, Dean écoute les chamailleries un peu puériles de Gabriel et les réponses calmes et posées de Sam quand lui lui aurait déjà jeté un coussin du canapé afin de le faire taire. Mais la voix du blond n'est qu'un bourdonnement à peine perceptible, un bruit étouffé lui parvenant difficilement par-dessus le grondement de la tempête qui hurle et semble envelopper la maison de ses bras puissants. Toute son attention est fixée sur Castiel.

Le jeune homme lève les yeux vers le plafond en voyant l'ampoule vaciller soudain et émettre un grésillement inquiétant, modulant la luminosité dans la pièce et la noyant d'ombres à intervalle régulier.

« … Billy a l'air de toucher les lignes électriques… », dit soudain Gabriel d'un ton étrangement sérieux.

« Une petite inquiétude peut-être ? Tu as peur du noir ? », le taquine Dean tout en fronçant légèrement les sourcils en voyant l'ampoule grésiller plus fort.

D'un petit geste de la tête, le jeune homme fait signe à Sam de tendre le bras afin de ramener vers eux le sac contenant les bougies et les allumettes mais Gabriel l'ignore, claquant vivement sa langue contre son palais en signe de dénégation.

« Ne sois pas ridicule Deanno, je ne suis pas un enfant », lui réplique-t-il vivement tout en gobant deux biscuits au chocolat, gonflant un peu ridiculement ses joues tout en lui jetant un regard noir.

« Oui, c'est tellement évident… »

Le châtain ricane discrètement, ouvrant rapidement le sac que vient de lui donner Sam afin de sortir de grandes bougies blanches et une boîte d'allumettes avant de les poser sur la table. Un petit rire discret lui parvient de l'autre côté de la table basse et il relève vivement les yeux. Dean a juste le temps de croiser le regard bleu de Castiel doucement relevé sur lui et le petit sourire qui vient ourler la commissure de ses lèvres avant que le salon ne plonge brusquement dans le noir dans un claquement qui fait couiner Gabriel de surprise.

« Et je n'ai pas peur du noir Dean ! », s'exclame le blond d'un ton bravache en se redressant, heurtant violemment la table basse de son genou avant d'étouffer un grognement de douleur.

Concentré sur le fait d'ouvrir délicatement la boîte d'allumettes, le jeune homme ne retient toutefois pas son rire moqueur avant de relever un peu stupidement la tête en entendant un léger bruissement de vêtement, ses yeux fouillant les ténèbres pour espérer repérer la belle silhouette de Castiel. Dean n'a aucun mal à l'imaginer se pencher vers son frère et tâtonner un instant avant de poser une main sur son genou pour l'apaiser.

« S'il te plaît Gabriel, cesse de t'agiter ou tu vas renverser nos tasses », souffle doucement le brun. « Reste tranquille, Dean va allumer des bougies… »

En entendant son prénom prononcé par Castiel, le châtain s'active afin de craquer avec succès une première allumette et d'allumer les deux bougies posées sur la table basse. À côté de lui, Sam sort d'autres chandelles du sac et commence à faire flamber la mèche au contact des autres. Du bout des doigts, le blond les pose entre Castiel et Gabriel et le châtain lève les yeux au ciel en remarquant ce dernier en attirer discrètement une plus à lui. Fouillant une nouvelle fois dans le sac, le jeune homme en sort une torche électrique militaire avant de l'allumer rapidement.

« Je vais vérifier le tableau électrique », annonce-t-il tout en se levant, balayant le sol devant lui d'un faisceau puissant. « Essaye de sauver le reste de nos bougies Sam, Gabriel essaye de tirer le sac à lui et nous n'en avons pas tant que cela… »

« Tu n'auras qu'à garder ta lampe électrique allumée Deanno, elle éclaire comme en plein jour ! », lui rétorque le blond tout en contemplant l'objet d'un air gourmand.

Dans la lueur ondoyante des bougies posées sur la table basse, le jeune homme voit vaguement Sam jeter un regard noir au blond et ramener prudemment le sac vers lui, ignorant la petite moue déçue de son voisin. Dean lève les yeux au ciel avant de traverser le salon, illuminant prudemment le sol devant ses pas tout en réglant la luminosité de sa torche.

« C'est mon jouet Gabriel, je ne partage pas », lui réplique-t-il tout en gagnant le couloir, appuyant sur l'interrupteur du couloir pour constater que l'électricité a sauté.

« Ton jouet ? …Oh Deanno », ronronne voluptueusement Gabriel dans son dos et le jeune homme presse le pas, ses joues chauffant légèrement tandis qu'il étouffe ses injures entre ses dents serrées.

D'un pas rapide, le châtain gagne la porte de la cave avant de descendre l'escalier en bois menant au sous-sol. Observant rapidement le sol d'un œil prudent afin de vérifier des traces d'humidité, Dean marche jusqu'au compteur électrique mais il a beau manipuler prudemment les taquets, l'ampoule nue accrochée au-dessus des marches reste désespérément noire. Activant un gros bouton noir ornant un tableau secondaire accroché à côté, le jeune homme regagne ensuite rapidement le rez-de-chaussée, un ronronnement grave dans son dos semblant faire trembler les fondations de la maison.

