Hurt-Johnny Cash
Loki se sentait étrange. Madison avait attrapé sa main et il n'avait pas eu le temps de réagir. Il était resté parfaitement immobile, ne comprenant pas son geste, avant d'avoir l'impression que tout tournait très vite autour de lui, ce qui l'avait incité à fermer les yeux, puisque cela lui donnait le tournis et qu'il n'avait pas spécialement envie de vomir. Ce ne fut que lorsqu'il eut le sentiment de s'être stabilisé que ses pensées se remirent en ordre et qu'il put se calmer, avant d'ouvrir très lentement les yeux, n'ayant pas tout à fait compris ce qu'il venait tout juste de lui arriver.
Quelque peu perturbé, il lui fallut un court instant pour s'habituer à ce nouveau décor dans lequel il se situait. Il tourna d'abord sur lui-même afin de mieux examiner les lieux, qui lui rappelaient vaguement quelque chose. Cela ressemblait à des ruines flottant au beau milieu de l'espace, à peine éclairées. Il sentit alors un sentiment autre que de l'incompréhension le gagner petit à petit. C'était bien plus fort et dérangeant. Cela le rendait presque mal à l'aise et, comme si quelqu'un avait lu ses pensées, il entendit une personne s'adresser à lui.
–La peur.
Il se tourna vivement, tombant nez à nez avec la midgardienne.
–C'est de la peur que vous ressentez.
Il remarqua que contrairement à lui, elle ne semblait absolument pas inquiète mais, comme avant qu'il n'ait la tête qui tourne, assez chagrinée. Surpris de la voir, et surtout toujours aussi proche, il recula de quelques pas, quelques mètres même, encore moins à l'aise. Il fixa un instant ses mains, se demandant ce qu'il s'était produit, puis releva les yeux vers elle et, d'un ton à la fois empli de reproches mais également toujours aussi perturbé, il lui lança ;
–Qu'est-ce que vous avez fait ?
–Je vous prie de m'excuser, répondit très calmement Madison, mais vous ne m'avez pas vraiment laissé le choix. Tout ce que je sais déjà, je veux simplement l'entendre venant directement de vous, ajouta-t-elle.
–Vous ne savez rien, nia-t-il en récupérant un peu d'assurance. Absolument rien me concernant, précisa-t-il en croisant les bras d'un geste néanmoins nerveux. Je vous suggère d'arrêter votre petit tour de magie, ou je risque de commencer à m'énerver, la mit-il en garde, prenant alors la décision de s'approcher lentement d'elle. J'ignore ce à quoi vous jouer, mais sachez que cela ne m'amuse guère. Si j'étais vous je cesserais de jouer avec mes nerfs avant que cela dégénère.
–Je ne joue pas, déclara-t-elle toujours aussi posément. J'attends juste que vous acceptiez le fait que quelqu'un d'autre que vous-même puisse voir ce que vous êtes réellement. Et je n'ai pas envie de jouer, de toutes manières. Je n'ai… Aucune envie de faire ce que je m'apprête actuellement à faire, soyez-en certain. Le problème, c'est que… Vous êtes aussi têtu que je peux l'être, souffla-t-elle en souriant un peu, mais son sourire s'effaça rapidement de son visage.
–Têtu, certes et vous n'avez pas idée à quel point je peux me montrer persuasif, surenchérit-il, marchant toujours lentement dans sa direction. Je doute malheureusement que mes pouvoirs aient autant d'effet sur vous que sur les autres, mais rien ne m'empêche de tenter ma chance, alors écoutez-moi attentivement, Stark. Ramenez-nous immédiatement dans la réalité si vous ne voulez pas que je vous extermine dans les prochaines secondes, et vous savez que je suis capable de mettre cette menace à exécution si vous décidez de me tenir tête.
–Non, le contredit-elle calmement et d'un ton assuré, vous ne ferez rien.
–En êtes-vous certaine ? l'interrogea-t-il tandis qu'entre ses doigts fins, des salves de magies apparurent et ses yeux virèrent doucement au rouge, comme s'il cherchait à l'impressionner en commençant à reprendre sa forme de Jotün.
–Oui, répondit-elle sans ciller, parce que vous n'êtes pas un monstre.
–Et qu'est-ce qui vous fait dire ça ? lui demanda-t-il, une fois posté juste devant elle, une distance de moins d'un mètre les séparant désormais.
