Chapitre 1

Couloirs sud, Patinoire de National City, National City :

La patinoire de National City était pleine à craquer. Tellement pleine que la douce et pimpante Kara Danvers, pourtant habituée de ces nombreux couloirs, se retrouvait déroutée. Devant elle, la masse de monde était tellement grande qu'elle ne voyait pas à un mètre, et la lenteur des pas des personnes qui la précédait la désorientait dans l'espace. Son téléphone fermement tenu contre son oreille d'une main, elle progressait en jouant des coudes pour se faufiler dans la foule, sans grand succès toutefois.

- Non mais pourquoi il y a autant de monde pour une simple petite compétition, maugréa-t-elle avec agacement. A cette allure-là, le spectacle sera fini lorsque j'arriverai aux gradins.

- Une simple compétition ? Répéta avec incrédulité sa sœur aînée, Alex, dans le téléphone. Non mais, Kara, c'est une compétition qualificative pour les championnats nationaux. Certains des plus grands patineurs du pays ont fait le déplacement pour présenter leurs programmes.

- Oh.

La jolie blonde, qui était désormais bloquée derrière un groupe de sexagénaire, était réellement surprise de la déclaration de sa grande sœur. Lorsque cette dernière avait convié sa cadette à venir voir la compétition avec elle, la brune s'était bien gardée de lui préciser cela. Kara n'avait jamais été très à l'aise dans les foules, elle n'était pas phobique non plus, mais elle n'aimait pas ça. Comme à chaque fois, elle se sentait oppressée par les personnes qui l'entouraient. C'était une sensation qu'elle supportait très difficilement même si elle se retrouvait souvent à devoir lutter contre celle-ci. Et si elle avait eu conscience de l'importance de cette compétition, il était certain qu'elle aurait décliné l'offre de sa sœur, même si celle-ci, en tant que patineuse amatrice, vouait une importante passion pour ce sport que Kara ne comprenait pas réellement.

- Tu es assise dans quels gradins ? S'enquit la blonde en distinguant enfin la pancarte numérotée qui indiquait les rangées de gradins, sur sa droite.

- A3, déclara la voix enthousiaste de son aînée dans le combiné. Je suis tout en haut, sur la gauche quand tu entres, tu vas voir, c'est les meilleurs places de la patinoire.

Kara acquiesçait aussitôt d'un signe de tête, retrouvant son sourire en constatant qu'il ne lui restait plus que quelques mètres à parcourir avant d'être enfin sortie de cet enfer régnant dans le couloir principal.

- Ok, je vois les portes, j'arrive.

En une dizaine d'enjambées, la plus jeune des deux sœurs comblait la distance qui la séparait des grandes portes battantes menant à la patinoire. Les gradins numérotés A, spécialement les A3 et les A4 étaient en réalité ceux qui avoisinaient l'entrée de la patinoire qu'empruntait les artistes pour se présenter sur la glace. Kara le savait bien car elle venait régulièrement voir Alex s'entrainer, même si son aînée s'évertuait toujours à lui donner le trajet à suivre dans les moindres détails.

Raccrochant son téléphone portable, la jeune femme le rangeait rapidement dans sa poche arrière de jean et, d'un geste presque brusque, poussait les grandes portes battantes coupe-feu pour rejoindre les nombreuses estrades de la patinoire. Et à peine celles-ci furent-elles ouvertes que, comme si elle respirait à nouveau, l'étau d'oppression qui l'assaillait disparaissait de sa poitrine, laissant la fraîcheur de l'air envahir ses poumons. Kara se sentait revigorée.

- La porte, s'il vous plaît ! L'interpella une voix dans son dos.

Dans un réflexe qui dépassait sa pensée, la blonde se figeait, gardant précautionneusement sa main sur la porte qu'elle venait de pousser pour laisser la personne passer. Jetant instinctivement un coup d'œil derrière elle en se retournant, les prunelles azurées de Kara tombait dans de magnifiques iris émeraudes, d'une teinte qu'elle n'avait encore jamais été amenée à voir auparavant. Aussitôt, un long et poignant frisson se saisissait de l'échine de la plus jeune des sœurs Danvers. La jeune femme brune qui lui faisait face lui offrait rapidement un doux sourire reconnaissant, étirant ses lèvres et mettant en valeur les traits fins de son visage presque parfait.

Comme par souci que la porte ne se referme avant qu'elle n'ait le temps de la franchir, la brune, posait sa main sur cette dernière, effleurant celle de la blonde. Subitement, les deux jeunes femmes se figeaient un peu plus, toisant l'autre avec attention. Le coeur de Kara, à l'image de celui de la jolie inconnue qui lui faisait face, ratait un battement, coupant momentanément sa respiration. Le port de tête majestueux, la mâchoire anguleuse et la silhouette svelte que possédaient la brune était sans égal.

- Merci, lui lança-t-elle sans se départir de son sourire.

Incapable de répondre quoi que ce soit, la plus jeune s'était contenté de lui répondre par un sourire tout aussi franc que celui de son interlocutrice. Cette dernière, visiblement pressée, s'écartait bien vite, reprenant sa route avec une prestance et une grâce d'autant plus surprenante qu'elle marchait, non pas chaussée d'une paire de baskets de ville ou de chaussures plates, mais bel et bien d'une étincelante paire de patins.