« Est-ce que le générateur de secours s'est mis en route ? », demande-t-il à Sam tout en entrant rapidement dans le salon.

Son frère se tord le cou afin de regarder le petit bureau et hoche la tête d'un air soulagé.

« Oui, la surveillance du refuge fonctionne », lui répond-il tout en suivant rapidement du regard les contours du mobilier, soulignés par la lumière des moniteurs vidéo.

« Mais pas l'électricité de la maison… », ronchonne légèrement Gabriel tout en terminant le paquet de biscuits au chocolat.

Dean lui jette un regard noir avant d'aller jusqu'au bureau pour vérifier les installations et l'équipement. Satisfait, le jeune homme retourne s'asseoir autour de la table basse, éteignant la torche électrique avant de la poser prudemment à côté de lui, loin des mains curieuses de Gabriel.

« Sam et moi ne l'avons installé que pour alimenter le refuge et la surveillance, pas la maison. Tu es un grand garçon Gabriel, je suis sûr que tu peux survivre à la seule lueur des bougies… », ricane le châtain avant de repousser sa tasse de café tiède d'un air un peu dégoûté.

Piochant distraitement un biscuit dans un nouveau paquet que vient d'ouvrir Sam, Dean lève les yeux au ciel en voyant Gabriel se rapprocher lentement de son frère avant de se pelotonner contre lui d'un air câlin. Quand il croise le regard doré et malicieux que coule le jeune homme dans sa direction sous ses longs cils, il serre les dents, le froid l'envahissant soudain.

Pressés familièrement l'un contre l'autre, Sam et Gabriel discutent à voix basses et le fossé qui le sépare de Castiel lui semble grandir encore.

Le brun n'a pas bougé, toujours assis en face de lui, droit et silencieux. Le jeune homme termine lentement son café, ses longs doigts refermés élégamment autour de la porcelaine et ses yeux plongés au fond de sa tasse. Un sourire vient parfois ourler discrètement ses lèvres en entendant les paroles vives de son frère et il hoche la tête à intervalle régulier quand ce dernier se tourne brusquement vers lui afin de lui demander son avis et son soutien sans attendre véritablement la réponse pour recommencer à taquiner Sam.

Un sourire délicat mais qui ne s'adresse pas à lui. Des doigts dont la prise dessine les jointures fines et élégantes mais qui ne sont pas serrés sur son haut pour le tenir plus fort contre lui et Dean déglutit légèrement.

Castiel reste étrangement silencieux et pensif, sa belle silhouette comme désagréablement repliée sur elle-même. Le châtain espère un peu égoïstement que l'humidité de plus en plus élevée qui entre dans la maison en est la cause plus qu'à leur relative proximité de part et d'autre de la table basse. Quand le jeune homme le voit tirer distraitement sur les manches de son gilet afin de couvrir un peu plus ses mains dans un petit geste frileux, il n'ose pas lui proposer de venir s'installer à côté de lui afin de partager légèrement leur chaleur. Le châtain sent son estomac se tordre en entendant le petit soupir de bien-être de Gabriel quand ce dernier se colle un peu plus à son frère sans le moindre complexe et il serre ses doigts sur le tissu de son jean. Dans d'autres circonstances, Dean lui aurait indiqué de se rapprocher de lui, remerciant la panne de courant pour cacher ses joues un peu chaudes, et peut-être que Castiel, après s'être glissé gracieusement jusqu'à lui, se serait abandonné contre lui un peu comme Gabriel, leurs épaules pressées l'une contre l'autre. Ragaillardi, le châtain aurait proposé une folle partie d'un jeu de société qui les aurait faits sans doute fait rire, et il n'aurait plus senti ce frisson un peu désagréable qui descend le long de son dos malgré son sweat épais.

Mais à la place, Dean garde les yeux rivés sur Castiel, cherchant son regard tandis que le brun grignote des biscuits du bout des doigts avant d'en lécher la pulpe d'un air distrait. Après de longues minutes ponctuées par les gloussements de Gabriel, le crissement du papier protégeant les gâteaux industriels et les aboiements des chiens, le jeune homme voit le brun relever la tête, regardant discrètement autour de lui.

« Un problème Cassie ? », lui demande soudain son frère avec inquiétude. « Tu as froid ? »

« Un petit peu mais ce n'est pas vraiment la question », avoue Castiel avant de se mordiller les lèvres. « Je suis désolé mais est-ce que vous pouvez m'indiquer les toilettes ? »

Avant que Dean ne puisse ouvrir la bouche, Sam se redresse contre Gabriel.

