Bonjour à tous,
Et voici la deuxième partie de ces chapitres inédits. En espérant qu'il vous plaira !
Nous vous souhaitons de joyeuses fêtes de fin d'année.
Bonne lecture à tous
Chapitre XXII
Celles qui gagnaient le pari
1 janvier 1977 :
Morgane regarda derrière elle, sans montrer une once de surprise, pour constater l'absence de ses deux camarades de classe.
— Me disait bien aussi que je sentais plus l'haleine fétide de Chris dans ma nuque… Quoi ? Il a passé sa soirée à gerber, j'ai le droit de dire qu'il sent pas la rose !
— Tu pouvais pas te retenir de l'attaquer hein ? Demanda Kathleen tout en posant ses mains sur ses genoux pour reprendre sa respiration.
— T'as bien vu que non, rétorqua la blonde en haussant les épaules, par contre on est où ? Et surtout comment est-ce qu'on s'est débrouillée pour arriver aussi haut… on était dans les cachots…
Kathleen suivit le regard de Morgane et jeta un coup d'œil par la fenêtre. En effet, elles étaient montées au moins jusqu'au cinquième et même si elle était à bout de souffle elle n'avait pas l'impression d'avoir monté tant de marches que ça…
— Peut-être on s'est téléportées ? Proposa son amie.
— Ne dis pas de bêtises, c'est impossible de transplaner à Poudlard… peut-être qu'il y a un passage qu'on ne connaît pas qui permet de monter directement dans les étages… Je crois me souvenir d'un escalier caché avec une marche piégée qui permet de rejoindre le cinquième depuis le hall ou le premier ? Je ne sais plus, râla Kathleen en tentant de se rappeler des détails des livres.
— Si c'est le cas, va falloir le retrouver ! J'en ai plein le cul de ces marches à la con, alors oui ça me fait un fiak de rêve, mais à quel prix ?!
— Bon on va avancer un peu, proposa la brune en changeant de sujet. Je n'ai pas l'impression d'être déjà venue par ici…
— En effet ! Fit soudainement une voix chantante avec un fort accent anglais à leur gauche. Je me souviendrais d'une telle beauté !
Les deux filles se tournèrent d'un même mouvement vers le mur d'où provenait la voix et lâchèrent un soupir de soulagement en comprenant que ce n'était qu'un tableau. Mais pas n'importe quel tableau…
— Le chevalier du Catogan ? Demanda Morgane en plissant les yeux pour mieux distinguer le personnage.
— En effet, gente dame ! Je suis flatté qu'une si belle hirondelle connaisse mon nom, mais je ne suis pas étonné car en effet je suis le preux et vaillant chevalier du Catogan, histoires, poèmes et chansons décrivent mes aventures mais nulles ne peuvent réellement relayer ma fabuleuse vie et mes exploits inhumains-
— Okayyy, dixit le mec en armure qui a un poney nain pour compagnon d'arme, l'interrompit Morgane en balayant ses paroles de la main, prête à reprendre sa route.
— Ma chère, comment pouvez vous parler ainsi au vaillant Chevalier du Catogaaaaan ! Un si beau visage, presque aussi parfait que celui de ma 3ème ex-femme, mais des paroles emplies de venin ! En garde !
— Calme-toi, Zorro le Zozo, soupira la blonde en levant les yeux au ciel.
— Ne le vexe pas, il va faire du bruit… et peut-être qu'il pourrait nous aider à rejoindre la tour de Gryffondor…
— D'accord… bon, désolée Chevalier de l'efferalgan, je suis juste jalouse, je veux un poney.
— Ma chère mie, ce n'est pas un poney mais un âne !
— Sérieusement, il pinaille sur son canasson là ?! Soupira la petite blonde.
— Sir du Catogan, brave chevalier, nous sommes égarées en ces lieux et cherchons à rejoindre la tour Gryffondor… Peut-être pourriez-vous nous aider dans notre quête ? Tenta Kathleen d'un ton guindé en prenant une mine de femme en détresse.
— Suceuse, murmura la blonde en croisant les bras sur sa poitrine.
— Mais bien entendu, ma belle enchanteresse ! S'enorgueillit le portrait. Laissez-moi juste prévenir mon camarade de mon absence et mon épée sera votre.
— Yeurk, non merci, j'en veux pas de son épée, grimaça Morgane alors que la peinture se penchait vers le tableau à sa droite.
— Merlin, dormez-vous, cher ami ? Merlin ? Allons, ne faîtes pas semblant de dormir, ce n'est pas galant de montrer si terne visage face à de si jolis minois…
Morgane se mit dos à la peinture pour regarder son amie et fit mine de vomir face à la drague moyenâgeuse du chevalier. Elle se souvenait vaguement de ses interactions avec Harry et ses amis mais elle avait oublié combien cette peinture était pénible !
