Comme promis, voici le 4e chapitre :D

Bonne lecture ;)


Trois mois plus tard, Syn fut à peine surprise de trouver un certain Mandalorien assis sur le pas de sa porte alors qu'elle rentrait tôt d'une dure journée de travail.

« Quelque chose de cassé ou en sang ? » demanda-t-elle amusée alors qu'elle se rapprochait. Bien qu'en examinant rapidement son corps, elle pouvait dire que c'était la dernière.

Avec un soupir amusé, il enleva le bandage de fortune de sa jambe. Syn pouvait clairement y voir une large entaille à l'intérieur de sa jambe. Cela avait manqué l'armure d'un cheveu, c'était un coup malchanceux.

« Il faut apprendre à mieux esquiver Mando », le réprimanda-t-elle, quelque peu amusée quand même. « Entre. »

Elle lui offrit sa main. La main gantée se glissa dans la sienne et usant de toute sa force, elle l'aida à se relever. Déverrouillant la porte, Din entra en boitillant, et s'effondra sur la première chaise qu'il vit.

« Enlève ton armure et ton pantalon », lui dicta-t-elle en se débarrassant de sa sacoche en cuir. Ces jours-ci, elle était suffisamment lourde pour représenter un fardeau. « Tu connais la chanson maintenant. » Syn se tourna vers lui et le vit hésiter. Elle se souvint de la première fois, même dans son état fiévreux, il n'avait pas été enclin à enlever son pantalon.

« Je vais te chercher une couverture puisque tu es timide », le taquina-t-elle légèrement. « Crois-moi, il n'y a rien que je n'ai jamais vu auparavant. »

Un lourd soupir fut sa seule réponse. Bien qu'il commençât à faire ce qu'on lui demandait. Comme promis, Syn alla dans sa chambre récupérer une couverture et lui lança, puis se retira dans sa chambre.

« Appelle-moi quand tu seras couvert », fit-elle en refermant la porte.

Dans son coin, Syn s'adossa contre le mur. Même si la journée avait été courte, ses pieds et son dos lui faisaient mal. Elle était restée penchée sur un patient pendant pas moins de trois heures, essayant de reconstituer un pied après un malheureux accident impliquant un piège à animal. Même s'il était en un seul morceau, Syn avait des doutes quant au fait qu'elle puisse le sauver.

« Prêt. »

La voix provenant de l'autre pièce la sortit de ses pensées. Poussant son corps las du mur, elle se dirigea vers la pièce principale.

L'entaille était pire que ce que Syn avait initialement anticipé. Maintenant qu'elle pouvait la voir entièrement, elle constata que la blessure datait d'au moins une semaine et que quelqu'un avait tenté de le recoudre. Sans grand succès. Les contours étaient rouges et brillants dus à l'infection.

« Oh Mando », soupira Syn. « Tu as essayé de recoudre toi-même ? »

Il y eut une pause. Une très longue pause. Syn se mordit la lèvre pour contenir son amusement.

« Oui. »

La réponse était directe et concise. Sans mentionner pleine de remords.

« Tu as de la chance, j'ai beaucoup d'expérience pour recoudre les choses », lui dit-elle en rigolant. « Quand as-tu fait ça ? »

Elle se dirigea vers l'évier pour se laver les mains. Il y eut à nouveau une longue pause avant qu'elle n'eût sa réponse.

« Il y a une semaine », répondit Din, sa voix toujours pleine de remords.

« Eh bien, voyons ça. » Elle décida de ne pas se moquer plus longtemps. « À quel point ça fait mal ? »

Un haussement d'épaules fut tout ce qu'elle obtint. Se penchant, Syn jeta un coup d'œil à l'impressionnante entaille à l'intérieur de sa cuisse. Elle allait de quelques centimètres au-dessus du genou jusqu'à l'aine. Les quelques points de suture improvisés maintenaient les deux parties du bas de l'entaille ensemble. C'était un vrai désastre. Mettant son kit médical à portée de main, elle s'installa confortablement entre ses jambes. Cela prendrait un certain temps à soigner.