Hypnotisée par sa beauté, Kara n'avait pu s'empêcher de la suivre du regard jusqu'à ce qu'elle atteigne la petite porte d'entrée qui menait à la glace. Le coeur de la blonde s'était mis à battre à un rythme bien trop rapide dans sa poitrine tandis qu'elle se sentait envahie d'une sensation nouvelle qu'elle ne connaissait pas encore. Les mains subitement moites, la bouche pâteuse et une boule dans l'estomac, la jeune Danvers peinait à reprendre contenance. L'air qui lui avait précédemment manqué venait soudainement de réapparaître, s'insufflant douloureusement dans ses poumons, bien trop frais pour être naturel. Aucun doute, ils étaient dans une patinoire. Et heureusement d'ailleurs, se surprenait à constater la blonde. Car en cet instant, si elle était bien persuadée d'une chose, c'était que sa température corporelle venait de grimper de manière anormale.

- Kara ? L'interpella la voix de sa sœur au-dessus d'elle. Tu viens ?

Ramenée à la réalité, la blonde relevait la tête vers son aînée dans un geste purement automatique. Alex, penchée au dessus de la rambarde de sécurité des gradins, la regardait avec un sourire lumineux que la plus jeune ne lui voyait que rarement. A vrai dire, il n'y avait même que ce sport qui lui donnait autant d'enthousiasme et, Kara aimait cela. Elle avait bien trop l'habitude de faire face à sa grande sœur grognon et mal aimable que la brune était la plupart du temps.

- Oui, j'arrive.

Sans attendre plus longtemps, la cadette se remettait en marche, lâchant enfin la porte battante qu'elle tenait toujours dans sa main. Toutefois, et indépendamment de sa propre volonté, la jeune femme ne pouvait s'empêcher de couler un regard vers celle qui avait accaparé ses sens lorsqu'elle passait à ses côtés. Et comme l'avait précédemment fait son coeur, celui-ci s'emballait de plus belle, provoquant un nouveau frisson le long de son échine. Qui Diable était cette fille ? Et pourquoi son corps réagissait-il ainsi en sa présence ? Kara n'en avait aucune idée mais, une chose était sûre, elle allait bientôt connaître l'identité de sa mystérieuse et saisissante inconnue.

- Dépêches-toi, la réprimanda gentiment Alex. Tu es en train de rater le meilleur !

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Abords de la patinoire, Patinoire de National City, National City :

Lorsque Lena était enfin arrivée près de la petite porte menant à la glace, sa meilleure amie, Samantha Arias, l'attendait en faisant les cents pas au niveau de l'entrée des patineurs. De loin, la brune pouvait voir la châtain jeter de frénétiques coups d'yeux à sa montre, visiblement irritée par le retard de son amie. La jeune femme était tellement occupée à surveiller l'heure qu'elle ne voyait la patineuse que lorsque celle-ci se posait à côté d'elle, le dos droit et les muscles tendus. Lena était particulièrement stressée aujourd'hui car elle n'avait pas le droit à l'erreur. Cette compétition représentait sa toute dernière chance de qualification pour les championnats mondiaux, mais c'était également sa dernière chance de pouvoir prétendre à une sélection pour les Jeux Olympiques. Il fallait qu'elle se classe parmi les trois premiers et malheureusement, la brune savait qu'elle n'était pas la seule à viser ses sélections. La concurrence serait donc rude et la moindre erreur risquait de lui faire perdre sa place.

- Mais où étais-tu ? Lui demanda Sam sur un ton pleins de reproches. C'est à toi dans cinq minutes !

- Quelqu'un avait caché mes patins, grogna Lena en observant son ami patineur déjà sur la glace. James est beaucoup trop bon...

La châtain venait de s'arrêter dans sa marche nerveuse. Son regard noisette se reportait aussitôt sur le visage contrarié de sa meilleure amie athlète et ses sourcils se froncèrent. Toutefois, Sam n'eût pas besoin de poser davantage de questions pour savoir exactement de qui retournait cette blague stupide.

- Je vais tuer cette salope d'Andrea, affirma-t-elle en serrant les poings. Et puis, pourquoi tu continues à mettre ces patins, d'abord ? Tu en as plein d'autres.

- Ils ont une valeur sentimentale.

Lena haussait les épaules sans prendre la peine de regarder son interlocutrice. Son regard restait fixé sur l'afro-américain qui patinait sur la glace. Ce dernier attaquait déjà la fin de son programme, augmentant davantage la boule d'angoisse au creux de l'estomac de la brune. De tout ce qu'elle avait vu, le jeune homme avait effectué des figures parfaites, mettant la barre bien haute à ce stade de la compétition.

- C'est vrai que James est doué, concéda Sam, qui avait bien remarqué le trouble sur les traits de sa meilleure amie. Mais tu es meilleure que lui, tout le monde le sait.

- Je n'ai pas le droit à l'erreur, Sam...