— Et bien, Catogan, mon ami, pourquoi vous égosillez-vous ainsi ? S'enquit un vieillard en apparaissant dans le portrait voisin.
Et honnêtement, Morgane et Kathleen furent… déçues. Ce n'était pas comme ça qu'elles voyaient Merlin. C'était un vieillard avec une barbe blanche et longue, des yeux bleus un peu ternes, probablement avaient-ils été plus vibrants dans sa jeunesse, à l'image de ceux de Morgane par exemple. Derrière un tas de rides se cachait sans doute un visage qui avait dû être beau… avant. C'était vraiment un vieillard quelconque. Pas vraiment à la hauteur des légendes, pensa Kathleen, ce n'était pas étonnant que les élèves ne se bousculent pas pour lui rendre visite, en dehors de Fred et George, évidemment.
— Mon cher ami, des jeunes femmes en détresse m'ont demandé de l'aide en cette nuit sans lune, je me dois de leur porter secours ! Je m'en vais donc pour une quête, ne me cherchez point, et si je ne reviens pas vivant, s'il vous plait, prenez soin de ma femme et de mon âne !
— Sans lune ? Répéta Morgane en regardant par la fenêtre, n'importe quoi.
Merlin ne répondit pas à son "ami" et posa son regard sur les deux jeunes femmes. Morgane lui jeta un coup d'œil blasé, toujours les bras croisés et Kathleen l'observa avec intérêt, l'analysant. D'accord c'était un vieillard dans un tableau, mais le vieillard en question restait Merlin, un des Serpentards le plus célèbre et connu de l'histoire de la magie !
— Ma foi, vous n'aurez pas trop de deux chevaliers mes Dames, sourit le vieil homme, je vais vous aider dans votre quête Catogan.
— Ha un prédateur sexuel de plus, super ! Grommela la blonde en levant les yeux au ciel.
— Vous… vous souhaitez nous accompagner ? Mais qui va veiller sur ma valeureuse monture pendant notre absence ? Demanda le chevalier qui semblait bien déçu que son voisin souhaite les accompagner et lui voler la vedette.
— Je suis certain que Godric s'en sortira sans vous pendant quelques heures, sourit Merlin sans lâcher les deux filles du regard.
— Godric ? Répéta Morgane avec un hoquet abasourdi, ce non-respect franchement…
— Heum, merci pour votre offre, la coupa Kathleen en voyant le temps passer et en pensant à Rusard qui avait probablement donné l'alerte, je ne voudrais pas paraître impolie ou pressante, mais nous aurions besoin de retrouver notre chemin avant que le concierge ne nous trouve et ne nous punisse.
— Oh ! Seriez-vous dans l'illégalité ?! S'exclama d'une voix forte le chevalier, comme le disait ce cher Arthur aux cheveux d'or : la droiture est l'une des principales qualité d'un chevalier !
— Aux dernières nouvelles, nous, on est pas des chevaliers, s'agaça la petite gryffondor en fronçant les sourcils, alors aidez-nous ou non, mais faites-le vite.
— Et bien, très chère, quel tempérament vous avez là ! Commenta le chevalier en montrant le chemin. C'est curieux, ça me rappelle quelqu'un… Notre bon roi Arthur avait tendance à foncer tête baissée dans le danger, durant son jeune âge ! Expliqua-t-il à Morgane qui n'en avait pas grand chose à faire.
— Vous étiez Chevalier à la table ronde, Sir ? S'enquit Kathleen en faisant attention au chemin qu'ils empruntaient.
— Mais oui, brillante demoiselle ! J'ai fait serment d'allégeance par mon épée au roi légitime de Bretagne et à sa descendance ! Et à sa triste mort j'ai renouvelé ce serment à mon cher ami, Merlin, jurant que ma lignée serait au service de la sienne.
Morgane fronça les sourcils, signe qu'elle écoutait malgré tout l'histoire du Chevalier du Catogan.
— Je ne comprends pas… Vous étiez chevalier et mage, probablement un seigneur également… Pourquoi prêter serment à Merlin ? Sans offense, ajouta-t-elle à l'adresse du vieillard.
— Lorsqu'Arthur a quitté ce royaume, l'harmonie qui régnait en Albion a volé en éclats. Les moldus se firent méfiants à notre égard, les massacres et procès se firent plus nombreux… Les fondateurs de Poudlard s'étaient éteints depuis plusieurs décennies, déjà. Les nôtres, le monde magique, avaient besoin d'un meneur, d'une figure pour les défendre. Étant le mentor du roi, c'est un fardeau qui m'est revenu, expliqua l'enchanteur avec modestie.