« OK », fit Syn en mettant ses mains sur sa jambe, « Je vais… »

Elle n'eut pas le temps de finir sa phrase. Il fit un bon et faillit tomber de sa chaise lorsqu'elle le toucha.

Elle recula et leva les mains en geste d'apaisement. Elle avait oublié à quel point il pouvait être crispé par les contacts. Compte tenu de la proximité de ses mains avec d'autres parties de son anatomie, elle n'était pas complètement surprise par sa réaction.

« Pardon. » Elle s'empressa de s'excuser. « Je sais que c'est embarrassant, mais je promets que je ne fais rien d'autre que de réparer les dégâts que tu as faits à ta jambe. »

Elle n'obtint qu'un hochement de tête. Syn prit ça comme la permission de revenir à sa précédente position. À peine s'approcha-t-elle, qu'il se tendait déjà et se dérobait de son toucher.

« Raconte-moi une histoire. » Syn adopta une tactique qu'elle utilisait avec les patients peu coopératifs.

« Je ne me sens pas très bavard », fit-il de façon laconique.

« Alors, pose-moi une question et c'est moi qui parlerai », rétorqua Syn. « Je suis douée pour ça. »

Un soupir amusé sortit de sous le casque. Syn leva les yeux vers lui avec un petit sourire. Elle ne pouvait voir ce qu'il se passait sous le casque en Beskar. Mais elle avait l'impression qu'il la regardait fixement.

« Où as-tu suivi ta formation de médecin ? » demanda-t-il.

« Coruscant », répondit Syn alors qu'elle posait à nouveau les mains sur sa jambe. Il était toujours tendu à son contact, mais resta immobile cette fois. « J'ai toujours voulu être docteur. Même quand j'étais enfant. Mon père était médecin aussi et m'a toujours soutenue. Beaucoup même. »

Syn commença à enlever les mauvais points de suture. Ils se retirèrent facilement sous les coups de scalpel. Du pus accompagnait les points de suture lorsqu'elle les retirait.

« J'étais l'aînée. Ma sœur était l'aventurière. J'ai passé mon enfance le nez dans les livres », poursuivit Syn avec sourire attendri.

« Une habitude qui semble perdurer », fit Din d'un ton assuré, en hochant la tête vers la pile de livres sur sa table.

Elle leva les yeux vers lui avec un bref sourire avant de se remettre au travail. Maintenant que les points de suture étaient enlevés, elle pouvait voir à quoi elle avait affaire. C'était une vilaine blessure. Si elle l'avait soigné à temps, cela aurait guéri facilement. À présent, elle allait devoir nettoyer les bouts de chairs mortes et infectées.

« Tu pinces tes lèvres quand quelque chose ne va pas. »

Cette simple constatation incita Syn à relever la tête. Elle pouvait voir son reflet dans le casque.

« Je me disais juste que si tu avais fait le bon choix en venant me voir quand c'était encore frais, ça ne t'aurait pas fait aussi mal que maintenant », expliqua Syn avec un sourire navré. « Je vais devoir nettoyer les extrémités et ensuite voir si je peux recoudre. Malheureusement, j'ai utilisé le restant de mon anesthésique en essayant de recoudre le pied de quelqu'un. »

« Fais ce que tu as à faire. »

« Je peux te proposer de l'alcool fort à la place ? » offrit Syn en se levant. Ses articulations craquèrent et grincèrent en signe de protestation.

« Pas besoin », répondit-il de façon brusque. « Fais juste ce que tu as à faire. »

« Entendu. »

Au lieu de se pencher à nouveau, Syn se dirigea vers un des placards. Il y contenait sa petite réserve d'alcool fort. Elle n'était pas grande buveuse, mais elle gardait toujours quelques bouteilles pour célébrer certaines choses. Ou pour les moments où elle voulait oublier. Elle sortit sa bouteille préférée de whisky et la posa sur la table et la mit à portée de main.

