Chapitre 18

« Tu es sûre ? Ça ne te dérange vraiment pas ?

— Ne vous inquiétez pas, professeur, assura Flayn. J'ai beaucoup de choses à raconter à mon père, ce sera l'occasion de rattraper le temps perdu ! À vrai dire, la seule chose qui m'inquiète, c'est Grenat. Y a-t-il quelqu'un pour la surveiller ?

— Julienna veille sur elle. Gustav passera aussi de temps en temps.

— Alors tout va bien ! »

La jeune femme afficha un immense sourire, auquel Beleth répondit timidement. Elle avait prévu de retrouver ses anciens élèves dans les appartements de Dimitri pour leur expliquer… énormément de choses. Par acquit de conscience, elle avait voulu y inviter Flayn parce qu'elle avait été dans sa classe et qu'elle avait noué des liens d'amitiés avec les autres, même si sa présence l'aurait mise mal à l'aise. Que Flayn ait prévu de passer le reste de la soirée avec Seteth la soulageait, plus qu'elle ne l'aurait voulu. Elle ne voulait pas cacher des choses à la jeune femme à qui elle devait tant. Pourtant, ce qu'elle avait appris au cours de ses dernières années remettait en cause des principes sacrés de l'Eglise, auxquels Flayn était énormément attachée. Beleth savait que Flayn savait bien plus de choses que sa jeune apparence ne laissait croire et elle ne tenait à lui demander des explications, même si c'était une conversation qu'elles devraient avoir tôt ou tard.

Seteth attendait au bout du couloir. Flayn le rejoignit en courant et fit de grands signes à Beleth pour lui dire au revoir. Elle le lui répondit par un geste beaucoup plus timide. Beleth croisa alors le regard de Seteth, fermé et austère. Un peu comme celui qu'il arborait lors de leur première rencontre. Beleth soupira. Elle ne savait pas si durant les quelques jours que durerait le Grand Conseil, elle aurait l'occasion de se retrouver seule avec Seteth mais elle redoutait à l'avance cette rencontre.

Elle se dirigea vers les appartements d'Ingrid et Sylvain. Grenat passerait la nuit chez eux, avec les jumeaux Gautier, surveillée par les gardes Gautier et Galatea, ainsi que par Julienna. Beleth était infiniment reconnaissante envers Sylvain et Ingrid d'avoir permis à ce que Grenat puisse passer la nuit chez eux et non pas seule dans leurs appartements. Même si la sécurité du château était au plus haute à cause du Conseil, elle craignait toujours une attaque-surprise.

La chambre était plongée dans le noir, seul un léger rai de lumière en provenance de l'antichambre l'éclairait. Beleth pouvait entendre la respiration endormie des trois enfants. Elle s'assit sur le lit de sa fille et lui caressa doucement les cheveux (qui avaient retrouvé leur couleur noire). L'humeur de Grenat s'était nettement améliorée depuis qu'elle avait discuté avec son père au sanctuaire. Beleth et Dimitri faisaient en sorte qu'elle passe le plus de temps possible avec son père, mais en raison des préparatifs du Grand Conseil, Dimitri n'avait pas pu voir Grenat aussi souvent qu'il l'aurait souhaité.

« Professeur ? »

Julienna se tenait dans l'encadrement de l'antichambre, visiblement sur le qui-vive.

« J'ai entendu du bruit, se justifia la Duscurienne. J'ai cru à une intrusion.

— Non… ce n'est que moi Julienna. Je voulais voir Grenat. »

La jeune femme prit alors place dans un des fauteuils de la chambre. Beleth la suivit du regard.

« Merci de prendre soin d'elle, chuchota-t-elle à l'adresse de Julienna.

— Ce n'est rien, Professeur. J'ai une dette envers vous, vous savez. Sans vous, je serais morte face à ces intrus. Protéger votre fille est le moins que je puisse faire. »

Beleth esquissa un sourire. Depuis peu, Julienna avait repris l'habitude de ses anciens élèves de l'appeler professeur, quand bien même elle ne l'avait jamais eu pour élève. Après avoir remercié une nouvelle fois Julienna et lancé un dernier regard à Grenat, Beleth quitta la chambre en fermant doucement la porte derrière elle.

« Elle dort ? »

Dimitri s'était glissé derrière elle. Beleth se tourna vers lui et hocha la tête. La déception se lut sur son visage.

« J'avais espéré arriver avant qu'elle ne s'endorme, soupira-t-il. »

Toute la journée, il avait croulé sous les obligations royales entre l'accueil des invités, les ordres à donner aux chevaliers, la sécurité de la ville et le banquet à présider. Il avait attendu avec impatience le soir, espérant passer quelques minutes avec son enfant.

« Je suis désolée, fit Beleth en posant une main sur sa joue. Elle dormait déjà quand je suis arrivée.

— Ce n'est pas grave, j'essaierai de passer demain matin. Mais toi, est-ce que ça va ?

— Je me sens… nerveuse. »

Dimitri aurait aimé la rassurer, mais il se sentait aussi nerveux qu'elle. Il n'avait qu'une vague idée de ce que Beleth pouvait leur raconter, mais il savait que cela allait profondément heurter sa façon de voir le monde.

« Tout se passera bien, lui murmura-t-il malgré tout. »

Beleth lui sourit, consciente qu'il redoutait autant qu'elle cette discussion. Main dans la main, ils se dirigèrent vers le salon privé où se déroulerait leur petite réunion. Des éclats de conversations étouffées leur parvenaient à travers la porte. Beleth lâcha la main de Dimitri, prit une grande inspiration, et entra.

Ils étaient tous là. Ses anciens élèves, et même quelques-uns qu'elle avait côtoyés de loin en loin. Sylvain, Ingrid, Félix, Ashe, Annette, Mercedes, Dedue, Dorothea, Ferdinand, Lorenz, Caspar et Marianne, mais aussi Constance, Hilda, Linhardt et bien entendu, Claude qui les avaient rejoints. Cela faisait beaucoup de monde. Beaucoup de personnes qui d'ici quelques heures sortiraient avec plus de questions que de réponses, seulement, cette fois-ci, elle ne les aurait pas, les réponses.

« Professeur ! lança Caspar quand elle entra. C'est vrai que vous viviez à Dagda ? Pourquoi ? »

Le guerrier se tint devant elle de toute sa carrure et fronçait les sourcils. Beleth resta quelques secondes muette, prise de court par l'interrogation.

« Ce… C'est vrai, je vivais à Dagda. Avec Flayn. On avait ouvert un comptoir de mercenariat. »

Ceux qui venaient d'arriver à Fhirdiad et qui n'avaient pas connaissance des récents événements la regardèrent avec encore plus de surprise, mais également avec une pointe de ressentiment.

« Pourquoi partir si loin ? s'exclama Hilda.

— Je… j'avais besoin de m'éloigner de Fódlan…

On s'est tous beaucoup inquiété, vous savez !

— Navré d'interrompre les retrouvailles, intervint Félix, mais nous avons beaucoup de choses à nous dire et la nuit ne sera pas assez longue si nous perdons du temps en bavardages. »

Beleth fut reconnaissante de l'intervention de Félix, bien qu'elle sache que ce n'était que partie remise. Ses anciens élèves allaient encore l'interroger.

