CHAPITRE XV
Celle qui puait
Novembre 1976
Elle avait mal. C'était tout ce que Morgane était capable de penser. La douleur irradiait dans tout son corps. Elle voulut ouvrir un œil mais tout était trop blanc. Elle le referma aussitôt. Après quelques instants, elle refit prudemment un nouvel essai et parvint à voir net petit à petit. Quelle ne fut pas sa surprise de se réveiller avec le visage de Sirius devant elle !
Elle en sursauta, puis grimaça à cause de la douleur que cela lui occasionna.
— Qu'est-ce que… Commença-t-elle avant que sa voix ne déraille.
La petite blonde se racla alors la gorge tant bien que mal, dans l'espoir de récupérer sa voix.
— Qu'est-ce qu'il se passe ? Parvint-elle finalement à articuler.
— Tu t'es pris un sort en pleine poitrine durant la bataille de Pré-au-lard, lui dit doucement Sirius en s'approchant pour lui donner un verre d'eau.
Elle remarqua immédiatement les énormes cernes qu'il avait sous les yeux. Il ressemblait à un zombie… Un zombie sexy, certes, mais un zombie quand même… Une seconde, est-ce qu'elle venait d'admettre qu'elle trouvait le maraudeur "sexy" ?! Le sort lui avait fait perdre la boule ou quoi ?
— Ça fait trois jours que tu es allongée ici, l'informa-t-il.
Trois jours ?! Oh par le string en fourrure de Merlin, Kathleen avait dû devenir complètement cinglée ou hystérique durant ce laps de temps !
— On s'en fiche de moi ! Comment vous allez, vous ? Demanda précipitamment la jeune femme. Je sais même pas ce qu'il s'est passé, on se battait et pouf ! Plus rien, le noir complet. Kat va bien ? Et toi ? T'as une sale tronche, si je puis me permettre.
Morgane arrêta de parler, le souffle court. Elle sentait une douleur irradier à l'endroit où elle s'était prise le sort. Elle prit plusieurs inspirations, dans l'espoir que cela calme cette souffrance et leva ensuite les yeux vers Sirius attendant sa réponse.
— Globalement, on va bien, soupira-t-il d'un ton qui laissait entrevoir la fatigue qu'il ressentait. Peter n'a rien. James s'est pris un sort à la place d'Evans, mais il va s'en sortir ! Il est dans le lit à côté, il s'est réveillé hier, mais Pompom le garde en surveillance. Là, il dort comme une marmotte... Remus… Remus a subi le doloris, grimaça Sirius. Il va mieux, cela dit. Kathleen l'a aidé, le sort n'a pas duré longtemps du coup. Et pour ton information, j'ai une sale tronche parce que je vous veille, James et toi, depuis trois jours, grogna-t-il enfin. Et pour Kathleen, tourne la tête, tu verras par toi-même.
Morgane s'exécuta et découvrit la jeune femme, assoupie sur une chaise juste à côté de son lit. Elle avait encore plus mauvaise mine que Sirius, ce qui était un exploit en soi. Morgane devina qu'elle n'avait pas dû la quitter, ou du moins pas plus qu'elle ne le jugeait nécessaire, depuis son arrivée à l'infirmerie. Morgane se sentit soudainement très mal, si elle avait fait un tout petit peu plus attention, elle ne serait pas là. Bien sûr, ils auraient tous veillé James, mais à tour de rôle, deux par deux ou quelque chose comme ça. Elle soupira.
— J'aurais dû faire plus attention, dit-elle finalement.
— On était pas préparé à ça, la preuve, on s'est tous pris des sorts, lui dit durement Sirius qui s'était inquiété durant des jours, trouvant le temps beaucoup trop long. Toi et Kathleen vous vous êtes bien battues malgré votre niveau. D'ailleurs avec Remus et James, on a décidé de vous entraîner à partir de la semaine prochaine.
Une partie du cerveau de Morgane protesta et supplia pour avoir du répit, parce que bon sang leur emploi du temps était bien assez chargé comme ça avec leurs tutorats et tout le bordel, mais la partie rationnelle ne put qu'approuver cette décision. Si son attaquant avait lancé un "avada", c'est six pieds sous terre qu'elle serait actuellement. Elles avaient besoin de s'améliorer et rapidement !
