4- Les traboules
- On arrive bientôt ? Demanda Lilian, exaspéré.
C'était la première fois qu'il venait sur Lyon, et si le voyage en métro l'avait beaucoup amusé, déambuler dans les rues bondées de monde ne le mettait pas à l'aise.
- C'est bientôt là, ne t'en fais pas, le rassura sa mère.
Elle lui avait expliqué qu'ils étaient dans le quartier du Vieux Lyon, un quartier très historique. Dans une époque plus ancienne, les tisserands faisaient halte dans le quartier pour profiter d'auberges et de repas copieux, avant de poursuivre leur voyage. Plus tard, les canuts -ceux qui tissaient les fils de soie – se révoltèrent contre les riches qui les asphyxiaient. A cette époque, ils utilisaient des tunnels souterrains, les traboules, pour se faire passer des messages et organiser la résistance. Mais sa mère lui révéla que ces traboules étaient surtout un moyen pour cacher le monde des Sorciers aux Moldus -ceux qui ne pouvaient pas pratiquer la magie-.
- Tu vois, nous y sommes !
Eve s'était arrêtée devant un mur parfaitement clos. Autour, les gens passaient, faisaient leurs affaires, sans prêter attention à la mère de famille qui farfouillait dans son sac et au jeune homme totalement perdu qui sursautait à chaque bruit de pas, certain qu'on l'espionnait.
- Arrête de gigoter, je n'arrive pas à la retrouver !
Puis elle baissa les yeux sur son fils, et le voyant inquiet, le rassura :
- Nous sommes sous protection, ici, les Moldus ne peuvent pas nous voir. Tu pourrais te mettre à danser qu'ils ne te remarqueraient même pas.
La prenant au mot, Lilian tout sourire se mit à gigoter des pieds et des mains en tirant la langue aux passants.
Plusieurs se retournèrent vers eux, et une vieille femme, voyant bien les deux individus, interpela Eve :
- Vous pourriez mieux éduquer votre enfant, il vient de me tirer la langue.
- Je suis désolée, il ne le refera plus, s'excusa Eve, avec un regard brillant de malice,
Une fois que les passants -continuant à lancer des regards surpris vers le duo- furent furent passés, et que l'allée soit vide, sa mère explosa de rire.
- Désolée, je n'ai pas pu m'en empêcher, lâcha-t-elle entre deux bouffées d'air.
Lilian, comprenant le coup fourré que lui avait jeté sa mère, commença à bouder. Il détestait être pris pour plus bête qu'il ne l'était.
- On y va ? Proposa Eve, une fois le fou rire passé.
Elle tendit la main, Lilian et plongea dans le mur.
- Bienvenue aux Traboules Sorcières !
Lilian resta bouche bée.
Pour une des premières fois de sa vie, il ne put trouver les mots.
En face de lui, se tenait la réplique exacte des rues de Lyon qu'il venait d'arpenter. Les bâtiments ressemblaient en tout point aux habitations du Vieux Lyon, à ceci-prêt …
Qu'il y avait des hirondelles qui voletaient de partout.
Qu'il y avait tout un tas d'hommes et de femmes -de sorciers et de sorcières, devrait-il dire- vêtus de robes soyeuses, élégantes, fantaisistes, avec des chapeaux en pointe de toutes les couleurs.
Que des chaudrons s'étalaient à même le sol, et que leurs mixtures bouillonnantes semblaientt pressées de quitter leur récipient par tous les moyens.
Que des sorciers hurlaient à travers toute la rue pour vous proposer leur meilleur « rappelle-tout » - qu'est-ce que cela pouvait bien encore vouloir dire ...-
- Bienvenu dans ton monde, mon chéri, s'exclama sa mère.
- Je ne sais pas quoi dire.
Puis mu par une soudaine joie irrépressible, il sourit béatement. Tout lui semblait si incroyable qu'il se frotta les yeux pour être sûr de ne rater aucune merveille.
- Viens, nous n'avons pas beaucoup de temps. Nous devons acheter ta baguette.
- Ma … Ma baguette ? S'exclama Lilian.
- Bien sur, tu vas en avoir besoin pour pratiquer la magie, répondit sa mère en clignant de l'oeil.
- J'aurais aimé que papa voit ca avec nous …
Petit, son père lui racontait régulièrement des histoires sur des sorciers et sorcières pour lesquelles il arrivait toujours d'incroyables aventures dans des univers tous plus féeriques les uns que les autres . A présent, il comprenait pourquoi.
- Ne t'en fais pas, il travaille aujourd'hui, mais il viendra te voir pour Halloween.
- Comment ça pour Halloween ? Demanda Lilian, intrigué.
- Il y a un évènement très spécial à Beauxbâtons, tu verras, répondit hilare sa mère. Tiens, nous y sommes.