Mordant sa lèvre inférieure, la lueur déterminée dans le regard verdâtres de Lena avait disparue, assombrissant ses iris. La châtain pouvait percevoir tout le stress qui émanait de la jeune femme avec qui elle avait grandi. Son coeur se serrait alors, tandis qu'elle ne se souvenait même pas d'avoir déjà vu la milliardaire aussi anxieuse. La brune avait toujours excellé dans ce sport. Elle s'était retrouvée sous le feu des projecteurs très jeune, alors qu'elle n'était encore qu'une enfant et elle avait appris à vivre avec ça. Mais ces derniers mois, Sam avait vu sa meilleure amie traverser une passe difficile. Elle qui croyait que la patineuse s'en était sortie, elle se rendait compte maintenant qu'en réalité, Lena n'avait pas réussi à aller de l'avant. Et les patins qu'elle revêtait aujourd'hui n'en était qu'une preuve supplémentaire.

Délicatement, la châtain avait comblé la distance qui les séparaient, et avait posé une main rassurante sur son épaule. La brune n'avait pas le luxe de pouvoir douter, spécialement pas maintenant. Sam savait mieux que personne les conséquences désastreuses que cela pouvait engendrer chez un sportif.

- Lena, regardes-moi.

La milliardaire poussait un profond soupir, néanmoins, elle obtempérait. Ses iris sombres tombaient dans celles, noisettes, de sa meilleure amie, et le sourire que celle-ci lui offrait lui gonflait le coeur. Que ferait-elle sans Sam ? Se demandait-elle en esquissant un sourire à son tour.

- On s'est entraînées comme des folles pour monter ce programme, lui rappela la châtain avec conviction. Tu le connais par coeur et tu l'exécutes toujours à la perfection. Il n'y a pas de raison que tu n'y arrives pas aujourd'hui.

Lena hochait la tête. Sam avait raison, elle le savait. La brune avait tout en sa possession pour réussir, ce soir. Alors, cette dernière fermait les yeux quelques instants, rassemblant tout son courage. Elle allait réussir. Elle avait toujours eu une technique parfaite, et le programme qu'elle devait présenter n'était pas très compliqué puisqu'il avait été élaboré exprès pour elle, selon ses forces et selon ses faiblesses. Prenant une grande inspiration, elle rouvrait ses paupières et la lueur nouvelle de détermination dans son regard rassurait la châtain. La milliardaire venait de retrouver son mental d'athlète.

- Tu n'oublies pas, après le twizzle tu enchaines sur le triple axel, indiqua Sam tandis que son interlocutrice acquiesçait.

- Je sais, affirma Lena en reportant son regard sur James qui s'apprêtait à quitter la glace. C'est ce qui me posait le plus de problèmes à l'entraînement.

Face à cette réplique tout à fait vraie, la châtain se mettait à réfléchir. Toutefois, avant même qu'elle puisse ouvrir la bouche pour ajouter quoi que ce soit, James venait de sortir de la patinoire. C'était le signal qu'attendait Lena pour entrer sur la glace. La brune prenait une dernière inspiration, ouvrait la petite porte devant elle et pénétrait dans la grande étendue de glace où tout les spectateurs l'acclamait déjà, augmentant la pression qui lui poignait l'estomac.

- Tu peux le faire, Lee, assura Sam en accompagnant son entrée d'une main au bas de son dos.

Mais si cette dernière ne disait rien, en réalité, elle était tout aussi stressée que sa meilleure amie. Les enjeux pour lesquels Lena jouaient étaient bien trop importants pour qu'elle ne le soit pas. Plus que son amie, la patineuse était récemment devenue son élève. Et s'il lui arrivait quoi que ce soit, Sam serait en partie responsable.

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Gradins, Patinoire de National City, National City :

- James Olsen est l'un des plus grands patineurs que l'on as en Amérique, conclut Alex après sa longue explication qu'elle avait servi à sa cadette. Mais ce n'est rien comparé à celle qui va entrer sur la glace, maintenant.

Kara hochait distraitement la tête alors que son regard fixait distraitement la jolie brune au bord de la patinoire. La blonde ne savait pas pourquoi elle ne parvenait pas à observer autre chose que la jeune femme qu'elle avait croisé quelques minutes plus tôt. La beauté de ses yeux, son charisme, et les picotements qu'elle avait ressenti n'avait de cesse de ressurgir dans son esprit, la faisant même frissonner par moment. Quelque chose n'allait pas. Quelque chose n'était pas normal. La plus jeune des deux sœurs était tellement à des milliers de kilomètres du discours de son aînée que celle-ci avait fini par claquer ses doigts devant son nez, la faisant sursauter tandis que Kara revenait subitement sur Terre et plongeait ses iris azurées dans celles de son interlocutrice. L'air moqueur qui trônait sur le visage de la plus âgée, ainsi que son sourire en coin, faisait s'empourprer les joues de la blonde, sans qu'elle ne sache vraiment pourquoi son corps réagissait de la sorte. Après tout, qu'y avait-il de mal à regarder quelqu'un dans l'audience ?

- Mais tu l'as déjà remarquée, j'ai l'impression.

- Quoi ? Demanda Kara en fronçant les sourcils, plus qu'incertaine de ce dont parlait sa soeur adoptive.