— Okay, approuva-t-elle avant que son attention ne soit détournée par des sucreries posées au bout de son lit.
Sirius se leva en soupirant, comprenant que la jeune femme voulait manger des cochonneries. Il lui passa des chocogrenouilles et fizwibiz.
— Je vois que tu vas déjà mieux, taquina-t-il, préférant largement la voir ainsi qu'inconsciente.
Ils se fixèrent dans les yeux et Morgane vit à quel point le garçon s'était inquiété pour elle. Elle rougit sous l'intensité de son regard. Sirius allait dire quelque chose mais il fut interrompu par un gémissement. Ils tournèrent la tête vers Kat qui semblait au proie d'un mauvais rêve. Sirius rit avant de lui dire :
— Elle n'a pas beaucoup dormi depuis trois jours, je suppose qu'elle est à bout. Elle a cru te perdre, tu sais, comme nous tous…
Morgane ne dit rien, fixant Kathleen de ses grands yeux bleus. Son amie avait vraiment une sale tronche. Elle regarda ensuite James qui dormait, dans une position assez invraisemblable, mais bon, il avait l'air de bien dormir, c'était le principal.
— Je suis increvable, tu devrais le savoir ! Fit-elle en se retournant vers lui.
—Une vraie mauvaise herbe ! On ne pourra donc jamais se débarrasser de toi, mince alors, plaisanta-t-il avec une certaine tendresse dans les yeux qui laissa une étrange sensation dans l'estomac de Morgane. Je vais prévenir Pomfresh, elle doit sûrement avoir des examens à te faire faire.
Morgane hocha la tête avant de le regarder s'éloigner. Elle reporta son regard sur Kathleen qui semblait de nouveau dormir à point fermé. Pourtant la position de son cou n'était pas confortable et elle allait probablement avoir un torticolis si elle restait ainsi. Morgane décida, dans un élan d'intelligence profond, de se lever pour aller lui mettre discrètement un oreiller – elle ne savait pas trop où – pour qu'elle soit mieux installée. Sauf que ce qu'elle n'avait pas prévu, c'était qu'elle était incapable de tenir debout toute seule, elle se prit donc le sol en pleine face. Elle releva le visage et vit avec soulagement que personne ne semblait s'être réveillé. Maintenant il ne lui restait plus qu'à se lever pour retourner discrètement dans son lit, ni vu, ni connu.
— Je peux savoir ce que tu fais par terre ? Lui demanda Remus qui venait d'entrer dans l'infirmerie.
Il se précipita pour l'aider à se remettre dans son lit, heureux toutefois de la voir enfin réveillée.
— Juste, tu sais, enfin, voilà quoi... fit-elle un peu honteuse. Je voulais mettre un oreiller pour que Kat soit mieux installée, avoua t-elle.
— Et tu comptais le mettre sans qu'elle ne se réveille ? Demanda t-il, amusé.
Morgane réalisa alors que malgré sa bonne intention, cela aurait probablement réveillé sa meilleure amie. Elle fit la moue, dépitée de ne pas y avoir pensé avant. Elle se serait épargnée la chute et l'humiliation de devoir être relevée par Remus !
— Tu vas bien ? Interrogea-t-elle soudain, se souvenant qu'il s'était pris un doloris et pas un bête sort de chatouillis.
— Oui, ça va, affirma-t-il bien que son regard démentit quelque peu ses propos. Je pense que je peux remercier Kathleen, ça aurait pu être bien pire.
— Je ne l'ai jamais vu réagir aussi vite, fit Morgane en se rappelant de ce que Sirius lui avait dit concernant un Remus potentiellement intéressé par son amie.
C'était une occasion comme une autre de voir s'il avait une réaction. Et oui, Morgane ne perdait jamais le nord, même après trois jours de coma ! Mais pour sa défense, c'était vrai ! La serpentarde s'était précipitée à son secours en une fraction de seconde. Elle l'aurait sans doute fait également pour la blonde ou les autres maraudeurs, mais Morgane aimait croire qu'il y avait quelque chose en plus chez Remus qui attisait l'instinct protecteur de Kat.