« Ils sont dans le couloir, la porte en face de l'escalier. Il y en a également à l'étage sur le palier », lui indique-t-il obligeamment avant de lui jeter un petit regard d'excuse. « Nous sommes rentrés si brusquement tout à l'heure que je n'ai pas pensé à te faire visiter la maison… Désolé Castiel. »

Gabriel pouffe légèrement à côté de lui avant de couler un regard en coin à Dean qui fronce légèrement les sourcils.

« Et Deanno t'a presque sauté dessus pour t'étouffer à moitié sous une couverture », renchérit le blond avant de tendre rapidement la main sur la table basse pour tenter de s'emparer de la torche électrique. « Prends son lampadaire portatif d'ailleurs, je suis sûr qu'à toi il te le prêtera très gentiment… »

Le châtain s'empresse de l'éloigner des mains collantes de Gabriel avant de la proposer à Castiel qui vient de se relever sur ses genoux, s'appuyant d'une main sur la table basse.

« Je te remercie mais une bougie suffira », lui dit le brun tout en s'emparant d'une grosse chandelle blanche avant d'en protéger la mèche allumée de sa paume. « Il vaut mieux que tu la gardes s'il se passe encore quelque chose. »

Dean hoche légèrement la tête en silence, suivant attentivement sa silhouette dans la lumière fragile et diffuse de la flamme avant que le jeune homme ne disparaisse dans le couloir, le coton blanc de ses chaussettes luisant d'un éclat fugace avant que les ténèbres ne les avalent.

« Eh bien, c'est à se demander si la tempête ne souffle que dehors… », dit Gabriel d'un ton nonchalant tout en pianotant du bout des doigts sur le parquet.

Dean serre les dents si fort qu'il a l'impression de les entendre grincer. Il est sur le point d'évacuer toute sa frustration nerveuse sur le blond quand Sam pose une main légère sur son genou avant de le presser légèrement entre ses doigts pour l'apaiser.

« Gabriel, ça suffit », reprend-il le jeune homme d'un ton réprobateur après avoir adressé à son frère un sourire compréhensif. « Ça fait beaucoup pour aujourd'hui et nous sommes tous un peu nerveux. Et arrête de manger des biscuits, ça te rend fébrile. Ton taux de sucre doit crever le plafond. »

Le châtain voit le jeune homme écarquiller légèrement les yeux de surprise aux paroles de Sam avant de se mordiller les lèvres et de rejeter ses mèches encore humides en arrière d'un geste de la main.

« C'est juste que je ne veux que le bonheur de Cassie et que je n'aime pas le voir comme ça… », lui répond-il d'un air un peu boudeur.

« … Tu n'es pas le seul… », murmure Dean d'une voix désagréablement étranglée. « Je vais chercher d'autres couvertures. »

Ignorant le regard clair de Sam qu'il sent courir sur son visage, le jeune homme se redresse rapidement avant de quitter le salon, sa torche électrique dans la main.

Montant les escaliers d'un pas lourd, il jette distraitement un regard à la porte des sanitaires, remarquant la lueur tremblotante de la bougie de Castiel sur le seuil, avant de gagner rapidement la chambre d'amis pour ouvrir les armoires à linge. Le châtain en tire rapidement des plaids ainsi qu'un duvet épais et les empile dans ses bras avant de regagner le rez-de-chaussée. Arrivé dans le couloir, Dean se fige en remarquant les ténèbres du couloir tandis que sur sa droite, il discerne vaguement les contours des meubles de la cuisine.

Depuis le salon, le bruissement de la discussion de Sam et de Gabriel lui parvient et le châtain remonte discrètement le couloir vers le fond de la maison avant de s'arrêter dans l'embrasure de la porte.

« … Cas ? Qu'est-ce que tu fais ? », lui demande-t-il en remarquant le brun, face au mur et penché en avant par-dessus une petite table pour observer attentivement un grand objet posé contre le mur. « Tu devrais regagner le salon, Sam et moi n'avons pas vraiment eu le temps de protéger les fenêtres de ce côté de la maison. Ce serait plus prudent. »

Le jeune homme sursaute légèrement avant de lui jeter un petit regard en biais.

« … Je voulais me laver les mains et puis j'ai vu ça… », lui répond le brun avant de se tourner à nouveau en direction du mur.

Intrigué, Dean le rejoint en quelques pas, le faisceau de sa lampe balayant rapidement la pièce avant d'écarquiller les yeux. Castiel contemple avec attention un grand panneau en liège couvert de photographies de gens, de chiens et de quelques chats qui s'éparpillent également en nombre sur la table devant lui. Le châtain y pose son chargement avant de se mordre les lèvres d'un air coupable.

« Mince, je l'avais complètement oublié. Sam ne m'aurait jamais pardonné si la tempête l'avait abîmé », dit-il d'une voix blanche avant de ricaner.

« Je suis sûr que tu exagères. Il ne vous aurait sans doute pardonné à aucun d'entre vous », lui répond doucement Castiel avec une pointe de taquinerie qui réchauffe agréablement sa poitrine. « Qu'est-ce que c'est ? »

Dean fait un pas dans sa direction, un petit sourire venant ourler ses lèvres tandis qu'il contemple à son tour les photographies.