Au lieu d'irriter cette dernière comme cela aurait dû le faire en temps normal, celle-ci lâchait un rire amusé. La cadette n'avait absolument rien écouté de tout ce qu'elle lui avait raconté, c'était évident. Mais Alex aurait menti en disant qu'elle ne comprenait pas car, elle-même avait bien du mal à détacher son regard de la patineuse brune lorsqu'elle la voyait. C'était quelque chose que Lena avait l'habitude de provoquer chez tout le monde, si bien que ça n'étonnait pas vraiment l'amatrice de patinage artistique.

- C'est la prochaine à entrer sur la glace, répéta Alex en donnant un coup de menton vers la patineuse. De tous les athlètes présents aujourd'hui, c'est elle qui a le meilleur niveau. Attends toi à du grand art.

- Qui est la fille à ses côtés ? S'enquit la blonde avec un intérêt qui étonnait quelque peu son aînée.

Alex jetait aussitôt un coup d'œil dans leur direction et son sourire s'agrandissait tandis qu'elle avisait la tignasse châtain qui se tenait là, aux côtés de l'athlète. La brune n'avait jamais personnellement rencontré les deux femmes dont elle parlait mais, elle s'était énormément renseignée. Elle espérait sincèrement avoir l'occasion de discuter avec elles, un jour. Les deux athlètes composaient réellement son idéal du patinage artistique.

- C'est Samantha Arias, déclara-t-elle tandis que cette dernière poussait gentiment Lena à l'intérieur de la patinoire. Il n'y a pas si longtemps, elles étaient encore en concurrence pour les sélections Olympiques mais Samantha a fait une très mauvaise chute, il y a un an, et depuis elle est devenue entraîneuse. Je crois qu'elle patine encore, mais plus beaucoup.

Kara hochait la tête. Elle n'y connaissait peut-être pas grand chose en patin mais la simple évocation de cette chute lui avait fait froid dans le dos. Déjà qu'il lui était arrivée de se faire bien mal durant ses longs et fastidieux entrainements de danse, elle n'avait aucun mal à imaginer la douleur et les conséquences que cela pouvait avoir lorsque ça se produisait sur la glace, qui plus est avec des lames coupantes aux pieds. Un important frisson la parcourait à cette pensée et son ventre se tordait rapidement dans son estomac. Ces yeux, mués par une instance supérieure, se posaient alors sur la patineuse brune qui venait de faire son entrée sur la glace et qui s'était figée au milieu de la patinoire. La blonde espérait sincèrement que cette dernière ne connaîtrait jamais cela.

- Nous accueillons désormais notre deuxième concurrente de cette catégorie pro, mais pas la moindre ! S'exclama le speaker dans les haut-parleurs. Lena Luthor, mesdames et messieurs.

Aussitôt son nom avait-il été prononcé que les sourcils de Kara s'étaient froncés. Avait-elle bien entendu ? Un rapide coup d'oeil vers son aînée lui indiquait que celle-ci ne semblait pas plus étonnée que cela. Pourtant la blonde était sûre d'avoir distinctement compris les mots du commentateur.

- Lena Luthor ? Demanda-t-elle avec surprise à sa soeur d'adoption. Comme Lex Luthor, l'homme politique ?

- Oui, s'en amusa Alex avec un petit rire. En fait, c'est sa soeur.

L'étonnement de Kara ne faisait que s'accroître sur ses paroles alors qu'elle reposait son regard sur la charismatique brune qui s'était enfin mise à bouger, avec un grâce à en damné un saint. A cet instant, son regard accrochait celui de l'athlète et son coeur s'arrêtait de battre dans sa poitrine, la troublant un peu plus encore. Elle venait de rencontrer Lena Luthor, une athlète de niveau olympique milliardaire issue d'une famille de politiciens... comment même cela était-il possible ? Elle n'avait rien en commun avec cette femme qui semblait pourtant l'avoir envoûtée, si elle en croyait le rythme frénétique de son coeur qui s'était remis à battre. Pourtant, une partie de Kara espérait qu'elles seraient amenées à se revoir, même si la brune paraissait tout de suite beaucoup plus inaccessible qu'avant.

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Patinoire, Patinoire de National City, National City :

- Nous accueillons désormais notre deuxième concurrente de cette catégorie pro, mais pas la moindre ! S'exclama le speaker dans les haut-parleurs. Lena Luthor, mesdames et messieurs.

Arrêtée au beau milieu de la patinoire, les bras ballants le long de son corps, Lena avait fermé les yeux. La foule, qui acclamait James quelques secondes plus tôt, s'était tue. L'atmosphère qui régnait, dans ce silence poignant, augmentait passablement le stress déjà présent dans la poitrine de la jeune et talentueuse athlète. Les paroles du speaker résonnaient dans l'esprit de la brune, jusqu'à ce que les premières notes de la musique de son programme retentissent dans l'air confiné de la patinoire de National City.

Aussitôt, les paupières de la patineuse se rouvraient, lui laissant reprendre conscience de la masse de monde qui l'observait. Muée par son instinct, et par son expérience, la brune s'élançait, glissant sur ses patins comme un poisson dans l'eau. Lena ne faisait qu'un avec la glace. Au plus la musique s'écoulait, et au plus la brune enchaînait ses figures avec une aisance surprenante. De temps en temps, son regard croisait celui de Sam, qui se tendait à chaque figure qu'effectuait son élève.