— Vraiment ? Fit Remus, surpris.
— Ouais, elle a réagit au quart de tour, insista Morgane.
Remus ne dit rien, se contentant de jeter un coup d'œil rapide vers une Kathleen endormie avant de reporter son attention sur Morgane.
— Pomfresh va arriver, normalement, Sirius est parti la chercher.
— Ah oui ? Il devait être soulagé que tu te réveilles enfin, il devenait un peu fou.
Morgane écarquilla les yeux. Elle essayait de le faire parler de Kat et maintenant il avait réussi à détourner la conversation et à la mettre dans une situation gênante. Etait-il plus puissant qu'elle ? Avait-elle trouvé son égal ? Elle n'eut pas le temps de dire quoique ce soit - et c'était peut-être d'ailleurs pour le mieux - car l'infirmière arriva, suivie de près par Sirius.
— Ah, Miss Kerrien, vous êtes enfin réveillée ! Nous allons voir si tout va bien, dit-elle en tirant le rideau autour du lit, mettant ainsi Sirius et Remus de l'autre côté.
— Vous parliez de quoi ? Demanda Sirius, suspicieux à son ami alors que l'infirmière s'occupait de Morgane, lui posant des questions sur son état général et ses douleurs.
— De rien, pourquoi ?
— Je te connais mieux que toi-même, Remus, gronda le jeune Black.
Le loup-garou fixa son ami, surpris de l'insistance de ce dernier, avant d'hausser un sourcil pour lui faire comprendre qu'il était trop envahissant.
— Tu n'as pas besoin de savoir de quoi nous parlions, Sirius, dit finalement Remus en voyant qu'il ne saisissait pas.
— Ah oui ? Je pense que si, je dois savoir.
— Aux dernières nouvelles, tu n'es pas son père ou autre chose, lança le jeune homme.
— Non mais c'est quoi, ça, vous allez le mettre où ?! Interrompit soudain la concernée dans une exclamation outragée. On dirait un jambonneau ! Et vous ne me touchez pas avec cet autre bidule, là, c'est tout gluant, c'est dégoûtant. Et il n'est pas question que je me foute à moitié à poil.
Les deux Gryffondors se tournèrent vers le rideau, étonnés et amusés, quoiqu'un peu mal à l'aise.
— Mademoiselle Kerrien. Vous ne tenez pas debout et l'hématome que vous avez sur la poitrine montre très clairement que le choc a été important. Cette "chose" gluante va guérir d'éventuels traumatismes internes, je ne vais donc pas vous mettre ça dans des endroits louches mais sur la zone qui le requiert. Pour cela, j'ai besoin que vous vous dénudiez un peu, fit la voix de l'infirmière, agacée.
— Jamais ! Je vous montre pas mes nichons. C'est personnel, ces trucs-là !
— Merlin, s'exaspéra finalement Pomfresh. Je les ai déjà vu lorsque j'ai réparé vos cotes, jeune fille et croyez bien que le corps humain n'a pas la même signification pour les membres du corps médical ! Fit l'infirmière, maintenant franchement énervée.
— Même ! M'en fiche, je ne me déshabillerais pas ! Point ! Cria Morgane.
— C'est pas moi ! J'ai rien fait, je le jure ! S'écria soudain Kathleen en se réveillant à cause des cris des deux femmes devant elle. Keskispass ?
Elle se frotta les yeux avant de se rendre compte que son amie était réveillée. Elle se leva et s'assit sur le lit pour prendre son amie dans ses bras, mais celle-ci grimaça à cause du fameux bleu.
— Elle veut que je me déshabille, murmura Morgane, pour mettre son amie dans la confidence.
— Et vous allez le faire, sinon je sors ma baguette, j'ouvre le rideau et je vous déshabille devant tout le monde.
La jeune femme la regarda horrifiée, essayant de voir si l'infirmière était sérieuse ou non.
— Moi ça ne me dérange pas, fit alors Sirius de l'autre côté du rideau.