« Notre tableau des adoptions. En temps normal, il est accroché dans le bureau mais Sam voulait y ajouter les photos de nos derniers pensionnaires partis et c'est plus agréable de le faire dans la cuisine », lui explique-t-il. « C'est un exemplaire unique, mon frère aurait sans aucun doute dû être beaucoup plus prudent… »

Castiel pouffe discrètement et Dean remarque avec joie la ligne tendue de ses épaules s'adoucir légèrement. Debout l'un à côté de l'autre, les deux hommes laissent leurs regards parcourir un instant les visages souriants, les airs ravis et les poils de toutes couleurs et de toutes longueurs.

« Tu te souviens de chacun d'entre eux ? », lui demande le brun après un court silence.

Dean hoche la tête d'un air convaincu tandis qu'il effleure du bout des doigts le papier glacé des photographies posées sur la table.

« À ta première visite au refuge je t'ai dit que tous les chiens étaient un peu les miens alors oui, je n'en oublie jamais un seul. Je m'y attache aussi mais pas suffisamment pour vouloir les garder pour moi », lui dit-il. « Je préfère les voir heureux dans leurs nouvelles familles, on dirait presque qu'ils sourient sur les photos. »

Le brun lui adresse soudain un sourire si tendre que le jeune homme en frémit légèrement et se rapproche imperceptiblement de lui. Il inspire brusquement en voyant Castiel froncer légèrement les sourcils, mortifié à l'idée d'avoir été trop entreprenant alors que les deux hommes semblent marcher sur des œufs depuis l'arrivée du brun au refuge.

Avec une pointe d'inquiétude, le châtain l'observe discrètement lever la main en direction du panneau avant de montrer la photo d'un chien de berger tendrement pressé contre une jeune femme qui l'embrasse sur le haut du crâne. Ses longs cheveux roux se mêlent aux poils mi-longs mais pas suffisamment pour cacher les cicatrices qui parsèment la tête de l'animal.

« Que lui est-il arrivé ? », lui demande le brun d'une petite voix, presque intimidé à l'idée de plonger dans l'intimité de ce couple surprenant.

En le voyant faire, Dean se raidit imperceptiblement, serrant ses doigts sur le tissu de son pantalon.

« C'est Gaja et Charlie », lui répond-il doucement en désignant l'une et l'autre. « Gaja nous a été confiée par la police après une saisie. Elle était dans un tel état, Sam et moi avons vraiment pensé qu'elle ne s'en sortirait pas tant son propriétaire lui avait tapé dessus. Elle a perdu son œil droit et elle gardera des cicatrices toute sa vie mais Charlie l'adore et elle le lui rend bien. »

« Quelle horreur… », souffle Castiel d'un ton sincèrement peiné chargé de tristesse et d'amertume. « Elles sont si belles toutes les deux. »

Le châtain hoche lentement la tête avant de s'approcher un peu plus du jeune homme, faisant se toucher prudemment leurs épaules. En observant à nouveau la photo, il sent sa poitrine se serrer d'une tristesse un peu nostalgique et le parfum de Castiel, évanescent après sa course sous la pluie, l'apaise et lui apporte un réconfort bienvenu.

« Ici, c'est la photo de Mick et Coast, les deux inséparables. Sam les a trouvés un matin devant la grille du refuge avec un mot disant de prendre soin d'eux, on a décidé de les mettre en adoption ensemble. Leur nouvelle famille possède une grande maison dans le Maine et il y a deux enfants. Ils en sont dingues », poursuit Dean tout en faisant courir lentement son doigt sur le panneau. « Et là c'est Worth, un chien errant que nous a amené la fourrière. Il était très bien éduqué et en excellente santé pourtant son propriétaire ne s'est jamais manifesté et il a été adopté deux semaines après son arrivée. »

Plongé dans ses explications et dans ses souvenirs, le châtain entend à peine le vent qui continue de rugir dans son dos. À côté de lui, Castiel sourit, pouffe et rit parfois, sa tension s'apaisant lentement et sa tête dodelinant légèrement, comme bercé par la voix de Dean. Après quelques minutes, le jeune homme finit par faire glisser son doigt en bas du panneau, parcourant encore quelques histoires, plus ou moins tragiques mais toujours à l'issue heureuse.

« Et tu es là, avec Angie », souffle-t-il. « C'est la première photo que tu nous as envoyé sur la boîte mail du refuge, je l'ai trouvé parfaite pour notre tableau. »

Le brun se penche un peu plus en avant, avançant sa bougie afin de discerner ses traits.

