CHAPITRE XIX:
Celles qui faisaient des biscuits
24 décembre 1976 :
Kathleen et Sirius avaient tout mis en place pour que la surprise de Morgane soit fin prête. Ce soir aurait lieu le repas de Noël et là… Kathleen sourit doucement, elle espérait sincèrement que son amie allait passer une bonne soirée. Elle faisait confiance à Sirius pour ça. La jeune serpentarde s'était levée tôt ce matin pour tout finir et lorsqu'elle était revenue dans la salle commune, tout le monde dormait encore, alors elle s'était installée devant la cheminée, livre à la main, après avoir été dans la chambre de Morgane pour voir que celle-ci dormait comme une bien heureuse.
Elle regarda autour d'elle, un peu songeuse. C'était étrange d'être ici, dans la tour des rouges et or. Cela faisait quelques jours qu'elle avait amené ces affaires dans la chambre vide de Morgane. Au début, les Gryffondors des autres années avaient protesté mais ils s'y étaient fait, finalement. Non pas qu'ils aient vraiment eu le choix, Morgane grognait sur quiconque osait faire une remarque à ce sujet, avant de sortir une tirade sur Noël et l'amour, qui faisait grandement penser à quelque chose qui aurait pu être dit dans Love Actually, un des films favoris de Morgane d'ailleurs.
— Tu es déjà levée ? Fit une voix étonnée dans son dos.
Elle se tourna et aperçut Remus qui se tenait en bas des escaliers, affublé d'un pantalon bleu foncé et d'un t-shirt gris en guise de pyjama.
— Oui. J'avais deux trois trucs à faire… Répondit-elle en lui souriant.
Les quelques jours qu'elle avait passé avec les Gryffondors avaient aidé à nettement améliorer ses relations avec le jeune homme. Il avait bien évidemment fallu que Morgane passe une soirée entière à la sermonner avec force – littéralement – pour qu'elle accepte de mettre son orgueil de côté, mais seulement s'il en faisait de même. Ce qu'il avait fait, ayant lui-même été sermonné par ses amis, et elle était satisfaite. Il semblait avoir mis de côté toutes ces idées stupides comme quoi elle leur cachait des choses. Idées pas si stupides que ça puisque c'était vrai mais ça, il ne le savait pas. Le principal était qu'ils se parlaient normalement, presque comme de bons amis. Et en plus de ça, Morgane lui avait dit qu'il avait avoué à Sirius avoir eu tort par rapport à son jugement, ce qui faisait grandement plaisir à son égo !
— Tu ne veux toujours pas me dire ce que vous complotez toi et Sirius ? Demanda le jeune homme en s'installant à côté d'elle, près du feu.
— Je vous ai déjà dit hier, à James, Peter et toi, que ça ne vous regardait pas ! Ce qui était vrai hier l'est toujours aujourd'hui et ce n'est pas en profitant du fait que nous somme seuls que je cafterais ! Rit la jeune fille.
Remus lui fit une moue d'enfant boudeur qui accentua encore plus le rire de la jeune fille. Ce garçon était décidément d'une curiosité maladive.
— Fais pas cette tête ! Tu le sauras bien assez tôt ! Le consola-t-elle.
— Je vais essayer d'être patient dans ce cas, annonça-t-il en lui souriant.
— C'est bien, tu es un brave garçon, se moqua la jeune fille en tapant sur la tête du jeune homme, comme le ferait une mère avec son petit.
Elle croisa soudain le regard de Remus et sa main se stoppa. Kathleen n'aimait pas la façon qu'il avait de la fixer, avec tant d'intensité qu'il lui donnait l'impression de pouvoir lire en elle… Elle détourna le regard vers les flammes, déstabilisée.
— Déjà debout ? Bailla une voix enrouée depuis les escaliers.
James descendit les marches, accompagné de Sirius, tous les deux en pyjama et absolument pas coiffés, non pas que cela change grand chose par rapport à d'ordinaire.
— Vous aussi, on dirait. Il ne reste plus que Peter, alors ? Questionna Kathleen en leur laissant un peu de place sur le canapé.