« Juste au cas où tu changerais d'avis », lui dit-elle avec légèreté.

Reprenant sa position précédente, Syn le sentit suivre chacun de ses mouvements. Cette fois, il ne tressaillit seulement lorsqu'elle posa ses mains sur sa jambe.

Fredonnant un air insignifiant, Syn se mit au travail pour nettoyer la blessure. Ce n'est que lorsqu'elle commença à couper les morceaux de chair infectée qu'il réagit à nouveau. Il grogna de douleur et tenta de s'éloigner.

Syn s'était préparée à cela. Elle poussa sa jambe contre le pied de la table, pour qu'il soit bloqué entre elle et le pied. Il bougea et elle leva les yeux à temps pour le voir attraper la bouteille qu'elle avait laissée sur la table.

« Je te l'avais dit », fit-elle légèrement en revenant à sa tâche.

La tentation d'essayer de voir ce qu'il y avait en dessous du casque était grande. Syn garda ses yeux fermement fixés sur la tâche qui l'attendait tandis qu'il buvait à grosses gorgées. Lui laissant quelques instants, Syn nettoya ensuite la blessure qui suintait et saignait. Elle venait à peine de commencer. Elle voulait donner un peu de temps à l'alcool pour faire effet, cela les aiderait tous les deux.

« Parle-moi de ta sœur. Quel était son nom ? »

La demande lui fit lever les yeux avec surprise. Elle ne s'attendait pas à cette demande. Son casque était juste assez incliné pour qu'il puisse boire. Syn ne pouvait rien voir de son visage, mis à part qu'il était mal rasé au niveau du coup.

« Ela. » Syn dut ravaler la boule qui se formait dans la gorge. Celle qui se formait toujours lorsque sa sœur était évoquée. Elle reporta son attention sur la blessure. « Elle avait trois ans de moins que moi. Une vraie enfant qui nous attirait toujours des problèmes. Elle me tapait tellement sur les nerfs. »

Un petit rire lui fit lever les yeux. Il était toujours difficile de dire ce qu'il regardait. À cet instant précis, c'était comme s'il la regardait droit dans les yeux.

« Enfin, » Syn retourna à ce qu'elle faisait. « Elle est devenue pilote. Un très bon pilote. J'en étais très contente, car j'en avais marre de la rafistoler parce qu'elle se battait tout le temps. Au moins, en étant pilote elle évitait les problèmes. »

« Tu parles toujours de ta famille au passé. »

« C'est parce qu'ils appartiennent au passé. » Syn se concentra du mieux qu'elle pouvait sur sa tâche.

« Je suis désolé. »

« Il n'y a pas de quoi être désolé », répondit Syn ignorant ses yeux qui piquaient. « Tu as demandé. Je t'ai offert une réponse. Tu ne connaissais pas l'issue de la conversation. »

Une main gantée vint se poser sur l'épaule de Syn. C'était à son tour de sursauter à ce contact. Elle était habituée à toucher des gens tous les jours à cause de son travail, mais il était rare que quelqu'un initie un quelconque contact avec elle. Elle leva la main et la posa sur celle de Din.

C'était une sensation agréable, même à travers le gant. L'esprit de Syn se remémora la dernière fois qu'il était là. Elle avait dû faire preuve de beaucoup de self-contrôle pour rester concentrée sur sa tâche tout en massant son épaule disloquée. Son muscle bien dessiné avait été une énorme distraction. Elle avait dû réciter les termes anatomiques du muscle pour rester concentrée. Les nuits qui avaient suivies sa dernière visite étaient remplies de rêves dans lesquels ces bras forts la tenaient dans diverses positions.