« …Ce n'est pas la plus réussie », lui répond-il avec une petite moue un peu coquette. « Angie est toujours très photogénique, moins un peu moins… »

« Ne sois pas ridicule, tu es parfait », grogne légèrement Dean d'une manière particulièrement spontanée. « Il faut que la photo raconte également quelque chose et c'est le cas de celle-ci, tu l'as prise à votre retour chez toi juste après son adoption. Mais si elle te déplaît je peux la changer. J'ai gardé tout ce que tu nous as envoyé. »

Le jeune homme rosit légèrement en croisant le regard de Castiel, sa gorge se serrant légèrement en plongeant dans ses prunelles céruléennes pailletées d'or sous la flamme tremblante de sa bougie.

« Non, ça ira. Je te fais confiance. »

Après une seconde, le brun se tourne à nouveau en direction du panneau, ses doigts effleurant la fourrure claire de la jeune chienne.

« Elle me manque tu sais. Je suis allé la voir à la clinique dès le lendemain et j'ai bien cru que la secrétaire allait me mettre dehors en me voyant demander à la voir comme une fleur », pouffe-t-il doucement. « Je n'ai pas pensé au fait que la clinique n'était pas un centre d'accueil, je voulais juste tellement la voir… »

Dean hoche lentement la tête.

« J'ai amené un nouveau pensionnaire à Jo il y a deux jours, elle m'a raconté combien tu as su te faire discret dans le chenil pendant tes visites », lui sourit-il. « Tu devrais la récupérer à la fin de la semaine, n'est-ce pas ? »

Castiel frissonne légèrement avant de hocher la tête, tirant une nouvelle fois sur le bout de ses manches afin d'y emmêler ses doigts. Le châtain s'empresse de prendre le duvet pour le déplier et le poser sur les épaules du jeune homme, resserrant l'étoffe épaisse autour de lui.

« Garde-le précieusement, c'est le plaid le plus chaud que j'ai pu trouver », lui dit-il d'un ton de conspirateur tout en l'enveloppant soigneusement à l'intérieur de l'étoffe douce et chaude.

Le brun pouffe doucement avant de le remercier d'un petit hochement de tête, frottant adorablement son nez dans le tissu.

« Gabriel aussi est frileux », remarque-t-il doucement qui lui fait lever les yeux au ciel.

« Ton frère est collé au mien dans l'immédiat et il pense probablement que s'éclairer à la bougie pendant un ouragan tout en se goinfrant de biscuits doit être la chose la plus romantique du monde », grommelle Dean avant de lui montrer la pile de couvertures. « J'en ai descendu plus si besoin. »

Castiel hoche la tête, resserrant machinalement ses doigts sur son duvet, avant de se perdre dans la contemplation du tableau des adoptions.

« Je croise les doigts pour pouvoir l'avoir de nouveau à la maison le plus vite possible », reprend-il après un silence. « … Si tu veux bien, je te l'amènerai pour que tu la voies. Je suis sûr que Angie aimerait beaucoup remercier son sauveur. »

Castiel se mordille légèrement les lèvres, leur conférant un luisant humide qui fait déglutit légèrement Dean.

Bien entendu, le brun est le premier à reparler de ce jour, leurs esprits passant sans peine de cette soirée d'angoisse et à ce coin de canapé dans lequel ils se sont embrassés.

À cet instant, le jeune homme se dit qu'il ne s'agit pas d'attendre le bon moment afin de parler à Castiel et de lui faire comprendre qu'il ne rêve que de l'embrasser à nouveau, protégés par l'obscurité de la cuisine faiblement éclairée par la bougie du brun.

Le bon moment est juste quand il le décide.

Peu importe la présence de Sam et de Gabriel dans le salon et la tempête agitée autour d'eux qui rend les chiens nerveux et fait craquer la maison. Dean a l'impression d'être seul avec le brun et si ce dernier veut bien l'écouter, alors peut-être pourra-t-il se pencher ensuite vers lui afin de ravir ses lèvres avant de l'inviter à se presser contre lui dans le salon, faisant se coller leurs corps de la pointe de leurs épaules à leurs cuisses. Ils sont déjà presque l'un contre l'autre dans la cuisine, le dernier pas à faire dans la direction du brun est si petit que Dean sent son estomac se tordre légèrement.

« Je- Bien sûr que oui Cas, je serais ravi de la voir », lui répond-il tout en écarquillant les yeux de surprise. « Ce qu'il s'est passé a été- »

« Je suis désolé… Je suis vraiment désolé Dean… »

Vaguement incrédule, le châtain sent ses mots, brûlants et un peu timides, mourir soudain sur ses lèvres, observant d'un air interdit la main tremblante que Castiel passe soudain dans ses cheveux.

Le brun peut être en train de lui présenter des excuses coupables concernant le coup qu'Angie a reçu pour lui. Ou de se faire pardonner pour son baiser, si délicieux et dévorant qu'il hante sans répit les nuits de Dean depuis qu'il a goûté à ses lèvres. Le jeune homme ne sait pas vraiment mais cette perspective lui glace la poitrine. Dans le silence qui envahit soudain la cuisine, le châtain a l'impression d'entendre le vent lui murmurer que la sensation des lèvres de Castiel contre les siennes sera la seule et l'unique, que leurs corps ne se trouveront plus et que ce moment fébrile passé dans son canapé bleu a été une erreur sans lendemain.