Au lieu d'hurler sur Sirius comme elle l'aurait fait normalement, Morgane piqua un fard monstrueux. Elle regarda à nouveau l'infirmière et se décida à se laisser faire. Kathleen lui sourit mais partit de l'autre côté du rideau pour rejoindre les garçons. Elle aussi tituba, à cause du manque de sommeil.
— Tu devrais peut-être te coucher un peu. Il y a plein de lits libres, je suis sûr que ça ne dérangera pas Mme Pomfresh, fit Remus, inquiet.
Kat leva le regard vers lui et acquiesça, l'idée était vraiment tentante. Mais elle préférait attendre un peu, une fois que l'infirmière leur dirait l'état de son amie, elle la laisserait au bon soin de Sirius et irait se coucher dans son dortoir, après tout, ils étaient en début de soirée et elle était sûre qu'elle pouvait dormir jusqu'au lendemain matin sans se réveiller.
— Plus tard et d'ailleurs, tu ferais bien d'en faire de même, dit-elle à Sirius en voyant qu'il avait aussi mauvaise mine qu'elle.
Elle se tourna vers Remus à nouveau :
— J'ai pas pris le temps de te le demander avec tout ça, mais ça va ? Je veux dire… par rapport au doloris et à ce type… Vous aviez l'air de vous connaître, fit-elle en faisant référence au loup-garou qui l'avait transformé des années plus tôt. On aurait dit… qu'il y avait quelque chose de personnel ?
Remus et Sirius se regardèrent, surpris. Si les deux adolescents n'avaient pas été déjà si pâles, ils auraient sans doute perdu les quelques couleurs qui leur restaient.
— Pas du tout… Je ne sais vraiment pas où tu as bien pu chercher ça, fit Remus en lui adressant un petit sourire. Kathleen en fut choquée, il mentait très bien, le bougre. Et je vais bien, merci. C'est grâce à toi, ajouta-t-il en cherchant à détourner son attention.
— Oh je… c'est normal. Enfin, je veux dire…
Elle entendit un petit gloussement alors qu'elle cherchait ses mots. En tournant son regard, elle remarqua en effet, la tête de Morgane dépasser du rideau. La petite blonde la fixait en haussant les sourcils à une vitesse impressionnante.
— Pour quelqu'un qui est assez abîmé, vous êtes vraiment fatigante, soupira alors l'infirmière. Venez-vous rhabiller !
— Mais euuuhhh ! Râla celle-ci, ils sont trop mignons à être tous gênés, comme ça !
— Ferme-là ou je fais disparaître ce rideau moi-même, lui murmura Kathleen en s'approchant de son oreille.
— Tu ferais pas ça ? Demanda Morgane, faussement choquée.
— Tu veux vraiment le savoir ?
— Je pense pas que tu ais envie de voir mes nichons. Et encore moins ma petite culotte. Et puis, t'oserais pas, tu sais très bien que si tu le fais, les représailles seraient horribles, dit Morgane en la menaçant, mais Kat remarqua qu'elle avait tout de même rentré ses mains à l'intérieur du rideau, très probablement pour cacher ce qu'il y avait à cacher.
— Si vous ne voulez pas de problèmes de ce genre, dépêchez-vous de vous rhabiller, fit l'infirmière en sortant.
— Hey ! Si vous sortez comme ça, tout le monde peut voir ! S'écria Morgane.
— Habillez-vous, s'énerva la pauvre femme.
Ils virent la tête de Morgane disparaître puis le rideau s'ouvrit quelques minutes après sur une Morgane installée sur son lit et habillée, en train de manger des sucreries.
— Bon, je vois que tu es en pleine forme à présent, alors je vais te laisser, ma poule, j'ai vraiment besoin de dormir, s'excusa Kathleen avant de se tourner vers Sirius. Tu l'as lâche pas d'un cheveu, vu ?
— J'ai pas besoin de baby-sitter, merci bien, grogna Morgane avant de fourrer des bonbons dans sa bouche.
— Bien, mon capitaine, fit-il en lui faisant le salut militaire. Dors bien, ajouta-t-il.
— Bonne nuit, dit Morgane. Ronfles pas trop.
— Je ronfle si je veux, il y aura personne dans le dortoir à cette heure-ci, de toute façon, l'épreuve sera surtout d'arriver jusqu'au cachot, rit-elle en piquant une chocogrenouille à son amie – pour lui donner de la force pour la route !