Le moment fatidique arrivait, et le coeur de la brune se serrait dans sa poitrine. Durant une fraction de seconde, l'athlète fermait les yeux pour faire taire son anxiété. Elle devait reprendre contenance. Alors, elle attaquait son twizzle avec une concentration et une technique parfaite, qui fit naître des applaudissements parmi le public.

Alors qu'elle reposait son pied levé sur la glace, effectuant sa dernière rotation, son regard se posait sur une personne dans l'audience. Ses iris verdâtres s'ancrèrent alors dans celles, azurs, qu'elle avait vu à un seule reprise, quelque minutes plus tôt, et son coeur ratait un battement. Déconcentrée dans ces mouvements, la brune sautait néanmoins pour effectuer son triple axel... grossière erreur.

Lena, déstabilisée par la profondeur des yeux dans lesquels elle regardait, eût à peine le temps de faire ses trois rotations dans les airs. Et lorsqu'elle se sentait redescendre, prête à se réceptionner sur la glace, elle osait un coup d'œil vers le sol dur et froid en dessous d'elle. Elle était beaucoup trop proche. Ses muscles se tendaient instantanément alors que la peur lui tordait désormais l'estomac, s'installant dans ses pupilles. Elle ne parviendrait pas à se réceptionner, elle ne le savait que trop bien.

Une fraction de seconde plus tard, son corps heurtait violemment la glace, et une importante douleur s'insufflait dans son crâne. Gisant sur le sol de la patinoire, la vision de Lena s'était troublée et tous les cris lui paraissaient particulièrement lointain. Elle sentait un liquide chaud couler sur sa jambe gauche, mais elle ne parvenait même pas à faire des déductions tant sa tête la faisait souffrir.

Dans un geste machinal, la patineuse ramenait sa main à l'arrière de son crâne, sentant aussitôt quelque chose de poisseux se coller à ses doigts. Alors, doucement, elle portait ces derniers devant ses yeux et la dernière chose qu'elle fût capable de distinguer avant de s'évanouir fût la couleur rouge du sang qui maculait ses doigts parfaitement manucurés.

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Appartement Danvers, National City, National City :

Après ce trop plein d'émotions, que Kara et Alex avait vécu d'une manière totalement différente, les deux sœurs Danvers avaient regagnées leur appartement lorsque l'ambulance était partie. Alex, qui était particulièrement contente d'être présente à cette compétition, était devenue assez anxieuse à l'idée de rechausser ses propres patins et de retourner s'entrainer à l'endroit même où l'un de ses modèles sportifs était tombé. Quant à Kara, lorsqu'elle s'était affalée aux côtés de son aînée, sur le canapé de leur salon avec un pot de glace à la main, la blonde se sentait vraiment mal. Lena ne quittait pas son esprit et, elle avait beau essayer de refouler les dures images de sa chute, qui l'assaillaient, la plus jeune n'y arrivait pas. Et pire que cela, elle en venait même à avoir peur qu'il arrive la même chose à Alex dans un futur plus ou moins proche. Jamais elle n'aurait dû rejoindre son aînée dans cette patinoire.

- Tu sais, commença la brune sur un ton qui se voulait convaincant, ce genre de choses n'arrive pas tous les jours.

Kara poussait aussitôt un long soupir. Alex avait toujours sût lire en elle comme dans un livre ouvert mais, au fond de son être, la blonde savait que son aînée disait cela autant pour la convaincre que pour se convaincre elle-même. Et comment la blonde pouvait-elle la blâmer pour cela ? Elle savait bien qu'elle aurait tenté la même chose à la place de la brune. Il était toujours plus simple de minimiser les événements pour ne pas être transie par la peur. Toutefois, cela n'en enlevait pas réellement la gravité.

- Cette lueur dans son regard quand elle a compris qu'elle n'allait pas réussir à retomber sur ses jambes... murmura la plus jeune en frissonnant d'effroi, je ne l'oublierai jamais, Alex.

- Ouais... soupira son interlocutrice, moi non plus...

Un lourd silence s'abattait soudainement entre les deux sœurs tandis que la cadette récupérait une cuillère de glace dans son pot, et l'engloutissait sans attendre. Ce mets de fortune était le seul qui parvenait à réconforter la blonde lorsqu'elle ne se sentait pas bien. Et là, elle se sentait vraiment mal. Pas seulement à cause de l'athlète, bien entendu, mais cette dernière avait fini de chambouler son être.

Finalement, après quelques longues secondes où aucune d'elles ne disait rien, Alex tournait son regard vers la blonde à ses côtés, un peu plus soucieuse encore. La brune n'avait pas encore eu l'occasion de revoir sa petite-sœur depuis la veille, et elle savait que beaucoup de choses s'étaient passées depuis leur dernière rencontre. Pour cause, la principale venait du fait que la plus jeune n'était pas rentrée dormir dans leur appartement. Kara n'avait que peu l'habitude de découcher et à cette pensée, un petit sourire en coin étirait les lèvres de la plus âgée. La blonde avait toujours été assez mystérieuse sur sa vie sentimentale et là, Alex savait que cela en découlait car cette dernière lui avait confié la raison de son départ.