–… Absolument tout, dit-elle simplement et voyant qu'elle n'ajouta rien de plus à cette simple affirmation, Loki fronça les sourcils, perturbé par cette réponse qu'elle venait de lui fournir, mais il ne reprit pas son apparence « normale » pour autant, conservant cette lueur rouge dans son regard. Je vous ai observé, sur Arcturus IV, lui apprit-elle, et je sais que vous avez fait la même chose de votre côté. Dès votre arrivée, je me suis mise à essayer de comprendre comment vous fonctionniez, et peu à peu, j'ai commencé à comprendre. Avez-vous la moindre idée de la raison pour laquelle je vous ai épargné, à l'issue de notre face à face ?
–Probablement parce que vous craigniez que Thor vous en veuille, marmonna-t-il, n'aimant pas ses insinuations.
–J'aurais pu vous faire la peau bien plus tôt, n'en doutez pas, l'avertit-elle. J'en avais les moyens, et ce ne sont pas les occasions qui ont manqué, enchaina-t-elle, ayant désormais toute l'attention du dieu de la malice. Mes pouvoirs m'ont permis d'éliminer des ennemis très puissants tels que Lydra il y a deux ans, puis Sithbrir l'an passé, et même si vous aussi vous vous servez de magie pour vous défendre et attaquer vos adversaires, j'aurais très bien pu vous abattre si j'en avais eu l'envie, le prévint-elle. J'avais également de bonnes raisons de le faire n'est-ce pas ? lui demanda-t-elle rhétoriquement. Après tout, je crois me souvenir que personne n'était vraiment ravi, là-bas, que vous vous soyez invité au Conseil. Vous avez attaqué de nombreux peuples par le passé et avez essayé de réduire en esclavage les habitants de ma planète. Vous avez trahi, menti, tué… Et malgré tout ça, je n'ai rien fait, alors que ça aurait très certainement rendu service à énormément de personnes, si vous voulez mon avis.
–Où voulez-vous en venir ? lâcha Loki, n'appréciant pas cette manière qu'elle avait de s'adresser à lui.
–Il est vrai que si je vous avais éliminé, Thor m'en aurait voulu. Pourtant, lorsque je tenais cette dague, que je m'apprêtais à vous ôter la vie pour finalement renoncer et vous laisser partir, ce n'était pas à lui que je pensais.
–Eclairez-donc ma lanterne en abrégeant, Stark, soupira-t-il. Qu'est-ce qui vous a empêchée de vous débarrasser de moi alors que vous aviez, comme vous l'avez précisé, toutes les raisons de le faire ? A qui pensiez-vous ?
–A moi.
Il s'était attendu à tout, sauf à cela. La magie qu'il concentrait entre ses mains s'estompa subitement tant il était étonné. Son regard s'adoucit malgré lui, il était avide savoir ce qu'elle avait voulu dire par là.
–Vous ? répéta-t-il d'un air incertain, et il mit un moment avant de reprendre, cherchant ses mots. Pourquoi ?
Il remarqua qu'une fois encore, elle sembla désolée par ce qu'elle lui faisait subir alors que pour le moment, ils n'étaient que perdus dans l'espace, au beau milieu d'un vide intersidéral angoissant et oppressant. Il attendit patiemment qu'elle développe ses propos, et ce qui suivit le perturba davantage.
–… Parce que vous et moi… Nous avons le même passé.
Il ne comprit pas et fronça les sourcils. Elle avait sorti ça avec tant de fermeté et de douleur à la fois qu'il s'était demandé si elle ne lui disait pas la vérité, bien qu'il se doutât déjà qu'elle savait beaucoup de choses, mais il n'avait pas envie de laisser quiconque en savoir trop le concernant. Il récupéra son air froid et distant puis remis de la distance entre eux en reculant d'un pas, avant de se tourner pour s'éloigner.
–Nous n'avons rien en commun.
–Vous en êtes sûr ? lui lança-t-elle, ce à quoi il ne répondit pas.
Elle le regarda d'abord faire quelques pas en soupirant, ferma les yeux un moment, remettant brièvement ses pensées en ordre, puis elle choisit ensuite avec soin les mots qui composeraient sa prochaine phrase qui, elle en était sûre, arrêterait Loki et le pousserait à vouloir comprendre ce qu'elle cherchait à lui dire depuis qu'il était entré sans autorisation dans la pièce où elle s'était enfermée un peu plus tôt pour être tranquille. Elle prit une profonde inspiration, chassa ensuite l'air de ses poumons et reposa les yeux sur l'homme qui s'éloignait toujours.