— Nul roi ne fut plus grand que vous, mon ami ! Complimenta avec sincérité le chevalier. Vous étiez et êtes toujours le plus magnificient des mages.
— Et aucun chevalier ne me fut plus loyal, déclara avec amusement mais affection le vieil homme.
— Attendez, attendez ! Roi ? Vous avez été déclaré "roi du monde magique" ? Stoppa Kathleen, estomaquée. Pourquoi est-ce qu'il n'est pas fait mention de ça quelque part ? Je veux dire, ça se saurait si la Grande-Bretagne avait été sous deux monarchies en même temps, moldue et sorcière ?
— Et bien… Commença Merlin avant d'être coupé par Morgane :
— Vous êtes eunuque, c'est ça ? Pas d'héritier, pas de royaume.
— Morgane, pesta Kathleen entre ses dents.
Autant la répartie de son amie aurait pu la faire rire, autant elles étaient en train de s'adresser à Merlin, sorcier qui avait tellement révolutionné le monde magique qu'il avait été élevé au rang de légende chez les sorciers ET les moldus… Celui-ci ne semblait pas prendre les remarques de la petite blonde à cœur, nul doute avait-il connu pire de son vivant. Il semblait même amusé. Tout l'inverse du chevalier qui marchait fièrement à ses côtés :
— Qu'ouïs-je ?! Nul ne fut plus viril que mon cher Merlin de son vivant, excepté peut-être Arthur aux boucles d'or…
— Putain mais il a voué un culte à ses ch'veux le dingue, souffla la Gryffondor à son amie qui retint un rire.
— …toutes se battaient pour ses faveurs, nulles femmes, ou hommes, ne lui résistaient, sorcières, moldues, nymphes, vélanes…
— Ouais on a compris, c'était pas le Roi des sorciers en fait, mais le Roi des coups d'un soir, conclut la blonde en jetant un regard qui en disait long au vieil homme. Du coup en niquant à gauche à droite comme ça et avec c'te virilité sans égale vendue par Fanboy du Catogan, vous devez avoir eu plein de gosses à gauche à droite, juste que des bâtards ?
— Ce que ma sœur veut dire, intervint Kathleen avec diplomatie alors que le Chevalier sortait une nouvelle fois son épée pour menacer Morgane, c'est que les légendes à votre sujet sont nombreuses. Il est en effet dit que vous avez eu des histoires tumultueuses, pas nécessairement aussi nombreuses que semblent le dire votre ami, mais je n'ai jamais rien lu sur une quelconque monarchie sorcière dont vous auriez été le souverain.
— Une férue d'Histoire, sourit Merlin, voilà qui est intéressant. Il est compréhensible que vous n'ayez pas trouvé de traces de mon temps sur le trône car il a été relativement court, tout au plus deux ou trois décennies, et tout a été gravé dans de la pierre dans des langues anciennes. Rares sont ceux qui peuvent déchiffrer ces écrits et encore plus rares sont ceux qui peuvent les trouver car tous sont ensorcelés. Je ne souhaitais pas que mon règne soit associé à celui de Arthur. Des comparaisons et des associations auraient été faites et cela aurait été dangereux. Malheureusement je n'ai pas pu atteindre les objectifs que je m'étais imposé pour le royaume et moi-même.
— Difficile quand on se fait enfermer dans une forêt et transformer en buisson par sa meuf parce qu'on est infidèle…
— Je ne suis pas fier de mes erreurs, admit Merlin en regardant Morgane droit dans les yeux. Et j'ai accepté ma punition, ce qui a marqué la fin du règne d'Emrys.
— Vous choisissiez toujours les femmes les plus sanguines ! S'exclama le chevalier du Catogan avec émotion. Les plus belles certes, mais quel caractère !
— Emrys, répéta Kathleen en se tournant vers son amie qui s'était soudainement tue et semblait plongée dans une grande réflexion.
Le nom d'Emrys n'était pas inconnu aux deux jeunes sorcières. Au-delà de l'aspect légendaire du personnage, qu'elles connaissaient déjà dans le monde moldu, ce nom leur était lié de façon bien plus personnelle et directe. C'était en effet une des rares inscriptions que Morgane avait réussi à traduire sur l'autel de pierre qui se trouvait dans la grotte à leur arrivée à Tintagel. Les recherches qu'elles avaient pu mener à Poudlard depuis n'avaient pas permis d'élucider le mystère autour de ces gravures anciennes, en dehors du fait qu'elles étaient clairement adressées à Merlin.
