I'm still standing-Elton John


Thor avait émergé dans un lieu qui lui était inconnu, et une fois encore, il s'était retrouvé face à Hulk. Heureusement pour lui, aucun combat n'avait été enclenché et ils avaient pu « discuter » comme deux personnes responsables. L'esprit de l'asgardien demeurait néanmoins confus. Il ignorait comment il avait fait pour se retrouver là, tout comme il ne comprenait pas trop pourquoi ses blessures ne lui faisaient plus aussi mal que lorsqu'il se trouvait dans l'arène. Il avait ensuite découvert qu'Hulk et la Valkyrie semblaient être amis, ce qui l'avait quelque peu surpris. Peu de temps après, il s'était mis en tête de contacter Heimdall, car il souhaitait savoir ce qu'il se passait sur Asgard, si Hela faisait des siennes. Bien entendu, la réponse était « oui », mais puisqu'elle ne disposait pas de l'épée qui permettait d'activer le Bifröst, elle ne pouvait pas aller bien loin. Il avait demandé quelques conseils à son ami de longue date, qui lui avait alors expliqué comment il serait en mesure de s'échapper de Sakaar.

Il n'attendait que ça. Quitter définitivement ce trou à rat et aller sauver les habitants de son peuple. Pour le moment, sa mission première était de trouver le moyen d'atteindre le portail dont Heimdall lui avait parlé, et de récupérer les deux terriens afin de les ramener chez eux. Il ne partirait pas sans eux, quoi qu'il arrive. Seulement, d'une part, il ignorait comme faire resurgir Bruce et d'autre part, il n'avait pas la moindre idée de l'endroit où se trouvait Madison. L'un était son ami, l'autre était… Il ne savait désormais plus quoi penser lorsqu'il s'agissait de la midgardienne. Il l'avait déçue, il en était conscient, et il se doutait que tous les efforts du monde seraient très probablement inutiles pour parvenir à se faire pardonner, mais il ferait quand même ce qui était juste en la raccompagnant sur sa planète. Il le lui devait.

. . . . . . . .

Le temps d'attente parut particulièrement long à Loki. Il fallut un moment à Madison pour oser à nouveau regarder le Jotün dans les yeux, pour finir par acquiescer. Il perçut une certaine angoisse dans ce geste pourtant simple, comme si, en un sens, ça la terrifiait.

–… En effet, concéda-t-elle. … J'attends un enfant.

–Alors… Cela signifie que vous… et mon frère, vous avez… reprit-il sans pour autant achever phrase pleine de sous-entendus.

–Sérieusement ? lança-t-elle d'un air blasé et faussement outré. Vous êtes vraiment en train de me poser cette question ?

–Je veux dire… Je ne comprends pas, se rattrapa-t-il. Je ne me rappelle pas avoir un jour entendu Thor exprimer son souhait d'avoir une descendance, et quand bien même il l'aurait fait, ce n'est certainement pas à moi qu'il se serait confié, précisa-t-il. Mais puisque c'était visiblement le cas, pourquoi tout cela aurait un rapport avec le fait que vous étiez sur le point de le renvoyer vous-même sur Asgard, lorsque nous cherchions Odin dans les rues midgardiennes ? D'après ce que j'ai cru observer au cours de mon existence, un lien existant entre deux individus ne fait que se renforcer avec le temps, spécialement avec l'arrivée d'un enfant.

–Pas tout le temps, alors, soupira-t-elle, ce qui ne fit qu'attiser davantage la curiosité de l'homme, et elle le remarqua. Pour faire court, mon frère a prévenu Thor, qui était je ne sais où sur Terre, pour faire je ne sais plus quoi. Il lui a gentiment demandé nous rejoindre, parce qu'il y avait quelque chose qu'il devait savoir alors évidemment, poursuivit-elle en articulant bien sur le dernier mot, en bon chevalier qu'il est, il a accouru.

–Et commenté a-t-il réagi ? lui demanda-t-il, ce à quoi elle se contenta de soupirer une nouvelle fois. Je vois… Donc, j'avais raison, c'est bien lui, le fautif, pensa-t-il à haute voix. Je suppose que cela ne s'est pas vraiment bien passé.

–Je lui ai dit, et il est parti, lâcha-t-elle en levant les yeux au ciel. Fin de l'histoire.

–Pourquoi ? finit-il par l'interroger.

–Pourquoi quoi ? Il faut être précis.

–Pourquoi est-il parti ? Il a l'air de tenir à vous, et malgré les nombreuses tentatives ratées et parfois même ridicules de sa part pour vous récupérer auxquelles j'ai eu l'occasion d'assister, il n'a pas baissé les bras, ce qui est pour le moins surprenant, lorsque l'on ressent toute la colère que vous éprouvez à son égard.