–Vous n'aviez pas l'intention d'attaquer New-York, il y a six ans, pas vrai ? lui demanda-t-elle, mais sa question fut plus une affirmation qu'autre chose.
Cette fois-ci, n'y tenant plus, il perdit son calme et se tourna avant de revenir droit vers elle bien plus rapidement que la première fois, son regard se noircissant dangereusement, le rendant particulièrement menaçant. Madison, elle, ne broncha pas et ne bougea pas d'un pouce lorsqu'il se s'arrêta juste devant elle, la dépassant d'une demi-tête. Elle se contenta de soutenir son regard, sentant toute la colère qui émanait désormais de son organisme.
–Arrêtez tout de suite vos insinuations, Stark, l'avertit-il, mécontent. Vous pensez avoir la moindre importance parce qu'une ancienne divinité vous a confié dans la précipitation ses pouvoirs, pouvoirs que vous n'êtes même pas capable de protéger correctement, et vous vous imaginez invincible parce que vous êtes capable de lire quelques pensées, mais sachez que ça s'arrête là ! Vous ignorez de quoi vous parlez, et vous ignorez qui je suis !
–Dans ce cas, prouvez-moi le contraire, enchaina-t-elle du tac au tac, ne se laissant pas le moins du monde impressionner, bien qu'il y eût de quoi.
–Je n'ai pas à me justifier, surtout pas face à vous, répliqua-t-il, serrant les poings afin d'éviter de montrer que ses mains tremblaient. A présent, ramenez-moi sur Sakaar, lui ordonna-t-il.
La terrienne continua à le fixer sans colère, sans haine, sans rancœur. Elle s'était bien évidemment attendue à une réaction de ce genre, mais avait tout de même espéré qu'il se montrerait un petit peu plus « coopératif ». Pourtant, elle se doutait bien que si les rôles avaient été inversés, elle aurait probablement agi comme lui. Le déni, ça la connaissait. Elle prit délicatement son avant-bras gauche, et remarqua qu'il sembla s'attendre à ce qu'ils rentrent enfin. Pourtant, ce n'était pas ce qu'elle avait prévu pour le moment. Elle se contenta de bougea un peu la tête, son regard déviant alors sur la gauche et instinctivement, Loki se mit à regarder dans la même direction qu'elle. Une fois que Madison comprit que ce qu'elle voulait qu'il voie avait enfin attiré son attention, elle posa à nouveau les yeux sur lui, sentait son énervement se dissiper pour être immédiatement remplacé par la même inquiétude qu'elle avait perçue lorsqu'il s'était rendu compte qu'ils avaient changé de lieu
Il observait désormais un endroit un peu éloigné, où il apercevait deux grandes silhouettes sombres leur tournant le dos, au beau milieu d'un amas de débris rocheux. Ils semblaient discuter très calmement, et l'un d'entre eux avait un objet entre les mains. Il n'eut cependant pas besoin d'entendre ce qui se disait là-bas pour savoir mot à mot ce que les deux individus s'échangeaient.
–… Qu'est-ce que c'est… ? parvint-il à articuler, tâchant de ne pas laisser sa voix le trahir.
–Vous le savez déjà, souffla la jeune femme et subitement, se fut comme s'ils furent projetés à côtés des deux personnes ce qui surprit davantage Loki, puis elle le relâcha, guettant sa prochaine réaction.
Il n'en eut pas sur le moment, focalisé sur ce qu'il voyait. Deux hommes. L'un dont la moitié du visage était dissimulée sous une grande capuche noire et dont l'autre moitié donnait l'air d'être brûlée au second degré. L'autre demeurait silencieux. Tendu. N'ayant pas l'air de savoir ce qu'il faisait là.
–J'espère que tu as bien compris, indiqua le premier, ne se rendant visiblement pas compte que lui et son interlocuteur avaient désormais de la compagnie, puis Loki le vit remettre entre les mains du second l'objet qu'il possédait. Ne nous déçois pas, ajouta-t-il avant de s'évaporer, laissant ainsi son acolyte seul.