Curieusement, l'idée de venir poser directement des questions à son portrait n'avait jamais traversé l'esprit des filles. Elles avaient en fait complètement oublié l'existence même de son tableau, ce qui était somme toute assez normal vu la masse d'informations sur ce monde qu'elles avaient accumulé au fil des années et des lectures. Le fait qu'elles soient quelque peu éméchées à cet instant, après cette première partie de soirée arrosée, devait également jouer sur leur temps de réaction.
— Vous crêchiez pas du côté de Tintagel, dans votre jeunesse, par hasard ? Demanda finalement la petite blonde.
— Je vous demande pardon ?
— Ma sœur voulait savoir si… vous aviez peut-être un lien avec le château de Tintagel ? Traduisit Kathleen.
— Je regrette mais ce nom ne m'est pas familier, déclina toutefois le puissant enchanteur, ce qui désarçonna les deux jeunes filles qui s'attendaient à avoir enfin des réponses.
Elles insistèrent, tandis que le petit groupe montait dans les étages du château, avec prudence pour les filles, même si c'était une tâche pour le moins compliquée avec le chevalier du Catogan qui s'écriait pour un rien.
— Un château au sud de l'île, dîtes-vous ? S'écria avec enthousiasme celui-ci après une description des lieux. Mais ça ne peut être que Camelot, bien sûr ! Nulle enceinte avait son pareille, sa grandeur, sa beauté, que dis-je, sa magnificence !
— Mais vous pouvez pas baisser d'un ton au lieu de crier comme une pucelle, comme on disait à votre époque ! Siffla Morgane à bout de nerfs.
— Pucelle ? Répéta le chevalier, outré. Je puis vous assurer de ma virilité, ainsi qu'en attestent mes dix-sept rejetons ! D'ailleurs, la virilité même coule dans ma lignée, brave Gryffondors que nous sommes de père en fils. Enfin, sauf le petit dernier, mais il a tout pris de sa mère…
Morgane gonfla ses joues pour ensuite imiter un bruit de pet avec ses lèvres, coupant la parole au chevalier au passage.
— Dix-sept gosses, ouais, je les plains, avec c'te tronche de dindon que vous vous tapez ! C'est pas parce que vous aviez des spermatozoïdes en forme que ça vous rend plus viril. J'trouve que vous vous justifiez un peu trop pour croire que vous soyez vraiment confiant dans votre masculinité, parce que ça, c'est viril. Pas utiliser son zizi à tout va.
— Morgane, tempéra Kathleen en tirant sur sa manche pour la retenir, ça suffit…
— Nan mais sérieux quoi, continua la blonde qui s'était arrêtée et fixait le chevalier avec dédain, il se permet de faire des commentaires sur mon caractère, mais lui on pourrait le confondre avec le fion de son poney !
— C'est un âne ! Mon valeureux Godric est un âne, vile sorcière ! Geignit le cavalier en pointant son épée directement vers le visage de la Gryffondor.
— Qu'est-ce que ça change, t'as une tête de cul, cqfd ! Continua à s'énerver Morgane.
— C'est l'alcool qui parle, sourit Kathleen avec gêne en serrant le bras de sa meilleure amie pour la faire taire.
— J'suis sûre que tes dix-sept gosses et toute leur descendance, ce qui fait possiblement beaucoup, ont des gueules de fion ! Si on croise quelqu'un avec une face de derch' on sait de qui il tient ! Continua-t-elle malgré tout, insultant le chevalier en faisant des gestes pour le moins impolis.
— Je suis désolée, s'excusa Kathleen qui commençait à en avoir assez.
— Ne vous inquiétez pas, sourit doucement Merlin, ce n'est pas la première fois que j'assiste à ce genre de scène, même de notre vivant.
— Ça ne m'étonne pas tellement, soupira Kathleen avant de se tourner à nouveau vers son amie. Maintenant c'est toi qui fait trop de bruit Morgane, et je ne pense pas que l'on veuille que Rusard et sa chatte ne nous trouvent…
Morgane soupira bruyamment par le nez puis tourna dramatiquement le visage, offrant son profil à Sir Catogan. Kathleen avait raison, elle ne savait pas pourquoi, mais ce chevalier de pacotilles -oui il avait battu un dragon avec une baguette magique cassée et alors ?- lui courrait sévèrement sur le haricot et l'alcool la rendait moins patiente que d'ordinaire. En plus elle était certaine que le chemin qu'il leur faisait prendre était le plus long, ce qui ne lui plaisait pas du tout ! Elle voulait retrouver sa salle commune et continuer à faire la fête avec ses amis ! Elle voulait être avec Sirius au plus vite pour vraiment finir la soirée à ses côtés mais avec ces deux vieux sorciers morts qui prenaient bien leur temps pour les guider… Ça semblait grandement compromis.
— J'veux juste retrouver la salle commune et Sirius… Grommela-t-elle en recommençant à avancer.
