The truth-James Arthur
Le retour à la réalité avait été brusque pour Loki. En une fraction de seconde, il était passé du palais royal d'Asgard à l'une des salles de la tour du grand Maitre, bien qu'il n'eût jamais vraiment bougé du second endroit. Il se retrouva face à Madison, qui tenait toujours une de ses mains, mais son emprise demeurait moins ferme que précédemment, lorsqu'elle l'avait attrapé. Tout ce qu'il venait de se passer lui revint alors brusquement en pleine figure et il se recula vivement avant de détourner le regard, pour finalement tourner le dos à la mutante, voulant à tout prix éviter que leurs yeux se croisent. Ses mains se mirent à trembler et il passa l'une d'entre elle sur son visage, espérant que ça l'aiderait à se calmer, mais cela ne fut malheureusement pas le cas. Il ferma les yeux en lâchant un soupir, déstabilisé et perdu. Il prit ensuite appui contre un mur en s'aidant de son autre main en se focalisa exclusivement sur sa respiration, qui était bien plus rapide que d'habitude. Il avait même du mal à savoir s'il s'était réveillé ou non.
Derrière lui, Madison ne prononça aucun mot, guettant une réaction de sa part. Elle avait conservé son calme depuis le début, même si elle se s'était sentit terriblement mal à l'idée de devoir montrer de telles images à l'homme, sachant pertinemment quel effet cela risquerait d'avoir sur lui. Cependant, il s'agissait là du seul moyen qu'elle avait trouvé pour enfin mettre les choses au clair, même si elle regrettait un peu d'avoir dû en arriver là. Elle l'observa longuement, percevant ses émotions qui se décuplaient, et fut surprise qu'il se décide à prendre la parole en premier lieu.
–… Vous saviez… souffla-t-il.
La mutante garda le silence durant quelques instants, jusqu'à ce que le Jotün se décidé à répéter sa phrase.
–Vous saviez… dit-il en rouvrant les yeux, fixant le mur qui se trouvait face à lui et sur lequel il prenait appui.
–… Oui, répondit-elle simplement, avant de s'approcher très lentement de lui. Je savais bien avant d'entrer dans votre tête, poursuivit-elle.
–Comment ?
–Je vous l'ai dit ; vous en moi avons un passé similaire.
–… Je ne comprends pas, déclara Loki après un temps de réflexion, et il fut surpris qu'elle se taise à nouveau.
Pour la première fois depuis le début de leur conversation, qui avait pris une tournure quelque peu mouvementée, ce fut elle qui regarda ailleurs, sentant une pointe de nervosité monter en elle. Elle baissa les yeux et fixa momentanément le sol, réfléchissant sérieusement aux mots qu'elle emploierait pour répondre à cela. Sans pour autant le voir, elle sentit que Loki demeurait désormais intrigué. Lorsqu'elle releva enfin la tête vers lui, l'air cette fois-ci incertain, elle lui expliqua calmement la chose suivante ;
–Etant passée par là, disons… Que je sais reconnaitre quelqu'un qui a été mentalement manipulé.
A cet instant, l'homme la regarda directement droit dans les yeux, ne s'étant pas attendu à une telle révélation. Il eut alors l'étrange impression de ne voir qu'un simple reflet féminin de lui-même. Il perçut les pensées qu'elle lui partageait et en quelques secondes seulement, il vit que ce qu'ils avaient vécu était en effet très similaire. Leur passé se comparèrent d'eux-mêmes dans sa tête, se chevauchèrent, s'unifièrent pour en former qu'une seule ligne dont le déroulé résumait parfaitement ce par quoi ils étaient chacun passé. D'une part, elle cherchait désespérément à résister aux idéologies d'Hydra que Decker cherchait à lui faire retenir et respecter par tous les moyens et d'autre part, il tentait tant bien que mal de fermer son esprit à toute attaque mentale que ses geôliers pourraient effectuer sur lui.
–Et… reprit-il, la gorge nouée. … Pour… Ma mère ?