Toujours était-il que l'arrivée du roi et de Beleth avait comme sonné la fin des festivités. Les conversations avaient cessé et chacun s'était rassis. Dimitri s'installa dans un grand fauteuil au centre de la pièce, Beleth prit place à ses côtés, se tordant nerveusement les mains. Elle avait la gorge terriblement sèche.

« Tout d'abord, commença Dimitri, merci d'avoir accepté de venir à cette réunion. Cela fait très longtemps qu'on ne s'était pas rassemblé ainsi. J'aurais aimé que cela soit dans des circonstances plus joyeuses, malheureusement, certains d'entre vous le savent déjà, nous avons une nouvelle menace qui se profile à l'horizon.

— Laquelle ? s'enquit Hilda.

— Les anciens alliés de l'Empire, les Serpents des Ténèbres. »

L'atmosphère qui, quelques minutes plus tôt, était détendue et joyeuse devint subitement lourde et pesante. Des regards inquiets, choqués et où se lisait la crainte se croisaient.

« Les alliés d'Edelgard… maugréa Caspar.

— Ils ont refait surface ? interrogea Marianne.

— Oui, confirma Félix, il y a quelques semaines, ici même à Fhirdiad en attaquant le professeur et sa fille. »

Une vague d'étonnement passa dans le groupe. Beleth eut du mal à savoir ce qui surprenait le plus ses anciens élèves : le retour des Serpents des Ténèbres ou bien qu'elle ait un enfant. Fort heureusement, Félix n'avait désigné Grenat que comme sa fille, sans donné plus de détails. Pour le moment.

« Ils se sont introduits chez Mercedes… ajouta-t-elle. Nous n'étions que toutes les deux. On a réussi à s'en sortir grâce à Julienna.

— Il n'y avait pas de gardes ? s'exclama Caspar. La maison de Mercedes est à côté d'un orphelinat, non ? Et c'est sur une grande place ! Il aurait dû y avoir des gardes !

— Il aurait dû y en avoir oui. Mais ils ont réussi à soudoyé le commandant de la garde civile pour qu'ils laissent ce secteur sans surveillance, expliqua Dimitri.

— Ils en sont déjà là… murmura Claude. »

Le silence s'installa, lourd et pesant et déjà tellement imprégné des craintes et inquiétudes.

« Linhardt, fit Dimitri, vous êtes le seul d'entre nous à les avoir côtoyés de près quand vous étiez dans l'armée impériale. Pouvez-vous nous en dire plus sur eux ? »

Linhardt, fidèle à son habitude, poussa un long bâillement avant de répondre.

« Je n'ai pas grand-chose à vous dire de plus que vous ne savez déjà, soupira-t-il d'un ton monocorde. Ils nous ont aidés en nous fournissant des hommes supplémentaires, des mages principalement, des bêtes démoniaques et quelques machines que, personnellement, je n'avais jamais vues auparavant. Ils étaient sous les ordres directs du seigneur Arundel et pour ce que j'ai compris, c'est grâce à lui qu'ils nous ont rejoints. Hubert se méfiait énormément d'eux et comme vous le savez, ils ont purement disparu après que vous ayez pris le palais impérial. »

C'était un bref résumé de ce qu'ils avaient appris après la guerre sur ce mystérieux groupe. Les recherches que Dimitri avait commanditées après la guerre n'avaient rien apporté de plus, pas plus que celles menées par Linhardt.

« J'aurais aimé vous en dire plus, continua l'emblémencien. Malheureusement, le reste de l'armée impériale n'en savait pas beaucoup plus. Edelgard nous a dit que c'était des alliés, ils contribuaient à l'effort et nous avons remporté de nombreuses victoires grâce à eux. Cela suffisait pour le commun des soldats.

— Même si ce cher Hubert s'en méfiait ? tiqua Sylvain.

— C'était le rôle d'Hubert de se méfier de tout le monde, répondit Linhardt du tac au tac.

— J'ai quitté l'Église pour enquêter sur eux, intervint Beleth. J'en ai appris beaucoup et ça a même failli me couter la vie. »

Elle attrapa son épaule droite, là où la marque du sort qui l'avait frappée persistait.

« Je ne peux malheureusement pas vous dire d'où ils viennent, continua-t-elle, mais je peux vous éclairer sur quelques-uns de leur objectif et de leurs actions, tout du moins de ce que j'ai réussi à comprendre. Je n'ai quasiment aucune preuve de ce que j'avance, ce sont surtout des théories. Je pense toutefois ne pas être loin de la vérité. »

Beleth sentit tous les regards tournés vers elle. Si la situation n'était pas aussi dramatique, elle aurait pu se croire de retard à Garreg Mach, du temps où elle était professeur. Elle prit une profonde inspiration et commença son récit.

« Ce groupe s'intéresse de très près aux emblèmes, commença-t-elle. En particulier les emblèmes rares comme celui de Flayn… ou le mien. J'ai de bonnes raisons de penser qu'ils ont des connaissances extrêmement vastes sur les emblèmes, leurs fonctionnements ou leur transmission. »

Quelques uns échangèrent des regards surpris, tandis que d'autres fronçaient les sourcils, intrigués.

« Que voulez-vous dire ? fit Claude, le menton appuyé sur sa main. »

Beleth déglutit et prit une nouvelle inspiration.

« Vous connaissez tous, je suppose, la révolte des Hrym. »

Ils hochèrent la tête, à l'exception de Ferdinand qui baissa les yeux, mal à l'aise.

Les Hrym étaient une ancienne famille noble de l'Empire. Presque trente ans auparavant, ils avaient tenté de faire sécession d'Adrestia et de rejoindre l'Alliance de Leicester, soutenu dans leur tentative par la maison Ordelia. Cette rébellion avait été violemment réprimée par l'empereur Ionnus IX. En guise de châtiment, il exécuta tous les héritiers directs des Hrym qui se retrouvèrent contraints d'adopter pour préserver leur nom. Quant au territoire, il avait été confié au duc Aegir, alors chancelier impérial, puis au baron Arundel après la disgrâce du duc. La population avait payé cher l'erreur de leur suzerain. Le duc Aegir avait criblé les gens de taxes toutes plus étouffantes les unes que les autres. Loin d'améliorer leur sort, Arundel avait continué à prélever ces impôts exorbitants, mais toujours en utilisant le nom d'Aegir, quand bien même ce dernier avait été démis de ses fonctions.

Cette découverte avait été un véritable choc pour Ferdinand qui, sans être particulièrement attaché à son père, avait grandi avec une haute opinion de sa famille et de sa fonction. Feu le duc Aegir avait tout fait pour cacher ses agissements à son fils. Alors, lorsque Dimitri l'avait nommé gouverneur d'Adrestia, il fit tout ce qui était en son pouvoir pour réparer les méfaits de son père et d'Arundel sur le territoire Hrym.

« Quel est le rapport entre… commença Caspar, avant que Linhardt ne le fasse taire d'un geste.

- Les Hrym avaient reçu le soutien de la famille Ordelia de l'Alliance, continua Beleth Or, une fois la révolte maitrisée, l'Empire demanda réparation à l'Alliance et notamment aux Ordelia. En conséquence, un groupe mystérieux a investi le comté Ordelia. »

Piqué par la curiosité, Claude se redressa légèrement sur son fauteuil, tandis que Lorenz fronça les sourcils.