Le dieu de la malice déglutit discrètement, ayant l'impression de s'être retrouvé face à un miroir. Le premier étant parti, il ne regarda plus que le second qui n'était qu'une copie de lui-même, serrant désormais entre ses doigts crispés le sceptre qui lui avait permis de contrôler son armée lors de l'invasion qu'il avait dirigée en deux-mille-douze. Il se rendit alors compte qu'il ne paraissait pas aussi serein que prévu, bien au contraire. Il arrivait à lire en lui alors qu'habituellement, il parvenait généralement à se tromper lui-même en travaillant sur les émotions qu'il projetait extérieurement. Il se vit refermer davantage sa prise sur le manche et marcher d'un pas qui se voulait décidé vers une arche de pierre, puis il disparut de la même manière que l'autre, laissant donc Loki et Madison seuls.
L'homme se tourna, après quelques secondes de réflexion, vers la femme, récupérant brusquement un peu d'assurance et se força à sourire.
–Qu'est-ce que vous cherchez à démontrer par-là ? la questionna-t-il. Que je me suis fait des alliés qui attendaient, eux aussi, que Midgard sombre dans le chaos et l'anarchie ?
–Et EUX, reprit-elle en tendant le bras droit, une vague d'énergie sortant de sa main et créant d'autres silhouettes non loin d'eux, étaient-ce vos alliés aussi ? lui demanda-t-elle en retour sans le lâcher du regard, sachant que le provoquer était le seul moyen qu'elle aurait pour qu'il cesse de jouer la comédie.
Lorsque Loki vit les nouveaux « arrivants », même s'ils ne se trouvaient pas à côté d'eux, il se figea et, malgré lui, recula d'un pas. Une autre copie de lui était assis sur un débris, adossée à un imposant morceau de roche. Il avait ramené un genou contre lui et posé ses bras croisés au-dessus, dévisageant du coin de l'œil deux autres personnes parlaient, un peu plus loin. Il paraissait… Un peu apeuré. Distant. Perturbé. Le vrai Loki le dévisagea un instant avant de reposer les yeux sur la terrienne.
–… Arrêtez ça, lui demanda-t-il, tâchant de garder son calme, voulant également qu'elle croit qu'il était en train de s'énerver. N'allez pas croire que vos tours aient le moindre effet sur moi. Vous pensez pouvoir me déstabiliser avec des images de votre création ?
–A moi, ça me parait plutôt réel, souffla la jeune femme en faisant un bref geste de la main, et la scène qu'ils observaient s'agrandit, leur montrant en détails ce qu'il s'y passait. Ce n'étaient pas vos alliés, poursuivit-elle en insistant fermement sur le mot « pas », loin de là… Jamais vous n'auriez pu vous associer à de tels abominations, je le sais.
–… Non, vous ne savez pas, répliqua-t-il, sentant que le contrôle de la situation lui filait entre les doigts, et il serra davantage les poings, ne lâchant plus des yeux les deux individus armés qui se parlaient.
–Et pourquoi lui ? lança le premier. N'importe qui d'autre aurait fait l'affaire. Celui-ci n'a rien en particulier qui puisse changer la donne.
–C'est un ennemi d'Asgard, répondit platement le second à son acolyte, jetant un bref coup d'œil en direction de l'homme assis. Il pourrait nous être utile.
–Encore faudrait-il qu'il coopère, ce qui n'est le cas pour le moment. Il se terre dans le silence, et il est impossible d'obtenir quoi que ce soit depuis que nous l'avons récupéré il y a quelques semaines.
–Nous arrangerons cela, assura l'autre. Il est faible. Instable. Sa chute depuis le Bifröst a manqué de le tuer, alors pour ce qui est de sa coopération, je suis persuadé que bientôt, nous ne préoccuperons plus de cela, poursuivit-il.
–Cela suffit, lança Loki à Madison, et les deux individus se volatilisèrent.
Madison soupira. Ce qu'elle lui montrait l'intéressait moins, puisqu'elle se doutait que les images choisies seraient celles qui lui permettraient de faire parler l'homme. Elle nota donc qu'il semblait soudainement happé par la vision de son double et après quelques secondes, elle le vit faire un pas vers lui. Elle n'eut pas besoin de le suivre, et décida de rester bien sagement à sa place, voulant savoir ce que ferait le demi-frère de Thor. Ce dernier, après avoir un peu avancé, s'arrêta et secoua la tête en détournant le regard. Il fixa le sol gris foncé, momentanément perdu dans ses pensées. Il voulut ensuite s'éloigner mais une fois de plus, la scène se modifia. Sa copie se trouvait toujours là, mais elle n'était plus assise. On l'avait forcé à se mettre à genoux et ses deux bras étaient tendus, fermement tenus par deux individus plus costauds que lui. Il ne se débattait pas, mais ses yeux lançaient des éclairs. Face à lui, un autre homme faisait calmement les cent pas, mains dans le dos, imperturbable.