–Apparemment, son altesse royale devait y réfléchir, répondit-elle d'un ton ironique et dans lequel on sentait de la rancœur. Y réfléchir… répéta-t-elle en marmonnant. Et puis quoi, encore ? C'était avant, qu'il aurait dû prendre le temps d'y penser, râla-t-elle en croisant les bras.

–Est-il revenu par la suite ? voulut-il savoir. J'entends par là, avant que nous venions chercher notre père ?

–Une seule fois. Il voulait s'excuser, et aussi me dire qu'il n'avait pas l'impression d'être prêt. Au bout de trois minutes, je lui ai demandé de s'en aller et de ne plus venir sur Terre, parce qu'on n'avait pas besoin de lui pour la défendre.

Le silence retomba lourdement, faisant planer dans la pièce une certaine tension. Madison décroisa les bras et se passa nerveusement une main sur le visage, puis dans les cheveux, avant de réappuyer sa tête contre la vitre. Loki, lui, demeurait pensif. Beaucoup de souvenirs étaient remontés, que ce soit pour sa part ou pour la jeune femme aux côtés de qui il s'était installé.

–Comment est-on arrivés à ce que je me mette à parler de mes problèmes comme si vous étiez psychologue ? reprit-elle soudainement.

–Je suppose que c'est parce que j'ai insisté durant des jours et des jours pour que vous me parliez, fit remarquer Loki. Et peut-être vous êtes-vous également sentie redevable, puisque vous sembliez en savoir bien plus sur moi que moi-même, ajouta-t-il.

–Possible, concéda-t-elle. Ou alors j'ai juste eu pitié, plaisanta-t-elle en soutenant son regard, tout en souriant, et elle reçut en guise de réponse un coup d'œil mi réprobateur mi-amusé de la part de l'homme. Mais, c'est vrai, ça n'aurait pas été très équitable de filer d'ici sans avoir dévoilé deux-trois choses à mon sujet.

–Mh.

Le Jotün était à nouveau perdu dans ses pensées. Depuis quelque temps, il ne lui fallait que très peu pour le distraire, lui faire perdre le fil d'une conversation, ou bien le faire s'évader temporairement de la réalité. Ce fut à nouveau la femme qui le sortit de son moment d'égarement en reprenant la parole.

–Qui est l'homme que vous voyez toujours de dos, dans vos cauchemars ? lui demanda-t-elle d'une voix calme et posée.

–Vous l'avez vu ? devina-t-il, sans répondre à sa question, et elle se contenta d'acquiescer. Et je suppose que ce n'est pas uniquement lorsque vous avez fait un tour dans mon esprit, ajouta-t-il. Vous disiez tout à l'heure que nos cauchemars se ressemblaient.

–Alors ? Qui est-ce ?

–Je ne l'ai jamais rencontré, affirma-t-il. Mais je sais qu'il est dangereux.

–Est-ce que ça pourrait être… « Prémonitoire » ? proposa-t-elle. Ce qu'on a vu, pensez-vous qu'il y ait un risque que cela se produise ?

–Je l'ignore, soupira Loki, fixant alors droit devant lui. Peut-être, concéda-t-il, mais permettez-moi d'affirmer que je préfèrerais largement que cela continue à appartenir au domaine de l'imaginaire, et à rien d'autre. Je pense avoir suffisamment de problèmes à gérer, déclara-t-il en croisant les bras. Et si jamais tout ça était vrai… Je pense que nous aurions du souci à nous faire. Pourquoi faut-il toujours que j'ai cette impression de devoir porter le poids du monde ? lança-t-il en levant les yeux au ciel d'un air très théâtral. A croire que je suis né pour supporter jour après jour ma misère et celle des autres en même temps.

–Je crois… Que vous devriez arrêter de vous poser la question, lui dit Madison, ce qui intrigua le dieu de la malice.

–Quelle question ?

–La prochaine fois que vous ferez face à un de vos… Si nombreux problèmes, ne vous demandez plus ; « Pourquoi moi ? », précisa-t-elle en le regardant. Dites-vous plutôt que vous êtes prêt à être testé et que comme toujours, vous ne reculerez pas, affirma-t-elle, très sûre d'elle-même.