« Ce groupe, ce n'était ni plus ni moins que les Serpents des Ténèbres. Avec le soutien de l'Empire, ils se sont installés dans le comté et ont commencé à pratiquer… des expériences… sur les enfants… »

Sa voix se brisa en prononçant les derniers mots. Elle baissa les yeux. Ses mains se serrèrent et elle devinait les regards horrifiés de ses anciens élèves. Elle prit néanmoins une dernière inspiration et poursuivit.

« Lysithea faisait partie de ces enfants. Ils sont arrivés sur leur territoire, les ont enfermés dans des caves et ont mené leurs expériences. Les Ordelia étaient totalement impuissants, ils étaient prisonniers de leur manoir, ils ne pouvaient rien faire. Tous les enfants qui servaient de cobaye sont morts, sauf Lysithea. Leur expérience a réussi avec elle. »

D'effroi, Marianne, Hilda et Annette se plaquèrent les mains contre la bouche. Ferdinand détourna le regard tandis que Constance lui attrapa le bras, sous le choc. Caspar et Ashe affichèrent des visages où se mélangeaient l'horreur et la colère. Dorothea avait les larmes aux yeux, Mercedes, Ingrid, Linhardt, et Dedue baissèrent les yeux, consternés. Félix et Dimitri échangèrent un regard plein de sous-entendus tandis que Claude et Lorenz se prirent la tête dans les mains, un air coupable sur leur visage. Quant à Sylvain, il exprima à voix haute ce que beaucoup pensait tout bas.

« Comment est-ce que cela a pu arriver ? s'écria-t-il en se tournant vers Claude et Lorenz. Comment l'Alliance a-t-elle pu laisser ces gens entrer chez les Ordelia ? Pourquoi est-ce qu'elle n'a pas réagi en voyant que tous ces enfants mouraient ?

— L'Alliance n'a jamais fonctionné comme le Royaume ou l'Empire, défendit Lorenz. C'était confédération de nobles indépendants les uns des autres et où chaque territoire avait ses propres lois. Les nobles les plus influents faisaient tout pour garder leur rang et ceux moins fortunés n'hésitaient pas à comploter pour en écarter d'autres. La Maison Ordelia a choisi de son propre chef de soutenir les Hrym. Les autres familles nobles ont sans doute préféré rester en retrait quand les choses se sont gâtées afin de pouvoir occuper la place des Ordelia. »

Mais on sentait clairement au ton de sa voix que cette conduite passée le répugnait. Malgré sa haute idée de la noblesse et une confiance en lui un peu trop prononcée, Lorenz était un homme bon qui désirait aider les gens dans le besoin. Il avait beaucoup donné pour aider à reconstruire Faerghus et Adrestia, ravagés par la guerre, et était à l'origine de nombres de lois censés aider les gens les plus infortunés. C'était à ses yeux, le véritable but de la noblesse.

« J'ai fait des recherches sur cet épisode quand je suis arrivé à Deirdriu, reprit Claude. L'idée générale était que laisser les Ordelia aux mains de l'Empire évitait une guerre ouverte contre eux. Mais personne n'avait la moindre idée de ce que cela signifiait. »

Il se tourna ensuite vers Beleth, le regard perçant.

« Est-ce à cause d'eux que Lysithea est morte ? demanda-t-il. »

Elle hocha lentement la tête.

« Oui…

— Depuis combien de temps connaissez-vous cette histoire ?

— Longtemps. Lysithea m'en a parlé quand j'étais encore à l'Académie.

— Pourquoi n'avez-vous rien dit ?

— Elle m'avait fait promettre de garder le secret.

— Leurs expériences portaient sur les emblèmes ? »

L'intervention de Linhardt interrompit Claude dans son interrogatoire, au grand soulagement qui ressentait toute la pression de son entourage.

« Sur les emblèmes, oui, répondit-elle. Ils faisaient des recherches sur les emblèmes et essayaient de découvrir si un humain pouvait porter deux emblèmes. Lysithea… possédait ces deux emblèmes. »

Un lourd silence s'abattit dans le salon privé. Un silence où l'on pouvait deviner la stupeur et l'incompréhension chez les personnes présentes.

« Deux emblèmes ? fit Caspar, la voix tremblante. Mais c'est pas possible ça, non ?

— La Déesse offre les Emblèmes à ceux qu'Elle juge dignes, reprit Marianne. Elle ne peut pas offrir deux emblèmes à une personne !

— Cela n'a rien à voir avec un quelconque don divin ! rétorqua Félix. On parle d'expérience sur des êtres humains !

— Deux emblèmes pour une même personne… fit pensivement Linhardt. Je n'aurai jamais cru cela possible. »

Un nouveau silence pesant s'installa. Il n'y avait guère que Linhardt, Claude et Dedue pour prendre cette révélation avec un calme relatif. Pour tous les autres, c'était un choc sans nom. Ils avaient grandi en ayant en tête que les emblèmes étaient des dons de la Déesse, une façon pour Elle de distinguer Ses élus. Si un groupe venu de nulle part arrivait à faire ce que même la Déesse ne pouvait faire alors qui étaient-ils et que pouvait-on faire contre eux ? N'étaient-ils pas eux aussi des sortes de dieux ?

« Elle portait un emblème mineur de Gloucester et un emblème mineur de Charon, poursuivit Beleth. Linhardt a raison de s'interroger. Un humain ne peut pas porter deux emblèmes, c'est impossible. Lysithea a payé le prix cher ses deux emblèmes, son espérance de vie a été drastiquement réduite.

— Et il n'y avait aucun moyen de la soigner ? interrogea Mercedes. »

Beleth se crispa sur son fauteuil, les lèvres pincées. Dimitri se redressa, remarquant son malaise.

« Je… j'ai essayé, expliqua-t-elle. Quand j'étais archevêque, j'ai chargé Hanneman de chercher un moyen de lui retirer ses emblèmes. On pensait que c'était le moyen le plus sûr pour lui sauver la vie. Malheureusement, ses recherches ont été découvertes et les cardinaux se sont opposés à ce qu'il les poursuive.

— Je ne comprends pas, intervint Annette, si cela permettait à Lysithea de guérir…

— Toi et Hanneman avez gardé les recherches secrètes, fit Dimitri. »

Beleth hocha la tête.

« J'avais fait la promesse à Lystithea de n'en parler à personne. Hanneman le savait lui aussi, c'est pour cela que je me suis tourné vers lui. Mais je savais aussi que les cardinaux et toute une frange de l'Église seraient opposés à ses recherches. Comme l'a dit Marianne, les Emblèmes sont considérés comme un don de la Déesse, et on ne s'interroge pas sur les dons de la Déesse. Les recherches d'Hanneman auraient dépassé les limites de ce qu'autorisait l'Église.

— Et vous ne pouviez pas changer ça en tant qu'archevêque ? interrogea Linhardt.

— J'ai insisté. J'ai tenu tête aux cardinaux en prétextant que ces recherches pouvaient aider bien des personnes. Les plus radicaux ont alors fait appel à Rhea qui est intervenue en leur faveur.

— Mais Dame Rhea s'était retiré, non ? fit Ashe.

