All out of love-Air Supply


En arrivant à l'entrée des sous-sols où se préparaient tous les guerriers, un homme armé lui ouvrit la porte en inclinant légèrement la tête pour saluer poliment cette personne qu'il voyait tous les jours. Une fois à l'intérieur, un second individu, en armure, la remarqua et la salua, avant de s'écrier d'une voix puissante et devenue un peu rocailleuse à force de quotidiennement crier aux différents détenus de se calmer :

–INSPECTION !

Subitement, tout le monde se tut non seulement à l'entente de ce simple mot, mais également en se rendant compte de qui était entré. Les détenus s'immobilisèrent, comme s'ils étaient soumis à une sorte de sortilège paralysant, alors qu'en réalité, ils préféraient simplement se tenir à carreaux le temps que leur pire cauchemar se trouvait dans les parages.

. . . . . . . .

Toujours dans une cellule pourtant non fermée à clé, Thor regardait à travers les grilles qui donnaient sur le ras du sol de l'arène, où quelques-uns avaient l'air d'être en train de s'entrainer. Se trouvant également dans la pièce, Korg était en train de polir son arme fétiche, parlant d'absolument tout et de rien, Miek n'étant que le seul à vraiment prêter attention à ses paroles. Ce n'est que lorsqu'ils entendirent ce fameux cri venant du large espace voisin que l'asgardien était sorti de cet instant de rêverie en fronçant les sourcils.

–« Inspection » ? répéta-t-il.

–C'est une sorte de tour que fait l'Examinateur tous les jours pour vérifier que tout se passe bien… lui expliqua l'alien fait de pierre.

–« L'Examinateur » ?

–Ouais, c'est la personne qui se trouve à côté pour l'instant. Et si tu ne veux pas être jeté dans un puits sans fond ou liquéfié sur place par l'un des gardes, je te conseille fermement d'avoir l'air irréprochable, ajouta Korg, les yeux toujours rivés sur son arme. C'est le genre de personne qui peut faire en sorte que tu ne renvoies plus jamais la lumière du jour si tu joues les malins… L'Examinateur reçoit directement des ordres du Grand Maitre, comme tout le monde, mais bon, ce boulot-là, ça permet quand même d'avoir certains avantages, et puis on a plein de libertés, aussi, affirma-t-il. Par exemple, une suite assez sympa où dormir, le droit de se promener dans toute l'infrastructure, ou alors rencontrer les amis magiciens du Grand Maitre… J'ai cru comprendre que tu étais quelqu'un qui avait tendance à ne pas se laisser marcher dessus ? poursuivit-il toujours d'une voix posée. Fais juste attention, il est préférable que tu fasses profil bas… Je ne voudrais que ton tempérament de feu t'attire des ennuis, que tu risques ta vie juste parce que tu n'aimes pas le ton de certains gardes. Tu es certainement l'un des plus valeureux guerriers qui ait jamais arpenté ces lieux, et surtout, tu es le seul qui soit gentil avec moi en dehors de Miek. Et Miek, il ne parle presque pas, il baragouine juste quelques mots pas vraiment compréhensibles, alors au moins, avec toi, je peux entretenir une conversation normale, ajouta-t-il, un peu plus enjoué, alors que la conversation n'allait pour l'instant que dans un sens. Tu sais, j'avais un autre ami avant, quelqu'un se vraiment super, mais il s'est fait exécuter il y a quelques mois pour mutinerie… C'est dommage, il parlait beaucoup, du coup, ça faisait passer le temps. Le truc, c'est que je ne comprenais pas sa langue, mais je suis persuadé que tout ce qu'il me racontait était très intéressant. Je n'ai jamais su d'où il venait, du coup. Je lui ai demandé, un jour, mais puisque ça a eu l'air de le mettre en colère et que je n'arrivais pas à le comprendre, je n'ai pas insisté, tu vois ? Je ne voulais pas que notre amitié soit gâchée, donc par la suite, je ne lui ai plus posé la question et je l'ai laissé me conter des aventures qui étaient sûrement incroyables et regorgeant de rebondissements. Miek, dit-il alors au second alien, qui tourna la tête vers lui en l'entendant l'appeler, n'oublie pas qu'il faut se tenir à carreaux devant l'Examinateur si on ne veut pas subir le même sort que Warhun, le mit-il en garde, tandis que le plus petit acquiesça, lui indiquant qu'il avait bien compris.