–… Dis comme ça… concéda Loki, songeur, avant de reporter son attention sur elle. Vous savez… reprit-il tout aussi calmement. Je pense que vous vous seriez bien entendue avec la reine d'Asgard. Il vous arrive de vous exprimer de la même manière qu'elle et, quelque part, vous me la rappelez un peu, avoua-t-il, et il remarqua que Madison parut particulièrement flattée qu'il lui dise quelque chose de tel. Il y a très longtemps, lorsque j'étais enfant, je l'entendais souvent me dire que plus le combat était compliqué, plus la victoire serait glorieuse.

–Une très belle phrase reprise plus tard par un intellectuel de chez nous*, affirma Madison en souriant. Mais elle avait raison. Et je suis certaine que vous l'aurez, votre moment de gloire, ajouta-t-elle, tandis qu'il se terra un instant dans le silence.

–Je sais que vous vous posez encore des questions concernant vos pouvoirs, reprit-il alors soudainement, et je crois qu'elle aurait été capable de vous informer sur ce que vous recherchez.

–Sûrement… soupira-t-elle. Votre frère m'a dit la même chose. Comme quoi, malgré les apparences et le fait que vous passiez le plus clair de votre temps à faire croire aux autres que vous vous moquez éperdument de son sort, vous n'êtes pas si différents. Vous raisonnez tous les deux d'une manière un peu trop… « Logique », et c'en est parfois presque angoissant, affirma-t-elle avec amusement, ce qui rappela à Loki le fait qu'il avait, un peu plus tôt, qualifié l'intelligence de Madison d' « effrayante ». Maintenant que j'y pense, vous pouvez tous les deux vous montrer très agaçants… Je me demande sérieusement lequel est pire que l'autre, ajouta-t-elle en faisant mine de réfléchir et une fois encore, le dieu de la malice parut presque amusé par les propos de son interlocutrice.

–Vous m'énervez, Stark, soupira-t-il, un sourire au coin des lèvres.

–Je vous retourne le compliment, répondit-elle du même ton enjoué.

–Dites-moi… reprit-il un peu plus sérieusement après quelques instants, et il attira toute son attention. Cela fait un moment que nous sommes ici, n'est-ce pas ?

– « Ici » sur cette fichue planète, ou « ici » dans cette pièce ? Je vous l'ai dit, soyez plus précis, lui rappela-t-elle gentiment.

–Dans cette pièce, précisa-t-il donc en balayant la salle du regard, et il la vit ensuite faire de même. Si nous souhaitons nous en aller, peut-être devrions-nous songer à vérifier que mon frère est réveillé et suffisamment en formes pour nous aider, suggéra-t-il.

–Vous savez, répondit-elle en se redressant, pendant un instant, j'avais presque oublié que vous aviez une sœur qui cherchait à semer l'anarchie sur Asgard, lui lança-t-elle, tandis qu'il se releva à son tour. Mais puisque je commence un tout petit peu à m'ennuyer, autant essayer de filer, non ?

L'homme la regarda dans les yeux et acquiesça sans rien dire. Il n'en avait pas besoin, le geste avait suffi. Il l'observa donc récupérer sa cape, qu'elle se contenta de poser sur son avant-bras, puis elle s'empara de ses gants et se dirigea vers la porte. Elle fut néanmoins surprise de voir cette dernière s'ouvrir, pour qu'ensuite plusieurs gardes du Grand Maitre fassent irruption dans la pièce. Loki fronça légèrement les sourcils, étant lui aussi étonné par leur présence.

–Pourquoi personne n'a appris à toquer aux portes ? se plaignit Madison en marmonnant. Que puis-je faire pour vous ? lança-t-elle ensuite aux nouveaux arrivants.

–Examinateur, la salua l'un d'entre eux.

–Alors pour commencer, j'ai un prénom, leur rappela-t-elle d'un ton un peu sec, car elle en avait assez qu'on la surnomme ainsi, alors vous serez gentil de m'appeler par celui-ci et ensuite, qu'est-ce que vous faites ici ? Et ne venez surtout pas me dire qu'il y a encore un problème dans les sous-sols, parce que je passe mon tour pour aller tout régler cette fois-ci.

–Nous venons vous arrêter, affirma un autre. Ordre du Grand Maitre.

–Et pourquoi ? s'exclama-t-elle en croisant les bras, faisant mine d'être offusquée alors qu'au fond, elle ne s'inquiétait pas vraiment.

–Tricherie et haute trahison, retentit alors la voix du propriétaire des lieux, et ce dernier entra à son tour quelques instants plus tard, tandis que ses gardes s'écartèrent afin de le laisser passer. Les jeux ont été trafiqués, c'était évident, mais j'étais loin de m'imaginer que la responsable se trouvait juste sous mon nez.