Loki se sentit de moins en moins bien et éprouvait davantage de difficultés à dissimuler son malaise aussi bien qu'avant. Il dévisagea avec insistance la mutante, comme s'il cherchait à lui faire comprendre qu'il souhaitait que cela prenne fin, qu'elle mette un terme à tout cela dans les plus brefs délais, mais conservant toujours son air désolé, elle n'en fit rien et se contenta de reporter son attention sur le décor où évoluaient quatre silhouettes sorties tout droit de sa tête. L'une d'entre elles, celle qui marchait tranquillement en faisant des allées et venues sans cesse, interrompit sa marche et posa les yeux sur le « prisonnier ».
–C'était risqué, de simuler ta mort sur Svartalfheim, il y a deux ans. Très risqué, même, mais je suis à la fois surpris et ravi que cela ait aussi bien fonctionné, déclara celui qui se tenait debout. Allons, ne sois pas fâché, enchaina-t-il en voyant le regard meurtrier que lui lançait l'autre, tu voulais le trône, n'est-ce pas ? Tu l'obtiendras, grâce à nous qui plus est, alors pourquoi demeurer aussi indécis, aussi… Enervé envers nous ? Serais-tu donc en train de penser à ton frère ? devina-t-il, et le second ne répondit rien, fixant à nouveau le sol devant lui. Crois-tu lui avoir fait de la peine ? Sache que c'est fort peu probable, étant donné qu'il t'en a toujours voulu pour tes actes passés. Si j'étais toi, j'arrêterais de me faire du souci, puisque tu vas bientôt le revoir, commenta-t-il, et le détenu releva soudainement la tête vers lui, à la fois perplexe et intrigué. Oui, tu as parfaitement entendu, confirma-t-il. Tu n'es pas sans savoir que le Tribunal de l'Yggdrasil va avoir lieu sur Arcturus IV d'ici quelques jours, ce qui rassemblera donc de nombreuses personnalités publiques importantes venues des Neuf Royaumes, affirma-t-il, tandis qu'un hologramme représentant l'Yggdrasil apparut sous leurs yeux. Ton misérable frère a bien entendu été désigné afin de représenter Asgard, et nous aurons probablement besoin que tu te rendes là-bas.
–… Je ne vois pas en quoi ma présence sur cette planète vous aiderait en quoi que ce soit… Et quand bien même elle le serait… soupira la copie de Loki à son interlocuteur. Ne comptez pas sur moi pour m'y rendre…
–Nous connaissons de sources sûres l'identité de ceux qui représenteront le peuple de Midgard, reprit l'autre sans se soucier de la dernière partie de la réponse qu'il avait obtenue. Deux d'entre eux te sont très certainement familiers… souffla-t-il, faisant apparaitre entre ses mains une sphère où les visages de deux des Avengers originels apparurent. Ces derniers nous intéressent en revanche bien moins que celle-ci, poursuivit-il, et ce fut le visage d'une étrangère qui fit son apparition.
Se tenant toujours à part, Loki était immobile et observait la scène avec attention. Madison faisait de même, et elle fit un pas vers l'avant, s'approchant du Jotün, qui ne s'en rendit pas compte.
–… Qui est-ce ? reprit le prisonnier, faisant allusion à la jeune femme brune dont les traits étaient dessinés dans la sphère translucide.
–L'Ambassadrice de Midgard. Elle ignore encore tout du Conseil, mais cela ne va pas tarder. C'est également un danger pour nous, mais je ne pense pas que nous ayons du souci à nous faire à son sujet. D'autres se chargeront de s'en débarrasser assez rapidement, et ses compagnons tomberont avec elle. En revanche, si les choses venaient à se dérouler différemment, il serait quelque peu fâcheux qu'elle s'en sorte indemne… Tu iras là-bas, les surveilleras, elle ainsi que les autres midgardiens, tu retiendras tout ce qu'i savoir concernant les défenses les plus évoluées de leur Royaume et si personne n'en est capable, tu les supprimeras, en n'oubliant pas que c'est elle, la cible principale. Selon certaines sources, elle serait dotée d'une magie particulièrement destructrice qui la dépasse, et il f…
–Je refuse.