–Vous aviez l'air d'avoir besoin de lui parler, se justifia Madison, qui vit quelque chose changer dans le regard de son interlocuteur. Ecoutez, je n'aurais pas pensé dire ça à haute voix, mais je sais ce que vous traversez. Ce que vous ressentez. C'est de la culpabilité, déclara-t-elle, et il ne broncha pas, conservant néanmoins son air déstabilisé. Vous vous en voulez, pour tout ce que vous avez fait depuis que vous avez simulé pour la première fois votre mort, en deux-mille onze… soupira-t-elle. Moi aussi, je m'en suis voulue pour tout le mal que j'ai causé, mais au bout d'un moment, j'ai simplement fini par accepter le fait que je n'étais pas coupable, affirma-t-elle avec un petit sourire, tout en haussant les épaules. Je connais vos peurs les plus sombres, vos craintes refoulées, poursuivit-elle en faisant un pas vers lui. J'ai vu vos cauchemars, aussi, lui apprit-elle, et… Vous serez peut-être surpris d'apprendre que les miens ressemblent beaucoup aux vôtres, sur certains points… Je visualise très souvent la fin du monde, la mort de mes proches… Ce sont encore et toujours les mêmes images qui reviennent, et ce depuis que j'ai été attaquée l'an passé. Les mêmes décors postapocalyptiques, les mêmes… Corps jonchant le sol, ajouta-t-elle, ayant néanmoins eu du mal à sortir ces quelques mots, je ne sais pas pourquoi c'est à chaque fois ça qui revient encore et encore, et ça m'effraie. Vos cauchemars aussi vous effraient, parce que vous craignez qu'ils se réalisent… Vous avez également peur d'être à nouveau manipulé, et de risquer de faire du mal aux personnes qui comptent pour vous, devina-t-elle aisément, tandis qu'il baissa les yeux.
Tout ce qu'elle avait dit était vrai. C'était simplement difficile pour lui de l'avouer. De se l'avouer. Il l'entendit soupirer, mais ne bougea pas d'un cil, respirant toujours plus rapidement que la norme.
–Regardez-moi, lui pria-t-elle gentiment, une fois arrivée à sa hauteur.
Il ne broncha pas, une fois encore. Il était encore trop perturbé par tout ce qui venait de se produire : le voyage à travers ses souvenirs, les émotions qui en ressortaient, les paroles de la jeune femme… Il n'avait pas été préparé à encaisser autant en un seul coup. Même s'il fut surpris de sentir une matière froide entrer en contact avec sa main gauche, il resta immobile. Ce furent les mots que prononcèrent ensuite la mutante, ainsi simples soient-ils, qui l'incitèrent à réagir.
–Loki, regarde-moi.
Très lentement, il s'exécuta en tournant la tête vers elle, les yeux brillants, notant brièvement du coin de l'œil que sa main métallique tenait la sienne. Le ton familier et chaleureux qu'elle venait d'employer avec lui le calma, le mit en confiance. Elle lui offrit alors un sourire réconfortant, soutenant son regard clair.
–Ce n'est pas de ta faute, lui dit-elle d'une voix à la fois douce et assurée.
Instinctivement, il resserra sa main autour de la sienne avec soulagement, car pour la première fois depuis longtemps, quelqu'un le comprenait. Il se rappelait de la rage qu'il avait lue dans ses yeux lors de leur rencontre sur Arcturus IV. Ce sentiment avait désormais disparu, il ne restait plus qu'une forme d'empathie à laquelle il n'était pas habitué. Il se surprit alors lui-même à esquisser un sourire discret afin de répondre au sien, mais subitement, il la sentit faillir et il la retint par les épaules pour l'empêcher de chuter.
–… Ça faisait juste un bon bout de temps que je n'avais plus utilisé mes pouvoirs comme ça, expliqua-t-elle simplement, tandis qu'il la soutenait toujours, mais tout va bien, assura-t-elle, faiblissant pourtant à nouveau.