— Remus pourrait t'accompagner, non ? Fit innocemment Morgane.
— C'est vrai que ce n'est pas une super idée d'aller jusqu'en bas dans cet état. Tu risques de tomber dans les escaliers ou quelque chose comme ça, approuva Sirius en affichant une mine exagérément inquiète.
— Ou bien te faire attaquer !
— C'est quoi le rapport, demanda Sirius en lui lançant un regard moqueur.
— Je sais pas moi, je dis des trucs comme ça, on s'est bien fait attaqué il y a quelques jours, fit-elle, indignée.
— Je ne pense pas que ce soit la peine, argumenta Kat, on est tous les deux fatigués.
— C'est bon, je vais t'accompagner, dit Remus en cédant. De toute façon, ils ne lâcheront pas l'affaire.
— Tu es trop gentil, Remus, gronda Kathleen, tu vas finir par te faire avoir avec ces deux-là, gronda-t-elle en lançant un regard noir aux deux concernés. Mais tu as raison, mieux vaut les laisser tous les deux, ils ont sûrement plein de choses à se dire !
Morgane rougit aux sous-entendus de son amie mais c'était de bonne guerre. Kathleen et Remus disparurent derrière la porte, quittant définitivement l'infirmerie. Sirius et elle s'échangèrent un regard complice.
— T'essaye de les mettre ensembles ? Demanda Sirius.
— Toi aussi, non ? Fit-elle en lui tirant la langue. Je suis presque sûre d'y arriver. Il faut juste que Kat se rende compte qu'elle est follement amoureuse de lui. Genre « par la petite culotte à fleur de Merlin ! Je ne me suis pas rendue compte qu'il m'attirait à ce point. Oh, jolies fesses ! » Un truc dans ce style, tu vois.
— Je suis pas sûr que ça fonctionne comme ça…
— Mais si, mais si, dit Morgane en haussant les épaules. Bon, d'accord, peut-être que j'exagère. Mais ce serait bien, non ? Je pense que Remus a besoin d'une copine. Et Kat aussi, comme ça, elle arrêtera avec ses plans foireux d'entremetteuse. C'est pour le bien de l'humanité.
— De l'humanité, carrément ? Rit Sirius en s'installant à côté d'elle sur le lit.
Elle sentit un frisson traverser son corps en sentant celui de Sirius collé au sien.
— Ça va, t'es à l'aise, tu veux pas mon oreiller, non plus ? Proposa-t-elle pour cacher son trouble.
— Non, c'est bon, j'ai trouvé mieux, confia-t-il en posant sa tête sur son épaule, ses cheveux caressant sa nuque. N'oublies pas que moi aussi, j'ai besoin de sommeil !
Morgane resta figée, incapable de bouger. Son elle intérieur était en train d'hurler et elle était tentée d'en faire de même. Okay, il voulait dormir mais elle aussi et là, ça allait être très très compliqué. Bon sang, elle était censée faire quoi, restée tendue comme un string toute la nuit ? Dormir aussi ? Ou le pousser en criant à la violation de l'espace personnel ? La situation était extrêmement gênante et elle était totalement prise au dépourvu. « Dors » fit sa voix intérieure, qui ne portait pas encore de nom, d'ailleurs, enfin plus facile à dire qu'à faire.
— Tu… Tu dors ? Balbutia-t-elle.
— Nan, je joue aux échecs avec Dumbledore, rit Sirius dans son cou.
Elle se raidit davantage en sentant son souffle sur sa nuque.
— Il sent pas la rose par contre, le truc que Pomfresh t'a mis sur ta blessure, ricana-t-il.
— Bah dis que je pue tant que tu y es !
— Tu pues.
— Va te faire voir chez les centaures, Sirius. Ils sentent probablement meilleurs, grogna-t-elle, en essayant de se détendre un peu, chose assez difficile. Il n'allait quand même pas lui faire croire qu'il était assis confortablement là ? Avec le cou complètement tordu. Elle soupira, si Kat voyait ça… Elle serait probablement en train de glousser et sautiller sur place.