« Tu pourrais encore avoir envie de boire un peu », fit Syn en retirant sa main. Elle s'éclaircit la gorge. « J'ai encore beaucoup de choses à faire. »

La bouteille apparue dans son champ de vision. Syn se retrouva à relever la tête.

« Je ne bois pas seul », déclara simplement Din en secouant la bouteille. Le liquide remua à l'intérieur. « Une gorgée ? »

« Comment pourrais-je refuser une offre aussi généreuse ? » répondit Syn avec un petit rire. Elle était parfaitement consciente de la main toujours posée sur son épaule. Elle prit la bouteille et en but une longue gorgée.

Le whisky la brûla tout le long. Avec rien qu'un verre et un estomac vide, elle sentit la chaleur s'installer en elle immédiatement. Elle lui rendit la bouteille et se remit au travail. Sa main quitta son épaule et Syn essaya d'oublier à quel point le contact lui manquait déjà.

Cette fois, il resta presque immobile, ne sursautant que lorsqu'elle avait besoin de couper plus profondément. Lorsqu'elle termina de nettoyer, les zones infectées étaient quasiment toutes enlevées. La coupure était profonde, mais ne semblait pas avoir causé de dommage trop important.

« Encore une fois, tu as réussi à échapper à la mort, » déclara Syn en examinant l'entaille sous tous les angles. « Une fois suturé, tu vas devoir rester tranquille au moins cinq jours pour avoir une chance de guérir. »

Syn se tourna vers ses affaires, rassemblant son matériel de suture.

« Tu peux rester ici si tu veux », fit Syn de façon détachée s'attendant à ce que l'offre soit rejetée aussitôt.

« Ai-je droit à un oreiller cette fois ? »

Syn ne s'attendait pas à cette légère plaisanterie. Cela la fit exploser de rire. Accroupie depuis le début, elle finit par se laisser tomber sur les fesses.

« Non, tu devras toujours te battre à mort pour avoir mon oreiller », réussit-elle à dire en rigolant.

« Bien que ça ne soit pas un combat équitable. Je pourrais t'abattre facilement. »

« Ah oui ? » bredouilla Din sur un ton enjoué. « Et comment ferais-tu ça ? »

Syn effleura un coin de sa blessure. L'effet fut instantané. Il siffla de douleur et se dégagea d'un bond de son toucher.

« Tu vois ? » fit Syn tout en rigolant. « Je t'ai complètement maîtrisé. »

Din ricana. Cela la fit rire encore plus. Elle souhaitait réellement que son rire ne la fasse pas sourire, mais la voilà, souriante, comme une adolescente ayant le béguin. Elle attribua à l'alcool le changement d'humeur de Din. Il était d'humeur bougon plus tôt. Même si elle ne pouvait pas lui en vouloir d'être bougon après avoir dû endurer une blessure aussi douloureuse pendant une semaine.

Rien de plus ne fut dit tandis que Syn commençait à recoudre la plaie. Cela le fit boire davantage, sifflant de douleur à chaque passage de l'aiguille et du fil. Sa main libre s'agrippait fermement à la table. Syn pouvait entendre le cuir du gant grincer à chacun de ses mouvements.

« Je suis désolée, » s'excusa-t-elle, alors qu'elle doit tirer plus fort qu'elle ne le désirait afin de rapprocher deux morceaux de peau.

« Ce n'est pas grave, » répondit Din en serrant les dents. « Tu as raison, j'aurais dû venir te voir plus tôt. »

Syn leva les yeux vers lui avec un sourire compatissant. Ne souhaitant pas s'attarder trop longtemps, elle se dépêcha d'en finir au plus vite. Alors qu'elle arrivait sur la fin, elle le sentit se tendre pour une toute autre raison. La main de Syn était à quelques centimètres de son entrejambe, et elle n'avait pas le choix que de se rapprocher pour finir de suturer la plaie.