— Elle est revenue, spécialement pour cette affaire. J'ai été forcé de réfléchir à un compromis. Sauf que pendant ce temps-là, le bureau d'Hanneman a été fouillé et ses recherches détruites. Quelques jours plus tard, Lysithea est venue me voir pour me demander de la permission de donner son titre de noblesse à quelqu'un d'autre. »

Beleth conclut avec un sourire amer. Elle se rappellerait toute sa vie cette entrevue avec Lysithea. Elle l'avait supplié d'attendre, lui avait répété avec la force du désespoir qu'ils allaient trouver un moyen de la sauver. Lysithea ne changea pas d'avis. « Merci d'avoir essayé, professeur. » avait-elle dit. Elle le lui avait répété sur son lit de mort. Des années après, elle se sentait toujours affreusement coupable d'avoir été incapable de sauver son élève. Et elle était toujours furieuse de la manière dont Rhea et les cardinaux s'étaient opposés à elle.

Elle soupira de nouveau. Elle pouvait sentir le trouble qui avait commencé à percer chez ses anciens élèves et elle appréhendait la suite. Dimitri, quant à lui, ne quittait pas Beleth des yeux. Il se rappelait ce qu'elle lui avait confié quelques jours plus tôt, sur la mort de Lysithea très liée aux Serpents des Ténèbres. Il était loin d'imaginer que cela cachait une pareille tragédie. Ces informations étaient d'une importance capitale et mettaient davantage en lumière la dangerosité de cette organisation tapie dans l'ombre.

« Est-ce que tu sais… commença Dimitri, la voix éteinte, si d'autres personnes ont subi leurs expériences ?

— Au moins une, répondit Beleth. Edelgard. »

Dimitri sentit un courant glacé lui parcourir le corps alors qu'il entendait le nom de sa défunte demi-sœur. Beleth tenait cette hypothèse encore une fois de Lysithea. La jeune femme le lui avait confié lorsqu'elle était allée la voir quelques jours avant son décès. Elle soupçonnait qu'Edelgard avait subi les mêmes horreurs qu'elle à cause de la couleur de ses cheveux, bien trop blancs pour être naturels. Beleth l'avait également remarqué. Lorsqu'elle avait visité le palais impérial après la victoire de Faerghus, elle avait trouvé dans les pièces un imposant portrait de famille où dix enfants entouraient l'empereur et son épouse. Tous arboraient les mêmes yeux mauves et les cheveux châtains. Et pourtant l'Edelgard qu'elle connaissait avait les cheveux blancs de Lysithea.

« Comment cela, Edelgard ? balbutia Ferdinand, atterré. Que voulez-vous dire par là ? »

Le duc Aegir avait perdu le peu de couleur qu'il lui restait et affichait des yeux déformés par la peur.

« Comme je vous l'ai dit, je n'ai aucune preuve de ce que j'avance, poursuivit Beleth. Ce ne sont que des soupçons que je nourris depuis quelque temps, qui ont été renforcés par les dires de Lysithea…

— Explique-nous quand même, lui intima Dimitri. »

Elle hocha la tête. Il fallait qu'elle reste la plus sereine la plus calme possible afin de ne pas ajouter de la confusion.

« Comme vous le savez, une des conséquences de la révolte des Hrym a été l'Insurrection des Sept, reprit Beleth, qui a privé l'Empereur Ionnus IX d'une grande partie de son pouvoir pour le donner aux maisons nobles, en particulier à la maison Aegir. »

Ferdinand détourna les yeux.

« Mon hypothèse, continua l'ancien professeur, est que les Serpents des Ténèbres ont aidé ces nobles dans leur insurrection. Après la défaite d'Ionnus IX, comme avec les Ordelia, ils se sont introduits dans la maison impériale et ont commencé leur expérimentation sur les enfants de l'empereur. Tous ont succombé, sauf la dernière-née, Edelgard. C'est de cette manière qu'elle est devenue l'héritière du trône. Ses frères et sœurs sont morts aux mains des Serpents des Ténèbres, elle est la seule à avoir survécu.

— Mais… l'empereur ? lança Caspar, sous le choc, il pouvait rien faire ?

— Il ne devait pas en avoir le pouvoir, soupira Lorenz. Après l'Insurrection des Sept, il n'était rien de plus qu'un souverain fantoche.

— Est-ce que vous êtes en train de dire, commença Ferdinand, la voix étranglée, que mon père… a laissé la famille impériale mourir comme de vulgaires rats de laboratoire ? Juste pour s'octroyer le pouvoir ?

— Ton père n'est pas le seul dans ce cas-là, Ferdinand, soupira Linhardt. Toutes les maisons insurgées ont fait la même chose.

— En vérité, j'ignore à quel point les maisons rebelles étaient de mèches avec les Serpents et si elles savaient quoi que ce soit de leur projet, reprit Beleth. Il me parait cependant difficile d'imaginer que le chancelier ignorait ce que subissait la famille impériale tant il était haut placé. Toutefois, le véritable instigateur à mon sens de cette révolte n'était pas le duc Aegir, mais…

— Le seigneur Arundel, compléta Linhardt. »

Ferdinand avait à peine écouté la conversation. Il se sentait nauséeux. Cela faisait bien longtemps qu'il avait pris conscience du vrai visage de son père : un homme bouffi d'orgueil, aux ambitions insatiables et sans la moindre considération pour les autres. Mais même en ayant conscience de ces travers, Ferdinand espérait qu'il y avait malgré une espèce de moral dans l'esprit tordu de son père. Cependant, savoir qu'il avait laissé Edelgard et les siens croupir dans un cachot et subir d'atroces expériences le révulsait. Il en venait à en avoir honte de porter le nom d'Aegir. Et dire que lorsqu'ils étaient plus jeunes, il ne cessait de défier Edelgard et vouloir asseoir sa supériorité face à elle. Il lui répétait sans cesse à quel point il prendrait la succession de son père pour assurer la bonne gouvernance de l'Empire. Comme elle avait dû le mépriser… Lui, le fils de l'homme qui avait causé la ruine de sa famille !

Constance posa une main réconfortante et lui sourit avec tendresse. « Tu n'es pas ton père », semblait-elle dire. Cela apaisa quelque peu Ferdinand sans pour autant effacer l'horrible malaise qu'il ressentait.

« Arundel était notre lien avec les Serpents, continua Linhardt. Hubert se méfiait énormément de lui et je ne pense pas non plus qu'Edelgard lui faisait totalement confiance.

— Pourquoi s'allier à eux dans ce cas ? interrogea Hilda. S'ils ont participé à l'Insurrection des Sept et sont en plus responsables de la mort de sa famille, n'aurait-elle pas dû les combattre ? Elle était pourtant bien placée pour savoir à quel point ils étaient dangereux et une alliance entre l'Empire, l'Alliance et le Royaume auraient permis de les abattre une bonne fois pour toutes.

— L'ennemi de mon ennemi est mon ami, récita Linhardt. Edelgard s'était fait une priorité d'abattre l'Église et de réunifier Fódlan. Jamais l'Alliance et le Royaume ne l'auraient suivi dans sa guerre contre l'Église.