Dean s'éloigne légèrement du brun, la chaleur de son corps se transformant lentement en une sensation un peu tiède, difficilement perceptible à travers l'épais duvet et son gilet. Tiède comme son courage. Tiède comme les débuts avortés de leur histoire.

« Cas… », croasse-t-il tout en cherchant son regard.

Mais le brun resserre légèrement ses doigts sur le duvet, plongeant un peu plus son nez dans le tissu avant d'inspirer discrètement l'odeur de l'étoffe.

« Je n'aurais pas dû, je ne suis pas comme ça… », reprend Castiel dans un chuchotement.

Dean se fige brusquement, la tiédeur se transformant en un froid désagréable. Les paroles du brun sont toujours ambiguës mais le jeune homme n'ose plus ouvrir la bouche, baissant les yeux sur le halo de la bougie de Castiel dont la flamme continue à nimber délicatement ses traits. Dean serre ses doigts sur les couvertures, cachant leurs jointures blanchies dans les replis des tissus.

« Cassie ! Dean ! Revenez un peu par ici », les appelle soudain Gabriel d'une voix tonitruante. « Et ramenez encore des biscuits, je les ai presque terminés ! »

Dans un froissement de tissu, le brun se tourne vers lui avant de relever les yeux sur lui.

« … Peux-tu m'indiquer où je peux en trouver ? », lui demande-t-il doucement. « Je ne peux pas fouiller dans tes placards… »

« … Bien sûr. »

D'un pas raide, Dean marche jusqu'au garde-manger aménagé dans le mur avant d'ouvrir la porte, éclairant le contenu des étagères du halo de sa lampe torche.

« Sers-toi, je vais retourner dans le salon… », murmure-t-il tout en lui adressant un petit sourire ressemblant à une grimace. « Je suppose que Gabriel aura besoin de couvertures une fois qu'il tremblera d'hyperglycémie… »

Castiel le rejoint à petits pas avant d'esquisser un imperceptible petit rire.

« Ne le sous-estime pas, mon frère peut être une source sans fin de stupéfactions », pouffe-t-il discrètement. « Merci Dean, je t'amènerai une boîte de chez Cinnabon à mon prochain passage au refuge. »

Le jeune homme ferme brusquement les yeux avant d'inspirer. Les roulés à la cannelle au parfait glaçage blanc lui semblent si dérisoires à présent, leur forme en escargot comme symbolisant ses rapports avec Castiel. Étroitement enlacés l'un à l'autre comme la crème au beurre et à la cannelle et la pâte briochée mais sans avoir jamais la possibilité de se fondre parfaitement l'un dans l'autre, tournant dans un cercle sans fin.

La gorge serrée, Dean se décale afin de lui laisser la place.

« Je pars devant. Ne reste pas trop longtemps ici, ce n'est pas prudent », lui répète-t-il avant de récupérer le tas de couvertures et de quitter la pièce.

Il a l'impression de sentir le regard du brun lui brûler la nuque et le jeune homme presse le pas. Arrivant dans le salon, le châtain lâche brusquement son fardeau sur le canapé avant d'attraper une bouteille d'eau.

« Où est Cassie ? », lui demande Gabriel d'un air suspicieux tout en tendant le cou en direction du couloir.

« En train de piller les placards de la cuisine afin de nourrir ta goinfrerie », lui répond Dean dans un grognement. « J'ai l'impression que l'ouragan souffle plus fort, je vais aller surveiller les moniteurs. »

Tendant un bras derrière lui, Sam tire un plaid à lui afin de couvrir frileusement ses genoux, fronçant légèrement les sourcils en voyant le blond l'attirer discrètement sur les siens tout en lui adressant un sourire innocent.

« Le bureau du gouverneur dit que l'ouragan passe plus vite que prévu, il est dans sa phase descendante », lui explique son frère en désignant la radio d'un petit geste de la tête. « On entend moins les chiens aussi. »

« Je vais aller vérifier quand même », lui réplique le châtain d'un air buté. « Il vaut mieux être trop prudent que pas assez. »

Le jeune homme prend une bougie sur la table basse avant de se diriger vers le bureau. Les yeux rivés sur les écrans, Dean entend rapidement le bruit léger des pas de Castiel sur le parquet qui rejoint leur nid, accueilli par des cris de joie par Gabriel et le crissement presque immédiat d'un papier d'emballage.

Le châtain crispe ses doigts sur sa bouteille d'eau, gardant ostensiblement les yeux rivés sur les moniteurs vidéo, mais les ombres qu'il voit se mouvoir dans la pièce attire bien malgré lui son attention. Du coin de l'œil, Dean observe Castiel déposer sa bougie sur la table basse, jetant un petit regard à la place occupée par le châtain un peu plus tôt avant de s'installer à nouveau de l'autre côté, ses doigts effleurant un instant le bois sombre et lisse. Enveloppé dans le plaid, le brun a l'air d'un grand enfant, ses épaules un peu basses et voûtées semblant supporter le poids d'une grande tristesse et Dean détourne le regard, la gorge serrée.