— Oh, il est réveillé ! Il a juste oublié d'emballer ses cadeaux et il refuse d'utiliser une formule magique, comme quoi, ça doit venir du cœur ou je ne sais quoi… surement une connerie que Morgane lui a foutu dans le crâne, grommela Sirius. J'imagine qu'elle dort encore…
— C'est Morgane, tu t'attends à quoi ? Il est neuf heures, il n'y a pas cours… Avec un peu de chance on la verra avant midi, répondit la jeune femme en levant les yeux au ciel.
— Et tout est prêt à propos de tu-sais-quoi ? Lui demanda le jeune Black.
— Tout est fin prêt, mon capitaine ! Répondit Kathleen avec enthousiasme.
— Ah non, vous n'allez pas encore parler de ce que vous seuls comprenez ! Râla James qui ne supportait pas que ses deux complices de mauvais coups se soient alliés sans lui.
—T'inquiète ! Fit Sirius en lui donnant une tape sur l'épaule. Tu sauras tout ce soir. Et puis, de toute façon, c'est pas pour toi, la surprise Jamesie.
— Vous auriez quand même pu nous mettre dans la confidence, non ? Se lamenta James.
— Depuis quand est-ce que tu sais garder des secrets, toi ? Se moqua gentiment Kathleen.
— Mais depuis toujours ! S'outra son ami. Tu n'imagines pas le nombre de secrets qu'ont les Maraudeurs.
La jeune fille grimaça, tout comme Remus. La mention des secrets était proscrite s'ils voulaient que leur trêve fonctionne. C'était une sorte d'accord tacite qu'ils avaient passé, d'éviter tout ce qui pouvait mener à de la méfiance.
— Allons, James, toi et moi, on sait très bien que tu ne peux pas tenir ta langue ! Plaisanta-t-elle en faisant mine de ne pas avoir remarqué le changement d'atmosphère.
— Même pas vrai…
— Bon, on fait quoi ? On va dehors et on fait une bataille de boules de neige ? Demanda Sirius pour changer de sujet.
— Sans Morgane et Peter ? Fit Remus, surpris.
Kathleen leva les yeux vers les escaliers qui menaient aux dortoirs des filles. C'était une vraie plaie de réveiller son amie, elle n'avait pas vraiment envie de s'y coller. Et puis, les vacances étaient faites pour se reposer. Elles avaient beaucoup travailler pour rattraper leur retard et la brunette estimait que Morgane méritait bien de profiter de son lit si elle le souhaitait !
— Perso, ça me dit trop rien d'aller réveiller le monstre et puis, vous êtes tous les trois en pyjama, alors avant de vouloir faire quoique ce soit, vous devriez vous changer, lança-t-elle. De toute façon, j'ai déjà une idée de ce que je veux faire ! Ça fait un moment que j'ai envie d'aller aux cuisines pour faire des biscuits de Noël ! C'est quelque chose que Mo et moi faisions toujours avec Mamie Nova…
Elle prit l'air triste de celle qui fêtait Noël toute seule, sans famille mis à part Morgane, pour la première fois, pour avoir l'air réaliste. Elle n'eut franchement aucun mal à ça, car même si Mamie Nova n'était qu'une OC inventée par Morgane, elle passait en effet Noël sans sa famille pour la première fois… Elle sentit son cœur s'affaisser douloureusement dans sa poitrine. Sa vie ici était géniale, dure parfois, mais géniale, mais sa famille et son monde lui manquaient. Et elle savait que Morgane souffrait des mêmes peines qu'elle, elles en parlaient le soir dans le dortoir vide. Kathleen devait bien le reconnaître, avoir Morgane à ses côtés pour traverser tout cela était une chance immense. Elle n'osait même pas imaginer ce qu'il serait advenu d'elle sans son amie à ses côtés.
— Oh, tu veux qu'on vienne avec toi ? Demanda James en se penchant un peu vers elle, sincèrement désolé. On en ferait une nouvelle tradition ?