« J'ai presque fini », le rassura-t-elle. « Je sais que c'est très gênant. »

Faire de l'humour ne semblait pas correct à ce moment-là. À la place, Syn finit sa tâche, réalisant la dernière suture avec une facilité déconcertante.

« C'est comme ça que ça doit être fait », fit-elle avec légèreté tout en inspectant son travail. C'était toujours rouge et pas beau à voir, mais au moins tout tenait ensemble maintenant. « Je vais chercher des bandages. »

Se remettant sur ses pieds, son élan fut soudainement interrompu. Elle baissa les yeux pour trouver la main gantée de Din autour de son poignet.

« Merci. »

« Y a pas de quoi. » Syn se sentit sourire malgré elle. « Laisse-moi me laver les mains, finir de faire le bandage et je préparerai le dîner. »

Un simple hochement de tête fut tout ce qu'elle obtint. Se mouvant dans la maison, elle fit exactement ce qu'elle venait de dire. En moins de cinq minutes, sa jambe fut bandée.

« Je te laisse quelques minutes pour te rhabiller. Ne déchire pas ces points de suture ou je serai en colère. »

Un autre petit rire la fit sourire à nouveau. Elle ne pouvait s'en empêcher. Bien qu'elle réussisse à le cacher en se retirant dans sa chambre. C'était le milieu du printemps en ce moment, malgré le temps frais, la froideur de sa chambre était tolérable. Le temps était considéré comme doux par les locaux. Même après quatre ans passés sur la planète, Syn n'était pas encore habituée au froid. Enfilant un haut plus chaud, Syn s'accorda un moment pour elle.

« Tu es présentable, Mando ? »

« Oui c'est bon. »

Syn retourna dans la pièce principale. La nuit commençait à tomber, projetant des ombres dans la petite pièce. Din avait remis son pantalon, mais s'était débarrassé de son armure. Il était assis sur le sol, proche du feu, sa jambe tendue devant lui. Il avait la bouteille de whisky à côté de lui.

Le feu brûlait, réchauffant toute la pièce. Il n'y avait rien lorsque Syn était partie dans sa chambre.

« J'ai l'impression que tu as triché pour l'allumer, » fit-elle en désignant le feu.

« J'ai un lance-flamme sur mon gantelet », répondit Din avec un petit rire. « C'est peut-être de la triche. »

« Ça a réchauffé la pièce, je ne vais pas me plaindre. Dîner ? »

« C'est en cours. »

Syn se tourna vers la cuisinière. En effet, le ragout qu'elle avait préparé la veille au soir était dans une casserole et réchauffait sur le feu.

« Merci. » Syn y mit toute sa gratitude. La journée avait été longue, et durant ce genre de journée, elle aurait sauté le dîner et serait allée se coucher directement.

« C'est le moins que je puisse faire », déclara Din, puis il hésita. « Je te dois la vie. Une pile de crédit sur la table semble insuffisante pour ce que tu as fait pour moi. »

« Une pile de crédit sur la table, c'est plus que ce que je pourrais demander », dit-elle, balayant d'un geste ses paroles. « Ces crédits aident beaucoup de gens. Cela veut dire que je peux acheter plus de fournitures, ce qui signifie que je peux sauver plus de vie. »

Syn pouvait sentir son regard sur elle. Cette phrase amenait toujours à plus de questions. Des questions, auxquelles elle ne se sentait pas de répondre. Elle lui avait déjà tant dévoilé en une journée. Parler de sa famille faisait ressurgir une douleur qui ne semblait jamais la quitter.

« J'ai eu une longue journée, je prendrai mon dîner dans le lit. » Syn changea volontairement de sujet. « Tu peux profiter du reste de la bouteille et de tout ce dont tu as besoin. Je vais te chercher une couverture. »

Syn se sentit culpabiliser, elle ne pouvait rien lui offrir d'autre qu'une place sur le sol. Elle doutait qu'il soit encore là le lendemain matin. Retournant dans la chambre, Syn récupéra la lourde couverture au pied du lit. Se souriant à elle-même, elle prit aussi un des oreillers. Les fournitures médicales n'étaient pas les seules choses qu'elle avait achetées avec les précédents crédits qu'il lui avait laissés.