Il regrette insidieusement la fin de l'ouragan, le vent rugissant de moins en moins fort autour d'eux et le laissant seul avec ses pensées, sans objet pour le distraire et le sortir de sa mélancolie ou pour assourdir le bourdonnement presque douloureux de son cerveau. Clignant légèrement les yeux, le jeune homme tente de se concentrer sur les écrans en noir et blanc mais même les chiens semblent sentir la fin du danger approcher, leurs aboiements résonnant de moins en moins fort tandis que la plupart d'entre eux tournent nerveusement dans leurs box.

Dans un grésillement discret, la radio crachote soudain avant de faire entendre une voix masculine.

« L'ouragan Billy vient d'être rétrogradé en tempête tropicale de classe deux, elle s'évacue rapidement vers le nord-ouest en direction du Nouveau-Mexique. Nous demandons à tous les habitants du comté d'Aransas de rester à l'abri en attendant les prochains bilans des services météorologiques. Soyez prudent, restez avec vos proches et que Dieu vous garde. »

« Alléluia ! », s'exclame bruyamment Gabriel par-dessus le message du bureau du gouverneur, répété du même ton monocorde et un peu distant. « Nous allons enfin pouvoir sortir et revoir la lumière du jour ! »

Dean crispe légèrement ses doigts autour de sa bouteille d'eau avant d'en boire une gorgée, les chiens à l'écran tendant la truffe en l'air, semblant sentir l'air changer. Le jeune homme entend distraitement un bruit étouffé et il tourne légèrement la tête, voyant son frère fouiller rapidement dans le sac contenant les bougies avant d'ouvrir un tiroir de la table basse pour en sortir un calepin et un crayon.

« Je crains que tu ne doives partager notre hospitalité encore un petit moment », lui répond-il, un petit sourire en coin. « Même si Billy perd en intensité, il va encore falloir probablement quelques heures afin que l'air refroidisse et que la tempête se dissipe. Et il a l'air de pleuvoir encore des trombes d'eau dehors. »

Du coin de l'œil, le jeune homme voit son frère ouvrir le carnet avant de l'appuyer contre ses genoux remontés contre sa poitrine et de commencer à écrire rapidement quelques mots. Reportant à nouveau son attention sur les écrans montrant que le chenil a tenu bon et que les chiens vont bien, Dean décide de regagner le salon, mettant fin à son exil volontaire un peu triste.

Se laissant tomber sans grâce au bout de la table basse, il sent le regard de Castiel caresser un instant son visage avant que le brun n'enfonce à nouveau son visage dans le plaid, le resserrant autour de lui.

« Et je doute que les routes soient immédiatement praticables Gabriel », dit doucement le brun. « Nous pourrons vous aider à vérifier le refuge et à retirer les planches des fenêtres », propose-t-il tout en se frottant légèrement le bout du nez dans un petit geste adorable qui serre le cœur de Dean.

Ignorant le petit cri outré de Gabriel, le châtain hoche un peu sèchement la tête avant de se tourner vers Sam qui mordille le bout de son crayon, ses sourcils légèrement froncés par la concentration.

« Tu écris la to do list spéciale sortie de tempête ? », lui demande-t-il, ses oreilles agréablement chatouillées par le léger gloussement du brun. « Ajoute d'appeler l'entreprise de BTP Walker si nous en avons besoin. Gordon ne nous refusera pas d'utiliser une de ses machines de chantier pour dégager le domaine si nous en avons besoin. »

Un imperceptible sourire vient légèrement ourler les lèvres de Sam tandis qu'il s'exécute, une petite moue boudeuse aux lèvres.

« Tu t'en chargeras alors, ce mec me déteste », lui réplique-t-il dans un grognement. « C'est pourtant moi qui lui ait trouvé le chien de garde parfait quand il est venu nous rendre visite au refuge… »

Dans un petit ricanement moqueur, Dean lève les yeux au ciel avant de hausser un sourcil taquin.

« Navré Sammy mais certaines personnes sont insensibles au pouvoir de tes fossettes… », rit-il un peu plus fort. « Je suis sans conteste l'atout charme de cet endroit. »

Le jeune homme gémit douloureusement en sentant soudain son frère heurter son tibia sous la table basse dans un geste vif et Dean se masse légèrement du bout des doigts, lui jetant un petit regard noir. À côté de lui, Gabriel glousse légèrement avant de pointer un doigt sur la joue de Sam, enfonçant taquinement son index dans le petit creux.

« Moi j'adore tes fossettes Sammy. Dean est beau comme un loup sauvage mais toi tu es gentil et mignon comme un chiot qui se roulerait au coin du feu », annonce le blond d'un air ravi tout en le taquinant.