–Qui est Warhun ? les interrogea le dieu du tonnerre, le regard focalisé sur ce qu'il percevait à l'extérieur.

–Un super guerrier, commenta Korg. On raconte qu'il a tué de sang-froid une trentaine de Géants des glaces à lui tout seul sans la moindre arme, il y a de ça une dizaine d'années ! s'exclama-t-il. Le genre d'individu qui brutalise un peu les autres participants du tournoi, mais un colosse de deux mètres cinquante de haut, toujours équipé des meilleures armes, et bien sûr, l'un des meilleurs combattants qu'on ait vu sur Sakaar jusqu'à aujourd'hui, ça inspire quand même le respect ! s'enthousiasma son acolyte.

–Et que lui est-il arrivé ?

–La semaine dernière, il s'est ouvertement moqué de l'Examinateur en remettant ses talents en question. Apparemment, il reste caché dans un recoin des sous-sols depuis, parce qu'il a peur de retomber dessus. Tu vois, quand je te disais qu'il fallait attention à ce genre de personne…

–Qu'il vienne, affirma Thor, toujours sans le regarder. Il pourra me dire ce qu'il voudra, je ne le laisserai pas essayer de me faire croire qu'il est plus puissant que moi, et encore moins me mettre à genoux devant lui.

–Alors, en fait, reprit Korg, ce n'est pas…

Soudain, la porte s'ouvrit en grand mais Thor, étant de dos, ne put que l'entendre, pas la voir. Il entendit également du mouvement, car derrière lui, Korg s'était redressé d'un bond, se tenant droit comme un piquet, et son ami Miek avait fait de même. Cependant, le guerrier aux cheveux blonds s'en fichait pas mal, puisqu'il préférait se concentrer sur son combat qui approchait.

–Inspection, déclara le même homme que l'asgardien avait ouï quelques instants plus tôt.

–Cool, marmonna l'asgardien, indifférent.

–L'Examinateur est là et vous attend.

–Qu'il attende longtemps, répliqua-t-il sans daigner se tourner, les yeux rivés sur ce qu'il pouvait apercevoir dans l'arène. Je n'ai pas l'intention de me comporter comme un bon petit soldat avec vous alors que d'ici peu, j'aurais quitté cette planète après avoir terrassé ce champion dont on ne cesse de me parler. Et comme le Grand Maitre semble attendre avec tant d'impatience que j'affronte justement son champion, je doute qu'il laisse qui que ce soit s'en prendre à moi avant le début du combat. Il ne prendrait pas le risque que j'arrive blessé sur le terrain, alors je pense que vous avez compris que vous pouvez vous en aller.

–Comment os… commença le garde, mais l'Examinateur leva une main, le faisant se taire, qui fit ensuite signe à Korg et Miek de quitter les lieux, ce qu'ils firent sans protester, avant de reporter son attention sur le garde, et de la même manière que cela c'était passé pour les deux détenus, il reçut l'ordre « visuel » de s'en aller, alors il soupira et acquiesça. Bonne chance avec lui, dit-il d'un ton plus calme à l'autre personne avant de sortir, les laissant seuls.

Le guerrier savait qu'il était épié, dévisagé de la tête aux pieds par un inconnu, ce qui le dérangeait un peu.

–Qui que vous soyez, sachez que si vous ne me laissez pas tranquille d'ici les dix prochaines secondes, je vous fais traverser le mur.