–Ça n'a pas l'air d'aller si bien que ça, répliqua-t-il en la soutenant, puis il l'aida à s'asseoir sur l'appui de fenêtre, ne voyant aucune chaise aux alentours, puis il s'écarta un peu afin de la laisser respirer, tandis qu'elle appuya sa tête contre la vitre située derrière elle tout en inspirant calmement. Vous voulez quelque chose ? proposa-t-il spontanément. De l'eau, ou…
–La dernière fois qu'on m'a proposé de l'eau aussi aimablement, le coupa-t-elle calmement, j'ai littéralement congelé la pièce dans laquelle je me trouvais avant de m'enfuir par la fenêtre… Mais merci quand même, ajouta-t-elle en souriant brièvement. Sinon… Désolée pour… Tous les souvenirs que j'ai remués, s'excusa-t-elle. C'était peut-être un peu trop violent…
–Vous aviez raison, déclara-t-il, reprenant un peu d'assurance. Mais durant tout ce temps, vous n'avez jamais rien dit à qui que ce soit ?
–Ça ne me concernait pas, affirma-t-elle. Je n'avais pas le droit de… Disons, divulguer des secrets qui ne sont pas les miens, se justifia-t-elle, et elle remarqua qu'il sembla rassuré par les paroles qu'il venait d'entendre. Ça doit venir de la personne concernée, non ? souffla-t-elle, mais alors qu'elle essaya de se redressa, elle renonça rapidement à cette idée, ayant toujours la tête qui tourne et par ailleurs, Loki lui attrapa le poignet, ce qui incita cette dernière à le regarder à nouveau. Quoi ? lui demanda-t-elle.
–… J'ai récemment appris ce qu'il vous est arrivé, l'an dernier, souffla-t-il calmement, et l'air de Madison changea brusquement, se souvenant de l'enfer que ça avait été. Je veux dire par là que j'ai eu vent du fait que des Jotüns vous avaient attaquée, et que le sortilège qui vous avait touché avait apparemment causé un certain nombre de dégâts.
–Mais j'ai survécu, alors pas besoin de revenir là-dessus, lui indiqua-t-elle.
–Ecoutez, reprit-il sérieusement. Je sais que nous n'étions pas en bons termes, vous et moi, mais si j'avais su, je… Disons que je vous serais peut-être venu en aide, affirma-t-il, gardant cependant une certaine distance dans ses propos, comme il en avait l'habitude, mais elle parut néanmoins touchée qu'il lui dise cela. Il est vrai que j'ai cherché à comprendre comment vous raisonniez, lorsque nous nous sommes rencontrés. Vous avez visiblement lu en moi comme dans un livre ouvert, et vous avez un mental d'acier, c'est certain. Seulement, cela ne veut pas dire que j'ignore totalement qui vous êtes, vous aussi, enchaina-t-il. Je n'ai pas eu besoin d'attendre que vous m'attaquiez pour sentir votre courage et votre force d'esprit. Et puis… Vous avez bien vu ce qu'ils attendaient de moi, soupira-t-il, faisant référence aux hommes qu'ils avaient tous deux aperçus dans ses souvenirs. Ils espéraient que je les débarrasse de vous.
–Eh bien, vous avez raté, lança-t-elle, retournant au vouvoiement, mais elle ne perdit pas son ton amical pour autant.
–Je vous ai poignardée, vous vous rappelez ? lui dit-il, et il fronça les sourcils lorsqu'il la vit sourire. Aurais-je dit quelque chose d'amusant ?
–Non, répondit-elle. Mais vous et moi savons que vous avez parfaitement calculé votre coup, de sorte à ce que cela ne soit pas mortel. En fait, c'est un peu comme si vous m'aviez sauvé la vie, et j'imagine qu'après ça, on vous a laissé tranquille ? Vous aviez presque fait votre part du travail en vous en prenant à moi, et ils avaient d'autres moyens de tenter de me nuire, d'autres « hommes de main » en réserve, alors pourquoi vous auraient-ils persécuté à cause de cela ? Ce jour-là, c'est nous deux que vous avez protégés. Mais d'un point de vue extérieur, c'était totalement différent. Il n'y a que nous qui savions, acheva-t-elle.
–… Votre intelligence m'effraie presque, lui apprit-il, ce qui fit sourire davantage la mutante.
–Et votre fourberie m'impressionne, répliqua-t-elle sincèrement. Quand je pense que cela fait des années qu'on vous fait passer pour le méchant de l'histoire, soupira-t-elle avec lassitude, alors que dans le fond, vous ne devez pas être plus dangereux que…
Elle n'acheva pas sa phrase, sentant le regard inquisiteur de Loki posé sur elle. Elle se contenta de secouer brièvement la tête, conservant son sourire, puis elle reprit ;
–D'accord, vous êtes quand même un petit peu dangereux. Moi aussi, techniquement, fit-elle remarquer. Mais on l'est à notre manière, alors ça ne veut pas dire que nous sommes des monstres. C'est ainsi que certains nous voient, mais lorsque je repense à tout ce qu'on a traversé, je me dis que nous sommes loin de l'être.