« Tiens. » Syn ne réussit pas à garder une expression neutre lorsqu'elle lui tendit l'oreiller et la couverture après être revenue dans la pièce principale. Lorsqu'il ne fit aucun geste pour prendre l'oreiller, Syn se mit à rire. « J'en ai acheté un supplémentaire. On ne sait jamais quand quelqu'un va venir dormir. »

Din rigola en prenant les éléments offerts. Le ragout bouillonnait déjà. Le feu n'avait rien à voir avec ce que Syn pouvait faire par elle-même. Elle prit un bol, se servit généreusement et mit le reste de côté.

« Bonne nuit », fit-elle en retournant dans sa chambre.

C'était comme le début d'une routine. Il arrivait avec quelque chose de cassé ou en sang. Syn lui prodiguait les soins et allait se coucher. Le lendemain, il partait, laissant une pile de crédits sur la table. Puis elle passait le mois suivant à rejouer leur rencontre, encore et encore dans sa tête. Les rêves suivaient au cours des semaines suivantes. Des rêves qui la réveillaient et lui faisait avoir envie de choses auxquelles elle ne devrait penser d'un patient.

Avalant son dîner, Syn se retrouva bien réveillée. Ne voulant pas le déranger, elle trouva un livre à la place et lu jusqu'à ce qu'elle ne puisse plus garder les yeux ouverts.

Le lendemain matin, Syn ouvrit la porte de sa chambre en s'attendant à ce que l'autre pièce soit vide. À la place, elle fut accueillie par un feu de cheminée et une tasse de thé déjà sur la table. Din était assis, sa jambe posée sur la chaise d'en face.

C'était extrêmement domestique. Une vision qui fit sourire Syn.

« Bonjour », fit Din, se déplaçant sur sa chaise.

« C'en est un, en effet. » Syn ne pouvait effacer le sourire sur son visage. « Ça fait longtemps que je ne me suis pas réveillée avec une tasse de thé. Merci. »

Un hochement de tête fut la seule réponse qu'elle obtint. Il avait une tasse vide en face de lui. La casserole et le bol d'hier soir étaient posés sur le plan de travail, nettoyé.

Syn réussit à s'abstenir de faire un commentaire alors qu'elle prenait une chaise pour s'asseoir. La tasse de thé était parfaite, infusée exactement comme elle l'aimait. Il y avait quelque chose de merveilleux dans le fait de se réveiller avec une tasse de thé fraichement préparée.

« Je dois faire quelques visites de patients ce matin », fit Syn après sa première gorgée de thé. « Je peux être partie quelques heures ou toute la journée. S'il te plaît, évite de trop utiliser ta jambe, même si tu décides de partir. »

Il opina du chef. Ils furent silencieux pendant qu'elle finissait son thé.

« Si l'offre tient toujours, j'aimerais rester quelques jours, » demanda-t-il avec hésitation. « Je n'ai nulle part où aller et je peux à peine marcher. »

« Bien sûr que ça tient toujours », répondit-elle instantanément. Une partie d'elle était ravie qu'il reste un peu plus longtemps. « Fais comme chez toi. Je suis désolée, je ne peux rien offrir de plus confortable. »

Il n'y eut pas de réponse. Syn pouvait sentir son regard posé sur elle.

« Il y a une auberge », commença Syn en absence de réponse.

« Non, c'est bien plus que ce dont j'ai besoin », la rassura Din rapidement. « Merci. »

« Bien. Je ferai mieux d'aller au travail », répondit Syn, mal à l'aise. « Je te vois plus tard. »

Elle récupéra son sac et partit avant de se sentir encore plus mal à l'aise.

