Note de la traductrice : Voici le chapitre 2 ! Il a mis longtemps à arriver mais j'étais en prépa et entre les écrits et les oraux où j'ai du courir aux quatre coins de la France, j'ai eu assez peu de temps (bien que j'ai commencé la traduction de ce chapitre il y a un moment). J'entre désormais en école d'ingénieur en énergies et je devrais donc avoir plus de temps. J'espère que ça vous plaira et que la traduction est fluide (n'hésitez pas à me dire si quelque chose vous parez étrange). J'ai eu des difficultés à traduire certaines choses, notamment les métaphores entre les souvenirs d'Erza et des cartes et entre son ressenti et la chaussée envahit par la pluie.

Cette histoire vient du compte de wordslinger et vous pouvez trouver le chapitre original ici : s/12795427/2/A-Saturated-Sunrise

Remarque de l'auteur original : A la base, cette histoire était censée être un one shot mais je ne peux pas la laisser comme ça. Je suppose qu'elle me permet de me distraire des autres choses qui ne se passent pas bien pour moi, mais ça n'a pas vraiment d'importance parce que me voilà.

C'est plutôt sombre. J'ai changé le résumé et les tags pour refléter correctement le caractère de l'histoire mais je vais explorer des sujets qui ne sont pas pour les cœurs fragiles.

**Attention, mention de viols ou de référence à un viol, automutilation, suicide, hospitalisation, traitement médical et du mauvais emploi de prescriptions médicales.


« Qu'est-ce qu'il s'est passé ensuite ? » Le Docteur Dreyar n'était pas un homme très grand, plutôt dans la norme. Il avait des cheveux blonds peignés avec soin et n'avait absolument pas une attitude menaçante, d'aucune manière que ce soit. Son expression restait toujours parfaitement neutre durant les sessions et il donnait l'impression d'avoir à la fois une confiance inconditionnée dans tout ce qu'on pouvait lui raconter et un profond scepticisme.

Erza le détestait.

Elle n'aimait pas cette contradiction. Cela semblait faux. Comme s'il la menait en bateau… mais en fait non. S'ouvrir à lui s'avéra difficile. Elle savait qu'il n'y avait aucune raison valable à cela mais le savoir ne l'aidait pas à être moins irritée.

« Euh, je suis rentrée à la maison pour le week-end et je me suis endormie dans mon lit. » Erza gratta la croûte encore rose qui persistait sur son bras.

« Et tu as rêvé du serpent violet et du venin ? »

« Oui. »

« Donc tu es rentrée à la maison de tes parents et est allée au lit directement après ton dernier cours et sans le moindre bagage ? »

« Je- Je suppose. »

« Tu n'es pas sûre ? »

« Je ne sais pas. Je suis quasiment sûre, cela dit. »

Le docteur Dreyar se décala sur sa chaise mais ne trahit aucune sorte d'émotion. Son stylo gratta sur un bloc-note en équilibre sur ses genoux.

« Mademoiselle Scarlet, vous êtes avec nous depuis presque deux mois maintenant. Mon travail est d'évaluer votre situation et d'essayer de vous trouver un traitement adapté. »

Erza remua et essaya de prêter attention.

« A ce stade, nous sommes au-delà de ce que je considère comme un bref trouble psychotique. Ce type de comportement est généralement généré par un stress extrême ou un traumatisme et le temps de rétablissement est d'environ un mois. Ce que je peux observer ici n'est pas différent mais s'ajoute à cela des symptômes tels que les hallucinations, le délire et un cas prolongé de cauchemars intrusifs. » Il fit un geste vers ses bras. « L'automutilation est également un sujet d'inquiétude. »

« Je ne comprends pas ce que vous voulez dire. Est-ce que vous me renvoyez chez moi ? »

« Est-ce que c'est ce que vous voulez ? Vous êtes légalement une adulte. Votre mère a la tutelle mais je n'ai jamais eu l'impression qu'elle vous empêchait de rentrer chez vous si c'est ce que vous vouliez réellement. »

« J'ai peur de rentrer chez moi. »

« Qu'en est-il de l'école ? Est-ce que vous avez déjà eu ce type de crise à l'école ? Peut-être à une plus faible échelle ? »

Les sourcils d'Erza se froncèrent et elle essaya de remanier ses pensées. Si ses souvenirs étaient semblables à des cartes, elle avait l'impression que certaines d'entre elles étaient collées ensemble. Elle avait mal à la tête. Elle gratta de nouveau son bras et elle se concentra sur la rangée de diplômes encadrés derrière le docteur Dreyar.