Les premiers mots qu'il entendit en retour furent pleins de défi, comme si la personne paraissait tout à fait consciente des risques, mais pas le moins du monde inquiétée par cette menace proférée à son égard.

–Je demande à voir…

Thor tressaillit et se redressa un peu avant de se tourner subitement, cherchant des yeux la personne qui venait de s'adresser à lui. Dans l'ombre de la cellule, il vit alors une silhouette appuyée contre un mur, bras croisés, encapuchonnée. Le premier détail qui confirma le fait qu'il avait reconnu cette voix fut ce regard perçant et profond qu'il discernait dans cette obscurité mordante et oppressante. Deux grands yeux dans lesquels une lumière vive brillait, provoquant en lui un immense sentiment de calme. La lueur s'estompa lorsque l'individue se détacha de l'ombre pour ensuite faire un pas en avant vers le rayon lumineux qui se frayait à travers la grille. Ne s'étant jamais senti aussi rassuré de toute sa vie, il s'approcha d'elle et sans réfléchir, la prit dans ses bras.

Madison était là, et elle paraissait en bonne santé.

Il la serra contre lui, ayant eu l'occasion de s'imaginer les pires scénarios du monde après ce qu'il avait entendu la concernant. Pendant quelques instants, il avait réellement cru qu'il n'aurait plus jamais l'occasion de la voir, ce qui l'avait terrifié. Mais désormais, cette crainte s'était envolée. Sentant cependant qu'elle ne lui rendait pas son étreinte, il la relâcha doucement et s'éloigna un peu mais pas trop, croisant une nouvelle fois son regard qui était redevenu brun. Il fut très surpris de voir qu'elle ne paraissait pas énervée à cause de ce rapprochement soudain. Plus de colère et de rancœur, simplement… Une forme de quiétude.

–J'ai cru qu'il t'était arrivé quelque chose, lui dit-il finalement, partageant avec elle sa peur.

–Tu veux dire, à part être arrivée sur cette planète il y a trente-neuf jours, que le voyage surprise à travers le Bifröst m'a rendue particulièrement malade et irritable, que mon transmetteur ne fonctionne pas à cause du fait que la technologie terrienne n'est pas adaptée à la façon dont le temps s'écoule ici, que je suis constamment surveillée parce que tout le monde craint que je n'allume un petit feu au milieu de l'arène avec les invités en guise de bûches et que je suis contrainte de faire un boulot que je n'apprécie absolument pas ? énuméra-t-elle très calmement. Non, à part tout ça, il ne m'est rien arrivé.

–C'est toi, l'Examinateur ? comprit-il.

–Le Grand Maitre m'a trouvée intéressante, le jour, où j'ai foutu le feu chez lui. Il m'a intégrée à ce qu'il appelle son « cercle d'amis restreints ». En gros, je bénéficie de sa protection, et il s'assure que je ne manque de rien du moment que je fais un minimum régner l'ordre ici, ce qui, en soi, n'est pas très compliqué… Et toi, ça va ? lui demanda-t-elle en se dirigeant vers la porte, lui indiquant qu'il pouvait la suivre, ce qu'il fit.

–Plus ou moins, affirma-t-il, et une fois qu'ils se retrouvèrent dans la large pièce principale où de nombreux prisonniers se trouvaient et où une sorte odeur de sang et de sueur caractéristique de ce type d'endroit parvint à ses narines, il put enfin mieux la voir qu'avant. C'est nouveau… ? lança-t-il en désignant sa tenue, qui avait drastiquement changé.

Il supposait que le Grand Maitre avait dû leur fournir, à elle et Loki, des vêtements différents à leur arrivée. Il n'y avait donc plus de bottes noires, plus de pantalon brun à moitié dissimulé sous une jupe plus haute devant que derrière, ouverte et kaki, plus de haut aux manches trois-quarts de la même couleur que le bas, plus de cuirasse métallique dorée lui protégeant le thorax, les épaules, les poignets, ni de capuche d'un coloris similaire à celui de la jupe ou de ceinture cuivrée où elle avait pris l'habitude d'accrocher la dague que Loki lui avait remise.