La journée passa vite. Le pied que Syn avait essayé de soigner était très infecté. Le patient avait une forte fièvre, sa femme se tenait dans un coin de la pièce, le visage verdâtre. La plupart des odeurs ne dérangeaient pas Syn, mais lorsqu'elle retira le bandage, elle recula devant l'odeur qui s'y présentait.

« Il va falloir l'amputer ? » demanda en pleure sa femme, Nira.

« Pas si je peux l'empêcher », lui répondit Syn avec obstination.

Alors qu'elle refaisait le bandage, une des mères qu'elle connaissait arriva en courant. Un de ses enfants avait développé une éruption cutanée et une forte fièvre. Puis cinq autres enfants eurent aussi la même chose à quelques heures près. Une épidémie de scarlatine était sur le point de se propager. En plus de cela, elle dut subir les plaintes et blessures habituelles qui venaient avec le fait d'être le seul médecin dans la ville.

La nuit était bien avancée lorsque Syn franchit sa porte d'entrée. Contrairement aux autres nuits, sa maison était chauffée et une délicieuse odeur flottait dans l'air. Cela lui rappela brutalement qu'elle n'avait pas mangé de la journée. Syn avait été tellement occupée qu'elle en avait oublié son invité. Il était assis sur le sol, près du feu, en train de réparer une pièce de son armure.

« S'il te plaît, dis-moi qu'étant enfant tu as eu une éruption cutanée et une forte fièvre, » dit-elle d'un ton fatigué en se posant sur une chaise. Posant sa tête dans ses bras, elle aurait pu facilement s'endormir à table à ce moment précis. « Parce que j'ai eu affaire à ça toute la journée et peu importe le nombre de fois où je me suis lavé les mains, je suis sûre que j'ai ramené ça à la maison. »

« J'ai eu. »

Syn grogna pour toute réponse et ferma les yeux. De tous les endroits de la galaxie, pourquoi s'était-elle retrouvée ici ? Parfois elle appréciait son travail. Des jours comme celui-ci, beaucoup moins. Elle donnerait tout pour soigner blessures de blaster sur blessures de blaster toute la journée. Les enfants en pleurs étaient tellement plus difficiles à gérer.

Din se leva et bougea, mais Syn ne lui prêta pas attention. Ce n'est que lorsque quelque chose fut posé à côté d'elle et qu'elle ressentit une légère secousse sur le bras qu'elle leva ses yeux tout endormis.

Une assiette de viande et de légumes du coin était posée à côté d'elle. C'était un festin comparé à ce qu'elle mangeait d'habitude.

« Tu dois manger », dit-il doucement en boitillant jusqu'à la chaise d'à côté. « Tu n'es d'aucune utilité pour ces gens si tu t'effondres. »

Syn avait tellement de questions. Elle savait que ces placards étaient à peine remplis. La plupart du temps, elle mangeait quelques morceaux à la boulangerie ou un repas rapide à la taverne. La femme du tavernier local la renvoyait souvent chez elle avec de la nourriture pour quelques jours.

Se redressant sur sa chaise, Syn se tenait en équilibre en se souvenant que la chaise était bancale. Sauf que cette fois, rien ne bougea. Tout était bien solide.

« Je m'ennuyais », vint une explication en face d'elle avant qu'elle n'ait pu poser la question. « Mange. »

Syn se promit qu'elle obtiendrait l'histoire complète après avoir mangé. Ou après avoir dormi. La nourriture était délicieuse. Il était difficile de résister au sommeil lorsque l'on avait le ventre plein et une maison chauffée. Contrairement à la nuit précédente, Syn alla se coucher sans se changer et dormit comme une masse.