— En un sens, cela se tient, marmonna Claude. Pour défaire un groupe comme les Serpents des Ténèbres, il faut bien une force de frappe conséquente et l'Empire, avec ses problèmes de l'époque ne la possédaient sans doute pas. Ce que je ne comprends pas, en revanche, c'est cette animosité contre l'Église. Pourquoi voulait-elle à ce point la défaire, quitte à s'allier avec les responsables de son emprisonnement ? »

Linhardt haussa les épaules.

« Je ne sais pas. Les relations entre l'Église et l'Empire d'Adrestia ont toujours été compliquées. Pour certains nobles, c'était à cause de l'Église que Faerghus a pu prendre son indépendance du temps de la guerre de l'Aigle et du Lion. Je ne pense pas que ce soit le cas d'Edelgard, en revanche. Elle s'est simplement servie de ce sentiment pour rassembler ses troupes, mais je crois qu'elle avait quelque chose d'autre contre l'Église. Je sais qu'elle détestait le système des emblèmes et elle voyait en l'Église l'instigateur de ce système. De là à l'annihiler complètement… »

Il bâilla longuement. C'était inhabituel pour lui de parler autant, mais cela avait donné à Beleth matière à réfléchir. L'hostilité d'Edelgard envers l'Église, Beleth avait l'impression d'en deviner les contours. Mais c'était comme essayer de contenir de l'eau avec ses doigts. L'essentiel lui échappait.

« Résumons donc, lâcha Félix avec un soupir. Les Serpents des Ténèbres, les anciens alliés de l'Empire ont commencé à opérer en Fódlan, il y a au moins trente ans sur le territoire des Ordelia. Leur lien avec l'Empire semble être antérieur à cette période puisqu'ils y sont entrés via son intermédiaire. Ils se seraient ensuite mêlés à l'Insurrection des Sept pour évincer Ionnus IX et ont ensuite pratiqué les mêmes expériences sur la famille impériale que sur la famille Ordelia et ce pendant plusieurs années. On découvre leur existence des années plus tard, à Garreg Mach, après l'enlèvement de Flayn et l'assassinat de Jeralt et cinq ans plus tard, ils aident l'Empire d'Adrestia dans leur guerre. Ils disparaissent complètement après notre victoire et ne refont surface que maintenant pour viser le Professeur et sa fille.

— Flayn a été prise pour cible à cause de son emblème, si je me souviens bien, fit Ingrid. Leurs expériences visaient les emblèmes et le Professeur a un emblème très particulier. On dirait que tout tourne autour des emblèmes. »

Beleth partageait l'avis d'Ingrid. Les emblèmes étaient au cœur des plans des Serpents des Ténèbres. Restait à en connaitre la raison.

« Quelque chose d'autre me chiffonne, soupira Félix. Ces types peuvent apparemment donner des emblèmes aux gens. Or les Hresvelg, contrairement aux Ordelia, sont liés à un emblème. L'emblème mineur de Seiros. Pourquoi chercher à en octroyer un deuxième ?

— Pour la puissance, répondit Dimitri. L'emblème mineur de Seiros est considéré comme un des plus faibles, surtout en comparaison de ceux liés aux Dix Braves. Ils souhaitaient probablement augmenter leur force.

— On peut considérer alors Lysithea comme test, marmonna Claude. Et Edelgard comme le réel objectif.

— C'est horrible ! gémit Dorothea.

— Je sais… soupira le roi d'Almyra, mais malheureusement cela se tient. »

– Et je suppose qu'on n'a aucun moyen de savoir quel emblème ils ontoctroyé à Edelgard. »

Beleth secoua la tête. Le second emblème d'Edelgard ? En réalité, elle en avait une petite idée, une curieuse sensation qui lui revenait quand elle repensait à ses affrontements avec l'ancienne impératrice. Malheureusement, trop vague, trop diffuse, elle préféra se taire.

L'atmosphère était très lourde. La quantité d'informations que leur ancien professeur leur avait apprises était difficile à digérer. Le destin tragique de Lysithea, le calvaire d'Edelgard et de sa famille, les nobles adrestiens qui, involontairement ou non, avaient bien aidé leurs ennemis d'aujourd'hui. C'était sans nul doute les Adrestiens de la bande qui avaient le plus de mal à accepter ce qu'ils apprenaient. Outre Ferdinand, passablement choqué par le rôle de son père, Caspar bouillonnait de colère et même Linhardt, d'habitude si détaché, paraissait ébranlé.

« Il y a quelqu'un d'autre dans l'entourage d'Arundel qui mérite que l'on s'intéresse à lui, fit Dimitri en brisant le silence qui s'était installé. Sa sœur. »

Tous les regards se tournèrent vers le roi. La sœur d'Arundel n'était autre que la belle-mère de Dimitri, la deuxième épouse du roi Lambert, Patricia, née Anselma von Arundel, épouse de l'empereur Ionnus IX et mère d'Edelgard.

Beleth avait passé des heures à faire des recherches sur Anselma, figure mystérieuse au possible. Les Arundel étaient une famille issue de la petite noblesse, mais le mariage de la fille cadette avec l'Empereur les avait propulsés à un des rangs les plus élevés et avait considérablement accru leur influence. Puis, l'Insurrection des Sept avait éclaté avec le duc Aegir à la tête des insurgés et le seigneur Arundel comme principal soutien. Alors que la famille impériale était en danger, Anselma, Edelgard et Arundel avaient tous les trois trouvé refuge au Royaume. À Fhirdiad, Edelgard se lia d'amitié avec Dimitri et Anselma épousa le roi Lambert et prit le nom de Patricia. Bien qu'elles aient toutes les deux quitté la capitale impériale et qu'elles soient trouvées au même endroit au même moment, la mère et la fille ne semblaient pas s'être croisées. Dimitri avait révélé à Beleth qu'Edelgard ignorait que sa mère avait épousé le roi Lambert. Trois ans plus tard, Edelgard et Arundel retournèrent à Enbarr et Anselma poursuivit sa vie à Fhirdiad. On avait longtemps cru à sa mort durant la Tragédie de Duscur, mais les révélations mortuaires de Cornelia et une contre-enquête avaient permis de découvrir que la reine consort du Royaume avait vraisemblablement survécu et surtout, qu'elle était impliquée dans le tragique incident. D'après Cornelia, Patricia était prête à tout pour revoir sa fille.

Aujourd'hui encore, personne ne savait ce qu'il était advenu d'Anselma.

« Je n'ai malheureusement rien sur Anselma, reconnut Beleth. Je suis persuadée qu'Arundel faisait partie des Serpents des Ténèbres, je n'ai pas la même certitude pour sa sœur. Son rôle est beaucoup plus trouble. »

Elle ne la pensait pas mauvaise. Elle était certaine qu'elle avait sincèrement aimé Dimitri, à défaut du roi Lambert. Pourquoi alors avait-elle participé à la Tragédie de Duscur et tenté de supprimer la famille royale ? Pourquoi avait-elle laissé mari et enfants aux prises des nobles rebelles durant l'Insurrection ?

« Il me semble que Hapi l'a vu à quelques reprises, quand elle était enfermée, intervint Constance. D'après elle, les relations entre Dame Anselma et sa ravisseuse étaient tendues. »

Hapi avait été retenue prisonnière par Cornelia, sans doute liée aux Serpents des Ténèbres elle aussi, et victime de manipulation expérimentale pendant des années. Quand la contre-enquête avait été lancée, Hapi avait confié que, selon elle, Cornelia avait cherché à manipuler Anselma. Cette hypothèse était à l'heure actuelle, la plus plausible.