« Fiche-moi la paix Gabriel… », grogne le jeune homme tout en essayant de se dégager de sa prise habile, les joues légèrement rosies par la gêne.

Ignorant ses tentatives agacées, Gabriel finit par reculer avant d'appuyer son menton dans sa paume et de darder ses yeux dorés sur Dean.

« Un engin de chantier, ça devient intéressant… Est-ce que tu sais que je suis un excellent conducteur Deanno ? », lui demande-t-il d'un air gourmand tout en papillonnant exagérément des yeux.

« N'y pense même pas », se renfrogne légèrement le châtain. « Le chenil a tenu debout malgré l'ouragan, je refuse que tu t'en approches au volant d'une machine avec des chenilles et une énorme pince à dents. »

Dean frissonne exagérément tout en portant une main à son cœur, riant en voyant Sam hocher vivement la tête d'un air convaincu à côté de lui et Castiel faire une petite moue appréciatrice.

« Ajoute peut-être quelque part en haut de sa liste que Gabriel et moi devons récupérer nos vêtements avant de partir », lui suggère le brun. « Si nous restons ici encore un petit moment, j'ai un peu peur de m'endormir dans les affaires de Dean… »

Le châtain reçoit un violent coup au cœur aux mots du jeune homme tandis qu'il le regarde d'un air interdit. Comment est-il censé savoir ce qu'il doit faire, penser ou espérer quand Castiel prononce de telles paroles, soufflant le chaud et le froid et agitant une tempête dans sa poitrine ? À moins qu'il ne s'agisse que d'une considération pratique et factuelle quand, au fond de lui, Dean veut encore le voir porter ce gilet gris qu'il a oublié dans son dressing et ce confortable pantalon de jogging qui lui donne l'air d'un étudiant. Le jeune homme n'a pas poursuivi de très longues études à l'université mais il se souvient des bécotages dans les chambres d'étudiants, pressé contre sa conquête à cause de l'étroitesse de son petit lit de dortoir et ses mains passant avidement sous les couches de vêtements. C'est doux et chaud, prélude à une réjouissante et satisfaisante étreinte mais il songe seulement au plaisir qu'il aurait à pouvoir embrasser le brun jusqu'à la fin des temps, leurs corps fondus l'un contre l'autre.

« J'adore ton sweat », opine Gabriel d'un air ravi avant de gigoter légèrement sur place. « Et le confort de tes sous-vêtements… C'est du coton ? »

« Bon sang Gabriel, je te déteste parfois… », grogne le châtain, brutalement tiré de cette chambre à l'atmosphère moite et tendre. « Inutile de vouloir les prendre aujourd'hui, vos vêtements sont en train de goutter dans la panière à linge sale de la buanderie, emmêlés aux affaires de Sam. Je les laverai et te les rendrai lors de ta visite avec Angie. »

« Oh… » Castiel se mordille un instant les lèvres avant de hocher lentement la tête. « D'accord. Merci… »

Le brun le remercie d'un petit sourire discret et Dean s'appuie sur ses mains, inclinant son buste vers l'arrière, bercé par les marmonnements étouffés de Sam tandis que son frère complète leur liste dont le contenu se répète inlassablement à chaque nouvelle tempête frappant Rockport et les environs. Le jeune homme sait que celui-ci l'organise méthodiquement par ordre de priorité et de faisabilité immédiate, leur permettant d'assurer le contrôle du refuge et du domaine avec la même redoutable efficacité.

Et de la même manière immuable, Dean connaît la couleur du ciel quand Billy se dissipera enfin, laissant derrière elle des nuages semblables à des lavis d'encre dans une ambiance sale et poisseuse d'humidité, le soleil perçant difficilement à travers l'épaisse couverture pour diffuser une lumière gris perle. Ses rayons seront comme toujours pâles et timides.

Un peu tièdes et insuffisants à le réchauffer.


(1) Un petit mot concernant l' "AKC" qu'évoque Jo à propos d'Ash.

L'AKC, abréviation pour American Kennel Club, est la plus importante et la plus connue des fédérations canines des Etats-Unis. Créée en 1884, elle reconnaît actuellement deux cents deux races de chien, les défend et conserve les registres généalogiques des chiens de pure race. L'AKC organise également des activités destinées à assurer les bons comportements canins et comporte un important volet dédié à la protection animale dont la filiale AKC Reunite assure les bons soins.

En France, les races canines et leurs généalogies sont garanties par le LOF ou Livre des Origines Françaises, créé en 1885. Géré par la Société Centrale Canine, il répertorie les origines des chiens français de race et seul un animal inscrit dans le LOF peut être appelé "chien de race" (ce qui fait notamment grimper leur prix d'achat).

Pour ne pas faire de jaloux, l'équivalent pour nos amis à moustache est appelé LOOF pour Livre Officiel des Origines Félines :)

Bien à vous,

ChatonLakmé