–Hum… Je ne vois ab-so-lu-ment pas de quoi vous parlez, mentit-elle effrontément et évidemment, tout le monde sut dans la seconde qu'elle ne disait pas la vérité. Et quand bien même je serais responsable de quoi que ce soit, c'est vous qui avez triché en premier, enchaina-t-elle en le pointant du doigt.

Derrière elle, Loki se retint de soupirer fasse à cette réaction qui, il le savait, allait lui attirer des ennuis.

–Je n'ai fait que protéger mon champion, affirma-t-il d'un air fier.

–Et moi le mien, se défendit-elle.

Il lui fallut une fraction de seconde pour se rendre compte de ce qu'elle venait tout juste de dire. Elle écarquilla les yeux, et son regard se perdit temporairement dans le vide, le temps qu'elle prenne conscience de l'énormité qu'elle avait sortie, après quoi elle se contenta de dire ;

–… Sérieusement, j'ai vraiment dit ça ?

Cela en disait long sur son ressenti profond par rapport à sa relation tumultueuse avec Thor. Elle avait beau essayer de faire semblant lorsqu'elle se trouvait en public, cela finissait toujours par se passer ainsi. Loki, bras croisés, garda le silence mais ses pensées étaient en pleine action. Il dut cependant se reconcentrer lorsqu'il vit deux des gardes marcher vers Madison pour ensuite l'attraper chacun par un bras.

–Oui, bon, ça va, ce n'est pas non plus la mer à boire ! lança-t-elle, tandis qu'ils la conduisaient au Grand Maitre, à peine deux mètres plus loin. D'accord, j'ai… Possiblement « triché », comme vous dites, et vous savez quoi ? Je ne regrette absolument pas de l'avoir fait, annonça-t-elle d'un air fier.

–Chérie, soupira le Grand Maitre, dis-moi quelque chose… Est-ce qu'il t'a aidée ? lui demanda-t-il en désignant Loki.

–Quoi, lui ? répondit-elle en le désignant également d'un signe de tête, sans pour autant se tourner vers le concerné. Vous plaisantez, j'espère ? Déjà qu'on s'adresse à peine la parole, alors moi, collaborer avec lui pour faire s'échapper l'un de vos prisonniers, et moi par la même occasion ? ajouta-t-elle en levant les yeux au ciel, faisant mine d'être exaspérée. Non mais sincèrement, je vous ai déjà dit que boire autre chose que de l'eau au réveil n'était pas une bonne idée…

–Mh, je vois… souffla le propriétaire des lieux en se grattant brièvement le menton, puis il posa les yeux sur le dieu de la malice. Oui, il était évident que toi, tu ne pouvais pas me trahir. J'ai bien vu que le sort de ton frère t'était égal, poursuivit-il, avant de se tourner vers ses gardes. Bon, emmenez-la, allez.

Et tandis qu'elle s'éloignait, escortée par deux colosses, Loki put néanmoins entendre les quelques mots qu'elle lui fit parvenir via la pensée. Il tâcha de rester de marbre, ne voulant pas détruire cette couverture qu'elle avait mise en place pour lui sans qu'il ait eu à demander quoi que ce soit. Il ne s'était pas attendu à ce qu'elle mente à nouveau à leur hôte pour le protéger. Cela faisait longtemps qu'on ne s'était pas « mis en danger » pour lui. Après tout, même s'il n'avait rien fait lors du combat qui avait opposé Thor et Bruce, il avait tout de même vu la mutante agir et n'avait rien dit, ce qui le rendait en quelques sortes complice de l'acte. Lui, de son côté, aurait aimé lui porter secours, mais les paroles mentales de la jeune femme l'en avaient dissuadé.

« Ne faites rien. Tâchez d'abord d'aller récupérer votre frère, vous vous débrouillerez ensuite pour me trouver. »

« Stark, vous… »

« Tour ira bien, ne vous en faites pas. J'ai confiance. »

Confiance… Ce mot avait continué à résonner dans son crâne, même lorsque le reste des personnes présentes dans la pièce s'en était allé. Elle lui faisait confiance. Elle lui avait dit ce qui n'allait pas entre elle et Thor, elle lui avait parlé de ses cauchemars et par-dessus tout, elle l'avait rassuré. Elle l'avait compris. Et elle l'avait soutenu. Pour la première fois depuis longtemps, il avait enfin eu l'impression d'avoir de la valeur, de ne pas être rien de plus qu'un simple pion. Il se sentait… Vivant. Soulagé. Mais surtout dépassé par les événements, puisque Madison venait de se faire emmener par le Grand Maitre et qu'elle lui avait demandé de ne pas intervenir. Et étrangement, il était inquiet. Pour elle, pour son frère, mais plus tellement pour lui-même. Il avait le sentiment d'être différent depuis que son plus lourd secret était désormais partagé avec quelqu'un d'autre. Lui qui avait si souvent agi pour se sauver avant de se préoccuper du reste du monde, par simple mesure de précaution, il tenait à présent à défendre les arrières de ceux qui en avaient besoin. Alors, après avoir inspiré profondément puis chassé l'air de ses poumons en restant parfaitement calme, il quitta la pièce et tâcha de retrouver Thor, telle était la requête de la midgardienne.