— Sirius ? S'enquit Merlin avec une lueur amusée dans les yeux. Vous parlez peut-être de l'aîné des frères Black ?
— Ouais, vous le connaissez ? S'étonna durant un instant la blonde. Je sais pas pourquoi je demande, évidemment que vous connaissez, ces zigotos ont exploré le château je ne sais pas combien de fois ! Obligés ils se sont déjà arrêtés vous parler !
— Effectivement. Dois-je comprendre à votre manière de vous languir de lui que ce jeune damoiseau est l'objet de votre affection ? Demanda le grand mage avec des yeux brillants alors que Catogan boudait dans son coin depuis la tirade de Morgane sur sa descendance.
— Euh…Ouais, c'est mon mec, quoi ! Confirma la petite blonde en le regardant d'un drôle d'air face à sa manière moyenâgeuse de s'exprimer.
Kathleen pour sa part trouvait qu'il y avait dans le regard et le sourire de Merlin depuis l'évocation de Sirius une étrange… malice ? C'était comme si le portrait se tapait intérieurement un fou rire mais qu'il se retenait d'éclater ouvertement de rire.
— Pourquoi ces questions sur Sirius, Sir ? Finit-elle par demander.
— Oh mais parce que ce jeune sorcier fait la fierté de son ancêtre. Voyez-vous la famille Black se vante depuis plusieurs décennies d'appartenir à la maison Serpentard, mais ils sont en réalité issus d'une très longue lignée de Gryffondors…
— J'ai toujours dit que la sournoiserie de ma seconde épouse pourrirait notre descendance à un moment ou à un autre… Bougonna le chevalier du Catogan. Non pas que ce soit un mal d'appartenir à votre maison, mon illustre ami, ajouta-t-il à l'intention de Merlin, mais quand je vois comment cette branche a tourné…
Kathleen s'arrêta d'avancer en comprenant enfin les propos des deux portraits avant d'éclater d'un rire tonitruant face à la mine estomaquée de Morgane qui regardait, stupéfaite, le chevalier du Catogan.
— Nope, refuta-t-elle en croisant le regard hilare de sa meilleure amie. Je refuse de croire que Sirius, canon comme il est, descend de cet… cet… ce zinzin à la face de poney tout fripé ! C'est pas possible !
— Ça expliquerait le côté timbré des Black… En plus de la consanguinité, je veux dire, ricana Kathleen.
— Il est clair que votre seconde femme était des plus… inquiétante par moments, commenta Merlin avec un sourire en coin.
Le commentaire fit soupirer le chevalier et alors que Morgane continuait à se plaindre et à nier en bloc, pour protéger l'honneur de Sirius disait-elle, il dit d'une voix forte :
— Sa beauté n'avait d'égale que sa folie ! Mais j'ai vu nombre de mes descendants traverser les couloirs de ce royal château, et aucun ne l'égale.
— Elle devait être sacrément belle, intervint Morgane, et sacrément folle vu les cas qu'il y a dans c'te famille. Parce que bon, Bel-
Mais la petite blonde fut coupée dans sa tirade par un raclement de gorge à leur gauche. Les deux amies se retournèrent brusquement : le professeur Dumbledore les regardaient tous les quatre, les sourcils levés. Il ne semblait pas en colère de les trouver hors de leur dortoir à une telle heure, mais s'approcha d'elles, sa longue robe de chambre rose fuchia bougeant avec grâce autour de lui.
— Je vois que vous avez fait connaissance avec les sœurs Kerrien, mon cher Merlin. Sœurs qui ne devraient pas être dans les couloirs, surtout après avoir croisé Rusard et insulté sa chatte.
— Oh ! C'est pas nous ça ! C'est ce crétin de Chris ! Défendit la gryffondor. D'ailleurs… on peut avoir vos lunettes s'il vous plaît ?
— En effet, approuva Merlin en ignorant l'intervention de la petite blonde, je suis ravi de les avoir enfin croisées, après vous avoir entendu parler maintes fois d'elles.
— De quoi ? S'étonna Kathleen à voix basse en observant deux des plus grands sorciers se parler comme s'ils avaient été amis toutes leurs vies.
Pourquoi diable le directeur avait parlé d'elles à Merlin ?! Qu'est-ce qu'elles avaient bien pu faire pour mériter une telle attention, en dehors de leur histoire un peu loufoque ? Et comment, par Viviane, était-il au courant que Chris avait insulté Miss Teigne ?! Elle jeta un rapide regard vers Morgane qui s'était figée, le bras tendu en attendant que leur directeur lui donne ses lunettes. Elle tourna sa tête vers la brune et fit une grimace, pour lui dire qu'elle aussi trouvait ça bizarre. Clairement aucune d'elles ne comprenaient pourquoi le directeur les avait mentionnées devant Merlin. Quel but pouvait-il y avoir à ça ?