La majorité de son ensemble arborait désormais une délicate teinte vert mousse. Son pantalon large dont le bas était rentré dans de grandes bottes de cuir brun pourvues de lacets fins, en plus d'être plus sombre que le reste de sa tenue, était couvert par le tissu léger d'une longue jupe aux larges ouvertures, qui facilitaient ainsi les mouvements de sa propriétaire et qui lui arrivait jusqu'au-dessus des chevilles. Une large ceinture aux bordures dorées qui ressemblait à un corset lui entourait la taille, et deux lanières couleur or terne y étaient accrochées, retombant en un mouvement délicat. Le haut, semblable à une chemise sans col, était pourvues de longues manches dont les extrémités étaient fourrées dans une paire de gants en cuir brun, assortie à cette poche accrochée à sa ceinture. Une cape vert sapin majestueuse de la même longueur que le jupe, attachée sur le devant, pendait dans son dos et était pourvue d'une capuche que la jeune femme avait rabattue. Ses longs cheveux ondulés, un peu plus clairs que d'habitude, tombaient de part et d'autre de son visage. Et la dague, elle, était toujours là.

Thor avait du mal à se dire que c'était possible, mais il la trouvait encore plus belle qu'avant.

–Si tu parles de ça, déclara-t-elle en attrapant simplement une mèche, c'est juste à cause de mes changements d'humeur. Et toi ? lui lança-t-elle.

–Hum… Un vieil homme bizarre avec des ciseaux à la place des mains, répondit-il. Enfin, je parlais surtout de ta tenue, fit-il remarquer, toujours en la suivant.

–Oui, moi aussi. Pourquoi ils t'ont mis de la peinture partout comme ça ? Je te jure cette planète m'énerve vraiment… râla-t-elle. Que des malades mentaux, ici, pire que moi en plus… J'espère sincèrement que tu sais ce que tu fais et que tu vas gagner le combat, parce que je n'ai vraiment pas envie de rester ici éternellement…

–Le champion, tu l'as vu ?

–Pas encore, et ton frère non plus.

–Attends, tu l'as vu ?

–Vu ? Supporté tous les jours, tu veux dire. Moi qui croyais qu'il détestait se mêler aux autres, il a passé le plus clair de son temps à faire la fête et boire avec les invités du Grand Maitre… Comme quoi, les apparences sont trompeuses. C'est lui, par ailleurs, qui m'a informée de ta présence ici. Pourquoi ?

–La prochaine fois que je le verrai, j'aurai deux mots à lui dire… maugréa-t-il. Où va-t-on, au fait ?

–Te chercher d'autres armes, répondit-elle, parce que tu n'iras pas bien loin avec celle que tu as.

Il soupira, marchant toujours derrière elle quand brusquement, un colosse se planta sur leur chemin, les empêchant ainsi d'avancer plus loin. Très sereine, Madison leva les yeux vers lui, toute peur ayant quitté son organisme, ce qui surprit légèrement l'asgardien au vu de l'individu colossale qui la regardait de haut. Thor sentait les ennuis à plein nez, même s'il n'avait encore jamais croisé ce détenu-ci, qui semblait particulièrement agressif. Lorsque la mutante voulut le contourner d'un geste très naturel, le géant se déplaça en même temps pour qu'elle n'y parvienne pas, un air satisfait se lisant sur son visage barré de cicatrices. La terrienne soupira et le fixa à nouveau, lui offrant un sourire hypocrite.

–Vous n'avez pas un combat à préparer ?

–Et toi d'autres personnes à déranger ? Tu n'as pas ta place ici.