–Qu'est-on, dans ce cas ? l'interrogea-t-il.
–… Des survivants, déclara-t-elle franchement. La première fois que quelqu'un me l'a dit, c'était après que ma puissance ait réellement commencé à se manifester, il y a quelques années. J'ai failli mourir, ce jour-là, se souvint-elle, repensant alors à cet instant où elle avait cru qu'Apocalypse avait signé son arrêt de mort. Mais il semblerait que quoi que je fasse, l'Univers n'en a pas terminé avec moi. Et d'après ce que j'ai pu constater, c'est plus ou moins la même chose pour vous.
–On dirait bien qu'il m'est impossible de vous cacher quoi que ce soit, fit-il remarquer en soupirant. Et même si cela me tue de l'avouer, je pense pouvoir vous faire… Entièrement confiance, précisa-t-il, ce qui ravit la jeune femme, car c'était tout ce qu'elle avait souhaité entendre venant de lui depuis qu'ils avaient débuté cette conversation. Mais en contrepartie, enchaina-t-il après un court instant d'hésitation, il y a quelque chose que je voudr…
–Vous voulez savoir pourquoi Thor et moi sommes séparés, n'est-ce pas ? devina-t-elle sans trop de mal, ce à quoi il ne répondit pas et n'acquiesça pas. Ça fait des semaines que j'entends cette question en boucle, alors je suppose qu'il va bien falloir que j'y réponde, un jour ou l'autre, concéda-t-elle en baissant temporairement les yeux, même si je ne pensais pas que ça serait aujourd'hui. C'est vrai que, techniquement, après le coup bas que je viens de vous faire, ça serait la moindre des choses, mais… Ça risque d'être… Compliqué à résumer.
–Ne vous en faites pas, la rassura alors Loki en s'asseyant également contre le mur, à ses côtés. J'ai tout mon temps, et je demeure persuadé que cela regorge de faits intéressants, lui lança-t-il, se sentant bien mieux que quelques minutes auparavant. Je vous en prie, l'invita-t-il ensuite à prendre la parole.
Madison le regarda un instant, puis soupira lassement. Pour une fois qu'ils abordaient ce sujet sans qu'elle s'énerve, il ne lui avait pas parlé d'un air moqueur comme à son habitude. Il avait même paru un peu concerné et réellement intéressé de savoir ce qui s'était produit. Un sourire discret lui échappa, compte tenu de la situation. Elle et Loki étaient assis sur un appui de fenêtre, discutant posément comme deux adultes responsables, après avoir tranquillement voyagé dans la tête du dieu de la malice, et tout leur paraissait parfaitement normal. Ils n'étaient rien de plus que deux individus que beaucoup de choses opposaient, mais qui savaient mieux que quiconque ce que c'était de survivre. Au bout d'un moment, Loki jugea qu'elle n'avait pas spécialement l'air de vouloir lui confier une telle chose, et pourtant, il ne lui fallut attendre que quelques secondes supplémentaires avant de réentendre la voix de la mutante s'adresser à lui.
–C'était il y a trois mois.
Ces quelques mots captèrent immédiatement toute l'attention de Loki.
–Enfin, plus ou moins trois mois, parce qu'avec la façon dont le temps s'écoule ici… précisa-t-elle, laissant sa phrase en suspens. Et en gros, tout allait bien. Vraiment bien, jugea-t-elle bon de préciser, tout en regardant droit devant elle, se laissant envahir par ses souvenirs. Et puis tout a basculé, lâcha-t-elle. C'était juste… Un autre jour des plus ordinaires. Je travaillais, comme d'habitude, et pendant l'une de mes pauses, j'ai commencé à avoir une migraine insupportable, expliqua-t-elle, et puisqu'elle avait le regard perdu dans le vide, elle ne remarqua pas que l'homme paraissait captivé par ce début de récit. Au début, je me suis dit que ça passerait, comme toujours, et je ne m'inquiétais pas trop. J'avais survécu à des choses pires qu'un simple mal de crâne, alors j'ai continué ma journée comme si de rien n'était. Et une heure après, comme je m'en étais doutée, c'était passé, donc j'ai arrêté d'y penser. En réalité, le vrai problème est survenu lorsque je me suis réveillée à l'infirmerie de mon lieu de travail sans me rappeler y être venue.