« Cette histoire n'a ni queue ni tête ! marmonna Lorenz. Nous avons affaire à un groupe capable de donner deux emblèmes à un être humain, qui s'est infiltré dans chaque contrée de Fódlan, qui a même convaincu des nobles de travailler avec eux ! La seule chose dont nous sommes certains, c'est qu'ils s'intéressent aux emblèmes et au Professeure ! »

Beleth haussa les épaules et retint une grimace. Lorenz avait malheureusement raison. Tout ce qu'ils savaient des Serpents des Ténèbres, c'était leur intérêt pour les emblèmes et pour elle-même.

« Nous savons malgré tout qu'ils ont une technologie bien supérieure à la nôtre, ajouta Sylvain. Souvenez-vous des machines que l'on a trouvées lorsque l'on a repris Fhirdiad. Ça n'avait rien à voir avec ce dont on avait l'habitude. »

Dimitri était pensif. Il se souvenait, lorsqu'il était encore étudiant et que les Serpents des Ténèbres commençaient leurs méfaits, avoir pensé à quel point ces ennemis étaient redoutables par leurs capacités à se glisser dans le noir et à attaquer quand personne ne faisait attention. Leur ancienneté leur octroyait une grande prudence. Mais quel pouvait être leur but ?

« Il faut que vous sachiez également, reprit-il, qu'ils sont probablement bien plus anciens que nous ne pouvons l'imaginer. »

Tous le regardèrent surpris, à l'exception de Félix, Dedue et Ingrid qui comprirent où il voulait en venir.

« En cherchant dans la bibliothèque de l'Abysse, expliqua Dimitri, Yuri a trouvé les restes d'un très vieux rapport. D'après ce rapport, les Serpents des Ténèbres auraient été impliqués dans la rébellion de Loog le Lion.

— Attendez une minute ! s'exclama précipitamment Ashe. C'était il y a trois siècles ! Ils ne pouvaient pas être déjà là !

— Le rapport les mentionne explicitement, répondit Dimitri. Je l'ai lu de mes yeux. Il suggère qu'ils ont aidé Loog à se procurer des hommes.

— Quoi ? »

Les Faerghusiens se regardèrent abasourdis et même Beleth fixait Dimitri avec des yeux interdits. Si ce que mentionnait Dimitri était vrai, alors cela compliquait énormément leur tâche. Comment lutter contre un groupe aussi vieux et surtout capable de se cacher pendant plus de trois siècles ?

« Eh bien, eh bien, fit Claude en se passant la main dans les cheveux, ils sont vraiment partout. »

Le ton léger qu'il avait pris n'eut pas l'effet escompté. À vrai dire, il n'y croyait pas lui-même. Claude avait pris depuis longtemps la pleine mesure de ces ennemis, dès qu'ils avaient commencé à faire parler d'eux à l'Académie. Si lorsqu'il était à la tête de l'Alliance, il avait volontairement tenu à rester neutre dans le conflit qui opposait l'Empire d'Adrestia à l'Église de Seiros et à la résistance faerghusienne, c'était parce qu'il sentait qu'un danger bien plus grand les guettait. Idéalement, il aurait voulu s'impliquer le moins possible et négocier avec le vainqueur, peu importe son identité, malheureusement, certains nobles de Leicester ne l'avaient pas entendu de cette oreille.

Et voilà maintenant qu'il apprenait que ce groupe existait depuis au moins trois siècles et avait aidé le Royaume à arracher son indépendance à l'Empire ! Est-ce qu'ils étaient aussi impliqués dans l'indépendance de Leicester ? Cela n'aurait rien de surprenant après tout.

« Mais ils ont aidé Edelgard dans son projet d'unification ! s'écria Caspar.

— Sous la tutelle de l'Empire, objecta Lorenz. Avec quelqu'un avec qui ils partageaient un minimum d'intérêt.

— Raah, ça n'a aucun sens ! Ils aident Faerghus à devenir indépendant et trois siècles plus tard, ils conspirent pour massacrer toute la famille royale ? Ils cherchent quoi à la fin ?

— On peut rester des heures à débattre de quel est leur objectif, intervint Félix, ça ne nous avancera pas davantage. Il faut maintenant qu'on puisse agir contre eux. Professeur, est-ce que vous avez autre chose à nous dire ? »

Beleth sursauta et réfléchit à toute vitesse, à la recherche de quelque chose qu'elle aurait pu oublier. Il y avait bien d'autres choses qu'elle aurait pu dire, cependant, elle n'était sûre de rien. Elle préférait ne pas créer d'autres tensions alors que la situation était déjà crispée.

« Eh bien, je crois que cela conclut notre soirée, fit Dimitri en se levant. Je parlerais de tout cela demain devant le conseil des nobles. Toutefois, sachez que je ne leur dirais pas tout. Il me semble prudent pour le moment de ne pas évoquer la totalité de ces expériences sur les emblèmes… et qui en a été victime. »

Il pensait particulièrement à Edelgard. La figure de l'ancienne impératrice était toujours controversée et il craignait la réaction de ses détracteurs tout comme celle de ses soutiens s'ils apprenaient ce qui lui était arrivé. Les autres approuvèrent même s'il perçut dans les regards de Claude et de Félix un léger scepticisme et il s'attendait à les voir débarquer dans sa chambre d'ici peu.

Pour l'heure, chacun se sépara et regagna ses quartiers en discutant à voix basse de ce qu'ils avaient appris. Il était peu probable qu'aucun de ceux qui étaient là ne parvienne à trouver le sommeil. Après quelques minutes, Dimitri se retrouva seul dans le salon avec Dedue.

« Votre Majesté, vous devriez profiter du temps que nous avons avant le conseil pour vous reposer, lui enjoint le Duscurien.

— Je sais, Dedue. J'aimerais seulement voir Grenat avant. »

— Qu'attendez-vous alors ?

– Beleth doit être avec elle en ce moment. »

Le professeur avait été une des premières à quitter le salon et avait presque couru pour rejoindre sa fille. Dimitri n'avait pas osé la suivre. Sans doute parce que, même s'il désirait plus que tout construire une vraie relation avec Grenat, il ne savait pas encore comment se placer vis-à-vis de sa mère.

Dedue secoua légèrement la tête, comme pour désapprouver son attitude.

« Vous avez le droit d'aller la voir aussi. Le professeur ne vous en empêche pas.

— Je sais… Mais… Grenat n'a eu que sa mère pendant toutes ces années… »

Peut-être qu'il craignait aussi que sa fille se montre distante avec lui. Il avait passé du temps avec elle depuis son retour de Leicester, mais bien trop peu pour commencer une relation. Ce bref instant dans le sanctuaire où il avait pu la voir avec sa véritable apparence constituait un moment encore trop rare.

Mais Dedue continuait de le fixer avec sévérité. Malgré lui, Dimitri laissa échapper un léger rire.

« D'accord, je vais la voir. »

Le général sourit et approuva d'un signe de tête. Dimitri quitta son salon pour se rendre dans la chambre que Grenat partageait avec les jumeaux Gautier pour la nuit. En traversant les couloirs, il remarqua un léger rai de lumière filtré à travers les montagnes. L'aube approchait.