–Ça, je le sais, merci, commenta-t-elle, mais en attendant, il va falloir vous faire à ma présence, que cela vous plaise ou non. Compris ? lui dit-elle, forçant le passage pour le dépasser, et Thor se contenta de lui emboiter le pas, ne voulant pas s'attirer des ennuis supplémentaires, ne se doutant pas que l'élément perturbateur reviendrait à la charge.

–T'es ici que parce que tu bénéficies de la protection du Grand Maitre, mais t'as aucun mérite.

Madison s'arrêta subitement en entendant cela, et tout autour, les détenus se turent pour observer cet échange assez houleux. Très lentement, comme au ralenti, elle se retourna pour finalement faire face à celui qui cherchait visiblement à se faire remarquer. Le guerrier blond fut particulièrement étonné de constater qu'elle faisait preuve d'un calme olympien, ce qui était plutôt rare concernant son cas. Il la connaissait, il savait qu'elle pouvait démarrer au quart de tour lorsqu'on osait la défier. Il jugea pour le moment bon de ne pas intervenir, étant tout aussi curieux que le reste des spectateurs, de tous ceux qui assistaient à ça. Elle retira tranquillement sa capuche, passa une main dans ses cheveux châtains et soutint le regard de son opposant.

–T'es nouveau, toi, pas vrai ? lui lança-t-elle.

–Qu'est-ce que ça peut te faire ? rétorqua-t-il. Ce n'est pas quelqu'un d'aussi faible que toi qui va me dire ce que je dois faire, la menaça-t-il, tandis qu'autour, certains écarquillèrent les yeux en l'entendant s'exprimer ainsi, observant ensuite la mutante, guettant sa réaction.

Thor fit un pas en avant, ne supportant pas qu'on s'adresse à elle ainsi, mais elle le retint gentiment, lui indiquant à voix basse qu'elle s'en occupait, tout en continuant à fixer le colosse.

–Dis-moi, reprit-elle posément en commençant à retirer ses gants en cuir. Est-ce que… Tu sais qui je suis ? Je veux dire… En dehors de « l'Examinateur » ? l'interrogea-t-elle.

–Une fourmi à écraser, s'exclama-t-il, et une fois encore, tout le monde attendit la réplique suivante avec impatience.

–N'est-il pas adorable… lança-t-elle joyeusement à l'assemblée en remettant sa paire de gants à Thor, avant de reporter son attention sur l'individu qui lui manquait cruellement de respect. Est-ce que tu as entendu parler de… De… Oh allez, comment s'appelle-t-il… réfléchit-elle sérieusement. Vous savez, le grand qui se prenait pour le maitre de l'arène, il y a quelques semaines, cette espèce de brute sans cervelle…

–… Warhun ? proposa l'asgardien, se souvenant du récit de Korg.

–Warhun, oui ! confirma-t-elle en tapant dans ses mains, avant de se tourner brièvement vers lui, sourcils froncés. Comment tu sais ça, toi ?

–Un ami à moi… Qui m'en a parlé, expliqua-t-il simplement, et cela sembla suffire à la mutante, car elle posa à nouveau les yeux sur son adversaire.

–Donc, Warhun, dit-elle avec toujours autant d'énergie et de sérénité, est-ce que tu le connais ? le questionna-t-elle en faisait un pas vers lui en le désignant du doigt, réduisant l'espace entre eux, ce qui commença à un peu inquiéter l'héritier du trône d'Asgard.

–Je devrais ? répliqua l'autre détenu en s'approchant également, tout en se penchant un peu vers elle d'un air assuré, indiquant qu'il n'avait en aucun cas peur d'elle ou de ce qu'elle pourrait lui faire. Parce que ce n'est pas le cas, affirma-t-il en refermant sa main puissante autour de l'avant-bras que la jeune femme avait tendu vers lui.

–Mh… souffla-t-elle, donnant l'air d'être ennuyée. Dommage, lâcha-t-elle ensuite avant de saisir puissamment le bras de l'individu.