–Que s'est-il passé ? lui demanda l'homme, vraiment intrigué.
–Apparemment, je m'étais évanouie quelques minutes avant de devoir reprendre mes cours, déclara-t-elle, ce qui surpris Loki. C'est un élève qui m'a trouvé, et qui a prévenu un de mes collègues. Une fois revenue à moi, pourtant, je me sentais bien. J'avais juste du mal à comprendre comment j'étais arrivée là. Quand j'ai demandé si quelqu'un savait pourquoi j'avais perdu connaissance, j'ai senti… qu'il y avait une sorte de tension dans la pièce. Mon collègue télépathe m'a alors gentiment expliqué que quelqu'un se nourrissait de mon énergie sans que je le sache, ce qui expliquait pourquoi j'avais fini par m'effondrer d'un coup.
–De votre énergie ? Comment est-ce possible ?
–J'y viens. Moi non, plus, je ne comprenais pas trop. Pendant un instant, j'ai cru… Faire une sorte de rechute, souffla-t-elle, et comme il ne vit pas où elle voulait en venir, elle développa ses propos. L'an passé, j'ai été touchée par un sortilège Jotün qui m'a épuisée, pour finalement effacer en moi toute parcelle d'humanité. Le problème avait été réglé, mais entendre Charles me dire que quelqu'un était en train de puiser mon énergie… Je me suis dit qu'au final, je n'avais pas réussi à me débarrasser entièrement de l'enchantement. Quand il a vu mon air paniqué, il m'a pris la main pour me rassurer, avant de sourire et de me dire que ce n'était pas si grave que ce que je pouvais imaginer.
–« Pas si grave » ? répéta Loki légèrement abasourdi. On vous prive de vos forces vitales, sans votre accord qui plus est, et il juge qu'il n'y aurait pas de quoi s'inquiéter ?
–Est-ce que quelqu'un serait en train de se faire du souci pour moi ? plaisanta-t-elle.
–Je trouve simplement cela étrange. Pas vous ?
–… Non, pas tellement, répondit-elle après un court instant de réflexion.
–Puis-je ? demanda-t-il alors en levant lentement une main vers elle. Peut-être serai-je en mesure de déterminer ce qu'il se passe réellement, affirma-t-il ensuite, très serein.
Elle se contenta de soutenir son regard pour finir par acquiescer en levant les yeux au ciel, tout en lâchant un bref soupir. Il fit comme s'il n'avait rien vu et se concentra, tandis que sa magie se refléta entre ses doigts sous forme de lueurs verdâtres. Gardant les yeux ouverts mais néanmoins perdus dans le vide, il se focalisa sur l'énergie de la jeune femme et chercha à savoir ce qu'il lui arrivait. Madison le regarda faire, silencieuse, sachant déjà quelle pourrait être la réaction de l'homme lorsqu'il aurait trouvé. Effectivement, cela ne se fit pas attendre. Après une quinzaine de secondes seulement, il recula un peu la main et entrouvrit légèrement la bouche, s'apprêtant à parler, mais aucun son n'en sortit. Il lui fallut un instant avant de retrouver l'usage de la parole, et lorsque cela arriva, il leva les yeux vers la terrienne.
–C'est donc pour cela que vous avez l'air quelque peu différente… Et puis, que vous êtes… Encore plus insupportable qu'avant, poursuivit-il, que vous ne parvenez pas à vous habituer à la nourriture qui nous est offerte ici qui, bien qu'étrange, soit tout à fait comestible, et que vous paraissez bien plus sur la défensive, quelles que soient les circonstances, souffla-t-il, alignant mentalement et oralement bout à bout tous les éléments qui auraient bien plus rapidement le mener à cette conclusion, qui lui parut désormais assez évidente. Vous attendez un enfant, acheva-t-il.