— Techniquement, c'est le nouvel an donc le couvre feu est décalé à une heure du matin, il n'était pas encore une heure lorsque nous avons quitté la salle commune, argumenta Kathleen qui n'était pas spécialement contente de croiser Dumbledore.
Elles l'avaient déjà vu une fois aujourd'hui chez Hagrid, ça lui suffisait amplement pour le reste du mois à venir !
— Mais il est maintenant plus de deux heures du matin miss Kerrien, je ne sais pas ce que vous avez fait dans les couloirs pendant plus d'une heure et demie, mais il est grand temps pour vous d'aller au lit, si vous ne voulez pas croiser à nouveau ce cher Argus. Il risque en effet de ne pas être aussi clément que moi. Il semble avoir pris très à cœur ce qui a été dit sur sa chatte.
— On s'est perdu à cause de ce crétin de Chris ! Tout est de sa faute ! S'énervait à présent Morgane en faisant de grands gestes. Il était complètement torché et-
Kathleen l'interrompit en lui pinçant le dos, Dumbledore n'avait pas besoin de savoir qu'ils avaient illégalement apporté de l'alcool dans la salle commune des Gryffondor, et encore moins besoin de savoir qu'ils avaient été s'introduire illégalement dans le bureau du directeur de la maison Serpentard.
— Aaah, soupira Dumbledore avec une lueur de malice dans les yeux, sachez que nous avons également eu le spectacle de personnes trop alcoolisées à la fête qui se tenait dans la grande salle, fête où je n'ai pas eu le plaisir de vous voir d'ailleurs. Le professeur Slughorn et Hagrid nous ont chanté des chansons en duo pendant plus de trente minutes avant de s'endormir l'un sur contre l'autre dans un coin de la salle, au grand désespoir de cette chère Minerva.
— Sérieux ? J'aurais aimé voir ça… Clama avec dépit Morgane. Au fait, je veux pas avoir l'air d'insister, mais vous ne dormez pas avec vos lunettes, si ?
— Et bien, non… Cela serait des plus inconfortables.
— N'est-ce-pas ? Approuva Morgane. Donc ça vous ennuierait pas que je vous les emprunte pour le reste de la nuit si je demande à Pingoo de vous les rendre avant que vous ne vous réveillez ? Ou si je vous les rends au petit-déj ?
— Auriez-vous des problèmes de vue, gente dame ? S'enquit le chevalier de Catogan. Ca expliquerait ma foi votre désarmante confusion sur la nature de ma fidèle monture !
— Nan mais j'ai pas besoin de lunettes pour voir votre canasson, espèce de vieille bique ! S'agaça à nouveau Morgane en se tournant vers le tableau, engageant une nouvelle fois une dispute animée entre eux.
Kathleen soupira puis expliqua au Directeur qu'elles gagneraient un pari idiot si elles pouvaient ramener ses lunettes et qu'elles n'auraient du coup plus besoin de traîner dans les couloirs si elles les avaient. En soit, elles avaient l'intention de rentrer au plus vite, lunettes ou pas puisque croiser Dumbledore n'avait jamais fait parti de leur plan, mais si le directeur voulait tant qu'elles rentrent dans leur salle commune sans punition et au plus vite, il les aiderait non ?
Le sorcier eut un sourire amusé et s'exécuta, sortant une paire de secours d'une de ses poches.
— Un sorcier n'est jamais assez préparé ! Et maintenant, jeunes filles, je compte sur vous pour rejoindre votre tour, ajouta-t-il en tendant ses lunettes à Morgane qui sautilla, surexcitée à l'idée de la tête que ferait l'autre équipe. Sir, Votre Majesté, je compte sur vous pour escorter ces demoiselles…
— Allons, Albus, combien de fois vous ai-je dit… commença à contrer Merlin face au titre employé.
— Ah donc il y a des gens qui sont au courant ! Pourquoi c'est pas dans ce foutu programme d'Histoire de la Magie, bougonna Kathleen.
— N'ayez crainte, gardien de ces lieux et de ces jeunes âmes, nous veillerons à ce qu'aucun danger ne mette en péril la vie ou l'intégrité de ces ravissantes Dames, dussé-je y laisser la vie !
— Je pense pas qu'on va tenter de nous égorger ou nous tripoter d'ici la tour Gryffondor, c'est pas le métro parisien, alors on se calme, le zinzin, rappela Morgane, plus que lasse face à l'ancêtre de Sirius.
— Bien sûr que non, puisque nous veillons sur vous ! N'ayez nulle crainte, jeune jouvencelle, le Chevalier de Catogan vous protégera contre tous les périls.