Elle leva ses yeux qui s'étaient embués sans qu'elle ne s'en rende compte vers le maraudeur, touchée par sa proposition. Distraitement, la jeune femme se demanda à quel moment c'était devenu si simple, si évident d'être auprès d'eux, de se laisser chérir ainsi par ces idiots. Elle n'avait pas la réponse, mais elle était heureuse qu'ils soient là.
— C'est vraiment adorable, James mais… Je pense que ce serait mieux que je sois un peu seule, annonça-t-elle. Faites ce que vous voulez pendant ce temps là, je ne serai pas là pour vous faire de remarques !
— On t'envoie Morgane si elle se réveille ? Demanda Sirius.
— Si elle veut !
Lorsque Morgane émergea, elle constata qu'il était onze heures passées. Elle ne chercha même pas son amie des yeux, sachant pertinemment que celle-ci devait déjà être debout. Après s'être changée – il n'était pas question que Sirius revoit son horrible pyjama – elle descendit dans la salle commune pour voir les quatre garçons jouer aux cartes.
— Salut salut ! Où qu'elle est Kat ? Fit-elle, attirant l'attention des garçons.
— Cuisines, répondit Sirius avant de se re-concentrer sur son jeu, avec une moue qui indiqua à la jeune femme qu'il était en train de perdre.
— D'accord, merci !
Elle leur passa devant, révéla les cartes qu'il y avait dans la main de James à l'oreille de Sirius, lui embrassa la joue et traversa le château au pas de course pour enfin arriver devant le tableau menant aux cuisines. Elle chatouilla la poire et entra. Kathleen était bien là, les joues couvertes de farine, et semblait s'amuser au milieu des elfes de maisons, à faire des biscuits de plein de forme différente. Morgane était heureuse de la voir ainsi, n'ayant pas manqué l'humeur mélancolique de sa meilleure amie ces derniers jours.
— Enfin réveillée ?
— Comme tu vois, sourit Morgane. Nostalgique, hein ? Devina-t-elle donc sans peine.
— Ça fait longtemps qu'on est loin de chez nous, ça me fait du bien de faire ce que je faisais à cette période de l'année, sourit Kathleen avant de lui envoyer de la farine, histoire d'éviter que la conversation ne dérape sur leurs familles respectives et qu'elles ne se mettent à pleurer dans les bras l'une de l'autre. Encore.
— Rho, je sors de la douche ! S'indigna la blonde avant de lui rendre la pareille.
Les elfes les regardèrent, choqués et ne sachant pas comment réagir. Malgré ça, une grande bataille de farine et d'autres aliments et ustensiles de cuisine s'ensuivit.
— On va devoir traverser le château comme ça ! Bravo ! S'exclama Morgane lorsqu'elles eurent terminé.
— C'est pas que de ma faute, hein !
— Cause toujours. J'espère juste qu'on ne va pas croiser qui que ce soit, soupira Morgane en se secouant, dépitée.
— A cette heure, je ne pense pas.
Sur ce, elles quittèrent les cuisines, après avoir nettoyé derrière elles et remercié les elfes pour leur hospitalité, emmenant les gâteaux qu'elles avaient quand même fini par faire. Tout se déroulait comme prévu, sourit Kathleen en voyant que son amie allait être obligée de se changer. Elle regarda sa montre alors qu'elles remontaient les escaliers pour retourner dans la tour de gryffondor. Le repas de Noël était dans deux heures. Elles avaient vraiment mis du temps à cuisiner et à nettoyer leurs dégâts. Mais elle était dans les temps. Bien.
— Merlin ! S'exclama une voix en voyant les deux jeunes femmes.
Elles se figèrent, mais Kathleen attrapa rapidement Morgane par son pull alors que celle-ci s'apprêtait à s'enfuir à toute jambe. Sacré courage, les Gryffondors, songea-t-elle en jetant un regard en biais à son amie.
— Professeur Slughorn, bonjour, fit Morgane en lui souriant, un sourire tout sauf forcé bien sûr.