« Mademoiselle Scarlet. » Dit-il fermement, soudainement très proche. Ses mains se fermèrent autour de son poignet. « Vous saignez. »

« Quoi ? » Les yeux d'Erza tombèrent sur son bras et elle fût choquée de voir qu'elle avait arraché la croûte. Ses ongles avaient assez poussé pour qu'elle puisse avoir du sang en-dessous. « Je- »

« Ces démangeaisons compulsives sont quelque chose que j'avais déjà remarqué mais aujourd'hui vous vous êtes ouverte. Nous discutions de l'école. »

« Je ne me souviens pas. » Elle regarda fixement le sang sécher sur ses ongles et se sentit nauséeuse. « J'ai besoin de me laver les mains. » Murmura Erza.

« Bien sûr. Allons à l'infirmerie et ils verront ce qu'ils peuvent faire pour votre bras. » Le docteur Dreyar se leva et conduisit Erza à l'extérieur de son bureau. Il regarda l'infirmière nettoyer les lacérations, les tamponner de désinfectant et couper ses ongles rapidement.

« Je ne pense pas que tu vas avoir besoin de points, » Marmonna l'infirmière. « mais de nouveaux bandages seront nécessaires. Si cela continue, nous devrons nous attendre à une infection. »

« Je suis désolée. » Erza passa de l'envie de vomir à celle de pleurer. Elle ravala ses larmes. L'humiliation de s'ouvrir violemment son propre bras sans même s'en rendre compte la faisait se sentir petite et enfantine.

« Mademoiselle Scarlet, nous continuerons notre session ce soir. J'aimerai que vous réfléchissiez à notre conversation. Chaque souvenir qui pourrait revenir pourrait être utile. Nous parlerons aussi de votre nouveau traitement. »

« Merci. » Souffla-t-elle. Erza lui jeta un coup d'œil et le regarda se tourner pour partir. Elle aperçut ce qui semblait être un bloc de prescription dans la poche de sa blouse. Dr. Yuri Dreyar, M.D. Ce n'était pas quelque chose d'important mais Erza fût obnubilée par cela.


Le nuage formé par la fumée de la cigarette n'avait pas une odeur qu'elle appréciait mais la personne qui en était à l'origine rendait la puanteur supportable. Il tendit la main pour attraper la sienne et fit courir son pouce sur le bord mal limé de ses ongles. Erza regarda la fumée s'élever et s'enroulait gracieusement du bout de la cigarette.

« Quand est-ce que tu es revenu ? » Demanda-t-elle en tentant de couvrir le bruit de la pluie. A l'intérieur du bâtiment, on pouvait à peine l'entendre mais à l'extérieur, le tambourinement régulier était apaisant. Le carré de ciment était entouré d'eau boueuse qui avançait doucement de l'herbe plus bas. Erza pensa qu'elle pouvait certainement se comparer à cette chaussée.

« A l'instant. »

« Tu as passé un bon week-end ? » La question sonnait maladroite et sans intérêt. Elle lui jeta un regard pour voir que sa joues était rose et rongée et qu'un bandage entouré négligemment son poignet opposé ainsi que le dos de sa main. Il lui fit un large sourire, tordu comme elle avait appris à les aimer à son côté.

« Pas vraiment. » Il tapota le bout de sa cigarette avec son pouce et ne s'embêta pas à essuyer la cendre qui tomba sur la table de pic-nic. « Mon père dit que je suis exaspérant quand je ne suis pas moi-même. » La fumée dans sa bouche étouffa le bruit de son rire. « Ce mélange de médicaments n'est pas mon préféré. »

« Qu'est-il arrivé à ton visage ? »

« J'ai été pris dans une baston. »

« Et ta main ? »

« Un nouveau tatouage. Je pense qu'il est foiré cela dit. »

« Comment tu as fait ça ? »

« J'ai été pris dans une baston. » Elle lui jeta un nouveau regard mais cette fois il souriait. « Qu'est-il arrivé à ton bras ? »

« Je ne sais pas. »Erza fronça les sourcils en regardant son bras et les bandages étaient trop blancs. Trop éclatants. « J'ai eu une séance hier et il me démangeait. »

Jellal fut silencieux pendant un long moment avant de tourner le cul de sa cigarette dans ses doigts et visa vers une flaque d'eau. Elle se brouilla rapidement.