— Ouais, ouais. Bon, bonne année Mr le Directeur ! Et merci pour les lunettes ! S'écria la petite blonde en saisissant le bras de sa sœur, l'entraînant de force avec elle.
Le reste du chemin se fit sans embûches. Bien sûr, Morgane s'énerva à nouveau contre le chevalier du Catogan et Kathleen posa de nombreuses questions à Merlin, mais les deux amies rejoignirent la tour de Gryffondor entières et sans croiser d'autres habitants du château.
— Merci mille fois pour votre temps et votre patience messieurs, remercia Kathleen alors qu'elles se tenaient devant le portrait de la Grosse Dame.
Celle-ci était d'ailleurs en train de ronfler à plein régime, le visage collé contre son cadre, son amie Violette endormie et bien calée avec sa tête reposant sur ses fesses.
— Ce n'est rien, sourit Merlin, nous n'avons que ça, du temps.
— Tu m'étonnes, surtout lui, il doit bien se faire chier avec son poney et ses deux neurones qui se battent en duel toute la journée, grogna Morgane avant de se prendre un coup de coude de la part de sa meilleure amie et d'ajouter : outch, merci !
— J'ose espérer que nous nous recroiserons ! Cette quête du nouvel an fût des plus distrayantes ! S'exclama avec entrain Sir du Catogan après avoir jeté un regard noir à la petite blonde.
Ce n'était pas plus mal pour lui, et pour elles, qu'il ne comprenne pas tout ce que Morgane disait.
— Laissez-moi juste vous aider une dernière fois mes chères pucelles-
— Que-
— A réveiller les dames dans le tableau de votre salle commune, Dame Violette et Dame Grosse-
— Mais-
— Semblent avoir abusé de la boisson, mais n'ayez craintes, je vais les tirer des bras de Morphée ! Termina-t-il en sortant son épée pour la énième fois et se précipitant vers le tableau de la Grosse Dame.
Son armure et sa discrétion suffirent pour réveiller les deux femmes, malheureusement pour lui elles étaient encore bien alcoolisées et même si Violette le regardait avec des étoiles dans les yeux, la Grosse Dame ne se fit pas prier pour lui jeter des bouteilles vides à la figure, ce qui lui valut un tonnerre d'applaudissements de la part de Morgane. Merlin regardait la scène d'un air blasé, tout comme Kathleen, et fût rapidement rejoint par son ami qui ne pouvait pas se permettre de traîner plus longtemps près de la Grosse Dame.
— Je crois qu'il est temps pour nous de rejoindre nos tableaux respectifs, dit sagement Merlin alors que le chevalier se plaignait à sa gauche, passez une bonne nuit, mes Dames.
— Merci, vous aussi, lança Morgane en leur adressant un signe de main avant de se tourner vers le tableau menant à sa salle commune.
— Merci encore, ravie de vous avoir rencontré ! Ajouta Kathleen avant de l'imiter.
— Tout le plaisir était pour nous, sourit doucement Merlin en les regardant s'éloigner.
— Fantastic Bestias, lança Morgane à l'adresse du tableau pour ouvrir le passage.
Celle-ci s'exécuta sans manquer de murmurer un tas d'insultes à voix basse, et alors que les deux filles passaient par le trou qui leur permettaient de monter rejoindre leurs amis elles entendirent une bribe de conversation entre Merlin et le Chevalier du Catogan :
— Cela m'a rappelé bien des souvenirs, cher ami ! Cela faisait bien longtemps que je n'avais plus pensé ainsi à nos proches… Quelle surprenante rencontre, mon cher.
— Surprenante, en effet…
— Ah bah vous voilà enfin ! On a cru que vous vous étiez faites prendre par Rusard ! S'écria James, confortablement installé devant le feu avec ses amis.
— Ouais, et si j'en crois les cadavres de bouteilles à vos pieds, vous étiez visiblement prêts à venir à notre rescousse, ironisa Morgane en les voyant tranquillement affalés alors qu'elles, elles s'étaient tapées la compagnie de deux vieux durant au moins une heure !
— Allons, allons ! Tempéra Remus. L'important c'est que vous soyez enfin là, qu'on puisse conclure ce pari !
— On fait quoi en cas d'égalité ? S'enquit Peter.
— Si égalité il y a, on gagne parce qu'on est parti avec un malus ! Je vous rappelle que j'ai dû porter celui-là sur mon dos alors qu'on échappait à Rusard ? Râla James en montrant la forme inerte de Chris sur un des canapés.
— Ouais, m'en parle pas, quel boulet ! Sans offense, Frank, mais t'as vraiment une patience d'ange, ajouta la petite blonde en s'installant à côté de Sirius.