Il les regarda l'une après l'autre, les étudiant de la tête au pied pendant une petite minute, pas vraiment sûr de lui, puis commença à parler :
— Bonjour… Que s'est-il passé pour que vous vous retrouviez dans… cet état ?
— Oh… On faisait des gâteaux et vous savez… On s'est peut-être un peu… emportées… commença Kathleen.
Techniquement parlant, dire à son directeur de maison qu'elle se trouvait dans les cuisines, ce n'était pas forcément une bonne stratégie. Mais Slug' était particulier et verrait ça comme une forme de débrouillardise d'avoir découvert si vite un secret du château.
— Oui, vous comprenez, on commençait à déprimer car ce sont les gâteaux que notre grand-mère nous faisait avant… avant qu'elle ne meurt… Expliqua Morgane en sortant son jeu d'actrice.
— Ah oui, j'ai entendu parlé de votre histoire, bien sûr, affirma avec compassion le directeur de la maison Serpentard..
Le professeur de potions avait beaucoup de sympathie pour sa nouvelle élève et pour sa sœur, bien que cette dernière soit trop vivante à son goût, surtout pendant ses cours. Il les trouvaient… intéressantes. Les progrès qu'elles avaient fait depuis la rentrée n'étaient pas négligeables et le mystère qui flottait autour de leurs origines le rendait fort curieux. Peut-être étais-ce l'expérience, mais Horace ne s'était jamais trompé sur les talents qu'il collectionnait. Il savait reconnaître un sorcier ou une sorcière qui sortait de l'ordinaire. Ces deux jeunes filles avaient quelque chose, sans qu'il n'arrive encore à déterminer quoi. Il leur sourit :
— Dépêchez-vous d'aller vous changer, vous êtes dans un vilain état !
— Oui professeur ! Et joyeux Noël ! lança vivement Kathleen en entraînant son amie.
— Bah dis-donc, il est vachement cool, Slug. Ça aurait été McGo, on se serait fait défoncer ! Lança Morgane en montant les escaliers, ce que Kathleen ne put qu'approuver.
— Houla, vous vous êtes battues ou quoi ? Demanda Peter quand elles passèrent la porte.
— La vache ! Il s'est passé quoi ?! s'exclama James en les observant.
— C'est de la faute à Kat ! se plaignit immédiatement Morgane, heureuse d'avoir une oreille auprès de qui râler. J'ai de la pâte dans les cheveux et un œuf a "malencontreusement" éclaté sur mes fesses.
Morgane se retourna pour montrer l'étendue des dégâts sur son jean.
— Et du chocolat autour de la bouche, sourit tendrement Sirius en enlevant le dit chocolat avec son pouce.
Morgane rougit, gênée mais heureuse.
— Ouais, grillée… rit-elle. Va falloir que je retourne à la douche en plus ! Râla-t-elle ensuite pour reprendre contenance après cette marque de tendresse inhabituelle.
— Et moi donc, soupira Kathleen avant d'avoir un sourire diabolique et de se jeter sur les trois autres maraudeurs, décidée à partager la farine répandue sur tout son corps.
— Bouahahaha ! S'exclama Morgane en l'imitant, s'agrippant à Sirius comme un koala à son bambou.
Tout un tas de cris de protestation et d'indignation s'élevèrent du groupe. Malheureusement pour eux, il était trop tard, le mal était fait. Et même si leur état n'était rien comparé à celui des filles, ils avaient désormais tous besoin d'une douche.
— Hinhinhin, ricanèrent les deux filles en se tapant dans les mains, satisfaites de leur méfait.
— Diablesses ! S'écria James.
— Tu as dis quelque chose ? Je crois qu'il me reste encore un peu de farine dans les cheveux à partager !
— Allez donc vous lavez ! Souillons ! S'exclama-t-il avant de partir en courant.
— Il est pas bien fini, ce garçon, fit remarquer Morgane en secouant la tête, blasée.
— T'es mal placée pour dire quoi que ce soit, lança Kat en riant.