Ce schéma se poursuivit durant la semaine et demie suivante. La moitié des enfants de la ville étaient tombés malades. Son patient avec le pied infecté s'en était sorti. Il y eut deux bagarres à la taverne, ce qui obligea Syn à se traîner hors du lit bien avant l'aube pour aller les soigner. La plupart des nuits, Syn rentrait à toutes heures du soir en titubant, parfois même tôt le matin. Quelle que soit l'heure, Din était là à l'attendre. Elle examinait sa blessure après dîner et allait se coucher.

Même épuisée, Syn se rendait compte de petits changements dans sa maison. L'étagère qui était cassée il y a un an était maintenant réparée. Ses livres étaient tous soigneusement empilés. Du jour au lendemain, son chauffe-eau fonctionnait parfaitement. Elle n'avait plus besoin d'attendre dix minutes pour qu'un semblant d'eau chaude sorte des robinets. Une boîte fit son apparition dans la maison, et était remplie de bois tous les soirs. Un feu ardent et un bon repas rendaient les pires journées supportables.

Elle se sentait mal de s'effondrer dans son lit en lui ayant à peine dit merci. Alors que la fin de la deuxième semaine s'approchait, Syn rentra chez elle plus tôt que les précédents jours. La veille, elle lui avait enlevé ses points de suture, l'ambiance avait été calme. Syn avait été trop fatiguée pour engager la conversation. Non pas qu'il soit la personne la plus bavarde au monde. Cependant, il y avait eu des bribes de conversation durant les deux semaines qu'il avait passé chez elle.

Din se tenait sur le pas de la porte lorsqu'elle rentra. Elle avait remarqué qu'il marchait de mieux en mieux ces derniers jours. Aujourd'hui fut le premier jour où il portait toute son armure. Fidèle à son credo, elle ne l'avait jamais vu sans son casque. Mais il portait rarement son armure dans la maison.

« Tu dois y aller ? » fit-elle avant qu'il n'ait eu le temps de parler

« Oui. »

Elle sentit une boule se former dans sa gorge. Elle savait que ça ne durerait pas. Cela avait été agréable de rentrer à la maison, manger un bon repas et retrouver un autre être humain.

« Au moins, tu as attendu d'être presque guéri », dit-elle avec légèreté, essayant de dissimuler la contrariété qu'elle ressentait. « Et je peux te dire au revoir cette fois. »

Il rigola un instant. Un son que Syn aimait entendre. Il ne riait pas souvent, et elle appréciait d'autant plus quand elle était à l'origine de ce rire.

« Je ne peux pas promettre quand je reviendrai. Ou même si je reviendrai. »

Le rire fut remplacé aussi rapidement qu'il était venu. Cette fois, il parla d'un ton plus grave.

« Je sais », répondit Syn en haussant les épaules. « Tu sais où me trouver la prochaine fois qu'il t'arrivera quelque chose. »

Un silence tellement long s'installa entre eux que Syn se sentit gênée. Les adieux étaient toujours difficiles. Le voir partir sans dire au revoir était tellement plus facile.

Il tendit la main pour lui mettre une mèche de cheveux derrière son oreille. Ce genre de contact était quotidien maintenant. Syn appréciait chaque effleurement de mains, chaque toucher sur son épaule pour la réveiller le matin. La plupart du temps, il ne portait pas ses gants. Ses mains étaient rêches, comme celle d'un soldat. Mais cette fois-ci, il les portait. Même avec, Syn sentit son cœur faire un bond.

Sa main resta immobile quelque instant avant de venir effleurer sa joue. Syn voulait se laisser aller à son contact et apprécier la sensation du cuir sur sa peau. Elle ne savait pas qu'un contact aussi doux et bref pouvait être aussi brut et intime.

« Fais attention à toi. » Elle tenta de garder une voix aussi calme que possible.

« Toi aussi. »

Et d'un mouvement, il était parti. Laissant Syn, le cœur battant et la bouche sèche.

Une fois hors de vue, Syn grogna et laissa sa tête se cogner contre la cadre de porte. Elle allait être frustrée, sans aucun répit en vue pendant des mois, après ces moments passés ensemble.