Le geôlier ne semblait pas s'être attendu à cette réponse, car un air de stupéfaction remplaça brusquement sa détermination à s'en prendre à tout et tout le monde. Il fixa intensément le double de Loki et s'approcha d'un pas. Madison et le vrai Loki le regardèrent faire sans bouger, sachant tout deux quelle serait la suite des événements.
–Tu refuses ? répéta l'homme qui avait cessé de marcher. Tu sais pourtant que tu n'as pas le choix, lui rappela-t-il. Et si tu continues à nous tenir tête, souviens toi que nous sommes capables de rendre les choses cent fois pires pour toi. Je demeure… Persuadé… Qu'un petit saut sur Asgard afin de rendre visite à ce qu'il reste de la famille royale ravirait particulièrement mes hommes… lui indiqua-t-il, et il vit le détenu se raidir à l'entente de ces quelques mots, sans pour autant lever les yeux vers lui. A moins, bien sûr que tu ne te décides à coopérer…
–… Il est hors de question que je me rende sur Arcturus IV, souffla le second.
–Tu iras, et ce n'est pas discutable. Si tu tenais tant à ta liberté, tu aurais dû te montrer plus prudent et ne pas te faire attraper par l'une de mes escouades. En attendant, tu t'y rendras, et tu feras ce qu'on te dit de faire. Suis-je assez clair ?
L'autre ne répondit pas. En retrait, Loki déglutit. Le geôlier, mécontent que le prisonnier refuse de lui répondre, lui asséna un coup si fort que les deux individus qui le retenaient le lâchèrent que le détenu tomba, sa joue gauche s'écrasant sur le sol humide et froid. Il n'avait pas crié, malgré la douleur qu'il avait ressentie au moment de l'impact. Loki avait fermé douloureusement les yeux en fronçant les sourcils, ne supportant pas cette vue. Il y avait eu un autre coup, servant de mise en garde et une fois encore, le Jotün n'avait pu rester focalisé sur l'action qui se déroulait sous ses yeux.
–Tu n'es rien, reprit le tyran. Absolument rien. Tu ne vaux pas mieux que ton frère, ajouta-t-il, tandis que son prisonnier prit difficilement appui sur ses mains afin de se redresser lentement. Ni qu'Odin. Tu es aussi pathétique que tous les asgardiens, aussi faible que l'est le peuple de Midgard, et tu n'as aucune valeur, s'exclama-t-il en le frappant avec force dans l'estomac à l'aide de son pied, le voyant cependant serrer les poings et tenter de se redresser à nouveau, alors il jugea bon d'ajouter encore quelque chose, désirant le déstabiliser jusqu'à ce qu'il craque. Aussi insignifiant que l'était la si délicate souveraine d'Asgard…
Madison avait, elle aussi, du mal à rester en place face à cela, mais intervenir ne servirait à rien. Elle vit alors des larmes de rage se mettre à ruisseler sur le visage du détenu, qui serra encore plus les poings sans pour autant répliquer. Elle vit ensuite que Loki semblait sur le point de faire exploser ses pouvoirs, risquant de créer des dommages considérables. Alors, très calmement, elle soupira profondément afin de se reprendre et leva une main.
–Je crois qu'on en a assez vu, commenta-t-elle doucement en bougeant sa main comme si elle « effaçait » la scène, et le décor disparut.
Loki se protégea brièvement les yeux lorsqu'un flash violent survint dans l'instant qui suivit, s'étant attendu à tout sauf à cela. Il lui fallut un moment avant de pouvoir observer à nouveau autour de lui sans cligner des yeux toutes les demi-secondes à cause la luminosité qui avait drastiquement augmenté par rapport à l'endroit où il se situait précédemment, et à cet instant seulement, il fut en mesure de reconnaitre les murs entre lesquels ils avaient atterri. Il n'était toujours par rentré sur Sakaar, mais cela ne l'inquiéta pas plus que ça. C'était autre part qu'il était rentré. C'était chez lui.
Le somptueux palais d'Asgard.