. . . . . . . .

Madison, n'étant pas spécialement au meilleur de sa forme et n'ayant donc pas envie d'engager le moindre combat, laissa les deux gardes attacher ses poignets aux accoudoirs de la chaise sur laquelle il l'avait forcée à s'asseoir, mais elle ne se priva pas de les regarder de travers, leur faisant bien comprendre que c'était très mal partis pour qu'ils deviennent amis à l'avenir. Non loin d'elle, observant silencieusement la ville à travers la fenêtre, le Grand Maitre semblait être en pleine réflexion. Il n'avait pas prononcé le moindre mot sur le chemin qui les avait conduits ici, il avait préféré réserver cela à plus tard. Il attendit que les gardes soient partis avant de soupirer et d'enfin adresser la parole à sa prisonnière.

–J'aurais dû me douter que tu flancherais pour les beaux yeux du Lord du Tonnerre…

–Deux choses, intervint-elle. Déjà, c'est « DIEU » du tonnerre et ensuite, je n'ai pas flanché. Je me suis contentée d'agir de la manière qui m'a semblée la plus juste.

–Mh, tu mens très mal, lui fit remarquer l'homme en se tournant vers elle, ayant les mains dans le dos. En fait, je n'arrive pas vraiment à déterminer si je suis déçu ou non… Après tout, tu m'as impressionnée dès l'instant où tu as manqué de brûler l'intégralité du premier étage de cette tour, et tu t'es montrée très serviable lorsque je t'ai nommée « Examinateur ». Je pensais pourtant t'avoir donné tout ce qu'il fallait pour que tu ne manques de rien et que tu restes bien sage, et pourtant… Tu as quand même enfreint une règle importante. Tu vois, chérie, c'est ça qui est dommage.

–Je ne suis pas votre chérie, marmonna-t-elle sans le lâcher des yeux.

–Non, concéda-t-il, et elle parut surprise qu'il aille dans son sens, jusqu'à ce qu'il poursuive, il est évident que tu es celle du Lord du Tonnerre, ajouta-t-il ensuite, et elle perdit presque foi en l'humanité tant elle en avait assez d'entendre des choses du style. Par ailleurs, savais-tu qu'il s'est échappé avec MON champion, il y a peu ? l'informa-t-il, et elle fronça les sourcils. Oui, c'est désolant… Je pense donc envoyer son frère à sa poursuite, puisque j'ai cru remarquer qu'ils ne paraissaient pas s'entendre… Je suis certain qu'il sera ravi de me ramener mon prisonnier, affirma-t-il et une fois arrivé devant Madison, il se mit accroupi devant elle avant de lâcher un profond soupir tout en observant les poignets attachés de cette dernière, et dont les chaines reliées aux accoudoirs d'un côté rejoignaient de l'autre une étrange machine encastrée dans un mur. Vois un peu ce que tu me forces à faire… Penses-tu réellement que j'avais envie d'en arriver au point où je devrais te priver de tes pouvoirs ?

–Allez-y, vous ne serez pas le premier, lui indiqua-t-elle sans aucune pression. Par contre, juste pour info, ils sont un peu capricieux, ces derniers temps, alors faites attention si vous comptez me les prendre pour vous en servir après.

–Tu es bien gentille, mais je n'ai pas de conseils à recevoir d'une… D'une…

–Traitresse ? Menteuse ? Tricheuse ? proposa Madison. Ou bien, merveilleuse personne ? Intelligente créature ?

–D'une simple botaniste.

–Alors là… J'en suis presque vexée, déclara-t-elle en prenant une mine offusquée. Ce n'est pas très gratifiant, vous savez ? ajouta-t-elle en le regardant se lever pour ensuite se diriger vers la porte, qu'il ouvrit avant de sortir sans rien ajouter de plus. D'accord, vous êtes parti, soupira-t-elle, trouvant que c'était -un tout petit peu- un manque de respect.

. . . . . . . .

. . . . . . . .

. . . . . . . .

*Thomas Paine