- Alors, comment s'est passé ton rendez-vous avec Mike, hier ? Osa-t-elle demander avec un brin de taquinerie.

Mais si la brune était persuadée que sa petite-sœur avait enfin sauté le pas avec le brun qui lui tournait autour depuis des années, le profond soupir qui quittait les lèvres de sa cadette surprenait Alex. Lentement, la blonde rivait son regard azuré, et triste, dans celui de son aînée. Si celle-ci ne l'avait pas poussée sur ce terrain, il était fort probable que la plus jeune ne dise rien. Car pour elle, il n'y avait rien à dire, en réalité. Kara avait toujours été célibataire. Toujours. Et contrairement à ce que son aînée avait pu croire quant à ses sentiments envers le brun, la blonde n'avait même pas envisagé que la sortie que lui avait proposé le jeune homme était un rencard. En se souvenant de cela, le visage de la plus jeune se décomposait un peu plus. Diable qu'elle avait été bête. Elle se sentait vraiment stupide, maintenant. Avec le recul, elle savait qu'elle aurait dû se rendre compte que son partenaire de danse n'était pas indifférent vis-à-vis d'elle.

- En fait... hésita Kara en passant une main nerveuse dans sa nuque, il a essayé de m'embrasser et... je l'ai repoussé.

- Quoi ?! S'étonna la brune en posant sa main sur le bras de sa cadette, l'air outré. Mais je pensais que tu l'aimais bien !

- Oui, marmonna la blonde en fronçant les sourcils, je l'aime bien. Mais en tant qu'ami.

A l'entente des paroles de sa cadette, Alex secouait la tête avec exaspération. La plus vieille commençait vraiment à penser que sa sœur d'adoption était un cas désespéré. Pourquoi Diable Kara repoussait-elle toujours toutes les personnes qui s'intéressaient un peu à elle ?

- Kara, tu as vingt-six ans, la rabroua gentiment la brune. Tu vas sérieusement rester seule toute ta vie ?

- Je suis bien comme ça, rétorqua-t-elle dans un haussement d'épaules. Pourquoi tu veux à tout prix que je sortes avec quelqu'un ?

Alex secouait la tête de plus belle. Oui, c'était sûr, sa cadette était un cas désespéré. Toutefois, Kara n'avait pas du tout la même vision des choses. En réalité, même si elle se cachait bien de l'avouer à voix haute, la blonde avait toujours eu incroyablement peur de l'inconnu et ainsi, se lancer dans une histoire d'amour avec quelqu'un lui paraissait vraiment très effrayant. Elle avait déjà eu de longues conversations avec son aînée sur les bienfaits de l'amour, et sur les signes que Kara aurait dû ressentir à l'adolescence, mais pourtant elle ne parvenait toujours pas à se projeter dans une relation amoureuse. Peut-être étais-ce car elle n'avait jamais trouvé la bonne personne, pensait-elle intérieurement, envahie par un sentiment puissant d'indifférence.

Face à ce nouveau silence, initié par la brune, la plus jeune se perdait dans des pensées qu'elle ne voulait pas avoir. Son regard fuyait naturellement celui d'Alex, qui fronçait anormalement les sourcils en observant la réaction de sa cadette. Traversée d'une réflexion soudaine, la brune ouvrait les yeux sous la surprise. Se pouvait-il qu'elle se soit trompée sur le compte de la blonde ? Cette perspective dérangeait un peu la plus âgée, qui passait machinalement une main dans ses cheveux coupés en carré.

- Kara ? L'interpella-t-elle. Est-ce que...

La voix d'Alex s'éteignait anormalement sur sa tentative d'interrogation. Ramenée sur Terre, la blonde avait rivé ses belles iris dans celles, noisettes, de son interlocutrice, un sourcil haussé. Un gêne palpable émanait de la brune et la blonde n'était pas sûre de comprendre pourquoi.

- Est-ce que... L'invita-t-elle à continuer, provoquant un raclement de gorge de la part de son interlocutrice.

- Est-ce que tu t'es déjà demandé si tu ne préférais pas les filles ?

Avant même qu'Alex n'ait le temps de finir sa phrase, une réelle surprise avait pris possession des traits de la plus jeune des deux sœurs. Les filles ? Pourquoi aurait-elle préféré les filles aux garçons ? Déroutée, l'étonnement qui l'avait envahie laissait place à une profonde incertitude. Kara ne s'était jamais posé cette question. Pourtant, maintenant que son aînée le supposait, le doux visage de Lena apparaissait dans son esprit, perturbant un peu plus la blonde alors que cette image gonflait son coeur d'une sensation qu'elle ne connaissait pas.

- Non, avoua-t-elle toutefois dans un haussement d'épaules. Mais peu importe, ça n'enlève rien au fait que je suis bien toute seule.

- Si tu le dis... soupira la brune.

Pour le plus grand bonheur de la plus jeune, Alex n'insistait pas plus. Kara était en train de se renfermer sur elle même et c'était bien la dernière chose que la jeune patineuse souhaitait, en réalité. Elle s'était donnée tellement de mal pour percer les barrières de la blonde, au fil des années, qu'elle ne voulait pas prendre le risque que celle-ci se mette à en créer de nouvelles. Alors, la brune s'était saisie de la télécommande et avait mis en route le téléviseur, offrant à la plus jeune la possibilité de reporter son attention sur autre chose que sur son visage.