« Tu dois faire plus attention rouge. »

« Je sais. Je ne l'ai pas fait consciemment. »

Il lui sourit et se pencha pour déposer un baiser au coin de sa bouche. « Comme toujours. »


Son tatouage était un rosaire complexe qui encerclait son poignet et se terminait sur le dos de sa main en un crucifix. Le crucifix en lui-même était blanc et noir avec ce qu'elle assuma être seulement la première couche d'ombre les perles étaient différentes. Quasiment entièrement d'un autre style – pas alignées et colorées de manières éclatantes comme un cloisonné. L'encre bavait un peu à la base de sa main mais si on omettait cela, Erza trouvait le dessin magnifique. D'une certaine manière, le blanc et le noir de la croix rehaussait les traces de fusain et de tabac sur ses doigts. Elle posa le bandage sur le côté et lia ses doigts aux siens.

« Tu es croyant ? »

« Non. » Il passa sa main libre dans ses cheveux puis se pencha pour toucher le bout des siens. « Mon père l'est cela dit. Je ne sais pas pourquoi je me suis fait ce tatouage. »

Erza retira les draps qui couvrait sa taille et toucha le tatouage bien plus ancien qui trônait sur ses hanches. Elle ne connaissait quasiment rien sur les cartes de tarot mais elle savait les reconnaître quand elle en voyait. Elles avaient été tatouées horizontalement et empilées.

« Je me suis fait celui-là après que ma mère soit morte. » Dit-il comme si c'était une information triviale. La manière qu'il avait d'être obsédé par ses cheveux qu'il tenait entre ses doigts signifiaient qu'il avait besoin de temps pour réfléchir. « Elle n'était pas une superstitieuse mais ma grand-mère l'était. Ces cartes étaient apparemment un objet de famille. Je crois qu'elles les effrayaient. »

« Ce genre de chose a uniquement le pouvoir que tu leur donnes. » Murmura Erza en traçant la forme des cartes de son doigt. Ce tatouage n'était pas aussi impressionnant que le rosaire mais il l'intriguait tout autant. La carte du dessus représentait la lune et celle du dessous une étoile.

« Dans ce cas, elles leur donnaient trop de pouvoir. »

« Pourquoi tu les as mis sur ton corps ? »

« Parce que j'en avais envie à ce moment-là. J'ai donné le paquet à ma cousine après que ma mère soit partie et la première fois qu'elle les a mélangées, elles sont tombées. Je pensais sûrement que ça voulait dire quelque chose. » Il soupira et regarda vers elle. « Je n'arrive pas à m'en souvenir. »

« Pourquoi sont-elles sur le côté ? »

« Parce que la signification des cartes est différente en fonction de si elles sont dans le bon sens ou à l'envers. Si elles sont sur le côté - »

« Une lecture de tarot façon Schrödinger ? » Proposa Erza avec un ton amusé. Il sourit et la tira de nouveau contre lui.

« Quelque chose comme ça. »

Erza prit son poignet et passa son pouce sur la peau boursouflée. « C'est supposé être si inflammé ? »

« Probablement pas. J'arrête pas de demander quelque chose pour ça. » Jellal roula sur le côté et Erza le laissa retirer les bandages de son bras. « Ça a l'air d'aller un peu mieux. »

« Ça démange encore. »

« Ça s'appelle la cicatrisation, rouge. »

« Je dois partir bientôt. » Elle n'aimait pas rester trop longtemps. La peur de l'exposer aux paysages dantesques de ses rêves empêchait Erza de dormir avec lui.


« Quand vous avez été admise ici, vous nous avez d'abord parlés d'un serpent violet et vénéneux. » Le docteur Dreyar ne regardait pas ses papiers comme la plupart des médecins pouvait le faire et Erza pensa qu'elle serait certainement plus à l'aise s'il le faisait. « Depuis lors, cela a changé. »

« Oui. » Admit-elle dans un murmure.