Elle sentit la respiration de Sirius se faire régulière ! Oh le con, il s'était vraiment endormi dans cette position ! Elle ne pouvait pas le laisser comme ça, il allait être cassé en se réveillant. En soupirant, elle se décala un peu et partagea son oreiller avec lui, leurs têtes étaient désormais l'une contre l'autre et Morgane pouvait observer tranquillement le visage paisiblement endormi de Sirius. Il était vraiment épuisé, lui aussi.
Elle tourna son visage vers la droite et vit James, tout à fait réveillé en train de les fixer, tout sourire. Morgane écarquilla les yeux et se mit à rougir comme une tomate.
— Bravo, bravo ! Murmura James en levant son pouce.
— Va te faire voir, James, siffla la jeune femme en accompagnant ses paroles d'un geste impoli de la main.
Il continua à la fixer puis fit des cœurs avec ses mains. La jeune femme finit par lui lancer un paquet de bonbons et le réinvita à se faire foutre d'un geste du majeur. Il ricana un peu mais fit moins le fier en voyant Evans entrer dans l'infirmerie. Elle jeta un regard surpris sur Morgane et Sirius, hocha la tête pour saluer sa camarade de chambre. Cependant, c'était James qu'elle venait voir, comme chaque jour depuis qu'il était à l'infirmerie parce qu'il avait pris le sort à sa place. Morgane aurait voulu suivre leur conversation, mais elle s'endormit à son tour, épuisée et bercée par la respiration de Sirius.
Kathleen de son côté marchait en silence à côté de Remus. Elle ne savait pas vraiment quoi lui dire et se sentait gênée. Elle ne savait pas exactement pourquoi elle avait risqué sa propre vie pour lui venir en aide alors qu'elle savait parfaitement qu'il allait s'en sortir vivant, probablement amoché, mais vivant. Elle mettait ça sur le compte de l'expression de douleur qu'il avait affiché sur son visage d'habitude si doux. Ou sur l'alcool qui coulait dans ses veines durant la bataille. Ouais, songea-t-elle, si quelqu'un lui en reparlait, elle allait carrément mettre ça sur le dos de la boisson !
— Tu peux rejoindre Peter, si tu veux, tu sais. Je suis assez grande pour me débrouiller et je ne voudrais pas t'ennuyer alors que toi aussi, tu as encore des séquelles de la sortie, lança-t-elle finalement, gênée à l'idée qu'il ne l'accompagne simplement parce que leur deux amis le lui avaient demandé.
— T'inquiètes pas, ça ne me dérange pas et puis, t'es beaucoup moins exubérante et bruyante que les autres. Même Peter, parfois, est complètement surexcité. Principalement pour la nourriture, j'imagine que c'est pour ça qu'il s'entend bien avec Morgane.
Kathleen ne put s'empêcher et ricana :
— Elle va finir obèse, celle-là !
— Tu as fait exprès de les laisser tous les deux, pas vrai ? Demanda Remus.
— Évidemment, lui sourit-elle malicieusement avant de s'assombrir. Même si tout porte à croire que je ne suis vraiment pas faite pour mettre les gens ensembles, ces deux-là sont faits pour être ensemble. Je ne dis pas que c'est un amour éternel ou une connerie du genre, mais ils vont bien ensemble, tu ne trouves pas ?
— Ouais, niveau âge mental, ils atteindront peut-être les vingt ans, un jour, rit Remus.
La jeune femme rit à son tour, contente de le voir comme ça. Elle savait que c'était le vrai Remus ça, celui qu'il était quand il était avec sa bande, pas le maraudeur solitaire et triste qu'il deviendrait d'ici quelques années. L'adolescent dut lire quelque chose dans son regard, peut-être de l'amertume ou de la tristesse, car son visage s'assombrit légèrement et il s'arrêta de marcher pour lui faire face.
— Je pense qu'il faut qu'on discute, lança-t-il alors. Je ne suis pas stupide ou même aveugle. Tu sais des choses, de toute évidence. Des choses que tu n'es pas censée savoir. Toi et Morgane, vous sortez d'où, au juste ?