— Va donc te laver, souillon ! Lança la blonde, offensée, avant de partir la tête haute, faisant voler ses cheveux comme dans une publicité pour l'Oréal.
Malheureusement pour elle, ses cheveux étaient collés ensemble par endroit et formaient des paquets, l'œuf ayant séché dans sa touffe de cheveux blonds. Vexée de sa tentative ratée, Morgane partie se laver, le pas fier.
— Phase une, enclenchée, mon général ! Continua de rire Kathleen en s'adressant à Sirius.
— Elle stipulait pas que moi aussi je devais me retrouver dans cet état, souligna toutefois Sirius avant de se dépêcher d'aller se laver, lui aussi.
— Et je suis pas une souillon, d'abord, râla la brune, les bras sous la poitrine.
Elle se retourna et croisa Frank et Chris qui semblèrent surpris par son apparence et celle des maraudeurs, mais les deux amis ne posèrent pas de questions, se regardèrent et haussèrent les épaules avant de partir en direction du tableau de la grosse Dame pour rejoindre les couloirs du château.
— Plus rien ne semble réellement surprendre vos camarades maintenant, remarqua la brunette.
Sur ce, elle remonta dans son dortoir pour prendre une douche. Morgane était déjà sous celle-ci, en train de chanter du O-Zone à plein volume. Kathleen leva les yeux au ciel. Le jour où elle ne serait plus en train de chanter sous la douche, il y aurait un gros problème.
— Tu t'habilles comme ça pour le dîner ? Fit la serpentard en arquant un sourcil désapprobateur en regardant la tenue qu'avait prévue Morgane.
— Bah quoi ? C'est pas un dîner chez le président, je peux porter un jean, non ?
— Non, répondit Kathleen fermement.
— Pourquoi, non ? Demanda Morgane en passant la tête de l'autre côté du rideau de douche, pour voir son amie. T'as cru t'étais Cristina Cordula à critiquer ma tenue comme ça ?
— Non, déjà parce que c'est Noël, et qu'à Noël on est encore plus des bombes que d'habitude ! Et aussi parce que le début de ton cadeau commence ce soir, sourit Kathleen. Je t'ai posé le mien sur ton lit ! Tu pourras pas le rater, c'est la grande boîte rouge ! Allez, je file sous la douche, moi aussi ! S'exclama-t-elle pour empêcher son amie de protester.
Morgane grogna avant de recommencer à chanter aussi fort que possible.
— ALO... SALUT, SUNT EU… UN HAIDUC
— Tu veux réveiller les morts ou quoi ?! S'exclama Kat. Je suis presque certaine que les garçons peuvent t'entendre.
— VREI SA PLECI DAR NU MA NU MA IEI ! !
— C'est pas vrai… soupira Kathleen avant d'attraper son savon.
Elle écarta un peu son rideau de douche et lança le savon aussi fort que possible en direction de la douche de son amie, souhaitant de tout cœur l'assommer pour qu'elle arrête de chanter cette chanson qu'elle allait avoir dans la tête toute la soirée ! Et c'était une chose d'avoir des chants de Noël en tête, mais s'en était une autre d'avoir O-Zone !
— Ai-euh !
— Va t'habiller et te sécher les cheveux !
Morgane coupa l'eau et s'entoura d'une serviette avant de sortir de sa douche, manquant de se casser la figure en glissant par terre. Elle sortit de la chambre et se dirigea vers son lit. Elle vit effectivement une grande boîte posée sur son lit. Connaissant Kat et au vu des circonstances, c'était vraisemblablement une tenue qu'elle allait devoir mettre. La question, c'était pourquoi Kathleen lui avait-elle fait une tenue en plus des autres ?
Elle respira profondément et ouvrit le couvercle. A l'intérieur était soigneusement pliée une robe bleue. Morgane la sortit de sa boîte. Elle n'était ni trop courte, ni trop longue, juste bien, la longueur parfaite pour mettre des coups de pieds retournés sans flasher tout le monde. Et Kathleen avait même fait attention à ce que le décolleté soit assez sage pour qu'elle ne soit pas gênée. La robe était vraiment magnifique, trop pour un repas de Noël idiot.