Sous le regard admiratif de l'asgardien, elle s'empara avec une vitesse étonnante de sa dague puis fit basculer avec violence le colosse, le plaquant ensuite face contre terre, bras dans le dos, et elle l'immobilisa ainsi sans la moindre difficulté, bien qu'il tentât néanmoins de se débattre. Elle disposa ensuite la lame sous sa gorge, l'incitant à se calmer au plus vite. Les autres prisonniers l'observaient comme si ce qu'il se passait était tout à fait normal. La mutante, toujours en maintenant fermement sa prise, ne cilla pas et reprit tranquillement son discours.

–Quand je te demandais si tu savais qui j'étais, ce n'était pas pour rien… Ça t'aurait évité de te retrouver dans cette position. Maintenant, écoute-moi attentivement, dit-elle très sérieusement. Pour le moment, à cet étage, c'est moi qui fais la loi, que tu le veuilles ou non. Je me fous de savoir si je serai encore là demain ou après-demain, mais il y a certaines règles à respecter, et je ne fais d'exception pour personne. Ce n'est parce que tu es plus fort, ou plus rusé que certains individus présents ici que tu l'es plus que moi. Crois-moi, tu n'as pas la moindre idée de ce dont je suis capable…

–Elle a raison, commenta Thor avec un sourire amusé, s'immisçant dans la conversation, mais il reçut une sorte de « rappel à l'ordre » ; un bref coup d'œil de la part de la jeune femme qui lui signifia qu'elle n'avait pas terminé. Je t'en prie, continue, s'empressa-t-il d'ajouter, se terrant à nouveau dans le silence.

–Donc… reprit-elle en reposant les yeux sur son adversaire toujours au sol, comme je disais, il vaut mieux pour tout le monde ici de faire preuve d'un minimum de respect envers les autres… Surtout envers ceux qui sont capables de vous arracher la tête sans problème, l'avertit-elle. Alors, à l'avenir, je t'invite à faire profil bas. Est-ce clair ?

Il ne répondit pas, d'abord par fierté, mais également par surprise. Il ne s'était pas attendu à ce qu'elle le maitrise aussi facilement sans qu'il soit capable de riposter. Il grimaça lorsqu'elle resserra un peu son emprise et écrasa davantage son visage contre le sol.

–Me suis-je bien faite comprendre ? reprit-elle calmement.

–… Parfaitement, marmonna-t-il finalement, et elle le relâcha dans les secondes qui suivirent, se redressant vivement tout en rangeant la dague dans le fourreau prévu à cet effet.

Il se releva à son tour, furieux, mais silencieux, ayant bien compris qu'il ne devait plus s'en prendre à elle d'une quelconque manière puis, se tenant le bras par lequel elle l'avait violemment agrippé, il s'éloigna sans rien ajouter. Tout autour, gardes et détenus se regardaient en biais, ne sachant trop comment réagir après cela. Madison, quant à elle, se tourna vers Thor, qui lui rendit gentiment sa paire de gant, qu'elle récupéra avec un sourire satisfait, et elle entreprit de les remettre, tout en reprenant lentement sa route parmi tous ces gens, qui s'écartaient prudemment sur son passage. La suivant de près, Thor observait le reste des guerriers avec attention, se rendant compte qu'au-delà de la crainte qu'ils éprouvaient à l'idée de s'en prendre une, ils respectaient la jeune femme. Lorsque cette dernière fit mine de vouloir faire un pas vers l'un des barbares qui paraissait s'ennuyer ferme, celui-ci sursauta et recula un peu, sous le regard amusé de la terrienne, qui ne s'arrêta qu'une fois arrivée près de la porte en bois qui se situait près de celle en métal par laquelle elle était arrivée un peu plus tôt, et elle se tourna vers l'assemblée, qui était toujours tétanisée. Elle patienta un instant puis tapa fortement dans ses mains en s'exclamant énergiquement ;

–Allez, tout le monde retourne à ses occupations, exécution !