- Mais où tu as passé la nuit, alors ? Demanda-t-elle tout de même en se remémorant l'absence de sa cadette.

- Au studio de danse, déclara la cadette avec désinvolture. Je me suis entraînée toute la nuit.

- Toute la nuit ? Répéta-t-elle avec surprise. Kara...

La blonde poussait un nouveau soupir. Alex avait toujours été beaucoup trop protectrice avec elle et la plus jeune savait déjà que celle-ci allait la sermonner gentiment. Mais Kara ressentait toujours cet intense besoin de danser pour évacuer son stress. Et Dieu seul savait à quel point elle avait été stressée par la déclaration que Mike lui avait faite.

- Tu sais que j'ai un gros examen pour passer pro, bientôt, déclara-t-elle alors pour couper court à la discussion. Il fallait que je m'entraîne. Si je ne passe pas pro, je ne pourrais pas continuer mes études dans cette école, Alex.

- Tu es la meilleure danseuse de l'école, Kara, rétorqua la brune avec scepticisme. Tu aurais pu entrer à Juilliard si tu n'avais pas voulu rester à National City.

- Justement, le talent, ça s'entretient.

Les paroles de la blonde ne suffisaient pas à convaincre son aînée, toutefois, celle-ci n'insistait encore une fois pas davantage. La soirée allait être longue et elle souhaitait la passer avec sa petite-sœur dans une bonne ambiance au lieu de risquer de faire éclater une dispute. Alors, Alex se contentait de s'affaler un peu plus sur le canapé, rivant son regard sur la télé et aussitôt, les muscles tendus de la plus jeune se détendaient. Néanmoins, celle-ci ne parvenait pas à écarter les pensées qu'avaient fait naître le discours de son aînée dans son esprit et, bien vite, elle cessait même d'essayer de le faire, laissant simplement ses souvenirs du doux visage de Lena bercer les battements irréguliers de son coeur.

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Urgences, National City Hospital, National City :

Lena n'en pouvait plus. Cela devait bien faire plus de deux heures qu'elle était allongée sur ce lit, à voir passer de nombreux médecins, tous différents les uns des autres. L'attente lui paraissait interminable et elle se sentait d'autant plus seule maintenant que le dernier spécialiste en date venait de quitter la chambre qu'elle occupait, avec des nouvelles aussi bonnes que mauvaises. Poussant un long soupir, l'athlète portait machinalement sa main sur son crâne pour passer délicatement ses doigts sur la longue entaille que sa chute avait provoquée, et qui était maintenant très discrètement recousue. Ce n'était pas la première fois que la brune vivait une chute sur la glace, toutefois, c'était bien la première fois qu'elle se retrouvait alitée pour cela.

- Est-ce que je peux la voir ?

La voix familière de Sam lui était parvenue depuis l'extérieur de la chambre, grâce à la porte que le médecin avait laissée entrouverte à sa demande. Un petit sourire s'installait sur les lèvres de la brune. Sa solitude s'envolait maintenant qu'elle savait que sa meilleure-amie n'allait pas tarder à la rejoindre.

- Seuls ses proches peuvent la voir pour le moment, déclara la secrétaire, réduisant à néant le mince sourire de l'athlète qui soupirait de plus belle.

- Je suis sa petite-amie, assura Sam avec tellement de conviction que même Lena aurait pu y croire.

Aussitôt, ses sourcils s'étaient froncés sur la déclaration de sa meilleure-amie, quand bien même la brune était plus surprise qu'énervée par la spontanéité de la châtain. Et visiblement, les allégations de cette dernière avaient payées puisque, l'instant suivant, la porte s'ouvrait sur l'ancienne patineuse. Un immense sourire sur le visage, la châtain s'approchait de la brune et se laissait littéralement tombée sur le fauteuil aux côtés du lit. Lena, désabusée, secouait la tête en retenant son amusement. Sam était vraiment un phénomène, et malgré toutes les années qui les unissaient, celle-ci parvenait encore à surprendre la milliardaire.

- Depuis quand on sors ensemble, déjà ? Lança la brune avec une pointe d'humour qui fit rire son interlocutrice.

- Mais depuis toujours, assura la châtain avec un sourire en coin et sur le ton de l'évidence. Je suis ton âme-sœur, tu le sais bien. N'as-tu pas honte de malmener mon petit coeur comme ça ?

Franchement amusée, ce fût au tour de Lena de lâcher un rire franc. Néanmoins, elle lançait un regard réprobateur à sa meilleure amie, qui provoquait un haussement d'épaules de la part de cette dernière. Sam n'était nullement embêtée par son allégation sortie de nulle part, et qui n'avait absolument pas lieu d'être.

- Oh, ne fais pas cette tête, la rabroua la châtain sans se départir de son sourire en coin. Ce n'est pas comme si la place était déjà prise.

Le long silence de la brune fit se hausser les sourcils de sa meilleure-amie dans un air hautement dubitatif. Se pouvait-il que Lena lui ait caché des choses ?