Elle se crispa, se sentant en difficulté, pour ne pas dire en danger. Ce n'était finalement pas une bonne idée d'être seule avec lui. Elle aurait dû s'attendre à ce qu'il lui pose des questions. La fatigue lui avait fait manquer de vigilance.
— Mais de quoi tu parles ? On vient de France, dit-elle d'un air perplexe. D'où veux-tu qu'on sorte ?... Tu ne t'imagines quand même pas que nous sommes dans le camp de l'ennemi, rassures-moi ? Demanda-t-elle froidement en repensant à Alice.
— Non ! S'écria-t-il en comprenant qu'il avait peut-être poussé trop loin. Tu ne m'aurais pas aidé, sinon. Et je sais que vous venez de France, mais vous faîtes un peu... différentes. Hors du commun.
Kathleen le fixa, troublée.
— Je ne comprends pas, Remus. On ne vous a jamais caché qu'on avait été éduquées d'une manière différente que la plupart des gens ici. C'est notre manière d'être et nous n'y pouvons rien. Alors quoi ? Tu ne nous fais pas confiance à cause de cela ? Tu penses vraiment que Dumbledore nous aurait laissé nous inscrire dans cette école s'il avait eu un doute nous concernant ?! S'exclama-t-elle avec autant de conviction que possible.
Et d'une certaine manière, ce n'était pas des mensonges. Ayant grandies à une époque différente, elles avaient été éduquées différemment. Quant-à Dumbledore, il les avait clairement laissé s'inscrire malgré ses suspicions, mais ça, Remus n'avait pas besoin de le savoir.
— Je veux vous faire confiance, vraiment, se défendit le maraudeur, mais je ne peux m'empêcher de me poser des questions à votre sujet, sur votre façon de parler ou même sur votre comportement !
— Notre comportement ? Répéta Kathleen, faisant semblant de ne pas comprendre.
— Pourquoi est-ce que tu nous as évité du jour au lendemain, par exemple ? Qu'est-ce qu'on a fait de mal ?
— Rien, je me sentais juste… Tu sais, les Serpentards, ils vous aiment pas et j'avais un peu peur que ce soit pire et que j'ai des problèmes avec eux, j'ai quand même une année à faire ici, fit-elle en essayant de trouver une excuse, cependant c'était bidon et le Gryffondor le savait.
— Je ne te crois pas, fit-il en se penchant un peu pour se mettre à sa hauteur, son visage proche du sien. Tu ne m'as pas donné l'impression d'être le genre de personne qui se cache pour éviter les problèmes. Non. Je pense que toi et Morgane cachez quelque chose, quelque chose de gros et apparemment, vous ne nous faites pas suffisamment confiance pour nous le dire. Mets-toi à notre place et imagines un peu découvrir que tes amies ne sont pas du tout ce qu'elles prétendent être.
— C'est faux, pas une seule fois nous avons été hypocrites ! On ne vous ment pas et de ce que j'ai pu remarquer, vous aussi vous avez des secrets ! Alors tu ne peux pas nous reprocher quelque chose quand tu en fais de même, fit Kat en commençant à paniquer.
— Si je te dis ce qu'on cache, tu me dis ce que vous cachez ?
Honnêtement, elle aurait pu dire oui, car elle savait que jamais Remus n'aurait avoué être un loup-garou.
— Non, dit-elle toutefois. Pas pour l'instant. Et je ne peux pas décider seule.
Elle vit Rémus s'éloigner d'elle et lui jeter un regard froid. Non, pas ça… Il ne pouvait pas la regarder comme ça alors qu'elle avait finalement accepté de s'attacher à eux, quitte à souffrir !
— Je ne voulais pas vous perdre, souffla-t-elle à son intention. Je me suis éloignée parce que j'ai commencé à m'attacher trop facilement à vous et ça m'a fait peur… J'avais peur de vous perdre un jour ou que vous me rejetiez comme tu es en train de le faire !
Elle avait les larmes aux yeux, à cause de la fatigue et de ce maudit loup-garou qui jouait avec ses nerfs. Que voulait-il qu'elle lui dise de plus ? Elle n'allait pas lui annoncer qu'il allait perdre ses amis pour mourir alors qu'il venait d'avoir un fils !