Devant eux, se dressait une immense boutique toute de bois, avec deux vitrines en verre d'une taille démesurée. Dans chacune d'elles, une branche de bois ancien trônait sur un socle en bronze.
- C'est ici, questionna Lilian, perplexe.
- Oui, c'est ici. Tiens, je te donne cinq gallions, cela devrait te suffire. Je te laisse, je vais faire les boutiques.
Puis elle partit dans un signe de la main. Lilian avait l'habitude de se débrouiller par lui même, ses parents le laissaient souvent s'occuper de différentes tâches à la maison. Mais ici, se retrouver seul devant cette boutique étrange, avec des cinq pièces en or aux motifs inconnus, le tendit. Il poussa la porte très lentement, et entra dans la boutique.
- Bonjour, bienvenue chez Madame Granjon. Que puis-je faire pour vous, jeune homme ? Première baguette ?
La bonhommie de la commerçante estompa ses craintes en quelques instants.
Il s'agissait d'une personne d'une forte corpulence, aux cheveux ondulés, et au menton fuyant. Une personne qui l'aurait croisé dans la rue aurait changé de trottoir . Pourtant, son regard malicieux et son sourire incroyablement doux invitaient à venir engager la discussion.
- Oui, mais je ne sais pas trop comment …
- Né moldu, n'est-ce pas ? Aucun souci, ne t'en fais pas, il n'y a rien besoin de connaître.
Elle sembla fouiller dans son comptoir, et en sortit une boite en bois qu'elle ouvrit.
- Approche, mon garçon. Donne moi ta main.
Lilian approcha sa main de cette forte et rugueuse de la vendeuse.
- Chaque baguette amplifie au mieux les capacités magiques de son utilisateur. Pour cela, la baguette est un conducteur, c'est à dire qu'elle aide à libérer la magie et à lancer un sortilège. Je vais donc te faire tester différentes matières pour voir laquelle a le plus d'affinités avec toi. Essayons : Ici, crin de licorne . Place ta main au dessus, lui indiqua la vendeuse en lui montrant une touffe de poils.
Il ne se produisit rien. Sans se départir de ton sourire, elle lui demanda de positionner sa main sur les autres ingrédients : foie de chauve souris, fibre de centaure, écaille de dragon, rien ne convenait. Rien ne se produisait.
Elle fouilla une nouvelle fois dans sa commode, en ressortir deux mallettes avec cinq autres ingrédients chacun. Aucun ne convenait.
- Hum, un client difficile, s'exclama-t-elle au bout d'un moment. Essayons autre chose. Elle prit cinq fioles remplies de liquide d'un rouge grenat, et lui indiqua de poser le doigt sur la surface.
Le premier ne produisit rien. Le deuxième changea de couleur et se transforma en verre. Le troisième se brisa – enfin, Lilian voyait des réactions se produire, même ci au vu des yeux de la patronne, ce n'était pas les réactions qu'elle attendait -. La quatrième fiole sembla davantage l'intéresser. En effet, le liquide se souleva, jusqu'à remplir la partie supérieure du tube, et laissant le fond du tube rempli d'air.
- Enfin, on avance. C'est encourageant. Essaye la cinquième.
Là, se produisit une réaction particulière. Le liquide sembla animé d'un mouvement circulaire, en effet, il se transforma en une sorte d'auréole tournoyante dans la fiole. Puis, elle sembla se concentrer, et se solidifier, pour former une bille rouge écarlate au fond du tube. La vendeuse, ravie, tapa dans ses mains, signe qu'elle avait enfin trouvé le bon ingrédient. Pour Lilian, seul dans la boutique, c'était une source de fascination extraordinaire. Il observait la bille pourpre comme un joyau.
- Sang de dragon. C'est parfait. J'ai ce qu'il te faut. Attends-moi quelques instants. Je récupère simplement la bille, je vais en avoir besoin. Je reviens dans quelques instants.
Elle s'arma d'un masque en cuir avec une visière en bois, lui prit sans ménagement des mains la fiole contenant le sang de dragon, et s'éclipsa dans l'arrière-boutique. Lilian entendit terrifié des bruits incroyables, il lui sembla que la vendeuse faisait brûler quelque chose, et qu'elle frappait d'autres avec un marteau. Elle revint une vingtaine de minutes plus tard pour lui présenter sa création :
- 18 centimètres 6, bois de châtaignier, souple, maniable, imprégnée de sang de dragon, tu vas m'en dire des nouvelles mon petit. Tiens, je te laisse l'essayer.
Elle lui tendit la baguette, et Lilian la saisit.
Immédiatement, une immense chaleur envahit tout son corps. Il leva sa baguette, et reproduisit le sortilège que son professeur de défense contre les forces du mal lui avait enseigné pendant son test : Wingardium Leviosa.
La fiole vide qui avait contenu le sang de dragon traversa le plafond.