« J'aimerai explorer cela. »

« Hum, et bien, il y a une femme parfois. Elle… ne ressemble pas vraiment à un humain. » Erza tripota l'ourlet de son T-shirt. « Elle a des griffes. »

« Est-ce qu'elle vous blesse de la même manière que le serpent le faisait ? »

« Elle me touche. Ce n'est pas comme avec le serpent. Elle me fait ressentir des choses. »

L'expression du Docteur Dreyar ne changea pas.

« Des fois, c'est horrible. Douloureux mais pas comme du poison. D'autres fois, elle euh… Ce n'est pas… horrible. » Erza se tortilla sur sa chaise. Elle n'aimait pas décrire ce que la femme lui faisait. C'était sale et dégradant. « C'est bien. Je veux dire, c'est le contraire de mauvais. »

« Est-ce que vous pouvez être un peu plus spécifique. »

« C'est presque... » Erza couvrit ses bras de ses mains et les serra. « C'est un peu comme du sexe. » Souffla-t-elle. « Mais je déteste ça. » Des larmes de gêne débordèrent de ses yeux et elle sera ses bras plus fort.

« Est-ce que vous assimileriez ça à une agression physique ? »

« Oui. Mais elle n'a jamais… Je veux dire, elle n'est jamais... » Elle souffla de frustration, espérant que les mots sortent juste une bonne fois pour toute. Ce n'était que des mots.

« Mademoiselle Scarlet, ce que vous décrivez ressemble un peu à une agression sexuelle. » Son expression ne changea toujours pas même lorsqu'il prononça les mots agression sexuelle. Erza savait bien ce que cela voulait dire. Un peu comme un viol. « Je pense que nous devrions essayer de nous concentrer sur la nuit où vous avez eu votre premier rêve. »

Erza avait l'impression qu'un lourd poids pesait sur sa poitrine. Elle peinait à respirer correctement.

« On va tenter de cartographier votre journée. On va commencer par quand tu t'es réveillée le matin. »

« J'avais trois cours de jour-là. » Dit-elle doucement, le poids sur sa poitrine s'évaporant un peu. Ces choses ce sont déjà passés, se dit-elle. Elles ne peuvent plus t'atteindre. « J'ai pris mon petit déjeuner un peu tard donc j'ai sauté le déjeuner. »

« Est-ce que tu as passé du temps avec des amis ? »

« Ouais, je pense que j'ai vu mon amie Kagura avant mon dernier cours. » Erza cligna des yeux rapidement, essayant de faire durer les bons souvenirs le plus possible. Ceux qui amenaient les démangeaisons. « Elle voulait me voir plus tard et parlait de samedi. »

« Donc votre plan original n'était pas de retourner chez votre mère pour le week-end. »

Erza cligne des yeux. « Quoi ? »

« Vous avez dit auparavant qu'après votre dernier cours, vous étiez rentrer directement chez votre mère en voiture et que vous avez été vous coucher. »

« Je n'ai pas dit ça. »

« Si, vous l'avez dit. Ce n'est pas ce qu'il s'est passé ? »

« Non. » Les mots sortaient mollement. Ils collaient à son palais et à ses dents à la manière de ses bonbons au caramel préférés. « J'étais supposé rejoindre Kagura et quelques amis au lac samedi. Pourquoi est-ce que j'aurais... » La voix d'Erza se fit de moins en moins audibles et elle gratta distraitement son bras.

« Que s'est-il passé après votre dernier cours ? Où êtes-vous aller immédiatement après avoir quitté l'amphithéâtre ? »

« A mon dortoir. »

« Et que s'est-il passé ensuite ? »

Erza fronça les sourcils en regardant la table entre elle et le Docteur Dreyar. Elle fixa du regard le motif du fil du bois et se demanda s'il avait choisi la table lui-même ou si elle appartenait à l'hôpital.