Et c'est ce que les détenus firent sur le champ, reprenant leurs activités là où elles avaient été interrompues. La brune se tourna et poussa alors la porte, invitant Thor à la suivre, et ils se retrouvèrent ainsi dans l'armurerie. Elle ferma par après derrière eux, les isolant de la plupart des bruits extérieurs.

–Ils ont l'air de te respecter, fit remarquer l'homme en posant l'arme qu'il avait choisie sur l'établi qui se trouvait devant lui. Au moins, rien ne risque de t'arriver ici, grâce à l'image que tu leur montres. Enfin, ce n'est pas qu'une image, c'est simplement ce que tu es.

–Et que suis-je ? lui lança-t-elle en se mettant à examiner les rangées d'armes avec attention. Une sociopathe avide de victimes ? Une pyromane incontrôlable ? Un tyran détestable ?

–Je comptais plutôt dire « une guerrière sans craintes et prête à tout pour qu'on la considère comme telle », la corrigea-t-il. Concrètement, c'est quoi, ce travail que t'as donné le Grand Maitre ? lui demanda-t-il ensuite.

–Mettre de l'ordre, vérifier que personne ne se tape dessus avant le début des combats, rapporter au Grand Maitre les noms des rebelles… Bref, rien de bien intéressant, en somme, répondit-elle en testant l'un des phaseurs à protons qui s'avéra être défaillant, alors elle le rangeant à sa place. Certains ont peur de moi et je n'aime pas spécialement ça, avoua-t-elle.

–Ne crois pas être cruelle, affirma Thor. Je t'ai vue à l'œuvre de si nombreuses fois, et aujourd'hui, j'ai eu un petit aperçu de ce que tu fais subir à ceux qui se croient au-dessus des règles imposées. Tu es juste, déclara-t-il très sincèrement. Et tu es très courageuse, car tu tiens bon depuis plus d'un mois, et j'ai cru comprendre que pas une fois tu n'avais failli.

–Tu sais ce que je suis également ? l'interrogea-t-elle en lui tendant une massue qu'il saisit avec fermeté sans répondre à sa question, attendant simplement qu'elle y réponde elle-même. Passablement fatiguée. J'ai l'impression de ne pas avoir dormi depuis des mois, mon frère me manque et je meurs de faim constamment.

–Ils ne te nourrissent pas assez, ici ? s'étonna-t-il en fronçant les sourcils.

–Si, bien sûr que si, mais il semblerait que mon organisme ne parvienne pas vraiment à s'adapter au régime alimentaire que l'on pourrait qualifier de « normal » sur cette planète, et que tout ce que je parviens à avaler sans devoir vomir après me dégoûte quand même… Dès que je rentre sur Terre, je vais dans le premier restaurant que je trouve et je commande tout ce qu'il y a sur la carte, s'exclama-t-elle sans la moindre hésitation, avant que son regard ne s'assombrisse brusquement. Enfin, faudrait-il que je rentre un jour.

–Bien sûr que tu rentreras, déclara l'asgardien comme s'il s'agissait d'une évidence, avant de contourner l'établi afin de se rapprocher de la jeune femme. Ecoute, tout ça, ce qui est en train d'arriver, c'est entièrement de ma faute. C'est à cause de moi que tu t'es retrouvée ici, et je te promets que je vais te ramener chez toi. Je vais vaincre ce maudit champion et nous tirer de là dès que ça sera fait, assura-t-il.

–Si tu permets, j'aimerais d'abord aller en coller une à ta sœur avant de retourner à New-York, répondit-elle en cherchant d'autres armes, ne le regardant donc pas. Et puis, il faut bien qu'on aille vérifier que ton peuple est en sécurité, non ?

–Madison, tu n'es pas obligée, assura-t-il.