— Ca pue la merde, tout ça… Chuchota-t-elle en regardant la robe sous toutes les coutures.
Elle se dirigea cependant vers son armoire pour sortir des sous-vêtements et enfila le tout avant de retourner dans la salle de bain pour se regarder dans le grand miroir.
— Pas trop mal, pensa-t-elle en regardant attentivement son reflet.
La robe avait des longues manches fines et un peu transparente, elle moulait sagement la poitrine avant de partir en plusieurs drapés aériens en dessous. Des perles d'argent agrémentaient la tenue, lui donnant tout son charme. Kathleen l'avait faite pour qu'elle mette la silhouette de son amie en valeur et c'était drôlement bien réussi !
— Hum, je suis fière de moi, déclara celle-ci en passant la tête par le rideau. Je pourrais devenir styliste professionnelle dans ce monde ! Et de rien, au passage !
— Merci beaucoup, fit Morgane en lui souriant. J'aimerais quand même bien comprendre pourquoi je reçois ça… Surtout que nous devons ouvrir nos cadeaux demain matin, non ? Ca sera une première fois pour moi, on fait pas comme ça chez les danois !
Kathleen lui sourit à son tour avant de terminer de prendre sa douche. Morgane partit s'asseoir sur son lit, droite comme un I pour ne pas abîmer sa tenue. Elle s'occuperait de ses cheveux et de son maquillage plus tard, elle voulait voir ce que son amie allait porter ! Connaissant la brunette, elle allait être canon, comme toujours lorsqu'elle s'apprêtait ! Celle-ci sortit de la salle de bain, enroulée d'une serviette et rit en comprenant ce qu'attendait son amie.
— Navrée de te décevoir, mais tu es la seule à être sur ton 31, ce soir. Je vais me faire belle, bien sûr, mais pas à ce point… Ce n'est pas ma surprise, après tout !
La Serpentarde Kathleen sortit alors une robe noire de la caisse dans laquelle elle avait rangé ses affaires pour les vacances, cintrée au niveau de la poitrine, belle mais plus discrète malgré un fort décolleté. Elle chercha les affaires pour aller avec alors que Morgane s'étouffait avec sa salive.
— Je vais pas me balader toute seule comme ça ! Alors ça, non ! S'indigna-t-elle. Je comprends rien à votre truc de surprise, mais ça me fait flipper sévère, là !
— Calme toi.
Morgane continua à parler toute seule pendant que son amie se préparait.
— Tu comptes te sécher les cheveux oui ou merde ?
— Merde.
— Si ce n'est pas toi, c'est moi et vu comme tes cheveux sont galères, je risque pas d'être douce, gronda Kathleen.
— Mais zut quoi ! Pourquoi tu fais toujours des trucs dans mon dos ! C'est quoi ? Dis-moi !
— Plus que quelques minutes à attendre, sourit son amieKat. Et ne panique donc pas, tu vas simplement passer ta soirée avec Sirius. Vous êtes ensemble sans vraiment l'être, tous les deux. Vous n'avez jamais eu l'occasion de vous retrouver vraiment seul à seule. Alors voilà… Ce soir, il n'y aura que lui et toi.
— De quoi ? Fit Morgane, se figeant soudainement.
— Tu m'as bien entendu, allez, tu sèches ta tignasse et tu bouges ton cul !
Morgane saisit sa baguette et sécha ses cheveux, le regard vitreux. Kathleen l'observa un moment, inquiète, puis haussa les épaules. Elle savait que Morgane avait quelques soucis avec les trucs romantiques et tout, mais Sirius était tellement heureux de préparer tout ça… La blonde serait au moins sensible à ses efforts, non ?
— Allez, on descend, fit-elle une fois que son amie eut terminé de dompter ses cheveux qui étaient maintenant rassemblés dans un chignon plus ou moins discipliné.
— Maieeuhhh, râla Morgane paniquée, avant de se taire, stupéfaite.