« Mademoiselle Scarlet. »

« Euh oui, j'ai été chercher quelque chose à manger. » Erza se concentra sur sa main – celle qui reposait ouverte sur son genou. Elle se souvenait du papier qui enveloppait son sandwich. Il avait une couche de papier jaune et le logo du restaurant imprimé dessus. Il y avait un sticker blanc dans le coin. Sur le devant, on pouvait lire Sans Oignions en lettres noires et épaisses. « J'ai pris un sandwich. » Souffla-t-elle. « Sans oignions. »

« Nous ne sommes pas pressés Mademoiselle Scarlet. Prenez votre temps et tentez de vous rappeler ce qu'il s'est passé. »

« J'étais en train de marcher et de manger. » Sans Oignions. Sans Oignions. Sans Oignions. « J'avais demandé plus de tomates et je m'en suis mise sur les doigts. »

Un coup de tonnerre à l'extérieur fit s'entrechoquer les battants des fenêtres mais Erza ne pouvait pas regarder ailleurs que ses doigts.

« Il avait des cheveux violets. » Murmura-t-elle.

« Qui avait des cheveux violets ? »

« Et elle portait un masque d'Halloween, je crois. Le genre de masque qu'on porte aux fêtes chics plus ou moins. »

« Un bal masqué ? » Demanda le Docteur Dreyar avec prudence.

« Ouais. J'ai fait tombé mon sandwich et- » Erza s'interrompit et ferma les yeux. Elle essaya de se concentrer sur les cheveux violets et le masque mais elle ne pouvait pas. A la place, elle se rappela un vélo. Sa roue avant était en l'air et tournait encore et encore. Il y avait des perles jaunes et roses qui claquaient les unes contre les autres tandis que la roue ralentissait. « Je ne sais pas. »

Le Docteur Dreyar s'éclaircit la gorge et tapota l'écran de son téléphone qui vibrait sur la table basse.

« J'ai bien peur que le temps soit écoulé pour aujourd'hui Mademoiselle Scarlet mais nous avons fait d'importants progrès. Vous semblez avoir un trou dans vos souvenirs. Je vous encourage à y réfléchir un peu mais il est important de ne laisser aucun traumatisme de côté. »

« Un traumatisme ? »

« Parfois, l'esprit supprime les souvenirs d'événements traumatisants. Recouvrir votre mémoire pourra peut-être aider votre rétablissement. »

Erza se leva brusquement et fuit le bureau. Le Docteur Dreyar n'essaya pas de l'arrêter.


Quand elle le trouva à l'extérieur, Jellal était gris. Sa cigarette était une colonne de cendres entre ses doigts et il ne fit aucun mouvement pour la saluer quand elle l'a prise pour la jeter dans une flaque.

« Ça fait des jours qu'il pleut. » Souffla-t-elle. « Je crois que c'est à cause de ça que mon bras me démange. »

Jellal ne dit rien. Il laissa sa main glisser de là où elle reposait sous son menton jusqu'à sa cuisse où il toucha ses mains. Elle le laissa prendre sa main et tapota ses doigts sur la table pour essayer de penser à autre chose que la roue du vélo et les perles roses et jaunes qui tournait dans son esprit.

Erza se réveilla dans un bain de sang. Ça collait à ses cheveux et ça détrempait ses draps. Elle hurla jusqu'à avoir l'impression que sa gorge se déchirait. Des mains l'attrapèrent et essayèrent d'immobiliser ses bras qui s'agitaient dans tous les sens de manière frénétique.

Une infirmière cria par-dessus son épaule. « Appelez une ambulance. »

La pièce tournait quand bien même elle était immobile. Sa peau lui faisait mal. Son bras… ne la démangeait plus. Une main se referma sur son poignet et trempa son bras dans quelque chose de froid. Elle crut avoir crié encore mais elle n'en était pas sûre.

La voix du Docteur Dreyar était quasiment noyée parmi les sons de roue grinçant et de porte se claquant et la lumière rouge éclatante l'aveuglait presque. Erza ferma ses yeux le plus fort possible mais elle pouvait toujours voir ses mains. Elles étaient couvertes de cicatrices et le tintamarre ambiant se limita à deux voix – un homme et une femme. Ils étaient en train de la toucher et Erza sentit l'horrible tiraillement des crocs du serpent et quelque chose d'autre. Quelque chose de bon.

Le sang battait à ses tempes et elle sentait le goût du sang se rependre dans sa bouche. Erza détourna le regard pour ne plus voir l'homme ayant une cicatrice sur l'œil et la femme au masque. Tout ce qu'elle pouvait voir à présent était un vélo renversé avec des perles qui glissaient de haut en bas sur les rayons. Clack… Clack… Clack…


Elle n'avait pas quitté sa chambre depuis deux jours quand elle sortit enfin après minuit. Les doigts d'Erza caressèrent le nouveau bandage de son bras ainsi que celui sur son cou, à la base de son crâne.