— Il paraît, oui ! S'amusa le jeune Londubat. Bien puisque nous sommes enfin tous réunis, laissez-moi le plaisir d'introduire notre trophée ! Sirius…
— Et voici en avant-première ce soir et pour la première fois devant vos yeux ébahis…. roulement de tambour, Peter ! Ajouta le jeune Black à l'adresse de son ami qui s'exécuta en riant. Le cache-oreille tartan de cette chère Minnie !
Il sortit de sa cape le dit cache-oreille aux couleurs du clan McGonagall et le plaça sur sa tête.
— Allié pour cet hiver le confort et la chaleur de ce cache-oreille avec le traditionalisme écossais, déclara Peter avec une voix inspirée d'un téléshopping. Il sera à vous pour la modique somme de vingt mornilles !
Cela fit éclater de rire la petite bande de fêtards, accentué par Sirius qui prenait des poses ridicules digne de mannequin de magazines.
— Mouais, ça passe… Je suppose, concéda James avec mauvaise foi.
— Et vous, alors, qu'est-ce que vous avez rapporté ? Questionna Remus, amusé.
Morgane fixa elle-aussi Kathleen et James d'un air intrigué, n'ayant pas pris le temps de leur demander ce qu'était leur propre trophée. La Serpentarde esquissa une grimace embarrassée.
— Euh… On a été un peu pressés, rappela Kathleen en réponse à Morgane. J'ai laissé James choisir quelque chose… James ?
— J'ai trouvé le meilleur objet de tous ! Affirma le maraudeur. TADAAAA !
Les deux filles le fixèrent estomaquées, avant que Kathleen secoue la tête, blasée, marmonnant "je t'avais pourtant dit qu'une photo c'était grillé, putain". Sirius éclata de son rire si particulier, ainsi que les autres membres de l'équipe adverse.
— Tu as volé la photo de Lily à Slug' ? Sérieusement James ! J'ai supporté Chris aussi longtemps pour ça ?! Éclata finalement Morgane.
— Et qu'est-ce qui nous dit que c'est pas une photo que tu avais prise toi-même ? Insinua Remus, avec un sourire taquin. Ca ne m'étonnerait pas que tu aies des photos de Lily, après tout !
— Je ne suis pas un stalker ! Se défendit James ! Et au moins, nous, on a pris l'objet qui avait le plus de valeur dans son bureau, pas juste un accessoire de mode !
— Pas certaine que la photo de Lily soit ce que Slughy possède de plus précieux, argumenta Morgane en levant les yeux au ciel.
— Question de point de vue ! S'exclama le jeune Potter, clairement vexé. C'est une photo unique qu'il avait la chance de posséder et je-
— Du coup, les deux équipes ont rempli leur principale mission, coupa Kathleen en sauvant tout le monde du monologue sur la beauté de Lily Evans qui allait débuter, Ce qui fait que nous sommes à égalité… ou pas !
— Cette histoire de malus, commença Sirius, je ne suis pas d'accord ! C'est clairement plus difficile de piquer un truc à McGo qu'à Slughorn, il oublie de fermer sa porte une fois sur deux !
— Oh, mais Kat-chou ne parlait même pas de ce crétin au QI négatif qu'est Chris, répliqua sa petite amie d'une voix anormalement mielleuse, mais de ça !
Elle sortit alors avec un air triomphant la paire de lunettes de Dumbledore de sa poche, arrachant des exclamations de surprises de la part de ses camarades. Les deux amies se regardèrent, fières de leur coup.
— Haha ! Ça vous en bouche un coin, hein ? Bande de prouts à pétards !
— Morgane c'est scrouts, corrigea Kathleen.
— Non, c'était volontaire.
— Comment vous avez fait ? Demanda finalement Remus qui n'en croyait pas ses yeux.
Ils savaient tous les cinq Kathleen et Morgane pleines de ressources, mais de là se procurer les lunettes du directeur ? Incroyable.
— Un magicien ne révèle jamais ses secrets, sourit Kathleen en répondant plus vite que sa meilleure amie.
Lorsqu'ils avaient mis en place les règles du jeu, il avait été question de "prendre" les lunettes de Dumbledore, il n'avait pas été précisé si celles-ci devaient être prises sans qu'il en ait conscience, ou si elles pouvaient être simplement prises dans sa main, lorsqu'il les donnait tout simplement. Mais elle savait que les membres de l'équipe adverse, notamment Sirius et Remus, seraient bien capables de jouer sur les mots pour les faire perdre. Et il était hors de question qu'elle perde, surtout après la nuit qu'elle venait de passer.
— Du coup notre équipe gagne ! Conclut la petite blonde en se mettant debout sur le canapé avant de s'incliner dramatiquement. Quelle merveilleuse façon de commencer l'année !