Sirius l'attendait. Ce n'était pas exceptionnel en soi, mais bon sang, il s'était fait beau. Vraiment beau. Kathleen lui avait fait un jean sombre, avec une chemise blanche, négligemment entrouverte à la Sirius, et une veste noire très classe. Et il était en train de la fixer comme si elle venait d'être déclarée comme la 8ème merveille du monde. Elle sentit ses joues devenir brûlantes et baissa les yeux pour regarder ses pieds. La situation était quand même un peu gênante, tout le monde la fixait. Elle continua de descendre les escaliers, Kathleen lui donnant des coups dans le dos pour la faire avancer.
— Alors, c'était juste ça, la surprise ? Fit James en regardant Morgane.
Kathleen lui lança un regard noir.
— Enfin, je veux dire, tu es fort belle, ce soir ! Se rectifia-t-il d'un ton bourru.
— Rattrapes-toi, sombre crétin, gronda-t-elle en profitant du désarroi de Morgane pour lui nouer un bandeau sur les yeux.
— Hey ! Tu fous quoi, là ! Enlèves ce truc, s'écria la blonde. J'ai dit que je ne voulais pas aller dans les cachots ! C'est le territoire de Rogue !
— C'était juste une blague bon sang ! S'exclama son copain en secouant la tête, désespéré que sa petite-amie lui ressorte tout le temps la même connerie.
— Non, à partir de maintenant, tu es sous la protection de Sirius.
Morgane sentit quelqu'un lui prendre tendrement la main et la voix de Sirius lui souffler :
— Fais moi confiance !
C'était ce qu'il lui avait dit lorsqu'il l'avait emmené sur les toits et qu'ils s'étaient mis ensemble… Probablement une coïncidence. Ou pas, connaissant le garçon. Il l'entraîna doucement en dehors de la salle commune et la dernière chose que Morgane entendit fut le « bonne soirée » enthousiaste de Kathleen.
— J'espère que c'est pas une mauvaise blague sado-maso avec les centaures dans la forêt interdite, parce que c'est pas drôle du tout… Quoique, fit-elle en gesticulant.
— Je sais pas où tu vas chercher tous ces trucs, t'es pas croyable !
— J'ai juste été doté d'un don à la naissance.
Sirius plaisanta avec elle durant tout le trajet pour la détendre. Elle sentit rapidement l'air frais dans son dos et frissonna. Elle n'était pas habillée pour aller dans le parc enneigé !... Il n'allait quand même pas la jeter dans le lac en pensant que c'était une bonne blague ?!
— Tu n'auras pas froid longtemps ! On est presque arrivés ! Voilà, dit Sirius en se plaçant derrière elle pour lui enlever son bandeau.
Lorsqu'elle ouvrit de nouveau les yeux, ils étaient au bord du lac. La neige avait été fondue pour laisser place à une parcelle d'herbe où se tenaient des affaires de pique nique. Des lumières artificielles magiques flottaient autour d'eux, semblables à des lanternes. Elle n'avait pas froid et devina sans peine qu'un sortilège permettait d'arriver à ce résultat. Sur le lac, une centaine de fleurs flottaient, accompagnées de bougies. C'était très… romantique.
Morgane resta figée sur place, aucune émotion sur son visage. Elle n'était pas quelqu'un de romantique, ou plutôt le romantisme la mettait très mal à l'aise. Mais elle aimait bien ça et puis, c'était Sirius, alors il valait mieux qu'elle fasse de son mieux pour cacher sa gêne.
— C'est… whaaaaoooouuu, fit-elle les yeux exorbités.
Sirius laissa échapper un soupir, il avait eu peur pendant une milliseconde.
— J'avais terriblement peur que ça ne te plaise pas, avoua le jeune homme en l'entraînant sur la couverture installée là. C'est pour ça que j'ai pris une tonne de nourriture, avec que des trucs que tu aimes, et de la bière au beurre ! Que tu n'aurais pas eu au banquet ! Alors, rien que pour ça, ça vaut la peine de passer la soirée avec moi, non ? Fit-il avec un sourire charmeur.