Remus se retourna et revint vers elle :
— Pourquoi est-ce qu'on te rejetterait ? On a aucune raison de faire ça, ça n'a pas de sens. A part si vous êtes en vérité des tueuses en série, fit-il, en tentant d'alléger les tensions entre eux, voyant la jeune femme proche des larmes. J'accepte de ne pas insister pour le moment, mais tu sais très bien qu'un jour ou l'autre, on le saura. Et si tu y réfléchis bien, le plus tôt sera le mieux.
Kat hocha la tête mais pensa le contraire. Elle ne pouvait pas lui dire que jamais ils ne le sauront, jamais. Parce que c'était sûrement pire qu'être un tueur à leurs yeux. Elle avait envie de pleurer et crier en même temps. Kathleen lui en voulait d'être si dur avec elle. Elle était épuisée alors forcément, ses émotions prenaient des ampleurs pas possible. En plus, sa tête lui tournait et ses jambes la tenaient de moins en moins. Mais elle était fâchée de la façon dont il lui avait parlé, on aurait presque dit qu'il essayait de profiter de sa faiblesse physique pour lui prendre des informations.
— Je vais continuer toute seule, dit-elle d'un ton qu'elle voulu froid et fier malgré ses vertiges.
— Je ne pense pas que ça soit une bonne idée, fit Remus en fronçant les sourcils, reprenant un ton doux.
— Je vais bien, merci, le coupa la jeune femme. Inutile de te fatiguer pour moi. On a tous les deux besoin de dormir.
— D'accord, céda-t-il en comprenant qu'elle ne souhaitait plus sa compagnie pour le moment. Mais tu sais, je suis peut-être dur avec toi, mais moi aussi, j'ai besoin de me protéger.
— La différence entre toi et moi, Remus, c'est que je ne te demande rien et surtout, moi je ne te juges pas sur ce que tu veux cacher. Mais apparemment, les maraudeurs ne supportent pas que d'autres personnes qu'eux aient des secrets, ricana-t-elle froidement pour qu'il ne voit pas à quel point il lui avait fait du mal sans le vouloir.
Elle s'éloigna en direction du cachot, parfois obligée de s'appuyer contre les murs et de fermer les yeux quelques minutes. Pourquoi n'y avait-il pas d'ascenseur à Poudlard ? Et les élèves ayant des problèmes de mobilité, ils faisaient comment pour se débrouiller dans le château ?!
— Quelque chose ne va pas ? Fit une voix en face d'elle.
Elle releva le visage, Johanna s'était approchée d'elle sans même qu'elle ne le sache.
— C'est rien, je suis juste fatiguée.
— Tu es lessivée, oui ! Allez, viens, je vais te ramener au dortoir, passe ton bras sur mes épaules.
Kathleen, trop fatiguée pour protester, fit ce que la jeune femme lui ordonna sans broncher.
— Tu sais, si vous n'étiez pas venues me prévenir, je ne sais pas ce qu'il se serait passé dans ce bar. Merci beaucoup, dit Johanna en la soutenant.
— C'est rien.
Elles n'avaient pas vraiment eu l'occasion de reparler depuis ce jour-là puisque Kat n'avait presque pas quitté l'infirmerie. Mais Kathleen était soulagée qu'il n'y ait pas de tensions entre elles, malgré ce qu'elle avait craint.
— Ta sœur va bien ? Demanda sa camarade.
— Elle va mieux. Johanna, je sais que je dois être la personne à qui tu as le moins envie de parler mais je voulais te le dire, si tu as besoin d'en parler, je suis là… Je voulais que tu le saches, car de toute évidence, mis à part ma sœur, tu es la seule à vraiment m'accepter.
— Ne t'en fais pas pour ça, j'ai beaucoup réfléchi et ce n'est peut-être pas plus mal ainsi. S'il est capable de parler ainsi de moi, c'est qu'il ne respecte pas grand monde et je n'apprécie pas ça. Je suis trop bien pour lui, c'est tout !
Kathleen rit puis s'écroula sur son lit, une fois dans le dortoir.
— Bonne nuit ! Fit son amie avant de sortir pour rejoindre le réfectoire.
Kathleen s'endormit pour ne pas se réveiller avant de très longues heures.