- A moins que tu te sois remise avec Andrea et que je ne sois pas au courant ? Osa Sam avec un regard soudainement réprobateur.

Un franc sourire étirait les lèvres de l'athlète. A vrai dire, la simple raison pour laquelle elle n'avait pas contredit son amie était le doux visage qui s'était insufflé dans son esprit à ce moment-là. Les belles iris azurées qui l'avait transcendée durant son programme ne quittaient pas ses pensées, la faisant imperceptiblement frissonner. Non, il était certain que Lena ne pensait plus à Andrea comme elle avait pu le faire par le passé. La seule personne qui occupait son esprit aujourd'hui était cette charmante inconnue qu'elle ne reverrait sûrement jamais, et elle en était déçue.

- Non, Sam, je n'ai personne, déclara Lena en secouant la tête avec amusement.

Surjouant son soulagement, la châtain s'était empressée de soupirer en portant une main sur son coeur. L'ancienne athlète ne portait pas l'ex-petite-amie de la brune dans son coeur, et en réalité, ça n'avait jamais été le cas.

Un nouveau silence s'installait entre les deux amies, beaucoup plus pesant désormais. Malgré leur petit moment de plaisanterie qui avait fait le plus grand bien à la milliardaire, aucune d'elles n'oubliaient pourquoi elle était là, dans le service des urgences de l'hôpital de National City. Le visage de Sam se décomposait alors, laissant transparaître toute la culpabilité qu'elle ressentait vis-à-vis des événements. C'était elle qui avait élaboré le programme de sa meilleure-amie, c'était elle qui avait insisté pour que la brune fasse ce triple axel après son twizzle et, si elle n'avait pas cherché à effectuer cet enchaînement compliqué, Lena ne serait sûrement pas tombée.

- Je suis vraiment désolée, déclara la châtain en passant une main nerveuse dans sa nuque.

La sincérité dont cette dernière faisait preuve serrait le coeur de l'athlète. La brune n'aimait pas savoir Sam tiraillée et dépourvue de son habituelle joie de vivre. C'était la brune qui était morose en général, pas l'ancienne patineuse.

- Arrêtes, Sam, j'étais d'accord pour qu'on fasse cet enchaînement, soupira Lena dont le regard se perdait automatiquement dans le vague.

- Que t'ont dit les médecins ? Osa demander la châtain en mordant sa lèvre inférieure, réellement soucieuse par l'état de sa meilleure-amie.

- Que j'ai eu de la chance, avoua la brune après un instant d'hésitation. Ils veulent me garder en observation car ils pensent que j'ai peut-être une commotion cérébrale. Quant à ma jambe, ils ont dit que la plaie était profonde mais que comme ça n'a pas touché le tendon, ce n'était pas si grave. C'est surtout ma tête qui les inquiètent.

L'ancienne patineuse acquiesçait. Sans qu'elle ne puisse rien y faire, les images de la chute de la brune lui revenaient à l'esprit, et bien malgré elle, Sam revivait la violence du choc de la tête de Lena contre la glace. La châtain ne pût réprimer une grimace.

- Est-ce que tu te souviens de ce qu'il s'est passé ? Tenta-t-elle avec hésitation en massant nerveusement sa nuque.

- Pas vraiment, soupira Lena. Je me souviens du twizzle, je me revois sauter pour amorcer le triple axel et ensuite... je reviens à moi dans ce lit d'hôpital.

Le regard hagard de l'athlète et ses lèvres pincées indiquaient à Sam toute la concentration dont elle faisait preuve pour se souvenir de l'événement qui l'avait clouée dans cette hôpital. Le coeur de la châtain se serrait sur ce constat, toutefois elle aurait menti si elle disait ne pas être soulagée. L'ancienne patineuse savait parfaitement ce que cela faisait de se retrouver là, après une importante chute et, lorsqu'elle était à la place de Lena, elle aurait vraiment souhaité ne pas avoir de souvenirs. L'ignorance était bien meilleure. Car c'était à cause de ses souvenirs si Sam ne parvenait plus vraiment à patiner désormais.

- Ce n'est pas plus mal, confessa la châtain.

Dans un nouveau soupir, la brune plongeait ses iris verdâtres dans celles, noisettes, de son interlocutrice. En réalité, la dernière chose dont l'athlète se souvenait, c'était d'avoir capté ces profonds yeux bleus dans l'audience... et Lena savait très bien que ça l'avait déstabilisée plus que ça n'aurait dû le faire. Néanmoins, elle ne pouvait décemment pas l'avouer à sa meilleure-amie. Comment aurait-elle bien pu lui raconter une chose pareille ? La brune se sentait stupide. Elle n'aurait jamais dû perdre ainsi sa contenance, sur la glace qui plus était, pour une simple inconnue avec qui elle n'avait échangé que deux mots.

- Tu veux bien rester jusqu'à ce que je m'endorme ? Hésita la milliardaire avec un air penaud. Je déteste être ailleurs que chez moi, et je ne trouverai pas le sommeil si je suis seule.

- Bien sûr, Lee, déclara Sam sur le ton de l'évidence, avec un petit sourire amusé. De toute manière, ce n'est pas comme si quelqu'un m'attendait à la maison, moi non plus.