— Hum, oui, rien que pour ça, alors ! Répondit-elle en lui adressant un sourire innocent.
Elle regarda un peu autour d'elle, la bave aux lèvres.
— Je mange, hein, dit-elle sans attendre de réponse.
Seul le rire de Sirius, si particulier, lui répondit de toute façon.
— Pourquoi est-ce que je suis sûre qu'elle va tout gâcher à son effet romantique ? Demanda à haute voix Kathleen en regardant par la fenêtre de la tour Gryffondor.
— Parce que c'est Morgane et qu'on sait tous qu'elle est maladroite, et aussi qu'elle ne veut pas trop s'attacher à Sirius, répondit Remus.
La jeune femme se tourna vers lui et vit que les autres en avaient fait de même.
— De quoi ? Interrogea James, choqué.
— D'où est-ce que tu sors ça, demanda nerveusement Kathleen.
Remus lui lança un regard entendu, pour lui faire comprendre qu'il n'était pas dupe.
— Maintenant que tu le dis… Murmura Peter en s'approchant de la fenêtre. Mais pourquoi est-ce qu'elle serait comme ça ? Elle a eu des problèmes avec ses ex-petits amis ? Demanda-t-il.
— Pas que je sache, répondit Kathleen en se retournant à nouveau vers le couple.
Il y avait plein de raisons qui faisaient qu'elle ne pouvait pas s'attacher à Sirius. D'une, c'était un personnage de roman. Deux, il allait passer douze années en prison. Trois, il allait mourir deux ans après s'en être échappé. Même si elle doutait que Morgane se projettait aussi loin dans le futur avec lui, elle imaginait que savoir ce qui l'attendait devait lui briser le cœur... Et en plus, elles ne savaient pas quand elles rentreraient, demain, après-demain, dans vingt ans ? Kathleen soupira, elle ne pouvait décemment pas répondre ça aux garçons.
— Peut-être à cause des temps qui courent… Lâcha Peter.
Tous les regards se posèrent sur lui.
— Qu'est-ce que tu nous chantes ? Demanda James, mal à l'aise.
— Tu sais très bien ce que je veux dire, Morgane a peut-être l'air à côté de la plaque mais elle a peut-être peur de s'attacher parce que nous sommes tous en danger.
— Peter n'a pas tort. Tu as vu ce qu'il s'est passé à Pré-au-lard. Elle se serait pris un autre sort, elle ne serait plus là, appuya Remus d'un ton grave.
— Ne parlez pas de choses comme ça le jour du réveillon de Noël ! S'indigna Kat, le cœur au bord des lèvres.
Elle ne voulait pas penser au fait qu'elle aurait pu perdre sa meilleure amie. Elle ne voulait pas repenser à cette horrible journée tout court. Elle se souvenait encore à quel point elle se dégoûtait elle-même. A quel point elle en voulait à tout le monde. Mais surtout, comme elle avait eu peur. Elle voyait encore Morgane s'effondrer. Elle entendait encore Remus hurler, encore et encore. Si elle perdait quelqu'un… Si elle perdait Morgane…
— Heeee ! Sérieusement ! En public quoi ! Sirius, Morgane, vous êtes franchement sans pudeur ! S'exclama soudainement James d'une voix dégoutée.
Kathleen se tourna brusquement vers la fenêtre mais Morgane était encore concentrée sur la nourriture, délaissant complètement son petit-ami. Typique.
— T'avais l'air d'être en train de penser trop fort, je voulais te ramener sur terre, fit le jeune homme en lui adressant un sourire penaud.
Elle voulut rire pour le rassurer, mais elle ne produisit qu'un son étranglé.
— Bon, c'est le réveillon de Noël, allons manger au lieu d'espionner le couple phare de l'école, et dans la bonne humeur, Messieurs ! Tenta-t-elle de sourire en les entraînant vers la grande salle.
Mais elle n'oubliait pas. Elles allaient les perdre…