–C'est un peu tard pour dire ça, maintenant que je suis bien impliquée dans toute cette histoire et crois-moi, je n'en avais aucune envie. Mais maintenant, c'est devenu l'une de mes priorités, alors tu as intérêt à gagner ce combat parce que princesse ou pas, Hela va s'en prendre plein la figure, maugréa-t-elle lorsque subitement, Thor lui attrapa la main droite et elle tourna la tête vers lui, lui offrant un regard inquiet.

–Je t'ai trop mise en danger, déclara-t-il. Et ça, ce n'est pas ton combat.

–Excuse-moi, Majesté, mais je ne pense pas avoir à te demander la permission, répliqua-t-elle en voulant s'éloigner pour continuer sa recherche, mais il raffermit sa prise et l'empêcha de s'en aller, avant qu'il ne décide de s'approcher d'un pas, ce qui la fit soupirer en secouant légèrement la tête. Arrête, s'il te plait.

–Arrête quoi ?

–Ne fais pas ça, souffla-t-elle, évitant son regard, gardant les yeux rivés vers le sol.

–Pas faire quoi, insista-t-il, avançant d'un pas supplémentaire, tandis qu'elle garda la tête baissée et insista pour s'éloigner et cette fois-ci, il n'insista pas. Je pense qu'on doit parler de certaines choses, toi et moi, ajouta-t-il calmement, la regardant aller récupérer d'autres armes ; deux épées rangées dans un unique fourreau qui s'attachait dans le dos.

–Ce n'est pas le moment, répondit-elle en revenant vers lui, passant ensuite derrière lui afin de l'aider à attacher la sangle qui comportait le fourreau. Tu ferais mieux de te concentrer sur ton combat et éviter de te laisser distraire par quoi que ce soit, lui conseilla-t-elle. Après, c'est direction Asgard, parce qu'il est hors de question qu'un peuple tout entier se fasse anéantir à cause d'une personne aussi peu saine d'esprit que ta sœur. Ensuite, je retourne à New-York, j'y reste pour de bon, et je m'enferme pendant au moins six mois, histoire d'être certaine qu'on ne m'appelle plus pour des missions de ce genre.

–Pourtant, tu parais si déterminée à me venir en aide pour protéger les asgardiens, et donc moi également, par la même occasion. Je sais que tu es énervée, et tu as bien raison de l'être, mais je ne crois pas que tu me détestes autant que tu n'y laisses paraitre, lui dit-il simplement.

–Ton père m'a demandé de veiller sur vous deux. Toi et Loki, lui rappela-t-elle, et je me dois de respecter son dernier souhait en m'assurant que tu es suffisamment bien équipé avant que quelqu'un ne vienne te chercher pour te jeter dans l'arène.

–Alors quand tout sera terminé, prenons le temps de parler, d'accord ? répéta-t-il. S'il te plait, il est hors de question qu'on en reste là sans en avoir discuté comme des personnes responsables, poursuivit-il, refusant que les émotions qui le traversaient le trahissent, et il fut étonné lorsqu'il la vit s'emparer d'un reste de bouclier en métal clair qui trainait dans un coin de l'armurerie, puisqu'il disposait déjà de quoi se protéger. Que fais-tu ?

–Tu as beau avoir la tête dure, on ne sait pas sur quoi tu vas tomber dehors, dit-elle en manipulant le matériau avec aisance, lui donnant une forme bien spécifique et lorsqu'elle eut terminé, elle lui remit l'objet entre les mains. Tu ferais mieux d'y aller, ça va bientôt commencer, déclara-t-elle avant de s'éloigner vers la porte par laquelle ils étaient entrés.

–On parlera ? lui lança-t-il, attendant toujours qu'elle lui fournisse une réponse à cette question en particulier, et il la vit s'arrêter, main sur la poignée, semblant hésiter un instant à ce qu'elle pourrait dire.

–… Seulement si tu ne te fais pas tuer.

Ce furent les derniers mots qu'elle lui adressa avant de le laisser seul, livré à lui-même.