Tout était exactement comme ces lieux qu'il avait si souvent arpentés. Il ne put s'empêcher de regarder autour de lui avec curiosité et méfiance, se demandant ce qu'il faisait là, avant de reporter son attention sur Madison qui, toujours aussi calmement, était en mesure de soutenir son regard sans la moindre difficulté.
–… Je vais vous laisser une minute, déclara-t-elle sans qu'il comprenne ce qu'elle voulait dire par là et subitement, elle disparut et il se retrouva seul.
Il venait de vivre quelque chose d'intense et éprouvant, et désormais, il se sentait complètement démuni, ne sachant quoi faire. Au fond, il n'avait pas voulu qu'elle s'en aille, qu'elle le laisse seule. Il commençait à craindre la solitude, il n'avait plus aucune envie d'être plongé dedans comme ça lui était pourtant de si nombreuses fois arrivé par le passé. Il ignorait pourquoi elle l'avait laissé là, alors qu'elle semblait avoir décidé de ne rien lui montrer d'autre pour aujourd'hui. Pour lui, c'en était assez. Il en avait effectivement suffisamment vu, mais il ne savait pas s'il avait envie de « rentrer », de retourner à la réalité, tout simplement parce qu'il n'avait pas la moindre idée de ce qu'il y ferait.
–… Revenez… souffla-t-il, ne voulant pas rester seul.
–Je suis là, lui répondit une voix différente de celle qu'il s'était attendu à entendre.
Il se figea et un frisson remonta le long de sa colonne vertébrale. Il leva un peu les yeux, se demandant s'il avait rêvé ou non lorsque soudain, il sentit des doigts fins et délicats se refermer sur son épaule gauche. Ses paupières s'abaissèrent tandis qu'il ne put retenir un petit soupir à la fois nerveux et soulagé. Très doucement, il leva la main droite vers son épaule et rouvrit les yeux quand il se rendit compte qu'il n'hallucinait pas, que quelqu'un était bel et bien là, derrière lui. Il rabaissa cependant rapidement la main, rompant ainsi le contact entre leur peau. Il prit néanmoins la peine de se tourner lentement vers la nouvelle arrivante afin de pouvoir croiser son regard, ce qui se produisit dans les secondes qui suivirent. Il eut du mal à ne pas le montrer, mais il fut réellement rassuré de la voir. Malheureux, certes, mais rassuré tout de même.
–Je suis là, répéta Frigga en lui souriant affectueusement, portant alors gentiment sa main à sa joue.
–… Comment… débuta Loki, incertain, avant de se reprendre. Je ne m'attendais pas à vous voir, déclara-t-il aussi platement que possible.
Frigga conserva son sourire et ne le lâcha pas des yeux, gardant sa main sur sa joue, qu'elle caressa de son pouce.
–Tu n'es pas obligé de faire semblant avec moi, lui dit-elle calmement, voyant par la suite le regard de l'homme se métamorphoser peu à peu, passant d'une forme d'indifférence à un air meurtri. Je sais que tu n'as pas envie qu'on te croie faible, mais éprouver des sentiments, ce n'est en rien une faiblesse, crois-moi, ajouta-t-elle toujours aussi tendrement, cherchant à le mettre en confiance, ce qui fonctionna car il parut se détendre. C'est juste… Humain…
Il ne lui fallut que quelques instants supplémentaires en sa présence pour se sentir complètement démuni et vulnérable. Soutenant d'abord son regard bienveillant, il hésita à agir. Seulement, voyant qu'elle lui souriant toujours avant autant d'amour maternel que dans son souvenir, il n'y tint plus et, d'un geste qui ne lui était pourtant pas familier, il s'approcha et la serra dans ses bras, appuyant sa tête sur l'épaule de la femme. Il fut rassuré qu'elle lui rende immédiatement son étreinte, comprenant qu'en cet instant, c'était ce dont il avait le plus besoin. Il la sentit même se mettre à délicatement caresser ses cheveux, ce qui le ramena brutalement de nombreuses années en arrière.
–Tu m'as manqué… murmura-t-elle en le maintenant contre elle. Si tu savais à quel point… poursuivit-elle, et lorsqu'elle crut l'entendre étouffer un sanglot, elle ferma les yeux et resserra un peu son étreinte. Ne pleure pas… Tout va bien, je suis là…
–… Pardonnez-moi, répondit-il.