« Je ne sais pas, rouge. » Soupira-t-il, essuyant une larme qu'elle n'avait pas senti couler. « Qu'est-ce que je peux faire ? »

Erza s'arracha à la contemplation de la grande fenêtre qui ornait le mur opposé. Il n'était pas gris aujourd'hui. Son sourire était triste mais la faisait se sentir mieux que n'importe quoi d'autre.

« Je me suis de nouveau blessée. » Murmura-t-elle. D'autres larmes s'échappèrent de ses yeux et gouttèrent le long de son menton. « Je ne sais pas ce qui m'est arrivée auparavant mais ça ne peut pas être pire que tout ce qui m'arrive maintenant. »

Les doigts de Jellal tracèrent le pansement carré sur sa nuque.

« Tu ne devrais pas être là. » Même si elle venait de dire cela, elle savait qu'elle ne lui demanderait pas de partir.

« Pourquoi pas ? »

« Parce que je pourrais te blesser aussi. »

« Tu ne peux pas me blesser, rouge. Personne ne peut me blesser plus que je ne me blesse moi-même. »

« J'ai blessé ma mère. Elle a pleuré hier quand on était à l'hôpital. »

« Elle t'aime. »

« Je sais. Peut-être que je la blesserais moins si elle m'aimait moins. »

Il soupira et glissa un bras autour de ses épaules. Quand elle parla ensuite, le haut de pyjama bleu du garçon était trempé de larmes.

« Je suis fatiguée. »

« Je n'arrive pas à croire que tu sois réveillée. » Dit-il avec un autre sourire. « J'ai vu ton dossier médical. Ils t'ont donnée assez de médicaments pour assommer une vache. »

Erza grimaça. « Je n'ai pas pris mes somnifères. »

Jellal ne dit rien. Il relâcha son étreinte et ouvrit le tiroir de la table de nuit. La surface des pilules semblaient irrégulières et l'enrobage en partie dissout, dû au fait qu'elle les avait garder un certain temps sous sa langue. Il les pris dans sa paume et les lui tendit.

« Tu devrais trouver un meilleur endroit pour les cacher si tu veux sauter une dose. Ils regardent toujours dans les tiroirs et sous les oreillers en premier. »

« Et si jamais je refais une crise ? »

« Alors j'appellerai une infirmière. Tu as besoin de dormir. »

Erza ferma ses yeux et les avala sans eau. Ils étaient plus amères et elle sentit instantanément la panique monter dans son estomac. Peut-être que si elle les vomissait maintenant-

« Allez. » Sussura-t-il. « Je reste jusqu'à ce que tu t'endormes. »

« Et ensuite tu t'en iras ? »

« Yep. Je te promets que je partirai. Tu ne me blesseras pas. »

Elle se coucha sur le côté et tira les draps jusqu'à son menton. Jellal s'installa contre le mur au pied de son lit et lui fit un grand sourire.

« Si j'avais su que je resterais, j'aurais amener mon bloc à dessins. »

« Désolée. »

« C'est pas grave. Je sais que tu n'as pas beaucoup manger au dîner. Les pilules seront efficaces et agiront rapidement. »

« Comment tu sais ? »

« Parce que je les ai déjà pris ceux-là. Tu vas te sentir à deux de tension demain matin mais le sommeil en vaut la peine."

« Parle-moi de ta mère. » Erza le regarda détourner son regard vers la fenêtre. La lune était toujours cachée par de gros nuages présageant la pluie mais la pâle lumière qu'elle pouvait tout de même apercevoir accentuait les traits de sa nuque et son menton. « Si tu veux bien. Je suis désolée, je n'ai pas réfléchi- »

« Je ne lui ressemble pas beaucoup. » Dit-il dans un chuchotement brusque. « Je me disais souvent que ça devait être pour ça qu'elle avait toujours l'air triste. » Jellal croisa ses bras derrière sa tête et soupira. « Ce n'était pas vrai, cela dit. Mon père disait toujours qu'elle était magique. »