Il arriva devant la chambre au moment où Beleth en sortait.

« J'avais espéré pouvoir passer un peu de temps avec Grenat, dit-il en s'approchant. »

La jeune femme secoua la tête.

« Elle dort encore, je ne suis pas restée longtemps. »

Dimitri poussa un soupir à fendre l'âme, déçu. Avec le conseil prévu dans quelques heures, il n'était pas certain de pouvoir voir sa fille prochainement.

« Est-ce que… je peux te parler ? Seule ? demanda tout à coup Beleth. »

La demande surprit légèrement le roi tout comme elle l'arrangeait. Il avait senti à de nombreuses reprises que leur ancien professeur ne disait pas tout, notamment sur le deuxième emblème d'Edelgard.

« Bien sûr, allons dans mon bureau. »

Une nouvelle fois, il traversa les innombrables couloirs, passa devant des dizaines d'armures et de tableaux en regardant le levé du jour se faire de plus en plus imminent.

Son bureau était plongé dans la pénombre quand il entra. Seule la lueur des braises dans la cheminée éclairait la pièce. Dimitri raviva les flammes et s'empara d'une bougie dont il se servit pour allumer les autres. Puis, il s'installa sur le divan, bientôt imité par Beleth.

« Bien, de quoi voulais-tu parler ? demanda-t-il. »

Beleth prit soin de bien réfléchir à ses paroles, pour ne pas perturber davantage Dimitri. Ce fut pourtant lui qui parla le premier.

« C'est à propos d'Edelgard ? »

Elle resta muette, puis hocha la tête.

« Je crois savoir quel était son deuxième emblème. Seulement, je n'ai rien pour le prouver. C'est une espèce de sensation que j'ai… que j'ai eue et…

— Dis toujours. »

La jeune femme prit une grande inspiration.

« Je crois qu'elle avait le même emblème que moi. L'Emblème du Feu. »

Dimitri accusa le coup. En vérité, il s'était préparé à une révélation de cet acabit, après tout ce qui s'était dit durant la nuit. Cela l'ébranla bien plus qu'il ne l'aurait cru. L'Emblème du Feu. L'Emblème de Némésis. Le même que celui de Beleth.

« Je… Heu… ouah… »

Il regretta de ne pas avoir de verre de vin à proximité.

« Comment…

— C'est une impression, répondit Beleth. Quand on l'a affronté, la première fois, dans la tombe sacrée… Je me suis retrouvée face à face avec elle et à un moment, elle a utilisé son emblème. Sur le moment, je ne m'en suis pas rendu compte et avec tout ce qui s'est passé après, j'ai oublié. Puis on l'a retrouvé à Gronder et en la regardant combattre, j'ai encore eu cette sensation…

— Quelle sensation ?

— C'est difficile à expliquer. Quand je faisais appel à mon emblème, je sentais une puissance déferler en moi et je savais que mon adversaire ne pouvait pas me battre. Face à Edelgard, j'ai ressenti comme un mur… presque comme si j'étais neutralisé et par quelque chose qui paraissait familier. »

Elle regarda Dimitri, toujours sans voix et sous le choc.

« Tout ce que je dis doit être incohérent, soupira-t-elle.

— Pas tant que ça, la contredit-il. Enfin si, mais tu parles de ce que tu ressens avec ton emblème. Personne, à part toi, ne peut mieux savoir ce qu'il en est. Seulement, c'est bien trop vague pour conclure qu'Edelgard possédait l'Emblème du Feu.

— Je sais. C'est pour cela que je n'ai rien dit tout à l'heure. Mais Dimitri, j'en ai la conviction, je le sens au plus profond de moi… Edelgard avait l'Emblème du Feu ! »

Avant aujourd'hui, Beleth avait toujours tout fait ne pas penser à cette sensation et d'ailleurs, elle avait réussi. Entre ses devoirs d'archevêque, sa relation avec Dimitri, la reconstruction de Fódlan, puis son enquête sur les Serpents des Ténèbres, sa grossesse et son exil à Dagda, elle avait mis oublié son sentiment sur l'impératrice d'Adrestia. Puis, elle avait revu Lysithea, chez elle, à l'agonie.

« Je crois qu'Edelgard a subi la même chose que moi… lui avait-elle dit d'une voix faible. Ses cheveux, je suis sûre que ce n'était pas leur couleur naturelle et puis… cela expliquerait peut-être pourquoi elle détestait tant les emblèmes. »

Tout lui était alors revenu en mémoire, la sensation de familiarité, d'être neutralisé… Qu'Edelgard possède elle aussi l'Emblème du Feu était la seule réponse qui lui parait logique… Tout en étant insensée.

« Pourquoi ? demanda Dimitri. Quel était le but de tout cela ? Et pourquoi l'Emblème du Feu ?

— Je ne sais pas, Dimitri. »

L'Emblème du Feu… Encore et toujours. Annette avait tort, les plans des Serpents des Ténèbres ne tournaient pas autour des emblèmes, mais autour d'un seul emblème : l'Emblème du Feu. Le roi observa Beleth, l'unique détentrice de l'Emblème du Feu reconnue. La première depuis Némésis, la première à pouvoir manier l'Épée du Créateur…

« Est-ce que tu sais autre chose ? interrogea-t-il plus brusquement qu'il ne l'aurait voulu. Sur les emblèmes, les Serpents des Ténèbres, Némésis… n'importe quoi ! J'ai besoin de savoir, Beleth.

— Je… »

Percevant son trouble, elle se rapprocha de lui et lui prit les mains.

« Malheureusement, je t'ai dit tout ce que je savais. Et je n'ai pas la moindre idée de ce que tout cela peut signifier. »

Dimitri sentit l'abattement s'emparer de lui alors que le soleil envahissait un peu plus son bureau. Naïvement, il avait espéré que son ancien professeur connaissait la réponse, parce qu'elle avait toujours pu lui répondre.

« Il faut en parler à l'Église, déclara-t-il après quelques minutes de réflexion.

— Quoi ?

— On a besoin d'eux. C'est trop grand pour que je puisse m'en sortir seul ! Ça touche aux fondations de nos croyances ! Je ne peux pas gérer ce que ça va entraîner tout seul !

— Dimitri, crois-moi, en parler à l'Église compliquera encore plus les choses !

— Leurs archives sont la mémoire de Fódlan, ils doivent en savoir bien plus que nous !

— Bien sûr qu'ils en savent plus que nous, mais c'est précisément pour cette raison qu'on ne peut pas leur faire confiance ! Ils feront tout pour que l'on croie à leur version, quitte à te discréditer !

— C'est ce qui s'est passé pour toi ? »

Beleth n'avait réalisé que, dans son énervement, elle s'était levée, ni qu'elle avait élevé la voix. Elle resta debout, les bras ballants face à Dimitri.

« Ça a un rapport avec Lysithea ? C'est pour cela que tu es partie ? »

Elle acquiesça d'un lent signe de tête et se laissa tomber près de Dimitri, qui l'entoura de ses bras pour la réconforter.