–Pourquoi t'excuses-tu ? lui demanda-t-elle en reculant un peu, sans pour autant le relâcher, afin de voir son visage, et elle ne lut dans son regard qu'une profonde tristesse mêlée à des remords. Je sais à quoi tu penses, mais tu n'as pas à te reprocher quoi que ce soit.
–… J'aurais dû vous protéger, affirma-t-il. Je n'étais pas là pour vous, et maintenant… Quatre ans que…
–Ce n'est rien, l'interrompit-elle gentiment. Tu ne pouvais pas prévoir ce qui arriverait.
–Mais je vous ai menti, ce jour-là… avoua-t-il. Je vous ai menti…
–Que veux-tu dire ? l'interrogea-t-elle, conservant sa voix douce.
–… J'étais furieux envers tout et tout le monde, mais lorsque je vous ai dit qu'Odin n'était pas mon père, vous aviez répondu que cela signifiait que vous n'étiez pas ma mère, je n'ai fait qu'approuver vos propos. Le fait est que… Que…
–Je sais, Loki, le rassura-t-elle, plaçant deux doigts sous le menton de ce dernier afin de lui faire redresser légèrement la tête. Je le sais déjà… Je sens que tu regrettes beaucoup de faits et paroles, mais je crois que ton amie t'a rappelé aujourd'hui que tu n'étais pas responsable…
–Mon « amie » ? répéta-t-il, dubitatif. Je n'ai pas d'amis, ajouta-t-il en détournant le regard.
–N'en sois pas si sûr, répondit-elle avec un petit sourire malicieux, relâchant alors ses mains, qu'elle avait prises entre les siennes un peu plus tôt, avant de s'éloigner lentement à reculons. Tu es bien plus entouré que tu le crois…
–Attendez, s'exclama-t-il, ne partez pas… ! Je… J'ai … reprit-il, s'interrompant cependant, n'étant pas habitué à dévoiler ainsi son ressenti, à faire comprendre à quelque d'autre que lui aussi vivait et éprouvait des choses comme tout le monde. Je ne sais même pas…
Elle s'arrêta, tandis que le décor autour d'eux commença à très lentement s'estomper comme si de l'eau s'écoulait sur une toile qui n'aurait pas fini de sécher. La femme attendait visiblement qu'il s'exprime, qu'il ose enfin dire ce qu'il avait sur le cœur, qu'il dise des mots qu'il n'était pas du genre à prononcer, mais qui sonneraient pourtant juste dans sa bouche. Il se laissa d'abord distraire par les murs qui disparaissaient progressivement, puis le sol qui s'effritait, avant de reporter son attention sur l'asgardienne. Elle aussi commençait à s'effacer, se transformant en taches de couleurs pâles. Loki se sentait perdu et avait presque l'impression qu'on était en train de l'abandonner. Il avait déjà eu cette sensation à deux reprises : la première fois, c'était lorsqu'un garde était venu lui dire que la reine d'Asgard avait été tuée par un elfe de Svartalfheim. Ensuite, c'était quand il se trouvait sur Terre, en Islande, et que Thor avait affirmé qu'il n'était plus son frère. Ces deux fois, il avait senti son cœur se déchirer, mais avait décidé de tout garder pour lui, bravant la douleur avec fierté. Mais désormais, alors qu'il avait enfin la chance de dire à cette femme qui l'avait élevé à quel point il tenait à elle, il refusa de rester silencieux jusqu'à ce que ça soit trop tard.
–… Je n'ai jamais cessé de vous aimer, Mère…
Il la vit sourire de plus belle et cette fois-ci, il remarqua qu'elle parut aussi triste que lui, car ses yeux brillaient à cause des larmes qu'elle retenait. Pour la première fois depuis ce qui lui sembla être des décennies, il se mit à sourire également, et très sincèrement. Cela faisait longtemps qu'il ne s'était plus senti ainsi. Il avait l'impression de se faire submerger par une vague de sentiments nouveaux, alors que ceux-ci s'étaient simplement éteints avec le temps. Tout remontait en lui, désormais, ce qui lui faisait à la fois mal, mais également du bien. C'était une sensation étrange qu'il demeurait incapable de décrire. Quelque chose s'était réveillé en lui, après des années de sommeil. Et tandis que l'image de sa mère s'effaça complètement, il ne put s'empêcher de penser au fait que ses remords s'étaient envolés dès l'instant où il lui avait confié qu'il l'aimait.