« C'est vrai, je n'ai rien dit de l'état de Lysithea, commença-t-elle, et peut-être que les choses auraient été différentes si je l'avais fait. Mais ça ne change rien au fait que les cardinaux et Rhea aient travaillé contre moi. Je ne voulais pas être archevêque, je n'ai jamais ressenti la moindre volonté à porter haut les préceptes de Seiros, ce n'était pas ma place. Mais Rhea voulait à tout prix que je lui succède et que j'aide à transformer l'Église alors j'ai accepté dans l'intérêt de Fódlan. Depuis le premier jour où je suis arrivée à Garreg Mach, Rhea s'est toujours montrée extrêmement intéressée par ce que je faisais. Elle me répétait sans cesse qu'elle plaçait de grands espoirs en moi, qu'elle avait confiance en moi, que j'étais capable de grandes choses, alors que je ne comprenais pas la moitié de ce qui m'arrivait ! Mais elle m'a toujours dit que je pouvais compter sur elle et qu'elle serait là pour moi. Or, la seule fois où j'avais vraiment besoin de l'avoir de mon côté, elle s'est rangée du côté des cardinaux. La seule et unique fois où j'avais vraiment besoin d'elle ! Si elle m'avait soutenue, les cardinaux ne se seraient pas opposés à moi et ils n'auraient pas détruit les recherches d'Hanneman et… »

Elle s'interrompit, sentant une boule se former dans sa gorge. Elle avait accepté beaucoup de choses de Rhea au fil des années, malgré l'avertissement de son père, malgré ses doutes et ses questions, mais elle n'acceptait pas qu'elle l'ait abandonné au moment où elle avait eu le plus besoin d'elle. Cela avait précipité la fin de Lysithea.

« Je suis désolé que ce soit terminé que comme ça, chuchota Dimitri en lui caressant les cheveux. Et je suis désolé que tu n'aies pas pu aider davantage Lysithea… Mais Beleth, nous avons besoin de l'Église que tu le veuilles ou non. Je ne sais rien des Serpents des Ténèbres, je ne peux pas me lancer dans une guerre avec le peu d'information que j'ai actuellement.

— Je sais… Je le sais, crois-moi, mais je n'ai pas confiance en eux ! Ils chercheront toujours à préserver leur position et leurs traditions même si cela va contre le cours des événements !

— Nous avons pourtant des alliés au sein de l'Église. L'archevêque Mateus, Hanneman et Manuela, Alois, Seteth…

— Hanneman, Manuela et Alois ne peuvent pas s'opposer aux cardinaux ! Mateus lui-même ne pourra rien faire s'ils sont contre lui, regarde ce qu'ils m'ont fait ! La seule personne à qui ils sont fidèles, c'est Rhea !

— Et Seteth ?

— Seteth… »

Durant toute la phase de la guerre et ces deux années à la tête de l'Église, Seteth avait été un roc sur lequel Beleth avait pu s'appuyer. Il l'avait soutenu dans ses réformes, l'avait conseillé quand il s'agissait de discuter avec des dignitaires, l'avait formé quand son manque de connaissances sur l'histoire de l'Église apparaissait… Beleth lui devait énormément. Pourtant, lors de la fronde des cardinaux et le retour de Rhea, Seteth avait préféré rester neutre. Elle comprenait pourquoi. Pour l'homme de l'Église, Rhea était comme une sœur, un membre de sa famille qui faisait partie de sa vie et aux yeux de Rhea, l'Église de Seiros était tout. Pourtant, en son for intérieur, Beleth aurait aimé que Seteth s'exprime parce qu'elle n'était pas certaine qu'il était réellement contre ses recherches. Il paraissait ouvert aux changements.

« Seteth sera toujours du côté de Rhea, répondit-elle. En plus, je n'ai pas donné de nouvelles pendant sept ans alors que je vivais avec… sa sœur. Ce n'est pas son genre de laisser passer ça.

— J'ai surtout l'impression que ton problème, ce n'est pas tant l'Église que Rhea. »

Beleth hocha la tête, bien obligée de reconnaitre que Dimitri avait vu juste. Elle n'avait rien contre l'Église de Seiros ou ses fidèles. Ce n'était pas le cas de Rhea. Elle n'avait jamais eu pleinement confiance en elle, malgré son évidente bienveillance. Sa fronde sur les recherches d'Hanneman avait définitivement détruit le peu de foi qu'elle plaçait en elle.

« Alors, pourquoi reporter toute cette rancœur sur l'Église ? insista Dimitri.

— Parce que Rhea est l'Église ! Elle y aura toujours une influence !

— Quand bien même, j'ai besoin de l'Église. Beleth, tu sais mieux que personne que je ne peux me lancer dans une guerre sans leur appui.

— Oui, mais… »

C'était plus fort qu'elle, elle ne parvenait pas réfréner ses sentiments. Oui, elle savait que Dimitri avait besoin de l'Église, oui elle savait que son antipathie était surtout dirigée contre Rhea, mais non, elle ne pouvait pas passer outre.

« Et Grenat alors ? soupira-t-elle. Comment réagira-t-on quand ils entendront parler d'elle ? Ils le sauront forcément ! Les gens parlent ! Flayn aura sans doute parlé de Grenat et Seteth et Seteth le répétera à Rhea…

— Prenons les devants pour Grenat, l'interrompit Dimitri. Tu l'as dit les gens parlent, ils se douteront forcément de quelque chose, alors il nous faut agir en premier. Et pour cela, nous devons connaitre son emblème… »

En disant ces mots, Dimitri repensa à ce qu'il avait pris sur les emblèmes cette nuit. Il réalisa qu'il craignait bien plus de découvrir l'emblème de sa fille que quelques jours plus tôt. Que se passerait-il s'il s'avérait que Grenat avait hérité de l'Emblème du Feu ? Deviendrait-elle une cible de choix pour les Serpents des Ténèbres ou bien un symbole aux yeux de l'Église ? Le roi n'était pas certain de vouloir ce genre de destin pour son enfant.

Pourtant lui comme Beleth savait qu'ils ne pouvaient pas ignorer la possibilité que Grenat ait un emblème plus longtemps.

Blabla de l'auteure

Salut ! Ca faisait longtemps, hein ? Non, je ne suis pas morte et je n'ai pas abandonné cette fic ^^. J'ai juste repris ma vieille habitude de mettre énormément de temps à poster un chapitre XD. Donc ne vous inquiétez pas, c'est tout à fait normal qu'il y ait plusieurs mois entre chaque parution. C'est plutôt un chapitre par semaine qui était inhabituel.

Joyeux Noël !

J'espère que vous en avez bien profité avec vos proches et que Papa Noël vous a gâté. Mon cadeau : la suite ! Avec un chapitre particulièrement dense.

Ce chapitre m'a donné énormément de noeud au cerveau car bon sang, ce que ça a été compliqué de tout raconter sur les Hrym, les Ordelia ou l'Insurrection des Sept. Pas que ce soit difficile à comprendre ou à faire le lien, mais l'expliquer de manière simple, claire et cohérente, c'est autre chose. C'est quand même une bonne partie du lore du jeu et un peu la base de tous les événments in game dont il est question. J'espère néanmoins que j'aurais réussi mon pari et que tout sera bien claire pour vous.

Sur ce je vous souhaite de très bonnes fêtes de fin d'année et à la prochaine !

Bises, Sheena.